Adhyaya 22
Mahesvara KhandaKaumarika KhandaAdhyaya 22

Adhyaya 22

Le chapitre 22 déroule une séquence théologique de « crise et remède ». Nārada raconte que les Devas, accablés par la domination de Tāraka, s’approchent de Svayambhū (Brahmā) en se dissimulant sous une forme altérée. Brahmā les rassure et reçoit leur hymne, qui décrit la forme Virāṭ (cosmique) : les mondes inférieurs et les cieux sont mis en correspondance avec les membres divins, et le soleil, la lune, les directions ainsi que les ouvertures vitales s’intègrent à une anatomie du cosmos. Vient ensuite le diagnostic : les Devas rapportent la dévastation d’un rivage sacré/tīrtha, la confiscation des puissances divines et l’inversion des allégeances cosmiques. Brahmā explique la contrainte des dons accordés—l’invulnérabilité presque totale de Tāraka—et expose une solution conforme au dharma : un enfant divin âgé de sept jours sera son meurtrier, et la Déesse (jadis Satī) renaîtra comme fille d’Himācala pour se réunir à Śaṅkara ; le tapas (austérité) est établi comme moyen indispensable d’obtenir la siddhi. Brahmā charge Rātri (Vibhāvarī) d’entrer dans le sein de Menā et d’assombrir le teint de la Déesse, annonçant les identités de Kālī/Cāmuṇḍā et les futures destructions de démons. Le chapitre s’achève sur la naissance de bon augure : harmonie cosmique, dispositions renouvelées en faveur du dharma, abondance de la nature, et célébration partagée par dieux, sages, montagnes, rivières et océans.

Shlokas

Verse 1

नारद उवाच । एवं विप्रकृता देवा महेंद्रसहितास्तदा । ययुः स्वायंभुवं दाम मर्करूपमुपाश्रिताः

Nārada dit : Ainsi, les Devas, accablés et humiliés, avec Mahendra (Indra), se rendirent alors à la demeure du Seigneur Né-de-Lui-même, en prenant une forme déguisée.

Verse 2

ततश्च विस्मितो ब्रह्मा प्राह तान्सुरपुंगवान् । स्वरूपेणेह तिष्ठध्वं नात्र वस्तारकाद्भयम्

Alors Brahmā, saisi d’étonnement, dit aux plus éminents des dieux : «Demeurez ici dans votre forme véritable ; en ce lieu, il n’est point à craindre Tāraka.»

Verse 3

ततो देवाः स्वरूपस्थाः प्रम्लानवदनांबुजाः । तुष्टुवुः प्रणताः सर्वे पितरं पुत्रका यथा

Alors les dieux, rétablis dans leur propre forme, n’avaient plus leurs visages de lotus flétris. Tous, prosternés, le louèrent, tels des enfants louant leur père.

Verse 4

नमो जगत्प्रसूत्यै ते हेतवे पालकाय च । संहर्त्रे च नमस्तुभ्यं तिस्रोऽवस्थास्तव प्रभो

Hommage à Toi, cause de la naissance du monde, et hommage à Toi comme son protecteur ; hommage encore à Toi comme celui qui le résorbe. Ô Seigneur, ces trois états sont les tiens.

Verse 5

त्वमपः प्रथमं सृष्ट्वा तासु वीर्यमवासृजः । तदण्डमभवद्धैमं यस्मिल्लोकाश्चराचराः

Tu créas d’abord les eaux, puis tu y répandis ta puissance. De là naquit l’Œuf cosmique d’or, en lequel demeurent les mondes des êtres mobiles et immobiles.

Verse 6

वेदेष्वाहुर्विराड्रूपं त्वामेकरूपमीदृशम् । पातालं पादमूलं च पार्ष्णिपादे रसातलम्

Dans les Veda, on proclame que Tu es le Virāṭ, l’unique Forme cosmique telle qu’elle est : Pātāla est la plante de Ton pied, et Rasātala se tient à Ton talon et à Ton pied.

Verse 7

महातलं चास्य गुल्फौ जंघे चापि तलातलम् । सुतलं जानुनी चास्य ऊरू च वितलातले

On dit que Mahātala se tient à Ses chevilles ; Talātala à Ses jambes ; Sutala à Ses genoux ; et Vitala à Ses cuisses.

