Adhyaya 12
Prabhasa KhandaVastrapatha Kshetra MahatmyaAdhyaya 12

Adhyaya 12

Ce chapitre, enseigné par Sarasvata, présente un programme de pèlerinage rituel centré sur la pratique des tīrtha et sur les exigences éthiques qui la fondent. Il s’ouvre par l’énumération des matières auspiciées à porter et à offrir—eau du Gaṅgā, miel, ghee, santal, aguru, safran, guggulu, feuilles de bilva, fleurs—et décrit la discipline du pèlerin (marche, pureté). Après le bain sacré, il faut contempler (darśana) et honorer Śiva, Viṣṇu et Brahmā; par la vision juste et l’offrande conforme, les liens sont dénoués et la délivrance promise. Le texte évoque ensuite le pèlerinage en communauté et la fabrication puis l’installation d’une image divine sur un char, enduite de substances parfumées, au milieu de musique, de danse, de lampes et de dons: or, vaches, eau, nourriture, étoffes, combustible, et parole bienveillante. Il insiste alors sur la rectitude rituelle: recevoir l’instruction des brāhmaṇas, accomplir la sandhyā, employer darbha et sésame (tila) avec les aliments havis, et offrir tulasī, lotus à cent pétales, camphre et śrīkhaṇḍa. Un cadre calendaire est donné pour l’efficacité du saṅkalpa et du śrāddha—ayana, viṣuva, saṅkrānti, éclipses, fin de mois, jours kṣaya—avec une forte valorisation des rites aux ancêtres sur les rives des fleuves et dans les grands tīrtha. Le śrāddha est lié à la satisfaction des pitṛs et à l’auspice du foyer (vṛddhi-śrāddha). Sont enfin listés les vices à éviter—désir, colère, avidité, illusion, ivresse, jalousie, médisance, négligence, trahison, paresse, adultère, vol, etc.—car l’abandon des fautes rend plein le fruit du tīrtha: snāna, japa, homa, tarpaṇa, śrāddha et pūjā deviennent efficaces. Le chapitre se clôt sur un vaste catalogue de tīrtha et une sotériologie inclusive: même les êtres non humains qui y meurent goûtent aux joies célestes puis atteignent la libération; le simple souvenir du tīrtha détruit le péché, et l’on est exhorté à ne pas manquer l’occasion d’adorer et de recevoir le darśana.

Shlokas

Verse 1

सारस्वत उवाच । गंगोदकं मधुघृते कुंकुमागुरुचंद नम् । गुग्गुलं बिल्वपत्राणि बकपुष्पं च यो वहेत्

Sārasvata dit : « Quiconque apporte l’eau du Gange, le miel et le ghee, le safran, l’agaru et le santal, la résine de guggulu, les feuilles de bilva et les fleurs de bakula (pour le culte)… »

Verse 2

पदचारी शुचितनुर्भारं स्कन्धे निधाय च । तीर्थे स्नात्वा शिवं विष्णुं ब्रह्माणं शंकरं प्रियम्

Allant à pied, le corps purifié, et posant le fardeau sur l’épaule ; après s’être baigné au tīrtha, qu’on adore Śiva, Viṣṇu et Brahmā — le bien-aimé Śaṅkara.

Verse 3

दृष्ट्वा निवेदयेद्यस्तु स मुक्तः सर्वबन्धनैः । स नरो गणतां याति यावदाभूतसंप्लवम्

Mais quiconque, après avoir contemplé (la divinité), présente une offrande (nivedana), est délivré de tous les liens. Cet homme atteint l’état de Gaṇa (serviteur de Śiva) jusqu’à la dissolution des êtres.

Verse 4

कलत्रमित्रपुत्रैर्वा भ्रातृभिः स्वजनैर्नरैः । सहितो वा नरैर्याति तीर्थे देवं विचिंत्य च

Qu’il soit accompagné de son épouse, de ses amis, de ses fils, de ses frères et des siens — ou même d’autres hommes — il se rend au tīrtha, gardant le Deva présent dans son cœur.

Verse 5

देवमूर्तिं शुभां कृत्वा रथस्थां सुप्रतिष्ठिताम् । चन्दनागुरुकर्पूरैरर्चितां कुंकुमेन च

Après avoir façonné une image bénie du Deva, solidement consacrée et placée sur un char, qu’on l’honore avec santal, agaru, camphre et aussi avec le kunkuma (safran).

