Adhyaya 44
Kashi KhandaUttara ArdhaAdhyaya 44

Adhyaya 44

Skanda raconte à Agastya une suite de traditions de liṅgas liées à des lieux précis de Kāśī, en commençant par Amṛteśvara dans l’Ānandakānana. Un sage chef de famille, Sanāru, voué au brahma-yajña, à l’hospitalité, à la réception du tīrtha et au culte du liṅga, est frappé par l’épreuve lorsque son fils Upajaṅghana est mordu par un serpent dans la forêt. En conduisant le jeune homme vers le Mahāśmaśāna près de Svargadvāra, une observation attentive fait découvrir un liṅga dissimulé, de la taille d’un śrīphala. Le récit associe le simple contact avec ce liṅga au retour immédiat à la vie et affirme, comme thèse théologique, l’accès à l’« amṛtatva » (l’immortalité, au-delà de la mort). Le chapitre introduit ensuite Karuṇeśvara près de Mokṣadvāra, prescrivant un vœu du lundi avec un seul repas et une adoration par des « fleurs/feuilles/fruits de compassion », la grâce du dieu empêchant de quitter le kṣetra et apaisant la peur. Jyotīrūpeśvara, à Cakrapuṣkariṇī, est dit conférer une « forme lumineuse » aux dévots; le texte énumère aussi des ensembles de liṅgas (quatorze et huit) et les interprète comme des expressions de Sadāśiva à travers les trente-six tattvas, proclamant Kāśī comme le champ suprême de la délivrance où s’accomplissent siddhis et réussites rituelles.

Shlokas

Verse 1

स्कंद उवाच । अन्यान्यपि च लिंगानि कथयामि महामुने । अमृतेशमुखादीनि यन्नामाप्यमृतप्रदम्

Skanda dit : «Ô grand sage, je vais aussi raconter d’autres Liṅgas—à commencer par Amṛteśa—dont le seul nom accorde l’amṛta, le don de l’immortalité (la délivrance semblable au nectar).»

Verse 2

पुरा सनारु नामासीन्मुनिरत्र गृहाश्रमी । ब्रह्मयज्ञरतो नित्यं नित्यं चातिथिदैवतः

Autrefois, il y eut ici un sage nommé Sanāru, vivant dans l’état de maître de maison. Toujours voué au Brahma-yajña, il tenait sans cesse les hôtes pour des êtres divins.

Verse 3

लिंगपूजारतो नित्यं नित्यं तीर्थाप्रतिग्रही । तस्यर्षेरभवत्पुत्रः सनारोरुपजंघनिः

Il demeurait sans cesse voué au culte du Liṅga, et recevait toujours avec révérence les offrandes d’eau sacrée (tīrtha). À ce sage Sanāru naquit un fils, nommé Upajaṅghani.

Verse 4

स कदाचिद्गतोरण्यं तत्र दष्टः पृदाकुना । अथ तत्स वयोभिश्च स आनीतः स्वमाश्रमम्

Un jour, il se rendit dans la forêt, et là il fut mordu par un serpent venimeux. Alors, avec ses compagnons, on le ramena jusqu’à son propre āśrama.

Verse 5

सनारुणा समुच्छ्वस्य नीतः स उपजंघनिः । महाश्मशानभूभागं स्वर्गद्वारसमीपतः

Sanāru, haletant d’angoisse, porta Upajaṅghani jusqu’au sol du Grand Champ de crémation, près de Svargadvāra, la «Porte du Ciel».

Verse 6

तत्रासीच्छ्रीफलाकारं लिंगमेकं सुगुप्तवत् । निधाय तत्र तं यावच्छवं संचिंतयेत्सुधीः

Là se trouvait un unique Liṅga, façonné comme un śrīphala (noix de coco), comme s’il était soigneusement dissimulé. L’y ayant déposé, le sage le contempla comme s’il n’était qu’un corps sans vie.

