
Le chapitre 268 se déploie sous forme de dialogue technique et rituel : Ānarta interroge Bhartṛyajña sur les causes karmiques de la souveraineté universelle (cakravartitva) et sur la manière de l’obtenir. Bhartṛyajña affirme que la royauté est rare et conditionnée par le mérite ; le souverain qui, avec foi, offre devant Gautameśvara une représentation d’or de la Terre (hiraṇmayī pṛthvī) devient cakravartin, à l’exemple de rois illustres tels que Māndhātā, Hariścandra, Bharata et Kārtavīrya. Le texte décrit ensuite l’ordonnancement précis du rite : le modèle terrestre doit être façonné selon un poids mesuré, sans fraude dans les richesses ; la géographie cosmique est figurée par sept océans (sel, jus de canne, liqueur, ghee, caillé, lait et eau), sept dvīpas, les grandes montagnes (Meru et autres) et les fleuves principaux, notamment la Gaṅgā. Sont prescrits un maṇḍapa, des kuṇḍas, des toraṇas, une vedi centrale, puis la consécration au pañcagavya et à l’eau purifiée, accompagnée d’actes liés aux mantras : snāna, offrande de vêtements, encens (dhūpa), ārātrika et offrande de grains. Le donateur récite des formules hymniques reconnaissant la Terre comme soutien du monde et implore sa présence pour l’acte de don ; l’offrande est transférée symboliquement dans l’eau (sans être posée au sol ni remise dans la main du récipiendaire), puis la Terre est congédiée avec respect et le don est distribué aux brahmanes. La phalāśruti promet la stabilité dynastique (sans perte du royaume), la destruction des fautes même par la simple écoute, une efficacité sur plusieurs naissances lorsqu’on accomplit le rite à Gautameśvara, et la proximité de la demeure impérissable de Viṣṇu ; elle interdit aussi, sur le plan éthique, de s’emparer d’une terre déjà donnée par autrui.
Verse 1
आनर्त उवाच । कर्मणा केन मर्त्ये च नराणां जायते वद । चक्रवर्तित्वमखिलं सर्वशत्रुविमर्दनम्
Ānarta dit : Dis-moi—par quel acte, dans le monde des hommes, un homme obtient-il la souveraineté universelle, devenant un cakravartin qui écrase tous les ennemis ?
Verse 2
भर्तृयज्ञ उवाच । दुर्लभं भूमिपालत्वं सर्वपापैर्नराधिप । तपोभिर्नियमैर्दानैस्तथान्यैश्च शुभैर्व्रतैः
Bhartṛyajña dit : Ô seigneur des hommes, la royauté est difficile à obtenir pour celui que chargent les péchés ; elle se conquiert par l’ascèse, les observances, la charité et d’autres vœux propices.
Verse 3
यः पुनर्भूपतिर्भूत्वा पृथ्वीं दद्याद्धिरण्मयीम् । गौतमेश्वरदेवस्य पुरतः श्रद्धयान्वितः । चक्रवर्ती भवेन्नूनमेवमाह पितामहः
Mais celui qui, devenu roi, offre avec foi devant le Seigneur Gautameśvara une « Terre d’or » (don symbolique du monde), devient assurément un cakravartin ; ainsi parla Pitāmaha (Brahmā).
Verse 4
मांधाता धुन्धुमारश्च हरिश्चंद्रः पुरूरवाः । भरतः कार्तवीर्यश्च षडेते चक्रवर्तिनः
Māndhātā, Dhundhumāra, Hariścandra, Purūravas, Bharata et Kārtavīrya : ces six-là sont renommés comme cakravartins.
Verse 5
पृथ्वीदानं पुरा कृत्वा गौतमेश्वरसंनिधौ । दत्त्वा हिरण्मयीं पृथ्वीं सार्वभौमास्ततः स्थिताः
Dans les temps anciens, ayant accompli auprès de Gautameśvara le don de la « Terre », et après avoir offert une Terre d’or en représentation du monde, ils devinrent ensuite des souverains universels.
