
अधिवासनं नाम निर्वाणदीक्षायाम् (Adhivāsana in the Nirvāṇa-dīkṣā)
Ce chapitre sert de seuil préparatoire (adhivāsana) à la Nirvāṇa-dīkṣā. Il établit le cadre rituel et la pureté de l’officiant (guru) comme conditions préalables à l’efficacité de l’initiation. Le guru se lève avant l’aube, se baigne et accomplit les purifications quotidiennes, et observe une discipline alimentaire sāttvika en évitant le caillé/yaourt, la viande crue, les enivrants et les impuretés associées. Les présages de rêve favorables ou défavorables sont relevés comme indices d’états subtils ; les signes néfastes sont apaisés par un śānti-homa fondé sur Ghora. Le texte relie ainsi l’observance extérieure (ācāra) à la préparation intérieure, montrant comment l’Agni Purāṇa conçoit l’initiation comme une convergence d’éthique, de science des présages et de technologie mantra-rituelle. Le cadre de l’adhivāsana prépare la suite technique : entrer dans le yāgālaya, pratiquer des vidyā purificatrices et accorder le pratiquant au but sotériologique du rite.
Verse 1
आग्नेये निर्वाणदीक्षायामधिवासनं नाम त्र्यशीतितमो ऽध्यायः यागालयं व्रजेदिति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः विद्यामास्थाय पावनीमिति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः चतुरशीतितमो ऽध्यायः निर्वाणदीक्षाविधानं ईश्वर उवाच अथ प्रातः समुत्थाय कृतस्ननादिको गुरुः दध्यार्द्रमांसमद्यादेः प्रशस्ताभ्यवहारिता
Dans l’Agni Purāṇa, le quatre-vingt-troisième chapitre est intitulé «Adhivāsana dans la Nirvāṇa-dīkṣā» (rite préliminaire de consécration lié à l’initiation dite “nirvāṇa”). [Lecture variante dans un manuscrit marqué : «Il faut se rendre au hall sacrificiel (yāgālaya).» Lecture variante : «Ayant entrepris la vidyā purificatrice.»] Commence maintenant le quatre-vingt-quatrième chapitre, «La procédure de la Nirvāṇa-dīkṣā». Le Seigneur dit : «Puis, se levant tôt le matin, le guru—après le bain et les autres actes de purification—doit prendre une nourriture louable, en évitant le caillé, la viande crue, les enivrants et autres choses semblables.»
Verse 2
गजाश्वरोहणं स्वप्ने शुभं शुक्लांशुकादिकं तैलाभ्यङ्गादिकं हीनं होमो घोरेण शान्तये
Dans un rêve, monter un éléphant ou un cheval est de bon augure ; de même (voir ou porter) des vêtements blancs et autres signes semblables. Mais l’onction d’huile et les actes analogues sont de mauvais augure ; pour en apaiser (l’effet néfaste), il faut accomplir un homa au moyen du (mantra/rite) nommé «Ghora», en vue de la pacification.
Verse 3
नित्यकर्मद्वयं कृत्वा प्रविश्य मखमण्डपं स्वाचान्तो नित्यवत् कर्म कुर्यान्नैमित्तिके विधौ
Après avoir accompli les deux rites quotidiens obligatoires, puis être entré dans le pavillon sacrificiel, et après avoir fait correctement l’ācāmana (gorgée purificatrice), on doit accomplir les actes prescrits du rite occasionnel (naimittika-vidhi) de la même manière que les observances journalières.
Verse 4
ततः संशोध्य चात्मानं शिवहस्तं तथात्मनि विन्यस्य कुम्भगं प्रार्च्य इन्द्रादीनामनुक्रमात्
Ensuite, s’étant purifié, on doit accomplir le nyāsa en posant sur soi le « Śiva-hasta » (la “main de Śiva”) ; puis, après avoir honoré comme il se doit le vase d’eau rituel (kumbha/kalaśa), on doit adorer Indra et les autres divinités selon l’ordre prescrit.
Verse 5
मण्डले स्थण्डिले वापि प्रकुर्वीत शिवर्चनं तर्पणं पूजनं वह्नेः पूर्णान्तं मन्त्रतर्पणं
Que ce soit dans un cercle rituel consacré (maṇḍala) ou sur le sol d’autel préparé (sthaṇḍila), on doit accomplir le culte de Śiva, à savoir tarpaṇa (libation) et pūjana (offrande) ; et pour le Feu (Agni), on doit faire des libations accompagnées de mantras jusqu’à la pūrṇāhuti, l’oblation finale complète.
