
Ce chapitre, rapporté par Śrī Mārkaṇḍeya, dépeint la scène du yugānta-pralaya : le monde est submergé par les eaux. Śiva, Seigneur suprême, repose en absorption yogique, soutenu par Prakṛti, tandis que sages et êtres divins le contemplent et le glorifient. S’ensuit un échange théologique : Brahmā se lamente de la perte des quatre Veda, affirmant qu’ils sont indispensables à l’acte créateur, à la mémoire du temps (passé et présent) et à la connaissance ordonnée. Sur l’invitation de Śiva, Narmadā (Revā) en révèle la cause : deux puissants daitya, Madhu et Kaiṭabha, profitent d’une faille durant l’état de « sommeil » divin et cachent les Veda dans les profondeurs de l’océan. On rappelle alors l’intervention vaiṣṇava : la Divinité prend la forme d’un poisson (mīnarūpa), descend à Pātāla, retrouve les Veda, vainc les daitya et les rend à Brahmā, permettant une nouvelle création. Le discours s’achève par une théologie des fleuves : Gaṅgā, Revā (Narmadā) et Sarasvatī sont une unique puissance sacrée en trois expressions, liées à de grandes formes divines. Narmadā est louée comme subtile, pénétrante et purificatrice, moyen de traverser le saṃsāra ; le contact de ses eaux et l’adoration respectueuse de Śiva sur ses rives procurent purification et fruits spirituels élevés.
Verse 1
श्रीमार्कण्डेय उवाच । पुनर्युगान्तं ते चान्यं सम्प्रवक्ष्यामि तच्छृणु । सूर्यैरादीपिते लोके जङ्गमे स्थावरे पुरा
Śrī Mārkaṇḍeya dit : «Je vais encore te dire une autre fin de yuga ; écoute. Jadis, lorsque le monde était brûlé par des soleils, les êtres mobiles comme les immobiles étaient affligés».
Verse 2
सरित्सरःसमुद्रेषु क्षयं यातेषु सर्वशः । निर्मानुषवषट्कारे ह्यमर्यादगतिं गते
Lorsque les rivières, les lacs et les océans furent partout réduits à néant, et que cessèrent les rites humains du «vaṣaṭ»—oui, lorsque tout sombra au-delà de l’ordre légitime—…
Verse 3
नानारूपैस्ततो मेघैः शक्रायुधविराजितैः । सर्वमापूरितं व्योम वार्यौघैः पूरिते तदा
Alors le ciel fut entièrement rempli de nuées aux formes diverses, éclatantes de l’arme d’Indra—l’éclair ; et, en ce temps-là, il fut submergé par des torrents d’eau.
Verse 4
ततस्त्वेकार्णवीभूते सर्वतः सलिलावृते । जगत्कृत्वोदरे सर्वं सुष्वाप भगवान्हरः
Puis, lorsque tout devint un seul océan et fut couvert d’eau de toutes parts, le Bienheureux Hara (Śiva), ayant recueilli l’univers entier dans son ventre, s’étendit et s’endormit.
Verse 5
प्रकृतिं स्वामवष्टभ्य योगात्मा स प्रजापतिः । शेते युगसहस्रान्तं कालमाविश्य सार्णवम्
S’appuyant sur sa propre Prakṛti (nature cosmique), ce Seigneur—dont l’essence est le Yoga, le Prajāpati—demeure en repos, fondu dans le déluge océanique, jusqu’à la fin de mille yugas.
Verse 6
तत्र सुप्तं महात्मानं ब्रह्मलोकनिवासिनः । भृग्वादिऋषयः सर्वे ये चान्ये सनकादयः
Là, le Grand-Âme reposait endormi ; et tous les ṛṣis demeurant en Brahmaloka—Bhṛgu et les autres—ainsi que d’autres tels que Sanaka et ses frères, vinrent et le contemplèrent.
Verse 7
पर्यङ्के विमले शुभ्रे नानास्तरणसंस्तृते । शयानं ददृशुर्देवं सपत्नीकं वृषध्वजम्
Sur une couche pure et lumineuse, étendue de multiples étoffes, ils virent le Dieu reposant—Śiva, au drapeau du Taureau (Vṛṣadhvaja)—avec son épouse divine.
