Adhyaya 6
Kashi KhandaPurva ArdhaAdhyaya 6

Adhyaya 6

Le chapitre 6 s’ouvre sur Parāśara s’adressant à Sūta dans un cadre d’enseignement : l’élévation éthique—surtout le paropakāra, « faire le bien d’autrui »—est louée comme un dharma plus haut que le seul mérite des rites extérieurs. Le récit passe ensuite au dialogue d’Agastya et de Lopāmudrā : à la vue de Śrīśaila, sommet associé à Śiva sous le nom de Tripurāntaka, on affirme que le simple fait de le contempler peut abolir la renaissance. Lopāmudrā demande alors pourquoi, si tel est le cas, Kāśī (Avimukta) demeure tant recherchée. Agastya répond en classant divers lieux et tīrtha dispensateurs de délivrance, en citant de grands centres de pèlerinage du sous-continent, puis en introduisant les « mānasa tīrtha », les tīrtha intérieurs : satya (vérité), kṣamā (pardon), indriya-nigraha (maîtrise des sens), dayā (compassion), ārjava (droiture), dāna (don), dama (discipline de soi), santoṣa (contentement), brahmacarya, priya-vāditā (parole douce), jñāna (connaissance), dhṛti (constance) et tapas (austérité). Il soutient que le bain d’eau seul ne purifie pas un esprit souillé par l’avidité, la cruauté, la médisance, l’hypocrisie ou l’attachement obsessionnel ; le vrai tīrtha est la purification mentale et le détachement. Le chapitre détaille aussi l’étiquette du pèlerinage et ses observances : jeûne préparatoire, hommage à Gaṇeśa, aux ancêtres, aux brahmanes et aux sādhus ; règles de nourriture aux tīrtha ; modalités de śrāddha/tarpaṇa ; et « parts » de mérite selon l’intention et la manière de voyager. Il culmine dans une hiérarchie sotériologique : Śrīśaila et Kedāra sont célébrés comme donnant la mokṣa, mais Prayāga est dit supérieur, et Avimukta (Kāśī) surpasse même Prayāga, affirmant l’incomparabilité de Kāśī dans la géographie de la délivrance. Une conclusion de type phalaśruti associe l’écoute ou la récitation fidèle à la purification morale et à l’évitement d’une renaissance défavorable.

Shlokas

Verse 1

पाराशर्य उवाच । शृणु सूत महाभाग कथां श्रुतिसहोदराम् । यां वै हृदि निधायेह पुरुषः पुरुषार्थभाक्

Pārāśarya dit : «Écoute, ô Sūta fortuné, un récit sacré, frère de la Śruti elle-même. Qui le dépose en son cœur obtient ici les fruits de la vie humaine : dharma, artha, kāma et mokṣa».

Verse 2

ततः श्रीदर्श नानंद सुधाधाराधुनीं मुनिः । अवगाह्य सपत्नीकः परां मुदमवाप सः

Alors le sage, avec son épouse, s’immergea dans ce courant semblable à un fleuve, flot d’ambroisie de béatitude né de la vision de Śrī ; et il obtint la joie suprême.

Verse 3

वह्निकुंडसमुद्भूत सूतनिर्मलमानस । शृणुष्वैकं पुरा विद्भिर्भाषितं यत्सुभा षितम्

Ô Sūta, né du foyer de feu et au mental pur, écoute cet unique enseignement, cette parole excellente jadis proférée par les sages.

Verse 4

परोपकरणं येषां जागर्ति हृदये सताम् । नश्यंति विपदस्तेषां संपदः स्युः पदेपदे

Chez les êtres nobles, dont le cœur veille à secourir autrui, les malheurs s’évanouissent, et la prospérité surgit à chaque pas.

Verse 5

तीर्थस्नानैर्न सा शुद्धिर्बहुदानैर्न तत्फलम् । तपोभिरुग्रैस्तन्नाप्यमुपकृत्याय दाप्यते

Cette pureté ne s’acquiert pas par le seul bain aux tīrtha, ni ce fruit par d’abondantes offrandes; même de rudes austérités ne sauraient acheter ce que donne le bienfait accordé à autrui.

Verse 6

परोपकृत्या यो धर्मो धर्मो दानादिसंभवः । एकत्र तुलितौ धात्रा तत्र पूर्वो भवद्गुरुः

Le dharma né du secours à autrui et le dharma issu des dons et autres actes: lorsque le Créateur les met en balance, le premier se dresse comme le maître plus grand, la voie supérieure.