Verse 6
दुःखप्रदोषमोषाय शस्त्रेणाष्टाधिकं शतं हुत्वा हूं सम्पुटेनैव विदध्यात् मन्त्रदीपनं
Afin d’écarter la souffrance et les atteintes dues aux influences néfastes, on doit accomplir cent huit offrandes au feu en utilisant une « arme » comme instrument rituel, en récitant le mantra enveloppé de la syllabe « hūṃ » ; ainsi s’accomplit le mantra-dīpana, l’allumage/l’activation du mantra.
Verse 7
अन्तर्बलिविधानञ्च मध्ये स्थण्डिलकुम्भयोः कृत्वा शिष्यप्रवेशाय लब्धानुज्ञो वहिर्व्रजेत्
Après avoir accompli l’offrande intérieure de bali prescrite dans l’espace entre l’autel (sthaṇḍila) et le vase consacré (kumbha), et après avoir obtenu l’autorisation pour l’admission du disciple, il doit alors sortir au dehors.
Verse 8
कुर्यात्समयवत्तत्र मण्डलारोपणादिकं सम्पातहोमं तन्नाडीरूपदर्भकरानुगं
Là, au moment prescrit, on doit accomplir la pose/l’installation du maṇḍala et les autres préliminaires; puis exécuter le sampāta-homa selon la méthode prescrite, en utilisant la main accompagnée d’herbe darbha disposée en forme de nāḍī, tel un conduit tubulaire.
Verse 9
तत्सन्निधानाय तिस्त्रो हुत्वा मूलाणुनाअहुतीः कुम्भस्थं शिवमभ्यर्च्य पाशसूत्रमुपाहरेत्
Afin d’invoquer Sa présence immédiate, après avoir offert trois oblations avec le mūlāṇu, on doit vénérer Śiva établi dans le kumbha (vase rituel), puis apporter/présenter le pāśa-sūtra, le cordon rituel.
Verse 10
शुक्लाम्बरादिकमिति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः अस्मल्लब्धपञ्चपुस्तकेषु दध्यार्द्रमांसमद्यादेरित्यारभ्य होमो घोरेण शान्तये इत्य् अन्तः पाठः पूर्वेणानन्वित इव प्रतिभाति पाशसूत्रं समाहरेदिति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः स्वदक्षिणोर्ध्वकायस्य शिष्यस्याभ्यर्चितस्य च तच्छिखायां निबध्नीयात् पादाङ्गुष्ठावलम्बितं
«(Commençant par) śuklāmbarādikam»—telle est la leçon du manuscrit collationné marqué Kha. Dans les cinq manuscrits dont nous disposons, on trouve une insertion interne commençant par «(à partir de) caillé, viande crue, alcool et autres…» et se terminant par «…un homa est accompli pour apaiser les influences terribles»; toutefois, ce passage inséré semble ne pas s’enchaîner harmonieusement avec le texte précédent. «On doit rassembler le pāśa-sūtra (cordon du nœud coulant),»—telle est la leçon du manuscrit collationné marqué Ṅa. (Selon cette leçon) on doit le nouer dans la śikhā (touffe) du disciple—déjà honoré—sur le côté droit/supérieur de son corps, en le laissant pendre jusqu’au gros orteil.
Verse 11
तं निवेश्य निवृत्तेस्तु व्याप्तिमालोक्य चेतसा ज्ञेयानि भुवनान्यस्यां शतमष्टाधिकं ततः
Ayant établi ce principe dans Nivṛtti et, par l’esprit, contemplé son caractère pénétrant, on doit connaître les mondes qu’elle contient—au nombre de cent huit—ensuite.
Verse 12
कपालो ऽजश् च बुद्धश् च वज्रदेहः प्रमर्दनः विभूतिरव्ययः शास्ता पिनाकी त्रिदशाधिपः
Il est Kapāla (porteur du crâne), Aja (l’Inengendré), Buddha (l’Éveillé/Connaissant), Vajradeha (au corps adamantin), Pramardana (le Dompteur), Vibhūti (la Gloire qui pénètre tout), Avyaya (l’Imperissable), Śāstā (le Gouvernant/Châtieur), Pinākī (qui brandit l’arc Pināka) et Tridaśādhipa (Seigneur des Trente Dieux).
