Adhyaya 20
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Adhyaya 20

Dans ce chapitre, Īśvara expose à Devī la succession des souverainetés asuriques et liées aux rākṣasas à travers des durées immenses, en citant Hiraṇyakaśipu et Bali comme rois emblématiques, et en inscrivant leur domination dans des cycles comparables aux yuga, où l’emprise s’établit puis où le dharma est rétabli. Le discours se tourne ensuite vers la matière royale et généalogique : la lignée de Pulastya, la naissance de figures majeures telles que Kubera et Rāvaṇa, et des indications descriptives servant à éclairer leurs noms et leur identité. Vient un pivot essentiel : l’émergence de Soma (Chandra) en lien avec le tapas d’Atri, la manière dont le cosmos traite la « chute » de Soma, l’intervention de Brahmā, puis l’installation de Soma dans la royauté et le prestige rituel, avec le cadre du rājasūya et le don de la dakṣiṇā. Enfin, le texte propose un catalogue d’origine des oṣadhi (plantes, céréales, légumineuses), présentant Soma comme soutien du monde par la clarté lunaire (jyotsnā) et comme seigneur de la végétation, reliant la cosmologie à la vie agraire et aux rites sacrés.

Shlokas

Verse 1

ईश्वर उवाच । अथ दैत्यावताराणां क्रमो हि कथ्यते पुनः । हिरण्यकशिपू राजा वर्षाणामर्बुदं बभौ

Īśvara dit : À présent, de nouveau, l’on expose l’ordre des manifestations des Daityas. Le roi Hiraṇyakaśipu régna durant un arbuda d’années.

Verse 2

तथा शत सहस्राणि यानि कानि द्विसप्ततिम् । अशीतिं च सहस्राणि त्रैलोक्यस्येश्वरोऽभवत्

De même, durant cent mille ans, puis soixante-douze mille ans, et encore quatre-vingt mille ans, il devint le seigneur des trois mondes.

Verse 3

सौत्येऽहन्यतिरात्रस्य कश्यपस्याश्वमेधिके

Au jour de Sautya, durant le rite Atirātra, dans le sacrifice Aśvamedha de Kaśyapa—

Verse 4

उपक्षिप्ता सनं यत्तु होतुरर्थे हिरण्मयम् । निषसाद स गर्तो ऽत्र हिरण्यकशिपुस्ततः

Lorsqu’on plaça un siège d’or pour le hotṛ, le prêtre officiant, alors Hiraṇyakaśipu s’assit là, dans une fosse.

Verse 5

शतवर्षसहस्राणां तपश्चक्रे सुदुश्चरम् । दशवर्षसहस्राणि दित्या गर्भे स्थितः पुरा

Il accomplit des austérités d’une rigueur extrême durant cent mille ans. Jadis, il était demeuré dix mille ans dans le sein de Diti.

Verse 6

हिणयकशिपोर्दैत्यैः श्लोको गीतः पुरातनः । राजा हिरण्यकशिपुर्यां यामाशां निरीक्षते

Les Daityas entonnèrent un śloka ancien au sujet d’Hiraṇyakaśipu : «Vers la direction que le roi Hiraṇyakaśipu porte son regard…»

Verse 7

पर्याये तस्य राजाभूद्बलिर्वर्षार्बुदं पुनः

Après lui, dans la succession, le roi Bali régna de nouveau pendant un crore d’années.

Verse 8

षष्टिं चैव सहस्राणि त्रिंशच्च नियुतानि च । बले राज्याधिकारस्तु याव त्कालं बभूव ह

Le droit de Bali à régner dura soixante mille et trente niyutas ; si longtemps, en vérité, sa souveraineté demeura.

Verse 9

इंद्रादयस्ते विख्याता असुराञ्जघ्नुरोजसा

Ces illustres—Indra et les autres—abattirent les Asuras par leur puissance.

Verse 10

दैत्यसंस्थमिदं सर्वमा सीद्दशयुगं किल । असपत्नं ततः सर्वमष्टादशयुगं पुनः

On dit que tout ceci demeura sous la puissance des Daitya durant dix yuga. Ensuite, tout redevint sans rival, pendant dix-huit yuga encore.

