Adhyaya 263
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 263

Adhyaya 263

Le chapitre s’ouvre sur l’enseignement théologique d’Īśvara au sujet du karma, du jñāna et du yoga : les actes cessent d’enchaîner lorsqu’ils sont offerts à Hari/Viṣṇu avec un esprit purifié, le non‑attachement et la bhakti. Sont ensuite exposées des disciplines éthico‑psychologiques—śama (apaisement), vicāra (examen/discernement), santoṣa (contentement), sādhu-saṅga (fréquentation des saints)—présentées comme les « quatre gardiens » de la voie de mokṣa, figurée comme une « cité », et l’on affirme que l’instruction du guru (guru-upadeśa) est décisive pour réaliser le brahma-bhāva et atteindre la délivrance en cette vie (jīvanmukti). Dans un cadre centré sur le mantra, le dvādaśākṣara (formule de douze syllabes) est loué comme semence purificatrice et support de méditation ; Cāturmāsya est mis en avant comme une période propice dont l’observance et l’écoute pieuse consument les fautes accumulées. Le récit se tourne ensuite vers la relation de Brahmā : Hara rencontre un être‑poisson merveilleux et l’interroge ; le poisson raconte son abandon par crainte de la lignée et son long emprisonnement, attribuant aux paroles de Śiva l’éveil du jñāna‑yoga. Délivré, il reçoit le nom de Matsyendranātha, yogin éminent—sans envie, non‑duel, renonçant et voué au service du Brahman—et le chapitre se clôt sur la proclamation du mérite d’entendre cette histoire, surtout durant Cāturmāsya, mérite tenu pour équivalent au fruit de grands rites tels que l’Aśvamedha.

Shlokas

Verse 1

ईश्वर उवाच । यदि चेत्तामसं कर्म त्यक्त्वा कर्मसु जायते । तदा ज्ञानमयो योगी जीवतां मोक्षदायकः

Īśvara dit : Si l’on renonce aux actes tamasiques tout en demeurant engagé dans les devoirs justes, alors ce yogin—tout de connaissance—devient dispensateur de délivrance, même de son vivant.

Verse 2

यदा निर्ममता देहे यदा चित्तं सुनिर्मलम् । यदा हरौ भक्तियोगस्तदा बन्धो न कर्मणा

Quand il n’y a plus d’appropriation du corps, quand l’esprit est parfaitement pur, et quand la bhakti-yoga envers Hari devient son yoga, alors l’action n’enchaîne plus.

Verse 3

कुर्वन्नेव हि कर्माणि मनः शांतं नृणां यदा । तदा योगमयी सिद्धिर्जायते नात्र संशयः

Même en accomplissant des actes, lorsque l’esprit de l’homme devient paisible, alors naît l’accomplissement yogique ; il n’y a là aucun doute.

Verse 4

गुरुत्वं स्थानमसकृदनुभूय महामतिः । जीवन्विष्णुत्वमासाद्य कर्म संगात्प्रमुच्यते

Ayant maintes fois éprouvé l’état de véritable autorité spirituelle (gurutva), l’âme magnanime atteint la « condition de Viṣṇu » dès cette vie et se délivre de l’attachement aux actes (karma).

Verse 5

कर्माणि नित्यजातानि नित्यनैमित्तिकानि च । इच्छया नैव सेव्यानि दुःखतापविवृद्धये

Les devoirs quotidiens et les rites périodiques prescrits ne doivent pas être accomplis par simple désir personnel, car cela ne fait qu’accroître la souffrance et la brûlure de l’affliction intérieure.

Verse 6

कर्मणामीशितारं च विष्णुं विद्धि महेश्वरि । तस्मिन्संत्यज्य सर्वाणि संसारान्मुच्यतेऽखिलात्

Ô Maheśvarī, sache que Viṣṇu est le Souverain qui gouverne tous les actes. En renonçant à tout en Lui—en déposant en Lui chaque œuvre—on est entièrement délivré de l’ensemble du saṃsāra.

Verse 7

एतदेव परं ज्ञानमेतदेव परं तपः । एतदेव परं श्रेयो यत्कृष्णे कर्मणोऽर्पणम्

Ceci seul est la connaissance suprême; ceci seul est l’austérité suprême. Ceci seul est le bien suprême : offrir ses actes à Kṛṣṇa.

Verse 8

अयं हि निर्मलो योगो निर्गुणः स उदाहृतः । तद्विष्णोः कर्म जनितं शुभत्व प्रतिपादनम्

Ceci est véritablement nommé le yoga sans tache ; il est proclamé au-delà des guṇas. Il naît de l’action reliée à Viṣṇu et établit l’auspiciosité : pureté et bien-être.

Verse 9

तावद्भ्रमंति संसारे पितरः पिंडतत्पराः । यावत्कुले भक्तियुतः स्तो नैव प्रजायते

Aussi longtemps que les ancêtres errent dans le saṃsāra, uniquement tournés vers les offrandes de piṇḍa, ainsi en est-il tant qu’en cette lignée ne naît pas un dévot doté de bhakti.

Verse 10

तावद्द्विजानि गर्जंति तावद्गर्जति पातकम् । तावत्तीर्थान्यनेकानि यावद्भक्तिं न विंदति

Tant que les dvija rugissent dans la controverse, le péché rugit aussi; et les tīrtha paraissent ‘nombreux’, jusqu’à ce que l’on obtienne véritablement la bhakti.