Verse 13
अग्नी रुद्रो हुताशो च पिङ्गलः खादको हरः ज्वलनो दहनो बभ्रुर्भस्मान्तकक्षपान्तकौ
« Agni » est Rudra ; Hutāśa, celui qui consume les oblations ; Piṅgala, au teint fauve ; Khādaka, le dévoreur ; Hara, celui qui enlève ; Jvalana, l’embrasé ; Dahana, le brûleur ; Babhru, le brun ; Bhasmāntaka, celui qui met fin en réduisant en cendres ; et Kṣapāntaka, le destructeur qui conduit toute chose à son terme.
Verse 14
याम्यमृत्युहरो धाता विधाता कार्यरञ्जकः कालो धर्मो ऽप्यधर्मश् च संयोक्ता च वियोगकः
Il est celui qui écarte la mort de Yama ; il est Dhātā, le Soutien, et Vidhātā, l’Ordonnateur, l’inspirateur qui pousse les êtres à l’action. Il est Kāla, le Temps ; il est Dharma et aussi Adharma ; il est celui qui unit et celui qui sépare.
Verse 15
नैरृतो मारणो हन्ता क्रूरदृष्टिर्भयानकः ऊर्ध्वांशको विरूपाक्षो धूम्रलोहितदंष्ट्रवान्
Nairṛta — nommé aussi Māraṇa et Hantā — au regard cruel et à l’aspect terrifiant ; Urdhvāṃśaka ; Virūpākṣa ; et celui dont les crocs sont d’un rouge enfumé.
Verse 16
बलश्चातिबलश् चैव पाशहस्तो महाबलः श्वेतश् च जयभद्रश् च दीर्घबाहुर्जलान्तकः
Bala et Atibala ; Pāśahasta (celui qui porte le lacet) et Mahābala ; Śveta et Jayabhadra ; Dīrghabāhu (aux longs bras) et Jalāntaka (celui qui met fin aux eaux) : tels sont les noms/puissances invoqués.
Verse 17
वडवास्यश् च भीमश् च दशैते वारुणाः स्मृताः शीघ्रो लघुर्वायुवेगः सूक्ष्मस्तीक्ष्णः क्षपान्तकः
Vaḍavāsya et Bhīma : ces dix sont rappelés comme les Vāruṇa (êtres relevant de la sphère de Varuṇa) : Śīghra, Laghu, Vāyuvega, Sūkṣma, Tīkṣṇa et Kṣapāntaka.
Verse 18
पञ्चान्तकः पञ्चशिखः कपर्दी मेघवाहनः जटामुकुटधारी च नानारत्नधरस् तथा
Il est le Destructeur des « cinq » (sources de servitude), le Cinq-crêté ; le Seigneur aux cheveux emmêlés ; Celui dont la monture est le nuage ; le Porteur d’une couronne de mèches nattées ; et pareillement Celui qui se pare de joyaux de maintes sortes.
Verse 19
निधीशो रूपवान् धन्यो सौम्यदेहः प्रसादकृत् प्रकाशो ऽप्यथ लक्ष्मीवान् कामरूपो दशोत्तरे
(Il est) le Seigneur des trésors, beau, fortuné ; de forme douce, dispensateur de grâce ; rayonnant ; et aussi pourvu de prospérité (Lakṣmī) — capable de prendre des formes à volonté — (ainsi est-il proclamé) dans l’ensemble « dix-plus ».
Verse 20
विद्याधरो ज्ञानधरः सर्वज्ञो वेदपारगः मातृवृत्तश् च पिङ्गाक्षो भूतपालो बलिप्रियः
Il est le porteur des sciences sacrées et le détenteur de la vraie connaissance ; omniscient, ayant atteint l’autre rive des Veda. Il est dévoué aux Mères(-déesses) et à leurs observances ; aux yeux fauves ; protecteur et gouverneur des êtres ; et il se réjouit des offrandes rituelles (bali).
Verse 21
प्रवर्धन इति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः वरुण इति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः जनान्तक इति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः सर्वविद्याविधता च सुखदुःखहरा दश अनन्तः पालको धीरः पातालाधिपतिस् तथा
« Pravardhana » — ainsi lit-on dans un manuscrit marqué ; « Varuṇa » — ainsi lit-on dans un autre ; « Janāntaka » — ainsi lit-on dans un manuscrit signalé. (Voici) les dix (noms) : l’Ordonnateur de toutes les connaissances, l’Ôteur de plaisir et de peine ; et aussi Ananta, Pālaka, Dhīra, ainsi que le Seigneur de Pātāla (le monde souterrain).
