Adhyaya 5
Vayaviya SamhitaPurva BhagaAdhyaya 564 Verses

पशुपाशपतिज्ञान-प्राप्तिः (Acquisition of Paśupati–Pāśa Knowledge)

À Naimiṣāraṇya, Sūta présente la demande solennelle des sages à Vāyu : comment il obtint la connaissance accessible à Īśvara et comment naquit en lui la disposition śaiva. Vāyu répond en situant l’enseignement dans le cycle cosmique du kalpa Śvetalohita : Brahmā, désireux de créer, accomplit un tapas intense. Satisfait, le Père suprême, Maheśvara, se manifeste sous une forme divine juvénile (kaumāra), associée à l’épithète « Śveta », et accorde à Brahmā le darśana direct ainsi que la connaissance la plus haute, avec la Gāyatrī. Fort de cette révélation, Brahmā devient apte à créer les êtres mobiles et immobiles. Vāyu explique ensuite sa propre réception : ce que Brahmā entendit comme « amṛta » de Parameśvara, Vāyu l’obtint de la bouche de Brahmā grâce à son propre tapas. Les sages demandent la nature précise de cette connaissance auspicious qui, adoptée fermement, donne l’accomplissement suprême ; Vāyu l’identifie comme Paśupāśapati-jñāna et prescrit une fidélité inébranlable (parā niṣṭhā) à ceux qui recherchent le vrai bien.

Shlokas

Verse 1

सूत उवाच । तत्र पूर्वं महाभागा नैमिषारण्यवासिनः । प्रणिपत्य यथान्यायं पप्रच्छुः पवनं प्रभुम्

Sūta dit : Alors, les sages très fortunés qui demeuraient à Naimiṣāraṇya se prosternèrent d’abord selon le rite prescrit, puis interrogèrent le Seigneur Pavana (Vāyu), le Souverain.

Verse 2

नैमिषीया ऊचुः । भवान् कथमनुप्राप्तो ज्ञानमीश्वरगोचरम् । कथं च शिवभावस्ते ब्रह्मणो ऽव्यक्तजन्मनः

Les sages de Naimiṣāraṇya dirent : «Comment as-tu atteint cette connaissance dont le domaine est le Seigneur Lui-même ? Et comment as-tu acquis la nature de Śiva, toi qui es Brahmā, né de l’Inmanifesté ?»

Verse 3

वायुरुवाच । एकोनविंशतिः कल्पो विज्ञेयः श्वेतलोहितः । तस्मिन्कल्पे चतुर्वक्त्रस्स्रष्टुकामो ऽतपत्तपः

Vāyu dit : «Sachez que le dix-neuvième éon est appelé Śveta-Lohita. En ce Kalpa, le Quatre-Visages (Brahmā), désireux d’engendrer la création, accomplit l’austérité.»

Verse 4

तपसा तेन तीव्रेण तुष्टस्तस्य पिता स्वयम् । दिव्यं कौमारमास्थाय रूपं रूपवतां वरः

Satisfait par cette austérité intense, son Père Lui-même en fut comblé. Le Suprême parmi tous ceux qui ont forme prit une éclatante apparence juvénile et se manifesta devant lui.

Verse 5

श्वेतो नाम मुनिर्भूत्वा दिव्यां वाचमुदीरयन् । दर्शनं प्रददौ तस्मै देवदेवो महेश्वरः

Ayant pris la forme du sage nommé Śveta et proférant une parole divine, Mahādeva—Maheśvara, le Dieu des dieux—lui accorda le darśana, la vision directe de Sa présence.

Verse 6

तं दृष्ट्वा पितरं ब्रह्मा ब्रह्मणो ऽधिपतिं पतिम् । प्रणम्य परमज्ञानं गायत्र्या सह लब्धवान्

Voyant le Père—Śiva, Seigneur et Maître même de Brahmā—Brahmā se prosterna avec révérence et obtint ainsi la connaissance suprême, avec le mantra Gāyatrī.

Verse 7

ततस्स लब्धविज्ञानो विश्वकर्मा चतुर्मुखः । असृजत्सर्वभूतानि स्थावराणि चराणि च

Alors Brahmā aux quatre visages—Viśvakarmā—ayant obtenu la connaissance véritable, créa tous les êtres, tant les immobiles que les mobiles.

