Adhyaya 49
Mahesvara KhandaKaumarika KhandaAdhyaya 49

Adhyaya 49

Arjuna demande la description des principaux tīrtha établis à Mahīnagaraka. Nārada présente le lieu et glorifie Jayāditya, forme solaire, affirmant que le souvenir de son Nom apaise les maladies et accomplit les vœux du cœur, et que sa simple vision est tenue pour de bon augure. Nārada rapporte ensuite un épisode ancien : il se rend au royaume du Soleil, où Bhāskara l’interroge sur les brahmanes vivant dans l’endroit fondé par Nārada. Nārada refuse de les louer ou de les blâmer, car l’un comme l’autre comporte des périls éthiques et de parole, et conseille à la divinité de vérifier elle-même. Bhāskara prend l’apparence d’un vieux brahmane et arrive sur la rive proche de l’établissement ; les brahmanes du lieu, conduits par Hārīta, l’accueillent comme atithi (hôte sacré). L’hôte demande le « parama-bhojana » (nourriture suprême). Kamaṭha, fils de Hārīta, distingue deux nourritures : la nourriture ordinaire qui rassasie le corps, et la nourriture suprême, qui est l’enseignement du dharma—écouter et instruire—nourrissant l’ātman/kṣetrajña (le connaisseur du champ). L’hôte pose alors une question métaphysique : comment les êtres naissent, se dissolvent, et où ils vont après être devenus cendre. Kamaṭha répond par une typologie du karma (sāttvika, tāmasa et mixte) et expose les voies de la renaissance : céleste, infernale, animale et humaine. Le chapitre se poursuit par une embryologie détaillée et le récit des souffrances dans le sein maternel, puis s’achève sur une description saisissante du corps comme « maison » habitée par le connaisseur du champ, où libération, ciel et enfer sont recherchés par l’action et la compréhension.

Shlokas

Verse 1

अर्जुन उवाच । अत्यद्भुतानि तीर्थानि लिंगानि च महामुने । श्रुत्वा तव मुखांभोजाद्भृशं मे हृष्यते मनः

Arjuna dit : «Ô grand sage, ces tīrtha et ces liṅga sont prodigieusement merveilleux. En les entendant de ta bouche pareille au lotus, mon cœur exulte grandement.»

Verse 2

महीनगरकस्यापि स्थापितस्य त्वया मुने । यानि तीर्थानि मुख्यानि तानि वर्णय मे प्रभो

«Ô sage, au sujet de Mahīnagaraka aussi—établie par toi—décris-moi, ô seigneur, les tīrtha qui y sont les plus éminents.»

Verse 3

नारद उवाच । श्रीमन्महीनगरके यानि तीर्थानि फाल्गुन । तानि वक्ष्यामि यत्रास्ते जया दित्यो रविः प्रभुः

Nārada dit : « Ô Phālguna, je vais te dire les tīrtha qui se trouvent dans la glorieuse Mahīnagaraka, là où demeure le Soleil souverain, Jayāditya, le Seigneur. »

Verse 4

जयादित्यस्य यो नाम कीर्तयेदिह मानवः । सर्वरोगविनिर्मुक्तो लभेत्सोऽपि हृदीप्सितम्

Quiconque, ici, chante ou récite le Nom de Jayāditya, sera délivré de toutes maladies et obtiendra même le désir chéri du cœur.

Verse 5

यस्य संदर्शनादेव कल्याणैरपि पूर्यते । मुच्यते चाप्यकल्याणैः श्रद्धावान्पार्थ मानवः

Par sa seule vision, ô Pārtha, l’homme plein de foi se trouve comblé d’auspices et délivré des malheurs comme des influences néfastes.

Verse 6

तस्य देवस्य चोत्पत्तिं शृणु पार्थ वदामि ते । शृण्वन्वा कीर्तयन्वापि प्रसादं भास्कराल्लभेत्

Écoute, ô Pārtha, l’origine de cette divinité, tandis que je te la raconte. En l’entendant —ou même en la récitant— on obtient la grâce de Bhāskara (le Soleil).

Verse 7

अहं संस्थाप्य संस्थानमेतत्कालेन केनचित् । प्रयातो भास्करं लोकं दर्शनार्थी यदृच्छया

Après avoir établi, en son temps, ce siège sacré, je partis —comme par hasard et avec le désir de le contempler— vers le monde de Bhāskara (le Soleil).

