
Agastya interroge Skanda sur un récit « sans précédent » concernant Brahmā et sur ce que fait Śiva lorsque Brahmā se trouve à Kāśī. Skanda rapporte l’inquiétude de Śiva : la puissance incomparable de Kāśī attire les êtres à y demeurer, au point de troubler la répartition attendue des rôles dans l’ordre cosmique. Śiva convoque alors les gaṇas et les dépêche à Vārāṇasī pour observer les activités des yoginīs, du Soleil (Bhānumān) et les ordonnances de Brahmā. Des gaṇas nommés, dont Śaṅkukarṇa et Mahākāla, arrivent à Kāśī ; sa vision les fait momentanément oublier leur mission, effet attribué à la force « mohinī » (enchanteresse) de la cité. Ils y établissent des liṅgas portant leurs noms (Śaṅkukarṇeśvara, Mahākāleśvara) et s’y fixent. D’autres envoyés—Ghantākārṇa, Mahodara, puis un groupe de cinq, puis encore quatre—entrent à leur tour dans Kāśī, fondent des liṅgas et des lieux rituels (dont le bassin Ghantākārṇa-hrada et l’efficacité du śrāddha) et demeurent sur place. Le chapitre mêle l’éloge du culte du liṅga, tenu pour supérieur aux grands dons et aux sacrifices, à des indications sur le liṅga-snāna et ses vertus purificatrices. Il déploie aussi une vision théologique de Kāśī comme terre de délivrance, où la mort devient auspice, et où le simple souvenir du nom « Kāśī » est glorifié. La conclusion poursuit la cartographie des liṅgas nommés d’après les gaṇas (p. ex. Tāreśa/Tārakeśa) et insiste sur la persévérance juste (udyama) même face à un destin contraire (daiva).
Verse 1
अगस्तिरुवाच । अपूवेंयं कथा ख्याता ब्रह्मणो ब्रह्मवित्तम । किं चकार पुनः शंभुस्तत्र ब्रह्मण्यपि स्थिते
Agastya dit : Ce récit sans précédent au sujet de Brahmā a été rapporté, ô connaisseur du Brahman. Que fit donc Śambhu (Śiva) tandis que Brahmā demeurait là ?
Verse 2
स्कंद उवाच । शृण्वगस्त्य महाभाग काश्यां ब्रह्मण्यपिस्थिते । गिरिशश्चिंतयामास भृशमुद्विग्नमानसः
Skanda dit : Écoute, ô bienheureux Agastya. Alors même que Brahmā demeurait à Kāśī, Giriśa (Śiva) se mit à méditer profondément, l’esprit grandement troublé.
Verse 3
पुरी सा यादृशी काशी वशीकरणभूमिका । न तादृशीदृशीहासीत्क्वचिन्मे प्रायशो ध्रुवम्
Cette cité, Kāśī, est un lieu d’irrésistible maîtrise spirituelle (vaśīkaraṇa) ; en vérité, et presque à coup sûr, je n’en ai vu nulle part d’autre de semblable.
Verse 4
यो यो याति पुरीं तां तु स स तत्रैव तिष्ठति । अभूवन्ननुयोगिन्योऽयोगिन्यः काशिसंगताः
Quiconque se rend à cette cité, chacun y demeure sur-le-champ. Même celles qui n’étaient pas yoginīs devinrent yoginīs par la sainte fréquentation de Kāśī.
Verse 5
अकिंचित्करतां प्राप्तः स सहस्रकरोप्यरम् । विधिर्विधानदक्षोपि न मे स सविधोभवत्
Même ce Soleil, fameux pour ses mille rayons, a été réduit à l’impuissance; et même Vidhi (Brahmā), pourtant expert en ordonnances, ne s’est pas montré pour moi d’un secours efficace.
Verse 6
चिंतयन्निति देवेशो गणानारहूय भूरिशः । प्रेषयामास भो यात क्षिप्रं वाराणसीं पुरीम्
Ainsi pensant, le Seigneur des dieux, le Puissant, convoqua ses Gaṇas et les envoya en disant : «Allez—vite—à la cité de Vārāṇasī».
Verse 7
किं कुर्वंति तु योगिन्यः किं करोति स भानुमान् । गत्वा वित्त त्वरायुक्ता विधिश्च विदधाति किम्
«Que font donc les Yoginīs ? Que fait ce Soleil, Bhānumān ? Allez en hâte, apprenez les faits : que met en œuvre (ou tente) Vidhi (Brahmā) ?»
Verse 8
नामग्राहं ततःऽप्रैषीद्बहुमान पुरःसरम् । शंकुकर्ण महाकाल घटाकर्ण महोदर
Alors, les honorant comme il se doit et les plaçant en avant, il envoya les Gaṇas nommés : Śaṅkukarṇa, Mahākāla, Ghaṭākarṇa et Mahodara.