Verse 7

सर्पदष्टस्य संस्कारः कथं भवति चेति वै । तावत्स जीवन्नुत्तस्थौ सुप्तवच्चौपजंघनिः

«Comment accomplir les rites funéraires pour celui qui a été mordu par un serpent ?»—tandis qu’il pensait ainsi, à cet instant même Upajaṅghani se releva vivant, comme s’il s’éveillait d’un sommeil.

Verse 8

अथ तं वीक्ष्य स मुनिः सनारुरुपजंघनिम् । पुनः प्राणितसंपन्नं विस्मयं प्राप्तवान्परम्

Alors, voyant Upajaṅghani rendu une fois encore à la vie, le sage Sanāru fut saisi du plus grand étonnement.

Verse 9

प्राणितव्येऽत्र को हेतुर्मच्छिशोरुपजंघनेः । क्षेत्राद्बहिरहिर्यं हि दष्टा नैषीत्परासु ताम्

«Quelle peut être la cause pour que la vie se maintienne ici, alors que mon enfant Upajaṅghani a été mordu à la jambe ? Car hors de ce kṣetra sacré, la morsure d’un serpent l’aurait sûrement conduit à la mort.»

Verse 10

इति यावत्स संधत्ते धियं तज्जीवितैकिकाम् । तावत्पिपीलिका त्वेका मृतं क्वापि पिपीलिकम्

Tandis qu’il rassemblait encore en son esprit cette pensée unique—tout entier préoccupé de cette vie—, voilà qu’une fourmi apporta d’on ne sait où une fourmi morte.

Verse 11

आनिनाय च तत्रैव सोप्य नन्निर्गतस्ततः । अथ विज्ञाय स मुनिस्तत्त्वं जीवितसूचितम्

Elle l’apporta là même et ne s’écarta pas de cet endroit. Alors le sage comprit la vérité qui lui était indiquée—au sujet de la préservation de la vie.

Verse 12

मृदु हस्ततलेनैव यावत्खनति वै मुनिः । तावच्छ्रीफलमात्रं हि लिंगं तेन समीक्षितम्

Comme le sage creusait doucement de la paume de sa main, il aperçut bientôt un liṅga, grand seulement comme un fruit de bilva.

Verse 13

सनारुणाथ तल्लिंगं तेन तत्र समर्चितम् । चिरकालीन लिंगस्य कृतं नामापि सान्वयम्

Alors il vénéra ce liṅga en ce lieu, avec l’arghya et d’autres offrandes. Et pour ce liṅga très ancien, il établit aussi un nom, avec son récit sacré et la lignée de la tradition.

Verse 14

अमृतेश्वरनामेदं लिंगमानंदकानने । एतल्लिंगस्य संस्पर्शादमृतत्वं लभेद्ध्रुवम्

Ce liṅga dans l’Ānandakānana porte le nom d’Amṛteśvara. Par le simple contact avec ce liṅga, on obtient sûrement l’immortalité, l’état d’amṛta.

Verse 15

अमृतेशं समभ्यर्च्य जीवत्पुत्रः स वै मुनिः । स्वास्पदं समनुप्राप्तो दृष्टआश्चर्यवज्जनैः

Après avoir vénéré comme il se doit Amṛteśa, ce sage—dont le fils avait été rendu à la vie—retourna à sa demeure, sous le regard émerveillé des gens.

Verse 16

तदाप्रभृति तल्लिंगममृतेशं मुनीश्वर । काश्यां सिद्धिप्रदं नृणां कलौ गुप्तं भवेत्पुनः

Dès lors, ô seigneur parmi les sages, ce liṅga nommé Amṛteśa accorde des siddhi aux hommes à Kāśī ; mais à l’âge de Kali, il redevient caché.

Verse 18

अमृतेश समं लिंगं नास्ति क्वापि महीतले । तल्लिंगं शंभुना तिष्ये कृतं गुप्तं प्रयत्नतः

Nul liṅga sur la face de la terre n’égale Amṛteśa. À l’âge de Tisya (Kali), Śambhu, avec un effort délibéré, a tenu ce liṅga caché.