Verse 6

पूजयन्विविधैः पुष्पैर्धूपदीपादिकैर्नृप । गीतनृत्यैः सवादित्रैर्हास्यलास्यैरनेकधा

Ô Roi, là on l’honore par des fleurs de toutes sortes, par l’encens, les lampes et autres offrandes; et aussi par le chant et la danse, avec les instruments, dans une joie riante et une grâce aux formes multiples.

Verse 7

धरित्रीं कांचनं गाश्च जलान्नवसनानि च । तृणेन्धने प्रियां वाणीं यच्छन्याति नरो यदि

Si un homme quitte ce monde en faisant don de terre, d’or, de vaches, d’eau, de nourriture, de vêtements, même d’herbe et de bois—et encore de paroles douces et bienveillantes—alors ce don devient sa richesse de dharma, louée dans la grandeur du tīrtha.

Verse 8

देवांगनाकरग्राहगृहीतो नन्दनं वनम् । प्राप्य भुंक्ते शुभान्भोगान्यावदाचन्द्रतारकम्

Saisi par les mains des nymphes célestes, il parvient au Bosquet de Nandana et jouit de délices bénis, aussi longtemps que demeurent la lune et les étoiles.

Verse 9

तीर्थे संचरितः पुरुषो रोगैः प्राणान्विमुञ्चति । अदृष्ट्वा दैवतं तीर्थे दृष्टतीर्थफलं लभेत्

Un homme qui chemine dans un tīrtha peut même perdre la vie sous l’effet de la maladie ; pourtant, sans même y contempler la divinité, il obtient le fruit de la « vision »—c’est-à-dire de la visite—du lieu saint.

Verse 10

संसारदोषान्विविधान्विचिन्त्य स्त्रीपुत्रमित्रेष्वपि बंधमुक्तः । विज्ञाय बद्धं पुरुषं प्रधानैः स सर्वतीर्थानि करोति देहम्

Méditant les nombreux défauts du saṃsāra, délivré de l’attachement même envers l’épouse, les enfants et les amis, et comprenant par les sages comment l’homme est enchaîné, il fait de son propre corps une « confluence de tous les tīrthas », un vase de sainteté.

Verse 11

आजन्मजन्मांन्तरसंचितानि दग्ध्वा स पापानि नरो नरेन्द्र । तेजोमयं सर्वगतं पुराणं भवोद्भवं पश्यति मुच्यते सः

Ô seigneur des hommes ! Après avoir consumé les péchés amassés de naissance en naissance, cet homme contemple l’Ancien—tout de lumière, omniprésent, source de l’être—et il est délivré.

Verse 12

तीर्थे विप्रवचो ग्राह्यं स्नात्वा संध्यार्चनादिकम् । दर्भास्तिला हविष्यान्नं प्रयोगाः श्रद्धया कृताः

Au tīrtha, il faut recevoir l’enseignement des brāhmaṇas ; après le bain, accomplir le culte de sandhyā et les rites qui s’y rattachent—avec l’herbe darbha et le sésame, en offrant la nourriture haviṣya—en exécutant les actes prescrits avec foi.

Verse 13

अगस्त्यं भृङ्गराजं च पुष्पं शतदलं शुभम् । कर्पूरागुरुश्रीखंडं कुंकुमं तुलसीदलम्

Fleurs d’Agastya et de bhṛṅgarāja, la fleur bénie aux cent pétales ; camphre, aguru, pâte de santal parfumée, kuṅkuma (safran) et feuilles de tulasī : tout cela est loué comme offrande sacrée pour le culte au tīrtha.

Verse 14

बिल्वप्रमाणपिंडेषु दीपोद्द्योतितभूमिषु । तांबूल फलनैवेद्यं तिलदर्भोदकेन च

Avec des offrandes façonnées en boulettes de la taille du fruit de bilva, sur un sol éclairé par des lampes, qu’on présente le bétel, des fruits et le naivedya (nourriture consacrée), ainsi que de l’eau sanctifiée par le sésame et l’herbe darbha.

Verse 15

तीर्थे संकल्पितं मर्त्यैस्तदनंतं प्रजायते । अयने विषुवे चैव संक्रांतौ ग्रहणेषु च

Tout saṅkalpa (intention sacrée) que les mortels forment en un tīrtha devient inépuisable dans son fruit, surtout aux solstices, aux équinoxes, lors des saṅkrānti (ingressions solaires) et pendant les éclipses.

