Adhyaya 23
Kashi KhandaPurva ArdhaAdhyaya 23

Adhyaya 23

L’Adhyāya 23 se présente comme un dialogue initié par le brāhmane Śivaśarman, qui demande des éclaircissements à Brahmā dans le Satyaloka. Brahmā accueille la question et renvoie l’affaire aux gaṇa, serviteurs de Viṣṇu, en soulignant l’étendue de leur savoir. Alors qu’ils se dirigent vers Vaikuṇṭha, Śivaśarman les interroge encore ; ils énumèrent les sept cités dispensatrices de mokṣa (saptapurī)—Ayodhyā, Mathurā, Māyāpurī (Haridvāra), Kāśī, Kāñcī, Avantī et Dvāravatī—et expliquent pourquoi la délivrance est établie de manière particulière à Kāśī. Ils exposent ensuite une cartographie cosmographique des lokas et des hauteurs célestes : de Bhūrloka vers Bhuvar, Svar, Mahas, Jana, Tapas et Satya ; Vaikuṇṭha est situé au-dessus de Satya, et Kailāsa au-delà encore, inscrivant ainsi la vocation salvifique de Kāśī dans un univers hiérarchisé. Le chapitre s’oriente alors vers la théologie : Śiva est proclamé Souverain suprême, libre par sa propre volonté, Brahman indicible au-delà de la parole et de l’esprit, tout en se manifestant sous une forme iconique. L’affirmation doctrinale majeure suit : har-hari-aikya—Śiva et Viṣṇu sont réellement non-différents. Le récit culmine dans une scène de consécration royale : Śiva investit rituellement Viṣṇu de la souveraineté et de la triade des puissances (icchā, kriyā, jñāna), lui assigne les fonctions de gouvernement et lui accorde māyā, montrant la régence cosmique comme une délégation divine. Un passage de type phalaśruti recommande la récitation lors de rites fastes (fêtes, mariages, consécrations, entrée dans la maison, octroi d’autorité), promettant bienfaits—descendance, richesse, délivrance de la maladie et des liens—et apaisement des infortunes.

Shlokas

Verse 1

शिवशर्मोवाच । सत्यलोकेश्वर विधे सर्वेषां प्रपितामह । किंचिद्विज्ञप्तुकामोस्मि न भयाद्वक्तुमुत्सहे

Śivaśarmā dit : Ô Vidhātṛ (Brahmā), Seigneur de Satyaloka, aïeul suprême de tous les êtres — je souhaite soumettre une requête ; mais, par crainte, je n’ose parler.

Verse 2

ब्रह्मोवाच । यत्त्वं प्रष्टुमना विप्र ज्ञातं ते तन्मनोगतम् । पिपृच्छिषुस्त्वं निर्वाणं गणौ तत्कथयिष्यतः

Brahmā dit : Ô brāhmane, ce que tu as l’intention de demander, je connais déjà ce qui est dans ton esprit. Interroge donc au sujet du nirvāṇa ; ces deux serviteurs te l’exposeront.

Verse 3

नेतयोर्विष्णुगणयोरगोचरमिहास्ति हि । सर्वमेतौ विजानीतो यत्किंचिद्ब्रह्मगो लके

En vérité, dans ce domaine, rien n’échappe à la portée de ces deux serviteurs de Viṣṇu. Tout ce qui existe dans le monde, dans la sphère de Brahmā, ils le savent.

Verse 4

इत्युक्त्वा सत्कृतास्ते वै ब्रह्मणा भगवद्गणाः । प्रणम्य लोककर्तारं तेऽपि हृष्टाः प्रतस्थिरे

Après avoir ainsi parlé, ces serviteurs divins furent dûment honorés par Brahmā. S’inclinant devant le Créateur des mondes, eux aussi, dans la joie, se mirent en route.

Verse 5

पुनः स्वयानमारुह्य वैकुंठमभितो ययुः । गच्छतापि पुनस्तत्र द्विजेनापृच्छितौ गणौ

Remontant sur leur char céleste, ils se dirigèrent vers Vaikuṇṭha. Chemin faisant, le brāhmane interrogea de nouveau les deux serviteurs.

