Adhyaya 23
Mahesvara KhandaKaumarika KhandaAdhyaya 23

Adhyaya 23

Ce chapitre se déploie sous forme de dialogue, reliant la géographie sacrée à l’éthique de la vie domestique. Nārada évoque la présence enjouée de Śailajā Devī (Pārvatī) parmi des jeunes filles divines et semi-divines, puis raconte comment Indra (Śakra) se souvient de lui et le fait venir au mont Meru. Indra lui demande de favoriser l’union de Śailajā avec Hara (Śiva), la présentant comme l’unique alliance véritablement convenable. Nārada se rend alors à l’Himālaya, est accueilli avec honneur par Himavat, et loue la montagne pour son rôle de soutien des êtres—abri, eaux, ressources pour l’ascèse—unissant ainsi le lieu au dharma. Menā arrive avec pudeur et dévotion, et Pārvatī est présentée comme une jeune fille timide. Nārada bénit Menā de vertus auspiciennes pour le foyer et d’une descendance héroïque. Lorsque Menā interroge sur l’époux futur de Pārvatī, Nārada le décrit d’abord par des signes paradoxaux—non né, « nu », pauvre, farouche—ce qui attriste Himavat et suscite une méditation sur la rareté de la naissance humaine, la difficulté de la vie de maître de maison et l’âpreté du dharma. Enfin, Nārada dissipe le paradoxe : Pārvatī est la Mère cosmique, et l’époux qui lui est destiné est l’éternel Śaṅkara—non né mais toujours présent, « pauvre » mais dispensateur de tout—concluant par une clarification théologique de la transcendance et de l’immanence de Śiva.

Shlokas

Verse 1

नारद उवाच । ततश्च शैलजा देवी चिक्रीड सुभगा तदा । देवगंधर्वकन्याभिर्नगकिंनरसंभवाः । मुनीनां चापि याः कन्यास्ताभिः सार्धं च शोभना

Nārada dit : Alors la bienheureuse Déesse Śailajā (Pārvatī), rayonnante de beauté, s’ébat joyeusement avec les jeunes filles des Devas et des Gandharvas, celles nées parmi les esprits des montagnes et les Kiṃnaras, ainsi qu’avec les filles des sages ; toutes réunies en une compagnie splendide.

Verse 2

कदाचिदथ मेरुस्थो वासवः पांडुनंदन । सस्मारा मां ययौ चाहं संस्मृतो वासवं तदा

Un jour, tandis que Vāsava (Indra) se tenait sur le mont Meru, ô fils de Pāṇḍu, il se souvint de moi ; et moi aussi, ainsi rappelé, j’allai alors auprès de Vāsava.

Verse 3

मां दृष्ट्वा च सहस्राक्षः समुत्थायातिहर्षितः । पूजयामास तां पूजां प्रतिगृह्याहमब्रुवम्

En me voyant, le Mille-Yeux (Indra) se leva, transporté de joie. Il m’offrit son culte ; et moi, après avoir reçu cet hommage, je pris la parole.

Verse 4

महासुर महोन्मादकालानल दिवस्पते । कुशलं विद्यते कच्चिच्च नंदसि

Ô seigneur du jour (Indra), dompteur des grands Asuras, tel un feu du Temps déchaîné au combat : le bien-être règne-t-il ? Et es-tu dans le contentement ?

Verse 5

पृष्टस्त्वेवं मया शक्रः प्रोवाच वचनं स्मयन् । कुशलस्यांकुरस्तावत्संभूतो भुवनत्रये

Ainsi interrogé par moi, Śakra (Indra) répondit en souriant : «En vérité, le premier bourgeon du bien-être s’est levé à travers les trois mondes.»

Verse 6

तत्फलोदयसंपत्तौ तद्भवान्संस्मृतो मुने । वेत्सि सर्वमतं त्वं वै तथापि परिनोदकः

Lorsque s’éleva cette prospérité féconde, ô sage, je me suis souvenu de toi. Tu connais vraiment tous les points de vue ; et pourtant tu questionnes encore pour stimuler et guider.