Verse 6
आनर्त उवाच । भगवन्केन विधिना दातव्या सा वसुन्धरा । अहं दास्यामि तां नूनं श्रद्धा मे महती स्थिता
Ānarta dit : « Ô Bienheureux, selon quel rite doit-on offrir ce don de la “Terre” ? Je l’offrirai assurément ; une grande foi demeure fermement en moi. »
Verse 7
भर्तृयज्ञ उवाच । कार्या पलशतेनोर्वी वृत्ताकारा नृपोत्तम । तदर्धेनाथवा शक्त्या पंचविंशत्पलात्मिका
Bhartṛyajña dit : « Ô roi excellent, la “Terre” destinée au don doit être façonnée en forme circulaire, pesant cent palas ; ou bien la moitié ; ou, selon ses moyens, vingt-cinq palas. »
Verse 9
धरादाने महाराज वित्तशाठ्यं विवर्जयेत् । नैव पंचपलादर्वाक्प्रदातव्या कथञ्चन । लवणेक्षुसुरासर्पिर्दधिदुग्धजलोद्भवाः । समुद्राः सप्त चैतांस्तु कक्षायां तत्र दर्शयेत्
Dans le don de la Terre, ô grand roi, qu’on renonce à toute tromperie concernant les richesses. Qu’on ne donne jamais, d’aucune manière, un modèle de la terre pesant moins de cinq palas. Là, qu’on figure les sept océans—nés du sel, du jus de canne, de la liqueur, du ghee, du caillé, du lait et de l’eau—rangés en ceintures circulaires.
Verse 10
जंबूप्लक्षकुशक्रौंचशाकशाल्मलिपुष्कराः । समुद्रान्सरितः सप्त द्वैगुण्येन प्रकल्पयेत्
Qu’on façonne aussi Jambū, Plakṣa, Kuśa, Krauñca, Śāka, Śālmalī et Puṣkara (les sept continents), et qu’on dispose les sept océans et les rivières selon la juste proportion, en les établissant par doubles mesures successives.
Verse 11
महेन्द्रो मलयः सह्यो हिमवान्गंधमादनः । विंध्यः शृंगी च सप्तैव कल्पयेत्कुलपर्वतान्
De même, qu’on représente les sept « montagnes de clan » : Mahendra, Malaya, Sahya, Himavān, Gandhamādana, Vindhya et Śṛṅgī.
Verse 12
मध्ये प्रकल्पयेन्मेरुं दिक्षु विष्कम्भपर्वतान् । जंबून्यग्रोधनीपांश्च प्लक्षश्चैव तथा द्रुमान्
Au centre, qu’on place le mont Meru, et dans les directions, les montagnes qui soutiennent. Qu’on figure aussi les arbres—Jambū, Nyagrodha, Nīpa et Plakṣa—ainsi que d’autres arbres sacrés.
Verse 13
गंगाद्याः सरितस्तत्र प्राधान्येन प्रकल्पयेत् । एवं निर्माप्य वसुधां सर्वां हेममयीं नृप
Là, qu’on mette au premier plan les rivières, à commencer par la Gaṅgā. Ainsi, ô roi, après avoir façonné la Terre entière sous une forme d’or—
Verse 14
मंडपं कारयेत्पश्चाद्यथापूर्वं प्रकल्पितम्
Ensuite, qu’on fasse édifier un maṇḍapa (pavillon sacré), disposé avec justesse selon ce qui fut prescrit auparavant.
Verse 15
कुण्डानि तोरणान्येव ब्राह्मणग्रहपूजने । पूर्ववत्सकलं कृत्वा मध्ये वेदिं प्रकल्पयेत्
Pour le culte des brāhmaṇa et des divinités Graha, qu’on dispose aussi les kuṇḍa (fosses de feu) et les toraṇa (portiques). Après avoir tout accompli comme auparavant, qu’on établisse la vedī (autel) au milieu.
Verse 16
तत्र संस्थापयेत्पृथ्वीं पंचगव्येन पार्थिव । यथोक्तमंत्रैस्तल्लिंगैस्ततः शुद्धोदकेन तु
Là, ô roi, qu’on installe selon le rite la sainte présence de Pṛthvī (la Terre), au moyen du pañcagavya, les cinq produits de la vache. Ensuite, avec les mantras prescrits et les marques rituelles convenables, qu’on la consacre par l’eau pure.
Verse 17
इमं मे गंगे यमुने पंचनद्यस्त्रिपुष्करम् । श्रीसूक्तं पावमानं च हैमीं च तदनंतरम्
« Voici mon offrande — ô Gaṅgā, ô Yamunā, ô Cinq Rivières ; (l’hymne) Tripuṣkara ; le Śrīsūkta ; le Pāvamāna ; puis, ensuite, le Haimī » — tels sont les textes à réciter dans cet ordre.
Verse 18
स्नानकर्मणि योग्यांश स्वादिष्ठायनमुत्तमम्
Dans le rite du bain sacré (snāna), la partie la plus excellente et la mieux appropriée est celle nommée Svādiṣṭhāyana.