Verse 6

शिवशर्मोवाच । कियद्दूरे वयं प्राप्ता गंतव्यं च कियत्पुनः । पृच्छाम्यन्यच्च वां भद्रौ ब्रूतं प्रीत्या तदप्यहो

Śivaśarman dit : Jusqu’où sommes-nous parvenus, et quelle distance reste-t-il encore à parcourir ? Je vous demande aussi autre chose, ô nobles ; dites-le encore, avec bonté et affection.

Verse 7

कांच्यवंती द्वारवती काश्ययोध्या च पंचमी । मायापुरी च मथुरा पुर्यः सप्त विमुक्तिदाः

Kāñcī, Dvāravatī, Kāśī, et Ayodhyā comme la cinquième ; puis Māyāpurī (Haridvāra) et Mathurā : telles sont les sept cités qui accordent la délivrance.

Verse 8

विहाय षट्पुरीश्चान्याः काश्यामेवप्रतिष्ठिता । मुक्तिर्विश्वसृजा तत्किं मम मुक्तिर्न संप्रति

Laissant de côté les six autres cités, la délivrance est établie en Kāśī seule, ainsi l’a ordonné le Créateur de l’univers. Si tel est le cas, pourquoi ma propre libération n’est-elle pas obtenue dès maintenant ?

Verse 9

इति सर्वं मम पुरः प्रसादाद्वक्तुमर्हतम् । इति तद्वाक्यमाकर्ण्य गणावूचतुरादरात्

«Ainsi, par grâce, vous devez m’exposer tout cela devant moi.» Entendant ces paroles, les deux serviteurs répondirent avec un respect attentif.

Verse 10

गणावूचतुः । यथार्थं कथयावस्ते यत्पृष्टं भवतानघ । विष्णुप्रसादाज्जानीवो भूतंभाविभवत्तथा

Les deux serviteurs dirent : Ô irréprochable, nous te dirons en vérité ce que tu as demandé. Par la grâce de Viṣṇu, nous connaissons ce qui fut, ce qui sera, et ce qui est tel qu’il est.

Verse 11

विप्रावभासते यावत्किरणैः पुष्पवंतयोः । तावतीभूः समुद्दिष्टा ससमुद्राद्रि कानना

Ô brāhmane, jusqu’où s’étend l’éclat des rayons du Soleil sur le monde en fleurs, jusque-là, dit-on, s’étend la Terre, avec ses océans, ses îles, ses montagnes et ses forêts.

Verse 12

वियच्च तावदुपरि विस्तारपरिमंडलम् । योजनानां च नियुते भूमेर्भानुर्व्यवस्थितः

Et au-dessus de cette étendue se trouve l’ampleur du ciel, vaste voûte circulaire ; et le Soleil (Bhānu) demeure à dix mille yojanas de la Terre.

Verse 13

भानोः सकाशादुपरि लक्षे लक्ष्यः क्षपाकरः । नक्षत्रधं डलं सोमाल्लक्षयोजनमुच्छ्रितम्

Au-dessus du Soleil, à la distance d’un lakh (cent mille yojanas), on voit la Lune, qui fait naître la nuit ; et au-dessus de la Lune s’élève la sphère des étoiles d’un lakh de yojanas.

Verse 14

उडुमंडलतः सौम्य उपरिष्टाद्द्विलक्षतः । द्विलक्षे तु बुधाच्छुक्रः शुक्राद्भौमो द्विलक्षके

Au-dessus de la sphère des étoiles, ô doux, à deux lakhs (deux cent mille yojanas) se trouve Mercure (Saumya). À deux lakhs au-delà de Mercure est Vénus ; et à deux lakhs au-delà de Vénus est Mars.

Verse 15

माहेयादुपरिष्टाच्च सुरेज्यो नियुतद्वये । द्विलक्षयोजनोत्सेधः सौरिर्देवपुरोहितात्

Au-dessus de Maṅgala (Mars), à la distance de vingt mille yojanas, se tient Bṛhaspati (Surejya). Et au-dessus du prêtre des devas, Śani (Sauri) s’élève de deux lakh de yojanas.

Verse 16

दशायुतसमुच्छ्रायं सौरेः सप्तर्षिमंडलम् । सप्तर्षिभ्यः सहस्राणां शतादूर्ध्वं ध्रुवस्थितः

Au-dessus de Śani (Sauri), la sphère des Sept Ṛṣis se dresse à la hauteur de dix mille yojanas ; et, cent mille yojanas au-dessus des Sept Ṛṣis, se tient Dhruva, immobile en sa demeure.

