
Le chapitre 13 est un enseignement prescriptif donné par Sārasvata, proposant aux maîtres de maison une discipline concrète pour la purification et l’essor de bon augure. Il commence par rappeler qu’il est difficile de dépasser le mélange karmique du favorable et du défavorable (śubha/aśubha) sans une pratique continue de la vertu. Sont ensuite énumérés les devoirs quotidiens et périodiques : bains répétés, culte de Hari–Hara, parole véridique et bénéfique, charité selon ses moyens ; évitement de la médisance et de l’inconduite sexuelle ; retenue face aux enivrants, au jeu, aux querelles et à la violence. Les rites accomplis correctement—snāna, dāna, japa, homa, deva-pūjā, dvija-arcana—sont dits produire un fruit « impérissable ». Une large partie dresse le catalogue des dons : vache, taureau, cheval, éléphant, maison, or, argent, parfums, nourriture, matériaux rituels, ustensiles, vêtements, aide au voyage et distribution continue de nourriture ; chacun est associé à un cadre de phala : délivrance du péché, véhicules célestes et protection sur la voie de Yama (Yama-path). Le chapitre fixe aussi l’étiquette du śrāddha—qualités des invités, nécessité de la śraddhā (foi) et honneur dû aux ascètes et aux hôtes—et se clôt en annonçant un futur « yātrā-vidhi » (procédure de pèlerinage).
Verse 1
सारस्वत उवाच । छित्त्वा शुभाशुभं कर्म मुक्तिमिच्छेच्छिवां ततः । इदं न शक्यते कर्त्तुं शुभं कार्यं तदा नरैः
Sārasvata dit : Après avoir tranché aussi bien l’acte méritoire que l’acte fautif, qu’on aspire alors à la libération auspicious de Śiva. Mais cet état sublime n’est pas aisément accompli par les hommes ; c’est pourquoi il faut entreprendre des œuvres véritablement vertueuses.
Verse 2
उत्थायोत्थाय स्नातव्यं पूज्यौ हरिहरौ स्वयम् । सत्यं वाच्यं हितं कार्यं दानं देयं स्वशक्तितः
Se levantant tôt, encore et encore, qu’on se baigne ; Hari et Hara eux-mêmes doivent être vénérés. Qu’on dise la vérité, qu’on fasse ce qui est salutaire, et qu’on donne l’aumône selon sa propre capacité.
Verse 3
परापवादभीरुत्वं परदारान्विवर्जयेत् । सुवर्णभूमिहरणब्रह्मदेवस्ववर्जनम्
Que l’on craigne de jeter le blâme sur autrui et que l’on s’abstienne du conjoint d’autrui. Qu’on renonce à voler l’or ou la terre, et à s’approprier ce qui appartient aux brahmanes ou aux dieux.
Verse 4
ब्राह्मणस्त्रीनरेंद्राणां बालवृद्धतपस्विनाम् । पितृमातृगुरूणां च नाप्रियं मनसा वदेत्
À l’égard des brahmanes, des femmes, des rois, des enfants, des vieillards et des ascètes—ainsi que du père, de la mère et des maîtres—qu’on ne profère rien de dur ni de déplaisant, même en pensée.
Verse 5
देशकालपरिज्ञानं पात्रापात्रविवेचनम् । छाया नृणां न वक्तव्या तक्राग्नींधनकांजिकम्
Qu’on connaisse le lieu et le temps, et qu’on discerne qui est digne de recevoir et qui ne l’est pas. Qu’on ne parle pas de « l’ombre » d’autrui pour le dénigrer, ni ne s’attarde mal à propos sur le babeurre, le bois de feu, le feu et la bouillie aigre : choses triviales qui nourrissent querelles et petitesse.
Verse 6
औषधं शाकमर्थिभ्यो दातव्यं गृह मेधिभिः । एकादशीपंचदशीचतुर्दश्यष्टमीषु च
Les maîtres de maison doivent offrir remèdes et légumes à ceux qui sont dans le besoin, surtout aux onzième, quinzième, quatorzième et huitième jours lunaires.
Verse 7
अमावास्याव्यतीपातसंक्रांतिग्रहणेषु च । वैधृते पितृमात्रोश्च क्षयाहदिवसेषु च
De même, au jour d’Amāvasyā (nouvelle lune), lors de Vyatīpāta, aux Saṅkrānti (passages solaires), pendant les éclipses, à Vaidhṛti, et aux jours anniversaires du décès du père et de la mère, qu’on accomplisse ces dons et observances du dharma.
Verse 8
युगादिमन्वादिदिने गृहे कार्यो महोत्सवः । तीर्थे वा गमनं कार्यं गृहाच्छतगुणं यतः
Aux jours de Yugādi et de Manvādi, qu’on célèbre chez soi une grande fête, ou qu’on se rende à un tīrtha ; car le mérite acquis au gué sacré est cent fois supérieur à celui obtenu à la maison.