Verse 9
सोमनंदिन्नंदिषेण काल पिंगल कुक्कुट । कुंडोदर मयूराक्ष बाण गोकर्ण तारक
—Somanandin, Nandiṣeṇa, Kāla, Piṅgala, Kukkuṭa, Kuṇḍodara, Mayūrākṣa, Bāṇa, Gokarṇa et Tāraka—
Verse 10
तिलपर्ण स्मृलकर्ण दृमिचंड प्रभामय । सुकेश विंदते छाग कपर्दिन्पिंगलाक्षक
—Tilaparṇa, Smṛlakarṇa, Dṛmicaṇḍa, Prabhāmaya, Sukeśa, Viṃdate, Chāga, Kapardin et Piṅgalākṣaka—
Verse 11
वीरभद्र किराताख्य चतुर्मुख निकुंभक । पंचाक्षभारभूताख्य त्र्यक्ष क्षेमक लांगलिन्
—Vīrabhadra, Kirātākhya, Caturmukha, Nikuṃbhaka, Pañcākṣa, Bhārabhūtākhya, Tryakṣa, Kṣemaka et Lāṅgalin—
Verse 12
विराध सुमुखाषाढे भवंतो मम सूनवः । यथेमौ स्कंदहेरंबौ नैगमेयो यथा त्वयम्
«Virādha, Sumukha, Āṣāḍha — vous êtes mes fils, tout comme ces deux-ci sont Skanda et Heramba, et tout comme toi, Naigameya.»
Verse 13
यथा शाखविशाखौ च यथेमौ नंदिभृंगिणौ । भवत्सु विद्यमानेषु महाविक्रमशालिषु
«De même qu’il y a Śākha et Viśākha, et de même que ces deux-ci sont Nandin et Bhṛṅgin, tant que vous, riches d’une grande vaillance, demeurez présents…»
Verse 14
काशीप्रवृत्तिं नो जाने दिवोदासनृपस्य च । योगिन्यर्कविधीनां च तद्द्वौ यातं भवत्स्वमू
Je ne sais ce qui se passe à Kāśī, ni l’état du roi Divodāsa, ni celui des Yoginīs, ni celui du Soleil et de Vidhi (Brahmā). Ainsi, vous deux, parmi mes propres serviteurs, partez.
Verse 15
शंकुकर्णमहाकालौ कालस्यापि प्रकंपनौ । ज्ञातुं वाराणसीवार्तामायातं चत्वरान्वितौ
Śaṅkukarṇa et Mahākāla—qui peuvent faire trembler même le Temps—vinrent ensemble à la cité aux quatre carrefours, désireux de connaître le véritable récit de Vārāṇasī.
Verse 16
कृतप्रतिज्ञौ तो तूर्णं प्राप्य वाराणसीं पुरीम् । शंकुकर्णमहाकालौ विस्मृत्य शांभवीं गिरम्
Bien qu’ils eussent pris une résolution ferme, dès qu’ils atteignirent promptement la cité de Vārāṇasī, Śaṅkukarṇa et Mahākāla oublièrent même les paroles de Śambhu (Śiva).
Verse 17
यथैंद्रजालिकीं दृष्ट्वा मायामिह विचक्षणः । क्षणेन मोहमायाति काशीं वीक्ष्य तथैव तौ
De même qu’un homme pourtant avisé, voyant l’illusion d’un magicien, tombe en un instant dans la stupeur, ainsi ces deux-là, en contemplant Kāśī, furent aussitôt saisis par l’égarement.
Verse 18
अहो मोहस्य माहात्म्यमहो भाग्यविपर्ययः । निर्वाणराशिं यत्काशीं प्राप्य यांत्यन्यतोऽबुधाः
Ah ! quelle puissance a l’égarement, et quel renversement du destin ! Car, ayant atteint Kāśī, trésor même de la délivrance, les insensés s’en vont pourtant ailleurs.
Verse 19
तत्यजे यैरियं काशी महाशीर्वादभूभिका । तेषां करतलान्मुक्तिः प्राप्तापि परितो गता
Ceux qui ont délaissé cette Kāśī—terre pétrie de grandes bénédictions—, de leurs propres paumes la délivrance, bien qu’obtenue, a glissé et s’est enfuie de toutes parts.
Verse 20
यत्र सर्वावभृथतः स्नानमात्रं विशिष्यते । अप्युष्णीकृतपानीयैस्तां काशीं कः परित्यजेत्
Là où même un simple bain surpasse tous les bains de clôture des sacrifices, qui délaisserait cette Kāśī, fût-ce avec une eau réchauffée ?
Verse 21
यत्रैकपुष्पदानेन शिवलिंगस्य मूर्धनि । दशसौवर्णिकं पुण्यं कस्तां काशीं परित्यजेत्
Là où, en offrant une seule fleur sur le sommet du Śiva-liṅga, on acquiert un mérite égal à dix dons d’or, qui délaisserait cette Kāśī ?
Verse 22
यत्र दंडप्रणामेन अप्येकेन शिवाग्रतः । तुच्छमेंद्रपदंप्राहुस्तां काशीं को विमुंचति
Là où, par une seule prosternation totale (daṇḍavat) devant Śiva, on dit que la dignité d’Indra est chose dérisoire, qui renoncerait à cette Kāśī ?
