
Sanātana instruit Nārada sur les vœux liés au troisième jour lunaire (Tṛtīyā), en mettant au premier plan les rites féminins pour le saubhāgya (bonheur conjugal), la descendance et la prospérité du foyer. Le chapitre s’ouvre sur le Gaurī-vrata de Caitra śukla-tṛtīyā : façonner une image en couple de Gaurī avec son époux (métal ou argile), l’adorer avec dūrvā et parures, jeûner, veiller la nuit, offrir un don au maître, puis immerger l’effigie. Il présente ensuite une observance de longue durée (12 ans) avec la dāna finale (dhenudvādaśa-saṅkalpa). Vient l’Akṣayā (Rādhā) Tṛtīyā, où les actes deviennent inépuisables ; le texte relie le tithi aux commencements des yuga et prescrit le culte de Viṣṇu–Śrī, le bain dans la Gaṅgā, l’usage d’akṣata et le repas offert aux brāhmaṇas. Suivent des variantes selon les mois : Rambhā-vrata (Jyeṣṭha), adoration de Keśava–Lakṣmī (Āṣāḍha), Svarṇa-Gaurī (Bhādrapada) sur un cycle de 16 ans avec udyāpana comprenant homa et distribution de vāyana, Hāritālaka, Hasta-Gaurī (tithi coïncidant avec la nakṣatra Hasta), Koṭīśvarī/Lakṣeśvarī (vœu de 4 ans avec cent mille grains et une image à base de lait), un Grand Gaurī-vrata (Īṣa, 5 ans) avec culte de cinq suvāsinīs et vases rituels, et d’autres vœux en paire (Viṣṇu-Gaurī, Hara–Gaurī, Brahma-Gaurī, Saubhāgya-sundarī). La conclusion fixe le modèle commun de Tṛtīyā : adoration de la Devī, honneur aux brāhmaṇas, charité, homa et visarjana.
Verse 1
सनातन उवाच । श्रृणु नारद वक्ष्यामि तृतीयाया व्रतानि ते । यानि सम्यग्विधायाशु नारी सौभाग्यमाप्नुयात् ॥ १ ॥
Sanātana dit : Écoute, ô Nārada ; je vais te dire les vœux (vrata) du jour de Tṛtīyā (le troisième jour lunaire). En les accomplissant correctement, une femme obtient vite le saubhāgya : la bonne fortune conjugale et le bien-être.
Verse 2
चैत्रशुक्लतृतीयायां गौरीं कृत्वा सभर्तृकाम् । सौवर्णा राजतीं वापि ताम्नीं वा मृण्ययीं द्विज ॥ २ ॥
Ô deux-fois-né, au jour de Tṛtīyā de la quinzaine claire de Caitra, qu’on façonne une image de Gaurī avec son époux—en or, ou en argent, ou en cuivre, ou encore en argile.
Verse 3
अभ्यर्च्य गन्धपुष्पाद्यैर्वस्त्रैराभरणैः शुभैः । दूर्वाकांडैश्च विधिवत्सोपवासा तु कन्यका ॥ ३ ॥
Après avoir rendu un culte selon le rite avec parfums, fleurs et autres offrandes, avec des vêtements et des ornements de bon augure, et avec des brins d’herbe dūrvā, la jeune fille doit ensuite observer le jeûne (upavāsa).
Verse 4
वरार्थिनी च सौभाग्यपुत्रभर्त्रर्थिनी तथा । द्विजभार्या भर्तृमतीः कन्यकां वा सुलक्षणाः ॥ ४ ॥
La jeune fille qui recherche un époux digne, la femme qui désire la bonne fortune, celle qui aspire à un fils ou au bien de son mari; de même l’épouse d’un « deux-fois-né » (brāhmaṇa) vivant unie à son époux, ou une jeune fille aux signes auspices — toutes peuvent être comprises ici.
