Adhyaya 105
Prabhasa KhandaPrabhasa Kshetra MahatmyaAdhyaya 105

Adhyaya 105

Īśvara révèle, au sein de Prabhāsa-kṣetra, un « lieu secret et excellent » réputé purifier universellement. Il énumère les présences divines éminentes du champ sacré et affirme que le simple darśana (vision dévote) délivre des lourdes impuretés issues de la naissance et des fautes graves. Devī demande pourquoi Brahmā est ici décrit comme « de forme enfantine » (bāla-rūpī) alors qu’ailleurs il apparaît âgé, et s’enquiert du lieu, du moment, des règles de culte et de l’ordre du pèlerinage. Īśvara explique que la station suprême de Brahmā se situe dans la direction Īśānya (nord-est) par rapport à Somnātha et à ses repères; Brahmā arrive à l’âge de huit ans, accomplit un tapas austère et participe à l’établissement/installation du liṅga de Somnātha avec un vaste soutien rituel. Le chapitre développe ensuite un calcul cosmologique du temps: unités de truṭi à muhūrta, structure des mois et des années, mesures des yuga et des manvantara, noms des Manu et des Indra, et liste des kalpa constituant le « mois » de Brahmā; le kalpa actuel est identifié comme Varāha. La conclusion intègre la théologie triadique (Brahmā–Viṣṇu–Rudra) et une affirmation d’inspiration advaita: les puissances divines se distinguent par leurs fonctions mais ne sont, en vérité, qu’une; ainsi le pèlerin en quête du juste fruit de la yātrā doit honorer d’abord Brahmā et éviter toute animosité sectaire.

Shlokas

Verse 1

ईश्वर उवाच । अथान्यत्संप्रवक्ष्यामि रहस्यं स्थानमुत्तमम् । सर्वपापहरं नृणां विस्तरात्कथ यामि ते

Īśvara dit : À présent, je vais révéler un autre lieu sacré, secret et suprême, qui efface tous les péchés des hommes. Je te le raconterai en détail.

Verse 2

प्रधानदेवमाहात्म्यं माहात्म्यं कल्पवासिनाम् । सोमेशो दैत्यहंता च वालरूपी पितामहः

On y proclame la grandeur de la divinité principale et la grandeur de ceux qui y demeurent durant un kalpa : s’y trouvent Someśa, le destructeur des asura, et Pitāmaha (Brahmā) sous la forme d’un enfant.

Verse 3

अर्कस्थलस्तथादित्यः प्रभासः शशिभूषणः । एते षट्प्रवरा देवाः क्षेत्रे प्राभासिके स्थिताः

Arkasthala et Āditya, Prabhāsa et Śaśibhūṣaṇa : tels sont les six dieux les plus éminents établis dans le champ sacré de Prābhāsika (Prabhāsa).

Verse 4

तेषां दर्शनमात्रेण कृतकृत्यः प्रजायते । मुच्यते पातकैर्घोरैराजन्मजनितैर्ध्रु वम्

Par le seul darśana (la vision dévotionnelle) d’eux, on devient accompli dans le but de la vie ; et l’on est assurément délivré des terribles péchés accumulés depuis la naissance.

Verse 5

देव्युवाच । पूर्वेषामुक्तदेवानां माहात्म्यं कथितं त्वया । प्रभासे बालरूपीति यत्प्रोक्तं तत्कथं वचः

La Déesse dit : Tu as exposé la grandeur des dieux mentionnés auparavant. Mais à Prabhāsa, tu as dit que Pitāmaha est « sous la forme d’un enfant » ; comment faut-il comprendre ces paroles ?

Verse 6

अन्येषु सर्व स्थानेषु वृद्धरूपी पितामहः । कथं च समनुप्राप्तो माहात्म्यं तस्य किं स्मृतम्

En tous les autres lieux, Pitāmaha (Brahmā) apparaît sous une forme âgée. Comment est-il venu se manifester ici ainsi, et quelle grandeur de lui est ici commémorée ?