Verse 8
विश्वरूपा तु सा नारी विश्वरूपो महेश्वरः । गाढमालिङ्ग्य सुप्तस्तां ददृशे चाहमव्ययम्
Cette Femme était de forme universelle, et Maheśvara aussi était de forme universelle. L’ayant étroitement enlacée, Il s’endormit ; et je contemplai l’Immuable, l’Impérissable.
Verse 9
। अध्याय
Chapitre — marque d’en-tête de chapitre.
Verse 10
विमलाम्बरसंवीतां व्यालयज्ञोपवीतिनीम् । श्यामां कमलपत्राक्षीं सर्वाभरणभूषिताम्
Ils La virent revêtue de vêtements immaculés, portant un serpent pour cordon sacré ; sombre de teint, aux yeux tels des pétales de lotus, parée de tous les ornements.
Verse 11
सकलं युगसाहस्रं नर्मदेयं विजानती । प्रसुप्तं देवदेवेशमुपास्ते वरवर्णिनी
Connaissant la contrée de la Narmadā, la Dame, belle et excellente, servait avec adoration le Seigneur des seigneurs des dieux, étendu en profond repos, durant tout l’espace de mille yugas.
Verse 12
हृतैर्वेदैश्चतुर्भिश्च ब्रह्माप्येवं महेश्वरः । भृग्वाद्यैर्मानसैः पुत्रैः स्तौति शङ्करमव्ययम्
Même Brahmā — bien que les quatre Veda eussent été dérobés — ainsi, avec ses fils nés de l’esprit tels que Bhṛgu, loua Śaṅkara, l’Impérissable.
Verse 13
भक्त्या परमया राजंस्तत्र शम्भुमनामयम् । स्तुवन्तस्तत्र देवेशं मन्त्रैरीश्वरसम्भवैः
Ô roi, là, avec une dévotion suprême, ils louèrent Śambhu, l’Irréprochable ; là, ils exaltèrent le Seigneur des dieux par des mantras nés d’Īśvara.
Verse 14
प्रसुप्तं देवमीशानं बोधयन्समुपस्थितः । उत्तिष्ठ हर पिङ्गाक्ष महादेव महेश्वर
Se tenant tout près, cherchant à éveiller le Seigneur Īśāna endormi, il dit : «Lève-toi, ô Hara, ô toi aux yeux fauves — ô Mahādeva, ô Maheśvara !»
Verse 15
मम वेदा हृताः सर्वे अतोऽहं स्तोतुमुद्यतः । वेदैर्व्याप्तं जगत्सर्वं दिव्यादिव्यं चराचरम्
Tous mes Veda ont été dérobés ; c’est pourquoi je me lève à présent pour offrir la louange. Car l’univers entier—divin et non divin, mobile et immobile—est pénétré et soutenu par les Veda.
Verse 16
अतीतं वर्तमानं च स्मरामि च सृजाम्यहम् । तैर्विना चाहमेकस्तु मूकोऽधो जडवत्सदा
Je me souviens du passé et du présent, et je fais naître la création. Mais sans eux (les Veda), moi seul je deviens toujours muet, rabaissé et inerte, tel un être sans conscience.
Verse 17
गतिर्वीर्यं बलोत्साहौ तैर्विना न प्रजायते । तैर्विना देवदेवेश नाहं किंचित्स्मरामि वै
Sans eux ne naissent ni l’élan, ni la vigueur, ni la force, ni la résolution. Sans eux, ô Seigneur des dieux, je ne puis vraiment me souvenir de rien du tout.
Verse 18
तान्वेदान्देवदेवेश शीघ्रं मे दातुमर्हसि । जडान्धबधिरं सर्वं जगत्स्थावरजङ्गमम्
Ainsi, ô Seigneur des dieux, daigne me donner promptement ces Veda. Sans eux, le monde entier—immobile et mobile—devient comme inerte, aveugle et sourd.
Verse 19
स्थानादि दश चत्वारि न शोभन्ते सुरेश्वर । प्रणमाम्यल्पवीर्यत्वाद्वेदहीनः सुरेश्वर
Ô Seigneur des dieux, les quatorze demeures et le reste ne brillent pas pour moi. Dépourvu des Veda et faible en puissance, je me prosterne devant toi, ô Sureśvara.
Verse 20
वेदेभ्यः सकलं जातं यत्किंचित्सचराचरम् । तावच्छोभन्ति शास्त्राणि समस्तानि जगद्गुरो
Des Veda est né tout ce qui existe, mobile et immobile. Ce n’est que tant qu’ils demeurent que toutes les Écritures resplendissent, ô Maître du monde.