Verse 8

महीतलं च जघनं नाभिश्चास्य नभस्तलम् । ज्योतिः पदमुरः स्थानं स्वर्लोको बाहुरुच्यते

Le plan terrestre (Mahī-tala) est Ses hanches ; Son nombril est la région du ciel. Sa poitrine est le séjour de la lumière, et Svarga-loka est dit être Son bras.

Verse 9

ग्रीवा महश्चवदनं जनलोकः प्रकीर्त्यते । ललाटं च तपोलोकः शीर्ष सत्यमुदाहृतम्

Son cou est Maharloka ; Son visage est proclamé Janaloka. Son front est Tapoloka, et Sa tête est déclarée Satyaloka.

Verse 10

चन्द्रसूर्यौ च नयने दिशः श्रोत्रे नासिकाश्विनौ । आत्मानं ब्रह्मरंध्रस्थमाहुस्त्वां वेदवादिनः

La Lune et le Soleil sont dits être Tes deux yeux ; les directions sont Tes oreilles ; les Aśvins sont Tes narines. Les connaisseurs du Veda déclarent que Tu es le Soi (Ātman) demeurant dans le brahma-randhra, l’ouverture du sommet du crâne.

Verse 11

एवं ये ते विराड्रूपं संस्मरंत उपासते । जन्मबन्धविनिर्मुक्ता यांति त्वां परमं पदम्

Ainsi, ceux qui se souviennent de Ta forme Virāṭ (cosmique) et Te l’adorent sont délivrés du lien des renaissances et parviennent à Toi — à Ta demeure suprême.

Verse 12

एवं स्थूलं प्राणिमध्यं च शूक्ष्मं भावेभावे भावितं त्वां गृणंति । सर्वत्रस्थं त्वामतः प्राहुर्वेदास्तस्मै तुभ्यं पदम्ज इद्विधेम

Ainsi ils Te chantent : Te contemplant comme le grossier, comme la Présence intime au cœur des êtres, et comme le subtil, médité en chaque état d’expérience. C’est pourquoi les Veda proclament que Tu es partout présent ; à Toi —né du Trône de lotus— nous offrons cet hommage de louange révérencieuse.

Verse 13

एवं स्तुतो विरंचिस्तु कृपयाभिपरिप्लुतः । जानन्नपि तदा प्राह तेषामाश्वासहेतवे

Ainsi, Virañci (Brahmā), loué de la sorte et débordant de compassion, parla alors —bien qu’il sût déjà— afin de les rassurer.

Verse 14

सर्वे भवन्तो दुःखार्ताः परिम्लानमुखांबुजाः । भ्रष्टायुदास्तथाऽकस्माद्भ्रष्टा भरणवाससः

Vous tous êtes accablés de peine : vos visages de lotus se sont flétris. Vos armes vous ont échappé, et soudain vos parures et vos vêtements sont tombés de vous.

Verse 15

ममैवयं कृतिर्देवा भवतां यद्वडम्बना । यद्वैराजशरीरे मे भवन्तो बाहुसंज्ञकाः

Ô Deva, cette humiliation qui vous atteint est en vérité mon œuvre ; car, dans mon corps cosmique (Vairāja), vous êtes connus comme mes « bras ».

Verse 16

यद्यद्विभूतिमत्सत्त्वं धार्मिकं चोर्जितं महत् । तत्रासीद्बाहुनाशो मे बाहुस्थाने च ते मम

Partout où se trouvait un être pourvu de puissance et de prospérité—juste, vigoureux et grand—là mes bras furent brisés; et vous aussi, qui tenez la place de mes bras, vous fûtes terrassés.

Verse 17

तन्नूनं मम भग्नौ च बाहू तेन दुरात्मना । येन चोपहृतं देवास्तन्ममाख्यातु मर्हथ

Assurément mes deux bras ont été brisés par ce scélérat; et les Devas ont été opprimés par lui. Dites-moi cela—qui l’a fait—vous devez me le déclarer.

Verse 18

देवा ऊचुः । योऽसौ वज्रांगतनयस्त्वया दत्तवरः प्रभो । भृशं विप्रकृतास्तेन तत्त्वं जानासि तत्त्वतः

Les Devas dirent : «C’est ce fils de Vajrāṅga—celui à qui tu as accordé une grâce, ô Seigneur. Par lui nous avons été cruellement lésés; pourtant tu connais la réalité dans sa totalité.»