Verse 11

त्रैलोक्यमिदमव्यग्रं महेंद्रेण तु पालितम् । त्रेतायुगे तु दशमे कार्त्तवीर्यो महाबलः

Ce triple monde fut paisiblement protégé par le grand Mahendra (Indra). Puis, au dixième Tretā-yuga, parut le très puissant Kārttavīrya.

Verse 12

पंचाशीतिसहस्राणि वर्षाणां वै नराधिपः । स सप्तरत्नवान्सम्राट् चक्रवर्ती बभूव ह

Ce seigneur des hommes régna quatre-vingt-cinq mille ans. Il devint un empereur doté des sept joyaux, un cakravartin, souverain universel.

Verse 13

द्वीपेषु सप्तसु स वै खड्गी चर्मी शरासनी । रथी राजा सानुचरो योगाच्चौरानपश्यत

À travers les sept continents, ce roi, portant épée, bouclier et arc, allait sur son char avec ses suivants; et par la puissance du yoga, il discernait même les voleurs.

Verse 14

प्रणष्टद्रव्यता यस्य स्मरणान्न भवेन्नृणाम् । चतुर्युगे त्वतिक्रांते मनौ ह्येकादशे प्रभौ

Par son seul souvenir, les hommes ne subissaient aucune perte de biens. Quand les quatre yuga furent passés, au onzième Manu, parut le Puissant.

Verse 15

अर्द्धावशिष्टे तस्मिंस्तु द्वापरे संप्रवर्तिते । मानवस्य नरिष्यंतो ह्यासीत्पुत्रो मदः किल

Lorsque le Dvāpara s’engagea alors qu’il en restait encore la moitié, naquit le fils de Mānava, Nariṣyanta—nommé, dit-on, Mada.

Verse 16

नवमस्तस्य दायादस्तृणबिंदुरिति स्मृतः । त्रेतायुगमुखे राजा तृतीये संबभूव ह

Le neuvième héritier de sa lignée est mémorisé sous le nom de Tṛṇabindu. À l’aube du Tretā-yuga, il devint roi dans le troisième (cycle).

Verse 17

तस्य कन्या त्विलविला रूपे णाप्रतिमाऽभवत् । पुलस्त्याय स राजर्षिस्तां कन्यां प्रत्यपादयत्

Il eut une fille nommée Ilavilā, d’une beauté sans pareille. Ce rājarsi donna la jeune fille en mariage à Pulastya.

Verse 18

ऋषिरैलविलो यस्यां विश्रवाः समपद्यत । तस्य पत्न्यश्च तिस्रस्तु पौलस्त्यकुलमंडनाः

D’elle naquit le sage Viśravā (aussi appelé Ailavila). Et il eut trois épouses, parures de la lignée de Pulastya.

Verse 19

बृहस्पतेः शुभा कन्या नाम्ना वै वेदवर्णिनी । पुष्पोत्कटा च वीका च उभे माल्यवतः सुते

Bṛhaspati eut une fille de bon augure nommée Vedavarṇinī. Et Puṣpotkaṭā ainsi que Vīkā—toutes deux étaient filles de Mālyavat.

Verse 20

केकसी मालिनः कन्या तस्यां देवि शृणु प्रजाः । ज्येष्ठं वैश्रवणं तस्य सुषुवे वरवर्णिनी

Kaikasī, fille de Mālin—écoute, ô Déesse, sa descendance—elle, au teint parfait, enfanta son fils aîné, Vaiśravaṇa (Kubera).

Verse 21

अष्टदं हरिच्छ्मश्रुं शंकुकर्णं विलोहितम् । श्वपादं ह्रस्वबाहुं च पिंगलं शुचिभूषणम्

Il avait huit dents et une barbe fauve; des oreilles semblables à la conque, d’une teinte rougeâtre; des pieds comme ceux d’un chien et des bras courts—fauve, mais paré d’ornements purs.