Verse 7

कथं स पूज्यो देवेश यात्रा कार्या कथं नृभिः । एतद्विस्तरतो ब्रूहि प्रसन्नो यदि मे प्रभो

Ô Seigneur des dieux, comment doit-on le vénérer, et comment les hommes doivent-ils accomplir le pèlerinage ? Si tu m’es favorable, ô Seigneur, expose-le en détail.

Verse 8

ईश्वर उवाच । शृणु देवि प्रवक्ष्यामि माहात्म्यं ब्रह्मसम्भवम् । यस्य श्रवणमात्रेण मुच्यते सर्वपातकैः

Īśvara dit : « Écoute, ô Devī. Je vais proclamer la grandeur sacrée née de Brahmā ; par la seule écoute, on est délivré de tous les péchés. »

Verse 9

नास्ति ब्रह्मसमो देवो नास्ति ब्रह्मसमो गुरुः । नास्ति ब्रह्मसमं ज्ञानं नास्ति ब्रह्मसमं तपः

Il n’est point de divinité égale à Brahmā ; il n’est point de maître égal à Brahmā. Il n’est point de connaissance égale à Brahmā, ni d’austérité égale à Brahmā.

Verse 10

तावद्धमंति संसारे दुःख शोकभयप्लुताः । न भवंति सुरज्येष्ठे यावद्भक्ताः पितामहे

Ainsi longtemps les êtres errent dans le saṃsāra, submergés de souffrance, de chagrin et de crainte, jusqu’à ce qu’ils deviennent dévots de Pitāmaha (Brahmā), l’aîné parmi les dieux.

Verse 11

समासक्तं यथा चित्तं जन्तोर्विषयगोचरे । यद्येवं ब्रह्मणि न्यस्तं को न मुच्येत बंधनात्

De même que l’esprit de l’être s’attache profondément au domaine des objets des sens, si cette même ardeur est placée en Brahmā, qui ne serait délivré des liens ?

Verse 12

देव्युवाच । एवं माहात्म्यसंयुक्तो यदि ब्रह्मा जगद्गुरुः । प्राभासिके महातीर्थे कस्मिन्स्थाने तु संस्थितः

Devī dit : «Si Brahmā, le maître du monde, est vraiment pourvu d’une telle grandeur, alors dans le grand tīrtha de Prabhāsa, en quel lieu demeure-t-il ?»

Verse 13

किमर्थमागतस्तत्र कस्मिन्काले सुरोत्तमः । कथं स पूज्यो विप्रेंद्रैस्तिथौ कस्यां क्रमाद्वद

«Dans quel but le meilleur des dieux est-il venu là ? À quel moment est-il arrivé ? Et comment doit-il être honoré par les plus éminents brāhmaṇas—à quel tithi (jour lunaire) ? Dis-le-moi dans l’ordre.»

Verse 14

ईश्वर उवाच । सोमनाथस्य ऐशान्यां सांबादित्याग्निगोचरे । ब्रह्मणः परमं स्थानं ब्रह्मलोक इवापरः

Īśvara dit : «Au nord-est de Somanātha, dans l’enceinte de Sāmbāditya et d’Agni, se trouve la demeure suprême de Brahmā, telle un autre Brahmaloka.»

Verse 15

तिष्ठते कल्पसंस्था वै तत्र कल्पांतवासिनः । तत्र स्थाने स्थितो देवि बालरूपी पितामहः

«Ce lieu demeure durant toute la durée d’un kalpa ; là résident ceux qui restent jusqu’à la fin du kalpa. En ce lieu, ô Devī, Pitāmaha (Brahmā) séjourne sous la forme d’un enfant.»

Verse 16

जगत्प्रभुर्लोककर्ता सत्त्वमूर्तिर्महाप्रभः । आगतश्चाष्टवर्षस्तु क्षेत्रे प्राभासिके शुभे

Le Seigneur de l’univers, créateur des mondes, le Grand Rayonnant dont la forme est l’Être pur, vint au saint kṣetra de Prabhāsa, lieu de bon augure, sous l’apparence d’un enfant de huit ans.