Verse 16

मासांतेऽपर पक्षे तु क्षयाहे पितृमातृके । गजच्छायां त्रयोदश्यां द्रव्ये प्राप्तौ द्विजोत्तमः

À la fin du mois, durant la quinzaine sombre—au jour de kṣaya consacré aux pères et mères ancestraux—le treizième jour à Gajacchāyā, cet éminent brāhmane entra en possession de richesses.

Verse 17

गृहे श्राद्धं प्रकुर्वीत पितॄणामृणमुक्तये । गृहाच्छतगुणं नद्यां या नदी याति सागरम्

Qu’on accomplisse le śrāddha à la maison afin d’être délivré de la dette envers les ancêtres. Mais s’il est accompli au bord d’une rivière—d’une rivière qui s’en va vers l’océan—son fruit devient cent fois supérieur à celui obtenu au foyer.

Verse 18

प्रभासे पुष्करे राजन्गंगायां पिंडतारके । प्रयागे नृपगोमत्यां भवदामोदराग्रतः

Ô Roi—que ce soit à Prabhāsa, à Puṣkara, sur la Gaṅgā à Piṇḍatāraka, à Prayāga ou sur la rivière Gomati—devant Bhava et Dāmodara (le Seigneur), ces lieux saints sont proclamés pour les offrandes aux ancêtres et le mérite des tīrtha.

Verse 19

नर्मदादिषु तीर्थेषु कुर्याच्छ्राद्धं नरो यदि । सर्वपापविनिर्मुक्तः पितरो यांति सद्गतिम्

Si un homme accomplit le śrāddha dans des tīrtha sacrés tels que la Narmadā, il est délivré de tous les péchés, et les ancêtres atteignent la sadgati, la voie bienheureuse.

Verse 20

संतानमुत्तमं लब्ध्वा भुक्त्वा भोगाननुत्तमान् । दिव्यं विमानमारुह्य प्रान्ते याति सुरालयम्

Ayant obtenu une descendance excellente et goûté des délices sans pareils, à la fin il monte dans un vimāna divin et gagne la demeure des dieux.

Verse 21

जातकर्मादियज्ञेषु विवाहे यज्ञकर्मणि । देवप्रतिष्ठाप्रारंभे वृद्धिश्राद्धं प्रकल्पयेत्

Lors des rites tels que le jātakarma et les autres sacrements de la naissance, au mariage, durant les actes de yajña, et au commencement de l’installation d’une divinité, on doit préparer le vṛddhi-śrāddha, le śrāddha pour la croissance et l’auspice.

Verse 22

तृप्यन्ति देवताः सर्वा स्तृप्यंति पितरो नृणाम् । वृद्धिश्राद्धकृतो गेहे जायते सर्वमंगलम्

Toutes les divinités sont comblées, et les ancêtres des hommes le sont aussi. Dans une maison où l’on accomplit le vṛddhi-śrāddha, toute bénédiction de bon augure prend naissance.

Verse 23

कामः क्रोधश्च लोभश्च मोहो मद्यमदादयः । माया मात्सर्यपैशुन्यमविवेको विचारणा

Désir, colère, avidité, égarement, ivresse due au vin et autres; tromperie, jalousie, médisance, absence de discernement et raisonnement dévoyé : tels sont les défauts qui entravent le dharma et diminuent le fruit des actes sacrés.

Verse 24

अहंकारो यदृच्छा च चापल्यं लौल्यता नृप । अत्यायासोप्यनायासः प्रमादो द्रोहसाहसम्

Ô roi, l’orgueil (ahaṅkāra), le caprice sans but, l’inconstance et le désir agité; l’effort démesuré comme l’aisance paresseuse; la négligence, la perfidie et l’audace téméraire—tout cela aussi sont des penchants destructeurs qui gâtent la voie du dharma.

Verse 25

आलस्यं दीर्घसूत्रत्वं परदारोपसेवनम् । अल्पाहारो निराहारः शोकश्चौर्यं नृपोत्तम

Ô meilleur des rois : la paresse, la procrastination, la fréquentation de l’épouse d’autrui; une nourriture déréglée—trop peu ou pas du tout—, le chagrin et le vol : tout cela est aussi blâmé comme des fautes qui détruisent le dharma.