Verse 22

त्रिपादं तु महाकायं स्थूलशीर्षं महाहनुम् । एवंविधं सुतं दृष्ट्वा विरूपं रूपतस्तदा

Pourvu de trois pieds, d’un corps immense, d’une tête épaisse et d’une mâchoire puissante; voyant un tel fils, alors difforme d’apparence…

Verse 23

तदा दृष्ट्वाब्रवीत्तं तु कुबेरोऽयमिति स्वयम् । कुत्सायां क्वितिशब्दोयं शरीरं वेरमुच्यते

Alors, en le voyant, elle dit elle-même : « Voici Kubera ». Dans un sens de répulsion, on emploie le son « kvi-ti » ; et le corps est appelé « vera », comme une chose détestable.

Verse 24

कुबेरः कुशरीरत्वान्नाम्ना तेन च सोंकितः । तस्य भार्य्याऽभवद्वृद्धिः पुत्रस्तु नलकूबरः

Il fut désigné du nom de « Kubera » en raison de la difformité de son corps. Son épouse fut Vṛddhi, et son fils, Nalakūbara.

Verse 25

कैकस्यजनयत्पुत्रं रावणं राक्षसाधिपम् । शंकुकर्णं दशग्रीवं पिगलं रक्तमूर्द्धजम्

Kaikasī enfanta un fils — Rāvaṇa, seigneur des Rākṣasas — aux oreilles semblables à la conque, aux dix cous, au teint fauve et à la chevelure rouge.

Verse 26

वसुपादं विंशद्भुजं महाकायं महाबलम् । कालांजननिभं चैव दंष्ट्रिणं रक्तलोचनम्

Aux pieds nombreux, aux vingt bras, au corps immense et à la force prodigieuse; noir comme le khôl, pourvu de crocs et d’yeux rouges.

Verse 27

राक्षसेनौजसा युक्तं रूपेण च बलेन च । निसर्गाद्दारुणः क्रूरो रावणाद्रावणः स्मृतः

Doué de la farouche vigueur des rākṣasas—avec beauté autant que puissance—il était, de nature, terrible et cruel; c’est pourquoi on se souvient de lui comme de Rāvaṇa, « celui qui fait crier les autres ».

Verse 28

हिरण्यकशिपुस्त्वासीत्स राजा पूर्वजन्मनि । चतुर्युगानि राजा तु तथा दश स राक्षसः

Dans une existence antérieure, il fut Hiraṇyakaśipu, un roi. Il régna durant quatre yugas; puis, durant dix yugas encore, il demeura comme rākṣasa.

Verse 29

पंच कोटीस्तु वर्षाणां संख्यताः संख्याया प्रिये । नियुतान्येकषष्टिं च संख्यावद्भिरुदाहृतम्

Ô bien-aimé, le décompte des années est donné comme cinq koṭis; et, de plus, soixante et un niyutas — ainsi l’énoncent ceux qui maîtrisent l’art du calcul.

Verse 30

षष्टिं चैव सहस्राणि वर्षाणां स हि रावणः । देवतानामृषीणां च घोरं कृत्वा प्रजागरम्

Pendant soixante mille ans, Rāvaṇa demeura dans une veille effroyable, répandant la terreur parmi les dieux et les ṛṣi.

Verse 31

त्रेतायुगे चतुर्विंशे रावणस्तपसः क्षयात् । रामं दाशरथिं प्राप्य सगणः क्षयमेयिवान्

Dans le vingt-quatrième Tretā-yuga, lorsque le fruit de ses austérités fut épuisé, Rāvaṇa rencontra Rāma Dāśarathi et, avec ses troupes, alla à sa perte.

Verse 32

योऽसौ देवि दशग्रीवः संबभूवारिमर्द्दनः । दमघोषस्य राजर्षेः पुत्रो विख्यातपौरुषः

Ô Déesse, ce Daśagrīva devint véritablement un « briseur d’ennemis » ; il naquit fils du roi-sage Damaghoṣa, renommé pour sa vaillance.

Verse 33

श्रुतश्रवायां चैद्यस्तु शिशुपालो बभूव ह । रावणं कुंभकर्णं च कन्यां शूर्पणखां तथा

Et de Śrutaśravā, le Caidya devint en vérité Śiśupāla ; de même (elle enfanta) Rāvaṇa et Kumbhakarṇa, ainsi que la jeune Śūrpaṇakhā.