Verse 5
सिंदूरांजनवस्त्राद्यैः प्रतोष्य प्रीतमानसा । रात्रौ जागरणं कुर्याद्व्रतसंपूर्तिकाम्यया ॥ ५ ॥
L’esprit réjoui, qu’on satisfasse la divinité en offrant sindūra (vermillon), añjana (collyre), vêtements et autres présents; et, désirant l’accomplissement parfait du vœu, qu’on veille durant la nuit.
Verse 6
ततस्तां प्रतिमां विप्र गुरवे प्रतिपादयेत् । धातुजां मृन्मयीं वा तु निक्षिपेच्च जलाशये ॥ ६ ॥
Ensuite, ô brāhmaṇa, qu’on remette cette image au maître (guru) ; et, qu’elle soit de métal ou d’argile, qu’on l’immerge ensuite dans un réservoir d’eau.
Verse 7
एवं द्वादशवर्षाणि कृत्वा गौरीव्रतं शुभम् । धेनुद्वादशसंकल्पं दद्यादुत्सर्गसिद्धये ॥ ७ ॥
Ainsi, après avoir observé durant douze ans l’auspicieux Gaurī-vrata, qu’on fasse le don votif appelé « dhenudvādaśa-saṅkalpa » (la résolution des douze vaches), afin d’obtenir la réussite de l’utsarga, l’offrande de clôture.
Verse 8
किमत्र बहुनोक्तेन गौरी सौभाग्यदायिनी । स्त्रीणां यथा तथा नान्या विद्यते भुवनत्रये ॥ ८ ॥
À quoi bon en dire davantage ? Gaurī est celle qui accorde la bonne fortune ; pour les femmes, il n’est nulle autre divinité semblable à elle dans les trois mondes.
Verse 9
धनं पुत्रान्पतिं विद्यामाज्ञासिद्धिं यशः सुखम् । लभते सर्वमेवेष्टं गौरीमभ्यर्च्य भक्तितः ॥ ९ ॥
En adorant Gaurī avec dévotion, on obtient richesse, enfants, un époux digne, savoir, réussite dans ses ordres, renommée et bonheur—oui, tout ce que l’on désire.
Verse 10
राधशुक्लतृतीया या साक्षया परिकीर्तिता । तिथिस्त्रोतायुगाद्या सा कृतस्याक्षयकारिणी ॥ १० ॥
La troisième tithi de la quinzaine claire (śukla-tṛtīyā), appelée Rādhā, est célébrée comme « Akṣayā » ; elle est la première du couple de tithis sacrées, et tout acte accompli ce jour-là porte un mérite et un fruit inépuisables.
Verse 11
द्वे शुक्ले द्वे तथा कृष्णे युगादी कवयो विदुः । शुक्ले पूर्वाह्णिके ग्राह्ये कृष्णे चैव तपस्यथ ॥ ११ ॥
Les sages savent que les commencements des yugas sont de quatre sortes : deux tombent dans la quinzaine claire et deux dans la quinzaine sombre. S’il survient dans la claire, on l’observe le matin ; s’il survient dans la sombre, on entreprend l’austérité (tapas) en conséquence.
Verse 12
द्वापरं हि कलिर्भाद्रे प्रवृत्तानि युगानि वै । तत्र राधतृतीयायां श्रीसमेतं जगद्गुरुम् ॥ १२ ॥
En vérité, le Dvāpara et le Kali-yuga commencent au mois de Bhādrapada. Alors—au jour de Rādhā-tṛtīyā—il convient d’adorer le Jagad-guru, le Maître du monde, avec Śrī (Lakṣmī).
Verse 13
नारायणं समभ्यर्चेत्पुष्पधूपविलेपनैः । यद्वा गंगांभसि स्नातो मुच्यते सर्वकिल्बिषैः ॥ १३ ॥
Qu’on adore dûment Nārāyaṇa avec fleurs, encens et onguents ; ou bien, en se baignant dans les eaux du Gaṅgā, on est délivré de toutes les fautes.