Verse 22
वृषो वृषधरो वीर्यो ग्रसनः सर्वतोमुखः लोहितश् चैव विज्ञेया दश रुद्राः फणिस्थिताः
Sachez que voici les dix Rudra établis sur le serpent (Śeṣa) : Vṛṣa, Vṛṣadhara, Vīrya, Grasana, Sarvatomukha et Lohita.
Verse 23
शम्भुर्विभुर्गणाध्यक्षस्त्र्यक्षस्त्रिदशवन्दितः संहारश् च विहारश् च लाभो लिप्सुर्विचक्षणः
Il est Śambhu, le Seigneur qui pénètre tout, le chef des Gaṇas, le Trois-Yeux, vénéré par les dieux ; il est à la fois dissolution et jeu divin, accomplissement et quête de l’accomplissement, et le plus parfaitement clairvoyant.
Verse 24
अत्ता कुहककालाग्निरुद्रो हाटक एव च कुष्माण्डश् चैव सत्यश् च ब्रह्मा विष्णुश् च सप्तमः
Il est le Dévoreur ; le Trompeur ; le Feu du Temps ; Rudra ; Hāṭaka, l’or même ; Kuṣmāṇḍa ; la Vérité ; Brahmā ; Viṣṇu — et le Septième dans la suite des noms.
Verse 25
रुद्रश्चाष्टाविमे रुद्राः कटाहाभ्यन्तरे स्थिताः एतेषामेव नामानि भुवनानामपि स्मरेत्
Tels sont les huit Rudras ; ils demeurent à l’intérieur du bassin cosmique. Il convient aussi de se remémorer les noms mêmes de ces (Rudras), ainsi que les noms des mondes.
Verse 26
भवोद्भवः सर्वभूतः सर्वभूतसुखप्रदः सर्वसान्निध्यकृद् ब्रह्मविष्णुरुद्रशरार्चितः
Il est la source d’où surgit le devenir (bhava) ; il est la présence immanente en tous les êtres ; il accorde le bonheur à toutes les créatures ; il établit sa présence partout ; et il est adoré par les cohortes de Brahmā, Viṣṇu et Rudra.
Verse 27
संस्तुत पूर्वस्थित ॐ साक्षिन् ॐ रुद्रान्तक ॐ पतङ्ग ॐ शब्द ॐ सूक्ष्म ॐ शिव सर्वसर्वद सर्वसान्निध्यकर ब्रह्मविष्णुरुद्रकर ॐ नमः शिवाय ॐ नमो नमः अष्टाविंशति पादानि व्योमव्यापि मनो गुह सद्योहृदस्त्रनेत्राणि मन्त्रवर्णाष्टको मतः
Après avoir offert la louange, on doit réciter le Śiva primordial, toujours présent : « Oṃ, Témoin ; Oṃ, Destructeur des ennemis de Rudra ; Oṃ, Patanga (l’oiseau solaire) ; Oṃ, Son ; Oṃ, Subtil ; Oṃ, Śiva—dispensateur de tout, artisan de la présence de tout partout, celui qui fait advenir Brahmā, Viṣṇu et Rudra ; Oṃ namaḥ śivāya ; Oṃ, hommage, hommage. » On tient que cette formulation comporte vingt-huit « pādas » ; elle est omniprésente comme le ciel, cachée dans la caverne du mental ; et elle est liée à (des aspects tels que) Sadyojāta, Hṛdaya, Astra, Netra (etc.) ; ainsi le mantra est considéré comme une formule de huit syllabes/huit lettres.
Verse 28
वाय ॐ नमो नमः इति अनर्चित संस्तुत पूर्वविन्द ॐ साक्षिण ॐ रुद्रान्तक ॐ पतङ्ग ॐ ज्ञान ॐ शब्द ॐ सूक्ष्म ॐ शिव ॐ सर्व ॐ सर्वद ॐ सर्वसान्निध्यकर ब्रह्मविष्णु रुद्रकर ॐ नमः शिवाय ॐ नमो नम इति च, चिह्नितपुस्तकपाठः वीजाकारो मकारश् च नाड्याविडापिङ्गलाह्वये प्राणापानावुभौ वायू घ्राणोपस्थौ तथेन्द्रिये
«Vāya—“Oṃ, hommage encore et encore”» : ainsi (récite-t-on) la forme non adorée mais louée, précédée du bindu (point), avec les épithètes : «Oṃ le Témoin, Oṃ Rudrāntaka (destructeur du farouche), Oṃ Pataṅga (l’oiseau du Soleil), Oṃ Connaissance, Oṃ Son, Oṃ le Subtil, Oṃ Śiva, Oṃ le Tout, Oṃ dispensateur de tout, Oṃ celui qui rend toute présence, artisan de Brahmā, Viṣṇu et Rudra ; Oṃ namaḥ śivāya ; Oṃ, hommage encore et encore»—ainsi est la récitation. Dans la leçon du livre marqué : la syllabe-graine «a» et aussi «ma» (sont placées) dans les nāḍī nommées Iḍā et Piṅgalā ; les deux souffles, prāṇa et apāna ; et de même les facultés sensorielles liées au nez et à l’organe générateur.