Verse 34

विभीषणं चतुर्थं च कैकस्यजनयत्सुतान् । मनोहरः प्रहस्तश्च महापार्श्वः खरस्तथा

Et Kaikasī enfanta Vibhīṣaṇa comme quatrième fils ; (elle enfanta aussi) Manohara, Prahasta, Mahāpārśva, et de même Khara.

Verse 35

पुष्पोत्कटायास्ते पुत्राः कन्या कुम्भीनसी तथा । त्रिशिरा दूषणश्चैव विद्युज्जिह्वश्च राक्षसः । कन्यैका श्यामिका नाम वीकायाः प्रसवः स्मृतः

Tels furent les fils de Puṣpotkaṭā, et aussi sa fille Kumbhīnasī. (Il y eut) Triśiras, Dūṣaṇa, et le rākṣasa Vidyujjihva. Et une fille, nommée Śyāmikā, est tenue en mémoire comme l’enfant de Vīkā.

Verse 36

इत्येते क्रूरकर्माणः पौलस्त्या राक्षसा नव । विभीषणो विशुद्धात्मा दशमः परिकीर्तितः

Ainsi, ces neuf rākṣasas issus de Paulastya sont d’actions cruelles; mais Vibhīṣaṇa—à l’âme pure—est proclamé comme le dixième.

Verse 37

पुलहस्य मृगाः पुत्राः सर्वे व्यालाश्च दंष्ट्रिणः । भूताः पिशाचाः सर्पाश्च शूकरा हस्तिनस्तथा

La descendance de Pulaha fut faite de bêtes—toutes farouches, aux crocs et aux défenses. Il y eut aussi des bhūtas, des piśācas, des serpents, des sangliers et des éléphants.

Verse 38

अनपत्यः क्रतुस्त्वस्मिन्स्मृतो वैवस्वतेंतरे । अत्रेः पत्न्यो दशैवासन्सुन्दर्यश्च पतिव्रताः

Dans ce Vaivasvata Manvantara, Kratu est tenu en mémoire comme sans descendance. Les épouses d’Atri étaient au nombre de dix—belles et vouées à leurs maris, telles des pativratās.

Verse 39

भद्राश्वस्य घृताच्यंता जज्ञिरे दश चाप्सराः

De Bhadrāśva et de Ghṛtācī naquirent dix apsarās.

Verse 40

भद्रा शूद्रा च मद्रा च नलदा जलदा तथा । उर्णा पूर्णा च देवेशि या च गोपुच्छला स्मृता

Bhadrā, Śūdrā, Madrā, Naladā et Jaladā ; ainsi qu’Urṇā et Pūrṇā, ô Dame des dieux—et celle dont on se souvient sous le nom de Gopucchalā.

Verse 41

तथा तामरसा नाम दशमी रक्तकोटिका । एतासां च महादेवि ख्यातो भर्त्ता प्रभाकरः

Et la dixième, nommée Tāmarasā, était appelée Raktakoṭikā. Pour elles toutes, ô grande Déesse, l’époux renommé fut Prabhākara.

Verse 42

स्वर्भानुना हते सूर्ये पतितेस्मिन्दिवो महीम् । तमोऽभिभूते लोकेस्मिन्प्रभा येन प्रवर्त्तिता

Lorsque le Soleil fut frappé par Svarbhānu et tomba du ciel sur la terre, et que ce monde fut submergé par les ténèbres, c’est lui qui remit la lumière en mouvement.

Verse 43

स्वस्ति तेस्त्विति चैवोक्तः पतन्निह दिवाकरः । ब्रह्मर्षेर्वचनात्तस्य न पपात यतः प्रभुः

Alors que le Soleil tombait ici, on prononça ces mots : «Que le bien-être soit sur toi !». Par la parole de ce brahmarṣi, le Seigneur ne tomba pas.

Verse 44

ततः प्रभाकरेत्युक्तः प्रभुरेवं महर्षिभिः । भद्रायां जनयामाम् सोमं पुत्रं यशस्विनम्

C’est pourquoi les grands sages appelèrent le Seigneur «Prabhākara». En Bhadrā, il engendra Soma, un fils glorieux.

