Adhyaya 47
Kashi KhandaPurva ArdhaAdhyaya 47

Adhyaya 47

Ce chapitre situe un tīrtha solaire à Kāśī : au nord se trouve un étang éminent nommé Arkakuṇḍa, présidé par la divinité rayonnante « Uttarārka », décrite comme une présence protectrice pour Kāśī, dissipant les afflictions et les maux. Skanda rapporte ensuite une légende d’origine. Le brahmane Priyavrata, de la lignée Ātreya, modèle de conduite et d’hospitalité, s’inquiète intensément de trouver un époux convenable pour sa fille vertueuse et habile. Cette angoisse devient un « cintā-jvara » (fièvre du souci) incurable, qui le mène à la mort. Son épouse, selon l’idéal de pativratā, le suit dans la mort, laissant la jeune fille orpheline. La fille adopte un brahmacarya ferme et accomplit de sévères tapas près d’Uttarārka. Chaque jour, une chèvre (ajā-śāvī) apparaît comme témoin silencieux de sa pratique. Śiva, accompagné de Pārvatī, observe sa constance ; sur l’invitation de la Déesse, Śiva offre une grâce. L’ascète ne demande pas d’abord pour elle-même, mais pour la chèvre, manifestant le paropakāra (intention altruiste). Les divinités louent cette intelligence morale : les richesses matérielles ne durent pas, tandis que les actes bénéfiques envers autrui demeurent. Pārvatī accorde que la jeune fille deviendra sa compagne bien-aimée, parée de qualités divines, et la reconnaît aussi comme une princesse de Kāśī, appelée à jouir de la prospérité terrestre et à atteindre la libération suprême. Le chapitre prescrit une observance annuelle à Arkakuṇḍa/Uttarārka au mois de Puṣya, un dimanche, avec un bain matinal pris dans un esprit calme et rafraîchi. Il établit aussi une tradition de nomination : Arkakuṇḍa est désormais connu comme Barkarīkuṇḍa, et l’image de la jeune fille doit y être vénérée. La phalaśruti finale affirme que l’écoute de ce récit (incluant le cycle de Lolārka et d’Uttarārka) délivre de la maladie et de la pauvreté.

Shlokas

Verse 1

स्कंद उवाच । अथोत्तरस्यामाशायां कुंडमर्काख्यमुत्तमम् । तत्र नाम्नोत्तरार्केण रश्मिमाली व्यवस्थितः

Skanda dit : Or, vers le nord se trouve un étang excellent nommé Arka. Là demeure le Soleil, paré d’une guirlande de rayons, sous le nom d’« Uttarārka ».

Verse 2

तापयन्दुःखसंघातं साधूनाप्याययन्रविः । उत्तरार्को महातेजाः काशीं रक्षति सर्वदा

Brûlant les amas de douleur et nourrissant les justes, le Soleil —puissant en splendeur comme Uttarārka— protège Kāśī en tout temps.

Verse 3

तत्रेतिहासो यो वृत्तस्तं निशामय सुव्रत । विप्रः प्रियव्रतो नाम कश्चिदात्रेय वंशजः

Écoute, ô toi qui observes un bon vœu, le récit de ce qui s’y produisit : un brāhmaṇa nommé Priyavrata, né dans la lignée d’Ātreya.

Verse 4

आसीत्काश्यां शुभाचारः सदातिथिजनप्रियः । भार्या शुभव्रता तस्य बभूवातिमनोहरा

À Kāśī, il était d’une conduite noble, toujours cher aux hôtes et au peuple. Son épouse, fidèle à des vœux propices, était d’un charme incomparable.

Verse 5

भर्तृशुश्रूषणरता गृहकर्मसुपेशला । तस्यां स जनयामास कन्यामेकां सुलक्षणाम्

Toute vouée au service de son époux et très habile aux tâches domestiques, elle lui enfanta une unique fille, dotée de marques propices.