Verse 23
यत्रैकद्विजमात्रं तु भोजयित्वा यथेच्छया । वाजपेयाधिकं पुण्यं तां काशीं को विमुंचति
Là où, en nourrissant ne fût-ce qu’un seul brāhmaṇa selon son vœu, le mérite dépasse celui du sacrifice Vājapeya—qui délaisserait cette Kāśī ?
Verse 24
एकां गां यत्र दत्त्वा वै विधिवद्ब्राह्मणाय वै । लभेदयुत गोपुण्यं कस्तां काशीं त्यजेत्सुधीः
Là où, en donnant selon le rite une seule vache à un brāhmaṇa, on obtient le mérite de dix mille vaches, quel sage délaisserait cette sainte Kāśī ?
Verse 25
एकलिंगं प्रतिष्ठाप्य यत्र संस्थापितं भवेत् । अपि त्रैलोक्यमखिलं तां काशीं कः समुज्झति
Là où même un seul liṅga est dûment installé et établi, qui pourrait abandonner cette Kāśī, fût-ce pour l’ensemble des trois mondes ?
Verse 26
परिनिश्चित्य तावित्थं लिंगे संस्थाप्य पुण्यदे । तत्रैव संस्थितिं प्राप्तौ काशीं नाद्यापि मुंचतः
Ayant ainsi décidé avec certitude et s’étant établis dans le liṅga, dispensateur de mérite, ils obtinrent là même une demeure stable ; et, encore aujourd’hui, ils n’abandonnent pas Kāśī.
Verse 27
शंकुकर्णेश्वरं लिंगं शंकुकर्ण ग णार्चितम् । दृष्ट्वा न जायते जंतुर्जातु मातुर्महोदरे
En contemplant le liṅga de Śaṃkukarṇeśvara, vénéré par les gaṇas de Śaṃkukarṇa, un être ne renaît plus jamais dans le sein d’une mère.
Verse 28
विश्वेशाद्वायुदिग्भागे शंकुकर्णेश्वरं नरः । संपूज्य न विशेदत्र घोरे संसारसागरे
Celui qui vénère dûment Śaṃkukarṇeśvara, situé dans la direction de Vāyu depuis Viśveśa, ne retombe plus dans l’effroyable océan du saṃsāra.
Verse 29
महाकालेश्वरं लिंगं महाकालगणार्चितम् । अर्चयित्वा च नत्वा च स्तुत्वा कालभयं कुतः
Après avoir vénéré le liṅga de Mahākāleśvara—honoré par les gaṇas de Mahākāla—et après s’être prosterné et l’avoir loué, d’où pourrait naître la crainte du Temps (la mort) ?
Verse 30
स्कंद उवाच । शंकुकर्णे महाकाले चिरंतन विलंबिते । ज्ञात्वा सर्वज्ञनाथोथ प्राहैपीदपरौ गणौ
Skanda dit : Lorsque Śaṃkukarṇa et Mahākāla eurent été longtemps retardés, le Seigneur omniscient comprit (la situation) et s’adressa alors à ces deux gaṇas éminents.
Verse 31
घंटाकर्ण त्वमागच्छ महोदर महामते । काशीं यातं युवां तूर्णं ज्ञातुं तत्रत्य चेष्टितम्
(Le Seigneur dit :) «Ô Ghaṃṭākarṇa, viens ; ô Mahodara, ô sage : allez tous deux promptement à Kāśī afin de connaître ce qui s’y est passé».
Verse 32
इत्यगस्ते गणौ तौ तु गत्वा काशीं महापुरीम् । व्यावृत्याद्यापि नो यातौ क्वापि तत्रैव संस्थितौ
Ainsi, ô Agastya, ces deux gaṇas allèrent à la grande cité de Kāśī ; et, se détournant (de leur retour), jusqu’à ce jour ils ne sont allés nulle part : ils demeurent établis là même.
Verse 33
घंटाकर्णेश्वरं लिंगं घंटाकर्ण गणोत्तमः । काश्यां संस्थाप्य विधिवत्स्वयं तत्रैव निर्वृतः
Ghaṃṭākarṇa, le plus éminent des gaṇas, établit selon le rite à Kāśī le liṅga de Ghaṃṭākarṇeśvara ; et lui-même y trouva, en ce lieu même, l’accomplissement et la paix.
Verse 34
कुंडं तत्रैव संस्थाप्य लिंगस्नपनकर्मणे । नाद्यापि स त्यजेत्काशीं ध्यायंल्लिंगं तथैव हि
Là même, il établit un bassin pour le rite sacré du bain du liṅga ; et, jusqu’à ce jour, il ne quitte pas Kāśī, méditant sans cesse ce même liṅga.
Verse 35
महोदरोपि तत्प्राच्यां शिवध्यानपरायणः । महोदरेश्वरं लिंगं ध्यायेदद्यापि कुंभज
Ô Kumbhaja (Agastya), même Mahodara—tout voué à la méditation de Śiva dans le quartier de l’est—contemple encore aujourd’hui le liṅga nommé Mahodareśvara.