Verse 14
अक्षतैः पूजयेद्विष्णुं स्नायादप्यक्षतैर्नरः । सक्तून्संभोजयेद्विप्रान्स्वयमभ्यवहरेच्च तान् ॥ १४ ॥
L’homme doit adorer Viṣṇu avec l’akṣata, grains entiers et intacts, et se baigner aussi avec l’akṣata. Qu’il nourrisse les brāhmaṇas de saktū, farine d’orge, et qu’il en prenne lui-même sa part.
Verse 15
एवं कृतविधिर्विप्र नरो विष्णुपरायणः । विष्णुलोकमवाप्नोति सर्वदेवनमस्कृतः ॥ १५ ॥
Ainsi, ô brāhmaṇa, celui qui a accompli selon la règle le rite prescrit et demeure tout entier voué à Viṣṇu atteint le monde de Viṣṇu, honoré par tous les dieux.
Verse 16
अथ ज्येष्ठतृतीया तु शुक्ला रंभेति नामतः । तस्यां सभार्यं विधिवत्पूजयेद्वाह्मणोत्तमम् ॥ १६ ॥
Or, dans le mois de Jyeṣṭha, le troisième jour lunaire (tṛtīyā) de la quinzaine claire est appelé Rambhā. Ce jour-là, qu’on honore selon le rite prescrit un brāhmaṇa éminent, avec son épouse.
Verse 17
गन्धपुष्पांशुकाद्यैस्तु नारी सौभाग्यकाम्यया । रंभाव्रतमिदं विप्र विधिवत्समुपाश्रितम् ॥ १७ ॥
Désireuse de la bonne fortune dans la vie conjugale, la femme doit entreprendre selon la règle ce vœu de Rambhā, ô brāhmaṇa, avec parfums, fleurs, vêtements et autres offrandes, conformément au rite.
Verse 18
ददाति वित्तं पुत्रांश्च मतिं धर्मे शुभावहाम् । अथाषाढतृतीयायां शुक्लायां शुक्लवाससा ॥ १८ ॥
Ce vœu accorde richesse et fils, et donne aussi une disposition saine et propice au dharma. Puis, au troisième jour lunaire de la quinzaine claire d’Āṣāḍha, qu’on revête des vêtements blancs.
Verse 19
केशवं तु सलक्ष्मीकं सस्त्रीके तु द्विजेऽर्चयेत् । भोजनैः सुरभीदानैर्वस्त्रैश्चापि विभूषणैः ॥ १९ ॥
Qu’on adore Keśava avec Lakṣmī en honorant un brāhmane avec son épouse, en offrant des mets, le don d’une vache laitière, des vêtements et aussi des parures.
Verse 20
प्रियेर्वाक्यैर्भृशं प्रीता नारी सौभाग्यवांछया । समुपास्य व्रतं चैतद्धनधान्यसमन्विता ॥ २० ॥
Grandement réjouie par les paroles de son bien-aimé, la femme—désireuse de bonne fortune—doit observer comme il se doit ce vœu; alors elle sera comblée de richesses et d’abondance de grains.
Verse 21
देवदेवप्रसादेन विष्णुलोकमवाप्नुयात् । नभः शुक्लतृतीयायां स्वर्णगौरीव्रतं चरेत् ॥ २१ ॥
Par la grâce du Dieu des dieux, on peut atteindre le séjour de Viṣṇu. Aussi, au jour de tṛtīyā (troisième jour lunaire) de la quinzaine claire du mois de Nabhas (Bhādrapada), doit-on accomplir le vœu nommé Svarṇa-Gaurī Vrata.
Verse 22
उपचारैः षोडशभिर्भवानीमभिपूजयेत् । पुत्रान्देहि धनं देहि सौभाग्यं देहि सुव्रते ॥ २२ ॥
Qu’on vénère Bhavānī par les seize offrandes rituelles. (En priant ainsi :) «Ô Déesse au vœu noble, donne-moi des fils; donne-moi la richesse; donne-moi la bonne fortune».