Verse 29
गन्धस्तु विषयः प्रोक्तो गन्धादिगुणपञ्चके पार्थिवं मण्डलं पीतं वज्राङ्गं चतुरस्रकं
L’odeur est déclarée être l’objet du sens au sein de l’ensemble quintuple des qualités commençant par l’odeur. Le maṇḍala de l’élément terre est jaune, ferme comme le vajra, et à quatre côtés (carré).
Verse 30
विस्तारो योजनानान्तु कोटिरस्य शताहता अत्रैवान्तर्गता ज्ञेया योनयो ऽपि चतुर्दश
Son étendue est d’un koṭi de yojanas, multiplié cent fois ; et, en son sein même, il faut comprendre que les quatorze «yonis» (ordres/matrices de naissance) y sont contenues.
Verse 31
प्रथमा सर्वदेवानां मन्वाद्या देवयोनयः मृगपक्षी च पशवश् चतुर्धा तु सरीसृपाः
La première classe est celle de tous les dieux ; à partir de Manu se trouvent les lignées nées du divin. Il y a aussi les cervidés (bêtes sauvages), les oiseaux et les animaux domestiques ; et l’on dit que les reptiles sont de quatre sortes.
Verse 32
स्थावरं पञ्चमं सर्वं योनिः षष्ठी अमानुषी पैशाचं राक्षसं याक्षं गान्धर्वं चैन्द्रमेव च
Tous les êtres immobiles (sthāvara) constituent la cinquième catégorie ; la sixième yoni (classe de naissance) est non humaine : à savoir piśāca, rākṣasa, yākṣa, gāndharva, et aussi la classe aindra (céleste/relative à Indra).
Verse 33
सौम्यं प्राणेश्वरं ब्राह्ममष्टमं परिकीर्तितं अष्टानां पार्थिवन्तत्त्वमधिकारास्पदं मतं
Le huitième principe est proclamé comme la puissance brahmique, douce et gouvernant le prāṇa (souffle vital). Parmi ces huit, le principe terrestre est tenu pour le fondement et le lieu d’exercice de l’autorité opérative dans le monde manifesté.
Verse 34
लयस्तु प्रकृतौ बुद्धौ भोगो ब्रह्मा च कारणं ततो जाग्रदवस्थानैः समस्तैर् भुवनादिभिः
La dissolution (laya) se fait véritablement dans la Prakṛti ; l’expérience ou jouissance (bhoga) a lieu dans la Buddhi ; et Brahmā est le principe causal. De cette cause naissent en totalité les états de veille (jāgrat), avec les mondes et tout le reste.
Verse 35
निवृत्तिं गर्भितां ध्यात्वा स्वमन्त्रेण नियोज्य च वमुद्रया रेचकेन कुम्भे संस्थाप्य ॐ हां निवृत्तिकलापाशाय नम इत्य् अनेनार्घ्यं दत्वा सम्पूज्य विमुखेनैव स्वाहान्तेनै सन्निधानायाहुतित्रयं सन्तर्पणाहुतित्रयं च दत्वा ॐ हां ब्रह्मणे नम इति ब्रह्माणमावाह्य सम्पूज्य च स्वाहान्तेन सन्तर्प्य ब्रह्मन् तवाधिकारे ऽस्मिन् मुमुक्षुं दोक्ष्ययाम्यहं
Après avoir médité Nivṛtti (la Nivṛtti-kalā) comme « garbhitā » (enclose/latente dans le rite) et l’avoir appliquée par son propre mantra, on doit, par la Va-mudrā et l’expiration (recaka), établir cette puissance dans le kumbha, le vase d’eau rituel. Avec la formule « Oṃ hāṃ, hommage au lien de la Nivṛtti-kalā (nivṛtti-kalā-pāśa) », on offre l’arghya et l’on rend un culte complet. Ensuite, tourné à l’opposé (vimukha), avec le mantra se terminant par svāhā, on présente trois oblations pour la présence (sannidhāna) et trois oblations pour la satiation (tarpana). Puis, avec « Oṃ hāṃ brahmaṇe namaḥ », on invoque Brahmā, on le vénère et on le rassasie par des offrandes conclues par svāhā, en disant : « Ô Brahman, dans ce domaine de ton autorité, j’initierai (dokṣyayāmi) ce chercheur de délivrance (mumukṣu). »
Verse 36
भाव्यं त्वयानुकूलेन विधिं विज्ञापयेदिति आवाहयेत्ततो देवीं रक्षां वागीश्वरीं हृदा
Pensant : «Que le rite se déroule favorablement pour moi», on doit notifier à la puissance présidante la procédure envisagée. Puis, le cœur (hṛd) comme siège de la méditation, on invoque la Déesse—Rakṣā, Vāgīśvarī, Souveraine de la Parole et de la Protection.
