Adhyaya 40
Kashi KhandaPurva ArdhaAdhyaya 40

Adhyaya 40

Cet adhyāya se déploie comme un entretien théologique conduit par des questions. Agastya demande à Skanda d’éclairer davantage la grandeur sacrée (māhātmya) d’Avimukteśa et la manière d’« atteindre » ou d’approcher correctement le liṅga d’Avimukteśvara ainsi que l’Avimukta-kṣetra. Skanda répond en passant de la louange à la prescription, et expose une éthique normative pour ceux qui recherchent un bénéfice spirituel dans ce kṣetra. Le texte énumère les aliments interdits et les habitudes de consommation blâmables, puis explique le poids moral de la hiṃsā (violence), en insistant sur la consommation de viande et sur les exceptions admises seulement dans des cadres rituels contraints. Le dharma y est présenté comme la source du sukha (bien-être) et des fins supérieures. L’enseignement s’étend ensuite à la conduite du foyer : règles du dāna (don juste), devoirs envers les personnes à charge et les hôtes, schéma des pañca-yajña et obligations quotidiennes. Il aborde aussi la pureté sociale et rituelle—convenance du mariage, place des femmes dans le discours de la pureté, et restrictions contre la parole nuisible ou les pratiques économiques prédatrices. Le chapitre se clôt en réaffirmant qu’une vie disciplinée à Kāśī constitue une voie religieuse complète, et que la Kāśī-sevā en est le couronnement méritoire.

Shlokas

Verse 1

स्कंद उवाच । अविमुक्तेश माहात्म्यं वर्णितं तेग्रतो मया । अथो किमसि शुश्रूषुः कथयिष्यामि तत्पुनः

Skanda dit : Je t’ai déjà décrit, en ta présence, la grandeur d’Avimukteśa. Que désires-tu encore entendre ? Je la redirai de nouveau.

Verse 2

अगस्त्य उवाच । अविमुक्तेश माहात्म्यं श्रावं श्रावं श्रुती मम । अतीव सुश्रुते जाते तथापि न धिनोम्यहम्

Agastya dit : J’ai entendu maintes et maintes fois la grandeur d’Avimukteśa ; mon écoute s’est faite très exercée ; pourtant, je n’en suis pas rassasié.

Verse 3

अविमुक्तेश्वरं लिंगं क्षेत्रं चाप्यविमुक्तकम् । एतयोस्तु कथं प्राप्तिर्भवेत्षण्मुख तद्वद

Le Liṅga d’Avimukteśvara et le kṣetra sacré nommé Avimukta : dis-moi, ô Ṣaṇmukha, comment peut-on obtenir la grâce de l’un et de l’autre ?

Verse 4

स्कंद उवाच । शृणु कुं भज वक्ष्यामि यथा प्राप्तिर्भवेदिह । स्वश्रेयो दातुरेतस्या विमुक्तस्य महामते

Skanda dit : Écoute et rends un culte ; je t’expliquerai comment l’obtention se réalise ici. Car cet Avimukta est accordé pour le bien suprême de celui qui le donne, ô grand d’âme.

Verse 5

समीहितार्थ संसिद्धिर्लभ्यते पुण्यभारतः । तच्च पुण्यं भवेद्विप्र श्रुतिवर्त्मसभाजनात्

L’accomplissement des buts désirés s’obtient par le mérite accumulé. Et ce mérite, ô Brāhmaṇa, naît du respect du chemin prescrit par la Śruti (les Veda).

Verse 6

श्रुतिवर्त्मजुषः पुंसः संस्पर्शान्नश्यतो मुने । कलिकालावपि सदा छिद्रं प्राप्य जिघांसतः

Ô sage, même à l’âge de Kali, les maux qui, trouvant une brèche, veulent anéantir l’homme attaché à la voie védique, se dissipent par le seul contact avec lui.

Verse 7

वर्जितस्य विधानेन प्रोक्तस्याकरणेन वै । कलिकालावपि हतो ब्राह्मणं रंध्रदर्शनात्

En vérité, même à l’âge de Kali, un brāhmane est voué à la ruine par la « recherche de failles » : en accomplissant l’interdit et en négligeant l’ordonné.

Verse 8

निषिद्धाचरणं तस्मात्कथयिष्ये तवाग्रतः । तद्दूरतः परित्यज्य नरो न निरयी भवेत्

C’est pourquoi je vais déclarer devant toi les actes interdits. En les rejetant entièrement, l’homme ne devient pas voué à l’enfer.

Verse 9

पलांडुं विड्वराहं च शेलुं लशुन गृंजने । गोपीयूषं तंडुलीयं वर्ज्यं च कवकं सदा

Qu’on évite toujours l’oignon, le sanglier qui se nourrit d’immondices, le śelu, l’ail et le gṛṃjana ; de même, le gopīyūṣa, le taṇḍulīya et le kavaka sont à éviter en tout temps.

Verse 10

व्रश्चनान्वृक्षनिर्यासान्पायसापूपशष्कुलीः । अदेवपित्र्यं पललमवत्सागोपयस्त्यजेत्

Qu’on renonce au vraścana, aux sucs et gommes des arbres, au riz sucré (pāyasa), aux gâteaux (āpūpa) et aux beignets frits (śaṣkulī) ; de même, qu’on évite les mets/offrandes non destinés aux dieux et aux ancêtres, le palala (préparations de sésame) et le lait d’une vache sans veau.