Verse 9
इद्रियाणां जयः कार्यो मद्यं द्यूतं विवर्जयेत् । विवादं गमनं युद्धं गृही यत्नेन वर्जयेत्
Qu’on s’efforce de vaincre les sens et qu’on renonce aux enivrants et au jeu. Le maître de maison doit, avec vigilance, éviter les querelles, les errances imprudentes et le combat.
Verse 10
स्नानं दानं जपो होमो देवपूजा द्विजार्चनम् । अक्षयं जायते सर्वं विधिवच्चेद्भवेत्कृतम्
Le bain (au lieu sacré), le don, la récitation des mantras, l’offrande au feu, le culte des dieux et l’hommage aux brāhmaṇas : accomplis selon la règle, tout cela devient un mérite inépuisable.
Verse 11
एकापि गौः प्रदातव्या वस्त्रालंकारभूषणा । दोग्ध्री सवत्सा तरुणी द्विजमुख्याय कल्पिता
Ne fût-ce qu’une seule vache, qu’on la donne en offrande—parée de tissu et d’ornements—une vache laitière, jeune, avec son veau, dûment remise à un brāhmaṇa éminent.
Verse 12
संप्राप्य भारतं खंडं मानुषं जन्म चोत्तमम् । धन्यो ददाति यो धेनुं स नरः सूर्यमण्डलम् । भित्त्वा याति विमानेन गम्यमानो गवादिभिः
Ayant obtenu Bhārata-varṣa et l’excellente naissance humaine, béni est celui qui donne une vache laitière. Cet homme, perçant jusqu’à la sphère du Soleil, s’en va sur un char céleste, escorté par des vaches et autres semblables.
Verse 13
सप्त जन्मानि पापानि कृत्वा पापीह चाधमः । एको ददाति यो धेनुं मुच्यते सर्वपातकैः
Quand bien même un homme, vil et pécheur en ce monde, aurait commis des fautes durant sept naissances—en offrant ne fût-ce qu’une vache laitière, il est délivré de toutes les chutes funestes.
Verse 14
यदा स नीयते बद्धो यममार्गेण किंकरैः । तदा नंदा समागत्य स्वं पुत्रमिव पश्यति
Lorsqu’il est emmené, lié, sur la route de Yama par les serviteurs de la mort—alors Nandā survient et le regarde comme s’il était son propre fils.
Verse 15
विजित्य हुंकृतेनैव तान्दूतान्दूरतः स्थितान् । गोप्रदं तं समादाय प्रयाति शिवमन्दिरम्
Les ayant vaincus, ces messagers restés au loin, par son seul mugissement, elle prend avec elle le donateur de vaches et se rend au temple de Śiva.
Verse 16
वृषो धर्म हति प्रोक्तो येन मुक्तः स मुच्यते । गोषु मध्ये पितॄन्सर्वान्हरमुद्दिश्य वा हरिम्
Le taureau est proclamé « destructeur de l’injustice » ; par qui que l’on soit délivré, on est réellement libre. Au milieu des vaches, qu’on honore tous les ancêtres, en dédiant l’acte à Hara (Śiva) ou bien à Hari (Viṣṇu).
Verse 17
सूर्यब्रह्मपुरे वासो जायते ब्रह्मवासरे । दृढं ककुद्मिनं संतं युवानं भारसाधनम्
À Sūrya-Brahmapura, au jour de Brahmā, une demeure advient. (Qu’on offre) un taureau solide, au garrot proéminent—vigoureux, jeune et apte à porter des charges.
Verse 18
हलक्षमं बलीवर्दं दत्त्वा विप्राय पर्वसु । तमारुह्य नरो याति गोलोकं शिवसंनिधौ
Celui qui, aux jours de fête, offre à un brāhmane un bœuf de trait digne de la charrue, le chevauche et gagne Goloka, en la présence même de Śiva.
Verse 19
अश्वं सास्तरणं दत्त्वा खलीनेन च संयुतम् । अश्वराजबलात्स्वर्गे मोदते ब्राह्मवासरम्
Celui qui offre un cheval avec son tapis de selle, muni de bride et de harnachement, par la puissance de ce « roi des chevaux » se réjouit au ciel durant un jour de Brahmā.
Verse 20
गजदानाद्गजेंद्रेण नीयते नंदनं वनम् । पृथिव्यां सागरांतायामेष राजा भविष्यति
Par le don d’un éléphant, le seigneur des éléphants le mène au bosquet de Nandana ; et sur cette terre bordée par les océans, il deviendra roi.