Verse 7

निर्वृतिं परमां याति निवेद्यार्थं सुहृज्जने

On atteint la satisfaction suprême en confiant son dessein à un cercle d’amis véritables.

Verse 8

तद्भवाञ्छैलजां देवीं शैलंद्रं शैलवल्लभाम् । हरं संभावय वरं यन्नान्यं रोचयंति ते

Ainsi, accorde ta faveur et fais advenir cette union : que Śailajā, la Déesse aimée du Seigneur des Montagnes, choisisse Hara (Śiva) pour époux excellent, car nul autre ne lui plaît.

Verse 9

ततस्तद्वाक्यमाकर्ण्य गतोऽहं शैलसत्तमम् । ओषधिप्रस्थनिलयं साक्षादिव दिवस्पतिम्

Ayant entendu ses paroles, je me rendis vers cette montagne suprême, vers la demeure sur le plateau couvert d’herbes, où le Seigneur du jour semblait se tenir, comme visible à l’œil.

Verse 10

तत्र हैमे स्वयं तेन महाभक्त्या निवेदिते । महासने पूजितोहमुपविष्टो महासुखम्

Là, sur un siège d’or qu’il offrit lui-même avec une grande dévotion, je fus honoré comme il se doit et je m’assis sur le grand trône dans une profonde félicité.

Verse 11

गृहीतार्घ्यं ततो मां च पप्रच्छ श्लक्ष्णया गिरा । कुशलं तपसः शैलः शनैः फुल्लाननांबुजः

Après avoir reçu l’offrande d’arghya, il m’interrogea doucement d’une voix tendre. Cette montagne—inébranlable dans l’ascèse—s’illumina peu à peu, son visage de lotus s’épanouissant de joie.

Verse 12

अहमप्यस्य तत्प्रोच्य प्रत्यवोचं गिरीश्वरम् । त्वया शैलेंद्र पूर्वां वाप्यपरां च दिशं तथा

Après avoir répondu à ses paroles, je m’adressai à mon tour au seigneur des montagnes : «Ô roi des sommets, par toi la direction de l’est—et de même celle de l’ouest—fut dûment servie et soutenue.»

Verse 13

अवगाह्य स्थितवता क्रियते प्राणिपालना । अहो धन्योसि विप्रेंद्राः साहाय्येन तवाचल

Par ceux qui viennent à toi et demeurent sous ton abri, s’accomplit la protection des êtres vivants. Oui, ô montagne, tu es bénie : par ton soutien, même les plus éminents brāhmaṇas sont entretenus.

Verse 14

तपोजपव्रतस्नानौः साध्यंत्यात्मनः परम् । यज्ञांगसाधनैः कांश्चित्कंदादिफलदानतः

Par l’ascèse, la récitation des mantras, les vœux et le bain sacré, les hommes atteignent le bien suprême du Soi. Et en procurant certains moyens qui sont des membres du sacrifice—en offrant racines, fruits et autres—ils acquièrent aussi du mérite.

Verse 15

त्वं समुद्धरसि विप्रान्किमतः प्रोच्यते तव । अन्येऽपि जीव बहुधात्वामुपाश्रित्य भूधर

Tu relèves et soutiens les brāhmaṇas : que dire de plus pour te louer ? En vérité, ô porteur de la terre, bien d’autres êtres vivent aussi de multiples façons en prenant refuge en toi.

Verse 16

मुदिताः प्रतिवर्तंते गृहस्थमिव प्राणिनः । शीतमातपवर्षांश्च क्लेशान्नानाविधान्सहन्

Les êtres reviennent à toi dans la joie, comme s’ils rentraient au foyer d’un maître de maison, endurant maintes épreuves : le froid, la chaleur et les pluies.

Verse 17

उपाकरोषि जंतूनामेवंरूपा हि साधवः । किमतः प्रोच्यते तुभ्यं धन्यस्त्वं पृथिवीधर

Tu viens en aide aux êtres vivants : telle est, en vérité, la nature des justes. Que dire de plus devant toi ? Béni sois-tu, ô montagne qui porte la terre.