Verse 11

पय ऐकशफं हेयं तथा क्रामेलकाविकम् । रात्रौ न दधि भोक्तव्यं दिवा न नवनीतकम्

Le lait des bêtes à sabot unique doit être évité, ainsi que celui du chameau. On ne doit pas manger de caillé la nuit, ni de beurre frais le jour.

Verse 12

टिट्टिभं कलविंकं च हंसं चक्रं प्लवंबकम् । त्यजेन्मांसाशिनः सर्वान्सारसं कुक्कुटं शुकम्

Qu’on évite le ṭiṭṭibha, le kalaviṃka, le haṃsa, le cakra et le plavaṃbaka ; en vérité, qu’on se détourne de tous les oiseaux mangeurs de chair, ainsi que du sārasa (grue), du coq et du perroquet.

Verse 13

जालपादान्खंजरीटान्बुडित्वा मत्स्यभक्षकान् । मत्स्याशी सर्वमांसाशी तन्मत्स्यान्सर्वथा त्यजेत्

Qu’on évite les oiseaux aux pieds palmés, les oiseaux khaṃjarīṭa, les plongeurs et ceux qui mangent du poisson. Car celui qui mange du poisson devient mangeur de toute chair ; c’est pourquoi de tels poissons doivent être rejetés en toute manière.

Verse 14

हव्यकव्यनियुक्तौ तु भक्ष्यौ पाठीनरोहितौ । मांसाशिभिस्त्वमी भक्ष्याः शश शल्लक कच्छपाः

Mais les poissons pāṭhīna et rohita sont mangeables lorsqu’ils sont dûment assignés aux offrandes aux dieux et aux ancêtres. Pour les mangeurs de viande, sont tenus pour mangeables : le lièvre, le porc-épic et la tortue.

Verse 15

श्वाविद्गोधे प्रशस्ते च ज्ञाताश्च मृगपक्षिणः । आयुष्कामैः स्वर्गकामैस्त्याज्यं मांसं प्रयत्नतः

Bien que le porc-épic et l’iguane soient dits louables (pour certains), et que diverses bêtes et oiseaux soient connus (comme mangeables), ceux qui désirent longue vie et ceux qui aspirent au ciel doivent, avec soin, renoncer à la viande.

Verse 16

यज्ञार्थं पशुहिंसा या सा स्वर्ग्या नेतरा क्वचित् । त्यजेत्पर्युषितं सर्वमखंडस्नेह वर्जितम्

La mise à mort d’un animal accomplie pour le yajña est dite conduire au ciel ; toute autre mise à mort ne l’est jamais. Qu’on abandonne toute nourriture éventée, et tout ce qui est privé d’une graisse intacte et saine (dépourvu de juste onctuosité).

Verse 17

प्राणात्यये क्रतौ श्राद्धे भैषजे विप्रकाम्यया । अलौल्यमित्थं पललं भक्षयन्नैव दोषभाक्

En péril de vie, lors d’un sacrifice, au śrāddha, comme remède, ou pour satisfaire un brāhmaṇa—s’il est sans avidité—celui qui mange ainsi le palala n’encourt aucune faute.

Verse 18

न तादृशं भवेत्पापं मृगयावृत्तिकांक्षिणः । यादृशं भवति प्रेत्य लौल्यान्मांसोपसेविनः

Le péché de celui qui cherche sa subsistance par la chasse n’est pas aussi grand que le péché qui, après la mort, s’abat sur celui qui s’adonne à la viande par seule avidité et désir.

Verse 19

मखार्थं ब्रह्मणा सृष्टाः पशु द्रुम मृगौषधीः । निघ्नन्नहिंसको विप्रस्तासामपि शुभा गतिः

Pour le makha (sacrifice), Brahmā créa les bêtes, les arbres, les cerfs et les plantes médicinales. On dit que le brāhmaṇa qui tue dans ce but sacrificiel est non-violent; et pour ces êtres aussi il est une destinée heureuse.

Verse 20

पितृदेवक्रतुकृते मधुपर्कार्थमेव च । तत्र हिंसाप्यहिंसा स्याद्धिंसान्यत्र सुदुस्तरा

Pour les rites aux Ancêtres, aux dieux et pour les sacrifices—et aussi pour l’offrande de madhuparka—la violence y est tenue pour non-violence. Mais la violence ailleurs est extrêmement difficile à justifier ou à franchir.

Verse 21

यो जंतूनात्मपुष्ट्यर्थं हिनस्ति ज्ञानदुर्बलः । दुराचारस्य तस्येह नामुत्रापि सुखं क्वचित्

Celui qui, faible en discernement, blesse les êtres vivants seulement pour nourrir son propre corps—cet homme de mauvaise conduite ne trouve le bonheur ni ici ni dans l’au-delà, jamais.

Verse 22

भोक्तानुमंता संस्कर्ता क्रयिविक्रयि हिंसकाः । उपहर्ता घातयिता हिंसकाश्चाष्टधा स्मृताः

On se souvient des violents comme étant au nombre de huit : celui qui mange, celui qui approuve, celui qui prépare, celui qui achète, celui qui vend, celui qui fournit ou offre, celui qui fait tuer et celui qui tue.

Verse 23

प्रत्यब्दमश्वमेधेन शतं वर्षाणि यो यजेत् । अमांसभक्षको यश्च तयोरंत्यो विशिष्यते

Même si quelqu’un accomplissait un Aśvamedha chaque année pendant cent ans, entre les deux, celui qui ne mange pas de viande est le plus excellent.