Verse 17

पादगम्यं हि यत्किंचिद्वस्त्वस्ति धरणीतले । तद्भूर्लोक इति ख्यातः साब्धिद्वीपाद्रिकाननम्

Tout ce qui existe à la surface de la Terre et que l’on peut atteindre à pied, cela est nommé Bhūrloka : le monde aux océans, aux îles, aux montagnes et aux forêts.

Verse 18

भूर्लोकाच्च भुवर्लोको ब्रध्नावधिरुदाहृतः । आदित्यादाध्रुवं विप्र स्वर्लोक इति गीयते

Au-dessus de Bhūrloka, on dit que Bhuvarloka s’étend jusqu’au domaine de Bradhna. Et, ô brāhmane, du Soleil jusqu’à Dhruva, on le célèbre comme Svargaloka (Svarloka).

Verse 19

महर्लोकः क्षितेरूर्ध्वमेककोटिप्रमाणतः । कोटिद्वये तु संख्यातो जनो भूर्लोकतो जनैः

Maharloka se trouve au-dessus de la Terre, mesuré à un koṭi. Et Janaloka, selon ceux qui connaissent ces mesures, est compté à deux koṭis au-dessus de Bhūrloka.

Verse 20

चतुष्कोटिप्रमाणस्तु तपोलोकोऽस्ति भूतलात् । उपरिष्टात्क्षितेरष्टौ कोटयः सत्यमीरितम्

Tapoloka se tient au-dessus du plan terrestre, mesuré à quatre koṭis. Plus haut encore, au-dessus de la Terre de huit koṭis, se trouve Satyaloka : ainsi est-il proclamé.

Verse 21

सत्यादुपरि वैकुंठो योजनानां प्रमाणतः । भूर्लोकात्परिसंख्यातः कोटिषोडशसंमितः

Au-dessus de Satyaloka se trouve Vaikuṇṭha, mesuré en yojanas. Sa distance depuis Bhūrloka est comptée à seize koṭis (de yojanas).

Verse 22

यत्रास्ते श्रीपतिः साक्षात्सर्वेषामभयप्रदः । ततस्तु षोडशगुणः कैलासोऽस्ति शिवालयः

Là demeure en personne Śrīpati (Viṣṇu), dispensateur d’intrépidité à tous. Au-delà, seize fois plus haut, se trouve Kailāsa, la demeure de Śiva.

Verse 23

पार्वत्या सहितः शंभुर्गजास्य स्कंद नंदिभिः । यत्र तिष्ठति विश्वेशः सकलः स परः स्मूतः

Là, Śambhu demeure avec Pārvatī, avec Gajāsya (Gaṇeśa), Skanda et Nandin. Là où Viśveśa réside en plénitude, cet état est proclamé Suprême.

Verse 24

तस्य देवस्य खेलोऽयं स्वलीला मूर्तिधारिणः । स विश्वेश इति ख्यात स्तस्याज्ञाकृदिदं जगत्

Cet univers n’est que le jeu sacré de ce Dieu, qui, par sa libre délectation, assume une forme. Il est renommé Viśveśa, et ce monde agit selon son ordre.

Verse 25

सर्वेषां शासकश्चासौ तस्य शास्ता न चापरः । स्वयं सृजति भूतानि स्वयं पाति तथात्ति च

Lui seul est le souverain de tous ; nul autre gouverneur n’est au-dessus de Lui. Lui-même crée les êtres, Lui-même les protège, et Lui-même aussi les résorbe (les consume).

Verse 26

सर्वज्ञ एकः स प्रोक्तः स्वेच्छाधीन विचेष्टितः । तस्य प्रवतर्कः कोपि नहि नैव निवर्तकः

Il est proclamé l’unique Seigneur omniscient, dont l’agir dépend uniquement de sa propre volonté. Nul ne peut le questionner, et nul ne peut le retenir ni le faire revenir en arrière.

Verse 27

अमूर्तं यत्परं ब्रह्म समूर्तं श्रुतिचोदितम् । सर्वव्यापि सदा नित्यं सत्यं द्वैतविवर्जितम्

Ce Brahman suprême, sans forme, est aussi enseigné par les Veda comme prenant forme. Il est omniprésent, toujours et éternel — réel, et exempt de dualité.