Verse 7

परिनिर्मथ्य वाग्जालं निर्णीतमिदमेव हि । नोपकारात्परो धर्मो नापकारादवं परम्

Après avoir baratté l’enchevêtrement des paroles, voici la conclusion arrêtée: nul dharma n’est plus élevé que le bienfait, et nulle chute n’est pire que le tort causé.

Verse 8

उपकर्तुरगस्त्यस्य जातमेतन्निदर्शनम् । क्व तादृक्काशिजं दुःखं क्व तादृक्श्रीमुखेक्षणम्

Voici l’illustration née d’Agastya, le bienfaiteur: où trouver une souffrance ainsi née de Kāśī, et où une telle vision du visage resplendissant de Śrī?

Verse 9

करिकर्णाग्रचपलं जीवितं विविधं वसु । तस्मात्परोपकरणं कार्यमेकं विपश्चिता

La vie est aussi changeante que l’extrémité de l’oreille d’un éléphant, et la richesse revêt mille formes instables ; c’est pourquoi le sage doit accomplir, par-dessus tout, une seule œuvre : secourir autrui.

Verse 10

यल्लक्ष्मीनाममात्राप्त्या नरो नो माति कुत्रचित् । साक्षात्समीक्ष्यतां लक्ष्मीं कृतकृत्यो भवन्मुनिः

Par la seule obtention du Nom de Lakṣmī, l’homme ne périt nulle part. Qu’on contemple donc Lakṣmī elle-même en présence directe ; alors, ô muni, tu deviendras celui dont l’œuvre est accomplie.

Verse 11

गच्छन्यदृच्छयासोथ दूराच्छ्रीशैलमैक्षत । यत्र साक्षान्निवसति देवः श्रीत्रिपुरांतकः

Puis, cheminant comme par hasard, il aperçut de loin Śrīśaila, où le Seigneur Tripūrāntaka demeure en présence manifeste.

Verse 12

उवाच वचनं पत्नीं तदा प्रीतमना मुनिः । इहस्थितैव पश्य त्वं कांते कांततरं परम्

Alors le muni, le cœur réjoui, dit à son épouse : «Bien-aimée, demeure ici même et contemple cette vision suprême, plus enchanteresse que toute autre».

Verse 13

श्रीशैल शिखरं श्रीमदिदंतद्यद्विलोकनात् । पुनर्भवो मनुष्याणां भवेत्र नभवेत्क्वचित्

Ce sommet glorieux de Śrīśaila : par le seul fait de le contempler, la renaissance des hommes peut prendre fin, et ne plus jamais se relever.

Verse 14

गिरि श्चतुरशीत्यायं योजनानां हि विस्मृतः । सर्वलिंगमयो यस्मादतः कुर्यात्प्रदक्षिणम्

Cette montagne s’étend sur quatre-vingt-quatre yojanas, si vaste qu’elle dépasse toute description. Comme elle est partout pénétrée de liṅga, il convient donc d’en accomplir la pradakṣiṇā, la circumambulation sacrée.

Verse 15

लोपामुद्रोवाच । किंचिद्विज्ञप्तुमिच्छामि यद्याज्ञा स्वामिनो भवेत् । ब्रूते हि याऽनुज्ञाता पत्या सा पतिता भवेत्

Lopāmudrā dit : «Je souhaite soumettre une requête, si mon seigneur m’en donne la permission. Car l’on dit que l’épouse qui parle sans l’assentiment de son mari tombe en faute».

Verse 16

अगस्त्य उवाच । किं वक्तुकामा देवि त्वं ब्रूहि तत्त्वमशंकिता । न त्वादृशीनां वाक्यं हि पत्युः खेदाय जायते

Agastya dit : «Déesse, que veux-tu dire ? Dis la vérité sans hésitation. Les paroles de femmes telles que toi ne deviennent jamais cause de peine pour l’époux».

Verse 17

ततः पप्रच्छ सा देवी प्रणम्य मुनिमानता । सर्वेषां च हितार्थाय स्वसंदेहापनुत्तये

Alors cette noble dame, s’inclinant avec respect devant le sage, interrogea : pour le bien de tous et afin de dissiper son propre doute.

