Adhyaya 72
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 72

Adhyaya 72

Mārkaṇḍeya guide l’auditeur royal vers Maṇināgeśvara, un sanctuaire शुभ (auspicieux) sur la rive nord de la Narmadā, établi par le nāga Maṇināga pour le bien de tous les êtres et loué comme destructeur des péchés. Yudhiṣṭhira demande comment un serpent venimeux a pu plaire à Īśvara ; s’ouvre alors un récit d’ancienne lignée : les épouses de Kaśyapa, Kadrū et Vinatā, parient sur la couleur d’Uccaiḥśravas. Par ruse et contrainte, Kadrū cherche à réduire Vinatā en servitude en ordonnant aux serpents de noircir les crins du cheval ; certains obéissent, d’autres fuient, craignant la malédiction maternelle, et se dispersent dans les eaux et les contrées. Maṇināga, redoutant les effets de la malédiction, accomplit de dures austérités sur la rive nord de la Narmadā, méditant sur l’Impérissable. Śiva (Tripurāntaka) apparaît, loue sa bhakti et lui accorde protection contre le sort menaçant, promettant une demeure élevée et des bienfaits pour sa descendance. À la demande de Maṇināga, Śiva consent à demeurer là par une présence partielle et ordonne l’établissement d’un liṅga, fondant ainsi l’autorité du tīrtha. Le chapitre énumère ensuite les temps rituels (notamment certains tithi), les substances d’abhiṣeka —dadhi, madhu, ghṛta, kṣīra—, les règles du śrāddha, les dons (dāna) et les normes de conduite des officiants. La phalaśruti conclut : délivrance des péchés, voies heureuses dans l’au-delà, protection contre la crainte liée aux serpents, avec un mérite particulier pour qui écoute ou récite le récit de ce tīrtha.

Shlokas

Verse 1

श्रीमार्कण्डेय उवाच । ततो गच्छेत्तु राजेन्द्र मणिनागेश्वरं शुभम् । उत्तरे नर्मदाकूले सर्वपापक्षयंकरम् । स्थापितं मणिनागेन लोकानां हितकाम्यया

Śrī Mārkaṇḍeya dit : Alors, ô meilleur des rois, qu’on aille vers l’auspicieux Maṇināgeśvara, sur la rive nord de la Narmadā, destructeur de tous les péchés, établi par Maṇināga pour le bien des êtres.

Verse 2

युधिष्ठिर उवाच । आशीविषेण सर्पेण ईश्वरस्तोषितः कथम् । क्षुद्राः सर्वस्य लोकस्य भयदा विषशालिनः

Yudhiṣṭhira dit : Comment le Seigneur fut-il satisfait par un serpent venimeux ? De telles créatures sont misérables, pleines de poison et inspirent la crainte à tous.

Verse 3

कथ्यतां तात मे सर्वं पातकस्योपशान्तिदम् । मम सन्तापजं दुःखं दुर्योधनसमुद्भवम्

Dis-moi, vénérable père, tout ce qui apaise le péché. Mon chagrin, né du tourment et suscité par Duryodhana, me consume encore.

Verse 4

कर्णभीष्मोद्भवं रौद्रं दुःखं पाञ्चालिसम्भवम् । तव वक्त्राम्बुजौघेन प्लावितं निर्वृतिं गतः

La douleur farouche née de Karṇa et de Bhīṣma, et le chagrin lié à Pāñcālī — submergés par le flot issu de ta bouche semblable au lotus — se sont dissipés, et je suis parvenu à la paix.

Verse 5

श्रुत्वा तव मुखोद्गीतां कथां वै पापनाशिनीम् । अयुक्तमिदमस्माकं द्विज क्लेशो न शाम्यति

Ayant entendu de ta bouche le récit sacré qui anéantit les péchés, ô deux-fois-né, il semble indigne que notre détresse ne s’apaise pas encore.

Verse 6

अथवा प्राप्स्यते तात विद्यादानस्य यत्फलम् । तत्फलं प्राप्यते नित्यं कथाश्रवणतो हरेः

Ou bien, vénérable seigneur, le même fruit que donne l’offrande du savoir est obtenu; et ce fruit se reçoit sans cesse en écoutant les récits sacrés de Hari.