Verse 19

अमृतेश्वर नामापि ये काश्यां परिगृह्णते । न तेषामुपसर्गोत्थं भयं क्वापि भविष्यति

Même ceux qui, à Kāśī, ne font que prendre le Nom d’« Amṛteśvara » : nulle crainte née des afflictions et des calamités ne les atteindra jamais, où que ce soit.

Verse 20

मुनेऽन्यच्च महालिंगं करुणेश्वरसंज्ञितम् । मोक्षद्वार समीपे तु मोक्षद्वारेश्वराग्रतः

Ô sage, il est encore un autre grand Liṅga, nommé Karuṇeśvara. Il se tient près de la Mokṣadvāra (Porte de la Délivrance), juste en face de Mokṣadvāreśvara.

Verse 21

दर्शनात्तस्य लिंगस्य महाकारुणिकस्य वै । न क्षेत्रान्निर्गमो जातु बहिर्भवति कस्यचित्

Par la seule vision de ce Liṅga—d’une compassion suprême en vérité—nul ne quitte jamais le Champ sacré (Kāśī) pour l’extérieur.

Verse 22

स्नातव्यं मणिकर्ण्यां च द्रष्टव्यः करुणेश्वरः । क्षेत्रोपसर्गजा भीतिर्हातव्या परया मुदा

Qu’on se baigne à Maṇikarṇī et qu’on contemple Karuṇeśvara. La crainte née des épreuves au sein du Champ sacré doit être rejetée avec une joie suprême.

Verse 23

सोमवासरमासाद्य एकभक्तव्रतं चरेत् । यष्टव्यः करुणापुष्पैर्व्रतिना करुणेश्वरः

Quand vient le lundi, qu’on observe le vœu d’Ekabhakta (un seul repas). Celui qui tient le vœu doit adorer Karuṇeśvara avec des fleurs de « karuṇā ».

Verse 24

तेन व्रतेन संतुष्टः करुणेशः कदाचन । न तं क्षेत्राद्बहिः कुर्यात्तस्मात्कार्यं व्रतं त्विदम्

Satisfait par ce vœu, Karuṇeśa, un jour, ne chassera pas cette personne hors du kṣetra sacré. C’est pourquoi ce vœu doit assurément être accompli.

Verse 25

तत्पत्रैस्तत्फलैर्वापि संपूज्यः करुणेश्वरः । यो न जानाति तल्लिंगं सम्यग्ज्ञानविवर्जितः

Karuṇeśvara doit être honoré selon le rite avec ses feuilles, ou même avec ses fruits. Celui qui ne connaît pas ce Liṅga est privé de la vraie connaissance.

Verse 26

तेनार्च्यः करुणावृक्षो देवेशः प्रीयतामिति । यो वर्षं सोमवारस्य व्रतं कुर्यादिति द्विजः

Par ces offrandes, il faut adorer l’arbre de Karuṇā en priant : «Que le Seigneur des dieux soit satisfait». Un brāhmaṇa déclare que quiconque observe le vœu du lundi pendant une année…

Verse 27

प्रसन्नः करुणेशोत्र तस्य दास्यति वांछितम् । द्रष्टव्यः करुणेशोत्र काश्यां यत्नेन मानवैः

Ici, lorsque Karuṇeśa est satisfait, il accorde la grâce désirée. C’est pourquoi, dans cette Kāśī, les hommes doivent aller voir Karuṇeśa avec un effort sincère.

Verse 28

इति ते करुणेशस्य महिमोक्तो महत्तरः । यं श्रुत्वा नोपसर्गोत्थं भयं काश्यां भविष्यति

Ainsi t’a été exposée la gloire immensément grande de Karuṇeśa. En l’entendant, à Kāśī ne naîtra pas la crainte issue des calamités.