Verse 36
महोदरेश्वरं दृष्ट्वा वाराणस्यां द्विजोत्तम । कदाचिदपि वै मातुः प्रविशेन्नौदरीं दरीम्
Ô meilleur des deux-fois-nés, après avoir vu Mahodareśvara à Vārāṇasī, qu’on n’entre jamais, à aucun moment, de nouveau dans la caverne du sein maternel, c’est-à-dire dans la renaissance.
Verse 37
घंटाकर्ण ह्रदे स्नात्वा दृष्ट्वा व्यासेश्वरं विभुम् । यत्र कुत्र विपन्नोपि वाराणस्यां मृतो भवेत्
Après s’être baigné dans le lac de Gaṇṭākarṇa et avoir contemplé le majestueux Vyāseśvara, même si l’on rencontre le malheur où que ce soit, on obtiendra la mort à Vārāṇasī, comme une fin bénie.
Verse 38
घंटाकर्णे महातीर्थे श्राद्धं कृत्वा विधानतः । अपि दुर्गतिमापन्नानुद्धरेत्सप्तपूर्वजान्
Au grand tīrtha de Gaṇṭākarṇa, après avoir accompli le śrāddha selon le rite prescrit, on peut relever même sept ancêtres tombés dans une condition malheureuse.
Verse 39
निमज्ज्याद्यापि तत्कुंडे क्षण योवहितो भवेत् । विश्वेश्वरमहापूजा घंटारावाञ्शृणोति सः
Aujourd’hui encore, quiconque s’immerge dans ce bassin et demeure attentif ne fût-ce qu’un instant entend le carillon des cloches de la grande pūjā de Viśveśvara.
Verse 40
वदंति पितरः काश्यां घंटाकर्णेमलेजले । दाता तिलोदकस्यापि वंशे नः कोपि जायते
Les ancêtres déclarent : «À Kāśī, dans les eaux sans tache de Gaṇṭākarṇa, même celui qui offre ne serait-ce que le tilodaka (eau au sésame) devient de notre lignée».
Verse 41
यद्वंश्या मुनयः काश्यां घंटाकर्णे महाह्रदे । कृतोदकक्रियाः प्राप्ताः परां सिद्धिं घटोद्भव
Ô Ghaṭodbhava (Agastya), les sages de cette lignée, après avoir accompli les rites d’eau au grand lac de Gaṇṭākarṇa à Kāśī, obtinrent la siddhi suprême.
Verse 42
स्कंद उवाच । घंटाकर्णे गणे याते प्रयाते च महोदरे । विसिस्माय स्मरद्वेष्टा मौलिमांदोलयन्मुहुः
Skanda dit : Lorsque le gaṇa de Gaṇṭākarṇa fut parti et que Mahodara s’en fut allé lui aussi, l’ennemi de Smara (Śiva) s’émerveilla, secouant sans cesse la tête d’étonnement.
Verse 43
उवाच च मनस्येव हरः स्मित्वा पुनःपुनः । महामोहनविद्यासि काशि त्वां पर्यवैम्यहम्
Et Hara, souriant encore et encore, parla comme en son propre esprit : «Ô Kāśī, tu es la grande puissance d’enchantement ; moi-même, je te comprends pleinement».
Verse 44
पुराविदः प्रशंसंति त्वां महामोहहारिणीम् । काशींत्विति न जानंति महामोहनभूरियम्
Les sages versés dans l’antique tradition te louent comme celle qui dissipe la grande illusion; pourtant ils ne te connaissent pas vraiment comme « Kāśī », car ici même est le sol du grand enchantement.
Verse 46
तथापि प्रेषयिष्यामि यावान्मेस्ति परिच्छदः । नोद्यमाद्विरमंतीह ज्ञानिनः साध्यकर्मणि
Quoi qu’il en soit, j’enverrai (mes forces) autant que mes moyens le permettent. Car en ce monde, les sages ne renoncent pas à l’effort tant que l’œuvre à accomplir demeure.
Verse 47
नोद्यमाद्विरतिः कार्या क्वापि कार्ये विचक्षणैः । प्रतिकूलोपि खिद्येत विधिस्तत्सततोद्यमात्
En aucune œuvre les clairvoyants ne doivent se retirer de l’effort. Même un destin contraire s’use—telle est la loi—sous l’ardeur d’un labeur continu.
Verse 48
शीतोष्णभानू स्वर्भानु ग्रस्तावपि नभोंगणे । गतिं न त्यजतोद्यापि प्रक्रांतव्य कृतोद्यमौ
Même lorsque, dans le ciel, le Soleil de la chaleur et la Lune de la fraîcheur sont saisis par Svarbhānu, ils n’abandonnent pas leur course. De même, celui qui a pris l’effort doit poursuivre la voie commencée.
Verse 49
प्रेषयिष्याम्यहं सर्वान्भवती मोहयिष्यति । इति सम्यग्विजानामि काशि त्वां मोहनोषधिम्
Je les enverrai tous, et toi, tu les égareras. Ainsi je sais bien, ô Kāśī, que tu es une herbe d’enchantement, celle qui déconcerte les puissances du monde.