Verse 24

यथैवात्मा परस्तद्वद्द्रष्टव्यः सुखमिच्छता । सुखदुःखानि तुल्यानि यथात्मनि तथा परे

De même que l’on se considère soi-même, ainsi doit-on considérer autrui, si l’on désire le bonheur ; car joies et peines sont semblables : ce qui est en soi est aussi en l’autre.

Verse 25

सुखं वा यदि वा चान्यद्यत्किंचित्क्रियते परे । तत्कृतं हि पुनः पश्चात्सर्वमात्मनि संभवेत्

Quoi que l’on fasse à autrui—bonheur ou son contraire—cet acte même, plus tard, revient et se fait éprouver en soi, en toute manière.

Verse 26

न क्लेशेन विना द्रव्यमर्थहीने कुतः क्रियाः । क्रियाहीने कुतो धर्मो धर्महीने कुतः सुखम्

Sans peine, point de richesse ; sans moyens, comment accomplir des actes religieux ? Sans actes, où est le dharma ? Et sans dharma, d’où viendrait le bonheur ?

Verse 27

सुखं हि सर्वैराकांक्ष्यं तच्च धर्मसमुद्भवम् । तस्माद्धर्मोत्र कर्तव्यश्चातुर्वर्ण्येन यत्नतः

Le bonheur est, en vérité, désiré de tous, et il naît du dharma. C’est pourquoi, en ce monde, le dharma doit être pratiqué avec effort par les quatre varṇa.

Verse 28

न्यायागतेन द्रव्येण कर्तव्यं पारलौकिकम् । दानं च विधिना देयं काले पात्रे च भावतः

Avec des biens acquis par des moyens justes, il faut accomplir des actes dont le fruit dépasse ce monde. Le don (dāna) doit aussi être offert selon la règle : au bon moment, à un récipiendaire digne, et avec une intention pure.

Verse 29

विधिहीनं तथाऽपात्रे यो ददाति प्रतिग्रहम् । न केवलं हि तद्याति शेषं तस्य च नश्यति

Celui qui fait un don sans règle, et de surcroît à un récipiendaire indigne, ne perd pas seulement ce don : le reste de son mérite et de ses biens s’en trouve aussi diminué.

Verse 30

व्यसनार्थे कुटुंबार्थे यदृणार्थे च दीयते । तदक्षयं भवेदत्र परत्र च न संशयः

Ce qui est donné pour écarter le malheur, pour soutenir la famille ou pour acquitter une dette, un tel don devient impérissable ici et dans l’au-delà, sans aucun doute.

Verse 31

मातापितृविहीनं यो मौंजीपाणिग्रहादिभिः । संस्कारयेन्निजैरर्थैस्तस्य श्रेयस्त्वनंतकम्

Celui qui, de ses propres biens, accomplit les saṃskāras—tels que l’investiture du cordon sacré et le mariage—pour quelqu’un privé de mère et de père, pour lui le bien spirituel est sans fin.

Verse 32

अग्निहोत्रैर्न तच्छ्रेयो नाग्निष्टोमादिभिर्मखैः । यच्छ्रेयः प्राप्यते मर्त्यैर्द्विजे चैके प्रतिष्ठिते

Cette même excellence spirituelle ne s’obtient ni par les rites d’Agnihotra, ni même par des sacrifices tels que l’Agniṣṭoma ; car plus grand est le mérite que les mortels acquièrent en établissant et en soutenant ne fût-ce qu’un seul deux-fois-né.

Verse 33

यो ह्यनाथस्य विप्रस्य पाणिं ग्राहयते कृती । इह सौख्यमवाप्नोति सोक्षयं स्वर्गमाप्नुयात्

L’homme capable qui arrange le mariage —la prise de la main— d’un brāhmaṇa sans soutien obtient le bonheur en ce monde et atteint un ciel qui ne s’épuise pas.

Verse 34

पितृगेहे तु या कन्या रजः पश्येदसंस्कृता । भ्रूणहा तत्पिता ज्ञेयो वृषली सापि कन्यका

Si une jeune fille, non encore consacrée par les rites requis (c’est-à-dire non mariée), voit ses règles dans la maison de son père, ce père doit être tenu pour destructeur d’un embryon ; et cette jeune fille aussi est dite déchue de son juste statut.

Verse 35

यस्तां परिणयेन्मोहात्स भवेद्वृषलीपतिः । तेन संभाषणं त्याज्यमपाङ्क्तेयेन सर्वदा

Celui qui, par égarement, l’épouse devient l’époux d’une femme tenue pour déchue ; et toute conversation avec un tel homme —jugé impropre aux rites en commun— doit être évitée en tout temps.

Verse 36

विज्ञाय दोषमुभयोः कन्यायाश्च वरस्य च । संबंधं रचयेत्पश्चादन्यथा दोषभाक्पिता

Ce n’est qu’après avoir reconnu les défauts (et l’aptitude) des deux —la fiancée et le fiancé— que le père doit conclure l’alliance ; autrement, le père devient lui aussi participant à la faute.

Verse 37

स्त्रियः पवित्राः सततं नैता दुष्यंति केनचित् । मासिमासि रजस्तासां दुष्कृतान्यपकर्षति

Les femmes sont toujours pures ; rien ne les souille. Mois après mois, leurs menstrues emportent et effacent leurs fautes.

Verse 38

पूर्वं स्त्रियः सुरैर्भुक्ताः सोमगंधर्व वह्निभिः । भुंजते मानुषाः पश्चान्नैतादुष्यं ति केनचित्

D’abord, les femmes furent ‘prises’ mystiquement par les Devas—Soma, les Gandharvas et Agni ; ensuite les humains s’unissent à elles dans le mariage. Ainsi, en cela, nul n’encourt d’impureté.