Verse 29

मोक्षद्वारेश्वरं चैव स्वर्गद्वोरेश्वरं तथा । उभौ काश्यां नरो दृष्ट्वा स्वर्गं मोक्षं च विंदति

À Kāśī, celui qui a contemplé Mokṣadvāreśvara ainsi que Svargadvoreśvara obtient à la fois le ciel et la délivrance (mokṣa).

Verse 30

ज्योतीरूपेश्वरं लिंगं काश्यामन्यत्प्रकाशते । तस्य संपूजनाद्भक्ता ज्योतीरूपा भवंति हि

À Kāśī, le Liṅga nommé Jyotīrūpeśvara rayonne d’un éclat unique. Par son culte accompli avec entière révérence, les dévots deviennent eux-mêmes lumineux, prenant vraiment la forme de la lumière spirituelle.

Verse 31

चक्रपुष्करिणी तीरे ज्योतीरूपेश्वरं परम् । समभ्यर्च्याप्नुयान्मर्त्यो ज्योतीरूपं न संशयः

Sur la rive de Cakrapuṣkariṇī, le mortel qui vénère comme il se doit le suprême Jyotīrūpeśvara obtient une forme de splendeur divine; il n’y a nul doute.

Verse 32

यदा भागीरथी गंगा तत्र प्राप्ता सरिद्वरा । तदारभ्यार्चयेन्नित्यं तल्लिंगं स्वर्धुनी मुदा

Depuis que la Bhāgīrathī Gaṅgā, la meilleure des rivières, est parvenue en ce lieu, dès lors le fleuve céleste adore avec joie ce même Liṅga chaque jour.

Verse 33

पुरा विष्णौ तपत्यत्र तल्लिंगं स्वयमेव हि । तत्राविरासीत्तेजस्वि तेन क्षेत्रमिदं शुभम्

Autrefois, lorsque Viṣṇu accomplissait ici des austérités, ce Liṅga se manifesta de lui-même. Rayonnant de splendeur, il apparut en ce lieu; c’est pourquoi cette terre sacrée est de bon augure.

Verse 34

चक्रपुष्करिणी तीरे ज्योतीरूपेश्वरं तदा । दूरस्थोपीह यो ध्यायेत्तस्य सिद्धिरदूरतः

Alors, sur la rive de Cakrapuṣkariṇī, quiconque médite sur Jyotīrūpeśvara—même de loin—voit l’accomplissement tout proche.

Verse 35

एतेष्वपि च लिंगेषु चतुर्दशसु सत्तम । लिंगाष्टकं महावीर्यं कर्मबीजदवानलम्

Ô le meilleur des hommes, même parmi ces quatorze Liṅgas, l’ensemble des huit Liṅgas (Liṅgāṣṭaka) est d’une grande puissance, tel un feu de forêt consumant la semence du karma.

Verse 36

ओंकारादीनि लिंगानि यान्युक्तानि चतुर्दश । तथा दक्षेश्वरादीनि लिंगान्यष्टौ महांति च

Les quatorze Liṅgas décrits commencent par Oṃkāra ; de même, en commençant par Dakṣeśvara, il y a aussi huit grands Liṅgas.

Verse 37

अमृतेश्वर संस्पर्शान्मृता जीवंति तत्क्षणात् । अमृतत्वं भजंतेऽत्र जीवंतः स्पर्शमात्रतः

Par le contact d’Amṛteśvara, les morts revivent à l’instant même. Et les vivants, par le seul attouchement en ce lieu, prennent part à l’immortalité.

Verse 38

षदत्रिंशत्तत्त्वरूपोसौ लिगेष्वेषु सदाशिवः । अस्मिन्क्षेत्रे वसन्नित्यं तारकं ज्ञानमादिशेत्

Dans ces Liṅgas, Sadāśiva demeure comme la forme même des trente-six tattvas. Résidant à jamais dans ce kṣetra sacré, il dispense la connaissance Tāraka, la sagesse qui sauve.

