
Le chapitre prend la forme d’un dialogue : les ṛṣi interrogent Sūta sur la mesure et la puissance du pīṭha de Citreśvara, réputé avoir été établi par Agastya. Sūta répond en magnifiant, avec une hyperbole dévotionnelle, la grandeur de ce lieu sacré, puis il énumère les effets concrets du mantra-japa accompli en ce sanctuaire. La récitation au pīṭha de Citreśvara confère des siddhi aux yogin et réalise diverses intentions : obtenir des fils, protection, soulagement des afflictions ; elle attire aussi faveur sociale et politique, prospérité, réussite des voyages. Elle apaise encore de nombreux périls : maladies, graha-pīḍā (influences néfastes des astres), troubles dus aux bhūta, poisons, serpents, bêtes sauvages, vols, litiges et ennemis. Les ṛṣi demandent ensuite comment le japa devient efficace. Sūta rapporte une tradition entendue de son père, liée à un échange où figure Durvāsas. Le texte expose une discipline graduée : d’abord le lakṣa-japa, puis des décomptes supplémentaires, et un homa selon la proportion daśāṁśa (un dixième), avec des offrandes adaptées aux rites bénéfiques. La conclusion module cette règle selon les yuga (kṛta, tretā, dvāpara, kali) et décrit l’achèvement réussi, qui accroît la capacité d’agir du pratiquant. La puissance est présentée comme un système maîtrisé, fondé sur des prescriptions, plutôt que comme un miracle aléatoire.
Verse 1
ऋषय ऊचुः । चित्रेश्वरमिदं पीठमगस्त्यमुनिनिर्मितम् । यत्प्रमाणं यत्प्रभावं तदस्माकं प्रकीर्तय
Les sages dirent : « Ce pīṭha nommé Citreśvara fut établi par le sage Agastya. Dis-nous sa mesure (forme/étendue) et sa puissance spirituelle ; décris-le-nous. »
Verse 2
सूत उवाच । तस्य पीठस्य माहात्म्यं वक्तुं नो शक्यते द्विजाः । सहस्रेणापि वर्षाणां मुखानामयुतैरपि
Sūta dit : « Ô deux-fois-nés, la grandeur de ce pīṭha sacré ne peut être pleinement décrite, fût-ce en parlant mille ans, fût-ce avec des dizaines de milliers de bouches. »
Verse 3
तत्र सिद्धिमनुप्राप्ताः शतशोऽथ सहस्रशः । अनुध्यानसमायुक्ता योगिनः शंसितव्रताः
Là, des centaines et des milliers de yogins ont obtenu la perfection (siddhi), unis à une contemplation ininterrompue et établis dans des vœux loués et rigoureux.
Verse 4
अन्यपीठेषु या सिद्धिर्वर्षानुष्ठानतो भवेत् । दिनेनैकेन तां सिद्धिं लभंते योगिनो ध्रुवम्
La perfection qui, dans d’autres sièges sacrés, ne naît qu’au terme d’observances de longues années, ici les yogins obtiennent assurément cette même perfection en un seul jour.
Verse 5
यस्तत्राथ र्वणान्मंत्राञ्जपेच्छ्रद्धासमन्वितः । तेषामर्थोद्भवं कृत्स्नं फलं प्राप्नोति स ध्रुवम्
Celui qui, empli de foi, récite en ce lieu les mantras de la tradition de l’Atharva, obtient assurément le fruit entier né de leur sens et de leur puissance sacrée.
Verse 6
पुत्रकामो नरस्तत्र पुंलिंगान्यो जपेन्नरः । स लभेतेप्सितान्पुत्रान्यद्यपि स्याज्जरान्वितः
L’homme qui désire des fils doit y réciter les formules au genre masculin ; même avancé en âge, il obtient les fils qu’il souhaite.