Verse 23
अन्यांस्च सर्वकामान्मे देहि देहि नमोऽस्तु ते । एवं संप्रार्थ्य देवेशीं भवानीं भवसंयुताम् ॥ २३ ॥
«Et accorde-moi encore l’accomplissement de tous les autres désirs : accorde, accorde ! Salut à Toi.» Ainsi, après avoir imploré avec ferveur la Déesse, souveraine des dieux—Bhavānī, unie à Bhava (Śiva)—(il/elle poursuivit).
Verse 24
व्रतसंपूर्तिकामा तु वायनं दापयेत्तथा । एवं षोडशवर्षाणि कृत्वा नारी व्रतं शुभम् ॥ २४ ॥
La femme qui désire l’accomplissement parfait de son vœu doit pareillement faire offrir le vāyana, don rituel prescrit. Ainsi, en observant ce vœu propice durant seize années, elle l’achève selon la règle.
Verse 25
उद्यापनं चरेद्भक्त्या वित्तशाठ्यविवर्जिता । मंडपे मण्डले शुद्धे गणेशादिसुरार्चनम् ॥ २५ ॥
Qu’elle accomplisse avec bhakti le rite de clôture (udyāpana), sans tromperie quant aux biens; et, dans un pavillon pur et un cercle rituel sanctifié, qu’elle adore Gaṇeśa et les autres dieux.
Verse 26
कृत्वा ताम्रमयं पात्रं कलशोपरिविन्यसेत् । सौवर्णीं प्रतिमां तत्र भवान्याः प्रतिपूजयेत् ॥ २६ ॥
Après avoir préparé un récipient de cuivre, qu’on y place au-dessus un kalaśa, le vase d’eau sacré. Là, qu’on rende un culte dû à une image d’or de Bhavānī.
Verse 27
गंधपुष्पादिभिः सम्यक् ततो होमं समाचरेत् । वेणुपात्रैः षोडशभिः पक्वान्नपरिपूरितैः ॥ २७ ॥
Ensuite, avec parfums, fleurs et autres offrandes, selon la juste manière, qu’on accomplisse le homa, l’oblation au feu. Qu’on emploie seize récipients de bambou entièrement remplis de mets cuits.
Verse 28
समर्प्य देव्यै नैवेद्यं द्विजेष्वेतन्निवेदयेत् । वायनं च ततः पश्चाद्दद्यात्संबन्धिबन्धुषु ॥ २८ ॥
Après avoir offert le naivedya à la Déesse, qu’on présente cette même offrande aux dvija, les brahmanes. Ensuite, qu’on distribue le vāyana, les dons rituels, parmi les parents et les proches.
Verse 29
प्रतिमां गुरवे दत्त्वा द्विजेभ्यो दक्षिणां तथा । पूर्णं लभेत्फलं नारी व्रताचरणतत्परा ॥ २९ ॥
Après avoir offert une image sacrée à son guru et, de même, donné la dakṣiṇā prescrite aux dvija, la femme vouée à l’accomplissement de son vœu obtient le fruit entier de ce vrata.
Verse 30
भाद्रशुक्लतृतीयायां व्रतं वै हारितालकम् । कुर्याद्भक्त्या विधानेन पाद्यार्ध्यार्चन पूर्वकम् ॥ ३० ॥
Au jour de tṛtīyā (troisième jour lunaire) de la quinzaine claire de Bhādrapada, on doit accomplir le vœu de Hāritālaka avec bhakti selon le rite prescrit, en commençant par les offrandes de pādya et d’arghya, puis par l’adoration (arcana).