Verse 8

स मां प्रणतमासीनमभ्यर्च्यार्घेण भास्करः । प्रहसन्निव प्राहेदं देवो मधुरया गिरा

Tandis que j’étais assis, incliné dans la vénération, Bhāskara m’honora d’une offrande d’arghya ; puis, comme avec un doux sourire, il parla en paroles suaves.

Verse 9

कुत आगम्यते विप्र क्व च वा प्रतिगम्यते । क्व चायं नारदमुने कालस्ते विहृतोऽभवत्

«D’où viens-tu, ô brāhmane, et vers où repartiras-tu ? Et toi, sage Nārada, en quels lieux s’est écoulé ton temps d’errance ?»

Verse 10

नारद उवाच । एवमुक्तो भास्करेण तं तदा प्राब्रवं वचः । भारते विहृतः खण्डे महीनगरकादपि । दर्शनार्थं तव विभो समायातोऽस्मि भास्कर

Nārada dit : Ainsi interpellé par Bhāskara, je répondis alors : «J’ai erré dans Bhārata-varṣa, jusque dans la contrée nommée Mahīnagaraka ; et, ô Seigneur, ô Bhāskara, je suis venu ici pour obtenir ton darśana».

Verse 11

रविरुवाच । यत्त्वया स्थापितं स्थानं तत्र ये संति ब्राह्मणाः । तेषां गुणान्मम ब्रूहि किंगुणा ननु ते द्विजाः

Ravi (le Soleil) dit : «Dans le lieu saint que tu as établi, quels brāhmanes demeurent ? Dis-moi leurs qualités : de quelles vertus sont donc pourvus ces dvijas ?»

Verse 12

नारद उवाच । एवं पृष्टो भगवता पुनरेवाब्रवं वचः

Nārada dit : Ainsi interrogé par le Seigneur, je repris de nouveau ces paroles.

Verse 13

यदि तान्भोः प्रशंसामि स्वीयान्स्तौतीति वाच्यता । निंदाम्यनर्हान्कस्माद्वा कष्टमेवोभयत्र च

Si je les loue, les gens diront : «Il glorifie les siens». Mais si je blâme ceux qui ne méritent aucun blâme, pourquoi le ferais-je ? Dans l’un comme dans l’autre, cela devient une peine.

Verse 14

अथवा पारमाहात्म्ये सति तेषां महात्मनाम् । अल्पे कृते वर्णने स्याद्दोष एव महान्मम

Ou bien—puisque ces grandes âmes possèdent une grandeur sans bornes—si je ne les décris que brièvement, la faute, assurément, sera grande et sera la mienne.

Verse 15

मदर्चितद्विजेंद्राणां यदि स्याच्छ्रवणेप्सुता । ततः स्वयं विलोक्यास्ते गत्वेदं मे मतं रवे

Si tu désires vraiment entendre parler de ces brāhmaṇas éminents que j’ai honorés, va donc les voir toi-même ; telle est mon pensée mûrement pesée, ô Ravi.

Verse 16

इति श्रुत्वा मम वचो रविरासीत्सुविस्मितः । स्वयं द्रक्ष्यामि चोवाच पुनःपुनरहर्पतिः

À l’écoute de mes paroles, Ravi fut saisi d’un grand étonnement. Alors le Seigneur du jour répéta : «Je les verrai moi-même.»

Verse 17

सोऽथ विप्रतनुं कृत्वा मां विसर्ज्यैव भास्करः । प्रतपन्दिवि योगाच्च प्रयातोर्णवरोधसि

Alors Bhāskara (le Soleil), prenant un corps de brāhmaṇa, me congédia ; puis, resplendissant dans le ciel, il partit par la puissance du yoga vers le rivage de l’océan.

Verse 18

जटां त्रिषवणस्नानपिंगलां धारयन्नथ । वृद्धद्विजो महातेजा ददृशे ब्राह्मणैर्मम

Portant les mèches emmêlées (jaṭā), fauves des bains rituels accomplis aux trois moments du jour, ce vieux brāhmane d’un grand éclat fut alors aperçu par mes brāhmanes.

Verse 19

ततो हारीतप्रमुखाः प्रहर्षोत्फुल्ललोचनाः । उत्थाय ब्रह्मशालायास्ते द्विजा द्विजमाद्रवन्

Alors Hārīta et les autres, les yeux épanouis de joie, se levèrent de la salle des brāhmanes et coururent vers ce brâhmane, l’hôte.