Verse 18

लोपामुद्रोवाच । श्रीशैलशिखरं दृष्ट्वा पुनर्जन्म न विद्यते । इदमेव हि सत्यं चेत्किमर्थं काशिरिष्यते

Lopāmudrā dit : «Ayant vu le sommet de Śrīśaila, il n’y a plus de renaissance. Si cela seul est vraiment vrai, dans quel but irait-on alors à Kāśī ?»

Verse 19

अगस्तिरुवाच । आकर्णय वरारोहे सत्यं पृष्टं त्वयामले । निर्णीतमसकृच्चैतन्मुनिभिस्तत्त्वचिंतकैः

Agastya dit : «Écoute, ô toi aux hanches gracieuses, ô pure sans tache ; ta question est véridique. Cette affaire a été tranchée maintes fois par les sages qui méditent la Vérité suprême».

Verse 20

मुक्तिस्थानान्यनेकानि कृतस्तत्रापिनिर्णयः । तानि ते कथयाम्यत्र दत्तचित्ता भव क्षणम्

Il est de nombreux lieux qui confèrent la délivrance, et leur statut y a certes été établi. Je vais te les dire ici ; sois attentive un moment, l’esprit tout entier recueilli.»

Verse 21

प्रथमं तीर्थराजं तु प्रयागाख्यं सुविश्रुतम् । कामिकं सर्वतीर्थानां धर्मकामार्थमोक्षदम्

D’abord vient le roi des tīrtha, illustre sous le nom de Prayāga. Le plus désiré de tous les lieux saints, il accorde dharma, kāma, artha et mokṣa.»

Verse 22

नैमिषं च कुरुक्षेत्रं गंगाद्वारमवंतिका । अयोध्या मथुरा चैव द्वारकाप्यमरावती

Sont aussi : Naimiṣa et Kurukṣetra ; Gaṅgādvāra (Haridvāra) et Avantikā (Ujjayinī) ; Ayodhyā et Mathurā ; et encore Dvārakā et Amarāvatī — tous renommés comme domaines sacrés liés à la délivrance.»

Verse 23

सरस्वती सिंधुसंगो गंगासागरसंगमः । कांती च त्र्यंबकं चापि सप्तगोदावरीतटम्

Sarasvatī ; la confluence avec le Sindhu ; le lieu où le Gaṅgā rejoint l’océan ; Kāṃtī ; Tryambaka ; et les sept rives sacrées le long de la Godāvarī — eux aussi sont loués parmi les tīrtha qui donnent la délivrance.»

Verse 24

कालंजरं प्रभासश्च तथा बद रिकाश्रमः । महालयस्तथोंकारक्षेत्रं वै पौरुषोत्तमम्

Kālañjara et Prabhāsa; de même Badarikāśrama; Mahālaya; et le kṣetra sacré d’Oṃkāra; ainsi que Pauruṣottama — tous sont, en vérité, célébrés comme des terres saintes menant à la mokṣa.

Verse 25

गोकर्णो भृगुकच्छश्च भृगुतुंगश्च पुष्करम् । श्रीपर्वतादि तीर्थानि धारातीर्थं तथैव च

Gokarṇa, Bhṛgukaccha, Bhṛgutunga et Puṣkara; les tīrtha commençant par Śrīparvata; et aussi Dhārātīrtha — eux aussi sont comptés parmi les lieux sacrés renommés pour le don de la mokṣa.

Verse 26

मानसान्यपि तीर्थानि सत्यादीनि च वै प्रिये । एतानि मुक्तिदान्येव नात्र कार्या विचारणा

Même les tīrtha « mentaux », tels ceux qui commencent par Satya, le sont aussi, ô bien-aimée. Ceux-ci donnent assurément la mokṣa; il n’y a ici ni doute ni débat à nourrir.

Verse 27

गया तीर्थं च यत्प्रोक्तं पितॄणां हि मुक्तिदम् । पितामहानामृणतो मुक्तास्तत्तनया अपि

Et le tīrtha de Gayā, proclamé comme celui qui donne la mokṣa aux ancêtres : lorsque la dette envers les aïeux est acquittée, on dit que même leurs descendants sont libérés.