Verse 8

यतश्श्रुत्वामृतं लब्धं ब्रह्मणा परमेश्वरात् । ततस्तद्वदनादेव मया लब्धं तपोबलात्

Brahmā obtint l’amṛta, le nectar de la sagesse immortelle, en l’entendant de Parameśvara (Śiva). Ensuite, de la bouche même de Brahmā, je reçus à mon tour ce même nectar, par la puissance née de l’austérité.

Verse 9

मुनय ऊचुः । किं तज्ज्ञानं त्वया लब्धं तथ्यात्तथ्यंतरं शुभम् । यत्र कृत्वा परां निष्ठां पुरुषस्सुखमृच्छति

Les sages dirent : «Quel est ce savoir de bon augure que tu as obtenu—véridique selon le Réel et au-delà du simple fait mondain—par lequel, en établissant la suprême constance (en Śiva), l’homme parvient à la paix véritable ?»

Verse 10

वयुरुवाच । पशुपाशपतिज्ञानं यल्लब्धं तु मया पुरा । तत्र निष्ठा परा कार्या पुरुषेण सुखार्थिना

Vāyu dit : «Le savoir concernant paśu (l’âme liée), pāśa (le lien) et pati (le Seigneur) que j’ai obtenu jadis—celui qui recherche le vrai bien doit y établir la suprême constance, une dévotion et une stabilité inébranlables.»

Verse 11

अज्ञानप्रभवं दुःखं ज्ञानेनैव निवर्तते । ज्ञानं वस्तुपरिच्छेदो वस्तु च द्विविधं स्मृतम्

La souffrance naît de l’ignorance, et elle ne se dissipe que par la connaissance véritable. La connaissance est le discernement net du réel ; et le réel, dans cet enseignement, est rappelé comme étant de deux sortes.

Verse 12

अजडं च जडं चैव नियंतृ च तयोरपि । पशुः पाशः पतिश्चेति कथ्यते तत्त्रयं क्रमात्

L’âme consciente (non inerte), le principe inerte, et le Maître qui gouverne les deux : ces trois réalités sont enseignées, dans l’ordre, comme Paśu (l’âme liée), Pāśa (le lien) et Pati (le Seigneur).

Verse 13

अक्षरं च क्षरं चैव क्षराक्षरपरं तथा । तदेतत्त्रितयं भूम्ना कथ्यते तत्त्ववेदिभिः

L’Immuable (akṣara) et le périssable (kṣara), et aussi Cela qui dépasse à la fois le périssable et l’immuable : cette triade, dans sa vaste grandeur, est déclarée par les connaisseurs de la Vérité.

Verse 14

अक्षरं पशुरित्युक्तः क्षरं पाश उदाहृतः । क्षराक्षरपरं यत्तत्पतिरित्यभिधीयते

L’Immuable est nommé Paśu (l’âme individuelle) ; le périssable est déclaré Pāśa (le lien). La Réalité suprême qui transcende les deux est dite Pati : le Seigneur, Śiva.

Verse 15

मुनय ऊचुः । किं तदक्षरमित्युक्तं किं च क्षरमुदाहृतम् । तयोश्च परमं किं वा तदेतद्ब्रूहि मारुत

Les sages dirent : «Qu’est-ce qui est déclaré immuable (akṣara) et qu’est-ce qui est dit périssable (kṣara) ? Et quel est le Suprême au-delà des deux ? Ô Māruta, dis-le-nous clairement.»

Verse 16

वायुरुवाच । प्रकृतिः क्षरमित्युक्तं पुरुषो ऽक्षर उच्यते । ताविमौ प्रेरयत्यन्यस्स परा परमेश्वरः

Vāyu dit : «Prakṛti est déclarée périssable (kṣara), et Puruṣa est dit immuable (akṣara). Pourtant, il est un Autre qui les meut et les gouverne tous deux : Il est le Suprême, Parameśvara, le Seigneur transcendant».

Verse 17

मुनय ऊचुः । कैषा प्रकृतिरित्युक्ता क एष पुरुषो मतः । अनयोः केन सम्बन्धः कोयं प्रेरक ईश्वरः

Les sages dirent : «Qu’est-ce donc que l’on nomme Prakṛti ? Et qui est tenu pour ce Puruṣa ? Par quoi s’établit le lien entre ces deux ? Et qui est ce Seigneur qui impulse, l’Īśvara ?»