Verse 17

तत्राऽकरोत्तपो घोरं दिव्याब्दानां सहस्रकम् । संस्थाप्य तु महालिंगं सिसृक्षुर्विविधाः प्रजाः

Là, il accomplit une austérité redoutable durant mille années divines ; puis, ayant établi un grand liṅga, il aspira à créer des êtres de maintes sortes.

Verse 18

ततः कालांतरेतीते सोमेन प्रार्थितो विभुः । क्षयरोगविमुक्तेन सम्यक्छ्रद्धान्वितेन वै

Après quelque temps, le Seigneur fut imploré par Soma, désormais délivré du mal qui consume et pleinement doté d’une foi authentique.

Verse 19

लिंगप्रतिष्ठाहेतोर्वै क्षेत्रे प्राभासिके शुभे । कोटिब्रह्मर्षिभिः सार्द्धं सहितो विश्वकर्मणा । कारयामास विधिवत्प्रतिष्ठां लिंगमुत्तमम्

Afin d’établir le Liṅga, dans l’auspicieux kṣetra sacré de Prābhāsa, il fit accomplir selon la règle la consécration du Liṅga suprême, avec des crores de brahmarṣis et la présence de Viśvakarman.

Verse 20

प्रतिष्ठाप्य ततो लिंगं सोमनाथं वरानने । दापयामास विप्रेभ्यो भूरिशो यज्ञदक्षिणाम्

Puis, après avoir établi le Liṅga de Somanātha, ô toi au beau visage, il fit donner aux brāhmaṇas d’abondantes dakṣiṇā, les offrandes dues au sacrifice.

Verse 21

एवं प्रतिष्ठितं लिंगं ब्रह्मणा लोककर्तृणा । वर्षाणि चात्र जातानि प्रभासे बालरूपिणः

Ainsi le Liṅga fut-il établi par Brahmā, créateur des mondes ; et ici, à Prabhāsa, les années s’écoulèrent pour lui tandis qu’il demeurait sous la forme d’un enfant.

Verse 22

चत्वारिंशद्वयं चैव क्षेत्रमध्यनिवासिनः । एवं परार्द्धमगमत्प्रभासक्षेत्रवासिनः

Demeurant au cœur même du champ sacré, il y resta quarante-deux ans ; ainsi, pour celui qui réside à Prabhāsa-kṣetra, on dit qu’un « parārdha » (l’immense moitié de la vie de Brahmā) s’est écoulé.

Verse 23

देव्युवाच । ब्रह्मणो दिनमानं तु मासवर्षसहस्रकम् । तत्सर्वं विस्तराद्ब्रूहि यथायुर्ब्रह्मणः स्मृत म्

La Déesse dit : « On enseigne que la mesure d’un “jour” de Brahmā comprend des milliers de mois et d’années. Dis-moi tout cela en détail, selon l’enseignement reçu sur la durée de la vie de Brahmā. »

Verse 24

ईश्वर उवाच । परमायुः स्मृतो ब्रह्मा परार्द्धं तस्य वै गतम् । प्रभासक्षेत्रसंस्थस्य द्वितीयं भवतेऽधुना

Īśvara dit : « Brahmā est tenu pour posséder la durée de vie suprême ; de celle-ci, un parārdha s’est véritablement écoulé. Pour Brahmā qui demeure à Prabhāsa-kṣetra, la seconde moitié est à présent en marche. »

Verse 25

यदा प्राभासिके क्षेत्रे ब्रह्मा लोकपितामहः । आगतश्चाष्टवर्षस्तु बालरूपी तदोच्यते

Lorsque Brahmā, l’aïeul des mondes, vient au champ sacré de Prābhāsika, on dit alors qu’il est en forme d’enfant, âgé de huit ans.

Verse 26

अन्येषु सर्वतीर्थेषु वृद्धरूपी पितामहः । मुक्त्वा प्राभासिकं क्षेत्रं सदैव विबुधप्रिये

Dans tous les autres tīrtha, l’Aïeul primordial (Brahmā) apparaît sous la forme d’un vieillard ; mais dans le kṣetra sacré de Prābhāsika, il n’en est pas ainsi, ô bien-aimé des dieux.