Verse 31
ततस्तु कांचने पात्रे राजते चापि ताम्रके । वैणवे मृन्मये वापि विन्यस्यान्नं सदक्षिणम् ॥ ३१ ॥
Ensuite, plaçant la nourriture avec la dakṣiṇā due dans un récipient d’or, d’argent ou de cuivre—voire dans un récipient de bambou ou de terre cuite—qu’on l’offre comme il convient.
Verse 32
सफलं च सवस्त्रं च द्विजाय प्रतिपादयेत् । तदंते पारणं कुर्यादिष्टबन्धुजनैः सह ॥ ३२ ॥
Qu’on remette à un brāhmaṇa des fruits et un vêtement. Ensuite, à sa conclusion, qu’on accomplisse le pāraṇa (la clôture correcte du vœu) avec des amis chers et des parents.
Verse 33
एवं कृतव्रता नारी भुक्त्वा भोगान्मनोरमान् । व्रतस्यास्य प्रभावेण गौरीसहचरीभवेत् ॥ ३३ ॥
Ainsi, la femme qui a observé correctement ce vœu, après avoir goûté des plaisirs charmants et désirables, devient, par la puissance de ce vrata, une compagne de Gaurī (Pārvatī).
Verse 34
सौभाग्यद्रव्यवस्त्राणि वंशपात्राणि षोडश । दातव्यानि प्रयत्नेन ब्राह्मणेभ्यो यथाविधि ॥ ३४ ॥
Les biens qui accroissent l’heureuse fortune, avec les vêtements et les seize vases rituels de la lignée, doivent être offerts avec soin aux brāhmaṇas, selon la règle prescrite.
Verse 35
अन्येभ्यो विप्रवर्येभ्यो दक्षिणां च प्रयत्नतः । भूयसीं च ततो दद्याद्विप्रेभ्यो देवितुष्टये ॥ ३५ ॥
Aux autres brāhmaṇas éminents aussi, qu’on offre avec soin la dakṣiṇā (rétribution sacrée) ; puis qu’on donne plus largement encore aux brāhmaṇas, pour la satisfaction de la Divinité.
Verse 36
एवं या कुरुते नारी व्रतं सौभाग्यवर्द्धनम् । सा तु देवीप्रसादेन सौभाग्यं लभते ध्रुवम् ॥ ३६ ॥
Ainsi, la femme qui accomplit ce vœu accroissant l’heureuse fortune obtient assurément, par la grâce de la Déesse, la félicité conjugale et la prospérité en ce monde.
Verse 37
यदा तृतीया भाद्रे तु हस्तर्क्षसहिता भवेत् । हस्तगौरीव्रतं नाम तदुद्दिष्टं हि शौरिणा ॥ ३७ ॥
Lorsque, au mois de Bhādrapada, la Tṛtīyā (troisième jour lunaire) coïncide avec le nakṣatra Hasta, cette observance est appelée le vœu de Hasta-Gaurī ; en vérité, elle fut prescrite par Śauri (Śrī Viṣṇu/Kṛṣṇa).
Verse 38
तथा कोटीश्वरी नाम व्रतं प्रोक्तं पिनाकिना । लक्षेश्वरी चैव तथा तद्विधानमुदीर्यते ॥ ३८ ॥
De même, le vœu nommé Koṭīśvarī fut proclamé par Pinākin (Śiva) ; et pareillement est exposé le vœu nommé Lakṣeśvarī, avec sa procédure prescrite.
Verse 39
अस्यां व्रतं तु संग्राह्यं यावद्वर्षचतुष्टयम् । उपवासेन कर्तव्यं वर्षे वर्षे तु नारद ॥ ३९ ॥
Ce vœu sacré doit être entrepris ainsi pendant l’espace de quatre années; et, ô Nārada, il doit être accompli chaque année par le jeûne.
Verse 40
अखंडानां तंडुलानां तिलानां वा मुनीश्वर । लक्षमेकं विशोध्याथ क्षिपेत्पयसि संसृते ॥ ४० ॥
Ô le meilleur des sages, après avoir purifié cent mille grains de riz entiers —ou des graines de sésame—, qu’on les jette ensuite dans du lait dûment préparé.