Verse 18

कंदरं यस्य चाध्यास्ते स्वयं तव महेश्वरः । इत्युक्तवति वाक्यं च यथार्थं मयिफाल्गुन

«La caverne où demeure Maheśvara lui-même : voilà ta demeure sacrée». Lorsqu’elle parla ainsi, ses paroles se révélèrent vraies en ce qui me concerne, ô Phālguna.

Verse 19

हिमशैलस्य महिषी मेना आगाद्दिदृक्षया । अनुयाता दुहित्रा च स्वल्पाश्च परिचारिकाः

Menā, la reine de l’Himālaya, vint avec le désir de le voir. Elle était accompagnée de sa fille et de quelques servantes seulement.

Verse 20

लज्जयानतसर्वांगी प्रविवेश सदो महत् । ततो मां शैलमहिषी ववंदे प्रणिपत्य सा

Par pudeur, le corps tout incliné, elle entra dans la grande salle d’assemblée. Alors la Reine de la Montagne (Pārvatī) se prosterna et me salua avec vénération.

Verse 21

वस्त्रनिर्गूढवदना पाणिपद्मकृतांजलिः । तामहं सत्यरूपाभिराशीर्भिः समवर्धयम्

Le visage en partie voilé par son vêtement, les mains de lotus jointes en añjali, je la bénis de bénédictions façonnées par la vérité, la fortifiant et l’élevant.

Verse 22

पतिव्रता शुभाचारा सुबगा वीरसूः शुभे । सदा वीरवती चापि भव वंशोन्नतिप्रद

Ô toi l’auspicieuse : sois pativrata, dévouée à ton époux, de conduite noble, fortunée et mère de héros. Sois toujours comblée d’une descendance vaillante et élève la dignité de ta lignée.

Verse 23

ततोऽहं विस्मिताक्षीं च हिमवद्गिरिपुत्रिकाम् । मृदुवाण्या प्रत्यवोचमेहि बाले ममांतिकम्

Alors, voyant la fille de Himavat, les yeux grands ouverts d’émerveillement, je lui parlai d’une voix douce : « Viens, enfant, approche-toi de moi. »

Verse 24

ततो देवी जगन्माता बालबावं स्वकं मयि । दर्शयंती स्वपितरं कंठे गृह्यांकमावि शत्

Alors la Déesse, Mère du monde, manifestant devant moi sa grâce enfantine, prit son père au cou et se blottit sur ses genoux.

Verse 25

उवाच वाचं तां मंदं मुनिं वंदय पुत्रिके । मुनेः प्रसादतोऽवश्यं पतिमाप्स्यसि संमतम्

Il lui dit doucement : « Ma fille, prosterne-toi devant le sage. Par la grâce du muni, tu obtiendras assurément l’époux que tu désires et que tu agrées. »

Verse 26

इत्युक्ता सा ततो बाला वस्त्रांतपि हितानना । किंचित्सहुंकृतोत्कंपं प्रोच्य नोवाच किंचन

Ainsi interpellée, la jeune fille, le visage caché par le pan de son vêtement, émit un léger son tremblant et ne dit rien de plus.

Verse 27

ततो विस्मितचित्तोहमुपचारविदांवरः । प्रत्यवोचं पुनर्देवीमेहि दास्यामि ते शुभे

Alors, l'esprit étonné, moi qui suis expert en courtoisie, je parlai de nouveau à la Déesse : « Viens, ô toi qui es de bon augure ; je te le donnerai. »

Verse 28

रत्नक्रीडनकं रम्यं स्तापितं सुचिरं मया । इत्युक्ता सा तदोत्थाय पितुरंकात्सवेगतः

« J'ai gardé longtemps un ravissant jouet orné de joyaux », lui dis-je. À ces mots, elle se leva aussitôt précipitamment des genoux de son père.