Verse 28

सर्वेभ्यः कारणेभ्यश्च परात्परतरं परम् । आनंदं ब्रह्मणो रूपं श्रुतयो यत्प्रचक्षते

Au-delà de toutes les causes, et même au-delà de ce qu’on nomme « au-delà », se tient le Suprême. Les Veda proclament que la béatitude (ānanda) est la nature même de Brahman.

Verse 29

संविदं तेन यं वेदा विष्णुर्वेद न वै विधिः । यतो वाचो निवर्तंते ह्यप्राप्य मनसा सह

Cette conscience par laquelle les Veda sont connus — Viṣṇu la connaît, mais pas même Vidhi (Brahmā). D’elle, les paroles reviennent, incapables de l’atteindre, avec le mental.

Verse 30

स्वयंवेद्यः परं ज्योतिः सर्वस्य हृदि संस्थितः । योगिगम्यस्त्वनाख्येयो यः प्रमाणैकगोचरः

Auto-révélée est la Lumière suprême, établie au cœur de tous. Accessible aux yogins, pourtant indicible : connue seulement par la réalisation directe et authentique.

Verse 31

नानारूपोप्यरूपो यः सर्वगोपि न गोचरः । अनंतोप्यंतक वपुः सर्ववित्कर्मवर्जितः

Lui qui, bien qu’apparaissant en maintes formes, est en vérité sans forme ; bien qu’omniprésent, n’est pas objet des sens ; bien qu’infini, prend la forme du Terminateur ; omniscient, et pourtant sans action : tel est le Seigneur.

Verse 32

तस्येदमैश्वरं रूपं खंडचंद्रावतंसकम् । तमालश्यामलगलं स्फुरद्भालविलोचनम्

Voici sa forme souveraine : ornée du croissant de lune en diadème ; la gorge sombre comme le tamāla ; et l’œil resplendissant au front, qui jaillit d’éclat.

Verse 33

लसद्वामार्धनारीकं कृतशेषशुभांगदम् । गंगातरंगसत्संग सदाधौतजटातटम्

Le flanc gauche resplendissant en Dame (Ardhanārī) ; le reste du corps paré d’ornements de bon augure ; et les rives de ses mèches emmêlées sans cesse lavées par la sainte compagnie des vagues du Gaṅgā.

Verse 34

स्मरांगरजःपुंज पूजितावयवोज्ज्वलम् । विचित्रगात्रविधृतमहाव्यालविभूषणम्

Ses membres brillent comme s’ils avaient été honorés par des monceaux de cendre du corps de Smara ; et son corps merveilleux porte de grands serpents en guise d’ornements.

Verse 35

महोक्षस्यंदनगमं विरुताजगवायुधम् । गजाजिनोत्तरासंगं दशार्धवदनं शुभम्

Il se meut avec le grand taureau pour char; il porte l’arc puissant pour arme; il est revêtu d’une peau d’éléphant en manteau; et son visage de bon augure resplendit de dix-huit aspects.

Verse 36

उत्त्रासित महामृत्यु महाबलगणावृतम् । शरणार्थिकृतत्राणं नत निर्वाणकारणम् । मनोरथपथातीतं वरदानपरायणम्

Il épouvante même la Grande Mort; il est entouré de troupes à la force immense. À ceux qui cherchent refuge, il accorde protection; pour le dévot incliné, il devient la cause même du nirvāṇa. Au-delà des voies du désir mondain, il est tout entier voué à l’octroi des grâces.

Verse 37

तस्य तत्त्वस्वरूपस्य रूपातीतस्य भो द्विज । परावरे रुद्ररूपे सर्वेव्याप्यावतिष्ठत

Ô brāhmane, Celui dont l’essence est le Principe même du Réel, qui transcende toute forme : demeurant comme Rudra dans les sphères supérieures et inférieures, il pénètre tout et se tient établi partout.

Verse 38

निराकारोपि साकारः शिव एव हि कारणम । मुक्तये भुक्तये वापि न शिवान्मोक्षदो परः

Bien qu’il soit sans forme, il est aussi avec forme : Śiva seul est la cause véritable. Qu’il s’agisse de délivrance ou de jouissance en ce monde, nul n’est plus haut que Śiva, dispensateur de mokṣa.