Verse 41
तत्पक्वेन तु निर्माय देव्या मूर्तिं सुशोमनाम् । प्रकरे गंधपुष्पाणां पुष्पमालाविभूषिताम् ॥ ४१ ॥
Ensuite, avec cette matière bien cuite et préparée, qu’on façonne une belle effigie de la Devī, ornée de guirlandes et entourée de fleurs parfumées.
Verse 42
संस्थाप्य पार्वतीं तत्र पूजयेद्भक्तिभावितः । गन्धैः पुष्पैस्तथा धूपैर्दीपैर्नैवेद्यविस्तरैः ॥ ४२ ॥
Après y avoir installé Pārvatī, qu’on l’adore l’esprit empli de bhakti, avec parfums, fleurs, encens, lampes et de riches offrandes de nourriture (naivedya).
Verse 43
विविधैश्च फलैर्विप्र नमस्कृत्य क्षमापयेत् । ततो विसर्जयद्देवीं जलमध्येऽथ दक्षिणाम् ॥ ४३ ॥
Ô brāhmane, après avoir offert divers fruits, qu’on se prosterne et qu’on implore le pardon de la Devī. Ensuite, avec respect, qu’on la congédie (visarjana) au milieu des eaux, puis qu’on donne la dakṣiṇā.
Verse 44
दत्त्वा विधिज्ञविप्रेभ्यो भुञ्जीयाच्च परे दिने । इति ते कथितं विप्र कोटिलक्षेश्वरीव्रतम् ॥ ४४ ॥
Après avoir offert les dons prescrits aux brāhmaṇa experts en la règle rituelle, on prendra son repas le jour suivant. Ainsi, ô brāhmaṇa, le vœu de Koṭilakṣeśvarī t’a été exposé.
Verse 45
गौरीलोकं प्रयात्यंते व्रतस्यास्य प्रभावतः । इषशुक्लतृतीयायां बृहद्गौरीव्रतं चरेत् ॥ ४५ ॥
Par la puissance de ce vœu, on atteint le monde de Gaurī. C’est pourquoi, au troisième jour lunaire (tṛtīyā) de la quinzaine claire du mois d’Īṣa, on doit accomplir le Grand vœu de Gaurī.
Verse 46
पंचवर्षं विधानेन पूर्वोक्तेनैव नारद । आचार्यं पूजयेदंते विप्रानन्यान्धनादिभिः ॥ ४६ ॥
Ô Nārada, pendant cinq ans—selon la procédure déjà dite—à la fin on honorera l’ācārya, et l’on vénérera aussi les autres brāhmaṇa par des dons tels que des richesses et autres biens.
Verse 47
सुवासिनीः पंच पूज्या वस्त्रालंकारचन्दनैः । कंचुकैश्चैव ताटंकैः कंठसूत्रैर्हरिप्रियाः ॥ ४७ ॥
Cinq suvāsinī, épouses de bon augure chères à Hari, doivent être honorées avec des vêtements, des parures et de la pâte de santal, ainsi qu’avec des corsages (kancuka), des pendants d’oreille et des cordons sacrés au cou.
Verse 48
वंशपात्राणि पंचैव सूत्रैः संवेष्टितानि च । सिंदूरं जीरकं चैव सौभाग्यद्रव्यसंयुतम् ॥ ४८ ॥
Qu’on prépare cinq récipients de bambou, enveloppés de fils; avec du sindūra (vermillon) et du jīraka (cumin), accompagnés de substances conférant le saubhāgya, l’heureuse fortune.