Verse 50
दैवं पूर्वकृतं कर्म कथ्यते नेतरत्पुनः । तन्निराकरणे यत्नः स्वयं कार्यो विपश्चिता
Ce qu’on nomme « destin » n’est rien d’autre que l’acte accompli jadis, rien de plus. Ainsi, le sage doit, par son propre effort, s’appliquer à le contrecarrer.
Verse 51
भाजनोपस्थितं दैवाद्भोज्यं नास्यं स्वयं विशेत् । हस्तवक्त्रोद्यमात्तच्च प्रविशेदौदरीं दरीम्
La nourriture déposée dans un récipient par le prétendu destin n’entre pas d’elle-même dans la bouche. C’est par l’effort de la main et de la bouche qu’elle pénètre dans la caverne du ventre.
Verse 52
इत्युद्यमं समर्थ्येशो निश्चितं दैवजित्वरम् । पुनश्च प्रेषयांचक्रे गणान्पंचमहारयान्
Ainsi, confirmant la puissance de l’effort et certain que le destin peut être vaincu, le Seigneur dépêcha de nouveau ses gaṇas, cinq grands guerriers.
Verse 53
सोमनंदी नंदिषेणः कालपिंगलकुक्कुटाः । तेद्यापि न निवर्तंते काश्यां जीवामृता यथा
Somanandī, Nandiṣeṇa et Kālapīṅgala-Kukkuṭa : ces gaṇas, aujourd’hui encore, ne quittent pas Kāśī, comme s’ils étaient un amṛta vivant, immortels.
Verse 54
तेपि स्वनाम्ना लिंगानि शंभुसंतुष्टि काम्यया । प्रतिष्ठाप्य स्थिताः काश्यां विश्वनिर्वाणजन्मनि
Eux aussi, désireux de satisfaire Śambhu, établirent des liṅgas portant leurs propres noms et demeurèrent à Kāśī, berceau de la délivrance pour le monde.
Verse 55
सोमनंदीश्वरं दृष्ट्वा लिंगं नंदवने परम् । सोमलोके परानंदं प्राप्नुयाद्भक्तिमान्नरः
Ayant contemplé le liṅga suprême de Somanandīśvara à Nandavana, l’âme dévote obtient la béatitude suprême dans le royaume de Soma.
Verse 56
तदुत्तरे विलोक्याथ नंदिषेणेश्वरं नरः । आनंदसेनां संप्राप्य जयेन्मृत्युमपि क्षणात्
Puis, regardant un peu plus loin, celui qui contemple Nandiṣeṇeśvara atteint Ānandasena, la troupe de félicité, et en un instant triomphe même de la mort.
Verse 57
कालेश्वरं महालिंगं गंगायाः पश्चिमोत्तरे । प्रणम्य कालपाशेन नो बध्येत कदाचन
S’étant prosterné devant Kāleśvara, le grand liṅga situé au nord-ouest de la Gaṅgā, nul n’est jamais lié par le lacet du Temps (la Mort).
Verse 58
पिंगलेश्वरमभ्यर्च्य कालेशात्किंचिदुत्तरे । लभते पिंगलज्ञानं येन तन्मयतां व्रजेत्
En vénérant Piṅgaleśvara, un peu au nord de Kāleśa, on obtient la sagesse « piṅgala », par laquelle on parvient à l’absorption totale en cette Réalité suprême.
Verse 59
कुक्कुटेश्वर लिंगस्य येत्र भक्तिं वितन्वते । कुक्कुटांडाकृतेस्तस्य न ते गर्भमवाप्नुयुः
Ceux qui, en ce lieu, étendent leur dévotion au liṅga de Kukkuṭeśvara—de forme semblable à un œuf de poule—ne retournent plus au sein maternel.
Verse 60
स्कंद उवाच । सोमनंदि प्रभृतिषु मुने पंचगणेष्वपि । आनंदकाननं प्राप्य स्थितेषु स्थाणुरब्रवीत्
Skanda dit : Ô sage, lorsque Somānandi et les cinq autres gaṇas furent parvenus et demeurèrent dans le bois sacré d’Ānandaka, Sthāṇu (Śiva) prit la parole.
Verse 61
कार्यमस्माकमेवैतद्यदि सम्यग्विमृश्यते । अनेनोपाधिनाप्येते तत्र तिष्ठंतु मामकाः
Si l’on y réfléchit avec justesse, cette œuvre n’appartient qu’à nous; même selon cette disposition, que ceux-ci—mes propres serviteurs—demeurent postés là-bas.
Verse 62
प्रमथेषु प्रविष्टेषु मायावीर्यमहत्स्वपि । अहमेव प्रविष्टोस्मि वाराणस्यां न संशयः
Bien que les Pramathas soient entrés avec une grande puissance de māyā et de vigueur, c’est moi-même qui suis entré à Vārāṇasī ; il n’y a là aucun doute.