Verse 37
इच्छाज्ञानक्रियारूपां षड्विधां ह्य् एककारणं पूजयेत्तर्पयेद्देवीं प्रकारेणामुना ततः
Ensuite, de cette même manière, on doit vénérer et offrir le tarpana à la Déesse : celle dont la nature est volonté (icchā), connaissance (jñāna) et action (kriyā) ; qui est sextuple ; et qui est l’unique cause.
Verse 38
वागीश्वरीं विनिःशेषयोनिविक्षोभकारणं हृत्सम्पुटार्थवीजादिहूं फडन्तशराणुना
Avec le (mantra de) Vāgīśvarī—cause de l’ébranlement total du yoni/de la source—on doit accomplir l’oblation (hūṃ), avec la syllabe-semence et les éléments connexes, à l’intérieur du « hṛt-sampuṭa » (enclos du cœur), en terminant par la syllabe-arme « phaḍ », comme si elle était décochée par une flèche-weapon.
Verse 39
ताडयेद्धृदये तस्य प्रविशेत्स विधानवित् ततः शिष्यस्य चैतन्यं हृदि वह्निकणोपमं
L’officiant, connaissant le rite prescrit, doit frapper/toucher le disciple au niveau du cœur, puis faire entrer (le mantra, c’est-à-dire l’éveiller au-dedans). Alors la conscience (caitanya) du disciple, dans le cœur, devient semblable à une étincelle de feu.
Verse 40
निवृत्तिस्थं युतं पाशैर् ज्येष्ठया विभजेद्यथा ॐ हां हूं हः हूं फटों हां स्वाहेत्यनेनाथ पूरकेणाङ्कुशमुद्रया
Ensuite, conformément à la règle, il faut disposer/distinguer ce qui demeure en Nivṛtti, avec les liens-lassos (pāśa), au moyen de (la puissance de) Jyeṣṭhā. Puis, en récitant le mantra « Oṃ hāṃ hūṃ haḥ hūṃ phaṭ oṃ hāṃ svāhā » et en pratiquant l’inspiration (pūraka), on applique la mudrā Aṅkuśa (aiguillon).
Verse 41
तदाकृष्य स्वमन्त्रेण गृहीत्वाअत्मनि योजयेत् ॐ हां ह्रूं हां आत्मने नमः पित्रोर्विभाव्य संयोगं चैतन्यं रेचकेन तत्
L’ayant attiré par son propre mantra, on doit le saisir et l’unir en soi. (Réciter :) « Oṃ hāṃ hrūṃ hāṃ—ātmanē namaḥ » (salutation au Soi). En visualisant l’union des deux (iḍā et piṅgalā / prāṇa et apāna), et par l’expiration (recaka), on doit émettre cette conscience (caitanya).
Verse 42
ब्रह्मादिकारणत्यागक्रमान्नीत्वा शिवास्पदं ॐ हूं ह्रीं हामिति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः प्रविश्येच्चेति ख, ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः ॐ हां हां क्षं हामिति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः गर्भाधानार्थमादाय युगपत् सर्वयोनिषु
Après avoir conduit (le jīva/la semence) selon la suite d’abandon des principes causaux, à commencer par Brahmā et les autres, jusqu’au séjour de Śiva, (on emploie le mantra) « oṃ hūṃ hrīṃ hām »—ainsi lit une tradition manuscrite marquée. Une autre leçon marquée ajoute : « (il) doit entrer ». Une autre leçon marquée donne : « oṃ hāṃ hāṃ kṣaṃ hām ». Prenant (ce mantra/nyāsa) en vue du garbhādhāna (rite de la conception), on l’applique simultanément dans tous les yoni, c’est-à-dire dans toute source génératrice.