Verse 39

स्त्रीणां शौचं ददौ सोमः पावकः सर्वमेध्यताम् । कल्याणवाणीं गंधर्वास्तेन मेध्याः सदा स्त्रियः

Soma donna aux femmes la pureté ; Pāvaka (Agni) leur conféra la parfaite aptitude rituelle ; et les Gandharvas leur accordèrent une parole de bon augure. Ainsi, les femmes sont toujours tenues pour rituellement pures.

Verse 40

कन्यां भुंक्ते रजःकालेऽग्निः शशी लोमदर्शने । स्तनोद्भेदेषु गंधर्वास्तत्प्रागेव प्रदीयते

On dit qu’Agni ‘prend part’ à une jeune fille au temps des menstrues ; la Lune, lors de la première apparition du duvet ; et les Gandharvas, au bourgeonnement des seins. Ainsi, elle est tenue pour déjà ‘donnée’ d’avance en ces étapes naturelles.

Verse 41

दृश्यरोमात्वपत्यघ्नी कुलघ्न्युद्गतयौवना । पितृघ्न्याविष्कतरजास्ततस्ताः परिवर्जयेत्

Ainsi, pour le mariage, qu’on évite les jeunes filles qui montrent le duvet, celles qu’on dit ‘tuer la descendance’, ‘ruiner la lignée’, celles dont la jeunesse s’est déjà levée, celles qu’on dit ‘nuire au père’, et celles dont les menstrues se sont manifestées.

Verse 42

कन्यादानफलप्रेप्सुस्तस्माद्द द्यादनग्निकाम् । अन्यथा न फलं दातुः प्रतिग्राही पतेदधः

Ainsi, celui qui désire le fruit du kanyādāna doit offrir une jeune fille qui n’a pas encore été « revendiquée par Agni » ; autrement, le donateur n’obtient aucun mérite et le récipiendaire tombe dans le démérite.

Verse 43

कन्यामभुक्तां सोमाद्यैर्ददद्दानफलं लभेत् । देवभुक्तां ददद्दाता न स्वर्गमधिगच्छति

En offrant une jeune fille qui n’a pas encore été « goûtée » par Soma et les autres, on obtient le fruit du don ; mais celui qui donne une jeune fille déjà « goûtée par les Deva » n’atteint pas le ciel.

Verse 44

शयनासनयानानि कुणपं स्त्रीमुखं कुशाः । यज्ञपात्राणि सर्वाणि न दुष्यंति बुधाः क्वचित्

Lits, sièges et véhicules ; un cadavre ; la bouche d’une femme ; l’herbe kuśa ; et tous les vases du sacrifice : rien de cela, disent les sages, n’est jamais tenu pour impur au sens du dharma.

Verse 45

अजाश्वयोर्मुखं मेध्यं गावो मेध्यास्तु पृष्ठतः । पादतो ब्राह्मणा मेध्याः स्त्रियो मेध्यास्तु सर्वतः

Chez les chèvres et les chevaux, la bouche est rituellement pure ; chez les vaches, le dos est pur ; chez les brāhmaṇa, les pieds sont purs ; mais les femmes sont pures en tous points.

Verse 46

अहोरात्रोषितो भूत्वा पंचगव्येन शुध्यति

Après être demeuré ainsi un jour et une nuit, on se purifie par le pañcagavya.

Verse 47

बलात्कारोपभुक्ता वा चोरहस्तगतापि वा । न त्याज्या दयिता नारी नास्यास्त्यागो विधीयते

Même si l’épouse bien-aimée a été outragée par la force, ou même si elle est tombée aux mains de voleurs, elle ne doit pas être délaissée ; son abandon n’est point prescrit.

Verse 48

आम्लेन ताम्रशुद्धिः स्याच्छुद्धिः कांस्यस्य भस्मना । संशुद्धी रजसा नार्यास्तटिन्या वेगतः शुचिः

Le cuivre se purifie par l’acide ; le bronze se purifie par la cendre. La femme est purifiée après le temps des menstrues ; et la rivière est tenue pour pure par la vigueur de son courant.

Verse 49

मनसापि हि या नेह चिंतयेत्पुरुषांतरम् । सोमया सह सौख्यानि भुंक्ते चात्रापि कीर्तिभाक्

En vérité, la femme qui, même en son esprit, ne songe pas à un autre homme, jouit du bonheur avec Somā, et, en ce monde même, devient porteuse de bonne renommée.

Verse 50

पिता पितामहो भ्राता सकुल्यो जननी तथा । कन्याप्रदः पूर्वनाशे प्रकृतिस्थः परःपरः

Le père, le grand-père, le frère, le parent du clan, et aussi la mère : chacun est autorité pour donner la jeune fille en mariage. Si le précédent est absent ou n’est plus en mesure d’agir, le suivant, selon l’ordre convenable, devient l’autorité légitime.

Verse 51

अप्रयच्छन्समाप्नोति भूणहत्यामृतावृतौ । स्वयं त्वभावे दातॄणां कन्या कुर्यात्स्वयं वरम्

Celui qui retient (la jeune fille, refusant de la donner en temps voulu) encourt un péché semblable à l’infanticide dans le sein, encore et encore à mesure que passe la saison propice. Mais s’il n’existe point de donneurs ou tuteurs aptes, la jeune fille peut elle-même choisir un époux par svayaṃvara.