Verse 21
गृहं सोपस्करं दत्त्वा विप्राय गृहमेधिने । लभते नंदने दिव्यं विमानं सार्वकामिकम्
Celui qui offre à un brāhmane chef de maison une demeure pourvue de tout son mobilier obtient, à Nandana, un vimāna divin exauçant tous les désirs.
Verse 22
द्रव्यं पृथिव्यां परमं सुवर्णं हृष्यंति देवा यदि दीयते ततः । सूर्योपि तस्मै रुचिरं विमानं ददाति तावद्भ्रमतेऽत्र यावत्
L’or est la richesse suprême sur la terre ; lorsqu’on l’offre, les dieux s’en réjouissent. Même Sūrya accorde au donateur un splendide char céleste, dans lequel il voyage tant que dure ce mérite.
Verse 23
रौप्यं पितॄणामतिवल्लभं तद्दत्त्वा नरो निर्मलतामुपैति । सोमस्य लोकं लभते स तावद्भुवे निवद्धा ऋषयो हि यावत्
L’argent est infiniment cher aux Pitṛs ; en l’offrant, l’homme parvient à la pureté. Il obtient le monde de Soma (Soma-loka) aussi longtemps que les ṛṣi demeurent liés à la terre, selon l’ordonnance immense.
Verse 24
श्रीखंडकर्पूरसमाकुलानि तांबूलरत्नादिफलानि दत्त्वा । पुष्पाणि वस्त्राणि सुखेन याति साकं शशांकं दिवि देववृंदैः
Ayant offert des mélanges de santal et de camphre, du tāmbūla (bétel), des gemmes et des fruits—ainsi que des fleurs et des vêtements—on s’en va joyeux au ciel, en compagnie de Śaśāṅka (la Lune), au milieu des cohortes divines.
Verse 25
तक्रोदकतैलघृतदुग्धेक्षुरसमधूनि यो दद्यात् । खर्जूरखंडद्राक्षावातामांजीरकैः साकम्
Quiconque offre du babeurre, de l’eau, de l’huile, du ghee, du lait, du jus de canne et du miel—avec des dattes, du sucre, des raisins secs, des amandes et des figues—acquiert un grand mérite.
Verse 26
दर्भाक्षतमृद्गोमयदूर्वायज्ञोपवीतानि । तिलचर्मसूर्यपिटकं दत्त्वा ख्यातश्चिरं स्वर्गे
Ayant offert l’herbe darbha, le riz intact (akṣata), l’argile, la bouse de vache, l’herbe dūrvā et le cordon sacré yajñopavīta—ainsi que du sésame, du cuir et une ombrelle contre le soleil—on demeure longtemps renommé au ciel.
Verse 27
आत्माहाराच्चतुर्भागं सिद्धान्नाद्यदि दीयते । हन्तकारः स तं दत्त्वा ध्रुवं याति ध्रुवालये
Si l’on donne le quart de sa nourriture quotidienne sous forme de mets cuits (siddhānna), alors le donateur, après l’avoir offert, se rend assurément à la demeure inébranlable de Dhruva.
Verse 28
आत्माहारप्रमाणेन प्रत्यहं गोषु दीयते । गवाह्निकं तासु दत्त्वा नरो याति सुरालयम्
Si, chaque jour, l’on donne aux vaches une part égale à sa propre nourriture, alors, en leur offrant cette portion quotidienne, l’homme atteint la demeure des dieux.
Verse 29
कंडनीपेषणीचुल्लीमार्जनीभिश्च यत्कृतम् । पापं गृही क्षालयति ददद्भिक्षां दिनं प्रति
Quel que soit le péché qu’un maître de maison contracte par moudre, piler, user du foyer de cuisson et balayer, il l’efface en donnant l’aumône chaque jour.
Verse 30
ग्रासमात्रा भवेद्भिक्षा सा नित्यं यत्र दीयते । तद्गृहं गृहमन्यच्च स्मशानमिव दृश्यते
Là où l’aumône quotidienne n’est donnée qu’en une seule bouchée, cette maison—et toute maison semblable—apparaît comme un lieu de crémation, privée de vraie prospérité et d’auspice.
Verse 31
कुम्भान्सोदकसिद्धान्नांश्छत्रोपानत्कमंडलुम् । अंगुलीयकवासांसि दत्त्वा याति नरो दिवि
En offrant des jarres d’eau, de la nourriture cuite avec de l’eau, une ombrelle, des chaussures et un kamaṇḍalu (vase d’eau), ainsi que des anneaux et des vêtements, l’homme parvient au ciel.
Verse 32
श्रांतस्य यानं तृषितस्य पानमन्नं क्षुधार्त्तस्य नरो नरेन्द्र । दत्त्वा विमानेन सुरांगनाभिः संस्तूयमानस्त्रिदिवं स याति
Ô roi parmi les hommes, celui qui donne un moyen de transport au fatigué, à boire à l’assoiffé et de la nourriture à l’affamé, monte au ciel sur un char céleste, loué par les jeunes déesses.