Verse 20

नमस्कृत्य द्विजाग्र्यं ते प्रहर्षादिदमब्रुवन्

S’étant inclinés devant ce brâhmane éminent, ils prononcèrent ces paroles dans une grande allégresse.

Verse 21

अद्य नो दिवसः पुण्यः स्थानमद्योत्तमं त्विदम् । यत्त्वया विप्रप्रवर स्वयमागमनं कृतम्

Aujourd’hui notre jour est béni, et ce lieu est devenu d’une excellence suprême, puisque toi-même, ô meilleur des brâhmanes, es venu ici.

Verse 22

धन्यस्य हि गृहस्थस्य कृपयैव द्विजोत्तमाः । आतिथ्यवेषेणायांति पावनार्थं न संशयः

En vérité, pour le maître de maison fortuné, les meilleurs brâhmanes viennent par pure compassion, sous l’apparence d’un hôte, uniquement pour le purifier ; il n’y a là aucun doute.

Verse 23

तत्त्वं गेहानि चास्माकं पादचंक्रमणेन च । दर्शनाद्भोजनात्स्थानादस्माभिः सह पावय

Ainsi, purifie aussi nos demeures : par le pas de tes pieds en marchant ici, par ta seule vision, par l’acceptation de la nourriture, et par ton séjour parmi nous.

Verse 24

अतिथिरुवाच । भोजनं द्विविधं विप्रा प्राकृतं परमं तथा । तदहं सम्यगिच्छामि दत्तं परमभोजनम्

L’Hôte dit : « Ô brāhmaṇas, la nourriture est de deux sortes : l’ordinaire et la suprême. C’est pourquoi je désire véritablement la nourriture suprême qui doit être offerte. »

Verse 25

इत्येतदतिथेः श्रुत्वा हारीतः पुत्रमब्रवीत् । अष्टवर्षं तु कमठं वेत्सि पुत्र द्विजोदितम्

Ayant entendu ces paroles de l’Hôte, Hārīta dit à son fils : « Mon fils, connais-tu Kamaṭha, l’enfant de huit ans dont a parlé le brāhmaṇa ? »

Verse 26

कमठ उवात्र । तात प्रणम्य त्वां वक्ष्ये तादृक्परमभोजनम् । द्विजं च तर्पयिष्यामि दत्त्वा परमभोजनम्

Kamaṭha dit : « Père, m’inclinant devant toi, j’expliquerai ce qu’est une telle “nourriture suprême” ; et en offrant cette nourriture suprême, je rassasierai le brāhmaṇa. »

Verse 27

सुतेन किल जातेन जायते चानृणः पिता । सत्यं करिष्ये तद्वाक्यं संतर्प्यातिथिमुत्तमम्

« En vérité, par la naissance d’un fils, le père devient quitte de sa dette. Je rendrai cette parole vraie, en satisfaisant comme il se doit cet hôte excellent. »

Verse 28

भोजनं द्विप्रकारं च प्रविभागस्तयोरयम् । प्राकृतं प्रोच्यते त्वेवमन्यत्परमभोजनम्

La nourriture est de deux sortes, et telle est leur distinction : l’une est dite « prākṛta » (naturelle, ordinaire) ; l’autre est appelée « parama-bhojana », la nourriture suprême.

Verse 29

तत्र यत्प्राकृतं नाम प्रकृतिप्रमुखस्य तत् । चतुर्विंशतितत्त्वानां गणस्योक्तं हि तर्पणम्

Parmi elles, ce qui est nommé « prākṛta » relève de Prakṛti et de ce qui commence avec Prakṛti ; on dit que c’est le « tarpaṇa », la satisfaction du groupe des vingt-quatre tattvas.

Verse 30

षड्रसं भोजनं तच्च पंचभेदं वदंति च । येन भुक्तेन तृप्तं स्यात्क्षेत्रं यद्देहलक्षणम्

Cette nourriture a six saveurs, et l’on dit aussi qu’elle se décline en cinq variétés ; en la consommant, le « kṣetra », le corps marqué comme champ, se trouve rassasié.

Verse 31

यथापरं परंनाम प्रोक्तं परमभोजनम् । परमः प्रोच्यते चात्मा तस्य तद्भोजनं भवेत्

De même que ce qui est « au-delà » est nommé « suprême », ainsi parle-t-on de la « parama-bhojana », la nourriture suprême. L’Ātman est dit « suprême » ; dès lors, cette nourriture est la sienne.