Verse 6

मूलर्क्षप्रथमेपादे तथा केंद्रे बृहस्पतौ । ववृधे सा गृहे पित्रोः शुक्ले पक्षे यथा शशी

Avec Mūla-nakṣatra dans son premier quart et Bṛhaspati (Jupiter) établi en un centre favorable, elle grandit chez ses parents comme la lune qui croît durant la quinzaine claire.

Verse 7

सुरूपा विनयाचारा पित्रोश्च प्रियकारिणी । अतीव निपुणा जाता गृहोपस्करमार्जने

Belle et d’une conduite pleine de retenue, toujours agréable à ses parents, elle devint extrêmement habile à entretenir et nettoyer les ustensiles de la maison.

Verse 8

यथायथा समैधिष्ट सा कन्या पितृमंदिरे । तथातथा पितुस्तस्याश्चिंता संववृधेतराम्

Plus la jeune fille s’épanouissait dans la demeure paternelle, plus encore grandissait, de jour en jour, l’inquiétude de son père à son sujet.

Verse 9

कस्मै देया वरा कन्या सुरम्येयं सुलक्षणा । अस्या अनुगुणो लभ्यः क्व मया वर उत्तमः

«À qui donner cette jeune fille d’exception, si charmante et de signes auspicieux ? Où trouverai-je un époux vraiment digne et conforme à elle ?»

Verse 10

कुलेन वयसा चापि शीलेनापि श्रुतेन च । रूपेणार्थेनसंयुक्तः कस्मै दत्ता सुखं लभेत्

«Pourvue de noble lignée et d’âge mûr, de bonne conduite et de science, et encore jointe à la beauté et aux biens : donnée à qui obtiendra-t-elle le bonheur ?»

Verse 11

इति चिंतयतस्तस्य ज्वरोभूदतिदारुणः । यश्चिंताख्यो ज्वरः पुंसामौषधैर्नापि शाम्यति

Tandis qu’il méditait ainsi, une fièvre très terrible s’empara de lui : la « fièvre nommée souci » chez les hommes, qui ne s’apaise même pas par les remèdes.

Verse 12

तन्मूलर्क्षविपाकेन चिंताख्येन ज्वरेण च । स विप्रः पंचतां प्राप्तस्त्यक्त्वा सर्वं गृहादिकम्

Par la maturation fatidique liée au nakṣatra Mūla, et par la fièvre nommée anxiété, ce brāhmane parvint à sa fin, abandonnant maison et tous ses biens.

Verse 13

पितर्युपरते तस्याः कन्यायाः सा जनन्यपि । शुभव्रता परित्यज्य तां कन्यां पतिमन्वगात्

Lorsque le père de cette jeune fille fut mort, sa mère aussi —fidèle à son vœu sacré— laissa la demoiselle et suivit son époux.

Verse 14

धर्मोयं सहचारिण्या जीवताजीवतापि वा । पत्या सहैव स्थातव्यं पतिव्रतयुजा सदा

Tel est le dharma proclamé de l’épouse compagne et dévouée : dans la vie comme dans la mort, qu’elle demeure toujours auprès de son époux ; telle est la voie de la pativratā.

Verse 15

नापत्यं पाति नो माता न पिता नैव बांधवाः । पत्युश्चरणशुश्रूषा पायाद्वै केवलं स्त्रियम्

Ni les enfants ne protègent, ni la mère, ni le père, ni les proches. Pour une femme, seul le service dévoué aux pieds de son époux devient vraiment sa sauvegarde.

Verse 16

सुलक्षणापि दुःखार्ता पित्रोः पंचत्वमाप्तयोः । और्ध्वदैहिकमापाद्य दशाहं विनिवर्त्य च

Bien qu’ornée de marques auspiciennes, elle fut accablée de douleur lorsque ses parents atteignirent leur fin. Ayant accompli les rites d’après-funérailles et achevé les observances de dix jours, elle revint.

Verse 17

चिंतामवाप महतीमनाथा दैन्यमागता । कथमेकाकिनी पित्रा मात्राहीना भवांबुधेः

Sans appui et tombée dans la détresse, une grande angoisse la saisit : «Comment, seule—privée de père et de mère—traverserai-je cet océan du devenir mondain ?»