Verse 18

वायुरुवाच । माया प्रकृतिरुद्दिष्टा पुरुषो मायया वृतः । संबन्धो मूलकर्मभ्यां शिवः प्रेरक ईश्वरः

Vāyu dit : «Māyā est proclamée Prakṛti, et le Puruṣa individuel est voilé par cette māyā. L’asservissement vient des actes racines (mūla-karmas) ; pourtant Śiva est l’Īśvara qui impulse, présidant comme le moteur intérieur.»

Verse 19

मुनय ऊचुः । केयं माया समा ख्याता किंरूपो मायया वृतः । मूलं कीदृक्कुतो वास्य किं शिवत्वं कुतश्शिवः

Les sages dirent : «Qu’est donc cette Māyā dont on parle ? Quelle est sa nature, et qui est celui qu’elle enveloppe ? Quelle en est la racine, de quelle sorte est-elle, et d’où surgit-elle ? Et qu’est-ce que la “śivatva”, la condition de Śiva, et d’où Śiva est-il connu et réalisé ?»

Verse 20

वायुरुवाच । माया माहेश्वरी शक्तिश्चिद्रूपो मायया वृतः । मलश्चिच्छादको नैजो विशुद्धिश्शिवता स्वतः

Vāyu dit : «Māyā est la puissance du Seigneur, la śakti māheśvarī. Le Soi est de nature de conscience (chid-rūpa), mais il est voilé par Māyā. Le mala, impureté innée, est ce qui recouvre la conscience ; cependant la pureté est la Śivatā elle-même, l’état de Śiva, par nature.»

Verse 21

मुनय ऊचुः । आवृणोति कथं माया व्यापिनं केन हेतुना । किमर्थं चावृतिः पुंसः केन वा विनिवर्तते

Les sages dirent : «Comment Māyā voile-t-elle la Réalité qui pénètre tout, et pour quelle cause ? Dans quel but ce voile s’élève-t-il pour l’homme, et par quel moyen cette couverture est-elle ôtée ?»

Verse 22

वायुरुवाच । आवृतिर्व्यपिनो ऽपि स्याद्व्यापि यस्मात्कलाद्यपि । हेतुः कर्मैव भोगार्थं निवर्तेत मलक्षयात्

Vāyu dit : Même pour Celui qui pénètre tout, il peut y avoir un voile (une limitation), car la puissance d’enveloppement—à commencer par Kalā et le reste—se répand elle aussi. Pour l’expérience jouissive (bhoga), le karma lui-même devient la cause ; et lorsque l’impureté (mala) décroît, ce karma cesse de lier.

Verse 23

मुनय ऊचुः । कलादि कथ्यते किं तत्कर्म वा किमुदाहृतम् । तत्किमादि किमन्तं वा किं फलं वा किमाश्रयम्

Les sages dirent : «Qu’est-ce donc que l’on appelle “Kalā” et le reste ? Est-ce une action (karma), ou qu’est-ce qui en est déclaré ? Quel en est le commencement et quelle en est la fin ? Quel en est le fruit, et sur quel support cela repose-t-il ?»

Verse 24

कस्य भोगेन किं भोग्यं किं वा तद्भोगसाधनम् । मलक्षयस्य को हेतुः कीदृक्क्षीणमलः पुमान्

Par l’expérience de qui advient la jouissance—qu’est-ce donc qui est réellement goûté, et quels sont les moyens par lesquels cette jouissance s’accomplit ? Quelle est la cause de la destruction de l’impureté (mala), et à quoi ressemble l’homme lorsque son impureté est épuisée ?

Verse 25

वायुरुवाच । कला विद्या च रागश्च कालो नियतिरेव च । कलादयस्समाख्याता यो भोक्ता पुरुषो भवेत्

Vāyu dit : «Kalā (pouvoir d’agir limité), Vidyā (connaissance limitée), Rāga (attachement), Kāla (le temps) et Niyati (nécessité/contrainte) — voilà ce qu’on nomme collectivement “kalā et le reste”. Celui qui en fait l’expérience comme jouisseur est le puruṣa (le soi individuel).»