Verse 63
क्रमेण प्रेषयिष्यामि योस्ति मे स्वपरिच्छदः । तत्र सर्वेषु यातेषु ततो यास्याम्यहं पुनः
J’enverrai, selon l’ordre convenable, ceux qui composent mon propre cortège. Quand tous seront allés là-bas, alors moi aussi j’irai de nouveau.
Verse 64
संप्रधार्येति हृदये देवदेवेन शूलिना । प्रैषिष्ट प्रमथानां तु ततो गणचतुष्टयम्
Ayant ainsi arrêté sa décision en son cœur, le Dieu des dieux, le Porteur du Trident, dépêcha alors, parmi les Pramathas, un groupe de quatre.
Verse 65
कुंडोदरो मयूराख्यो बाणो गोकर्ण एव च । मायाबलं समाश्रित्य काशीं प्रविविशुर्गणाः
Kuṇḍodara, celui qu’on nomme Mayūrākhya, Bāṇa, et aussi Gokarṇa : ces gaṇas, s’appuyant sur la puissance de la māyā, pénétrèrent dans la sainte Kāśī.
Verse 66
कृत्वोपायशतं तैस्तु दिवोदासस्य संभ्रमे । यदैकोपि समर्थो न तदा तत्रैव संस्थितम्
Troublés par Divodāsa, ils mirent en œuvre des centaines de moyens et de stratagèmes ; mais lorsqu’aucun ne se montra efficace, ils demeurèrent là même, inébranlables, sans s’en aller.
Verse 67
अपराधशतेष्वीशः केन तुष्यति कर्मणा । संप्रधार्येति ते चक्रुर्लिंगाराधनमुत्तमम्
«Après des centaines de fautes, par quel acte le Seigneur sera-t-il apaisé ?»—ayant ainsi réfléchi, ils entreprirent l’adoration suprême du Liṅga.
Verse 68
एकस्मिञ्शांभवे लिंगे विधिनात्र समर्चिते । क्षमेत्त्र्यक्षोपराधानां शतं मोक्षं च यच्छति
Si, ici, un seul Liṅga Śāmbhava est honoré selon le rite, le Seigneur aux Trois Yeux pardonne cent offenses et accorde aussi la délivrance (mokṣa).
Verse 69
न तुष्यति तथा शंभुर्यज्ञदानतपोव्रतैः । यथा तुष्येत्सकृल्लिंगे विधिनाभ्यर्चिते सति
Śambhu n’est pas autant satisfait par les sacrifices (yajña), les dons (dāna), les austérités (tapas) et les vœux (vrata), qu’il l’est par une seule adoration du Liṅga accomplie selon le rite.
Verse 70
लिंगार्चनविधानज्ञो लिंगार्चनरतः सदा । त्र्यक्ष एव स विज्ञेयः साक्षाद्द्व्यक्षोपि मानवः
Celui qui connaît la règle du culte au Liṅga et s’y adonne sans cesse doit être reconnu comme Trinetra lui-même, le Trois-Yeux, bien qu’au dehors il soit un homme aux deux yeux.
Verse 71
न गोशतप्रदानेन न स्वर्णशतदानतः । तत्फलं लभ्यते पुंभिर्यत्सकृल्लिंगपूजनात्
Ni par le don de cent vaches, ni par l’offrande de cent mesures d’or l’homme n’obtient le mérite qui naît d’une seule adoration du Liṅga.
Verse 72
अश्वमेधादिभिर्यागैर्न तत्फलमवाप्यते । यत्फलं लभ्यते मर्त्यैर्नित्यं लिंगप्रपूजनात्
Même par des sacrifices tels que l’Aśvamedha on n’obtient pas ce fruit ; le fruit que les mortels reçoivent vient de l’adoration constante et fervente du Liṅga.
Verse 73
स्नापयित्वा विधानेन यो लिंगस्नपनोदकम् । त्रिः पिबेत्त्रिविधं पापं तस्येहाशु प्रणश्यति
Après avoir baigné le Liṅga selon la règle, celui qui boit trois fois l’eau de ce bain du Liṅga voit ses trois sortes de péchés s’anéantir promptement ici même.
Verse 74
लिंग स्नपनवार्भिर्यः कुर्यान्मूर्ध्न्यभिषेचनम् । गंगास्नानफलं तस्य जायतेत्र विपाप्मनः
Quiconque verse sur sa tête l’eau du bain du Liṅga obtient ici même le fruit du bain dans le Gaṅgā et devient sans péché.
Verse 75
लिंगं समर्चितं दृष्ट्वा यः कुर्यात्प्रणतिं सकृत् । संदेहो जायते तस्य पुनर्देहनिबंधने
Ayant vu le Liṅga dûment adoré, quiconque se prosterne ne fût-ce qu’une fois : en lui naît le doute d’être de nouveau lié à un autre corps.
Verse 76
लिंगं यः स्थापयेद्भक्त्या सप्तजन्मकृतादघात् । मुच्यते नात्र संदेहो विशुद्धः स्वर्गभाग्भवेत्
Quiconque, avec dévotion, installe un Śiva-liṅga est délivré du péché amassé en sept naissances ; il n’y a là aucun doute. Purifié, il devient un digne héritier du ciel.