Verse 32

ततो नानाप्रकारस्य धर्मस्य श्रवणं हि यत् । तदन्नं प्रोच्यते भोक्ता क्षेत्रज्ञः श्रवणौ मुखम्

Ainsi, l’écoute du dharma sous ses multiples formes est appelée « nourriture ». Celui qui en jouit est le kṣetrajña, le Connaisseur du Champ, et l’on dit que les deux oreilles sont sa bouche.

Verse 33

तद्दास्यामि द्विजाग्र्याय पृच्छ विप्र यदिच्छसि । शक्तितस्तर्पयिष्यामि त्वामहं विप्रसंसदि

Cela, je l’offrirai au meilleur des deux-fois-nés. Demande, ô brāhmane, ce que tu désires ; selon ma capacité, je te comblerai au sein de l’assemblée des brāhmanes.

Verse 34

नारद उवाच । कमठस्यैतदाकर्ण्य सोऽतिथिर्वचनं महत् । मनसैव प्रशस्यामुं प्रश्नमेनमथाकरोत्

Nārada dit : Entendant les grandes paroles de Kamaṭha, l’hôte le loua en son cœur, puis posa cette question.

Verse 35

कथं संजायते जंतुः कथं चापि प्रलीयते । भस्मतामथ संप्राप्य क्व चायं प्रति पद्यते

« Comment un être vivant naît-il, et comment se résorbe-t-il ? Et après être parvenu à l’état de cendres, où va-t-il — où prend-il sa voie suivante ? »

Verse 36

कमठ उवाच । गुरवे प्राङ्नमस्कृत्य धर्माय तदनंतरम् । छंदोगीतममुं प्रश्नं शक्त्या वक्ष्यामि ते द्विज

Kamaṭha dit : « Après m’être d’abord incliné devant le Guru, puis devant le Dharma, je répondrai à cette question — chantée en mètre sacré — selon ma capacité, ô brāhmane. »

Verse 37

जनने त्रिविधं कर्म हेतुर्जंतोर्भवेत्किल । पुण्यं पापं च मिश्रं च सत्त्वराजसतामसम्

Au moment de la naissance, la cause qui détermine la destinée d’un être est dite être un karma triple : méritoire, fautif et mêlé — correspondant aux guṇas sattva, rajas et tamas.

Verse 38

तत्र यः सात्त्विको नाम स स्वर्गं प्रतिपद्यते । स्वर्गात्कालपरिभ्रष्टो धनी धर्मी सुखी भवेत्

Parmi ceux-ci, celui qu’on nomme sāttvika parvient au ciel. Puis, lorsque le temps s’accomplit et qu’il retombe du ciel, il renaît riche, juste selon le dharma et heureux.

Verse 39

तथा यस्तामसो नाम नरकं प्रतिपद्यते । भुक्त्वा बह्वीर्यातनाश्च स्थावरत्वं प्रपद्यते

De même, celui qu’on nomme tāmasa va en enfer. Après avoir subi de nombreux tourments, il atteint l’état d’un être immobile (comme une plante ou toute forme fixe).

Verse 40

महतां दर्शनस्पर्शैरुपभोगसहासनैः । महता कालयोगेन संसरन्मानवो भवेत्

Par la vue et le contact des grandes âmes, par le partage de leur compagnie — jusqu’à leurs sièges et leurs jouissances — et par la puissante conjonction du temps, l’être errant dans le saṃsāra redevient humain.

Verse 41

सोऽपि दुःखदरिद्राद्यैर्वेष्टितो विकलेंद्रियः । प्रत्यक्षः सर्व लोकानां पापस्यैतद्धि लक्षणम्

Lui aussi se trouve enveloppé de peine, de pauvreté et d’autres maux, les sens affaiblis. Voilà, en vérité, le signe visible du péché, évident aux yeux de tous.

Verse 42

अथ यो मिश्रकर्मा स्यात्तिर्यक्त्वं प्रतिपद्यते । महतामेव संसर्गात्संसरन्मानवो भवेत्

Quant à celui dont les actes sont mêlés, il obtient une naissance animale. Pourtant, en poursuivant son errance, par la seule fréquentation des grandes âmes, il redevient humain.

Verse 43

यस्य पुण्यं पृथुतरं पापमल्पं हि जायते । स पूर्वं दुःखितो भूत्वा पश्चात्सौख्यान्वितो भवेत्

Celui dont le mérite est abondant et dont le péché est léger, d’abord connaît la peine, puis se trouve comblé de bonheur.