Verse 19
एवं संस्नाप्य विधिवद्वासांसि परिधापयेत् । युवा सुवासा मंत्रेण सूक्ष्माणि विविधानि च
Ainsi, après avoir baigné (la divinité/la forme installée) selon le rite, qu’on la revête de vêtements. Avec le mantra « Yuvā Suvāsā », qu’on offre aussi des étoffes fines et diverses.
Verse 20
ये भूतानामधीत्येवं ततः प्रोच्य प्रपूजयेत् । धूरसीति च मंत्रेण धूपं दद्यात्समाहितः
Après avoir ainsi étudié/récité les formules concernant les bhūta (êtres/éléments) et les avoir ensuite proclamées, qu’on accomplisse l’adoration en plénitude. L’esprit recueilli, qu’on offre l’encens avec le mantra « Dhūr asi ».
Verse 21
अग्निर्ज्योतीति मंत्रेण कुर्यादारार्तिकं ततः । अहमस्मीति मंत्रेण सप्तधान्यं प्रकल्पयेत्
Ensuite, qu’on accomplisse l’ārātrika (balancement des lumières) avec le mantra « Agni est lumière ». Avec le mantra « Je suis », qu’on dispose les sept grains en offrande.
Verse 22
एवं कृत्वाऽखिलं तस्या यजमानः सितांबरः । पुरः स्थितोंजलिं बद्ध्वा मंत्रानेतानुदाहरेत्
Ayant accompli tout cela pour Elle, le yajamāna (patron du rite), vêtu de blanc, doit se tenir devant (la divinité/la forme), joindre les paumes et réciter ces mantras.
Verse 23
त्वया संधार्यते विश्वं जगदेतच्चराचरम् । तव दानं करिष्यामि सांनिध्यं कुरु मेदिनि
Par Toi est soutenu l’univers tout entier—ce monde, mobile et immobile. Je ferai pour Toi ce don ; ô Medinī (Mère Terre), accorde-moi Ta présence bienveillante.
Verse 24
शरीरेष्वपि भूतानां त्वं देवि प्रथमं स्थिता । ततश्चान्यानि भूतानि जलादीनि वसुन्धरे
Même dans les corps des êtres, ô Déesse, tu es établie la première. Ensuite naissent les autres éléments—l’eau et les suivants—ô Vasundharā, Terre nourricière.
Verse 25
ये त्वां यच्छंति ते भूयस्त्वां लभंते न संशयः । इह लोके परे चैव पार्थिवं रूपमाश्रिता
Ceux qui t’offrent en aumône te retrouvent à nouveau—sans aucun doute—en ce monde et dans l’au-delà, s’étant réfugiés dans ta forme terrestre.
Verse 26
एवं स्तुत्वा समादाय तोयं हेमाकृतिं नृप । वासुदेवं हृदि स्थाप्य मंत्रेणानेन कल्पयेत्
Après avoir ainsi loué, ô roi, qu’on prenne l’eau et qu’on façonne la forme d’or; puis, plaçant Vāsudeva dans le cœur, qu’on accomplisse le rite avec ce mantra.
Verse 27
पातालादुद्धृता येन पृथ्वी सा लोककारिणा । अस्या दानेन च सदा प्रीयतां मे जनार्दनः
Celui par qui la Terre fut relevée du monde souterrain—le bienfaiteur des mondes : par le don de cette Terre, que Janārdana soit à jamais satisfait de moi.
Verse 28
एवमुच्चार्य तत्तोयं तोयमध्ये परिक्षिपेत् । न भूमौ नैव हस्ते च ब्राह्मणस्य नृपोत्तम
Après avoir récité ainsi, qu’on dépose cette eau au sein même de l’eau; qu’elle ne soit posée ni sur le sol ni dans la main d’un brāhmaṇa, ô meilleur des rois.
Verse 29
ततो विसर्जयेद्देवीं मन्त्रेणानेन भागशः । आगता च यथान्यायं पूजिता च यथाविधि
Ensuite, qu’on congédie solennellement la Déesse, portion après portion, par ce mantra—Elle qui fut invitée selon la règle et honorée selon le rite.
Verse 30
अस्माकं त्वं हितार्थाय यत्रेष्टं तत्र गम्यताम् । उस्रा वेदेति मंत्रेण समुच्चार्य ततः परम् । ब्राह्मणेभ्यः प्रदातव्या संविभज्य नराधिप
«Pour notre bien, va maintenant où bon te semble.» Puis, après avoir récité le mantra commençant par «usrā vede…», qu’on répartisse l’offrande et qu’on la donne aux brāhmaṇas, ô seigneur des hommes.