Verse 19

यत्तन्महीसमुद्रस्य तटं शार्विकतीर्थकम् । तदाक्रम्य कृतं तेन मरुभूमिसमं प्रभोः

Le rivage du grand océan—le Tīrtha Śārvika—il l’a foulé aux pieds et l’a rendu semblable à une terre de désert, ô Seigneur.

Verse 20

ऋद्धयः सर्वदेवानां गृहीतास्तेन सर्वतः । महाभूतस्वरूपेण स एव च जगत्पतिः

Il a saisi de toutes parts les pouvoirs et les prospérités de tous les dieux; prenant la forme même des grands éléments, lui seul s’est dressé comme seigneur du monde.

Verse 21

चंद्रसूर्यौ ग्रहास्तारा यच्चान्यद्देवपक्षतः । तच्च सर्वं निराकृत्य स्थापितो दैत्यपक्षकः

Même la Lune et le Soleil, les planètes et les étoiles—et tout ce qui relevait du camp des dieux—il le rejeta et l’écarta entièrement, établissant à la place la souveraineté de la cohorte des daitya.

Verse 22

वयं च विधृता स्तेन बहूपहसितास्तथा । प्रसादान्मुक्ताश्च कथंचिदिव कष्टतः

Nous aussi, il nous a saisis et maintes fois tournés en dérision ; ce n’est que par ta grâce que nous avons, d’une manière ou d’une autre, été délivrés—à peine, et au prix d’une grande détresse.

Verse 23

तद्वयं शरणं प्राप्ताः पीडिताः क्षुत्तृषार्दिताः । धर्मरक्षा कराश्चेति संचिंत्य त्रातुमर्हसि

C’est pourquoi nous sommes venus chercher refuge auprès de toi—accablés, tourmentés par la faim et la soif. Puisque tu es le gardien du dharma, il te sied de nous sauver.

Verse 24

इत्युक्तः स्वात्मभूर्देवः सुरैर्दैत्यविचेष्टितम् । सुरानुवाच भगवानतः संचिंत्य तत्त्वतः

Ainsi interpellé par les dieux au sujet des forfaits des daitya, le Bienheureux Seigneur Né-de-lui-même (Brahmā), après avoir médité la vérité de l’affaire, s’adressa aux Devas.

Verse 25

अवध्यस्तारको दैत्यः सर्वैरपि सुरासुरैः । यस्य वध्यश्च नाद्यापि स जातो भगवान्पुनः

Tāraka, le daitya, est invulnérable à tous, qu’ils soient dieux ou asuras. Pourtant, le Seigneur est à présent né de nouveau—celui qui est destiné à terrasser Tāraka, bien que ce meurtre ne se soit pas encore accompli jusqu’à ce jour.

Verse 26

मया च वरदानेन च्छन्दयित्वा निवारितः

Et par moi—en lui accordant une grâce—il fut apaisé et retenu.

Verse 27

तपसा स हिदीप्तोऽभूत्त्रैलोक्यदहनात्मकः । स च वव्रे वधं दैत्यः शिशतः सप्तवासरात्

En vérité, par l’ascèse il s’embrasa, doté du pouvoir de consumer les trois mondes. Et ce démon demanda pour mort prédestinée qu’elle vînt d’un enfant à peine âgé de sept jours.

Verse 28

स च सप्तदिनो बालः शंकराद्यो भविष्यति । तारकस्य च वीरस्य वधकर्ता भविष्यति

Et cet enfant de sept jours paraîtra comme le plus éminent né de Śaṅkara ; il deviendra le pourfendeur du vaillant Tāraka.

Verse 29

सतीनामा तु या देवी विनष्टा दक्षहेलया । सा भविष्यति कल्याणी हिमाचलशरीरजा

Et la Déesse nommée Satī, qui périt à cause de l’affront de Dakṣa, renaîtra comme l’auspicieuse Kalyāṇī, fille de Himācala.

Verse 30

शंकरस्य च तस्याश्च यत्नः कार्यः समागमे । अहमप्यस्य कार्यस्य शेषं कर्ता न संशयः

Pour l’union de Śaṅkara et d’Elle, un effort doit assurément être accompli. Et moi aussi j’achèverai le reste de cette œuvre, sans aucun doute.

Verse 31

इत्युक्तास्त्रिदशास्तेन साक्षात्कलयोनिना । जग्मुर्मेरुं प्रणम्येशं मर्करूपेण संवृताः

Ainsi instruits par lui—Brahmā, source même des âges—les dieux se mirent en route vers le mont Meru. Après s’être prosternés devant le Seigneur, ils allèrent, dissimulés sous la forme de singes.