Verse 7
गर्भोपनिषदं तत्र पुत्रकामो जपेन्नरः । अपि वन्ध्याप्रसंगेन स्यात्स पुत्रसमन्वितः
En ce lieu, l’homme qui désire une descendance doit réciter le Garbhopaniṣad ; même si le malheur de la stérilité survient, il se trouve pourvu d’enfants.
Verse 8
शत्रुलोकविनाशाय यो जपेच्छतरुद्रियम् । तस्मिन्पीठेऽरयस्तस्य सद्यो गच्छंति संक्षयम् ०
Pour anéantir les forces hostiles, quiconque récite le Śatarudriya : sur ce pīṭha, ses ennemis vont promptement à la ruine.
Verse 9
भूतप्रेतपिशाचादिरक्षार्थं तत्र मानवः । यो जपेद्वामदेव्यं च स स्याद्धि निरुपद्रवः
Pour se protéger des bhūtas, pretas, piśācas et autres, celui qui récite là l’hymne de Vāmadeva devient vraiment exempt de toute atteinte.
Verse 10
कोऽदादिति नरस्तत्र कन्यार्थं यो जपेदृचम् । यां कन्यां ध्यायमानस्तु स तां प्राप्नोत्यसंशयम्
L’homme qui, en ce lieu, pour obtenir une épouse, récite le ṛk commençant par « Ko ’dād iti », tout en méditant la jeune fille qu’il désire, l’obtient sans aucun doute.
Verse 11
यो भूपालप्रसादार्थमिमं देवा निशं जपेत् । निरर्गलः प्रसादः स्यात्तस्य पार्थिवसंभवः
Ô dieux, quiconque, la nuit, récite ceci pour obtenir la faveur d’un roi, reçoit une grâce royale sans entrave, née de la bienveillance du souverain.
Verse 12
स्वस्त्रीस्नेहकृतेयस्तु तं पत्नीभिरिति द्विजाः । जपेद्भार्या भवेत्साध्वी तस्य सा स्नेहवत्सला
Ô deux-fois-nés, celui qui récite ici le mantra commençant par « taṃ patnībhir … » afin d’obtenir l’affection de son épouse, voit son épouse devenir vertueuse et dévouée, l’aimant d’une tendresse constante.
Verse 13
यो लोकानुग्रहार्थाय जपेददितिरित्यपि । तस्य लोकानुरागः स्यात्सलाभश्च विशेषतः
Quiconque, désirant le bien du peuple, récite aussi le (mantra) « aditir … », obtient l’affection des hommes et, tout particulièrement, prospérité et réussite.
Verse 14
वित्तार्थी यो जपेत्तत्र श्रीसूक्तं मनुजो द्विजाः । सर्वतस्तस्य वित्तानि समागच्छंत्यनेकशः
Ô brāhmanes, l’homme qui désire la richesse et récite là le Śrīsūkta voit les biens affluer vers lui de toutes parts, de multiples façons.
Verse 16
जपेद्रथंतरं साम यानार्थं तत्र यो नरः । स प्राप्नोति हि यानानि शीघ्रगानि शुभानि च
Celui qui, désirant des montures et des véhicules, récite là le Sāman Rathaṃtara, obtient assurément des moyens de transport auspicieux et d’une marche rapide.
Verse 17
गजार्थी यो जपेत्तत्र गणानां द्विजसत्तमाः । स प्राप्नोति गजान्मर्त्यो मदप्लावितभूतलान्
Ô le meilleur des deux-fois-nés ! Celui qui, désirant des éléphants, récite là la formule commençant par « gaṇānām… », obtient des éléphants dont la puissance, en rut, semble inonder le sol.
Verse 18
न तद्रक्षेति यो मन्त्रं जपेद्र क्षाकृते नरः । तस्य स्यात्सर्वतो रक्षा समेषु विषमेषु च
Celui qui récite le mantra « na tad rakṣe… » pour être protégé reçoit une garde de toutes parts, dans les situations paisibles comme dans les périlleuses.