Verse 27

ब्रह्मांडे यानि तीर्थानि ब्रह्माणस्तेषु ये स्मृताः । तेषामाद्यो महातेजाः प्रभासे यो व्यवस्थितः

Parmi tous les tīrtha de l’univers, et parmi les Brahmā dont on se souvient en ces lieux saints, le premier—d’un éclat immense—est Celui qui demeure établi à Prabhāsa.

Verse 28

कल्पेकल्पे तु नामानि शृणु त्वं तानि वै प्रिये । स्वयंभूः प्रथमे कल्पे द्वितीये पद्मभूः स्थितः

Ô bien-aimée, écoute ces noms tels qu’ils se manifestent à chaque kalpa. Au premier kalpa, il est nommé Svayaṃbhū, le Né de lui-même ; au second, il est établi comme Padmabhū, le Né du Lotus.

Verse 29

तृतीये विश्वकर्तेति बालरूपी चतुर्थके । एतानि मुख्यनामानि कथितानि स्वयंभुवः

Au troisième kalpa, il est appelé Viśvakartṛ, le Façonneur de l’univers ; au quatrième, Bālarūpī, Celui à la forme juvénile. Tels sont proclamés les noms principaux de Svayaṃbhū (Brahmā).

Verse 30

नित्यं संस्मरते यस्तु स दीर्घायुर्नरो भवेत्

Mais quiconque se souvient chaque jour de ces noms, celui-là devient un homme à la longue vie.

Verse 31

चन्द्रसूर्यग्रहाः सर्वे सदेवासुरमानुषाः । त्रैलोक्यं नश्यते सर्वं ब्रह्मरात्रि समागमे

Toutes les planètes—lune et soleil compris—avec les dieux, les asuras et les humains : l’ensemble des trois mondes périt lorsque survient la nuit de Brahmā.

Verse 32

पुनर्दिने तु संजाते प्रबुद्धः सन्पितामहः । तथा सृष्टिं प्रकुरुते यथापूर्वमभूत्प्रिये

Mais lorsque le jour renaît, Pitāmaha (Brahmā), éveillé, remet la création en mouvement comme auparavant, ô bien-aimée.

Verse 33

दिनमानं प्रवक्ष्यामि ब्रह्मणो लोककर्तृणः । नेत्रभागाच्चतुर्भागस्त्रुटिः कालो निगद्यते

J’exposerai la mesure d’un jour de Brahmā, le créateur des mondes. On dit qu’une « truṭi » est une unité de temps très subtile, égale au quart d’une portion du clignement de l’œil.

Verse 34

तस्माच्च द्विगुणं ज्ञेयं निमिषांतं वरानने । निमिषैः पञ्चदशभिः काष्ठा इत्युच्यते बुधैः । त्रिंशद्भिश्चैव काष्ठाभिः कला प्रोक्ता मनीषिभिः

Et le double de cela doit être connu comme un « nimiṣa », ô toi au beau visage. Quinze nimiṣas sont appelés « kāṣṭhā » par les savants ; et trente kāṣṭhās sont déclarés une « kalā » par les sages.

Verse 35

त्रिंशत्कलो मुहूर्तः स्याद्दिनं पंचदशैस्तु तैः । दिनमाना निशा ज्ञेया अहोरात्रं तयोर्भवेत्

Trente kalās font un muhūrta ; et quinze de ceux-ci constituent un jour. La nuit doit être connue comme égale en mesure au jour ; des deux naît le jour-et-nuit complet (ahorātra).

Verse 36

तैः पंचदशभिः पक्षः पक्षाभ्यां मास उच्यते । मासैश्चैवायनं षङ्भिरब्दं स्यादयनद्वयात्

Avec quinze jours, on appelle cela une quinzaine (pakṣa) ; par deux quinzaines, on dit qu’il y a un mois. Par six mois, il y a un ayana (demi-année) ; et par deux ayana, il y a une année.