Verse 28

सधर्मिण्युवाच । मानसान्यपि तीर्थानि यान्युक्तानि महामते । कानि कानि च तानीह ह्येतदाख्यातुमर्हसि

L’épouse fidèle dit : « Ô toi à la grande sagesse, tu as aussi parlé des tīrtha “mentaux”. Lesquels sont-ils ici, précisément ? Daigne me l’exposer. »

Verse 29

अगस्त्य उवाच । शृणु तीर्थानि गदतो मानसानि ममानघे । येषु सम्यङ्नरः स्नात्वा प्रयाति परमां गतिम्

Agastya dit : «Écoute, ô irréprochable, tandis que je décris les tīrtha de l’esprit ; en eux, lorsque l’homme s’y baigne comme il se doit, il parvient à l’état suprême».

Verse 30

सत्यं तीर्थं क्षमा तीर्थं तीर्थमिन्द्रियनिग्रहः । सर्वभूतदयातीर्थं तीर्थमार्जवमेव च

La vérité est un tīrtha ; le pardon est un tīrtha ; la maîtrise des sens est un tīrtha. La compassion envers tous les êtres est un tīrtha, et la droiture (sincérité intérieure) l’est aussi.

Verse 31

दानं तीर्थं दमस्तीर्थं संतोषस्तीर्थमुच्यते । ब्रह्मचर्यं परं तीर्थं तीर्थं च प्रियवादिता

Le don est un tīrtha ; la maîtrise de soi est un tīrtha ; le contentement est appelé tīrtha. Le brahmacarya est le tīrtha suprême, et la parole douce et agréable l’est aussi.

Verse 32

ज्ञानं तीर्थं धृतिस्तीर्थं तपस्तीर्थमुदाहृतम् । तीर्थानामपि तत्तीर्थं विशुद्धिर्मनसः परा

La connaissance est un tīrtha ; la constance est un tīrtha ; l’austérité est proclamée tīrtha. Mais parmi tous les tīrthas, ce tīrtha est suprême : la purification totale de l’esprit.

Verse 33

न जलाप्लुतदेहस्य स्नानमित्यभिधीयते । स स्नातो यो दमस्नातः शुचिः शुद्धमनोमलः

On n’appelle pas « bain » le simple fait de mouiller le corps d’eau. Est vraiment baigné celui qui se baigne dans la maîtrise de soi : pur, l’impureté de l’esprit lavée.

Verse 34

यो लुब्धः पिशुनः क्रूरो दांभिको विषयात्मकः । सर्वतीर्थेष्वपि स्नातः पापो मलिन एव सः

Celui qui est cupide, médisant, cruel, hypocrite et absorbé par les objets des sens—fût-il baigné en tous les tīrthas—demeure pourtant pécheur et souillé.

Verse 35

न शरीर मल त्यागान्नरो भवति निर्मलः । मानसे तु मले त्यक्ते भवत्यंतः सुनिर्मलः

L’homme ne devient pas pur en rejetant seulement la saleté du corps ; mais lorsque l’impureté du mental est abandonnée, il devient très pur au-dedans.

Verse 36

जायंते च म्रियंते च जलेष्वेव जलौकसः । न च गच्छंति ते स्वर्गमविशुद्धमनोमलाः

Les êtres qui vivent dans l’eau naissent et meurent dans l’eau même ; pourtant ils n’atteignent pas le ciel, car la souillure de leur esprit n’est pas purifiée.

Verse 37

विषयेष्वति संरागो मानसो मल उच्यते । तेष्वेव हि विरागो स्य नैर्मल्यं समुदाहृतम्

L’attachement excessif aux objets des sens est appelé souillure du mental ; le détachement envers ces mêmes objets est déclaré être la pureté.

Verse 38

चित्तमंतर्गतं दुष्टं तीर्थस्नानान्न शुद्ध्यति । शतशोथ जलैर्धौतं सुराभांडमिवाशुचि

Un esprit intérieurement corrompu ne se purifie pas par les bains aux tīrthas ; tel un vase à liqueur, il demeure impur même lavé des centaines de fois à l’eau.

Verse 39

दानमिज्यातपःशौचं तीर्थसेवा श्रुतं तथा । सर्वाण्येतान्यतीर्थानि यदि भावो न निर्मलः

Charité, culte, austérité, pureté, service des tīrtha, et même l’étude de la śruti : rien de tout cela n’est vraiment un ‘tīrtha’ si l’élan intérieur n’est pas pur.