Verse 18

दुस्तरं पारमाप्स्यामि स्त्रीत्वं सर्वाभिभावि यत् । न कस्मैचिद्वरायाहं पितृभ्यां प्रतिपादिता

«Comment atteindrai-je l’autre rive de ce qui est si difficile à traverser, quand la condition de femme est dominée par tous ? Mes parents ne m’ont donnée à aucun époux.»

Verse 19

तददत्ता कथं स्वैरमहमन्यं वरं वृणे । वृतोपि न कुलीनश्चेद्गुणवान्न च शीलवान्

«Puisque je n’ai pas été donnée (en mariage), comment pourrais-je, de mon propre gré, choisir librement un autre époux ? Et même choisi, à quoi servirait-il s’il n’est pas de noble lignée, sans vertu et sans bonne conduite ?»

Verse 20

स्वाधीनोपि न तत्तेन वृतेनापि हि किं भवेत् । इति संचिंतयंती सा रूपौदार्यगुणान्विता

«Même s’il se montrait docile, que gagnerait-on d’un tel homme, fût-il choisi ?» Ainsi méditait-elle, elle qui était pourvue de beauté, de générosité et de vertus.

Verse 21

युवभिर्बहुभिर्नित्यं प्रार्थितापि मुहुर्मुहुः । न कस्यापि ददौ बाला प्रवेशं निज मानसे

Bien que de nombreux jeunes hommes la sollicitassent sans cesse, la jeune fille n’accorda à nul l’entrée de son cœur.

Verse 22

पित्रोरुपरतिं दृष्ट्वा वात्सल्यं च तथाविधम् । निनिंद बहुधात्मानं संसारं च निनिंद ह

Voyant la disparition de ses parents et se souvenant d’une telle tendresse, elle se blâma de bien des façons, et blâma aussi le saṃsāra lui-même.

Verse 23

याभ्यामुत्पादिता चाहं याभ्यां च परिपालिता । पितरौ कुत्र तौ यातौ देहिनो धिगनित्यताम्

«Ceux par qui je fus engendrée et ceux par qui je fus élevée : où sont donc allés ces deux parents ? Honte à l’impermanence des êtres incarnés !»

Verse 24

अहो देहोप्यहोंगत्वं यथा पित्रोः पुरो मम । इति निश्चित्य सा बाला विजितेंद्रिय मानसा

«Hélas, ce corps aussi ! Hélas, cet état sans corps, tel qu’il advint jadis à mes parents !» Ayant ainsi tranché, la jeune fille—les sens et l’esprit maîtrisés—demeura ferme dans sa résolution.

Verse 25

ब्रह्मचर्यं दृढं कृत्वा तप उग्रं चचार ह । उत्तरार्कस्य देवस्य समीपे स्थिरमानसा

Ayant embrassé fermement le brahmacarya, elle accomplit de rudes austérités ; l’esprit inébranlable, elle demeura près de la divinité nommée Uttarārka.

Verse 26

तस्यां तपस्यमानायामेकाच्छागी लघीयसी । तत्र प्रत्यहमागत्य तिष्ठेत्तत्पुरतोऽचला

Tandis qu’elle s’adonnait à l’austérité, une petite biche venait là chaque jour et demeurait immobile devant elle.

Verse 27

तृणपर्णादिकं किंचित्सायमभ्यवहृत्य सा । तत्कुंडपीतपानीया स्वस्वामिसदनं व्रजेत्

Le soir, elle broutait un peu d’herbe et de feuilles ; puis, après avoir bu l’eau de cet étang, elle gagnait la demeure de son propre maître.

Verse 28

तत इत्थं व्यतीतासु पंचषा सुसमासु च । लीलया विचरन्देवस्तत्र देव्या सहागतः

Puis, lorsque cinq ou six bons mois se furent ainsi écoulés, le Seigneur, errant dans son jeu divin, vint là accompagné de la Déesse.