Verse 37

चत्वारिंशद्धि लक्षाणि लक्षाणां त्रितयं पुनः । विंशतिश्च सहस्राणि ज्ञेयं सौरं चतुर्युगम्

Quarante lakhs, puis encore trois lakhs de plus, et vingt mille en sus : telle est, à connaître, la mesure solaire (saurā) d’un caturyuga.

Verse 38

चतुर्युगैकसप्तत्या मन्वंतरमुदाहृतम् । ऐन्द्रमेतद्भवेदायुः समासात्तव कीर्तितम्

On déclare qu’un Manvantara se compose de soixante et onze ensembles des quatre Yuga. Ceci, en bref, est enseigné comme la durée de vie d’un Indra ; ainsi te l’ai-je expliqué avec concision.

Verse 39

स्वायंभुवो मनुः पूर्वं मनुः स्वारोचिषस्ततः । औत्तमस्तामसश्चैव रैवतश्चाक्षुषस्ततः

D’abord vient Svāyambhuva Manu ; puis Svārociṣa Manu. Après eux sont Auttama et Tāmasa, puis Raivata et Cākṣuṣa selon l’ordre établi.

Verse 40

वैवस्वतोऽर्कसावर्णिर्ब्रह्मसा वर्णिरेव च । धर्मसावर्णिनामा च रौच्यो भूत्यस्तथैव च

Puis viennent Vaivasvata ; Arka-sāvarṇi ; ainsi que Brahma-sāvarṇi ; celui nommé Dharma-sāvarṇi ; et de même Raucya et Bhūtya.

Verse 41

चतुर्दशैते मनवः संख्यातास्ते यथाक्रमम् । भूतान्भविष्यानिंद्रांश्च सर्वा न्वक्ष्ये तव क्रमात्

Ainsi, ces quatorze Manu ont été dénombrés selon leur juste ordre. À présent, dans la même suite, je te dirai tous les Indra, ceux du passé comme ceux qui doivent encore venir.

Verse 42

विश्वभुक्च विपश्चिच्च सुकीर्तिः शिबिरेव च । विभुर्मनोभुवश्चैव तथौजस्वी बलिर्बली

Viśvabhuk, Vipaścit, Sukīrti et Śibi ; puis Vibhu et Manobhu ; de même Ojasvī, et Bali le puissant—

Verse 43

अद्भुतश्च तथा शांती रम्यो देववरो वृषा । ऋतधामा दिवःस्वामी शुचिः शक्राश्चतुर्दश

—Adbhuta ; de même Śāṃti, Ramya, Devavara et Vṛṣa ; Ṛtadhāmā, Divaḥsvāmī et Śuci : tels sont les quatorze Śakra (Indra).

Verse 44

एते सर्वे विनश्यंति ब्रह्मणो दिवसे प्रिये । रात्रिस्तु तावती ज्ञेया कल्पमानमिदं स्मृतम्

Tous ceux-là s’évanouissent au cours du jour de Brahmā, ô bien-aimée. Et la nuit de Brahmā doit être comprise d’une mesure égale : telle est la mesure mémorisée d’un Kalpa.

Verse 45

प्रथमं श्वेतकल्पस्तु द्वितीयो नीललोहितः । वामदेवस्तृतीयस्तु ततो राथंतरोऽपरः

Le premier est le Śveta Kalpa ; le second, Nīla-lohita. Le troisième est Vāmadeva ; puis vient un autre, Rāthaṃtara.

Verse 46

रौरवः पंचमः प्रोक्तः षष्ठः प्राण इति स्मृतः । सप्तमोऽथ बृहत्कल्पः कन्दर्पोऽष्टम उच्यते

Le cinquième est proclamé Raurava ; le sixième est mémorisé comme Prāṇa. Ensuite vient le septième, le Bṛhat Kalpa, et le huitième est dit Kandarpa.