Verse 45

त्विषिमान्धर्मपुत्रस्तु सोमो देवो वरस्तु सः । शीतरश्मिः समुत्पन्नः कृत्तिकासु निशाचरः

Soma rayonnait—vraiment fils de Dharma et divinité des plus excellentes. Aux rayons frais, il naquit parmi les Kṛttikā et chemine dans la nuit.

Verse 46

पिता सोमस्य वै देवि जज्ञेऽत्रिर्भगवानृषिः । तत्रात्रिः सर्वलोकेशं भृत्वा स्वे नयने स्थितः

En vérité, ô Déesse, le père de Soma fut le bienheureux sage Atri. Là, Atri porta le Seigneur de tous les mondes et l’établit dans ses propres yeux.

Verse 47

कर्मणा मनसा वाचा शुभान्येव समा चरत् । काष्ठकुड्यशिलाभूत ऊर्द्ध्वबाहुर्महाद्युतिः

Par l’acte, la pensée et la parole, il ne suivit que la voie propice, avec une constance parfaite. Devenu tel le bois, le mur ou la pierre—immobile—il se tint les bras levés, flamboyant d’une grande splendeur.

Verse 48

सुदुस्तरं नाम तपस्तेन तप्तं महत्पुरा । त्रीणि वर्षसहस्राणि दिव्यानि सुरसुंदरि

Ô belle céleste, il accomplit une grande austérité nommée «Sudustara», si difficile à traverser, durant trois mille années divines.

Verse 49

तस्योर्द्ध्वरेतसस्तत्र स्थितस्यानिमिषस्य ह । सोमत्वं वपुरापेदे महाबुद्धेस्तु वै शुभे

Tandis qu’il demeurait là—chaste et sans cligner des yeux dans la concentration—son corps, par cette grande intelligence propice, atteignit l’état de Soma.

Verse 50

ऊर्द्ध्वमाचक्रमे तस्य सोमसंभावितात्मनः । नेत्राभ्यां सोमः सुस्राव दशधा द्योतयन्दिशः

Alors, pour celui dont l’être était tout imprégné de Soma, Soma s’éleva vers les hauteurs; et de ses yeux Soma s’écoula en dix ruisseaux, illuminant les directions.

Verse 51

तद्गर्भं विधिना दृष्टा दिशोदश दधुस्तदा । समेत्य धारयामासुर्न च धर्तुमशक्नुवन्

Voyant cette essence semblable à un embryon, Brahmā, l’Ordonnateur, selon le rite, enjoignit aux dix directions de la recevoir. Elles se rassemblèrent et tentèrent de la porter, mais ne purent la soutenir.

Verse 52

स ताभ्यः सहसैवेह दिग्भ्यो गर्भश्च शाश्वतः पपात भावयंल्लोकाञ्छीतांशुः सर्वभावनः

Alors cette essence éternelle, semblable à un embryon, se détacha soudain des directions ici : Soma, aux rayons frais, nourrissant les mondes, soutien de tous les êtres.

Verse 53

यदा न धारणे शक्तास्तस्य गर्भस्य ताः स्त्रियः । ततस्ताभ्यः स शीतांशुर्निपपात वसुंधराम्

Lorsque ces formes féminines (les directions), incapables de porter ce germe, ne purent plus le soutenir, alors Soma, aux rayons frais, tomba d’elles sur la terre.

Verse 54

पतितं सोममालोक्य ब्रह्मा लोकपितामहः । रथमारोपयामास लोकानां हितका म्यया

Voyant Soma tombé, Brahmā, l’aïeul des mondes, le plaça sur un char, par désir du bien de tous les mondes.

Verse 55

स तदैव मया देवि धर्मार्थं सत्यसंगरः । युक्तो वाजिसहस्रेण सितेन सुरसुंदरि

En cet instant même, ô Déesse—ô belle céleste—j’attelai ce char pour la cause du dharma, la vérité inébranlable pour résolution, et je l’y joignis à mille chevaux blancs.

Verse 56

तस्मिन्निपतिते देवि पुत्रेत्रेः परमात्म नि । तुष्टुवुर्ब्रह्मणः पुत्रा मानसाः सप्त ये श्रुताः

Lorsque le fils d’Atri, à l’âme suprême, fut ainsi descendu, ô Déesse, les sept fils nés de l’esprit de Brahmā—célèbres dans la tradition—le louèrent par des hymnes.