Verse 19
सप्तर्षय इति श्रेष्ठां यो जपेत्तु समाहितः । ऋचं रोगविनाशाय स रोगैः परि मुच्यते
Quiconque, l’esprit concentré, récite l’excellent ṛc commençant par « saptarṣayaḥ… » pour anéantir la maladie, se trouve entièrement délivré des maux.
Verse 20
यदुभी यो जपेत्तत्र ग्रहपीडार्दितो जनः । सानुकूला ग्रहास्तस्य प्रभवंति न संशयः
Celui que, tourmenté par les afflictions des planètes (graha), récite là le verset commençant par « yadubhī… », rend les graha favorables à son égard ; sans nul doute.
Verse 21
भूतपीडार्दितो यश्च बृहत्साम जपेन्नरः । पितृवज्जायते तस्य स भूतोऽप्यंतकोऽपि चेत्
L’homme tourmenté par des esprits qui récite le Bṛhatsāman : envers lui, cet être devient comme un père, fût-il même une puissance meurtrière.
Verse 22
यात्रासिद्धिकृते यश्च जपेत्सूक्तं च शाकुनम् । तस्य संसिध्यते यात्रा यद्यपि स्यादकिंचनः
Quiconque récite le Śākunasūkta pour la réussite d’un voyage, son voyage s’accomplit pleinement, même s’il est démuni.
Verse 23
सर्पनाशाय यस्तत्र सार्पसूक्तं जपेन्नरः । न तस्य मंदिरे सर्पाः प्रविशंति कथंचन
Pour anéantir les serpents, l’homme qui y récite le Sārpa-sūkta : nul serpent n’entre en sa demeure, d’aucune manière.
Verse 24
विषनाशाय यस्तत्र जपेच्छ्र द्धासमन्वितः । उत्तिष्ठेति विषं सद्यस्तस्य नाशं प्रयास्यति
Pour détruire le poison, quiconque, animé de foi, récite là le mantra commençant par « Uttiṣṭha — Lève-toi ! », voit le poison en lui s’anéantir sur-le-champ.
Verse 25
स्थावरजगमं वापि कृत्रिमं यदि वा विषम् । तस्य नाम्ना विनिर्याति तमः सूर्योदये यथा
Que le poison vienne des êtres immobiles ou mobiles, ou qu’il soit même artificiel, à l’énoncé du nom de ce mantra il s’en va, comme l’obscurité au lever du soleil.
Verse 26
व्याघ्रसाम जपेद्यस्तु तत्र श्रद्धासमन्वितः । तस्य व्याघ्रादयो व्याला जायंते सौम्यचेतसः
Mais quiconque, animé de foi, récite en ce lieu le Vyāghra-sāman, pour lui les tigres et les autres bêtes féroces deviennent doux de cœur et d’esprit.
Verse 27
कृषिकर्मप्रसि द्ध्यर्थं यो जपेल्लांगलानि च । वृष्टिहीनेऽपि लोकेऽस्मिन्कृषिस्तस्य प्रसिध्यति
Pour la réussite des travaux agricoles, celui qui récite en ce lieu les mantras appelés Lāṅgalāni, même si le monde manque de pluie, voit son agriculture s’accomplir avec succès.
Verse 28
ईतिनाशाय तत्रैव जपेद्देवव्रतं नरः । ततः संकीर्त्तना देव ईतयो यांति संक्षयम्
Pour anéantir les calamités et les pestes, l’homme doit réciter sur-le-champ le Devavrata; par cette louange et cette récitation, les afflictions s’éteignent et vont à leur fin.
Verse 29
अनावृष्टिहते लोके पंचेंद्रं तत्र यो जपेत् । तस्य हस्तकृते होमे तन्मंत्रैः स्याज्जलागमः
Quand le monde est frappé par l’absence de pluie, celui qui récite en ce lieu le Pañcendra, alors, dans son homa—l’offrande au feu accomplie de ses propres mains—par ces mantras advient la venue de l’eau, la pluie.