Verse 39

यथा तेनाखिलं ह्येतत्पार्वतीपतिसात्कृतम । इदं चराचरं सर्वं दृश्यादृश्यमरूपिणा

Ainsi, tout ceci—oui, l’univers entier—a été rendu sien par le Seigneur de Pārvatī : tout ce qui se meut et ne se meut pas, tout ce qui est visible et invisible, par l’Être sans forme.

Verse 40

तथा मृडानीकांतेन विष्णुसादखिलंजगत । विधाय क्रीड्यते विप्र नित्यं स्वच्छंद लीलया

Ainsi, ô brāhmane, par l’Époux bien-aimé de Mṛḍānī (Pārvatī), l’univers tout entier est placé sous la puissance de Viṣṇu ; l’ayant ainsi ordonné, Il se livre éternellement à sa līlā, libre et souveraine.

Verse 41

यथाशिवस्तथा विष्णुर्यथाविष्णुस्तथा शिवः । अंतरं शिवविष्ण्वोश्च मनागपि न विद्यते

Tel est Śiva, tel est Viṣṇu ; tel est Viṣṇu, tel est Śiva. Entre Śiva et Viṣṇu, il n’existe pas la moindre différence.

Verse 42

आहूय पूर्वं ब्रह्मादीन्समस्तान्देवतागणान् । विद्याधरोरगादींश्च सिद्धगंधर्वचारणान्

D’abord, ayant convoqué Brahmā et les autres—toutes les cohortes des dieux—il appela aussi les Vidyādharas, les Nāgas, les Siddhas, les Gandharvas et les Cāraṇas.

Verse 43

निजसिंहासनसमं कृत्वा सिंहासनं शुभम् । उपवेश्य हरिं तत्र च्छत्रं कृत्वा मनोहरम्

Ayant préparé un trône de bon augure, égal à son propre siège royal, il y fit asseoir Hari, et y dressa un ravissant dais rituel (ombrelle royale).

Verse 44

श्लक्ष्णं कोटिशलाकं च विश्वकर्मविनिर्मितम् । पांडुरं रत्नदंडं च स्थूलमुक्तावलंबितम्

Lisse, muni d’innombrables baleines, façonné par Viśvakarman ; d’une blancheur éclatante, avec un manche serti de joyaux, et orné de grosses perles suspendues.

Verse 45

कलशेन विचित्रेण ह्युपरिष्टाद्विराजितम् । सहस्रयोजनायामं सर्वरत्नमयं शुभम्

Il resplendissait au sommet, couronné d’un merveilleux kalaśa. De bon augure, vaste comme s’il s’étendait sur mille yojanas, il était entièrement composé de toutes sortes de joyaux.

Verse 46

पट्टसूत्रमयैरम्यैश्चामरैश्च परिष्कृतम् । राजाभिषेकयोग्यैश्च द्रव्यैः सर्वौषधादिभिः

Il était orné de ravissants cāmaras, éventails en queue de yak tissés de fins fils de soie, et pourvu de matières dignes de l’abhiṣeka royal, avec toutes sortes d’herbes médicinales et autres offrandes.

Verse 47

प्रत्यक्षतीर्थपाथोभिः पंचकुंभैर्मनोहरैः । सिद्धार्थाक्षतदूर्वाभिर्मंत्रैः स्वयमुपस्थितैः

Avec cinq charmantes jarres remplies d’eau provenant de tīrthas manifestes, et avec des graines de moutarde, du riz intact (akṣata) et l’herbe dūrvā, ainsi que des mantras comme présents d’eux-mêmes, le rite fut disposé.

Verse 48

देवानां च तथर्षीणां सिद्धानां फणिनामपि । आनीय मंगलकराः कन्याः षोडशषोडश

Et l’on amena des jeunes filles de bon augure, venues d’entre les dieux, les ṛṣis, les Siddhas et même les seigneurs des serpents, seize et seize, par groupes.

Verse 49

वीणामृदंगाब्जभेरी मरु डिंडिमझर्झरैः । आनकैः कांस्यतालाद्यै र्वाद्यैर्ललितगायनैः

Avec des vīṇās, des mṛdaṅgas, des tambours semblables au lotus, des bherīs, des marus, des ḍiṇḍimas et des jharjharas; avec des ānakas, des cymbales de bronze et autres instruments, accompagnés d’un chant gracieux.