Verse 77
विचार्येति गणैः काश्यां स्वामिद्रोहोपशांतये । प्रतिष्ठितानि लिंगानि महापातकभिंद्यपि
Après mûre délibération, les Gaṇas établirent des liṅgas à Kāśī pour apaiser la faute d’avoir trahi leur Seigneur ; ces liṅgas consacrés brisent même la puissance des grands péchés.
Verse 78
कुंडोदरेश्वरं लिंगं दृष्ट्वा लोलार्कसन्निधौ । सर्वपापविनिर्मुक्तः शिवलोके महीयते
Ayant contemplé le liṅga de Kuṇḍodareśvara près de Lolārka, on est délivré de tout péché et l’on est honoré dans le monde de Śiva.
Verse 79
कुंडोदरेश्वराल्लिंगात्प्रतीच्यामसिरोधसि । मयूरेश्वरमभ्यर्च्य न गर्भं प्रतिपद्यते
À l’ouest du liṅga de Kuṇḍodareśvara, sur la crête nommée Asirodhas, en adorant Mayūreśvara, on ne retombe plus dans le sein (on ne renaît pas).
Verse 80
मयूरेशप्रतीच्यां च लिंगं बाणेश्वरं महत् । तस्य दर्शनमात्रेण सर्वैः पापैः प्रमुच्यते
Et às à l’ouest de Mayūreśa se tient le grand liṅga nommé Bāṇeśvara. Par le seul fait de le contempler, on est délivré de tous les péchés.
Verse 81
गोकर्णेशं महालिंगमंतर्गेहस्य पश्चिमे । द्वारे समर्च्य वै काश्यां न विघ्नैरभिभूयते
À Kāśī, à la porte occidentale de l’enceinte intérieure, se trouve le grand liṅga Gokarṇeśa. En l’adorant comme il se doit, on n’est pas accablé par les obstacles.
Verse 82
गोकर्णेश्वर भक्तस्य पंचत्व समये सति । ज्ञानभ्रंशो न जायेत क्वचिदप्यंतमृच्छतः
Pour le dévot de Gokarṇeśvara, lorsque vient l’heure de se fondre dans les cinq éléments, il ne naît jamais d’égarement ni de perte de conscience spirituelle chez celui qui approche de la fin.
Verse 83
स्कंद उवाच । चिरयत्सुगणेष्वेषु चतुर्ष्वपिगणेश्वरः । महिमानं महत्त्वं तु तत्काश्याः पर्यवर्णयत्
Skanda dit : Parmi ces quatre illustres assemblées de Gaṇas, Gaṇeśvara, leur seigneur, exposa pleinement la gloire et la grandeur de cette Kāśī.
Verse 84
वैष्णव्या मायया विश्वं भ्राम्येतात्र ययाखिलम् । ध्रुवं मूर्तिमती सैषा काशी विश्वैकमोहिनी
Par la Māyā vaiṣṇavī, grâce à laquelle l’univers entier est mis à errer, le monde ici est égaré. En vérité, cette Māyā même se tient incarnée en Kāśī, l’unique enchanteresse de tout l’univers.
Verse 85
अपास्य सोदरान्दारान्पुत्रं क्षेत्रं गृहं वसु । अप्यंगीकृत्य निधनं सर्वे काशीमुपासते
Abandonnant frères, épouse, fils, terres, demeure et richesses—et acceptant même la mort—les êtres pourtant se vouent avec ferveur à Kāśī.
Verse 86
मरणादपि नो काश्यां भयं यत्र मनागपि । गणास्तत्र तु तिष्ठंतः कुतो मत्तोपि बिभ्यति
À Kāśī, il n’est pas la moindre crainte, pas même de la mort. Puisque les Gaṇas divins y demeurent, comment pourraient-ils craindre même ma présence ?
Verse 87
मरणं मंगलं यत्र विभूतिर्यत्र भूषणम् । कौपीनं यत्र कौशेयं काशी कुत्रोपमीयते
Là où la mort elle-même devient de bon augure, où la cendre sacrée est parure, où même le pagne vaut la soie : quel lieu pourrait être comparé à Kāśī ?
Verse 88
निर्वाणरमणी यत्र रंकं वाऽरंकमेव वा । ब्राह्मणं वा श्वपाकं वा वृणीते प्रांत्यभूषणम्
Là, la Délivrance (Nirvāṇa), telle une épouse gracieuse, choisit qui elle veut : pauvre ou non, brāhmaṇa ou même śvapāka ; elle les accueille comme l’ornement de son domaine.
Verse 89
मृतानां यत्र जंतूनां निर्वाणपदमृच्छताम् । कोट्यंशेनापि न समा अपि शक्रादयः सुराः
Là où les êtres qui meurent atteignent le séjour du Nirvāṇa, même les dieux, à commencer par Śakra (Indra), ne leur sont pas égaux, pas même à la millionième part.