Verse 29

सन्निधावुत्तरार्कस्य तपस्यतीं सुलक्षणाम् । स्थाणुवन्निश्चलां स्थाणुरद्राक्षीत्तपसा कृशाम्

Près d’Uttarārka, le Seigneur Sthāṇu vit cette femme aux signes bénis, vouée à l’ascèse : immobile tel un pilier, amaigrie par la force de son tapas.

Verse 30

ततो गिरिजया शंभुर्विज्ञप्तः करुणात्मना । वरेणानुगृहाणेमां बंधुहीनां सुमध्यमाम्

Alors Girijā s’adressa à Śambhu, au cœur de compassion : «Accorde ta grâce à cette femme, sans parents et à la taille fine, en lui octroyant un bienfait».

Verse 31

शर्वाणीगिरमाकर्ण्य ततः शर्वः कृपानिधिः । समाधिमीलिताक्षीं तामुवाच वरदो हरः

Entendant les paroles de Śarvāṇī, Śarva—océan de miséricorde—s’adressa à elle, assise les yeux clos en samādhi ; Hara, dispensateur de grâces, lui parla.

Verse 32

सुलक्षणे प्रसन्नोस्मि वरं वरय सुव्रते । चिरं खिन्नासि तपसा कस्तेऽस्तीह मनोरथः

«Ô femme aux signes heureux, je suis satisfait. Ô toi au vœu noble, choisis une grâce. Longtemps tu t’es épuisée par le tapas : quel désir portes-tu ici ?»

Verse 33

सापि शंभोर्गिरं श्रुत्वा मुखपीयूषवर्षिणीम् । महासंतापशमनीं लोचने उदमीलयत्

Entendant les paroles de Śambhu—comme une pluie de nectar tombant de sa bouche et apaisant la grande souffrance—elle ouvrit les yeux.

Verse 34

त्र्यक्षं प्रत्यक्षमावीक्ष्य वरदानोन्मुखं पुरः । देवीं च वामभागस्थां प्रणनाम कृतांजलिः

Voyant le Seigneur aux Trois Yeux se manifester devant elle, prêt à accorder une grâce, et contemplant aussi la Déesse assise à sa gauche, elle se prosterna, les mains jointes.

Verse 35

किं वृणे यावदित्थं सा चिंतयेच्चारुमध्यमा । तावत्तयानिरैक्षिष्ट वराकी बर्करी पुरः

Tandis que la belle à la taille fine songeait encore : «Quelle grâce choisirai-je ?», la misérable chèvre Barkarī fut alors amenée sous ses yeux, se tenant juste devant elle.

Verse 36

आत्मार्थं जीवलोकेस्मिन्को न जीवति मानवः । परं परोपकारार्थं यो जीवति स जीवति

Dans ce monde des êtres vivants, quel homme ne vit pas pour lui-même ? Mais celui qui vit pour le bien d’autrui, lui seul vit véritablement.

Verse 37

अनया मत्तपोवृत्ति साक्षिण्या बह्वनेहसम् । असेव्यहं तदेतस्यै वरयामि जगत्पतिम्

Avec celle-ci pour témoin —elle qui a vu le cours de mes austérités et de ma conduite, riche en efforts désintéressés—, je choisirai donc pour elle le Seigneur du monde comme grâce.

Verse 38

परामृश्य मनस्येतत्प्राह त्र्यक्षं सुलक्षणा । कृपानिधे महादेव यदि देयो वरो मम

Après l’avoir pesé en son cœur, Sulakṣaṇā dit au Seigneur aux Trois Yeux : «Ô Mahādeva, trésor de compassion, si une grâce doit m’être accordée…».

Verse 39

अजशावी वराक्येषा तर्हि प्रागनुगृह्यताम् । वक्तुं पशुत्वान्नोवेत्ति किंचिन्मद्भक्तिपेशला

«Cette pauvre créature est chèvre et brebis; qu’on lui accorde d’abord la grâce. En son état d’animal elle ne peut parler; pourtant elle porte une douce inclination de dévotion envers Moi.»