Verse 44

पापं पृथुतरं यस्य पुण्यमल्पतरं भवेत् । पूर्वं सुखी ततो दुःखी मिश्रस्यैतद्धि लक्षणम्

Mais celui dont le péché est plus grand et le mérite plus faible est d’abord heureux puis malheureux : tel est, en vérité, le signe d’un karma mêlé.

Verse 45

तत्र मानुषसंभूतिं शृणु यादृगसौ भवेत् । पुरुषस्य स्त्रियाश्चैव शुक्रशोणितसंगमे

Écoute maintenant comment se produit la conception humaine—comment elle advient—lorsque l’homme et la femme s’unissent dans la rencontre du sperme et du sang.

Verse 46

सर्वदोषविनिर्मुक्तो जीवः संसरते स्फुटम् । गुणान्वितमनोबुद्धिशुभाशुभसमन्वितः

Le jīva, affranchi de tout défaut inhérent, erre manifestement dans le saṃsāra; pourvu des guṇa, de l’esprit et de l’intellect, et accompagné de tendances fastes et néfastes.

Verse 47

जीवः प्रविष्टो गर्भं तु कलले प्रतितिष्ठति । मूढश्च कलले तत्र मासमात्रं च तिष्ठति

Lorsque l’âme individuelle entre dans le sein maternel, elle s’établit dans le kalala, la masse fluide embryonnaire. Déconcertée en ce kalala, elle y demeure environ un mois.

Verse 48

द्वितीयं तु तथा मासं घनीभूतः स तिष्ठति । तस्यावयवनिर्माणं तृतीये मासि जायते

Au deuxième mois, il demeure, se condensant davantage. Au troisième mois commence la formation de ses membres et de ses parties.

Verse 49

अस्थीनि च तथा मासि जायंते च चतुर्थके । त्वग्जन्म पंचमे मासि पष्ठे रोम्णां समुद्भवः

Au quatrième mois naissent aussi les os. Au cinquième mois se forme la peau ; au sixième surgit la pousse des poils du corps.

Verse 50

सप्तमे च तथा मासि प्रबोधश्चास्य जायते । मातुराहारपीतं च सप्तमे मास्युपाश्नुते

Au septième mois, la conscience s’éveille en lui. En ce même septième mois, il participe aussi à ce que la mère mange et boit.

Verse 51

अष्टमे नवमे मासि भृशमुद्विजते ततः । जरायुणा वेष्टितांगो मुखे बद्धकरांगुलिः

Aux huitième et neuvième mois, il est vivement tourmenté. Enveloppé par la membrane fœtale (jarāyu), les membres enfermés, ses doigts sont liés près de la bouche.

Verse 52

मध्ये क्लीबस्तु वामे स्त्री दक्षिणे पुरुषस्तथा । तिष्ठत्युदरभागे च पृष्ठेरग्निमुखः किल

S’il se tient au milieu, il devient de sexe neutre ; à gauche, femelle ; à droite, mâle. Il demeure dans la région du ventre, le visage tourné vers le feu digestif de la mère (dit-on).

Verse 53

यस्यां तिष्ठत्यसौ योनौ तां च वेत्ति न संशयः । सर्वं स्मरति वृत्तांतं बहूनां जन्मनामपि

Dans le sein où il demeure, il connaît cette mère sans aucun doute. Il se souvient de tout le récit — des événements de nombreuses naissances aussi.

Verse 54

अंधे तमसि किं दृश्यो गंधान्मोहं दृढं लभेत् । शीते मात्रा जले पीते शीतमुष्णं तथोष्णके

Dans l’obscurité aveugle, que pourrait-il voir ? Par les odeurs, il tombe dans une illusion tenace. Quand la mère boit de l’eau froide, il ressent le froid ; de même, quand elle prend du chaud, il ressent la chaleur.

Verse 55

व्यायामे लभते मातुः क्लेशं व्याधेश्च वेदनाम् । अलक्ष्याः पितृमातृभ्यां जायंते व्याधयः पराः

Quand la mère s’efforce, il éprouve sa peine et aussi la douleur de la maladie. De plus, des maux subtils et invisibles naissent du père et de la mère.

Verse 56

सौकुमार्याद्रुजं तीव्रां जनयंति च तस्य ते । स्वल्पमप्यथ तं कालं वेत्ति वर्षशतोपमम्

À cause de sa délicatesse, ces afflictions lui engendrent une douleur intense. Et même un court instant là-bas, il le ressent comme s’il durait cent ans.