Verse 90
यत्र काश्यां मृतो जंतुर्ब्रह्मनारायणादिभिः । प्रबद्ध मूर्धांजलिभिर्नमस्येतातियत्नतः
Là, à Kāśī, l’être qui est mort est salué avec un immense effort et une profonde révérence par Brahmā, Nārāyaṇa et les autres devas, les mains jointes posées sur la tête.
Verse 91
यत्र काश्यां शवत्वेपि जंतुर्नाशुचितां व्रजेत् । अतस्तत्कर्णसंस्पर्शं करोम्यहमपि स्वयम्
Là, à Kāśī, même à l’état de cadavre un être ne tombe pas dans l’impureté ; c’est pourquoi moi-même j’accomplis le geste de toucher son oreille.
Verse 92
यस्तु काशीति काशीति द्विस्त्रिर्जपति पुण्यवान् । अपि सर्वपवित्रेभ्यः स पवित्रतरो महान्
Mais celui qui, riche de mérite, répète « Kāśī, Kāśī » deux ou trois fois, devient d’une pureté suprême, plus pur encore que tous les autres purificateurs.
Verse 93
येन काशी हृदि ध्याता येन काशीह सेविता । तेनाहं हृदि संध्यातस्तेनाहं सेवितः सदा
Par celui qui médite Kāśī dans son cœur et par celui qui sert Kāśī ici, par lui je suis rappelé au cœur ; par lui je suis toujours honoré et servi en adoration.
Verse 94
काशीं यः सेवते जंतुर्निर्विकल्पेन चेतसा । तमहं हृदये नित्यं धारयामि प्रयत्नतः
Cet être qui sert Kāśī d’un esprit sans hésitation ni distraction, je le porte sans cesse dans mon cœur, avec un soin attentif.
Verse 95
स्वयं वस्तुमशक्तोपि वासयेत्तीर्थवासिनम् । अप्येकमपि मूल्येन स वस्तुःफलभाग्ध्रुवम्
Même si l’on ne peut y demeurer soi-même, qu’on loge le pèlerin qui réside au tīrtha ; fût-ce au prix d’un seul bien, on reçoit sûrement la part du fruit de ce séjour sacré.
Verse 96
काश्यां वसंति ये धीरा आपंचत्व विनिश्चयाः । जीवन्मुक्तास्तु ते ज्ञेया वंद्याः पूज्यास्त एव हि
Ces âmes constantes qui demeurent à Kāśī, ayant établi avec certitude l’état au-delà du quintuple (pañcatva), doivent être reconnues comme libérées de leur vivant ; oui, elles seules sont dignes de vénération et d’adoration.
Verse 97
इत्थं विमृश्य बहुशः स्थाणुर्वाराणसीगुणान् । गणानन्यान्समाहूय प्राहिणोत्प्रीतिपूर्वकम्
Ainsi, après avoir maintes fois médité les qualités de Vārāṇasī, Sthāṇu (Śiva) convoqua d’autres gaṇas et les envoya avec une bienveillante joie.
Verse 98
तारकत्वं समागच्छ गच्छाति स्वच्छमानस । दिवोदासो वृषावासो यामधीष्टे वरां पुरीम्
«Parviens à l’état de Tāraka, sauveur et guide ; avance avec l’esprit purifié. Cette cité excellente que gouverne Divodāsa—Vṛṣāvāsa—…»
Verse 99
तिलपर्ण स्धूलकर्ण दृमिचंड प्रभामय । सुकेश विंदते छाग कपर्दिन्पिंगलाक्षक
Tilaparṇa, Sthūlakarṇa, Dṛmicaṇḍa, Prabhāmaya ; Sukeśa, Vindate, Chāga, Kapardin et Piṅgalākṣaka : tels sont les noms comptés parmi les gaṇas.
Verse 100
वीरभद्र किराताख्य चतुर्मुख निकुंभक । पंचाक्ष भारभूताख्य त्र्यक्ष क्षेमकलांगलिन्
Vīrabhadra, Kirātākhya, Caturmukha, Nikuṃbhaka ; ainsi encore Pañcākṣa, Bhārabhūtākhya, Tryakṣa et Kṣemakalāṅgalin : eux aussi sont comptés parmi les gaṇas.
Verse 110
नाद्रीणां न समुद्राणां न द्रुमाणां महीयसाम् । भूतधात्र्यास्तथा भारो यथा स्वामिद्रुहां महान्
Ni les montagnes, ni les océans, ni les grands arbres ne pèsent sur la Terre, soutien des êtres, autant que l’immense fardeau de ceux qui trahissent leur propre Seigneur.
Verse 120
तारकेशं महालिंगं तारकाख्यो गणोत्तमः । तारकज्ञानदं पुंसां मुनेऽद्यापि समर्चयेत्
Ô sage, aujourd’hui encore il convient de vénérer comme il se doit le grand Liṅga nommé Tārakeśa, avec le gaṇa éminent appelé Tāraka ; car il accorde aux hommes la connaissance salvatrice, le tāraka-jñāna.