Verse 47

सद्योऽथ नवमः प्रोक्तः ईशानो दशमः स्मृतः । ध्यान एकादशः प्रोक्तस्तथा सारस्वतोऽपरः

Ensuite, Sadya est déclaré neuvième ; Īśāna est retenu comme le dixième. Dhyāna est enseigné comme le onzième, et après cela vient un autre, Sārasvata.

Verse 48

त्रयोदश उदानस्तु गरुडोऽथ चतुर्दशः । कौर्मः पंचदशो ज्ञेयः पौर्णमासी प्रजापतेः

Le treizième (kalpa) est nommé Udāna ; le quatorzième est Garuḍa. Sache que le quinzième est Kaurma ; et la nuit de pleine lune (Paurṇamāsī) est dite appartenir à Prajāpati.

Verse 49

षोडशो नारसिंहस्तु समाधिस्तु ततः परः । आग्नेयोऽष्टादशः प्रोक्तः सोमकल्पस्ततोऽपरः

Le seizième (kalpa) est Nārasiṃha ; après lui vient celui nommé Samādhi. Le dix-huitième est proclamé Āgneya ; et ensuite vient le Soma-kalpa.

Verse 50

भावनो विंशतिः प्रोक्तः सुप्तमालीति चापरः । वैकुण्ठश्चार्चिषो रुद्रो लक्ष्मीकल्पस्तथापरेः

Bhāvana est proclamé vingtième ; un autre est nommé Suptamālī. (Puis viennent) Vaikuṇṭha, Ārciṣa, Rudra, et ensuite le Lakṣmī-kalpa.

Verse 51

सप्तविंशोऽथ वैराजो गौरीकल्पस्तथोंऽधकः । माहेश्वरस्तथा प्रोक्तस्त्रिपुरो यत्र घातितः

Ensuite, le vingt-septième est le Vairāja ; puis viennent le Gaurī-kalpa et aussi l’Andhaka. Est également proclamé le Māheśvara (kalpa) — là où Tripura fut terrassée.

Verse 52

पितृकल्पस्तथांते च या कुहूर्ब्रह्मणः स्मृता । त्रिंशत्कल्पाः समाख्याता ब्रह्मणो मासि वै प्रिये

Et à la fin se trouve le Pitṛ-kalpa ; et Kuhu est tenue en mémoire comme relevant de Brahmā. Ainsi, ô bien-aimée, trente kalpas sont énumérés comme constituant un « mois » de Brahmā.

Verse 53

अतीताः कथिताः सर्वे वाराहो वर्त्ततेऽधुना । प्रतिपद्ब्रह्मणो यत्र वाराहेणोद्धृता मही

Tous les kalpas révolus ont été exposés ; à présent le Vārāha-kalpa est en cours — le premier jour du (mois) de Brahmā, où Varāha souleva la terre.

Verse 54

त्रिंशत्कल्पैः स्मृतो मासो वर्षं द्वादशभिस्तु तैः । अनेन वर्षमानेन तदा ब्रह्माऽष्टवार्षिकः । आनीतः सोमराजेन सोमनाथः प्रतिष्ठितः

Un « mois » est tenu en mémoire comme formé de trente kalpas, et une « année » de douze (mois) semblables. Selon cette mesure, alors Brahmā avait huit ans ; et Somarāja amena (le Seigneur) et établit Somnātha à Prabhāsa.

Verse 55

एवं क्षेत्रे निवसतः प्रभासे बालरूपिणः । परार्द्धमेकमगमद्द्वितीयं वर्ततेऽ धुना

Ainsi, tandis que (le Seigneur) demeurait dans le saint kṣetra de Prabhāsa sous une forme d’enfant, un parārdha s’écoula ; et maintenant le second est en cours.

Verse 56

एवं महाप्रभावोऽसौ प्रभासक्षेत्रमध्यगः । ब्रह्मा स्वयंभूर्भगवान्बालत्वात्क्षेत्रमाश्रितः

Ainsi, d’une grande majesté est (Brahmā) qui demeure au cœur du Prabhāsa-kṣetra. Brahmā, le Swayambhū, le Bienheureux né de lui-même—en raison de son état d’enfance—s’est réfugié dans ce champ sacré.