Verse 7

श्रीमार्कण्डेय उवाच । यथायथा त्वं नृप भाषसे च तथातथा मे सुखमेति भारती । शैथिल्यता वा जरयान्वितस्य त्वत्सौहृदं नश्यति नैव तात । शृणुष्व तस्मात्सह बान्धवैश्च कथामिमां पापहरां प्रशस्ताम्

Śrī Mārkaṇḍeya dit : «Ô roi, plus tu parles, plus ma parole devient joie. Même affaibli et chargé par la vieillesse, ton amitié ne périt point, cher enfant. Écoute donc, avec tes proches, ce récit excellent, loué et qui enlève le péché».

Verse 8

कथयामि यथावृत्तमितिहासं पुरातनम्

«Je vais raconter, tel que cela advint, un ancien itihāsa, une histoire de la tradition».

Verse 9

कथितं पूर्वतो वृत्तैः पारम्पर्येण भारत

«Ô Bhārata, cela a été raconté depuis les temps anciens par ceux qui maîtrisent le récit, selon une lignée ininterrompue de tradition».

Verse 10

द्वे भार्ये कश्यपस्यास्तां सर्वलोकेष्वनुत्तमे । गरुत्मन्तं च विनतासूत कद्रूरहीनथ

Kaśyapa eut deux épouses, sans égales dans tous les mondes. Vinatā enfanta Garutmān (Garuḍa), et Kadrū enfanta la race des serpents, les Nāgas.

Verse 11

संतोषेण च ते तात तिष्ठतः काश्यपे गृहे । कद्रूश्च विनता नाम हृष्टे च वनिते सदा

Ô cher enfant, toutes deux demeuraient comblées dans la demeure de Kaśyapa : Kadrū et la femme nommée Vinatā, toujours au visage joyeux.

Verse 12

ताभ्यां सार्द्धं क्रीडते च कश्यपोऽपि प्रजापतिः । ततस्त्वेकदिने प्राप्ते आश्रमस्था शुभानना

Avec elles, Prajāpati Kaśyapa se divertissait aussi et laissait s’écouler le temps. Puis, lorsqu’un certain jour advint, la belle au visage, demeurant dans l’āśrama…

Verse 13

उच्चैःश्रवं हयं दृष्ट्वा मनोवेगसमन्वितम् । पश्य पश्य हि तन्वङ्गी हयं सर्वत्र पाण्डुरम्

Voyant le cheval Uccaiḥśravas, pourvu d’une vitesse égale à celle de l’esprit, elle s’écria : «Regarde, regarde, ô toi aux membres graciles : ce cheval est blanc de toutes parts !»

Verse 14

धावमानमविश्रान्तं जवेन मनसोपमम् । तं दृष्ट्वा सहसा चाश्वमीर्ष्याभावेन चाब्रवीत्

Le cheval courait sans répit, d’une vitesse comparable à celle de l’esprit. En le voyant, elle parla soudain, éveillée par la jalousie au sujet du cheval.

Verse 15

कद्रूरुवाच । ब्रूहि भद्रे सहस्रांशोरश्वः किंवर्णको भवेत् । अहं ब्रवीमि कृष्णोऽयं त्वं किं वदसि तद्वद

Kadrū dit : «Dis-moi, ô bien-aimée : de quelle couleur est ce cheval de Sahasrāṃśu (le Soleil) ? Moi, je dis qu’il est noir. Et toi, que dis-tu ? Parle selon ta pensée.»

Verse 16

विनतोवाच । पश्यसे ननु नेत्रैश्च कृष्णं श्वेतं न पश्यसि । असत्यभाषणाद्भद्रे यमलोकं गमिष्यसि

Vinatā dit : «Tu le vois de tes propres yeux : ne vois-tu pas le blanc, et vois-tu plutôt le noir ? Ô chère, pour avoir proféré le mensonge, tu iras au royaume de Yama.»

Verse 17

सत्यानृते तु वचने पणस्तव ममैव तु । सहस्रं चैव वर्षाणां दास्यहं तव मन्दिरे

Quant à ce pari sur la vérité ou le mensonge de nos paroles, qu’il soit l’enjeu entre toi et moi : durant mille années entières, je servirai comme servante liée dans ta demeure.

Verse 18

असत्या यदि मे वाणी कृष्ण उच्चैःश्रवा यदि । तदाहं त्वद्गृहे दासी भवामि सर्पमातृके

Si mes paroles se révèlent mensongères—si Uccaiḥśravā est vraiment noir—alors, ô mère des serpents, je deviendrai servante liée dans ta maison.