Verse 40

इति वाचं निशम्येशः परोपकृतिशालिनीम् । सुलक्षणाया नितरां तुतोष प्रणतार्तिहा

Entendant ces paroles, pleines de sollicitude pour autrui, le Seigneur—qui ôte la détresse de ceux qui se prosternent—fut extrêmement satisfait de Sulakṣaṇā.

Verse 41

देवदवस्ततः प्राह देवि पश्य गिरींद्रजे । साधूनामीदृशी बुद्धिः परोपकरणोर्जिता

Alors le Seigneur dit à la Déesse : «Vois, ô fille de la Montagne : telle est l’intelligence des vertueux, exaltée par la force de faire du bien à autrui.»

Verse 42

ते धन्याः सर्वलोकेषु सर्वधर्माश्रयाश्च ते । यतंते सर्वभावेन परोपकरणाय ये

Bienheureux sont-ils dans tous les mondes; ils sont le refuge même de tous les dharmas : ceux qui s’emploient de tout leur être au bien d’autrui.

Verse 43

संचयाः सर्ववस्तूनां चिरं तिष्ठति नो क्वचित् । सुचिरं तिष्ठते चैकं परोपकरणं प्रिये

Les amas de toutes possessions ne demeurent longtemps nulle part; mais une seule chose demeure très longtemps, ô bien-aimée : le service rendu pour le bien d’autrui.

Verse 44

धन्या सुलक्षणा चैषा योग्याऽनुग्रहकर्मणि । ब्रूहि देवि वरो देयः कोऽस्यैच्छाग्यै च कः प्रिये

Vraiment bénie est cette Sulakṣaṇā ; elle est digne de l’acte de grâce. Dis, ô Déesse : quel don doit lui être accordé, et que désire-t-elle, ô bien-aimée ?

Verse 45

श्रीदेव्युवाच । सर्वसृष्टिकृतां कर्तः सर्वज्ञप्रणतार्तिहन् । सुलक्षणा शुभाचारा सखी मेस्तु शुभोद्यमा

Śrī Devī dit : Ô Auteur de toute la création, ô Seigneur omniscient qui ôtes la détresse de ceux qui se prosternent devant Toi, qu’il me soit donné une compagne aux bons signes, vertueuse et de conduite pure, toujours appliquée aux œuvres de bon augure.

Verse 46

यथा जया च विजया यथा चैव जयंतिका । शुभानंदा सुनंदा च कौमुदी च यथोर्मिला

Comme (elles sont) Jayā et Vijayā, comme aussi Jayantikā ; comme Śubhānandā et Sunandā ; comme Kaumudī et comme Urmilā—qu’elle soit ainsi, comblée d’une telle auspiciosité.

Verse 47

यथा चंपकमाला च यथा मलयवासिनी । कर्पूरलतिका यद्वद्गंधधारा यथा शुभा

Charmante comme une guirlande de fleurs de campaka ; parfumée comme celle qui demeure sur les collines de Malaya ; telle une liane de camphre ; et telle un flot de senteur de bon augure—qu’elle soit ainsi.

Verse 48

अशोका च विशोका च यथा मलयगंधिनी । यथा चंदननिःश्वासा यथा मृगमदोत्तमा

Qu’elle soit Aśokā—sans chagrin—et Viśokā—qui dissipe la peine ; parfumée comme la senteur de Malaya ; telle le souffle même du santal ; et exquise comme le musc le plus pur.

Verse 49

यथा च कोकिलालापा यथा मधुरभाषिणी । गद्यपद्यनिधिर्यद्वदनुक्तज्ञा यथा च सा

Mélodieuse comme le chant du coucou; douce dans la parole; tel un trésor de prose et de poésie; et comprenant même ce qui n’est pas dit—qu’elle soit ainsi.

