Adhyaya 168
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 168

Adhyaya 168

Le chapitre se déploie en dialogue : Mārkaṇḍeya désigne, sur la rive méridionale de la Narmadā, un tīrtha éminent, Aṅkūreśvara, renommé dans les trois mondes. Yudhiṣṭhira demande le récit du rākṣasa lié à ce lieu, et l’on expose sa lignée : de Pulastya et Viśravas à Vaiśravaṇa (Kubera), puis aux fils de Kaikasī—Rāvaṇa, Kumbhakarṇa, Vibhīṣaṇa—ensuite aux descendants de Kumbhakarṇa, Kumbha et Vikumbha, jusqu’à Aṅkūra, fils de Kumbha. Aṅkūra, conscient de son origine et voyant l’orientation dharmique de Vibhīṣaṇa, entreprend de vastes austérités dans toutes les directions, puis sur les bords de la Narmadā. Śiva se manifeste et offre une grâce ; Aṅkūra demande (1) le don difficile de l’immortalité et (2) la présence durable de Śiva au tīrtha sous le nom d’Aṅkūra. Śiva accorde une proximité conditionnelle : tant qu’Aṅkūra maintient une conduite conforme à la position dharmique de Vibhīṣaṇa. Après le départ de Śiva, Aṅkūra établit rituellement le liṅga d’Aṅkūreśvara et accomplit un culte solennel avec offrandes, bannières, ombrelles et acclamations de bon augure. Le chapitre codifie aussi le pèlerinage : bain sacré, sandhyā, japa, tarpaṇa aux ancêtres/divinités/humains, jeûne à Aṣṭamī ou Caturdaśī, et silence discipliné. Les fruits sont gradués : l’adoration équivaut à l’Aśvamedha ; la dāna offerte correctement procure un mérite inépuisable ; et les effets du homa, du japa, de l’upavāsa et du snāna se trouvent amplifiés. Même les êtres non humains mourant au tīrtha obtiennent délivrance ; la phalaśruti promet enfin l’accès au séjour de Śiva à ceux qui écoutent avec foi.

Shlokas

Verse 1

श्रीमार्कण्डेय उवाच । नर्मदादक्षिणे रोधस्यङ्कूरेश्वरमुत्तमम् । तीर्थं सर्वगुणोपेतं त्रिषु लोकेषु विश्रुतम्

Śrī Mārkaṇḍeya dit : Sur la rive méridionale de la Narmadā se trouve l’excellent Aṅkūreśvara, un tīrtha pourvu de toutes les vertus, renommé dans les trois mondes.

Verse 2

यत्र सिद्धं महारक्ष आराध्य तु महेश्वरम् । शङ्करं जगतः प्राणं स्मृतिमात्रावहारिणम्

Là, un puissant rākṣasa obtint l’accomplissement en adorant Maheśvara—Śaṅkara, le souffle même du monde, qui accorde la grâce par le seul souvenir.

Verse 3

युधिष्ठिर उवाच । किं तद्रक्षो द्विजश्रेष्ठ किंनाम कस्य वान्वये । एतद्विस्तरतः सर्वं कथयस्व ममानघ

Yudhiṣṭhira dit : Ô meilleur des brāhmaṇas, quel était ce rākṣasa—quel était son nom et de quelle lignée venait-il ? Raconte-moi tout en détail, ô irréprochable.

Verse 4

अज्ञानतिमिरान्धा ये पुमांसः पापकारिणः । युष्मद्विधैर्दीपभूतैः पश्यन्ति सचराचरम्

Les hommes aveuglés par les ténèbres de l’ignorance et portés au péché peuvent voir le monde entier—mobile et immobile—uniquement parce que des sages tels que vous demeurent comme des lampes de lumière.

Verse 5

धर्मपुत्रवचः श्रुत्वा मार्कण्डेयो मुनीश्वरः । स्मितं कृत्वा बभाषे तां कथां पापप्रणाशनीम्

Ayant entendu les paroles de Dharmaputra, le seigneur des sages Mārkaṇḍeya sourit, puis énonça ce récit sacré qui anéantit le péché.

Verse 6

मार्कण्डेय उवाच । मानसो ब्रह्मणः पुत्रः पुलस्त्यो नाम पार्थिव । वेदशास्त्रप्रवक्ता च साक्षाद्वेधा इवापरः

Mārkaṇḍeya dit : Ô roi, il y eut un nommé Pulastya—fils né de l’esprit de Brahmā—interprète des Vedas et des śāstras, tel un second Créateur en personne.