Verse 19

यदि उच्चैःश्रवाः श्वेतोऽहं दासी च तवैव तु । एवं परस्परं द्वाभ्यां संवादोऽयं व्यवर्धत

«Si Uccaiḥśravā est blanc, alors tu seras ma servante liée.» Ainsi, entre elles deux, ce débat mêlé de pari s’enfla de plus en plus.

Verse 20

आश्रमेषु गता बाला रात्रौ चिन्तापरा स्थिता । बन्धुवर्गस्य कथितं समस्तं तद्विचेष्टितम्

La jeune femme se rendit aux ermitages ; la nuit, accablée d'anxiété, elle raconta à ses proches tout ce qui s'était passé dans cette affaire.

Verse 21

पुत्राणां कथितं पार्थ पणं चैव मया कृतम् । हाहाकारः कृतः सर्पैः श्रुत्वा मात्रा पणं कृतम्

Elle dit à ses fils : « Ô chers êtres, j'ai fait un pari. » En apprenant que leur mère avait conclu ce pari, les serpents poussèrent de grands cris d'alarme.

Verse 22

जाता दासी न सन्देहः श्वेतो भास्करवाहनः । उच्चैःश्रवा हयः श्वेतो न कृष्णो विद्यते क्वचित्

« Elle deviendra esclave, cela ne fait aucun doute, car la monture du Soleil est blanche. Uccaiḥśravā, ce cheval, est blanc ; nulle part on ne le trouve noir. »

Verse 23

कद्रूरुवाच । यथाहं न भवे दासी तत्कार्यं च विचिन्त्यताम् । विशध्वं रोमकूपेषु ह्युच्चैःश्रवहयस्य तु

Kadrū dit : « Réfléchissez au moyen par lequel je ne deviendrai pas esclave. Entrez donc dans les pores des poils du cheval Uccaiḥśravā. »

Verse 24

एकं मुहूर्तमात्रं तु यावत्कृष्णः स दृश्यते । क्षणमात्रेण चैकेन दासी सा भवते मम

« Même s'il n'est vu noir que pendant un seul muhūrta, alors en un instant elle devient mon esclave. »

Verse 25

दासीं कृत्वा तु तां तन्वीं विनतां सत्यगर्विताम् । ततः स्वस्थानगाः सर्वे भविष्यथ यथासुखम्

«Après avoir fait de la svelte Vinatā, fière de sa vérité, une servante, alors vous pourrez tous retourner à vos demeures et vivre en paix.»

Verse 26

सर्पा ऊचुः । यथा त्वं जननी चाम्ब सर्वेषां भुवि पूजिता । तथा सापि विशेषेण वञ्चितव्या न मातरः

Les serpents dirent : «Mère, puisque toi, ô Mère, tu es honorée sur la terre par tous, elle aussi est une mère. Il ne faut pas tromper les mères, surtout.»

Verse 27

माता च पितृभार्या च मातृमाता पितामही । कर्मणा मनसा वाचा हितं तासां समाचरेत्

Par l’acte, par la pensée et par la parole, qu’on accomplisse toujours ce qui est salutaire pour la mère, l’épouse du père (belle-mère), la grand-mère maternelle et la grand-mère paternelle.

Verse 28

सा ततस्तेन वाक्येन क्रुद्धा कालानलोपमा । मम वाक्यमकुर्वाणा ये केचिद्भुवि पन्नगाः

À ces paroles, elle s’irrita, pareille au feu du Temps de la destruction. «Et quant aux serpents sur la terre qui n’obéiraient pas à mon ordre…»

Verse 29

हव्यवाहमुखे सर्वे ते यास्यन्त्यविचारितम् । मातुस्तद्वचनं श्रुत्वा सर्वे चैव भुजङ्गमाः

Ayant entendu la parole de leur mère, tous ces serpents, sans la moindre hésitation, étaient voués à se ruer dans la bouche de Havyavāha, le Feu.

Verse 30

केचित्प्रविष्टा रोमेषु उच्चैःश्रवहयस्य च । नष्टाः केचिद्दशदिशं कद्रूशापभयात्ततः

Certains se glissèrent jusque dans les poils mêmes d’Uccaiḥśravas, le cheval céleste ; d’autres, saisis d’effroi devant la malédiction de Kadrū, s’évanouirent et s’enfuirent vers les dix directions.

Verse 31

केचिद्गङ्गाजले नष्टाः केचिन्नष्टाः सरस्वतीम् । केचिन्महोदधौ लीनाः प्रविष्टा विन्ध्यकन्दरे

Certains disparurent dans les eaux de la Gaṅgā ; d’autres s’évanouirent dans la Sarasvatī ; certains se fondirent dans le grand océan ; et d’autres entrèrent dans les grottes des monts Vindhya.