Verse 50

दृगंचलेंगितज्ञा च यथा कृतमनोरथा । गानचित्तहरा यद्वत्तथास्त्वेषा सुलक्षणा

Qu’elle sache lire les signes des yeux et le bord du regard; que ses souhaits s’accomplissent; et que son chant ravisse l’esprit—ainsi soit cette jeune fille aux heureux signes.

Verse 51

अतिप्रिया भवित्री मे यद्बाल ब्रह्मचारिणी । अनेनैव शरीरेण दिव्यावयवभूषणा

Que cette jeune fille, brahmacāriṇī au vœu de chasteté, me devienne infiniment chère—ornée, en ce même corps, de membres et d’ornements divins.

Verse 52

दिव्यांबरा दिव्यगंधा दिव्यज्ञानसमन्विता । समया मां सदैवास्तां चंचच्चामरधारिणी

Vêtue d’habits divins, portant un parfum divin, comblée de connaissance divine—qu’elle demeure toujours auprès de moi à l’heure prescrite, tenant le cāmara, l’éventail de queue de yak, qu’elle agite vivement en service dévot.

Verse 53

एषापि काशिराजस्य कुमार्यस्त्विह बर्करी । अत्रैव भोगान्संप्राप्य मुक्तिं प्राप्स्यत्यनुत्तमाम्

Cette jeune fille aussi—Barkarī, fille du roi de Kāśī—ayant goûté ici même aux jouissances légitimes, atteindra la délivrance suprême, sans pareille.

Verse 54

अनया त्वर्ककुंडेस्मिन्पुष्ये मासि रवेर्दिने । स्नातं त्वनुदिते सूर्ये शीतादक्षुब्धचित्तया

En ce lieu d’Arkakuṇḍa, au mois de Puṣya, un dimanche, elle se baigna avant le lever du soleil, l’esprit paisible, inébranlé même par le froid.

Verse 55

राजपुत्री ततः पुण्यादस्त्वेषा शुभलोचना । वरदानप्रभावेण तव विश्वेश्वर प्रभो

«Par ce mérite, que cette jeune fille aux yeux de bon augure devienne princesse, par la puissance de la grâce que tu as accordée, ô Seigneur Viśveśvara.»

Verse 57

उत्तरार्कस्य देवस्य पुष्ये मासि रवेर्दिने । कार्या सा वत्सरीयात्रा न तैः काशीफलेप्सुभिः

«Pour la divinité Uttarārka, au mois de Puṣya, un dimanche, ce pèlerinage annuel doit être accompli par ceux qui désirent le fruit entier de Kāśī.»

Verse 58

मृडान्याभिहि तं सर्वं कृत्वैतद्विश्वगो विभुः । विश्वनाथो विवेशाथ प्रासादं स्वमतर्कितः

Ayant tout accompli selon les paroles de Mṛḍānī (Pārvatī), le Seigneur qui pénètre tout—Viśvanātha—entra alors dans son palais, son dessein accompli.

Verse 59

स्कंद उवाच । लोलार्कस्य च माहात्म्यमुत्तरार्कस्य च द्विज । कथितं ते महाभाग सांबादित्यं निशामय

Skanda dit : «Ô deux-fois-né, ô sage fortuné, je t’ai exposé la grandeur de Lolārka et d’Uttarārka. Écoute maintenant le récit de Sāmbāditya.»

Verse 60

श्रुत्वैतत्पुण्यमाख्यानं शुभं लोलोत्तरार्कयोः । व्याधिभिर्नाभिभूयेत न दारिद्र्येण बाध्यते

Ayant entendu ce récit propice et méritoire de Lolārka et d’Uttarārka, nul n’est accablé par les maladies ni tourmenté par la pauvreté.

Verse 96

बर्करीकुंडमित्याख्या त्वर्ककुंडस्य जायताम् । एतस्याः प्रतिमा पूज्या भविष्यत्यत्र मानवैः

Que l’Arka-kuṇḍa soit désormais connu sous le nom de « Barkarī-kuṇḍa » ; et ici, dans les temps à venir, les hommes vénéreront son image sacrée (pratimā).