Verse 7

तृणबिन्दुसुता तस्य भार्यासीत्परमेष्ठिनः । तस्य धर्मप्रसङ्गेन पुत्रो जातो महामनाः

Son épouse, ô roi, était la fille de Tṛṇabindu. De leur union selon le dharma naquit un fils à la grande âme.

Verse 8

यस्माद्वेदेतिहासैश्च सषडङ्गपदक्रमाः । विश्रान्ता ब्रह्मणा दत्ता नाम विश्रवसेति च

Parce que les Vedas et les Itihāsas, avec les six auxiliaires et la récitation ordonnée des mots, trouvèrent en lui leur repos, et que Brahmā les lui accorda, il reçut le nom de « Viśravas ».

Verse 9

कस्मिंश्चिदथ काले च भरद्वाजो महामुनिः । स्वसुतां प्रददौ राजन्मुदा विश्रवसे नृप

Puis, en un certain temps, le grand sage Bharadvāja, dans la joie, donna sa propre fille en mariage à Viśravas, ô roi.

Verse 10

स तया रमते सार्धं पौलोम्या मघवा इव । मुदा परमया राजन्ब्राह्मणो वेदवित्तमः

Ce brāhmane, le plus grand connaisseur du Veda, se réjouissait avec elle d’une joie suprême, ô roi, comme Maghavā (Indra) avec Paulomī.

Verse 11

केनचित्त्वथ कालेन पुत्रः पुत्रगुणैर्युतः । जज्ञे विश्रवसो राजन्नाम्ना वैश्रवणः श्रुतः

Après quelque temps, ô roi, naquit à Viśravas un fils doté de vertueuses qualités, connu sous le nom de Vaiśravaṇa.

Verse 12

सोऽपि मौनव्रतं कृत्वा बालभावाद्युधिष्ठिर । सर्वभूताभयं दत्त्वा चचार परमं व्रतम्

Lui aussi, ô Yudhiṣṭhira, dès l’enfance observa le vœu de silence ; et, accordant l’intrépidité à tous les êtres, il accomplit ce vœu suprême.

Verse 13

तस्य तुष्टो महादेवो ब्रह्मा ब्रह्मर्षिभिः सह । सखित्वं चेश्वरो दत्त्वा धनदत्वं जगाम ह

Satisfait de lui, Mahādeva—et Brahmā avec les brahmarṣis—lui accordèrent l’amitié du Seigneur ; et il obtint la dignité de « Dhanada », dispensateur et maître des richesses.

Verse 14

यमेन्द्रवरुणानां च चतुर्थस्त्वं भविष्यसि । ब्रह्माप्युक्त्वा जगामाशु लोकपालत्वमीप्सितम्

«Parmi Yama, Indra et Varuṇa, tu seras le quatrième.» Ayant ainsi parlé, Brahmā s’en alla promptement, aspirant à la dignité souhaitée de Lokapāla, gardien du monde.

Verse 15

ततस्त्वनन्तरे काले कैकसी नाम राक्षसी । पातालं भूतलं त्यक्त्वा विश्रवं चकमे पतिम्

Puis, quelque temps après, une rākṣasī nommée Kaikasī—quittant Pātāla et la terre—choisit Viśravas pour époux.

Verse 16

पुत्रोऽथ रावणो जातस्तस्या भरतसत्तम । कुम्भकर्णो महारक्षो धर्मात्मा च विभीषणः

D’elle naquit un fils, Rāvaṇa, ô le meilleur des Bhārata ; et (naquirent aussi) Kumbhakarṇa, le puissant rākṣasa, et Vibhīṣaṇa, au cœur naturellement juste.

Verse 17

कुम्भश्चैव विकुम्भश्च कुम्भकर्णसुतावुभौ । महाबलौ महावीर्यौ महान्तौ पुरुषोत्तम

Kumbha et Vikumbha—tous deux fils de Kumbhakarṇa—étaient d’une grande force et d’une grande vaillance, ô Puruṣottama.

Verse 18

अङ्कूरो राक्षसश्रेष्ठः कुम्भस्य तनयो महान् । विभीषणं च गुणवद्दृष्ट्वैवं राक्षसोत्तमः

Aṅkūra, éminent Rākṣasa, illustre fils de Kumbha—voyant Vibhīṣaṇa doté de vertus—devint songeur, ô le plus noble des Rākṣasas.

Verse 19

ततः स यौवनं प्राप्य ज्ञात्वा रक्षः पितामहम् । परं निर्वेदमापन्नश्चचार सुमहत्तपः

Puis, parvenu à la jeunesse et ayant connu ses ancêtres rākṣasas, il tomba dans un profond détachement et entreprit d’immenses austérités.