Verse 30
दंष्ट्राभ्या मिति यस्तत्र नरश्चौरार्दितः पठेत् । नोपद्रवो भवेत्तस्य कदाचिच्चौरसंभवः
Et l’homme tourmenté par les voleurs, s’il récite en ce lieu «Daṁṣṭrābhyām», ne subit jamais aucun trouble provenant des voleurs.
Verse 31
विवादार्थं जपेद्यस्तु संसृष्टमिति तत्र च । विवादे विजय स्तस्य पापस्यापि प्रजायते
Et quiconque y récite « Saṁsṛṣṭam » dans l’intention de contester—même dans la controverse, la victoire naît pour lui, fût-il chargé de péché.
Verse 32
यो रिपूच्चाटनार्थाय नरो रुद्रशिरो जपेत् । तस्य ते रिपवो यांति देशं त्यक्त्वा कुबुद्धितः
Pour chasser les ennemis, l’homme qui récite le Rudraśiras—ses adversaires, par leur propre dessein égaré, quittent le lieu et s’en vont.
Verse 33
मोहनाय रिपूणां च यो जपेद्विष्णुसंहिताम् । तस्य मोहाभिभूतास्ते जायंते रिपवो ध्रुवम्
Quiconque récite la Viṣṇu-saṁhitā afin d’ensorceler les ennemis—ses ennemis, assurément, sont submergés par la confusion.
Verse 34
वशीकरणहेतोर्यः कूष्मांडीः प्रजपेन्नरः । शत्रवोऽपि वशे तस्य किं पुनः प्रमदादयः
L’homme qui répète le mantra Kūṣmāṇḍī pour attirer et soumettre—même ses ennemis passent sous son ascendant; combien plus encore les autres, telles les femmes et semblables.
Verse 35
यः स्तंभाय रिपूणां वै प्राजापत्यं च वारुणम् । मंत्रं जपेद्द्विजश्रेष्ठाः सम्यक्छ्रद्धापरायणः । मंत्रसंस्तंभितास्तस्य जायंते सर्वशत्रवः
Ô meilleurs des deux-fois-nés, celui qui—ferme dans la juste foi—récite les mantras Prājāpatya et Vāruṇa pour immobiliser les ennemis, voit tous ses adversaires, à coup sûr, liés et « arrêtés » par ce mantra.
Verse 36
जपेत्काली करालीति यः शोषाय नरो द्विजाः । स शोषयति तत्कृत्स्नं यच्चित्ते धारयेन्नरः
Ô deux-fois-nés, l’homme qui répète « Kālī, Karālī » afin d’assécher un obstacle fait se flétrir entièrement ce qu’il maintient en son esprit comme objet visé.
Verse 37
एष मंत्रस्तदा जप्तो ह्यगस्त्येन महात्मना । यत्प्रभावान्नदीनाथस्तेन संशोषितो ध्रुवम्
Ce mantra même fut jadis récité par le magnanime Agastya ; par sa puissance, le Seigneur des Rivières fut assurément asséché par lui.
Verse 38
एतत्प्रभावं यत्पीठं मंत्राणां सिद्धिकारकम् । ऐहिकानां फलानां च तन्मया वः प्रकीर्तितम्
Ainsi vous ai-je proclamé la puissance de ce siège sacré (pīṭha), qui procure l’accomplissement des mantras et accorde aussi des fruits en ce monde.
Verse 39
यो वांछति पुनः स्वर्गं स तत्र द्विजसत्तमाः । स्नानं करोतु दानं च श्राद्धं चापि विशेषतः
Ô le meilleur des deux-fois-nés, quiconque désire le ciel doit, en ce lieu, accomplir le bain rituel, faire l’aumône et, surtout, offrir les rites de śrāddha.
Verse 40
अथ वांछति यो मोक्षं विरक्तो भवसागरात् । निष्कामस्तत्र संतुष्टस्तपस्तप्येत्सुबुद्धिमान्
Mais celui qui recherche la délivrance, détaché de l’océan du devenir, sans désir égoïste et content en ce lieu, doit pratiquer l’austérité avec une intelligence limpide.