Verse 50

ब्रह्मघोषमहारावैरापूरितनभोंगणे । शुभे तिथौ शुभे लग्ने ताराचंद्रबलान्विते

Alors que la voûte du ciel était remplie du grand fracas des acclamations védiques, l’acte fut accompli en un tithi de bon augure, à une heure propice, fortifié par des étoiles favorables et par la lune.

Verse 51

आबद्धमुकुटं रम्यं कृतकौतुकमंगलम् । मृडानीकृतशृंगारं सुश्रिया सुश्रियायुतम्

Il apparut avec une couronne charmante, solidement attachée, paré d’emblèmes festifs de bon augure ; sa parure fut arrangée par Mṛḍānī (Pārvatī), et il resplendit, uni à une fortune et une grâce éclatantes.

Verse 52

अभिषिच्य महेशेन स्वयं ब्रह्मांडमंडपे । दत्तं समस्तमैश्वर्यं यन्निजं नान्यगामि च

Dans le pavillon de l’assemblée cosmique, Maheśa lui-même le consacra et lui conféra la souveraineté entière — sa seigneurie innée — qui ne devait jamais passer à un autre.

Verse 53

ततस्तुष्टाव देवेशः प्रमथैः सह शार्ङ्गिणम् । ब्रह्माणं लोककर्तारमुवाच च वचस्त्विदम्

Alors le Seigneur des dieux, avec ses Pramathas, loua Śārṅgiṇ (Viṣṇu) ; puis il adressa ces paroles à Brahmā, le créateur des mondes.

Verse 54

मम वंद्यस्त्वयं विष्णुः प्रणमत्वममुं हरिम् । इत्युक्त्वाथ स्वयं रुद्रो ननाम गरुडध्वजम्

«Ce Viṣṇu est vénérable même pour moi ; prosterne-toi devant ce Hari.» Ayant ainsi parlé, Rudra lui-même se prosterna devant le Seigneur dont l’étendard porte Garuḍa.

Verse 55

ततो गणेश्वरैः सर्वैंर्ब्रह्मणा च मरुद्गणैः । योगिभिः सनकाद्यैश्च सिद्धैर्देवर्षिभिस्तथा

Alors, avec tous les seigneurs des troupes de Śiva, et avec Brahmā et les cohortes des Maruts, les yogin, Sanaka et les autres sages, les Siddha, ainsi que les ṛṣi divins—

Verse 56

विद्याधरैः सगंधर्वैर्यक्षरक्षोप्सरोगणैः । गुह्यकैश्चारणैर्भूतैः शेष वासुकि तक्षकैः

—par les Vidyādhara avec les Gandharva; par des troupes de Yakṣa, de Rākṣasa et d’Apsaras; par les Guhyaka, les Cāraṇa et les Bhūta; et par Śeṣa, Vāsuki et Takṣaka—

Verse 57

पतत्रिभिः किंनरैश्च सर्वैः स्थावरजंगमैः । ततो जयजयेत्युक्त्वा नमोस्त्विति नमोस्त्विति

—par les oiseaux et les Kiṃnara, et par tous les êtres, mobiles et immobiles. Alors, criant : « Victoire, victoire ! », ils répétaient sans cesse : « Hommage à Toi ! Hommage à Toi ! »

Verse 58

ततोहरिर्महेशेन संसदि द्युसदां तदा । एतैर्महारवै रम्यैश्चानर्चि परमार्चिषा

Alors, dans l’assemblée des habitants du ciel, Hari fut vénéré par Maheśa, au milieu de ces acclamations suaves et retentissantes, et dans une splendeur suprême.

Verse 59

त्वं कर्ता सर्वभूतानां पाता हर्ता त्वमेव च । त्वमेव जगतां पूज्यस्त्वमेव जगदीश्वरः

Tu es le créateur de tous les êtres ; Toi seul es leur protecteur et aussi Celui qui les résorbe. Toi seul es digne d’adoration pour les mondes ; Toi seul es le Seigneur de l’univers.

Verse 60

दाता धर्मार्थकामानां शास्ता दुर्नयकारिणाम् । अजेयस्त्वं च संग्रामे ममापि हि भविष्यसि

Tu es le dispensateur du dharma, de l’artha et du kāma ; tu es le châtieur de ceux qui suivent la mauvaise voie. Inconquérable au combat, tu seras assurément pour moi aussi protecteur et appui.