Verse 20

दक्षिणं पश्चिमं गत्वा सागरं पूर्वमुत्तरम् । नर्मदायां प्रसङ्गेन ह्यङ्कूरो राक्षसेश्वरः

Étant allé au sud et à l’ouest, jusqu’à l’océan, et de même à l’est et au nord, Aṅkūra—seigneur des Rākṣasas—par une occasion providentielle, parvint à la Narmadā (Revā).

Verse 21

तपश्चचार सुमहद्दिव्यं वर्षशतं किल । ततस्तुष्टो महादेवः साक्षात्परपुरंजयः

Il accomplit d’immenses austérités, divines, durant cent années célestes. Alors Mahādeva—lui qui, en personne, vainc les cités des ennemis—fut satisfait.

Verse 22

वरेण छन्दयामास राक्षसं वृषकेतनः । वरं वृणीष्व भद्रं ते तव दास्यामि सुव्रत

Vṛṣaketu (Śiva) chercha à réjouir le Rākṣasa par une grâce : «Choisis un don—que l’auspice soit sur toi ; je te l’accorderai, ô gardien des bons vœux.»

Verse 23

प्रोवाच राक्षसो वाक्यं देवदेवं महेश्वरम् । वरदं सोऽग्रतो दृष्ट्वा प्रणम्य च पुनःपुनः

Alors le Rākṣasa adressa la parole à Maheśvara, le Dieu des dieux. Voyant devant lui le dispensateur des grâces, il se prosterna maintes fois et parla.

Verse 24

यदि तुष्टो महादेव वरदोऽसि सुरेश्वर । दुर्लभं सर्वभूतानाममरत्वं प्रयच्छ मे

«Si tu es satisfait, ô Mahādeva—ô Seigneur des dieux, dispensateur des dons—accorde-moi l’immortalité, si rare pour tous les êtres.»

Verse 25

मम नाम्ना स्थितोऽनेन वरेण त्रिपुरान्तक । सदा संनिहितोऽप्यत्र तीर्थे भवितुमर्हसि

«Ô Tripurāntaka, par cette grâce établie en mon nom, daigne demeurer ici, toujours présent, en ce tīrtha sacré.»

Verse 26

ईश्वर उवाच । यावद्विभीषणमतं यावद्धर्मनिषेवणम् । करिष्यसि दृढात्मा त्वं तावदेतद्भविष्यति

Īśvara dit : «Tant que toi, l’âme ferme, tu maintiendras la résolution de Vibhīṣaṇa—tant que tu pratiqueras et serviras le Dharma—ainsi cela demeurera accompli.»

Verse 27

एवमुक्त्वा ययौ देवः सर्वदैवतपूजितः । विमानेनार्कवर्णेन कैलासं धरणीधरम्

Ayant ainsi parlé, le Dieu, adoré par toutes les divinités, s’en alla sur un vimāna céleste aux teintes du soleil vers Kailāsa, la montagne qui soutient la terre.

Verse 28

गते चादर्शनं देवे स्नात्वाचम्य विधानतः । स्थापयामास राजेन्द्र ह्यङ्कूरेश्वरमुत्तमम्

Lorsque le Seigneur fut parti et ne se montra plus, il se baigna et fit l’ācamanā selon la règle; puis, ô roi, il consacra l’excellent Aṅkūreśvara.

Verse 29

गन्धपुष्पैस्तथा धूपैर्वस्त्रालङ्कारभूषणैः । पताकैश्चामरैश्छत्रैर्जयशब्दादिमंगलैः

Avec parfums et fleurs, avec encens, avec vêtements et parures; avec bannières, chasse-mouches en queue de yak et ombrelles, et avec des rites de bon augure commençant par des cris de victoire—(il rendit le culte).

Verse 30

पूजयित्वा सुरेशानं स्तोत्रैर्हृद्यैः सुपुष्कलैः । जगाम भवनं रक्षो यत्र राजा विभीषणः

Après avoir honoré Sureśāna par des hymnes suaves et abondants, le Rākṣasa se rendit à la demeure où se trouvait le roi Vibhīṣaṇa.

Verse 31

पूजितः स यथान्यायं दानसन्मानगौरवैः । सौदर्ये स्थापितो भावे सोऽवात्सीत्परयामुदा

Il fut honoré selon la règle par des dons, du respect et de pieuses marques d’égard; établi dans un sentiment de fraternelle cordialité, il demeura là dans une grande joie.

Verse 32

तत्र तीर्थे तु यः स्नात्वा पूजयेत्परमेश्वरम् । अङ्कूरेश्वरनामानं सोऽश्वमेधफलं लभेत्

Celui qui se baigne en ce tīrtha puis vénère Parameśvara, appelé Aṅkūreśvara, obtient le fruit du sacrifice de l’Aśvamedha.