Verse 43
क्षिपेद्वागीश्वरीयोनौ वामयोद्भवमुद्रया ॐ हां हां हां आत्मने नमः पूजयेदप्यनेनैव तर्पयेदपि पञ्चधा
Avec la mudrā «Vāma-yodbhava», on doit déposer (le mantra/l’oblation) dans le yoni, siège-source de Vāgīśvarī. En récitant : «Oṃ hāṃ hāṃ hāṃ—hommage à l’Ātman», on doit adorer par ce même (mantra) et accomplir aussi le tarpaṇa de manière quintuple.
Verse 44
अन्ययोनिषु सर्वासु देहशुद्धिं हृदा चरेत् नात्र पुंसवनं स्त्र्यादिशरीरस्यापि सम्भवात्
Dans tous les autres yoni (non humains), on doit accomplir la purification du corps par l’esprit (intérieurement). Ici, le rite de puṃsavana n’est pas applicable, car il peut advenir même un corps féminin (ou d’une autre sorte).
Verse 45
सीमन्तोन्नयनं वापि दैवान्यङ्गानि देहवत् शिरसा जन्म कुर्वीत जुगुप्सन् सर्वदेहिनां
On doit accomplir aussi le rite de sīmantonnayana, ainsi que les autres rites divins, comme s’ils étaient pourvus d’un corps. Avec révérence, il doit « produire une naissance » (c’est-à-dire établir le rite), en évitant tout acte qui lèse ou déshonore tous les êtres incarnés.
Verse 46
तथैव भावयेदेषामधिकारं शिवाणुना भोगं कवचमन्त्रेण शस्त्रेण विषयात्मना
De même, on doit visualiser leur adhikāra (autorisation/compétence rituelle) au moyen du principe subtil et auspicious, śiva-aṇu. Et l’on doit visualiser le bhoga (expérience/jouissance) par le kavaca-mantra, mantra d’armure protectrice, ainsi que leur śastra (arme) comme ayant la nature même des objets des sens (viṣaya).
Verse 47
मोहरूपमभेदश् च लयसज्ञं विभावयेत् शिवेन श्रोतसां शुद्धिं हृदा तत्त्वविशोधनं
On doit contempler la « forme » de l’illusion (moha) et aussi l’abheda (non-différence), reconnu comme l’état de laya (dissolution). Par Śiva s’opère la purification des canaux intérieurs (śrotas), et par le cœur (hṛdā) la purification des tattva, les principes fondamentaux.
Verse 48
पञ्च पञ्चाहुतीः कुर्यात् गर्भाधानादिषु क्रमात् मायया मलकर्मादिपाशबन्धनिवृत्तये
On doit offrir, selon l’ordre prescrit, cinq séries de cinq oblations, dans les rites commençant par le garbhādhāna (rite de la conception), par la puissance mantrique (māyā), afin de dissiper l’entrave faite d’impuretés, de résidus karmiques et d’autres liens.
Verse 49
निष्कृत्यैव हृदा पश्चाद् यजेत शतमाहुतीः मलशक्तिनिरोधेन पाशानाञ्च वियोजनं
Après avoir d’abord accompli l’expiation intérieure, le cœur (hṛdā) étant le siège de l’intention, on doit ensuite adorer en offrant cent oblations ; en réprimant la puissance de l’impureté (mala), s’opère la disjonction des liens (pāśa).
Verse 50
स्वाहान्तायुधमन्त्रेण पञ्चपञ्चाहुतीर्यजेत् मायाद्यन्तस्य पाशस्य सप्तवारास्त्रजप्तया
On doit accomplir l’offrande avec le mantra-arme (āyudha-mantra) se terminant par « svāhā », en faisant cinq séries de cinq oblations. Quant au nœud coulant (pāśa) dont le mantra commence par « māyā », on le réalise en récitant sept fois le mantra-arme.
Verse 51
कर्तर्या छेदनं कुर्यात् कल्पशस्त्रेण तद्यथा ॐ हूं निवृत्तिकलापाशाय हूं फट् ॐ हं हं हां आत्मने नम इति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः शिखात्मने ख, चिह्नितपुस्तकपाठः पञ्चपञ्चाहुतीर्दद्यादिति ग, ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः बन्धकत्वञ्च निर्वर्त्य हस्ताभ्याञ्च शराणुना
On doit accomplir la coupe (c’est-à-dire la rupture de l’entrave) avec des ciseaux, au moyen de l’arme rituelle prescrite (kalpa-śastra), ainsi : « Oṃ hūṃ — au nœud coulant de la série des kalā de Nivṛtti — hūṃ phaṭ. » (Dans certains manuscrits marqués, on lit : « Oṃ haṃ haṃ hāṃ, salutations à l’ātman », ou « au śikhātmā » ; et dans quelques leçons on ajoute : « on doit offrir cinq séries de cinq oblations ».) Ayant ainsi établi l’état de bandhaka (condition de ligature), on doit aussi agir des deux mains, au moyen d’un instrument semblable à une flèche ou à une tige (śarāṇu).