Verse 29

वंदमाना च मे पादौ मया नीतांक मात्मनः । मन्यता तां जगत्पूज्यामुक्तं बाले तवोचितम्

Alors qu'elle s'inclinait à mes pieds, je l'attirai sur mes propres genoux, la considérant digne de l'adoration du monde, et je dis : « Enfant, ceci te convient. »

Verse 30

न तत्पश्यामि यत्तुभ्यं दद्म्याशीः का तवोचिता । इत्युक्ते मातृवात्सल्याच्छैलेन्द्र महिषी तदा

« Je ne vois pas quelle bénédiction je pourrais te donner qui te conviendrait vraiment. » À ces mots, la reine du Seigneur des Montagnes, mue par une tendre affection maternelle, répondit alors.

Verse 31

नोदयामास मां मंदमानशीःशंकिता तदा । भगवन्वेत्सि सर्वं त्वमतीतानागतं प्रभो

Alors, l’esprit hésitant et le doute anxieux, elle me pressa : «Ô Seigneur Bienheureux, tu sais tout — le passé et l’avenir, ô Maître.»

Verse 32

तदहं ज्ञातुमिच्छामि कीदृशोऽस्याः पतिर्भवेत् । श्रुत्वेति सस्मितमुखः प्रावोचं नर्मवल्लभः

«Je désire donc savoir : quel genre d’époux aura-t-elle ?» À ces mots, moi—le visage souriant—je répondis d’un ton enjoué et doux.

Verse 33

न जातोऽस्याः पतिर्भद्रे वर्तते च कुलक्षणः । नग्नोऽतिनिर्धनः क्रोधीवृतः क्रूरैश्च सर्वदा

«Ô douce dame, son époux n’est pas encore né ; et pourtant les signes de la lignée se montrent déjà : il sera nu, d’une extrême pauvreté, prompt à la colère, et toujours entouré de compagnons cruels.»

Verse 34

श्रुत्वेति संभ्रमाविष्टो ध्वस्तवीर्यो हिमाचलः । मां तदा प्रत्युवाचेदं साश्रुकण्ठो महागिरिः

À ces paroles, Himācala fut saisi de trouble ; son courage sembla brisé. Alors la grande montagne, la gorge serrée de larmes, me répondit.

Verse 35

अहो विचित्रः सं सारो दुर्वेद्यो महतामपि । प्रवरस्त्वपि शक्त्या यो नरेषु न कृपायते

«Ah, combien l’existence mondaine est étrange et merveilleuse, difficile à sonder même pour les grands ! Même celui qui est le premier en puissance peut ne point avoir compassion des hommes.»

Verse 36

यत्नेन महता तावत्पुण्यैर्बहुविधैरपि । साधयत्यात्मनो लोको मानुष्य मतिदुर्लभम्

Par un grand effort, et même par de multiples sortes de mérites, les êtres obtiennent pour eux-mêmes l’état humain, si difficile à acquérir.

Verse 37

अध्रुवं तद्ध्रवत्वे च कथंचित्परिकल्प्यते । तत्रापि दुर्लभानाम समानव्रतचारिणी

Ce qui est instable est, d’une manière ou d’une autre, imaginé comme stable. Même là, parmi les acquisitions rares, on trouve une épouse qui ne suit pas les mêmes vœux et disciplines.

Verse 38

साध्वी महाकुलोत्पन्ना भार्याया स्यात्पतिव्रता । तत्रापि दुर्लभं यच्च तया धर्मनिषेवणम्

Une épouse vertueuse, née d’une noble lignée, peut être pativratā, dévouée à son époux ; pourtant, même alors, il est rare qu’elle pratique le dharma avec constance.

Verse 39

सह वेदपुराणोक्तं जगत्त्रयहितावहम् । एतत्सुदुर्लभं यच्च तस्यां चैव प्रजायते

Et de plus, le dharma enseigné dans les Veda et les Purāṇa—salutaire aux trois mondes—est lui aussi d’une extrême rareté : que cette véritable excellence dharmique naisse réellement en elle.