Verse 26

पुण्यपापात्मकं कर्म सुखदुःखफलं तु यत् । अनादिमलभोगान्तमज्ञानात्मसमाश्रयम्

L’acte fait de mérite et de démérite, dont le fruit est joie et peine, qui commence dans l’impureté sans commencement et s’achève dans la simple jouissance de l’expérience, et qui s’appuie sur le Soi sous la forme de l’ignorance—tel est le karma qui enchaîne l’âme.

Verse 27

भोगः कर्मविनाशाय भोगमव्यक्तमुच्यते । बाह्यांतःकरणद्वारं शरीरं भोगसाधनम्

Le bhoga (l’expérience) a pour fin d’user le karma ; c’est pourquoi l’on dit que le bhoga est « avyakta » (non manifesté, subtil à sa racine). Le corps, porte des sens extérieurs et de l’instrument intérieur (le mental), est le moyen par lequel l’expérience est subie.

Verse 28

भावातिशयलब्धेन प्रसादेन मलक्षयः । क्षीणे चात्ममले तस्मिन् पुमाञ्च्छिवसमो भवेत्

Par la grâce (prasāda) acquise grâce à l’élévation intense de la dévotion, les impuretés (mala) s’épuisent. Et lorsque cette souillure intérieure est détruite, l’âme incarnée devient égale à Śiva par nature (pureté et liberté), sans toutefois être identique à Lui dans la seigneurie.

Verse 29

मुनय ऊचुः । कलादिपञ्चतत्त्वानां किं कर्म पृथगुच्यते । भोक्तेति पुरुषश्चेति येनात्मा व्यपदिश्यते

Les sages dirent : «Pour les cinq principes commençant par Kalā, quelle fonction distincte leur est attribuée ? Et pour quelle raison le Soi est-il désigné comme “le jouisseur” et comme “Puruṣa” ?»

Verse 30

किमात्मकं तदव्यक्तं केनाकारेण भुज्यते । किं तस्य शरणं भुक्तौ शरीरं च किमुच्यते

«Quelle est la nature de cet Avyakta (le Non-manifesté) ? Sous quelle forme est-il éprouvé ? Lorsqu’il est goûté/expérimenté, quel est son refuge ? Et qu’est-ce donc, en vérité, que l’on appelle “le corps” ?»

Verse 31

वायुरुवाच । दिक्क्रियाव्यंजका विद्या कालो रागः प्रवर्तकः । कालो ऽवच्छेदकस्तत्र नियतिस्तु नियामिका

Vāyu dit : «Vidyā (la connaissance limitée) est ce qui rend manifestes les directions et les puissances d’agir. Kāla (le Temps) est la force qui pousse, sous la forme de rāga (l’attachement). Là, le Temps agit comme limite, et niyati (l’ordre cosmique) est la régulatrice.»

Verse 32

अव्यक्तं कारणं यत्तत्त्रिगुणं प्रभवाप्ययम् । प्रधानं प्रकृतिश्चेति यदाहुस्तत्त्वचिंतकाः

Ce principe causal non manifesté—fait des trois guṇa, source de l’émanation et de la résorption du monde—est ce que les contemplateurs du réel nomment « Pradhāna », et aussi « Prakṛti ».

Verse 33

कलातस्तदभिव्यक्तमनभिव्यक्तलक्षणम् । सुखदुःखविमोहात्मा भुज्यते गुणवांस्त्रिधा

De la kalā du (Seigneur)—sa manifestation limitée—naît ce qui devient manifeste, tout en gardant la marque de l’inmanifesté. Pourvu des guṇa, l’être incarné éprouve triple expérience : joie, peine et égarement.

Verse 34

सत्त्वं रजस्तम इति गुणाः प्रकृतिसंभवाः । प्रकृतौ सूक्ष्मरूपेण तिले तैलमिव स्थिताः

Sattva, rajas et tamas : tels sont les guṇa nés de Prakṛti. Ils demeurent en Prakṛti sous une forme subtile, comme l’huile demeure dans la graine de sésame.

Verse 35

सुखं च सुखहेतुश्च समासात्सात्त्विकं स्मृतम् । राजसं तद्विपर्यासात्स्तंभमोहौ तु तामसौ

Le bonheur et ce qui devient cause du bonheur sont, en bref, tenus pour sāttvika. De leur contraire naît le rājasa ; tandis que la torpeur figée et l’illusion (moha) sont, en vérité, tāmasa.