Verse 39

क्षेत्रस्य तत्त्वमेतद्धि षट्त्रिंशल्लिंगरूप्यहो । एतेषां भजनात्पुंसां न भवेद्दुर्गतिः क्वचित्

Telle est, en vérité, l’essence intime du champ sacré : merveilleusement, il est constitué de trente-six formes de Liṅga. Par la dévotion envers elles, les hommes ne tombent jamais dans le malheur ni dans une destinée funeste—à aucun moment.

Verse 40

मुने रहस्यभूतानि र्लिगान्येतानि निश्चितम् । एतल्लिंगप्रभावाच्च मुक्तिरत्र सुनिश्चिता

Ô sage, ces liṅga sont assurément de nature secrète (ésotérique) : cela est certain. Et par la puissance de ces liṅga, la délivrance ici, à Kāśī, est garantie sans le moindre doute.

Verse 41

मोक्षक्षेत्रमिंदं काशी लिंगैरेतैर्मेहामते । एतान्यन्यानि सिद्धानि संभवंति युगेयुगे

Ô noble d’esprit, Kāśī est ce champ de délivrance (mokṣa-kṣetra) grâce à ces liṅga. Et d’autres manifestations sacrées, accomplies comme celles-ci, surgissent encore et encore à chaque âge (yuga).

Verse 42

आनंदकाननं शंभोः क्षेत्रमेतदनादिमत् । अत्र संस्थितिमापन्ना मुक्ता एव न संशयः

Voici Ānandakānana, la Forêt de Béatitude : le domaine sacré de Śambhu (Śiva), dont la sainteté est sans commencement. Celui qui y obtient une demeure stable est assurément libéré ; il n’y a là aucun doute.

Verse 43

योगसिद्धिरिहास्त्येव तपःसिद्धिरिहैव हि । व्रतसिद्धिर्मंत्रसिद्धिस्तीर्थसिद्धिः सुनिश्चितम्

Ici même se trouvent les accomplissements du yoga ; ici, en vérité, se trouvent les accomplissements de l’austérité (tapas). L’achèvement des vœux (vrata), la réussite des mantras et le fruit du pèlerinage (tīrtha) se trouvent assurément ici.

Verse 44

सिद्ध्यष्टकं तु यत्प्रोक्तमणिमादि महत्तरम् । तज्जन्मभूमिरेषैव शंभोरानंदवाटिका

Le célèbre ensemble des huit siddhi—à commencer par aṇimā et les autres, les plus sublimes—trouve ici même son lieu de naissance : ce jardin-bois de béatitude de Śambhu (Śiva).

Verse 45

निर्वाणलक्ष्म्याः सदनमेतदानंदकाननम् । एतत्प्राप्य न मोक्तव्यं पुण्यैः संसारभीरुणा

Cet Ānandakānana est la demeure même de la grâce du nirvāṇa. Celui qui, craignant le saṃsāra, y est parvenu ne doit pas le laisser; par les mérites (puṇya), qu’il s’y attache fermement.

Verse 46

अयमेव महालाभ इदमेव परं तपः । एतदेव महत्पुण्यं लब्धा वाराणसीह यत्

Ceci seul est le plus grand gain ; ceci seul est l’austérité suprême (tapas). Ceci seul est le mérite le plus élevé : avoir obtenu ici Vārāṇasī.

Verse 47

अवश्यं जन्मिनो मृत्युर्यत्र कुत्र भविष्यति । कर्मानुसारिणी लभ्या गतिः पश्चाच्छुभाशुभा

Pour celui qui est né, la mort est inévitable : elle surviendra quelque part, ici ou là. Ensuite, on obtient une destinée (gati) conforme au karma, heureuse ou funeste.

Verse 48

मृत्युं विज्ञाय नियतं गतिकर्मानुसारिणीम् । अवश्यं काशिका सेव्या सर्वकर्मनिवारिणी

Sachant que la mort est certaine et que la destinée (gati) suit le karma, il faut assurément servir et prendre refuge en Kāśikā (Kāśī), car elle dissout les liens de tout karma.