Verse 32

ततो गतेषु देवेषु ब्रह्मा लोकपितामहः । निशां सस्मार भगवान्स्वां तनुं पूर्वसंभवाम्

Lorsque les dieux furent partis, Brahmā, l’aïeul des mondes, se souvint de la Nuit, sa propre forme née jadis.

Verse 33

ततो भगवती रात्रिरुपतस्थे पितामहम् । तां विविक्ते समालोक्य तथोवाच विभावरीम्

Alors la bienheureuse Déesse Nuit s’approcha du Grand Aïeul. La voyant en un lieu retiré, il parla ainsi à Vibhāvarī (la Nuit).

Verse 34

विभावरि महाकार्यं विबुधानामुपस्थितम् । तत्कर्तव्यं त्वया देवि श्रृणु कार्यस्य निश्चयम्

Ô Vibhāvarī, une grande affaire touchant les dieux s’est présentée. Elle doit être accomplie par toi, ô Déesse ; écoute à présent la résolution de cette œuvre.

Verse 35

तारकोनाम दैत्येंद्रः सुरकेतुरनिर्ज्जितः । तस्याभावाय भगवाञ्जनयिष्यति यं शिवः

Il est un seigneur des démons nommé Tāraka, étendard des ennemis des dieux, invaincu. Pour le détruire, le bienheureux Śiva engendrera un être (un fils).

Verse 36

सुतः स भविता तस्य तारकस्यांतकारकः । अहं त्वादौ यदा जातस्तदापश्यं पुरःस्थितम्

Ce fils deviendra l’artisan de la fin de Tāraka. Et lorsque je naquis pour la première fois, je vis le Seigneur se tenir devant moi.

Verse 37

अर्धनारीश्वरं देवं व्याप्य विश्वमवस्थितम् । दृष्ट्वा तमब्रुवं देवं भजस्वेति च भक्तितः

Je contemplai le Dieu Ardhanārīśvara, qui pénètre l’univers et y demeure. L’ayant vu, je dis avec dévotion : «Adorez-Le».

Verse 38

ततो नारी पृथग्जाता पुरुषश्च तथा पृथक् । तस्याश्चैवांशजाः सर्वाः स्त्रियस्त्रिभुवने स्मृताः

Alors la Femme naquit séparément, et de même l’Homme séparément. Et toutes les femmes des trois mondes sont tenues pour issues de Sa part.

Verse 39

एकादश च रुद्राश्च पुरुषास्तस्य चांशजाः । तां नारीमहामालोक्य पुत्रं दक्षमथा ब्रवम्

Et les onze Rudra, ainsi que les êtres mâles, naquirent de Sa part. Puis, contemplant cette grande Femme, je parlai à mon fils Dakṣa.

Verse 40

भजस्व पुत्रीं जगती ममापि च तवापि च । पुंदुःखनकात्त्रात्री पुत्री ते भाविनी त्वियम्

«Ô Seigneur du monde, honore et chéris cette fille, car elle est à moi comme à toi. Elle deviendra ta fille, et elle sera la sauveuse qui délivre les êtres des souffrances de l’existence incarnée.»

Verse 41

एवमुक्तो मया दक्षः पुत्रीत्वे परि कल्पिताम् । रुद्राय दत्तवान्भक्त्या नाम दत्त्वा सतीति यत्

Ainsi, après que je lui eus parlé, Dakṣa—l’ayant reconnue pour sa fille—la donna avec dévotion à Rudra et lui conféra le nom de « Satī ».

Verse 42

ततः काले चं कस्मिंश्चिदवमेने च तां पिता । मुमूर्षुः पापसंकल्पो दुरात्मा कुलकज्जलः

Puis, plus tard, à un certain moment, son père l’insulta. Nourrissant un dessein pécheur et souhaitant le mal—âme mauvaise, tache de sa lignée—il agit avec mépris.

Verse 43

ये रुद्रं नैव मन्यंते ते स्फुटं कुलकज्जलाः । पिशाचास्ते दुरात्मानो भवंति ब्रह्मराक्षसाः

Ceux qui ne reconnaissent pas Rudra sont, à l’évidence, une tache sur leur lignée. Ces êtres au cœur mauvais deviennent des piśācas, puis des brahma-rākṣasas.