Verse 52

हृताधिकारां मलिनां पिंडमात्रोपजीविनीम् । परिभूतामधःशय्यां वासयेद्व्यभिचारिणीम्

La femme adultère doit être contrainte de vivre privée de ses droits, dans un état d’abaissement, ne subsistant que de maigres bouchées ; déshonorée, qu’on la fasse coucher sur une couche basse.

Verse 53

व्यभिचारादृतौ शुद्धिर्गर्भे त्यागो विधीयते । गर्भभर्तृवधादौ तु महत्यपि च कल्मषे

Après l’adultère, la purification est possible lorsque vient le temps prescrit ; mais s’il y a grossesse, l’abandon est ordonné. Or, dans des cas tels que le meurtre de l’embryon ou du mari, bien que la faute soit immense…

Verse 54

शूद्रस्य भार्या शूद्रैव सा च स्वा च विशः स्मृते । ते च स्वा चैव राज्ञस्तु ताश्च स्वाचाग्रजन्मनः

L’épouse d’un Śūdra n’est qu’une femme Śūdra ; elle seule lui est propre. Pour un Vaiśya, la femme Vaiśya est tenue pour son épouse légitime. Ces mêmes femmes conviennent aussi à un roi (Kṣatriya) ; et celles de ces classes conviennent également à celui de naissance plus élevée (Brāhmaṇa).

Verse 55

आरोप्य शूद्रां शयने विप्रो गच्छेदधोगतिम् । उत्पाद्य पुत्रं शूद्रायां ब्राह्मण्यादेव हीयते

Si un Brāhmaṇa fait monter une femme Śūdra sur sa couche, il tombe dans un état inférieur. Et s’il engendre un fils d’une femme Śūdra, il déchoit même de son statut de brāhmaṇa.

Verse 56

दैवपित्र्यातिथेयानि तत्प्रधानानि यस्य तु । देवाद्यास्तन्न चाश्नंति स च स्वर्गं न गच्छति

Mais celui pour qui les offrandes aux devas, aux ancêtres et aux hôtes ne sont pas tenues pour primordiales, les dieux et les autres ne prennent pas part à son offrande, et lui n’accède pas au ciel.

Verse 57

जामयो यानि गेहानि शपंत्यप्रतिपूजिताः । कृत्याभिर्निहतानीव नश्येयुस्तान्यसंशयम्

Les maisons que les belles-sœurs ou parentes par alliance maudissent faute d’être honorées comme il se doit périront assurément, comme frappées par des rites malfaisants.

Verse 58

तदभ्यर्च्याः सुवासिन्यो भूषणाच्छादनाशनैः । भूतिकामैर्नरैर्नित्यं सत्कारेषूत्सवेषु च

Ainsi, les femmes mariées (suvāsinī) doivent être honorées d’ornements, de vêtements et de nourriture, toujours par les hommes qui recherchent la prospérité, surtout lors de l’hospitalité et des fêtes.

Verse 59

यत्र नार्यः प्रमुदिता भूषणाच्छादनाशनैः । रमंते देवतास्तत्र स्युस्तत्र सफलाः क्रियाः

Là où les femmes sont réjouies par des ornements, des vêtements et de la nourriture, les divinités s’y délectent, et les rites accomplis y portent fruit.

Verse 60

यत्र तुष्यति भर्त्रा स्त्री स्त्रिया भर्ता च तुष्यति । तत्र वेश्मनि कल्याणं संपद्येत पदे पदे

Dans la demeure où l’épouse est satisfaite de son époux et l’époux satisfait de son épouse, le bien-être et l’auspice s’y manifestent à chaque pas.

Verse 61

अहुतं च हुतं चैव प्रहुतं प्राशितं तथा । ब्राह्मं हुतं पंचमं च पंचयज्ञा इमे शुभाः

Ahuta et Huta, ainsi que Prahuta et Prāśita, et le cinquième, Brāhma-huta : tels sont les cinq sacrifices quotidiens de bon augure (pañcayajña).

Verse 62

जपोऽहुतोहुतो होमः प्रहुतो भौतिको बलिः । प्राशितं पितृसंतृप्तिर्हुतं ब्राह्मं द्विजार्चनम्

Le japa est nommé Ahuta ; Huta est le homa, l’offrande au feu ; Prahuta est le bali, l’oblation destinée aux êtres vivants ; Prāśita est la satisfaction des ancêtres ; et Brāhma-huta est l’hommage rendu aux dvija, les « deux-fois-nés » savants.

Verse 63

पंचयज्ञानिमान्कुर्वन्ब्राह्मणो नावसीदति । एतेषामननुष्ठानात्पंचसूना अवाप्नुयात्

Le brāhmane qui accomplit ces cinq yajña ne tombe pas dans le déclin ; mais en les négligeant, il encourt les cinq fautes de « mise à mort » (pañcasūnā).

Verse 64

ब्राह्मणं कुशलं पृच्छेद्बाहुजातमनामयम् । वैश्यं सुखं समागम्य शूद्रं संतोषमेव च

À un brāhmane, qu’on demande son bien-être ; à un kṣatriya, né du bras, sa santé ; en rencontrant un vaiśya, son aisance ; et à un śūdra, son contentement.

Verse 65

जातमात्रः शिशुस्तावद्यावदष्टौ समाः स्मृताः । भक्ष्याभक्ष्येषु नो दु्ष्येद्यावन्नैवोपनीयते

On enseigne qu’un enfant est tenu pour « nouveau-né » jusqu’à l’âge de huit ans ; et tant que l’upanayana n’a pas été accompli, on ne lui impute pas de faute quant à ce qui est mangeable ou non mangeable.