Verse 41
ऋषय ऊचुः । मंत्रजाप्यस्य माहात्म्यं यत्त्वया नः प्रकीर्तितम् । तत्कथं सिद्धिमायाति मंत्रजाप्यं हि सूतज
Les sages dirent : « Tu nous as proclamé la grandeur de la récitation des mantras ; mais comment le japa du mantra parvient-il à l’accomplissement, ô fils de Sūta ? »
Verse 42
सूत उवाच । अत्र तत्कथयिष्यामि यन्मया पितृतः श्रुतम् । वदतो ब्राह्मणेंद्रस्य पुरा दुर्वाससो मुनेः
Sūta dit : « Ici, j’exposerai ce que j’ai entendu de mon père — jadis, des paroles du plus éminent des brāhmaṇas, le sage Durvāsas. »
Verse 43
तेन पूर्वं पिताऽस्माकं पृष्टो दुर्वाससा द्विजाः । मंत्रवादकृते यच्च शृणुध्वं सुसमाहिताः
Auparavant, ô brāhmaṇas, notre père fut interrogé par Durvāsas au sujet de la pratique de la science des mantras. Écoutez ce qu’il dit, l’esprit parfaitement recueilli.
Verse 44
दुर्वासा उवाच । साधयिष्याम्यहं मन्त्रमभीष्टं कमपि व्रती । तस्य सिद्धिकृते ब्रूहि विधानं शास्त्रसंभवम्
Durvāsas dit : « Moi, observant des vœux, je désire accomplir un mantra selon mon souhait. Dis-moi la règle, fondée sur les śāstra, par laquelle ce mantra atteint la perfection. »
Verse 45
लोमहर्षण उवाच । मंत्राणां साधनं कष्टं सर्वेषामपि सन्मुने । प्रत्यवायसमोपेतं बहुच्छिद्रसमाकुलम्
Lomaharṣaṇa dit : « Ô sage noble, la pratique d’accomplissement des mantras est difficile pour tous. Elle s’accompagne du risque de retours néfastes et se trouve encombrée de nombreux écueils. »
Verse 46
तस्मान्मंत्रकृते सिद्धिं यदि त्वं वांछसि द्विज । चमत्कारपुरे क्षेत्रे तत्र त्वं गंतुमर्हसि
Ainsi, ô deux-fois-né, si tu désires la réussite dans la pratique des mantras, tu dois te rendre au kṣetra sacré de Camatkārapura.
Verse 47
तत्र चित्रेश्वरीपीठमगस्त्येन विनिर्मितम् । सद्यः सिद्धिकरं प्रोक्तं मन्त्राणां हृदि वर्तिनाम्
Là se dresse le Pīṭha de Citreśvarī, établi par Agastya. Il est proclamé qu’il confère une perfection immédiate à ceux dont les mantras demeurent dans le cœur.
Verse 48
न तत्र जायते छिद्रं प्रत्यवायो न च द्विज । नासिद्धिर्वरदानेन सर्वेषां त्रिदिवौकसाम्
Là, nul défaut ne naît, ô deux-fois-né, et nulle conséquence néfaste n’y survient. Par la grâce dispensatrice de dons de ce pīṭha, il n’est point d’échec, ainsi que l’attestent tous les habitants du ciel.
Verse 49
चातुर्युंग्यं हि तत्पीठं स्थितानां सिद्धिमाह रेत् । युगानुरूपतः सद्यस्ततो वक्ष्याम्यहं द्विज
Ce pīṭha agit à travers les quatre yugas ; pour ceux qui y demeurent, il apporte l’obtention des siddhi. Selon l’ère, l’accomplissement survient aussitôt ; c’est pourquoi, ô deux-fois-né, je vais maintenant l’exposer.
Verse 50
यो यं साधयितुं मन्त्रमिच्छति द्विजसत्तम । स तस्य पूर्वमेवाथ लक्षमेकं जपेन्नरः
Quiconque souhaite accomplir un mantra particulier, ô le meilleur des deux-fois-nés, doit d’abord le réciter en japa cent mille fois (un lakh).