Verse 44

अवमानेन तस्यापि यथा देवी जहौ तनुम् । यथा यज्ञः स च ध्वस्तो भवेन विदितं हि ते

À cause de son outrage, la Déesse abandonna son corps ; et ce sacrifice aussi fut détruit par Bhava (Śiva), comme tu le sais bien.

Verse 45

अधुना हिमशैलस्य भवित्री दुहिता च सा । महेश्वरं पतिं सा च पुनः प्राप्स्यति निश्चितम्

À présent, elle deviendra la fille de l’Himālaya ; et, à coup sûr, elle retrouvera Maheśvara pour époux.

Verse 46

तदिदं च त्वया कार्यं मेनागर्भे प्रविश्य च । तस्याश्छविं कुरु कृष्णां यथा काली भवेत्तु सा

Voici donc ce que tu dois accomplir : entre dans le sein de Menā et assombris son teint, afin qu’elle devienne véritablement Kālī.

Verse 47

यदा रुद्रोपहसिता तपस्तप्स्यति सा महत् । समाप्तनियमा देवी यदा चोग्रा भविष्यति

Lorsque, raillée à propos de Rudra, elle entreprendra une grande ascèse—lorsque la Déesse aura mené à terme ses observances et deviendra farouche dans sa résolution…

Verse 48

स्वयमेव यदा रूपं सुगौरं प्रतिपत्स्यते । विरहेण हरश्चास्या मत्वा शून्यं जगत्त्रयम्

Quand elle retrouvera d’elle‑même une forme d’une blancheur très pure, alors Hara aussi—par la séparation d’avec elle—tiendra les trois mondes pour vides.

Verse 49

तस्यैव हिमशैलस्य कंदरे सिद्धसेविते । प्रतीक्षमाणस्तां देवीमुग्रं संतप्स्यते तपः

Dans une grotte de ce même Himālaya, fréquentée par les Siddhas, l’attendant, il accomplira une ascèse farouche.

Verse 50

तयोः सुतप्ततपसोर्भविता यो महान्सुतः । भविष्यति स दैत्यस्य तारकस्य निवारकः

De ces deux êtres, consumés par une ascèse intensément ardente, naîtra un grand fils ; il sera celui qui réprimera et anéantira le démon Tāraka.

Verse 51

तपसो हि विना नास्ति सिद्धिः कुत्रापि शोभने । सर्वासां कर्मसिद्धीनां मूलं हि तप उच्यते

Ô toi l’Auspicious: sans tapas (austérité sacrée), il n’est d’accomplissement nulle part; en vérité, le tapas est déclaré la racine même de la réussite de tous les actes.

Verse 52

त्वयापि दानवो देवि देहनिर्गतया तदा । चंडमुंडपुरोगाश्च हंतव्या लोकदुर्जयाः

Et toi aussi, ô Déesse—étant alors sortie du corps—tu dois terrasser les dānavas, conduits par Caṇḍa et Muṇḍa, que les mondes ne peuvent vaincre.

Verse 53

यस्माच्चंडं च मुंडं च त्वं देवि निहनिष्यसि । चामुंडेति ततो लोके ख्याता देवि भविष्यसि

Puisque toi, ô Déesse, tu mettras à mort Caṇḍa et Muṇḍa, ainsi, dans le monde, tu deviendras célèbre, ô Déesse, sous le nom de « Cāmuṇḍā ».

Verse 54

ततस्त्वां वरदे देवी लोकः संपूजयिष्यति । भेदेर्बहुविधाकारैः सर्वगां कामसाधनीम्

Ensuite, ô Déesse dispensatrice de grâces, le monde te rendra un culte complet—sous de multiples formes distinctes—toi qui es partout présente et qui accomplis les désirs.

Verse 55

ओंकारवक्त्रां गायत्रीं त्वामर्चंति द्विजोत्तमाः । ऊर्जितां बलदां पापि राजानः सुमहाबलाः

Les meilleurs des deux-fois-nés t’adorent comme Gāyatrī, dont le visage est l’Oṃkāra; et les rois d’une grande puissance t’honorent comme la Forte, dispensatrice de vigueur, ô Dame qui détruis le péché.