Verse 36

सात्त्विक्यूर्ध्वगतिः प्रोक्ता तामसी स्यादधोगतिः । मध्यमा तु गतिर्या सा राजसी परिपठ्यते

La voie ascendante est proclamée sāttvika ; la voie descendante est dite tāmasika. Quant à la voie médiane, elle est récitée comme rājasika.

Verse 37

तन्मात्रापञ्चकं चैव भूतपञ्चकमेव च । ज्ञानेंद्रियाणि पञ्चैक्यं पञ्च कर्मेन्द्रियाणि च

En vérité, il y a les cinq tanmātras (éléments subtils) et les cinq bhūtas (éléments grossiers) ; de même, l’ensemble des cinq organes de connaissance et les cinq organes d’action. Tout cela forme le champ d’expérience de l’être incarné, lié par le pāśa ; et au-dessus de cela, Śiva, le Pati, est le Seigneur suprême.

Verse 38

प्रधानबुद्ध्यहंकारमनांसि च चतुष्टयम् । समासादेवमव्यक्तं सविकारमुदाहृतम्

Pradhāna (la nature primordiale), Buddhi (l’intellect), Ahaṃkāra (le principe du « moi ») et Manas (le mental) : cet ensemble de quatre, pris en résumé, est nommé Avyakta (l’inmanifesté) pourvu de modifications (vikāra).

Verse 39

तत्कारणदशापन्नमव्यक्तमिति कथ्यते । व्यक्तं कार्यदशापन्नं शरीरादिघटादिवत्

Ce qui est entré dans l’état de cause est appelé l’Inmanifesté (avyakta). Ce qui est entré dans l’état d’effet est appelé le Manifesté (vyakta) — tel le corps, le vase, et autres semblables.

Verse 40

यथा घटादिकं कार्यं मृदादेर्नातिभिद्यते । शरीरादि तथा व्यक्तमव्यक्तान्नातिभिद्यते

De même qu’un effet tel qu’un vase n’est pas réellement séparé de l’argile et autres (sa cause matérielle), de même le manifesté—à commencer par le corps—n’est pas réellement séparé de l’inmanifesté.

Verse 41

तस्मादव्यक्तमेवैक्यकारणं करणानि च । शरीरं च तदाधारं तद्भोग्यं चापि नेतरत्

Ainsi, l’Inmanifesté (avyakta) seul est la cause de l’unité; et les facultés des sens, le corps qui leur sert de support, et même les objets de l’expérience, tout dépend de Cela — il n’est rien en dehors de Cela.

Verse 42

मुनय ऊचुः । बुद्धीन्द्रियशरीरेभ्यो व्यतिरेकस्य कस्यचित् । आत्मशब्दाभिधेयस्य वस्तुतो ऽपि कुतः स्थितिः

Les sages dirent : «S’il existe quelque réalité véritablement distincte de l’intellect, des sens et du corps, quel fondement réel peut-il y avoir à l’existence de ce que l’on désigne par le mot “Ātman” ?»

Verse 43

वायुरुवाच । बुद्धीन्द्रियशरीरेभ्यो व्यतिरेको विभोर्ध्रुवम् । अस्त्येव कश्चिदात्मेति हेतुस्तत्र सुदुर्गमः

Vāyu dit : «La distinction absolue du Seigneur d’avec l’intellect, les sens et le corps est assurément certaine. Mais le raisonnement subtil par lequel on établit : “Il existe vraiment un Soi intérieur”, est extrêmement difficile à saisir.»

Verse 44

बुद्धीन्द्रियशरीराणां नात्मता सद्भिरिष्यते । स्मृतेरनियतज्ञानादयावद्देहवेदनात्

Les sages ne tiennent ni l’intellect, ni les sens, ni le corps pour le Soi; car la mémoire et ce qui s’y apparente ont une connaissance inconstante, et l’expérience du corps n’est limitée qu’à la mesure où le corps est ressenti.