Verse 21
यावद्वेदनिधिरयं नोपतिष्ठेत्सनातनः । यथोदितेन सूर्येण तमो याति विनाशताम्
Tant que ce trésor éternel du Veda ne se tient pas présent, l’obscurité demeure; mais lorsque le soleil se lève, les ténèbres vont à leur perte.
Verse 22
एवं समस्तपापानि यान्ति वेदस्य धारणात् । वेदे रहसि यत्सूक्ष्मं यत्तद्ब्रह्म सनातनम्
Ainsi, tous les péchés s’éloignent par le maintien du Veda. Et cette essence subtile et secrète dans le Veda, sache-le : c’est le Brahman éternel.
Verse 23
हृदिस्थं देव जानामि गतं तद्वेदगर्जनात् । वेदानुच्चरतो मेऽद्य तव शङ्कर चाग्रतः
Ô Dieu, je sais que ce qui demeurait en mon cœur s’en est allé, emporté par le rugissement du Veda. Aujourd’hui, incapable de réciter les Vedas, je me tiens devant toi, ô Śaṅkara.
Verse 24
अकस्मात्ते गता वेदा न सृजेयं विभो भुवम् । तेऽपि सर्वे महादेव प्रविष्टाः सम्मुखार्णवम्
Lorsque tes Vedas s’en allèrent soudain, ô Seigneur, je ne pus créer le monde. Et ces Vedas eux-mêmes, ô Mahādeva, sont tous entrés dans l’océan qui se tient devant toi.
Verse 25
ते याच्यमाना देवेश तिष्ठन्तु स्मरणे मम । दुहितेयं विशालाक्षी सर्वः सर्वं विजानते
Ô Seigneur des dieux, lorsqu’on les implore, qu’ils demeurent dans mon souvenir. Cette fille aux grands yeux connaît tout ; oui, l’Omniscient comprend toute chose.
Verse 26
जायती युगसाहस्रं नान्या काचिद्भवेदृशी । ऋषिश्चायं महाभागो मार्कण्डो धीमतां वरः
Elle demeure durant mille yugas ; nulle autre ne lui ressemble. Et ce sage, le très fortuné Mārkaṇḍeya, est le premier parmi les hommes de discernement.
Verse 27
कल्पे कल्पे महादेव त्वामयं पर्युपासते । जगत्त्रयहितार्थाय चरते व्रतमुत्तमम्
À chaque kalpa, ô Mahādeva, il t’honore par une présence dévouée. Pour le bien des trois mondes, il observe un vœu suprême.
Verse 28
एवमुक्तस्तु देवेशो ब्रह्मणा परमेष्ठिना । उवाच श्लक्ष्णया वाचा नर्मदां सरितां वराम्
Ainsi interpellé par Brahmā, le Seigneur suprême, le Seigneur des dieux, adressa d’une voix douce ses paroles à Narmadā, la plus excellente des rivières.
Verse 29
कथयस्व महाभागे ब्रह्मणस्त्वं तु पृच्छतः । केन वेदा हृताः सर्वे वेधसो जगतीगुरोः
Raconte-le, ô très fortunée, car Brahmā interroge : par qui tous les Veda furent-ils dérobés au Créateur, le Guru du monde ?
Verse 30
एवमुक्ता तु रुद्रेण उवाच मृगलोचना । ब्रह्मणो जपतो वेदांस्त्वयि सुप्ते महेश्वर
Ainsi interpellée par Rudra, celle aux yeux de biche répondit : « Tandis que Brahmā récitait les Veda, et tandis que toi, ô Maheśvara, tu dormais… »
Verse 31
भवतश्छिद्रमासाद्य घोरेऽस्मिन्सलिलावृते । पूर्वकल्पसमुद्भूतावसुरौ सुरदुर्जयौ
Ayant trouvé une faille dans ton instant sans garde, en cette terrible étendue couverte d’eaux, surgirent deux asura issus d’un kalpa antérieur, invincibles même pour les dieux.
Verse 32
श्रियावृत्तौ महादेव त्वया चोत्पादितौ पुरा । सुरासुरसुदुर्जेयौ दानवौ मधुकैटभौ
Ô Mahādeva, en lien avec le mouvement de la Fortune de Śrī, tu les fis jadis naître : les dānava Madhu et Kaiṭabha, extrêmement difficiles à vaincre pour dieux comme pour asura.