Verse 57

स वै पूज्यो नमस्कार्यो वंदनीयो मनीषिभिः । आदौ स एव पूज्यः स्यात्सम्यग्यात्राफलेप्सुभिः

Lui, en vérité, doit être adoré, salué et vénéré par les sages. Ceux qui désirent le fruit authentique du pèlerinage doivent d’abord lui rendre un culte juste.

Verse 58

यस्तं पूजयते भक्त्या स मां पूजयते भुवम् । यस्तं द्वेष्टि स मां द्वेष्टि योस्य पूज्यो ममैव सः

Quiconque l’adore avec dévotion, ô Déesse, M’adore véritablement sur cette terre. Quiconque le hait Me hait; et quiconque est digne de vénération pour lui l’est, en vérité, pour Moi aussi.

Verse 59

ब्रह्मणा पूज्यमानेन अहं विष्णुश्च पूजितः । विष्णुना पूज्यमानेन अहं ब्रह्मा च पूजितः

Lorsque Brahmā est adoré, Moi et Viṣṇu sommes aussi adorés. Lorsque Viṣṇu est adoré, Moi et Brahmā sommes aussi adorés.

Verse 60

मया पूजित मात्रेण ब्रह्मविष्णू च पूजितौ । सत्त्वं ब्रह्मा रजो विष्णुस्तमोऽहं संप्रकीर्तितः

Par le seul fait de M’adorer, Brahmā et Viṣṇu sont aussi adorés. Dans cette triade des guṇa, Brahmā est proclamé sattva, Viṣṇu rajas, et Moi tamas.

Verse 61

वायुर्ब्रह्माऽनलो रुद्रो विष्णुरापः प्रकीर्तितः । रात्रिर्विष्णुरहो रुद्रो या संध्या स पितामहः

Il est proclamé que Brahmā est le vent, Rudra le feu, et Viṣṇu les eaux. La nuit est Viṣṇu, le jour est Rudra, et la jonction du crépuscule (saṃdhyā) est ce Grand-Père primordial, Brahmā.

Verse 62

सामवेदो ह्यहं देवि ब्रह्मा ऋग्वेद उच्यते । यजुर्वेदो भवेद्विष्णुः कुलाधारो ह्यथर्वणः

Ô Déesse, Je suis en vérité le Sāma Veda; Brahmā est dit être le Ṛg Veda. Viṣṇu devient le Yajur Veda; et l’Atharvan (Atharva Veda) est le fondement qui soutient la lignée.

Verse 63

उष्णकालो ह्यहं देवि वर्षाकालः पितामहः । शीतकालो भवेद्विष्णुरेवं कालत्रयं हि सः

Ô Déesse, Je suis la saison de la chaleur; la saison des pluies est le Grand-Père (Brahmā). La saison du froid est Viṣṇu; ainsi, la triade des saisons est bien Lui, l’unique principe divin.

Verse 64

दक्षिणाग्निरहं ज्ञेयो गार्हपत्यो हरिः स्मृतः । ब्रह्मा चाहवनीयस्तु एवं सर्वं त्रिदैवतम्

Sachez que Je suis le Dakṣiṇāgni (feu du sud). Hari (Viṣṇu) est rappelé comme le feu Gārhapatya; et Brahmā comme le feu Āhavanīya. Ainsi, tout est véritablement la triple divinité.

Verse 65

अहं लिंगस्वरूपस्थो भगो विष्णुः प्रकीर्तितः । बीजसंस्थो भवेद्ब्रह्मा विष्णुरापः प्रकीर्तितः

Je demeure dans la forme du Liṅga. Viṣṇu est proclamé comme Bhaga, le Seigneur qui répartit les parts et la fortune. Brahmā est dit demeurer dans la semence (bīja); et Viṣṇu est aussi proclamé comme les eaux.