Verse 32

आश्रित्य नर्मदातोये मणिनागोत्तमो नृप । तपश्चचार विपुलमुत्तरे नर्मदातटे

Ô Roi, le très noble Maṇināga prit refuge dans les eaux de la Narmadā et accomplit de vastes austérités sur la rive nord de la Narmadā.

Verse 33

मातृशापभयात्पार्थ ध्यायते कामनाशनम् । अच्छेद्यमप्रतर्क्यं च विनाशोत्पत्तिवर्जितम्

Ô Pārtha, par crainte de la malédiction maternelle, il médita sur ce qui anéantit le désir : indivisible, au-delà de tout raisonnement, et exempt de naissance comme de disparition.

Verse 34

वायुभक्षः शतं साग्रं तदर्धं रविवीक्षकः । एवं ध्यानरतस्यैव प्रत्यक्षस्त्रिपुरान्तकः

Pendant un peu plus de cent jours, il ne se nourrit que d’air ; et durant la moitié de ce temps, il fixa son regard sur le soleil. Ainsi, tout entier plongé dans la méditation, Tripurāntaka (Śiva) se manifesta à lui en personne.

Verse 35

साधु साधु महाभाग सत्त्ववांस्तु भुजंगम । त्वया भक्त्या गृहीतोऽहं प्रीतस्ते ह्युरगेश्वर । वरं याचय मे क्षिप्रं यस्ते मनसि वर्तते

«Bien, bien, ô serpent noble et ferme ! Par ta dévotion tu m’as gagné ; je suis comblé de joie envers toi, ô seigneur des nāgas. Demande-moi sans tarder la grâce qui demeure en ton cœur.»

Verse 36

मणिनाग उवाच । मातृशापभयान्नाथ क्लिष्टोऽहं नर्मदातटे । त्वत्प्रसादेन मे नाथ मातृशापो भवेद्वृथा

Maṇināga dit : «Ô Seigneur, tourmenté par la crainte de la malédiction de ma mère, j’ai souffert ici sur la rive de la Narmadā. Par ta grâce, ô Seigneur, que cette malédiction maternelle devienne vaine.»

Verse 37

ईश्वर उवाच । हव्यवाहमुखं वत्स न प्राप्स्यसि ममाज्ञया । मम लोके निवासश्च तव पुत्र भविष्यति

Īśvara dit : «Ô cher enfant, par mon ordre tu n’obtiendras pas l’état de “Havyavāha-mukha”. Toutefois, ton fils aura demeure dans mon monde.»

Verse 38

मणिनाग उवाच । अत्र स्थाने महादेव स्थीयतामंशभागतः । सहस्रांशेन भागेन स्थीयतां नर्मदाजले । उपकाराय लोकानां मम नाम्नैव शङ्कर

Maṇināga dit : «Ô Mahādeva, demeure en ce lieu comme une manifestation partielle. Réside — pour un millième — dans les eaux de la Narmadā, ô Śaṅkara, pour le bien des mondes, portant mon nom.»

Verse 39

ईश्वर उवाच । स्थापयस्व परं लिङ्गमाज्ञया मम पन्नग । इत्युक्त्वान्तर्हितो देवो जगाम ह्युमया सह

Īśvara dit : «Ô être-serpent, établis le Liṅga suprême selon mon ordre.» Ayant ainsi parlé, le Deva disparut et s’en alla avec Umā.

Verse 40

मार्कण्डेय उवाच । तत्र तीर्थे तु ये गत्वा शुचिप्रयतमानसाः । पञ्चम्यां वा चतुर्दश्यामष्टम्यां शुक्लकृष्णयोः

Mārkaṇḍeya dit : «Ceux qui se rendent à ce tīrtha, purs et l’esprit maîtrisé—au cinquième, au quatorzième ou au huitième tithi, durant la quinzaine claire comme durant la quinzaine sombre—…»

Verse 41

अर्चयन्ति सदा पार्थ नोपसर्पन्ति ते यमम् । दध्ना च मधुना चैव घृतेन क्षीरयोगतः

«…et ils adorent sans cesse, ô Pārtha ; Yama ne s’approche pas d’eux. (Ils rendent le culte) avec du dadhi (lait caillé), du miel, du ghee et du lait, harmonieusement mêlés.»