Verse 61

इच्छाशक्तिः क्रियाशक्तिर्ज्ञानशक्तिस्तथोत्तमा । शक्तित्रयमिदं विष्णो गृहाण प्रापितं मया

La puissance de la volonté, la puissance de l’action, et la suprême puissance de la connaissance : cette triade de śakti, ô Viṣṇu, reçois-la, car je l’ai fait surgir et te l’ai offerte.

Verse 62

त्वद्द्वेष्टारो हरे नूनं मया शास्याः प्रयत्नतः । त्वद्भक्तानां मया विष्णो देयं निर्वाणमुत्तमम्

Ceux qui te haïssent, ô Hari, je les châtierai assurément de tout mon effort ; mais à tes dévots, ô Viṣṇu, j’accorderai la délivrance suprême, le nirvāṇa le plus haut.

Verse 63

मायां चापि गृहाणेमां दुष्प्रणोद्यां सुरासुरैः । यया संमोहितं विश्वमकिंचिज्ज्ञं भविष्यति

Reçois aussi cette Māyā, difficile à repousser même pour les dieux et les asuras ; par elle, le monde entier, égaré, devient comme s’il ne savait rien.

Verse 64

वामबाहुर्मदीयस्त्वं दक्षिणोसौ पितामहः । अस्यापि हि विधेः पाता जनितापि भविष्यसि

Tu es mon bras gauche, et ce Pitāmaha (Brahmā) est le bras droit. Oui, tu deviendras aussi le protecteur—et, d’une certaine manière, le géniteur—de cet Ordonnateur (Brahmā).

Verse 65

वैकुंठैश्वर्यमासाद्य हरेरित्थं हरः स्वयम् । कैलासे प्रमथैः सार्धं स्वैरं क्रीडत्युमापतिः

Ainsi, ayant obtenu la souveraine splendeur du Vaikuṇṭha de Hari, Hara lui-même—Umāpati—se divertit librement sur le Kailāsa avec les Pramathas.

Verse 66

तदा प्रभृति देवोसौ शार्ङ्गधन्वा गदाधरः । त्रैलोक्यमखिलं शास्ति दानवांतकरो हरिः

Dès lors, ce Dieu—Hari, porteur de l’arc Śārṅga et de la massue—règne sur l’ensemble des trois mondes, destructeur des Dānavas.

Verse 67

इति ते कथिता विप्र लोकानां च परिस्थितिः । इदानीं कथयिष्यावस्तवनिर्वाण कारणम्

Ainsi, ô Brāhmaṇa, je t’ai exposé l’état des mondes. À présent, je te dirai la cause de ta délivrance.

Verse 68

इदं तु परमाख्यानं शृणुयाद्यः समाहितः । स्वर्लोकमभिगम्याथ काश्यां निर्वाणमाप्नुयात्

Mais quiconque, l’esprit recueilli, écoute ce récit sacré suprême—après avoir gagné Svarga, il obtient le nirvāṇa à Kāśī.

Verse 69

यज्ञोत्सवे विवाहे च मंगलेष्वखिलेष्वपि । राज्याभिषेक समये देवस्थापनकर्मणि

Lors de la fête du yajña, lors du mariage et, en vérité, en toutes les occasions fastes; au moment du sacre royal et dans le rite d’installation de la divinité…

Verse 70

सर्वाधिकारदानेषु नववेश्मप्रवेशने । पठितव्यं प्रयत्नेन तत्कार्य परिसिद्धये

Lors de toute investiture d’autorité et lors de l’entrée dans une demeure nouvelle, qu’on le récite avec effort, afin que l’entreprise s’accomplisse parfaitement.

Verse 71

अपुत्रो लभते पुत्रमधनो धनवान्भवेत् । व्याधितो मुच्यते रोगाद्बद्धो मुच्येत बंधनात्

Celui qui est sans enfant obtient un fils; le pauvre devient riche. Le malade est délivré de la maladie, et l’enchaîné est libéré de ses liens.

Verse 72

जप्यमेतत्प्रयत्नेन सततं मंगलार्थिना । अमंगलानां शमनं हरनारायणप्रियम

Celui qui recherche l’auspice doit le psalmodier sans cesse, avec effort, en japa continu. Il apaise les malheurs et il est cher à Hara (Śiva) et à Nārāyaṇa (Viṣṇu).