Verse 66

अहमाकाशरूपस्थ एवं तत्त्वमयं प्रभुः । आकाशात्स्रवते यच्च तद्बीजं ब्रह्मसंस्थितम् । स्वरूपं ब्राह्ममाश्रित्य ब्रह्मा बीजप्ररोहकः

Je demeure sous la forme de l’ākāśa, le Seigneur fait des tattva eux-mêmes. Ce qui s’écoule de l’espace, voilà la semence établie en Brahmā. S’abritant dans la nature brahmanique, Brahmā fait germer la semence.

Verse 67

नाभिमध्ये स्थितो ब्रह्मा विष्णुश्च हृदयांतरे । वक्त्रमध्ये अहं देवि आधारः सर्वदेहिनाम्

Brahmā se tient au milieu du nombril, et Viṣṇu au-dedans du cœur. Au milieu de la bouche, ô Déesse, je suis là — le soutien de tous les êtres incarnés.

Verse 68

यश्चाहं स स्वयं ब्रह्मा यो ब्रह्मा स हुताशनः । या देवी स स्वयं विष्णुर्यो विष्णुः स च चन्द्रमाः

Celui qui est « Je » est véritablement Brahmā lui-même; et ce Brahmā est aussi Agni, le Feu. La Déesse est en vérité Viṣṇu; et ce même Viṣṇu est aussi la Lune. Ainsi, à Prabhāsa, les formes divines se dévoilent comme une unique Réalité, apparaissant par de multiples puissances.

Verse 69

यः कालः स स्वयं ब्रह्मा यो रुद्रः स च भास्करः । एवं शक्तिविशेषेण परं ब्रह्म स्थितं प्रिये

Le Temps (Kāla) est véritablement Brahmā; et Rudra est aussi Bhāskara, le Soleil. Ainsi, ô bien-aimée, par le jeu distinct des puissances, le Brahman suprême demeure — apparaissant en formes variées tout en restant Un.

Verse 71

एवं यो वेद देवेशि अद्वैतं परमाक्षरम् । स सर्वं वेद नैवान्यो भेदकर्त्ता नराधमः

Ô Souveraine des dieux, quiconque connaît ainsi l’Impérissable suprême, non-duel (advaita), connaît véritablement tout. Mais celui qui fabrique des divisions (dans l’Un) est, en vérité, le plus bas des hommes.

Verse 72

एकरूपं परं ब्रह्म कार्यभावात्पृथक्स्थितः । यस्तं द्वेष्टि वरारोहे ब्रह्मद्वेष्टा स उच्यते

Le Brahman suprême est d’une seule forme; pourtant, par les conditions des effets manifestés, Il paraît comme séparé. Ô toi aux belles hanches, quiconque hait Cela est nommé « haineux de Brahman ».

Verse 73

दक्षिणांगे स्थितो ब्रह्मा वामांगे मम केशवः । यस्तयोर्द्वेषमाधत्ते स द्वेष्टा मम भामिनि

Brahmā demeure à Ma droite, et Keśava (Viṣṇu) à Ma gauche. Ô bien-aimée au cœur ardent, quiconque nourrit la haine entre ces deux-là est un haineux de Moi.

Verse 74

एवं ज्ञात्वा वरारोहे ह्यभिन्नेनान्तरात्मना । ब्रह्माणं केशवं रुद्रमेकरूपेण पूज येत्

Sachant ainsi, ô toi aux belles hanches, et comprenant que le Soi intérieur est indivisible, il faut vénérer Brahmā, Keśava et Rudra comme une seule et même forme.

Verse 105

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखण्डे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्ये मध्ययात्रायां ब्रह्म माहात्म्यवर्णनंनाम पञ्चाधिकशततमोऽध्यायः

Ainsi s’achève, dans le Śrī Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la saṃhitā de quatre-vingt-un mille ślokas—le cent cinquième chapitre, intitulé « Description de la Grandeur de Brahmā », dans le septième Khaṇḍa (Prabhāsa), dans la première partie, le Prabhāsa-kṣetra Māhātmya, au sein de la section de la « Pérégrination médiane » (Madhya-yātrā).