Verse 57

तथैवांगिरसः सर्वे भृगोश्चैवात्मजास्तथा । ऋग्भिस्तु सामभिश्चैव तथैवांगिरसैरपि

De même, tous les sages Āṅgirasa, ainsi que les fils de Bhṛgu, le louèrent par les hymnes du Ṛg-Veda, par les chants du Sāma-Veda, et aussi par les formules Āṅgirasa.

Verse 58

तस्य संस्तूयमानस्य तेजः सोमस्य भास्वतः । आप्यायमानं लोकांस्त्रीन्भासयामास सर्वशः

Tandis que l’on louait Soma le resplendissant, sa splendeur—sans cesse croissante—illumina les trois mondes en toutes directions.

Verse 59

स तेन रथमुख्येन सागरांतां वसुंधराम् । त्रिःसप्तकृत्वोतियशाश्चकाराभिप्रदक्षिणम्

Alors cet être d’une gloire immense, avec ce char éminent, accomplit la circumambulation de la terre ceinte par l’océan—trois fois sept au total.

Verse 60

तस्य यच्चापि तत्तेजः पृथिवीमन्वपद्यत । ओषध्यस्ताः समुत्पन्नास्ते जसाऽज्वलयन्पुनः

Et tout ce qui, de sa splendeur, entra et se répandit dans la terre—de là naquirent les herbes, et par cette même radiance elles se mirent de nouveau à briller.

Verse 61

ताभिर्धिनोत्ययं लोकं प्रजाश्चैव चतुर्विधाः । ओषध्यः फलपाकांताः कणाः सप्तदश स्मृताः

Par elles, ce monde est soutenu, ainsi que les êtres des quatre sortes. Ces plantes cultivées, mûrissant jusqu’au fruit et à la moisson, sont rappelées comme des « grains » au nombre de dix-sept variétés.

Verse 62

व्रीहयश्च यवाश्चैव गोधूमा अणवस्तिलाः

Riz, orge, blé, millet et sésame—

Verse 63

प्रियंगुः कोविदारश्च कोरदूषाः सतीनकाः । माषा मुद्गा मसूराश्च निष्पावाः सकुलत्थकाः

Priyaṅgu, kovidāra, koradūṣa, satīna ; urad (haricot noir), mungo (haricot vert), lentille ; ainsi que niṣpāva et kulattha—

Verse 64

आढक्यश्चणकाश्चैव कणाः सप्तदश स्मृताः । इत्येता ओषधीनां च ग्राम्याणां जातयः स्मृताः

Et encore āḍhakī et le pois chiche—ainsi les « grains » sont-ils rappelés au nombre de dix-sept. Telles sont, en vérité, les espèces cultivées parmi les plantes.

Verse 65

ओषध्यो यज्ञियाश्चैव ग्राम्या रण्याश्चतुर्द्दश । व्रीहयश्च यवाश्चैव गोधूमास्त्वणवस्तिलाः

Les plantes sacrées destinées au yajña sont de quatorze sortes, cultivées comme sauvages : riz, orge, blé, millet et sésame.

Verse 66

प्रियंगुषष्ठा इत्येते सप्तमास्तु कुलत्थकाः । श्यामाकास्त्वथ नीवारा जर्तिलाः सगवेधुकाः

Jusqu’à priyaṅgu comme sixième—ainsi sont-ils énumérés ; le septième est le kulattha. Puis viennent śyāmāka, nīvāra, jartila, avec gavedhuka.

Verse 67

ऊरुविन्दा मर्कटकास्तथा वेणुयवाश्च ये । ग्राम्यारण्यास्तथा ह्येता ओषध्यस्तु चतुर्दश

Ūruvindā, Markaṭakā et Veṇuyavā—avec les espèces domestiques et celles des forêts—sont dits constituer les quatorze classes de plantes médicinales.

Verse 68

तृणगुल्मलता वीरुद्वल्लीगुच्छादि कोटिशः । एतेषामधिपश्चन्द्रो धारयत्यखिलं जगत्

Herbes, arbustes, lianes, vignes grimpantes, fourrés et innombrables pousses : sur tout cela la Lune est le seigneur ; et par eux il soutient l’univers entier.