Verse 40

तदपत्यमपत्यार्थं संसारे किल नारद । एतेषां दुर्लभानां हि किंचित्प्राप्नोति पुण्यवान्

Ô Nārada, dans ce cycle de l’existence mondaine, on recherche certes des enfants pour la continuité de la lignée ; mais parmi ces biens rares, seul l’homme de mérite en obtient ne fût-ce qu’une infime part.

Verse 41

सर्वमेतदवाप्नोति स कोपि यदिवा न वा । किंचित्केनापि हि न्यूनं संसारः कुरुते नरम्

Quand bien même quelqu’un obtiendrait tout cela — ou peut-être n’obtiendrait rien — le saṃsāra rend pourtant l’homme déficient en quelque point. Car l’existence mondaine laisse toujours derrière elle un manque.

Verse 42

अथ संसारिको दोषः स्वकृतं यत्र भुज्यते । गार्हस्थ्यं च प्रशंसंति वेदाः सर्वेऽपि नारद

Voici maintenant le défaut propre à la vie mondaine : en elle, l’on doit inévitablement éprouver — en joie ou en peine — le fruit de ses propres actes. Et pourtant, ô Nārada, tous les Veda louent l’état de maître de maison (gārhasthya).

Verse 43

नेति केचित्तत्र पुनः कथं ते यदि नो गृही । अतो धात्रा च शास्त्रेषु सुतलाभः प्रशंसितः

Certains disent alors : « Non, certes. » Mais encore, comment cela serait-il, si cela n’était pas véritablement admis ? C’est pourquoi le Créateur (Dhātṛ) a loué dans les śāstra l’obtention d’une noble descendance comme une bénédiction hautement précieuse.

Verse 44

पुनश्चसृष्टिवृद्ध्यर्थं नरकत्राणनाय च । तत्र स्त्रीणां समुत्पत्तिं विना सृष्टिर्न जायते

Et encore, pour l’accroissement de la création et pour la délivrance de l’enfer, dans cet ordre de l’engendrement, sans l’apparition des femmes, la création ne peut advenir.

Verse 45

सा च जातिप्रकृत्यैव कृपणा दैन्यभागिनी । तासामुपरि मावज्ञा भवेदिति च वेधसा । शास्त्रेषूक्तमसंदिग्धं वाक्यमेतन्महात्फलम्

«Par sa naissance même et par sa condition naturelle, elle est pauvre et partage la part de l’épreuve. C’est pourquoi l’Ordonnateur (Brahmā) a établi qu’il ne doit y avoir aucun mépris envers de telles femmes. Cette parole est enseignée dans les śāstra sans le moindre doute, et elle porte un grand fruit spirituel.»

Verse 46

दशपुत्रसमा कन्या दशपुत्रान्प्रवर्द्धयन् । यत्फलं लभते मर्त्यस्तल्लभ्यं कन्ययैकया

Une seule fille équivaut à dix fils. Le mérite qu’un mortel acquiert en élevant et en nourrissant dix fils, ce même fruit s’obtient en élevant ne fût-ce qu’une seule fille.

Verse 47

तस्मात्कन्या पितुः शोच्या सदा दुःखविवर्धिनी

C’est pourquoi une fille est à plaindre pour son père, car elle est sans cesse cause d’un chagrin qui s’accroît.

Verse 48

यापि स्यात्पूर्णसर्वार्था पतिपुत्रधनान्विता । त्वयोक्तं च कृते ह्यस्यास्तद्वाक्यं मम शोकदम्

Quand bien même elle serait comblée en tout—accomplie dans tous les buts de la vie, pourvue d’un époux, de fils et de richesses—pourtant les paroles que tu as prononcées et les actes que tu as faits à son sujet, cette parole même devient pour moi dispensatrice de chagrin.