Verse 49
गोधीमपिष्टजातं च नवापूपं फलादिकम् । वायनानि च पंचैव ताभ्यो दद्याच्च भोजयेत् ॥ ४९ ॥
Qu’on offre aussi des mets faits de farine de blé, des gâteaux tout juste préparés, des fruits et autres; puis, après avoir disposé cinq séries d’offrandes vāyana, qu’on les remette aux bénéficiaires et qu’on les nourrisse également.
Verse 50
अर्घं दत्त्वा वायनानि पश्चाद्भुंजीत वाग्यता । तत्फलं धारयेत्कंठे सर्वकामसमृद्धये ॥ ५० ॥
Après avoir offert l’arghya puis remis les dons prescrits (vāyana), qu’on mange ensuite en gardant la parole maîtrisée. Qu’on porte ce fruit au cou, pour l’accomplissement total et la prospérité de tous les vœux.
Verse 51
ततः प्रातः समुत्थाय सालंकारा सखीजनैः । गीतवाद्ययुता नद्यां गौरीं तां तु विसर्जयेत् ॥ ५१ ॥
Ensuite, se levantant de bon matin, parée et entourée de son cercle d’amies—avec chants et instruments—elle doit immerger (congédier) dans la rivière cette image de Gaurī.
Verse 52
आहूतासि मयाभद्रे पूजिता च यथा विधि । मम सौभाग्यदानाय यथेष्टं गम्यतां त्वया ॥ ५२ ॥
Ô Dame de bon augure, je t’ai invoquée et je t’ai honorée selon les rites prescrits. À présent, pour m’accorder la bonne fortune, va selon ton désir.
Verse 53
एवं कृत्वा व्रतं भक्त्या द्विज देवीप्रसादतः । भुक्त्वा भोगांस्तु देहांते गौरीलोकमवाप्नुयात् ॥ ५३ ॥
Ô brāhmane, ayant ainsi accompli le vœu avec dévotion, par la grâce de la Déesse on jouit des plaisirs désirés; et, à la fin du corps (après la mort), on atteint le monde de Gaurī (Gaurī-loka).
Verse 54
ऊर्जशुक्लतृतीयायां विष्णुगौरीव्रतं चरेत् । पूजयित्वा जगद्वन्द्यामुपचारैः पृथग्विधैः ॥ ५४ ॥
Au jour de tṛtīyā (troisième jour lunaire) de la quinzaine claire du mois d’Ūrja, qu’on accomplisse le vœu de Viṣṇu–Gaurī. Après avoir honoré la Déesse vénérée par le monde par des upacāras variés (offrandes rituelles), qu’on mène le rite à son achèvement.
Verse 55
सुवासिनीं भोजयित्वा मङ्गलद्रव्यपूजिताम् । विसर्जयेत्प्रणम्यैनां विष्णुगौरीप्रतुष्टये ॥ ५५ ॥
Après avoir nourri une suvasinī (femme mariée et bénie) et l’avoir honorée par des offrandes de bon augure, qu’on la congédie avec prosternation et respect, afin que Viṣṇu et Gaurī soient pleinement satisfaits.
Verse 56
मार्गशुक्लतृतीयायां हरगौरीव्रतं शुभम् । कृत्वा पूर्वविधानेन पूजयेज्जगदंबिकाम् ॥ ५६ ॥
Au jour de tṛtīyā de la quinzaine claire du mois de Mārgaśīrṣa, qu’on entreprenne l’auspicieux vœu de Hara–Gaurī. Puis, selon la règle exposée plus haut, qu’on adore Jagadambikā, la Mère de l’univers.
Verse 57
एतद्व्रतप्रभावेण भुक्त्वा भोगान्मनोरमान् । देवीलोकं समासाद्य मोदते च तया सह ॥ ५७ ॥
Par la puissance de ce vœu, après avoir goûté des jouissances charmantes et désirées, on atteint le monde de la Déesse et l’on s’y réjouit en sa compagnie.