Verse 49

मानुष्यं प्राप्य यं मूढा निमेषमितजीवितम् । न सेवंते पुरीं काशीं ते मुष्टा मंदबुद्धयः

Ces insensés qui, ayant obtenu la naissance humaine — dont la vie est aussi fugace qu'un clignement d'œil — ne servent pas la cité de Kashi : ils sont pitoyables et l'esprit borné.

Verse 50

दुर्लभं जन्म मानुष्यं दुर्लभा काशिकापुरी । उभयोः संगमासाद्य मुक्ता एव न संशयः

Rare est la naissance humaine, et rare est la cité de Kashi. Lorsque l'on parvient à la rencontre des deux, la libération est assurée — il n'y a aucun doute à ce sujet.

Verse 51

क्व च तादृक्तपांसीह क्व तादृग्योग उत्तमः । यादृग्भिः प्राप्यते मुक्तिः काश्यां मोक्षोत्तमोत्तमः

Où, en effet, trouver de telles austérités ? Où est un yoga aussi excellent ? Car pour la libération atteinte par de tels moyens, Kashi accorde ce moksha suprême entre les suprêmes.

Verse 52

सत्यं सत्यं पुनः सत्यं सत्यपूर्वं पुनःपुनः । न काशी सदृशी मुक्त्यै भूमिरन्या महीतले

Vérité, vérité, encore vérité ; et vérité avant tout, répétée maintes et maintes fois : sur la face de la terre, il n'y a aucune autre terre comme Kashi pour la libération.

Verse 53

विश्वेशो मुक्तिदो नित्यं मुक्त्यै चोत्तरवाहिनी । आनंदकानने मुक्तिर्मुक्तिर्नान्यत्र कुत्रचित्

Visvesvara accorde toujours la libération, et le Gange coulant vers le nord est aussi pour la libération. Dans l'Anandakanana seul se trouve la libération — la libération n'est nulle part ailleurs.

Verse 54

एक एव हि विश्वेशो मुक्तिदो नान्य एव हि । स एव काशीं प्रापय्य मुक्तिं यच्छति नान्यतः

Viśveśa seul est le dispensateur de la délivrance; nul autre. Lui seul conduit à Kāśī et accorde le mokṣa; d’aucune autre source cela ne vient.

Verse 55

सायुज्यमुक्तिरत्रैव सान्निध्यादिरथान्यतः । सुलभा सापि नो नूनं काश्यां मोक्षोस्ति हेलया

Ici seul se trouve la délivrance de sāyujya, l’union au Seigneur; ailleurs, on n’obtient que des états tels que la proximité (sānnidhya) et autres. Même ce sāyujya n’est pas vraiment aisé; pourtant, à Kāśī, le mokṣa s’obtient presque sans peine.

Verse 56

स्कंद उवाच । शृण्वगस्त्य महाभाग भविष्यं कथयाम्यहम् । कृष्णद्वैपायनो व्यासोऽकथयद्यन्महद्वचः । निश्चिकेतुमनाः पश्चाद्यत्करिष्यति तच्छृणु

Skanda dit : Écoute, ô Agastya, toi le très fortuné; je vais dire ce qui doit advenir. Entends la grande parole qu’a prononcée Kṛṣṇadvaipāyana Vyāsa, et entends aussi ce qu’il fera ensuite, l’esprit fixé à en trancher le sens.

Verse 94

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीति साहस्र्यां संहितायां चतुर्थे काशीखंड उत्तरार्धेऽमृतेशादिलिंगप्रादुर्भावोनाम चतुर्नवतितमोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la compilation de quatre-vingt-un mille vers—dans la quatrième Saṃhitā, dans l’Uttarārdha du Kāśīkhaṇḍa, s’achève le quatre-vingt-quatorzième chapitre, intitulé «La manifestation d’Amṛteśa et d’autres Liṅga».