Verse 42

स्नापयन्ति विरूपाक्षमुमादेहार्धधारिणम् । कामाङ्गदहनं देवमघासुरनिषूदनम्

Ils accomplissent l’abhiṣeka de Virūpākṣa, le Seigneur qui porte la moitié du corps d’Umā—le Dieu qui brûla les membres de Kāma et qui terrassa Aghāsura.

Verse 43

स्नाप्यमानं च ये भक्त्वा पश्यन्ति परमेश्वरम् । ते यान्ति च परे लोके सर्वपापविवर्जितैः

Ceux qui, avec bhakti, contemplent Parameśvara tandis qu’on lui fait l’abhiṣeka, vont au monde suprême, délivrés de toute faute.

Verse 44

श्राद्धं प्रेतेषु ये पार्थ चाष्टम्यां पञ्चमीषु च । ब्राह्मणैश्च सदा योग्यैर्वेदपाठकचिन्तकैः

Ô Pārtha, ceux qui accomplissent le śrāddha pour les défunts—à l’Aṣṭamī et aussi à la Pañcamī—avec des brāhmaṇas dignes, récitant et méditant le Veda…

Verse 45

स्वदारनिरतैः श्लक्ष्णैः परदारविवर्जितैः । षट्कर्मनिरतैस्तात शूद्रप्रेषणवर्जितैः

…par ceux qui sont attachés à leur propre épouse, d’une conduite douce, exempts de relations avec l’épouse d’autrui; appliqués aux six devoirs, ô bien-aimé, et n’employant pas de Śūdra comme serviteur personnel.

Verse 46

खञ्जाश्च दर्दुराः षण्ढा वार्द्धुष्याश्च कृषीवलाः । भिन्नवृत्तिकराः पुत्र नियोज्या न कदाचन

Ô fils, les boiteux, les atteints de maladie grave, les impuissants, les vieillards, les ouvriers des champs, et ceux dont le gagne-pain est irrégulier ne doivent jamais être désignés pour de tels rites.

Verse 47

वृषलीमन्दिरे यस्य महिषीं यस्तु पालयेत् । स विप्रो दूरतस्त्याज्यो व्रते श्राद्धे नराधिप

Ô roi, ce brāhmane qui garde sa bufflonne dans la demeure d’une femme de basse naissance doit être évité de loin, surtout lors des vœux et des rites de śrāddha.

Verse 48

काणाष्टुंटाश्च मण्टाश्च वेदपाठविवर्जिताः । न ते पूज्या द्विजाः पार्थ मणिनागेश्वरे शुभे

Ô Pārtha, ceux qu’on nomme kāṇāṣṭuṃṭa et maṇṭa, dépourvus de récitation védique, ne doivent pas être honorés comme « deux-fois-nés » au saint Maṇināgeśvara.

Verse 49

यदीच्छेदूर्ध्वगमनमात्मनः पितृभिः सह । सर्वाङ्गरुचिरां धेनुं यो दद्यादग्रजन्मने

Si l’on désire, pour soi-même avec ses ancêtres, l’ascension vers les mondes d’en haut, qu’on offre à un brāhmane éminent une vache belle en chacun de ses membres.

Verse 50

स याति परमं लोकं यावदाभूतसम्प्लवम् । ततः स्वर्गाच्च्युतः सोऽपि जायते विमले कुले

Il parvient au monde suprême jusqu’à la dissolution cosmique ; puis, déchu du ciel, il renaît dans une lignée immaculée.

Verse 51

ये पश्यन्ति परं भक्त्या मणिनागेश्वरं नृप । न तेषां जायते वंशे पन्नगानां भयं नृप

Ô roi, ceux qui contemplent Maṇināgeśvara avec une dévotion suprême : dans leur lignée, nulle crainte des serpents ne surgit, ô roi.

Verse 52

पन्नगः शङ्कते तेषां मणिनागप्रदर्शनात् । सौपर्णरूपिणस्ते वै दृश्यन्ते नागमण्डले

Parce que la puissance de Maṇināga leur a été révélée, les serpents les redoutent ; et, dans le domaine des nāgas, on les voit revêtus de la forme de Garuḍa.