Verse 66

भरणं पोष्यवर्गस्य दृष्टादृष्टफलोदयम् । प्रत्यवायो ह्यभरणे भर्तव्यस्तत्प्रयत्नतः

Soutenir ceux qui doivent être entretenus fait naître des fruits visibles et invisibles ; mais ne pas les soutenir entraîne une faute : qu’on les prenne donc en charge avec un effort fervent.

Verse 67

मातापितागुरुपत्नीः त्वपत्यानि समाश्रिताः । अभ्यागतोतिथिश्चाग्निः पोष्यवर्गा अमी नव

Ces neuf doivent être entretenus : la mère, le père, l’épouse du maître, ses propres enfants, ceux qui ont cherché refuge, l’hôte qui arrive, et le feu sacré.

Verse 68

स जीवति पुमान्योऽत्र बहुभिश्चोपजीव्यते । जीवन्मृतोथ विज्ञेयः पुरुषः स्वोदरंभरिः

En ce monde, vit vraiment l’homme qui devient le soutien de beaucoup ; mais celui qui ne vit que pour remplir son propre ventre doit être tenu pour mort, bien qu’il respire.

Verse 69

दीनानाथविशिष्टेभ्यो दातव्यं भूतिकाम्यया । अदत्तदाना जायंते परभाग्योपजीविनः

Désireux de prospérité, qu’on donne surtout aux pauvres et aux sans-protecteur ; ceux qui ne font pas l’aumône en viennent à vivre de la chance d’autrui.

Verse 70

विभागशीलसंयुक्तो दयावांश्च क्षमायुतः । देवतातिथिभक्तस्तु गृहस्थो धार्मिकः स्मृतः

On dit qu’un maître de maison est juste lorsqu’il est voué au partage équitable, compatissant, pourvu de pardon, et dévot aux dieux comme aux hôtes.

Verse 71

शर्वरीमध्य यामौ यौ हुतशेषं च यद्धविः । तत्र स्वपंस्तदश्नंश्च ब्राह्मणो नावसीदति

Les deux veilles du milieu de la nuit, et le reste de l’oblation (havis) après l’offrande : en dormant alors et en mangeant ce reste sanctifié, un brāhmaṇa ne tombe pas dans l’infortune.

Verse 72

नवैतानि गृहस्थस्य कार्याण्यभ्यागते सदा । सुधा व्ययानि यत्सौम्यं वाक्यं चक्षुर्मनोमुखम्

Ces neuf actes doivent toujours être accomplis par le maître de maison lorsqu’un hôte arrive. Ce sont des « dépenses de nectar » : parole douce, et accueil bienveillant par les yeux, l’esprit et le visage.

Verse 73

अभ्युत्थानमिहायात सस्नेहं पूर्वभाषणम् । उपासनमनुव्रज्या गृहस्थोन्नति हेतवे

Pour l’élévation du maître de maison : se lever pour accueillir l’hôte qui arrive, lui adresser d’abord des paroles affectueuses, le servir avec respect et l’accompagner lorsqu’il s’en va.

Verse 74

तथेषद्व्यययुक्तानि कार्याण्येतानि वै नव । आसनं पादशौचं च यथाशक्त्याशनं क्षितिः

De même, voici les neuf devoirs qui comportent quelque dépense matérielle : offrir un siège, laver les pieds, donner nourriture selon ses moyens, et un lieu pour se reposer (au sol ou sur une couche).

Verse 75

शय्यातृणजलाभ्यंग दीपा गार्हस्थ्य सिद्धिदाः । तथा नव विकर्माणि त्याज्यानि गृहमेधिनाम्

Lit, herbe (pour s’asseoir ou s’étendre), eau, onction d’huile et lampe accordent l’accomplissement à la vie de maison. De même, neuf conduites interdites doivent être abandonnées par ceux qui suivent le dharma du foyer.

Verse 76

पैशुन्यं परदाराश्च द्रोहः क्रोधानृताप्रियम् । द्वेषो दंभश्च माया च स्वर्गमार्गार्गलानि हि

Médisance, convoitise de l’épouse d’autrui, perfidie, colère, mensonge, dureté, haine, hypocrisie et tromperie : voilà, en vérité, les verrous qui barrent la voie du ciel.

Verse 77

नवावश्यककर्माणि कार्याणि प्रतिवासरम् । स्नानं संध्या जपो होमः स्वाध्यायो देवतार्चनम्

Chaque jour, on doit accomplir les neuf actes obligatoires : le bain rituel, le culte du sandhyā (prière de l’aube et du crépuscule), la récitation des mantras (japa), l’offrande au feu sacré (homa), l’étude des Écritures (svādhyāya) et l’adoration des divinités.

Verse 78

वेश्वदेवं तथातिथ्यं नवमं पितृतर्पणम् । नव गोप्यानि यान्यत्र मुने तानि निशामय

Écoute, ô sage : voici les neuf choses qu’il faut garder secrètes : l’offrande de Vaiśvadeva, l’accueil honoré de l’hôte, et, en neuvième, les libations offertes aux Pitṛs (ancêtres).

Verse 79

जन्मर्क्षं मैथुनं मंत्रो गृहच्छिद्रं च वंचनम् । आयुर्धनापमानं स्त्री न प्रकाश्यानि सर्वथा

Qu’on ne divulgue jamais : l’astre de naissance, l’union charnelle, son mantra, les failles de la maison, ses ruses et stratagèmes, la durée de la vie, la richesse, les humiliations, et son épouse — tout cela ne doit point être exposé.