Verse 58
पौषशुक्लतृतीयायां ब्रह्मगौरीव्रतं चरेत् । पूर्वोक्तेन विधानेन पूजितापि द्विजोत्तम ॥ ५८ ॥
Au jour de tṛtīyā de la quinzaine claire du mois de Pauṣa, qu’on accomplisse le vœu de Brahma–Gaurī. Ô meilleur des deux-fois-nés, qu’elle soit adorée selon la procédure déjà décrite.
Verse 59
ब्रह्मगौरीप्रसादेन मोदते तत्र संगता । माघशुक्लतृतीयायां पूज्या सौभाग्यसुंदरी ॥ ५९ ॥
Par la grâce de Brahma-Gaurī, elle se réjouit là, réunie avec les autres. Au jour de Tṛtīyā, le troisième jour lunaire de la quinzaine claire de Māgha, Saubhāgya-sundarī doit être vénérée.
Verse 60
पूर्वोक्तेन विधानेन नालिकेरार्घ्यदानतः । प्रसन्ना दिशति स्वीयं लोकं तु व्रततोषिता ॥ ६० ॥
Selon le rite précédemment décrit, en offrant l’arghya avec une noix de coco, la Déesse—satisfaite et comblée par l’observance du vœu—accorde au dévot son propre séjour divin.
Verse 61
फाल्गुनस्य सिते पक्षे तृतीया कुलसौख्यदा । पूजिता गन्धपुष्पाद्यैः सर्वमङ्गलदा भवेत् ॥ ६१ ॥
Au jour de Tṛtīyā de la quinzaine claire du mois de Phālguna, cette observance apporte la joie au foyer. Lorsqu’elle est honorée par des parfums, des fleurs et autres offrandes, elle devient dispensatrice de toute bénédiction propice.
Verse 62
सर्वासु च तृतीयासु विधिः साधारणो मुने । देवीपूजा विप्रपूजा दानं होमो विसर्जनम् ॥ ६२ ॥
Ô sage, en toute Tṛtīyā, la règle est généralement la même : culte de la Déesse, hommage aux brāhmaṇas, aumône, offrande au feu (homa) et congé rituel final (visarjana).
Verse 63
इत्येवं कथितानीह तृतीयाया व्रतानि ते । भक्त्या कृतानि चेष्टांस्तु कामान्दर्द्युमनोगतान् ॥ ६३ ॥
Ainsi, les vœux de Tṛtīyā qui t’ont été exposés ici, lorsqu’ils sont accomplis avec bhakti, réalisent les désirs chers qui demeurent au cœur de l’esprit.
Verse 64
इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणे पूर्वभागे बृहदुपाख्याने चतुर्थपादे द्वादशमासतृतीयाव्रतकथनं नाम द्वादशाधिकशततमोऽध्यायः ॥ ११२ ॥
Ainsi s’achève le cent douzième chapitre—intitulé « Récit du vœu du troisième jour observé durant les douze mois »—dans la Première Partie du Śrī Bṛhannāradīya Purāṇa, au sein du Grand Récit (Bṛhad-upākhyāna), dans le Quatrième Pāda.
It is declared the foremost sacred tithi because whatever is done on it becomes ‘akṣaya’—inexhaustible in merit and result; accordingly, the chapter prescribes Viṣṇu–Śrī worship, akṣata-based offerings/bathing, brāhmaṇa feeding, and links observance timing to larger cosmological markers (yuga-beginnings).
A consistent ritual grammar appears: Devī worship (often ṣoḍaśopacāra), fasting (upavāsa), night vigil (jāgaraṇa) in some vratas, honoring brāhmaṇas and the teacher with dāna/dakṣiṇā, optional homa, proper concluding rites (udyāpana/utsarga), and dismissal/immersion (visarjana).
The chapter explicitly centers women: maidens seeking a worthy husband, married women seeking saubhāgya, those desiring sons or the husband’s welfare, and auspiciously marked girls; several rites also include honoring brāhmaṇas with their wives and worship of suvāsinīs.