Verse 31
एवं ते सर्वमाख्यातं पृथिवीदानमुत्तमम् । शृणुयात्पार्थिवो भावी दाता जन्मनिजन्मनि
Ainsi t’a été pleinement exposé le suprême «don de la Terre». Le roi à venir qui l’entend deviendra donateur, naissance après naissance.
Verse 32
यो राजा पृथिवीं दद्याद्विधिनानेन पार्थिव । राज्यभ्रंशो न वंशेऽपि तस्य संजायते क्वचित्
Ô roi, le souverain qui donne la Terre selon ce rite prescrit: jamais, en aucun temps, ne survient la chute de la royauté, même dans sa lignée.
Verse 33
राज्यभ्रंशसमोपेता ये दृश्यंते महीभुजः । न तैर्वसुन्धरा दत्ता ब्राह्मणानां धृतात्मनाम्
Les rois que l’on voit frappés par la ruine de leur royaume: ce sont ceux qui n’ont pas donné la Terre à des brāhmaṇas maîtres d’eux-mêmes et au cœur ferme.
Verse 34
तस्मात्सर्वप्रयत्नेन पृथ्वीदानं समाचरेत् । न हरेत्परदत्तां च कथंचिदपि मेदिनीम्
Ainsi, avec tous les efforts, qu’on accomplisse le don sacré de la terre; et qu’en aucune manière on ne s’empare d’un terrain déjà donné à autrui.
Verse 35
एतत्पुण्यं प्रशस्यं च पृथिवीदानमुत्तमम् । शृण्वतामपि राजेंद्र तद्देहाद्यघनाशनम्
Ce don suprême de la terre est plein de mérite et hautement loué; même pour ceux qui n’en font qu’entendre parler, ô seigneur des rois, il détruit les péchés, à commencer par ceux liés au corps.
Verse 36
आस्तां तावत्प्रदानं च पृथिव्याः पृथिवीपतेः । दातुः संप्रेरणं यस्या अज्ञानौघविनाशनम्
Ô seigneur de la terre, laissons de côté la grandeur du don de la terre elle-même : même l’élan intérieur qui pousse quelqu’un à donner, dans cet acte sacré, devient destructeur du flot d’ignorance.
Verse 37
रूपवान्सुभगश्चैव तथा च प्रियदर्शनः । आधिव्याधिविनिर्मुक्तः पुत्रपौत्रसमन्वितः
Par sa puissance, on devient beau et fortuné, agréable à contempler; délivré des tourments de l’esprit et des maladies, et comblé de fils et de petits-fils.
Verse 38
मेधावी जायते मर्त्यो दानस्यास्य प्रभावतः । इत्थंभूता महाराज कृत्वा राज्यमकण्टकम्
Par l’efficacité de ce don, un mortel naît doté d’une intelligence pénétrante. Ainsi, ô grand roi, après avoir établi un royaume sans épines (sans obstacles ni ennemis)…
Verse 39
प्रीता विष्णोः पदं यांति शाश्वतं यन्निरामयम् । अन्यत्रापि धरादानात्प्रकुर्याच्चक्रवर्तिताम्
Satisfaits par une telle aumône, ils atteignent la demeure de Viṣṇu, éternelle et exempte de souffrance. Même ailleurs, par le don de la terre, on peut obtenir la dignité de cakravartin, souverain universel.
Verse 40
एकजन्मांतरं यावत्सम्यग्दत्तं नृपोत्तमः । गौतमेश्वरदेवस्य यत्पुरा पुरतः कृतम्
Ô meilleur des rois, durant toute une vie qui suit, le don jadis accompli selon la règle, en la présence même du Seigneur Gautameśvara, continue de porter ses fruits.
Verse 41
सप्तजन्मांतरं यावत्प्रकरोति न संशयः । तस्मात्सर्वप्रयत्नेन तत्र देया मही नृप
Son effet se prolonge jusqu’à sept existences — sans aucun doute. C’est pourquoi, ô roi, avec tous les efforts, il faut y offrir la terre en don.
Verse 268
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये गौतमेश्वरमाहात्म्ये पृथ्वीदानमाहात्म्यवर्णनंनामाष्टषष्ट्युत्तरद्विशततमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le chapitre deux cent soixante-huit, intitulé « Description de la gloire du don de la terre », dans le Gautameśvara Māhātmya, au sein du Hāṭakeśvara-kṣetra Māhātmya, du sixième (Nāgara) Khaṇḍa du Śrī Skanda Mahāpurāṇa, dans l’Ekāśīti-sāhasrī Saṃhitā.