Verse 80

नवैतानि प्रकाश्यानि रहः पापमकुत्सितम् । प्रायोग्यमृणशुद्धिश्च सान्वयः क्रयविक्रयौ । कन्यादानं गुणोत्कर्षो नान्यत्केनापि कुत्रचित्

Ces neuf choses ne doivent pas être rendues publiques : le péché secret (même s’il n’est pas blâmé), ses procédés pratiques, l’acquittement des dettes, la lignée, l’achat et la vente, le don d’une fille en mariage (kanyādāna) et la supériorité de ses qualités ; qu’on ne les révèle à personne, nulle part.

Verse 81

पात्र मित्र विनीतेषु दीनानाथोपकारिषु । मातापितुगुरूष्वेतन्नवकं दत्तमक्षयम्

Lorsque ce « don en neuf parts » est offert à des récipiendaires dignes — amis, êtres disciplinés, bienfaiteurs des pauvres et des sans-appui, ainsi qu’à la mère, au père et aux maîtres — son mérite devient inépuisable.

Verse 82

निष्फलं नवसूत्सृष्टं चाटचारणतस्करे । कुवैद्ये कितवे धूर्ते शठे मल्ले च बंदिनि

Le « don en neuf formes » devient sans fruit lorsqu’il est offert aux flatteurs, aux bardes, aux voleurs, aux faux médecins, aux joueurs, aux fripons, aux trompeurs, aux bagarreurs et aux geôliers.

Verse 83

आपस्त्वपि न देयानि नववस्तूनि सर्वथा । अन्वये सति सर्वस्वं दारांश्च शरणागतान्

Même dans la détresse, ces neuf choses ne doivent jamais être données. Tant que la lignée se poursuit, qu’on ne cède ni tout son bien, ni son épouse, ni ceux qui ont cherché refuge.

Verse 84

न्यासाधीकुलवृत्तिं च निक्षेपं स्त्रीधनं सुतम् । यो ददाति स मूढात्मा प्रायश्चित्तैर्विशुध्यति

Celui qui donne ce qui est confié en dépôt, le moyen de subsistance de sa famille, un dépôt remis, les biens propres d’une femme ou son fils, celui-là est d’esprit insensé et doit être purifié par des expiations.

Verse 85

एतन्नवानां नवकं ज्ञात्वा प्रियमवाप्नुयात् । अन्यच्च नवकं वच्मि सर्वेषां स्वर्गमार्गदम्

En connaissant cet ensemble de neuf concernant les « neufs », on obtient ce qui est cher et salutaire. À présent, je dirai un autre ensemble de neuf, qui accorde à tous la voie du ciel.

Verse 86

सत्यं शौचमहिंसा च क्षांतिर्दानं दया दमः । अस्तेयमिंद्रियाकोचः सर्वेषां धर्मसाधनम्

Vérité, pureté, non-violence, patience, don, compassion, maîtrise de soi, non-vol et frein des sens : tels sont, pour tous, les moyens du dharma.

Verse 87

अभ्यस्य नवतिं चैतां स्वर्गमार्गप्रदीपिकाम् । सतामभिमतां पुण्यां गृहस्थो नावसीदति

En s’exerçant à cet ensemble de neuf—lampe qui éclaire la voie du ciel, sainte et chère aux justes—le maître de maison ne sombre pas dans le déclin.

Verse 88

जिह्वा भार्या सुतो भ्राता मित्र दास समाश्रिताः । यस्यैते विनयाढ्याश्च तस्य सर्वत्र गौरवम्

Celui dont la langue, l’épouse, le fils, le frère, les amis, les serviteurs et les dépendants sont riches d’humilité et de discipline, celui-là est honoré partout.

Verse 89

पानं दुर्जन संसर्गः पत्या च विरहोटनम् । स्वप्नोन्यगृहवासश्च नारीणां दूषणानि षट्

Boire des enivrants, fréquenter les méchants, être séparée de son époux et dormir dans la maison d’autrui : tels sont comptés parmi les six déshonneurs des femmes.

Verse 90

समर्घं धान्यमुद्धत्य महर्घं यः प्रयच्छति । स हि वार्धुषिको नाम तस्यान्नं नैव भक्षयेत्

Celui qui amasse le grain à prix équitable puis le cède à prix exorbitant est appelé vārdhuṣika ; on ne doit pas manger la nourriture d’un tel homme.

Verse 91

अग्रे माहिषिकं दृष्ट्वा मध्ये च वृषलीपतिम् । अंते वार्धुषिकं चैव निराशाः पितरो गताः

Voyant au commencement un māhiṣika, au milieu un époux de vṛṣalī, et à la fin un vārdhuṣika, les Pitṛs s’en vont, déçus.

Verse 92

महिषीत्युच्यते नारी या च स्याद्व्यभिचारिणी । तां दुष्टां कामयेद्यस्तु स वै माहिषिकः स्मृतः

La femme adultère est ici appelée « mahiṣī » ; mais celui qui désire cette femme pervertie est tenu pour un « māhiṣika ».

Verse 93

स्व वृषं या परित्यज्य परवृषे वृषायते । वृषली सा हि विज्ञेया न शूद्री वृषली भवेत्

Celle qui délaisse son propre époux et s’unit à un autre homme doit être connue comme « vṛṣalī » ; une femme śūdra ne devient pas vṛṣalī par la seule naissance.