Verse 26

एतान्दोषान्गृहे नित्यं वर्जयन्यदि वर्तते । स नरो मण्डनं भूमेर्देशस्य नगरस्य च

Si un homme demeure dans sa maison en évitant sans cesse ces fautes, il devient un ornement de la terre—parure de son pays et de sa cité également.

Verse 27

श्रीमान्विद्वान्कुलीनोऽसौ स एव पुरुषोत्तमः । सर्वतीर्थाभिषेकश्च नित्यं तस्य प्रजायते

Un tel homme devient prospère, savant et de noble conduite—vraiment, il est le meilleur des hommes. Pour lui, chaque jour naît le mérite comme s’il avait reçu l’onction en se baignant dans tous les tīrthas sacrés.

Verse 28

तदा तीर्थफलं सम्यक्त्यक्तदोषस्य जायते । स्नानं सन्ध्या जपो होमः पितृदेवर्षितर्पणम् । श्राद्धं देवस्य पूजा च त्यक्तदोषस्य जायते

Alors, pour celui qui a renoncé aux fautes, le fruit du pèlerinage naît véritablement dans sa plénitude. Le bain rituel, les rites de sandhyā, le japa, le homa, les offrandes (tarpana) aux ancêtres, aux dieux et aux ṛṣi; le śrāddha et le culte de la Divinité—tout cela porte fruit pour celui qui a rejeté les fautes.

Verse 29

प्रयागे वा कुरुक्षेत्रे सरस्वत्यां च सागरे । गयायां वा रुद्रपदे नरनारायणाश्रमे

Que ce soit à Prayāga, à Kurukṣetra, sur la Sarasvatī et au bord de l’océan; à Gayā, à Rudrapada, ou dans l’āśrama de Nara et Nārāyaṇa—

Verse 30

प्रभासे पुष्करे कृष्णे गोमत्यां पिंडतारके । वस्त्रापथे गिरौ पुण्ये तथा दामोदरे नृप

À Prabhāsa, à Puṣkara, au Kṛṣṇa (rivière/tīrtha), à la Gomatī, à Piṇḍatāraka, à Vastrāpatha sur la montagne sainte, et de même à Dāmodara, ô roi—

Verse 31

भीमेश्वरे नर्मदायां स्कांदे रामेश्वरादिषु । उज्जयिन्यां महाकाले वाराणस्यां च भूर्भुवः

À Bhīmeśvara sur la Narmadā; dans les tīrtha de Skanda; à Rāmeśvara et en d’autres lieux semblables; à Ujjayinī auprès de Mahākāla; et à Vārāṇasī, domaine de la terre et du ciel—

Verse 32

कालिंद्यां मथुरायां च सकृद्याति नरो यदि । सदोषो मुच्यते दोषैर्ब्रह्महत्यादिभिः कृतैः

Si un homme se rend ne fût-ce qu’une seule fois à la Kāliṇdī (Yamunā) et à Mathurā, alors—même chargé de fautes—il est délivré des péchés, y compris des plus lourds tels que le brahmahatyā.

Verse 33

अपि कीटः पतंगो वा पक्षी वा सूकरोऽपि वा । खरोष्ट्रकुंजरा वाजिमृगसिंहसरीसृपाः

Même un ver ou un insecte, un oiseau ou même un sanglier; ânes, chameaux, éléphants, chevaux, cerfs, lions et reptiles—

Verse 34

ज्ञानतोऽज्ञानतो राजंस्तेषु स्था नेषु ये मृताः । सर्वे ते पुण्यकर्माणः स्वर्गं भुक्त्वा सुखं बहु

Ô roi, qu’ils meurent en ces lieux en connaissance ou dans l’ignorance, tous deviennent artisans de mérite; après avoir goûté au ciel, ils éprouvent une félicité abondante.

Verse 35

चतुर्वर्णेषु सर्वे ते जायंते कर्मबंधनात् । कर्मबंधं विहायाशु मुक्तिं यांति नराः पुनः

Tous renaissent parmi les quatre varṇa à cause du lien du karma; puis, rejetant promptement cette entrave karmique, ces êtres atteignent de nouveau la délivrance (mokṣa).

Verse 36

मोदंते तीर्थमरणात्स्वर्गभोगावसानतः । संप्राप्य भारते खंडे कर्मभूमिं महोदयम्

Ayant quitté ce monde en un tīrtha, ils se réjouissent; et lorsque s’achève la jouissance du ciel, ils atteignent la contrée de Bhārata—l’exaltée karma-bhūmi, terre de l’action—pour un renouveau de leur essor spirituel.