Verse 33
तौ वायुभूतौ सूक्ष्मौ च पठतोऽस्मात्पितामहात् । तावाशु हृत्वा वेदांश्च प्रविष्टौ च महार्णवम्
Ces deux-là, devenus semblables au vent—d’une subtilité extrême—dérobèrent promptement les Veda au Pitāmaha tandis qu’il les récitait, puis entrèrent dans le grand océan.
Verse 34
एतच्छ्रुत्वा महातेजा ह्यमृतायास्ततो वचः । सस्मार स च देवेशं शङ्खचक्रगदाधरम्
Entendant ces paroles d’Amṛtā (Narmadā), ce héros d’un grand éclat se souvint alors du Seigneur, portant conque, disque et massue.
Verse 35
स विवेश महाराज भूतलं ससुरोत्तमः । दानवान्तकरो देवः सर्वदैवतपूजितः
Ô Roi, ce Dieu—loué même par les meilleurs des devas, destructeur des Dānavas et vénéré par toutes les divinités—pénétra dans le monde souterrain, au-dessous de la terre.
Verse 36
मीनरूपधरो देवो लोडयामास चार्वणम् । वेदांश्च ददृशे तत्र पाताले निहितान्प्रभुः
Revêtant la forme d’un poisson, le Seigneur remua et fouilla cette profondeur d’eau; et là, dans le royaume de Pātāla, le Souverain aperçut les Veda qui y avaient été cachés.
Verse 37
तौ च दैत्यौ महावीर्यौ दृष्टवान्मधुसूदनः । महावेगौ महाबाहू सूदयामास तेजसा
Voyant ces deux Daityas, puissants et héroïques, rapides dans leur assaut, Madhusūdana, le Seigneur aux grands bras, les terrassa par son éclat divin.
Verse 38
वेदांस्तत्रापि तोयस्थानानिनाय जगद्गुरुः । चतुर्वक्त्राय देवायाददाच्चक्रविभूषितः
Alors le Précepteur du monde rapporta les Veda jusque de ces demeures aquatiques et, paré du disque, les remit au dieu aux quatre visages, Brahmā.
Verse 39
ततः प्रहृष्टो भगवान् वेदांल्लब्ध्वा पितामहः । जनयामास निखिलं जगद्भूयश्चराचरम्
Ensuite, le vénérable Pitāmaha, Brahmā, réjoui d’avoir retrouvé les Veda, engendra de nouveau l’univers tout entier, le mobile et l’immobile.
Verse 40
सा च देवी नदी पुण्या रुद्रस्य परिचारिका । पावनी सर्वभूतानां प्रोवाह सलिलं तदा
Et cette déesse-fleuve, sainte, servante de Rudra, purificatrice de tous les êtres, fit alors couler ses eaux.
Verse 41
तस्यास्तीरे ततो देवा ऋषयश्च तपोधनाः । यजन्ति त्र्यम्बकं देवं प्रहृष्टेनान्तरात्मना
Sur sa rive, les devas et les rishis riches d’ascèse vénèrent le dieu Tryambaka, l’âme intérieure emplie d’allégresse.
Verse 42
एका मूर्तिर्महेशस्य कारणान्तरमागता । त्रैगुण्या कुरुते कर्म ब्रह्मचक्रीशरूपतः
Une seule forme de Maheśa, se manifestant selon un autre mode causal, accomplit les actes par les trois guṇa, apparaissant comme Brahmā, comme le Porteur du Disque (Viṣṇu) et comme Īśa (Śiva).
Verse 43
एतेषां तु पृथग्भावं ये कुर्वन्ति सुमोहिताः । तेषां धर्मः कुतः सिद्धिर्जायते पापकर्मिणाम्
Mais ceux qui, entièrement abusés, s’obstinent à voir une séparation entre ces formes divines, comment le dharma ou l’accomplissement spirituel pourrait-il naître chez de tels pécheurs ?
Verse 44
एवमेता महानद्यस्तिस्रो रुद्रसमुद्भवाः । एका एव त्रिधा भूता गङ्गा रेवा सरस्वती
Ainsi ces trois grands fleuves sont nés de Rudra : bien qu’en vérité un seul, il est devenu triple en Gaṅgā, Revā (Narmadā) et Sarasvatī.