Verse 40

निगृहीतेंद्रियग्रामो यत्रैव च वसेन्नरः । तत्र तस्य कुरुक्षेत्रं नैमिषं पुष्कराणि च

Là où un homme demeure, tenant en bride la troupe de ses sens, ce lieu même devient pour lui Kurukṣetra, Naimiṣa et Puṣkara aussi.

Verse 41

ज्ञानपूते ज्ञानजले रागद्वेषमलापहे । यः स्नाति मानसे तीर्थे स याति परमां गतिम्

Celui qui se baigne dans le tīrtha du mental—purifié par la connaissance, dans les eaux de la connaissance qui effacent les souillures de l’attachement et de l’aversion—atteint l’état suprême.

Verse 42

एतत्ते कथितं देवि मानसं तीर्थलक्षणम् । भौमानामपि तीर्थानां पुण्यत्वे कारणं शृणु

Ainsi, ô Déesse, t’a été dit le signe distinctif du tīrtha mental. Écoute maintenant la raison pour laquelle même les tīrthas terrestres portent la sainteté.

Verse 43

यथा शरीरस्योद्देशाः केचिन्मेध्यतमाः स्मृताः । तथा पृथिव्यामुद्देशाः केचित्पुण्यतमाः स्मृताः

De même que certaines régions du corps sont tenues pour les plus pures, de même sur la terre certaines régions sont rappelées comme les plus saintes.

Verse 44

प्रभावादद्भुताद्भूमेः सलिलस्य च तेजसः । परिग्रहान्मुनीनां च तीर्थानां पुण्यता स्मृता

On se souvient que la sainteté des tīrthas procède de la puissance merveilleuse de la terre, de l’éclat propre à leurs eaux, et de la présence ainsi que de l’accueil sanctifiant des munis.

Verse 45

तस्माद्भौमेषु तीर्थेषु मानसेषु च नित्यशः । उभयेष्वपि यः स्नाति स याति परमां गतिम

Ainsi, celui qui se baigne sans cesse, dans les tīrthas de la terre comme dans les tīrthas du mental, parvient à la condition suprême.

Verse 46

अनुपोष्य त्रिरात्राणि तीर्थान्यनभिगम्य च । अदत्त्वा कांचनं गाश्च दरिद्रो नाम जायते

Celui qui ne jeûne pas trois nuits, ne se rend pas aux tīrthas et ne donne ni or ni vaches, en vient à être nommé « pauvre », privé de mérite.

Verse 47

अग्निष्टोमादिभिर्यज्ञैरिष्ट्वा विपुलदक्षिणैः । न तत्फलमवाप्नोति तीर्थभिगमनेन यत्

Même après avoir accompli des yajñas tels que l’Agniṣṭoma, avec de riches dakṣiṇās, on n’obtient pas le fruit que procure la visite des tīrthas.

Verse 48

यस्य हस्तौ च पादौ च मनश्चैव सुसंयतम् । विद्या तपश्च कीर्तिश्च स तीर्थफलमश्नुते

Celui dont les mains, les pieds et l’esprit sont bien maîtrisés—orné de vidyā, de tapas et d’une bonne renommée—celui-là goûte le vrai fruit des tīrthas.

Verse 49

प्रतिग्रहादुपावृत्तः संतुष्टो येनकेनचित् । अहंकार विमुक्तश्च स तीर्थफलमश्नुते

Celui qui s’abstient d’accepter des dons, se contente de ce qui vient et se libère de l’orgueil : il goûte le vrai fruit des tīrthas.

Verse 50

अदंभको निरारंभो लघ्वाहारो जितेंद्रियः । विमुक्तसर्वसंगैर्यः स तीर्थफलमश्नुते

Celui qui est sans hypocrisie, sans mise en scène intéressée, qui mange avec légèreté, maîtrise ses sens et se libère de tout attachement : celui-là reçoit le plein fruit des tīrthas.

Verse 52

अकोपनोऽमलमतिः सत्यवादी दृढव्रतः । आत्मोपमश्च भूतेषु सतीर्थफलमश्नुते । तीर्थान्यनुसरन्धीरः श्रद्दधानः समाहितः । कृतपापो विशुद्ध्येत किं पुनः शुद्धकर्मकृत्

Celui qui est sans colère, à l’esprit sans tache, véridique, ferme dans ses vœux et qui voit tous les êtres comme lui-même, obtient le vrai fruit des tīrthas. Le pèlerin résolu qui suit les lieux saints avec foi et esprit recueilli—même s’il a commis des fautes, il se purifie ; combien plus celui dont les actes sont déjà purs !