Verse 37

अनेकाश्चर्यसंयुक्तं बहुपर्वतमंडितम् । गंगायाः सरितः सर्वाः समुद्रैः सह संगताः

Cette contrée est riche de maintes merveilles et ornée de nombreuses montagnes; et l’on dit que tous les fleuves—au premier rang le Gaṅgā—se rejoignent avec les océans.

Verse 38

पदेपदे निधानानि संति तीर्थान्यनेकशः । येषां स्मरणमात्रेण सर्वपापक्षयो भवेत्

À chaque pas se trouvent des trésors—d’innombrables tīrtha sacrés—dont le seul souvenir opère la destruction de tous les péchés.

Verse 39

पातालमार्गा बहवः स्वर्गमार्गश्च दृश्यते । गगने दृश्यते सूर्यो हृदये दृश्यते हरः

Nombreux sont les chemins vers les mondes souterrains, et l’on voit aussi le chemin du ciel. Dans le firmament on voit le Soleil ; dans le cœur on voit Hara (Śiva).

Verse 40

ध्यानेन ज्ञानयोगेन तपसा वचसा गुरोः । सत्येन साहसेनैव दृश्यते भुवनत्रयम्

Par la méditation, par le yoga de la connaissance, par l’austérité, par la parole du Guru, et vraiment par la vérité et l’élan courageux, les trois mondes deviennent connaissables et se révèlent.

Verse 41

वेदस्मृतिपुराणैश्च ये न पश्यंति भूतलम् । पातालं स्वर्गलोकं च वंचितास्ते नरा इह

Ceux qui, par les Veda, les Smṛti et les Purāṇa, ne discernent pas la vraie nature du monde terrestre —ni celle de Pātāla ni du monde céleste—, ces hommes, ici même, sont trompés et dépossédés.

Verse 42

ये विरज्यंति न स्त्रीषु कामासक्ता विचेतसः । देहोन्यथा वरस्त्रीणामन्यथा तैश्च चिंतितम्

Ceux qui ne deviennent pas détachés à l’égard des femmes—l’esprit troublé et lié au désir—découvrent que la réalité du corps est une chose, tandis que ce qu’ils imaginent des « femmes parfaites » en est une autre.

Verse 43

जन्मभूमिषु ते रक्ता जन्यंते जंतवः पुनः । मुक्तिमार्गात्पुनर्भ्रष्टा जायंते पशुयोनिषु

Attachés à leur terre de naissance, ces êtres renaissent encore et encore ; retombant une fois de plus hors du chemin de la délivrance, ils renaissent dans des matrices animales.

Verse 44

धनानि संप्राप्य वराटिकां ये द्विजातिमुख्याय विधाय पूजाम् । यच्छंति नो निर्मलचेतना ये नराधमा दैवहता मृतास्ते

Ces hommes abjects qui, bien qu’ayant acquis des richesses, ne donnent pas même une seule pièce et n’offrent pas une vénération rituelle au plus éminent des deux-fois-nés (brāhmane), l’esprit sans pureté : le destin les frappe et ils meurent.

Verse 45

देहं सुपुष्टं विजरं च यौवनं लब्ध्वा न गंगादिषु यांति ये नराः । माता पिता नो न सुतो न बांधवो भार्या स्वसा नो दुहिता न विद्यते

Ceux qui, ayant obtenu un corps bien nourri et la vigueur de la jeunesse, ne se rendent pas au Gaṅgā et aux autres eaux sacrées—pour eux, c’est comme s’ils n’avaient ni mère, ni père, ni fils, ni parenté ; comme s’il n’existait pour eux ni épouse, ni sœur, ni fille.

Verse 46

एकस्तु यो याति कथं न क्लिश्यते मूर्खो न जानाति भवं महेश्वरम् । स्नात्वा न पश्यंति हरं महेश्वरं दैवेन ते वै मुषिता नराधमाः

Comment l’homme qui va seul ne serait-il pas accablé? L’insensé ne reconnaît pas Bhava, le Grand Seigneur Maheśvara. Même après s’être baigné au tīrtha, ils ne contemplent pas Hara, Maheśvara : par le destin, ces hommes les plus vils sont abusés et dépouillés de la juste compréhension.