Verse 45
गङ्गा तु वैष्णवी मूर्तिः सर्वपापप्रणाशिनी । रुद्रदेहसमुद्भूता नर्मदा चैवमेव तु
Gaṅgā est véritablement une manifestation de Viṣṇu, qui détruit tous les péchés. De même Narmadā, née du corps même de Rudra, possède ce même pouvoir d’anéantir le péché.
Verse 46
ब्राह्मी सरस्वती मूर्तिस्त्रिषु लोकेषु विश्रुता । दिव्या कामगमा देवी वाग्विभूत्यै तु संस्थिता
Sarasvatī est la forme brāhmī, renommée dans les trois mondes. Déesse divine qui exauce les aspirations, elle est établie pour la splendeur et la maîtrise de la Parole.
Verse 47
नर्मदा परमा काचिन्मर्त्यमूर्तिकला शिवा । दिव्या कामगमा देवी सर्वत्र सुरपूजिता
Narmadā est souverainement exaltée : Śivā lui-même s’y manifeste comme une parcelle sous une forme visible aux mortels. Divine et exauçant les vœux, elle est vénérée partout par les dieux.
Verse 48
व्यापिनी सर्वभूतानां सूक्ष्मात्सूक्ष्मतरा स्मृता । अक्षया ह्यमृता ह्येषा स्वर्गसोपानमुत्तमा
Elle pénètre tous les êtres et l’on se souvient d’elle comme plus subtile que le subtil. Vraiment elle est impérissable, vraiment elle est immortelle ; elle est l’échelle suprême qui mène au ciel.
Verse 49
सृष्टा रुद्रेण लोकानां संसारार्णवतारिणी
Créée par Rudra pour les mondes, elle fait traverser aux êtres l’océan du saṃsāra.
Verse 50
सीरजलं येऽपि पिबन्ति लोके मुच्यन्ति ते पापविशेषसङ्घैः । व्रजन्ति संसारमनादिभावं त्यक्त्वा चिरं मोक्षपदं विशुद्धम्
Même ceux qui, en ce monde, boivent l’eau tirée par la charrue sont délivrés d’amas de fautes particulières. Ayant longtemps délaissé l’état immaculé de la délivrance, ils rentrent de nouveau dans l’existence mondaine sans commencement.
Verse 51
यथा गङ्गा तथा रेवा तथा चैव सरस्वती । समं पुण्यफलं प्रोक्तं स्नानदर्शनचिन्तनैः
Telle est la Gaṅgā, telle est la Revā, telle aussi la Sarasvatī. Il est proclamé qu’un même fruit de mérite naît du bain, de la vision et du souvenir d’elles.
Verse 52
वरदानान्महाभागा ह्यधिका चोच्यते बुधैः । कारुण्यान्तरभावेन न मृता समुपागता
Parce qu’elle accorde des dons, cette très fortunée est dite par les sages encore supérieure. Par son intime disposition de compassion, elle n’a pas « disparu » ni diminué.
Verse 53
मुच्यन्ते दर्शनात्तेन पातकैः स्नानमङ्गलैः । नर्मदायां नृपश्रेष्ठ ये नमन्ति त्रिलोचनम्
Par ce bain de bon augure, et même par la seule vision, ils sont délivrés des péchés. Ô meilleur des rois : ceux qui, sur la Narmadā, se prosternent devant Trilocana, Śiva aux Trois Yeux, obtiennent une telle délivrance.
Verse 54
उमारुद्राङ्गसम्भूता येन चैषा महानदी । लोकान्प्रापयते स्वर्गं तेन पुण्यत्वमागता
Parce que ce grand fleuve est né du corps d’Umā et de Rudra, et parce qu’il conduit les êtres au ciel, il a ainsi obtenu le rang de mérite suprême et de sainteté.
Verse 55
य एवमीशानवरस्य देहं विभज्य देवीमिह संशृणोति । स याति रुद्रं महतारवेण गन्धर्वयक्षैरिव गीयमानः
Quiconque, ainsi, entend ici le récit de la Déesse—comment le corps du Seigneur excellent Īśāna fut partagé—parvient à Rudra, s’avançant au milieu d’une grande acclamation, comme chanté par les Gandharvas et les Yakṣas.