Verse 53

तिर्यग्योनि न वै गच्छेत्कुदेशे नैव जायते । न दुःखी स्यात्स्वर्गभाक्च मोक्षोपायं च विंदति

Il ne tombe pas dans une naissance animale, ne naît pas en contrée misérable ; il ne devient pas malheureux : il obtient le ciel et découvre aussi la voie de la libération (mokṣa).

Verse 54

अश्रद्दधानः पापात्मा नास्तिकोऽच्छिन्नसंशयः । हेतुनिष्ठश्च पंचैते न तीर्थफलभागिनः

L’incrédule, l’âme portée au péché, le négateur, celui dont les doutes ne s’éteignent pas, et celui qui ne s’attache qu’à la dispute et au raisonnement : ces cinq-là ne partagent pas le fruit des tīrthas.

Verse 55

तीर्थानि च यथोक्तेन विधिना संचरंति ये । सर्वद्वंद्वसहा धीरास्ते नराः स्वर्गभागिनः

Ceux qui parcourent les tīrthas sacrés selon la règle prescrite, fermes et endurants face à toutes les dualités, ces hommes deviennent participants du ciel.

Verse 56

तीर्थयात्रां चिकीर्षुः प्राग्विधायोपोषणं गृहे । गणेशं च पितॄन्विप्रान्साधूञ्छक्त्या प्रपूज्य च

Celui qui veut entreprendre un pèlerinage aux tīrthas doit d’abord observer le jeûne chez lui; puis, selon ses moyens, vénérer Gaṇeśa, les Pitṛs, les brāhmaṇas et les sādhus.

Verse 57

कृतपारणको हृष्टो गच्छेन्नियमधृक्पुनः । आगत्याभ्यर्च्य पितॄन्यथोक्तफलभाग्भवेत्

Après avoir accompli le jeûne et sa rupture conforme, joyeux et observant la discipline, qu’il se mette en route. De retour, après avoir honoré les ancêtres, il reçoit les fruits proclamés par les Écritures.

Verse 58

न परीक्ष्यो द्विजस्तीर्थेष्वन्नार्थी भोज्य एव च । सक्तुभिः पिंडदानं च चरुणा पायसेन च

Dans un tīrtha, un brāhmaṇa en quête de nourriture ne doit pas être éprouvé ni scruté; il doit être nourri. Et l’offrande de piṇḍa peut se faire avec saktu (farine d’orge), avec caru et avec pāyasa.

Verse 59

कर्तव्यमृषिभिर्दृष्टं पिण्याकेन गुडेन च । श्राद्धं तत्र प्रकर्तव्यमर्घ्यावाहनवर्जितम्

Ainsi que l’ont vu et approuvé les ṛṣis, il convient d’accomplir l’offrande même avec piṇyāka (tourteau) et avec guḍa (sucre brut). Dans ce tīrtha, le śrāddha doit être accompli en omettant l’arghya et l’invocation formelle (āvāhana).

Verse 60

अकालेप्यथवा काले तीर्थे श्राद्धं च तर्पणम् । अविलंबेन कर्तव्यं नैव विघ्नं समाचरेत्

Qu’il soit hors du temps ou au temps prescrit, dans un tīrtha il faut accomplir sans délai le śrāddha et le tarpaṇa ; qu’on ne suscite ni n’invite aucun empêchement.

Verse 61

तीर्थं प्राप्य प्रसंगेन स्नानं तीर्थे समाचरेत् । स्नानजं फलमाप्नोति तीर्थयात्राश्रितं स च

Même si l’on parvient à un gué sacré par simple occasion, qu’on accomplisse néanmoins le bain dans ce tīrtha. On obtient le mérite né de ce bain saint, ainsi que celui attaché au pèlerinage entrepris.

Verse 62

नृणां पापकृतां तीर्थे पापस्य शमनं भवेत् । यथोक्तं फलदं तीर्थं भवेच्छ्रद्धात्मनां नृणाम्

Pour les hommes qui ont commis des fautes, un tīrtha devient le lieu où le péché s’apaise. Et le tīrtha accorde les fruits proclamés, surtout à ceux dont le cœur est rempli de foi.