Verse 33
भोजनं सततं देयं यथाशक्त्या घृत प्लुतम् । तन्मया हि यतः प्राणा अतः पुष्यंति प्राणिनः
Que l’on donne sans cesse de la nourriture, selon ses moyens, enrichie de ghee sacré ; car c’est par elle que les vies se maintiennent, et ainsi les êtres prospèrent grâce à l’aliment.
Verse 34
क्षुत्पीडा महती लोके ह्यन्नं तद्भेषजं स्मृतम् । तेन सा शांतिमायाति ततोन्नं देयमुत्तमम्
La faim est une grande affliction dans le monde, et la nourriture est tenue pour son remède ; par elle, cette souffrance s’apaise, ainsi donner à manger est le don suprême.
Verse 35
अन्नं वस्त्रं फलं तोयं तक्रं शाकं घृतं मधु । पत्रं पुष्पं तथोपानत्कंथां यष्टिं कमंडलुम्
Qu’on offre en don : nourriture, vêtements, fruits, eau, babeurre, légumes, ghee, miel, feuilles et fleurs ; ainsi que des chaussures, un manteau rapiécé, un bâton et un pot à eau (kamandalu).
Verse 36
छत्रपात्रे व्रतं विद्या अक्षमाला सुरार्चनम् । कन्या कुशोपवीतानि बीजौषधगृहाणि च
Il convient aussi d’offrir : ombrelles et récipients, soutien aux vœux sacrés (vrata), instruction et savoir, chapelets, et le culte des dieux ; ainsi que le kanyā-dāna (don de la fille en mariage), des cordons sacrés de kuśa, et des réserves de semences et de remèdes.
Verse 37
सस्यं क्षेत्रं यज्ञपात्रं योगपट्टं च पादुके । कृष्णाजिनं बुद्धिदानं धर्मादेशकथानकम्
Les dons peuvent encore comprendre : grains et terres cultivables, vases rituels pour le yajña, une sangle de yoga et des sandales, une peau d’antilope noire (kṛṣṇājina), le don de la sagesse, et des enseignements qui exposent le dharma.
Verse 38
अथैतत्संततं देयं तेन श्रेयो महद्भवेत् । सर्वपापक्षयं कृत्वा दाता याति शिवालयम्
Ainsi, ces dons doivent être offerts sans cesse ; de là naît un grand bien. Ayant anéanti tous les péchés, le donateur parvient au séjour de Śiva.
Verse 39
श्राद्धे गृहस्था भोक्तव्याः कुलीना वेदपारगाः । अक्रोधनाः स्नानशीलाः स्वदेशाचारतत्पराः
Lors du śrāddha, on doit nourrir des maîtres de maison : de noble lignée, versés dans le Veda, sans colère, assidus aux bains et à la pureté, et attachés aux justes usages de leur pays.
Verse 40
आमंत्र्य पूर्वदिवसे निरीहा अपि ये द्विजाः । अलोलुपा व्याधिहीना न तु ये ग्रामयाजिनः
Même les brāhmanes, fût-ce sans ambition mondaine, doivent être conviés la veille : ceux qui sont sans avidité et sans maladie ; mais non ceux qui vivent du sacrifice de village comme d’un métier.
Verse 41
तेषां पुरः प्रदातव्यं पिंडदानं विधानतः । श्राद्धं श्रद्धाविहीनेन कृतमप्यकृतं भवेत्
En leur présence, l’offrande de piṇḍa doit être donnée selon la règle. Un śrāddha accompli sans foi, même exécuté extérieurement, devient comme non accompli.
Verse 42
तस्माच्छ्रद्धान्वितैः श्राद्धं कर्त्तव्यं क्रोधवर्जितैः । वानप्रस्थो ब्रह्मचारी पथिकस्तीर्थसेवकः
C’est pourquoi le śrāddha doit être accompli avec foi et sans colère. Le vānaprastha, le brahmacārī, le voyageur et celui qui se voue au service des tīrthas—de telles personnes doivent être honorées.
Verse 43
अतिथिर्वैश्वदेवांते स पूज्यः श्राद्धकर्मणि । सर्वदा यतयः पूज्याः स्वशक्त्या गृहमेधिभिः
À l’issue de l’offrande de Vaiśvadeva, l’hôte doit être honoré dans le rite de Śrāddha. Et les ascètes (yati) doivent être révérés en tout temps par les maîtres de maison, selon leurs moyens.
Verse 44
यात्राविधिमथो वक्ष्ये सेतिहासं नृपोत्तम
À présent, j’exposerai la règle du pèlerinage (yātrā-vidhi), avec son récit ancien et sacré, ô meilleur des rois.