Verse 52
विसृज्य वर्तुलीकृत्य घृतपूर्णे स्रुवे धरेत् दहेदनुकलास्त्रेण केवलास्त्रेण भस्मसात्
Après l’avoir relâché, on doit former un mouvement/une figure circulaire, puis le placer dans une cuillère rituelle (sruva) remplie de ghee (ghṛta). Ensuite, on doit le brûler jusqu’à le réduire en cendres au moyen de l’Anukalā-astra, ou bien du Kevalā-astra.
Verse 53
कुर्यात् पञ्चाहुतीर्दत्वा पाशाङ्कुशनिवृत्तये ॐ हः अस्त्राय हूं फट् प्रायश्चित्तं ततः कुर्यादस्त्राहुतिभिरष्टभिः
Afin d’écarter l’obstacle nommé « lasso et aiguillon », on offrira cinq oblations. Ensuite, on accomplira le rite expiatoire au moyen du mantra de l’arme—« Oṃ haḥ astrāya hūṃ phaṭ »—en offrant huit oblations avec l’astra-mantra.
Verse 54
अथावाह्य विधातारं पूजयेत्तर्पयेत्तथा तत ॐ हां शब्दस्पर्शशुद्धब्रह्मन् गृहाण स्वाहेत्याहुतित्रयेणाधिकारमस्य समर्पयेत् दग्धनिःशेषपापस्य ब्रह्मन्नस्य पशोस्त्वया
Ensuite, après avoir invoqué Vidhātṛ (l’Ordonnateur), on doit le vénérer et lui offrir aussi le tarpaṇa (libations). Puis, avec le mantra : « Oṃ Hāṁ, ô Brahman purifié en tant que son et toucher—reçois (cela), svāhā », par trois oblations, on conférera formellement l’adhikāra (autorisation rituelle) à ceci. Ô Brahman, par toi les fautes de cet animal sacrificiel sont entièrement consumées, sans reste.
Verse 55
बन्धाय न पुनः स्थेयं शिवाज्ञां श्रावयेदिति ततो विसृज्य धातारं नाड्या दक्षिणया शनैः
On ne doit pas demeurer de nouveau en cet état en vue du bandha (rétention) ; au contraire, on fera résonner intérieurement l’injonction de Śiva. Puis, après avoir relâché le souffle, on expirera lentement par la nāḍī droite (canal).
Verse 56
संहारमुद्रयात्मानं कुम्भकेन निजात्मना राहुयुक्तैकदेशेन चन्द्रविम्बेन सन्निभं
Par la Saṃhāra-mudrā et, grâce à la rétention du souffle (kumbhaka) avec son propre soi intérieur, on se visualisera semblable au disque lunaire, partiellement couvert en un point, comme s’il était conjoint à Rāhu.
Verse 57
आदाय योजयेत् सूत्रे रेचकेनोद्भवाख्यया पूजयित्वार्घ्यपात्रस्थतोयविन्दुसुधोपमं
L’ayant pris, on l’appliquera au fil rituel (sūtra) tout en accomplissant l’expiration (recaka), avec le mantra nommé « Udbhava ». Après avoir rendu le culte, on contemplera/offrira la goutte d’eau placée dans le vase d’arghya, semblable au nectar (amṛta).
Verse 58
विसृज्य पितरौ दद्याद्वौषडन्तशिवाणुना पूरणाय विधिः पूर्णा निवृत्तिरिति शोधिता
Après avoir congédié avec respect les Pitṛs (ancêtres invités), on doit offrir l’oblation finale au moyen du mantra de Śiva se terminant par « vauṣaṭ », afin d’achever le rite. Ainsi la procédure est pleinement accomplie ; cela est déclaré être la juste « nivṛtti », le retrait ou la clôture du rituel.
Eligibility conditioning: the guru’s pre-dīkṣā purification (snāna, nitya-karmas), dietary prohibitions, and śānti-homa using the Ghora rite to neutralize inauspicious dream signs.
It frames liberation-initiation as dependent on disciplined purity and correct remediation, aligning personal conduct and subtle omens with Dharmic order before higher mantra-operations begin.