Verse 63

षोडशांशं स लभते यः पराथं च गच्छति । अर्धं तीर्थफलं तस्य यः प्रसंगेन गच्छति

Celui qui se rend à un tīrtha pour le compte d’autrui n’obtient qu’un seizième de la pleine grâce. Mais celui qui s’y rend par simple occasion reçoit la moitié du fruit du tīrtha.

Verse 64

कुश प्रतिकृतिं कृत्वा तीर्थवारिणि मज्जयेत् । मज्जयेच्च यमुद्दिश्य सोष्टमांशं लभेत वै

Après avoir façonné une effigie en herbe kuśa, qu’on l’immerge dans les eaux du tīrtha. Si on l’immerge en se souvenant de Yama, on obtient vraiment le huitième de la pleine grâce du tīrtha.

Verse 65

तीर्थोपवासः कर्तव्यः शिरसो मुंडनं तथा । शिरोगतानि पापानि यांति मुंडनतो यतः

Au tīrtha, il convient d’observer le jeûne, et de même de se raser la tête ; car les péchés attachés à la tête s’en vont par l’acte du rasage.

Verse 66

यदह्नि तीर्थप्राप्तिः स्यात्ततोह्नः पूर्ववासरे । उपवासस्तु कर्तव्यः प्राप्ताह्नि श्राद्धदो भवेत्

La veille du jour où l’on doit atteindre le tīrtha, il faut observer le jeûne. Le jour de l’arrivée, il convient d’accomplir le śrāddha et les offrandes aux défunts.

Verse 67

तीर्थप्रसंगात्तीर्थांगमप्युक्तं त्वत्पुरोमया । स्वर्गसाधनमेवैतन्मोक्षोपायश्च वै भवेत्

Profitant de l’occasion de parler des tīrthas, j’ai aussi décrit devant toi les observances annexes du pèlerinage. Cela devient certes un moyen d’atteindre le ciel, et aussi une véritable voie vers la délivrance (mokṣa).

Verse 68

काशीकांती च मायाख्या त्वयोध्याद्वारवत्यपि । मथुरावंतिका चैताः सप्त पुर्योत्र मोक्षदाः

Kāśī, Kāñcī, Māyā (Haridvāra), Ayodhyā, Dvāravatī, Mathurā et Avantikā : telles sont ici les sept cités sacrées qui accordent la délivrance (mokṣa).

Verse 69

श्रीशैलो मोक्षदः सर्वः केदारोपि ततोऽधिकः । श्रीशैलाच्चापि केदारात्प्रयागं मोक्षदं परम्

Śrīśaila est entièrement dispensateur de délivrance ; Kedāra est encore plus grand que cela. Et plus élevé encore que Śrīśaila et Kedāra se tient Prayāga, le suprême donateur de libération.

Verse 70

प्रयागादपि तीर्थाग्र्यादविमुक्तं विशिष्यते । यथाविमुक्ते निर्वाणं न तथाक्वाप्यसंशयम्

Même au-delà de Prayāga, le plus éminent des tīrtha, Avimukta est plus sublime. Car, comme à Avimukta se réalise le nirvāṇa, nulle part ailleurs il n’en est ainsi ; de cela, point de doute.

Verse 73

अन्यानि मुक्तिक्षेत्राणि काशीप्राप्तिकराणि च । काशीं ध्यायमिमं श्रुत्वा नरो नियतमानसः । श्रावयित्वा द्विजांश्चापि श्रद्धाभक्तिसमन्वितान्

D’autres kṣetra de délivrance deviennent eux aussi des causes d’accès à Kāśī. L’homme au mental maîtrisé, méditant sur Kāśī, après avoir entendu ce récit et l’avoir fait entendre à des brāhmaṇa pleins de foi et de bhakti, acquiert le mérite qui mène à Kāśī et à la libération.

Verse 74

क्षत्रियान्धर्मनिरतान्वैश्यान्सन्मार्गवर्तिनः । शूद्रान्द्विजेषु भक्तांश्च निष्पापो जायते द्विजः

Lorsque les Kṣatriya voués au dharma, les Vaiśya qui suivent la bonne voie et les Śūdra dévoués aux deux-fois-nés s’y engagent (par l’écoute et la pratique), le deux-fois-né devient sans péché.