Verse 45

अतः स्मर्तानुभूतानामशेषज्ञेयगोचरः । अन्तर्यामीति वेदेषु वेदांतेषु च गीयते

Ainsi, pour ceux qui se souviennent de Lui et Le réalisent directement, Il devient le domaine de tout ce qui peut être connu—pénétrant tout et accessible comme le témoin intérieur. C’est pourquoi, dans les Veda et le Vedānta, on Le célèbre comme l’Antaryāmin, le Seigneur demeurant au-dedans.

Verse 46

सर्वं तत्र स सर्वत्र व्याप्य तिष्ठति शाश्वतः । तथापि क्वापि केनापि व्यक्तमेष न दृश्यते

Là, Il est le Tout même; en vérité, Il demeure éternellement, pénétrant tout, partout. Et pourtant, nul, en aucun lieu, ne Le voit comme une manifestation extérieure.

Verse 47

नैवायं चक्षुषा ग्राह्यो नापरैरिन्द्रियैरपि । मनसैव प्रदीप्तेन महानात्मावसीयते १

Ce Suprême Grand Soi (le Seigneur) n’est pas saisi par l’œil, ni même par les autres sens. Il n’est discerné avec certitude que par l’esprit embrasé—rendu lumineux par la discipline intérieure et la dévotion.

Verse 48

न च स्त्री न पुमानेष नैव चापि नपुंसकः । नैवोर्ध्वं नापि तिर्यक्नाधस्तान्न कुतश्चन

Il n’est ni femme, ni homme, ni même de nature neutre. Il n’est ni en haut, ni de côté, ni en bas—et ne se trouve d’aucune direction que ce soit.

Verse 49

अशरीरं शरीरेषु चलेषु स्थाणुमव्ययम् । सदा पश्यति तं धीरो नरः प्रत्यवमर्शनात्

Par la contemplation intérieure, le sage inébranlable Le perçoit sans cesse : le Seigneur Śiva sans corps demeurant au sein des êtres incarnés, la Réalité immobile au milieu de tout ce qui se meut, l’Imperissable.

Verse 50

किमत्र बहुनोक्तेन पुरुषो देहतः पृथक् । अपृथग्ये तु पश्यंति ह्यसम्यक्तेषु दर्शनम्

À quoi bon tant de paroles ici ? Le puruṣa, le Soi conscient, est distinct du corps. Mais ceux qui ne voient aucune distinction—dont la vision est vacillante et fausse—demeurent dans une compréhension erronée.

Verse 51

यच्छरीरमिदं प्रोक्तं पुरुषस्य ततः परम् । अशुद्धमवशं दुःखमध्रुवं न च विद्यते

Ce corps, que l’on dit appartenir au puruṣa, est en vérité autre que le Soi. Il est impur, impuissant sous les liens, demeure de la souffrance et impermanent : il n’a aucune stabilité.

Verse 52

विपदां वीजभूतेन पुरुषस्तेन संयुतः । सुखी दुःखी च मूढश्च भवति स्वेन कर्मणा

Lié à cette semence qui devient source des malheurs, l’âme incarnée—par son propre karma—devient tantôt heureuse, tantôt souffrante, et aussi égarée dans l’ignorance.

Verse 53

अद्भिराप्लवितं क्षेत्रं जनयत्यंकुरं यथा । आज्ञानात्प्लावितं कर्म देहं जनयते तथा

De même qu’un champ, inondé d’eau, fait naître une pousse, ainsi le karma, submergé par l’ignorance, engendre l’incarnation : un nouveau corps.

Verse 54

अत्यंतमसुखावासास्स्मृताश्चैकांतमृत्यवः । अनागता अतीताश्च तनवो ऽस्य सहस्रशः

On se souvient d’eux comme demeurant dans une détresse extrême et voués à une mort inévitable. D’innombrables corps des siens—certains à venir, d’autres déjà passés—existent par milliers.

Verse 55

आगत्यागत्य शीर्णेषु शरीरेषु शरीरिणः । अत्यंतवसतिः क्वापि न केनापि च लभ्यते

Sans cesse, l’âme incarnée vient et s’en va parmi des corps qui se délitent. Nulle part nul n’obtient une demeure parfaitement permanente—à moins de prendre refuge en Śiva, le Seigneur suprême, le Pati qui délivre des liens.