Verse 94

यावदुष्णं भवत्यन्नं यावन्मौनेन भुज्यते । तावदश्नंति पितरो यावन्नोक्ता हविर्गुणाः

Tant que la nourriture demeure chaude et qu’on la mange en silence, les Pitṛs en prennent part, jusqu’à ce que soient proclamées à haute voix les louanges de l’offrande.

Verse 95

विद्याविनयसंपन्ने श्रोत्रिये गृहमागते । क्रीडंत्यौषधयः सर्वा यास्यामः परमां गतिम्

Quand un śrotriya, riche de science et de modestie, arrive dans une maison, toutes les herbes médicinales se réjouissent en pensant : « À présent, nous atteindrons la suprême destinée ».

Verse 96

भ्रष्टशौचवताचारे विप्रे वेदविवर्जिते । रोदित्यन्नं दीयमानं किं मया दुष्कृतं कृतम्

Quand on offre de la nourriture à un brāhmaṇa déchu de pureté, de vœux et de bonne conduite, et privé d’étude védique, la nourriture elle-même « pleure » : « Quel péché ai-je donc commis ? »

Verse 97

यस्य कोष्ठगतं चान्नं वेदाभ्यासेन जीर्यति । स तारयति दातारं दशपूर्वान्दशापरान्

Celui dont le ventre « digère » la nourriture par la récitation et l’étude des Veda, celui-là délivre le donateur, sauvant dix générations avant et dix après.

Verse 98

न स्त्रीणां वपनं कार्यं न च गाः समनुव्रजेत् । न च रात्रौ वसेद्गोष्ठे न कुर्याद्वैदिकीं श्रुतिम्

On ne doit pas pratiquer le rasage pour les femmes, ni suivre les vaches; on ne doit pas non plus passer la nuit dans l’étable, ni y réciter des passages védiques.

Verse 99

सर्वान्केशान्समुद्धृत्य च्छेदयेदंगुलद्वयम् । एवमेव तु नारीणां शिरसो मुंडनं भवेत्

Après avoir rassemblé toute la chevelure, on ne doit en couper que deux largeurs de doigt ; ainsi, et ainsi seulement, doit se faire la « tonsure » de la tête des femmes.

Verse 100

राजा वा राजपुत्रो वा ब्राह्मणो वा बहुश्रुतः । अकारयित्वा वपनं प्रायश्चित्तं विनिर्दिशेत्

Qu’il soit roi, prince ou Brāhmane très érudit : s’il a fait pratiquer le rasage (de façon impropre), il doit prescrire une expiation.

Verse 110

माक्षिकं फाणितं शाकं गोरसं लवणं घृतम् । हस्तदत्तानि भुक्तानि दिनमेकमभोजनम्

Miel, mélasse de canne, légumes, produits de la vache, sel et ghee : si l’on en a mangé après les avoir reçus de la main (en un contexte impropre), qu’on jeûne un seul jour.

Verse 120

मा देहीति च यो ब्रूयाद्गवाग्निब्राह्मणेषु च । तिर्यग्योनिशतं गत्वा चांडालेष्वभिजायते

Celui qui dit : « Ne donne pas ! » au sujet des vaches, du feu sacré et des brāhmaṇas—après cent naissances dans des matrices animales, il renaît parmi les caṇḍālas.

Verse 130

चैत्यवृक्षं चितिं यूपं शिवनिर्माल्यभोजिनम् । वेदविक्रयिणं स्पृष्ट्वा सचैलो जलमाविशेत्

Après avoir touché un arbre sacré, un bûcher funéraire, un poteau sacrificiel, celui qui mange les restes offerts à Śiva, ou celui qui vend le Veda—qu’on entre dans l’eau pour se purifier, tout habillé.

Verse 140

फाणितं गोरसं तोयं लवणं मधुकांजिकम् । हस्तेन ब्राह्मणो दत्त्वा कृच्छ्रं चांद्रायणं चरेत्

Si un brāhmaṇa donne de sa propre main de la mélasse, des produits de la vache, de l’eau, du sel ou une bouillie douce-acidulée (en un contexte blâmable), qu’il accomplisse la pénitence Kṛcchra et observe aussi le vœu Cāndrāyaṇa.

Verse 150

व्यवहारानुरूपेण न्यायेन तु यदर्जनम् । क्षत्रियस्य पयस्तेन प्रजापालनतो भवेत्

Tout ce qu’un kṣatriya acquiert par des moyens justes, selon les usages corrects—de là naît son « lait », son soutien légitime, issu de la protection du peuple.

Verse 160

न शब्दशास्त्राभिरतस्य मोक्षो न चैव रम्या वसथप्रियस्य । न भोजनाच्छादन तत्परस्य न लोकवित्त ग्रहणे रतस्य

Il n’est point de délivrance pour celui qui ne s’adonne qu’à l’érudition des mots; ni pour celui qui chérit les demeures agréables; ni pour celui qui s’attache à la nourriture et au vêtement; ni pour celui qui se plaît à amasser les richesses du monde.

Verse 167

स सर्वतीर्थसुस्नातः स सर्वक्रतुदीक्षितः । स दत्तसर्वदानस्तु काशी येन निषेविता

Il s’est baigné avec pureté en tous les tīrtha; il a reçu l’initiation pour tous les sacrifices; il a fait don de toute espèce de dāna : en vérité, celui qui a dûment fréquenté Kāśī obtient tous ces mérites.