Verse 56

वैश्याश्च भूतिमित्येव शिवां शूद्रास्तथा शुभे । क्षांतिर्मुनीनामक्षोभ्या दया नियमिनामपि

Ô Bienheureuse! Les vaiśyas t’adorent comme « Bhūti » (prospérité) et les śūdras comme « Śivā »; tu es la patience inébranlable des sages, et aussi la compassion des êtres maîtres d’eux-mêmes.

Verse 57

त्वं महोपाय सन्दोहा नीतिर्नयविसर्पिणाम् । परिस्थितिस्त्वमर्थानां त्वमहो प्राणिका मता

Tu es le grand trésor des moyens efficaces, la nīti qui guide ceux qui excellent en stratégie; tu es l’ordonnancement juste des affaires, et, en vérité, tu es tenue pour la force de vie même des êtres vivants.

Verse 58

त्वं युक्तिः सर्वभूतानां त्वं गतिः सर्वदेहिनाम् । रतिस्त्वं रतिचित्तानां प्रीतिस्त्वं हृद्यदर्शिनाम्

Tu es la sagesse discernante de tous les êtres, et le but-refuge de tous les incarnés; tu es délice pour ceux dont l’esprit cherche le délice, et joie aimante pour ceux qui contemplent ce qui leur est cher.

Verse 59

त्वं कांतिः शुभरूपाणां त्वं शांति शुभकर्मिणाम् । त्वं भ्रांतिर्मूढचित्तानां त्वं फलं क्रतुयाजिनाम्

Tu es l’éclat de ceux dont la forme est de bon augure; tu es la paix de ceux qui accomplissent des actes propices. Tu es même l’illusion des esprits obtus, et tu es le fruit obtenu par ceux qui adorent par les sacrifices.

Verse 60

जलधीनां महावेला त्वं च लीला विलासिनाम् । संभूतिस्त्वं पदार्थानां स्थितिस्त्वं लोकपालिनी

Tu es la rive puissante des océans, et tu es la līlā, la délectation du jeu divin, de ceux qui se plaisent à jouer. Tu es l’avènement de toutes choses et leur stabilité demeurante, ô Gardienne des mondes.

Verse 61

त्वं कालरात्रिर्निःशेष भुवनावलिनाशिनी । प्रियकंठग्रहानन्ददायिनी त्वं विभावरी

Tu es Kālārātri, la puissance qui dissout toute la suite des mondes. Tu donnes la joie par l’étreinte du Bien-Aimé—ô Vibhāvarī, Nuit rayonnante.

Verse 62

प्रसीद प्रणतानस्मान्सौम्यदृष्ट्या विलोकय

Sois bienveillante ; regarde-nous, nous qui nous prosternons devant toi, d’un regard doux et de bon augure.

Verse 63

इति स्तुवंतो ये देवि पूजयिष्यंति त्वां शुभे । ते सर्वकामानाप्स्यंति नियता नात्र संशयः

Ô Déesse, ô Bienheureuse : ceux qui ainsi te louent et te vénèrent obtiendront sûrement tous leurs désirs ; il n’y a là aucun doute.

Verse 64

इत्युक्ता तु निशादेवी तथेत्युक्त्वा कृताञ्जलिः । जगाम त्वरिता पूर्वं गृहं हिमगिरेर्महत्

Ainsi interpellée, Niśādevī répondit : « Qu’il en soit ainsi », puis, les mains jointes en añjali, elle se hâta d’abord vers la grande demeure d’Himagiri.

Verse 65

तत्राऽसीनां महाहर्म्ये रत्नभित्तिसमाश्रये । ददर्श मेनामापांडुच्छविवक्त्रसरोरुहाम्

Là, elle vit Menā assise dans un vaste palais, appuyée contre des murs incrustés de joyaux ; son visage de lotus rayonnait d’une clarté pâle et lumineuse.

Verse 66

किंचिच्छयाममुखोदग्रस्तनभागावनामिताम् । महौषधिगणबद्धमंत्रराजनिषेविताम्

Son visage se teinta d’une légère ombre, et son corps se courbait un peu sous la plénitude de sa poitrine ; elle était assistée par de grandes herbes curatives et honorée par de puissants mantras royaux.

Verse 67

ततः किंचित्प्रमिलिते मेनानेत्रांबुजद्वये । आविवेशमुखं रात्रिर्ब्रह्मणो वचनात्तदा

Puis, lorsque les deux yeux-lotus de Menā se fermèrent légèrement, la Nuit entra dans sa bouche à cet instant, selon la parole de Brahmā.