Verse 33

माण्डव्यखातमारभ्य सङ्गमं वापि यच्छुभम् । रेवाया आमलक्याश्च देवक्षेत्रं महेश्वरम्

Depuis le bassin sacré de Māṇḍavya jusqu’à l’heureuse confluence de la Revā et de l’Āmalakī, toute cette contrée est le champ divin (devakṣetra) de Maheśvara.

Verse 34

माण्डव्यखातात्पश्चिमतस्तीर्थं तदङ्कूरेश्वरम् । तत्र तीर्थे नरः स्नात्वा शुचिः प्रयतमानसः

À l’ouest de la tranchée sacrée de Māṇḍavya se trouve le tīrtha nommé Aṅkūreśvara. Celui qui s’y baigne, purifié et l’esprit maîtrisé, devient apte au rite qui suit.

Verse 35

सन्ध्यामाचम्य यत्नेन जपं कृत्वाथ भारत । तर्पयित्वा पित्ःन्देवान्मनुष्यान् भरतर्षभ

Ô Bhārata, après avoir accompli le rite du crépuscule (sandhyā) et fait l’ācamana avec soin, puis achevé le japa, qu’on offre le tarpana aux Pitṛs, aux Devas et aux hommes, ô taureau des Bharatas.

Verse 36

सचैलः क्लिन्नवसनो मौनमास्थाय संयतः । अष्टम्यां वा चतुर्दश्यामुपोष्य विधिवन्नरः

Vêtu de ses habits et les gardant humides, observant le silence et la maîtrise de soi, l’homme doit jeûner selon la règle, au huitième jour lunaire ou au quatorzième.

Verse 37

पूजां यः कुरुते राजंस्तस्य पुण्यफलं शृणु । साग्रं तु योजनशतं तीर्थान्यायतनानि च

Ô roi, écoute le fruit sacré de celui qui accomplit le culte. Pour lui, dans l’étendue de plus de cent yojanas, les tīrtha et les sanctuaires saints sont comme véritablement visités et contemplés.

Verse 38

भवन्ति तानि दृष्टानि ततः पापैः प्रमुच्यते । तत्र तीर्थे तु यद्दानं देवमुद्दिश्य दीयते

Ces (tīrtha et sanctuaires) sont tenus pour vus, et ainsi l’on est délivré des péchés. De plus, toute aumône donnée en ce tīrtha, dédiée à la divinité,

Verse 39

स्नात्वा तु विधिवत्पात्रे तदक्षयमुदाहृतम् । होमाद्दशगुणं प्रोक्तं फलं जाप्ये ततोऽधिकम्

Après le bain rituel, ce qui est donné selon la règle à un réceptacle digne est proclamé inépuisable. Son fruit est dit dix fois celui d’un homa, et le fruit du japa est plus grand encore.

Verse 40

त्रिगुणं चोपवासेन स्नानेन च चतुर्गुणम् । संन्यासं कुरुते यस्तु प्राणत्यागं करोति वा

Par le jeûne, le fruit devient triple; par le bain, quadruple. Et quiconque y entreprend le renoncement, ou même y abandonne la vie,

Verse 41

अनिवर्तिका गतिस्तस्य रुद्रलोकादसंशयम् । कृमिकीटपतङ्गानां तत्र तीर्थे युधिष्ठिर । अङ्कूरेश्वरनामाख्ये मृतानां सुगतिर्भवेत्

Sa voie devient irréversible, vers le monde de Rudra, sans aucun doute. Ô Yudhiṣṭhira, même pour les vers, les insectes et les oiseaux qui meurent en ce tīrtha nommé Aṅkūreśvara, advient une destinée bienheureuse.

Verse 42

एतत्ते कथितं राजन्नङ्कूरेश्वरसम्भवम् । तीर्थं सर्वगुणोपेतं परमं पापनाशनम्

Ô roi, ceci t’a été exposé : l’origine et la grandeur liées à Aṅkūreśvara, un tīrtha doté de toutes les vertus, souverain destructeur du péché.

Verse 43

येऽपि शृण्वन्ति भक्त्येदं कीर्त्यमानं महाफलम् । लभन्ते नात्र सन्देहः शिवस्य भुवनं हि ते

Même ceux qui écoutent ceci avec dévotion, tandis qu’on le proclame comme porteur d’un grand fruit, atteignent—sans aucun doute—le monde de Śiva.

Verse 168

। अध्याय

Chapitre (titre).