Verse 57

संतप्यते भृशं गर्भे कर्मभिश्च पुरातनैः । मनोरथांश्च कुरुते सुकृतार्थं पुनःपुनः

Dans le sein, l’être incarné est cruellement tourmenté par le poids des karmas anciens. Et sans cesse il forme des résolutions, aspirant à accomplir le vrai mérite (sukṛta).

Verse 58

जन्म चेदहमाप्स्यामि मानुष्ये जीवितं तथा । ततस्तत्प्रकरिष्यामि येन मोक्षो भवेत्स्फुटम्

«Si j’obtiens une naissance parmi les humains et, de même, une vie humaine, j’entreprendrai cette voie de pratique par laquelle la délivrance (mokṣa) deviendra manifeste et certaine.»

Verse 59

एवं तु चिंतयानस्य सीमंतोन्नयनादनु । मासद्वयं तद्व्रजति पीडतस्त्रियुगाकृति

Ainsi, tandis qu’il continue de penser de la sorte, après le rite du sīmaṃtonnayana (la séparation des cheveux), deux mois encore s’écoulent pour cet être—sa forme, resserrée et comprimée en trois courbures.

Verse 60

ततः स्वकाले संपूर्णे सूतिमारुतचालितः । भवत्यवाङ्मुखो जंतुः पीडामनुभवन्पराम्

Puis, lorsque le temps requis est pleinement accompli, poussé par les vents de la naissance, l’être se tourne vers le bas et endure une douleur extrême.

Verse 61

अधोमुखः संकटेन योनिद्वारेण निःसरेत् । पीडया पीडमानोऽपि चर्मोत्कर्तनतुल्यया

Tourné vers le bas, il sort par l’étroite porte du sein maternel, tourmenté par une douleur comparable à l’écorchement de la peau.

Verse 62

करपत्रसमस्पर्शं करसंस्पर्शनादिकम् । असौ जातो विजानाति मासमात्रं विमोहितः

À peine né, il reconnaît le toucher et le contact—comme l’effleurement d’une main ou d’une feuille—mais demeure dans la confusion environ un mois.

Verse 63

प्राक्कर्मवशगस्यास्य गर्भज्ञानं च नश्यति । ततः करोति कर्माणि श्वेतरक्तासितानि च

Cet être, soumis à l’emprise du karma antérieur, voit périr la connaissance mémorisée dans le sein; puis il accomplit des actes de toute sorte — lumineux, passionnés et ténébreux.

Verse 64

अस्थिपट्टतुलास्तंभस्नायुबंधेन यंत्रितम् । रक्तमांसमृदालिप्तं विण्मूत्रद्रव्यभाजनम्

Ce corps est un mécanisme entravé par les nerfs: ses poutres et ses piliers sont des planches et colonnes d’os; enduit de la glaise du sang et de la chair, il est un vase d’impuretés — excréments et urine.

Verse 65

सप्तभित्तिसुसंबद्धं छन्नं रोम तृणैरपि । वदनैकमहाद्वारं गवाक्षाष्टविभूषितम्

Il est tel une demeure solidement jointe de sept murailles, couverte d’un chaume de poils semblables à l’herbe; la bouche en est l’unique grande porte, et huit fenêtres l’ornent.

Verse 66

ओष्ठद्वयकपाटं च दंतार्गलविमुद्रितम् । नाडीस्वेदप्रवाहं च कफपित्तपरिप्लुतम्

Ses deux lèvres sont comme des battants de porte, scellés par le verrou des dents; ses conduits charrient la sueur, et il est inondé de flegme et de bile.

Verse 67

जराशोकसमाविष्टं कालवक्त्रानलस्थितम् । रागद्वेषादिभिर्ध्वस्तं षट्कौशिकसमुद्भवम्

Enveloppé de vieillesse et de chagrin, placé dans le feu de la gueule béante du Temps; brisé par la passion, la haine et autres, ce corps naît des six enveloppes.

Verse 68

एवं संजायते पुंसो देहगेहमिदं द्विज । यस्मिन्वसति क्षेत्रज्ञो गृहस्थो बुद्धिगेहिनी

Ainsi, ô deux-fois-né, se constitue pour l’homme cette « demeure du corps » : en elle réside le Connaisseur du Champ (Kṣetrajña), tel un maître de maison, dans la demeure de l’intelligence.

Verse 69

मोक्षं स्वर्गं च नरकमास्ते संसाधयन्नपि

Il obtient la délivrance, le ciel ou l’enfer—même tandis qu’il s’efforce et fait advenir les fruits de ses propres actes.