Verse 69

ज्योत्स्नाभिर्भगवान्सोमो जगतो हितकाम्यया । ततस्तस्मै ददौ राज्यं ब्रह्मा ब्रह्मविदां वरः

Le Seigneur bienheureux Soma, par ses rayons de lune et dans le désir de faire le bien du monde, œuvra pour la prospérité de la création. C’est pourquoi Brahmā—le meilleur des connaisseurs du Brahman—lui accorda la souveraineté.

Verse 70

बीजौषधीनां विप्राणां मंत्राणां च वरानने । सोऽभिषिक्तो महातेजा राजा राज्ये निशाकरः

Ô toi au visage gracieux, il fut consacré roi d’un éclat immense—le Faiseur de la nuit (la Lune)—pour gouverner les semences et les plantes médicinales, les Brāhmaṇa, et les mantras également.

Verse 71

त्रींल्लोकान्भावयामास स्वभासा भास्वतां वरः । तं सिनी च कुहूश्चैव द्युतिःपुष्टिः प्रभा वसुः

Le meilleur des êtres lumineux réjouit et soutint les trois mondes par sa propre radiance. Sinī et Kuhū, ainsi que Dyuti, Puṣṭi, Prabhā et Vasu, le servaient.

Verse 72

कीर्तिर्धृतिश्च लक्ष्मीश्च नव देव्यः सिषेविरे । सप्तविंशतिरिंदोस्तु दाक्षायण्यो महाव्रताः

Kīrti, Dhṛti et Lakṣmī—avec d’autres déesses—neuf dames divines le servaient. Et les vingt-sept filles de Dakṣa, femmes aux grands vœux, appartenaient à Indu (la Lune).

Verse 73

ददौ प्राचेतसो दक्षो नक्षत्राणीति या विदुः । स तत्प्राप्य मह्द्राज्यं सोमः सोमवतां वरः

Dakṣa, fils de Pracetā, lui donna celles que l’on connaît comme les Nakṣatra. Ayant obtenu cette grande souveraineté, Soma—le meilleur parmi les Soma—s’épanouit dans son royaume.

Verse 74

समाजह्रे राजसूयं सहस्रशतदक्षिणम् । हिरण्यगर्भश्चोद्गाता ब्रह्मा ब्रह्मत्वमेयिवान्

Il accomplit ensuite le sacrifice royal du Rājasūya, avec des dons s’élevant à cent mille. Hiraṇyagarbha officia comme prêtre Udgātṛ, et Brahmā—ayant atteint la dignité de Brahmā—présida.

Verse 75

सदस्यस्तस्य भगवान्हरिर्नारायणः प्रभुः । सनत्कुमारप्रमुखैराद्यैर्ब्रह्मर्षिभिर्वृतः

Pour ce rite, le Seigneur Hari—Nārāyaṇa lui-même—siégea comme membre officiant, entouré des Brahmarṣi primordiaux conduits par Sanatkumāra.

Verse 76

दक्षिणामददात्सोमस्त्रींल्लोकांस्तु वरानने । तेभ्यो ब्रह्मर्षिमुख्येभ्यः सदस्येभ्यश्च वै शुभे

Ô dame au beau visage, Soma accorda la dakṣiṇā comme s’il offrait les trois mondes, à ces Brahmarṣi éminents et aux membres de l’assemblée sacrificielle, ô bienheureuse.

Verse 77

प्राप्यावभृथमव्यग्रः सर्वदेवर्षिपूजितः । अतिराजति राजेन्द्रो दशधा भावयन्दिशः

Parvenu à l’avabhṛtha, le bain purificatoire final, calme et sans trouble, et honoré par tous les dieux et les voyants, ce roi des rois resplendit avec éclat, illuminant les dix directions de maintes manières.

Verse 78

तेन तत्प्राप दुष्प्राप्यमैश्वर्य्यमकृता त्मभिः । स एवं वर्त्तते चन्द्रश्चात्रेय इति विश्रुतः

Par ce mérite sacré, il obtint une souveraineté difficile à atteindre pour les indisciplinés. Ainsi la Lune demeure en cet état, renommée dans la tradition sous le nom de « Cātreya ».