Verse 68

जन्मदाया जगन्मातुः क्रमेण जठरांतरम् । अरंजयच्छविं देव्या गुहमातुर्विभावरी

En tant que dispensatrice de la naissance à la Mère du monde, Vibhāvarī pénétra peu à peu dans le sein, et elle accroît la splendeur de cette Déesse—future mère de Guha.

Verse 69

ततो जगन्मं गलदा मेना हिमगिरेः प्रिया । ब्राह्मे मुहूर्ते सुभगे प्रासूयत शुभाननाम्

Alors Menā, bien-aimée d’Himagiri—porteuse d’auspice pour le monde—enfanta, au bienheureux Brāhma-muhūrta, un enfant au visage splendide.

Verse 70

तस्यां तु जायमानायां जंतवः स्थाणुजंगमाः । अभवन्सुखिनः सर्वे सर्वलोकनिवासिनः

Lorsqu’elle enfanta, tous les êtres—immobiles et mobiles—devinrent heureux ; en vérité, tous les habitants de tous les mondes furent comblés de bien-être.

Verse 71

अभवत्क्रूरसत्त्वानां चेतः शांतं च देहिनाम् । ज्योतिषामपि तेजस्त्वमभवत्सुतरां तदा

Alors, même l’esprit des créatures farouches s’apaisa, et les êtres incarnés devinrent paisibles ; même les luminaires resplendirent d’un éclat bien plus grand en ce temps-là.

Verse 72

वनाश्रिताश्चौषधयः स्वादवंति फलानि च । गंधवंति च माल्यानि विमलं च नभोऽभवत्

Les herbes des forêts devinrent plus puissantes, les fruits plus doux, les guirlandes plus parfumées, et le ciel lui-même devint limpide et sans tache.

Verse 73

मारुतश्च सुखस्पर्शो दिशश्च सुमनोहराः । विस्मृता नि च शास्त्राणि प्रादुर्भावं प्रपेदिरे

La brise devint d’un toucher délicieux, les directions parurent d’une beauté ravissante ; et même les enseignements oubliés revinrent à la manifestation.

Verse 74

प्रभावस्तीर्थमुख्यानां तदा पुण्यतमोऽभवत् । सत्ये धर्मे चाध्ययने यज्ञे दाने तपस्यपि

Alors, la puissance des tīrthas les plus éminents devint d’un mérite suprême ; de même, dans la véracité, dans le dharma, dans l’étude, dans le yajña, dans le don et même dans l’austérité, le mérite s’accrut grandement.

Verse 75

सर्वेषामभवच्छ्रद्धा जन्मकाले गुहारणेः । अंतरिक्षेमराश्चापि प्रहर्षोत्फुल्ललोचनाः

Au moment de la naissance de Guha (Skanda), la śraddhā s’éveilla en tous ; et les êtres célestes du ciel intermédiaire avaient eux aussi les yeux épanouis de joie et d’allégresse.

Verse 76

हरिब्रह्ममहेंद्रार्कवायुवह्निपुरोगमाः । पुष्पवृष्टिं प्रमुमुचुस्तस्मिन्मेनागृहे शुभे

Conduits par Hari, Brahmā, Mahendra, le Soleil, le Vent et le Feu, ils répandirent une pluie de fleurs sur la demeure bénie de Menā.

Verse 77

मेरुप्रभृतयश्चापि मूर्तिमंतो महानगाः । तस्मिन्महोत्सवे प्राप्ता वीरकांस्योपशोभिताः

Meru et les autres grandes montagnes aussi, comme si elles avaient pris corps, vinrent à cette grande fête, resplendissantes d’ornements héroïques à l’éclat de bronze.

Verse 78

सागराः सरितश्चैव समाजग्मुश्च सर्वशः

Les océans et les rivières aussi s’assemblèrent de toutes parts.

Verse 79

हिमशैलोऽभवल्लोके तदा सर्वैश्चराचरैः । सेव्यश्चाप्यभिगम्यश्च पूजनीयश्च भारत

Ô Bhārata, alors dans le monde l’Himālaya devint—pour tous les êtres, mobiles et immobiles—celui qu’il faut servir, approcher et vénérer.

Verse 80

अनुभूयोत्सवं ते च जग्मुः स्वानालयांस्तदा

Après avoir goûté à cette fête sacrée, ils repartirent alors vers leurs propres demeures.