Verse 51
ततो भवति संसिद्धो मंत्रार्हः स नरः शुचिः । जपेद्ब्राह्मणशार्दूल ततो लक्षचतुष्टयम् । दशांशेन तु होमः स्यात्सुसमिद्धे हुताशने
Alors cet homme devient pleinement accompli, pur et digne de porter le mantra. Ensuite, ô tigre parmi les brāhmaṇa, qu’il récite encore quatre lakhs (400 000). Puis qu’il accomplisse un homa égal au dixième du japa, en l’offrant dans un feu sacré bien attisé.
Verse 52
ततस्तु जायते सिद्धिर्नूनं तन्मंत्रसंभवा । तत्र सौम्येषु कृत्येषु होमः सिद्धार्थकैः सितैः
Alors naît assurément la siddhi issue du mantra. Là, pour les rites doux et de bon augure, le homa doit être accompli avec des graines de moutarde blanche.
Verse 53
तर्पणैः कन्यकानां च होमः स्यात्स फलप्रदः
Les libations (tarpaṇa) et le homa accomplis pour le bien des kanyā, les jeunes filles, deviennent réellement féconds et confèrent le mérite recherché.
Verse 54
एतत्कृतयुगे प्रोक्तं मंत्रसाधनमुत्त मम् । सर्वेषां साधकानां च मया प्रोक्तं द्विजोत्तम
Cette méthode suprême de discipline du mantra a été proclamée pour le Kṛta Yuga ; et je l’ai enseignée à tous les sādhaka, ô meilleur des deux-fois-nés.
Verse 55
एतत्त्रेतायुगे प्रोक्तं पादोनं मन्त्रसाधनम् । युग्मार्धं द्वापरे कार्यं चतुर्थांशं कलौ युगे
Dans le Tretā Yuga, cette discipline du mantra est enseignée diminuée d’un quart ; dans le Dvāpara, elle doit être accomplie à moitié ; et dans le Kali Yuga, au quart.
Verse 56
एवं तत्र समासाद्य सिद्धिं मंत्रसमुद्भवाम् । तत्र पीठे ततः कृत्यं साधयेत्स्वेच्छया नरः
Ainsi, ayant obtenu en ce lieu la siddhi née du mantra, l’homme peut ensuite accomplir, selon son vœu, toute entreprise sur ce pīṭha même, siège sacré.
Verse 57
शापानुग्रहसामर्थ्यसंयुतस्तेज साऽन्वितः । अजेयः सर्वभूतानां साधूनां संमतस्तथा
Doué du pouvoir de maudire et de bénir, et revêtu d’une splendeur spirituelle, il devient invincible pour tous les êtres—et il est pareillement agréé par les sādhus, les justes.
Verse 58
सूत उवाच । तच्छ्रुत्वा स मुनिस्तस्य पितुर्मम वचोऽखिलम् । ततश्चित्रेश्वरं पीठं समायातोऽथ सन्मुनिः
Sūta dit : Ayant entendu en entier ces paroles miennes—dites au nom de son père—ce saint muni se rendit au pīṭha sacré de Citreśvara.
Verse 59
तत्र संसाधयामास सर्वान्मंत्रान्यथाक्रमम् । विधिना शास्त्रदृष्टेन श्रद्धया परया युतः
Là, il accomplit dûment tous les mantras, dans l’ordre prescrit, selon le rite approuvé par les śāstras, et animé d’une foi suprême.
Verse 60
इति संसिद्धमंत्रः स चमत्कारपुरं गतः । विप्राणां प्रार्थनार्थाय भूमिखंडकृते द्विजाः
Ainsi, ses mantras pleinement accomplis, il se rendit à Camatkārapura—ô dvija—pour répondre à la requête des brāhmaṇas, au sujet d’une affaire de partage d’un lopin de terre.