Verse 53

फलानि चैव दानानां शृणुष्वाथ नृपोत्तम । अन्नं संस्कारसंयुक्तं ये ददन्ते नरोत्तमाः

Écoute maintenant, ô le meilleur des rois, les fruits des dons : ces hommes d’élite qui offrent une nourriture dûment préparée et consacrée par les rites…

Verse 54

तोयं शय्यां तथा छत्रं कन्यां दासीं सुभाषिणीम् । पात्रे देयं यतो राजन् यदीच्छेच्छ्रेय आत्मनः

De l’eau, une couche et aussi un parasol ; une jeune fille ; et une servante au doux parler : tout cela doit être offert à un récipiendaire digne, ô roi, si l’on désire son propre bien suprême.

Verse 55

सुरभीणि च पुष्पाणि गन्धवस्त्राणि दापयेत् । दीपं धान्यं गृहं शुभ्रं सर्वोपस्करसंयुतम्

Qu’on fasse aussi offrir des fleurs parfumées, des essences et des vêtements; de même une lampe, des grains, et une demeure pure, pourvue de tout ce qu’il faut.

Verse 56

ये ददन्ते परं भक्त्या ते व्रजन्ति त्रिविष्टपम् । मणिनागे नृपश्रेष्ठ यच्च दानं प्रदीयते

Ceux qui donnent avec une dévotion suprême vont à Triviṣṭapa (le ciel). Ô meilleur des rois, quel que soit le don offert à Maṇināga (Maṇināgeśvara)…

Verse 57

तस्य दानस्य भावेन स्वर्गे वासो भवेद्ध्रुवम् । पातकानि प्रलीयन्ते आमपात्रे यथा जलम्

Par la pure intention qui accompagne ce don, la demeure au ciel devient certaine. Les péchés se fondent, comme l’eau qui s’évanouit dans un vase d’argile non cuit.

Verse 58

नर्मदातोयसंसिद्धं भोज्यं विप्रे ददाति यः । सोऽपि पापैर्विनिर्मुक्तः क्रीडते दैवतैः सह

Quiconque offre à un brāhmane une nourriture préparée avec les eaux de la Narmadā, lui aussi est délivré des péchés et se réjouit en compagnie des dieux.

Verse 59

ततः स्वर्गच्युतानां हि लक्षणं प्रवदाम्यहम् । दीर्घायुषो जीवपुत्रा धनवन्तः सुशोभनाः

Ensuite, je dirai les signes de ceux qui sont tombés du ciel : ils vivent longtemps, sont bénis de fils vivants, sont riches et rayonnants d’apparence.

Verse 60

सर्वव्याधिविनिर्मुक्ताः सुतभृत्यैः समन्विताः । त्यागिनो भोगसंयुक्ता धर्माख्यानरताः सदा

Affranchis de toute maladie, entourés de fils et de serviteurs; renonçants et pourtant jouissant des biens légitimes, ils se réjouissent sans cesse à dire et à entendre le dharma.

Verse 61

देवद्विजगुरोर्भक्तास्तीर्थसेवापरायणाः । मातापितृवशा नित्यं द्रोहक्रोधविवर्जिताः

Dévoués à Dieu, aux brāhmaṇas et à leurs maîtres; voués au service des tīrthas sacrés; toujours soumis à la mère et au père, exempts de perfidie et de colère.

Verse 62

एभिरेव गुणैर्युक्ता ये नराः पाण्डुनन्दन । सत्यं ते स्वर्गादायाताः स्वर्गे वासं व्रजन्ति ते

Ô fils de Pāṇḍu, les hommes pourvus de ces mêmes qualités: en vérité ils sont venus du ciel, et ils retournent au ciel pour y demeurer.

Verse 63

सर्वतीर्थवरं तीर्थं मणिनागं नृपोत्तम । तीर्थाख्यानमिदं पुण्यं यः पठेच्छृणुयादपि

Ô meilleur des rois, Maṇināga est le plus éminent de tous les tīrthas. Ce récit sacré du tīrtha—quiconque le lit ou même l’entend—

Verse 64

सोऽपि पापैर्विनिर्मुक्तः शिवलोके महीयते । न विषं क्रमते तेषां विचरन्ति यथेच्छया

Lui aussi est délivré des péchés et honoré dans le monde de Śiva. Le poison ne les domine pas, et ils vont où bon leur semble.

Verse 65

भाद्रपद्यां च यत्षष्ठ्यां पुण्यं सूर्यस्य दर्शने । तत्फलं समवाप्नोति आख्यानश्रवणेन तु

Le mérite acquis en contemplant le Soleil le sixième jour de Bhādrapada, on obtient ce même fruit rien qu’en écoutant ce récit sacré.

Verse 72

। अध्याय

Marque de colophon du chapitre : « Adhyāya » (Chapitre).