Verse 56

छादितश्च वियुक्तश्च शरीरैरेषु लक्ष्यते । चंद्रबिंबवदाकाशे तरलैरभ्रसंचयैः

Dans ces êtres incarnés, le Soi est perçu comme voilé et comme séparé par les corps, tel le disque de la lune dans le ciel, tantôt caché, tantôt dévoilé par des amas de nuages mouvants.

Verse 57

अनेकदेहभेदेन भिन्ना वृत्तिरिहात्मनः । अष्टापदपरिक्षेपे ह्यक्षमुद्रेव लक्ष्यते

Ici, l’activité de l’âme paraît morcelée du fait des différences entre de nombreux corps; comme, sur le plateau aux huit cases, une seule marque de dé se voit apparaître de multiples façons.

Verse 58

नैवास्य भविता कश्चिन्नासौ भवति कस्यचित् । पथि संगम एवायं दारैः पुत्रैश्च बंधुभिः

Nul ne lui appartient en vérité, et lui-même n’appartient en vérité à personne. Avec l’épouse, les enfants et les proches, ce n’est qu’une rencontre sur la route—une compagnie fortuite au cours du voyage du saṁsāra.

Verse 59

यथा काष्ठं च काष्ठं च समेयातां महोदधौ । समेत्य च व्यपेयातां तद्वद्भूतसमागमः

De même qu’un morceau de bois et un autre peuvent dériver ensemble sur l’immense océan et, après s’être rencontrés, se séparer de nouveau—ainsi en est-il de la rencontre des êtres incarnés : une conjonction passagère, soumise aux liens et au karma, non une union éternelle.

Verse 60

स पश्यति शरीरं तच्छरीरं तन्न पश्यति । तौ पश्यति परः कश्चित्तावुभौ तं न पश्यतः

Il voit le corps, mais ce corps même ne le voit pas. Pourtant, un Autre, plus élevé, voit l’un et l’autre—tandis que ces deux-là, le connaissant et le corps connu, ne voient pas Celui-là (le Voyant suprême).

Verse 61

ब्रह्माद्याः स्थावरांतश्च पशवः परिकीर्तिताः । पशूनामेव सर्वेषां प्रोक्तमेतन्निदर्शनम्

De Brahmā jusqu’aux êtres immobiles, tous sont déclarés paśu, des âmes liées. Ceci est énoncé comme illustration au sujet de tous les paśu—montrant que tout être incarné, du plus élevé au plus humble, demeure enchaîné sans la grâce libératrice de Pati (le Seigneur Śiva).

Verse 62

स एष बध्यते पाशैः सुखदुःखाशनः पशुः । लीलासाधनभूतो य ईश्वरस्येति सूरयः

Cette âme individuelle —le paśu, l’être lié— est entravée par les liens (pāśas) et amenée à goûter, comme si elle les mangeait, la joie et la peine. Les sages déclarent qu’une telle âme devient l’instrument du līlā, le jeu divin du Seigneur Īśvara.

Verse 63

अज्ञो जंतुरनीशो ऽयमात्मनस्सुखदुःखयोः । ईश्वरप्रेरितो गच्छेत्स्वर्गं वा श्वभ्रमेव वा

Cet être incarné est ignorant et n’est pas maître de sa propre joie et de sa propre peine. Poussé par l’impulsion du Seigneur Īśvara, il va—soit au ciel, soit vers un état misérable, tel un gouffre.

Verse 64

सूत उवाच । इत्याकर्ण्यानिलवचो मुनयः प्रीतमानसाः । प्रोचुः प्रणम्य तं वायुं शैवागमविचक्षणम्

Sūta dit : Ayant ainsi entendu les paroles de Vāyu, les sages, le cœur réjoui, se prosternèrent devant ce Vāyu, expert des Āgamas śaiva, puis ils prirent la parole.

Frequently Asked Questions

Brahmā’s intense tapas in the Śvetalohita kalpa leads to Maheśvara’s direct appearance (kaumāra form), granting darśana and supreme knowledge (with Gāyatrī), enabling creation.

It is Paśupāśapati-jñāna—Śaiva knowledge that frames liberation through understanding the Lord (Paśupati) and bondage (pāśa), requiring parā niṣṭhā for transformative realization.

Śiva is emphasized as Devadeva/Maheśvara/Parameśvara, appearing in a divine youthful (kaumāra) form and associated with the ‘Śveta’ motif in the narrative context.