Verse 49

केन दोषेण मे पुत्री न योग्या आशिषामता । न जातोऽस्याः पतिः कस्माद्वर्तते वा कुलक्षणः

«Par quelle faute ma fille n’est-elle pas jugée digne des bénédictions (d’un bon mariage) ? Pourquoi un époux ne s’est-il pas encore manifesté pour elle, ou pourquoi n’apparaît-il aucun signe d’un destin familial propice ?»

Verse 50

निर्धनश्च मुने कस्मात्सर्वेषां सर्वदः कुतः । इति दुर्घटवाक्यं ते मनो मोहयतीव मे

«Ô sage, comment peut-il être “sans richesse” et pourtant dispensateur de tout à tous ?»—cette parole de toi, si difficile à concevoir, semble égarer mon esprit.

Verse 51

इति तं पुत्रवात्सल्यात्सभार्यं शोकसंप्लुतम् । अहमाश्वासयं वाग्भिः सत्याभिः पांडुनंदन

Ainsi, le voyant—avec son épouse—submergé de chagrin par une profonde tendresse pour son enfant, je le consolai, ô fils de Pāṇḍu, par des paroles véridiques.

Verse 52

मा शुचः शैलराज त्वं हर्षस्थानेऽतिपुण्यभाक् । श्रृणु तद्वचनं मह्यं यन्मयोक्तं च ह्यर्थवत्

«Ne t’afflige pas, ô roi des montagnes; tu es comblé de grands mérites, et voici une occasion de joie. Écoute mes paroles; ce que je dis est vraiment plein de sens.»

Verse 53

जगन्माता त्वियं बाला पुत्री ते सर्वसिद्धिदा । पुरा भवेऽभवद्भार्या सतीनाम्ना भवस्य या

«Cette jeune fille est véritablement la Mère du monde—ta fille, dispensatrice de toute perfection. Jadis, elle fut l’épouse de Bhava (Śiva), connue sous le nom de Satī.»

Verse 54

तदस्याः किमहं दद्मि रवेर्दीपमिवाल्पकः । संचिंत्येति महादेव्या नाशिषं दत्तवानहम्

«Que pourrais-je donc lui donner—comme une petite lampe offerte au soleil ?» Pensant ainsi, je ne donnai aucune « bénédiction » à la Grande Déesse.

Verse 55

न जातोऽभवद्भार्या पतिश्चेति वर्तते च भवो हि सः । न स जातो महादेवो भूतभव्यभवोद्भवः

«Il n’est pas “né” au sens ordinaire, et pourtant on parle de “mari” et d’“épouse”, car il est Bhava (Śiva). Ce Mahādeva n’est pas né : de lui procèdent le passé, l’avenir et tout devenir.»

Verse 56

शरण्यः शाश्वतः शास्ता शंकरः परमेश्वरः

Il est le refuge de tous, éternel, le souverain et maître suprême—Śaṅkara, le Seigneur Très-Haut.

Verse 57

सर्वे देवा यत्पदमामनंति वेदैश्च सर्वैरपि यो न लभ्यः । ब्रह्मादिविश्वं ननु यस्य शैल बालस्य वा क्रीडनकं वदंति

Tous les dieux révèrent son état suprême; pourtant, même tous les Veda réunis ne peuvent l’atteindre pleinement. En vérité, l’univers entier, à commencer par Brahmā, est dit n’être, pour cet Enfant de la Montagne, qu’un simple jouet.

Verse 58

स चामंगल्यशीलोऽपि मंगलां यतनो हरः । निर्धनः सर्वदश्चासौ वेद स्वं स्वयमेव सः

Bien qu’on le décrive comme « d’apparence inauspicieuse », Hara lui-même est la cause de toute auspiciosité. Bien que « sans richesse », il est le dispensateur de tout ; il connaît sa propre vraie nature par lui seul.

Verse 59

स च देवोऽचलः स्थाणुर्महादेवोऽजरो हरः । भविष्यति पतिः सोऽस्यास्तत्किमर्थं तु शोचसि

Et ce dieu—immuable, ferme (Sthāṇu), Mahādeva, Hara sans vieillesse—deviendra son époux. Pourquoi donc t’affliges-tu ?