Verse 11

स एव ज्ञानवांल्लोके योगिनां प्रथमो हि सः । महाक्रतूनामाहर्ता हरिभक्तियुतो हि सः

Lui seul est véritablement sage dans le monde; il est, en vérité, le premier parmi les yogin. Il est l’accomplisseur réel des grands sacrifices, car il est rempli de dévotion envers Hari.

Verse 12

निमिषं निर्नयन्मेषं योगः समभिजायते । वाणीजये योगिनस्तु गोमेधश्च प्रकीर्तितः

En retenant même le clignement des yeux, le yoga naît pleinement. Et pour le yogin, la victoire sur la parole est proclamée équivalente au sacrifice go-medha.

Verse 13

मनसो विजये नित्यमश्वमेधफलं लभेत् । कल्पनाविजयान्नित्यं यज्ञं सौत्रामणिं लभेत्

Par la victoire constante sur le mental, on obtient le fruit de l’Aśvamedha. Par la victoire constante sur l’imagination et les constructions de l’esprit, on obtient le mérite du sacrifice Sautrāmaṇi.

Verse 14

देहस्योत्सर्जनान्नित्यं नरयज्ञः प्रकीर्तितः । पंचेंद्रियपशून्हत्वाऽनग्नौ शीर्षे च कुण्डले

Par le constant “dépouillement” de l’attachement au corps, le nara-yajña est proclamé. Ayant “immolé” les cinq bêtes des sens—sans feu extérieur—le yogin porte les marques sur la tête et les boucles d’oreilles, signes du rite intérieur.

Verse 15

गुरूपदेशविधिना ब्रह्मभूतत्वमश्नुते । स योगी नियताहारोदण्डत्रितयधारकः

Par la méthode de l’enseignement du guru, on atteint l’état d’être Brahman. Ce yogin est réglé dans sa nourriture et porte les « trois bâtons » (tri-daṇḍa), triple maîtrise du corps, de la parole et du mental.

Verse 16

त्रिदंडी स तु विज्ञेयो ज्ञाते देवे निरंजने । मनोदण्डः कर्मदण्डो वाग्दंडो यस्य योगिनः

Sache que ce yogin est le véritable « tridaṇḍin » lorsqu’il a réalisé le Seigneur sans tache et sans passion. Ses disciplines sont la maîtrise du mental, la discipline de l’acte et la discipline de la parole.

Verse 17

स योगी ब्रह्मरूपेण जीवन्नेव समाप्यते । अज्ञानी बाध्यते नित्यं कर्मभिर्बंधनात्मकैः

Ce yogin, tout en vivant, s’accomplit dans la forme de Brahman ; mais l’ignorant est sans cesse lié et tourmenté par des actes dont la nature est l’entrave.

Verse 18

कुर्वन्नेव हि कर्माणि ज्ञानी मुक्तिं प्रयाति हि । यदा हि गुरुभिः स्थानं ब्रह्मणः प्रतिपाद्यते

En vérité, même en accomplissant des actes, le connaissant de la vérité s’achemine vers la délivrance, lorsque, par les gurus, l’« état/demeure » de Brahman est enseigné et établi comme il se doit.

Verse 19

तदैष मुक्तिमाप्नोति देहस्तिष्ठति केवलम् । यावद्ब्रह्मफलावाप्त्यै प्रयाति पुरुषोत्तमः

Alors il obtient la délivrance; le corps ne demeure que comme un reste. Jusqu’à ce que, pour atteindre le fruit suprême de Brahman, le Puruṣottama, la Personne Suprême, le mène en avant (vers l’accomplissement ultime).

Verse 20

तावत्कर्ममयी वृत्तिर्ब्रह्म वृक्षांतराभवेत् । अवांतराणि पर्वाणि ज्ञेयानि मुनिभिः सदा

Tant que l’élan demeure façonné par le karma, Brahman est comme «entre les branches d’un arbre» : on ne l’entrevoit qu’en partie. Aussi les sages doivent-ils toujours connaître les étapes intermédiaires (parvan).

Verse 21

मोक्षमार्गो द्विजैश्चैव श्रुतिस्मृतिसमुच्चयात् । मोक्षोऽयं नगराकारश्चतुर्द्वार समाकुलः

La voie de la délivrance est exposée par les dvija, les «deux-fois-nés», d’après le témoignage conjoint de la Śruti et de la Smṛti. Cette mokṣa est semblable à une cité, pourvue de quatre portes.

Verse 22

द्वारपालास्तत्र नित्यं चत्वारस्तु शमादयः । त एव प्रथमं सेव्या मनुजैर्माक्षदायकाः

Là, les gardiens des portes, toujours présents, sont au nombre de quatre, à commencer par śama (la quiétude). Les hommes doivent d’abord les servir, car ils accordent le «fruit» de la délivrance.

Verse 23

शमश्च सद्विचारश्च संतोषः साधुसंगमः । एते वै हस्तगा यस्य तस्य सिद्धिर्न दूरतः

Quiétude (śama), juste discernement (sadvicāra), contentement (saṃtoṣa) et compagnie des saints (sādhusaṅgama) : quiconque les tient comme dans sa propre main, pour lui l’accomplissement (en yoga et en délivrance) n’est pas lointain.

Verse 24

योगसिद्धिर्विष्णुभक्त्या सद्धर्माचरणेन च । प्राप्यते मनुजैर्देवि ह्येतज्ज्ञानमलं विदुः

Ô Déesse, l’accomplissement yogique est obtenu par les hommes grâce à la dévotion envers Viṣṇu et à la pratique du dharma véritable ; les sages savent que cela est la pureté sans tache de la connaissance spirituelle.

Verse 25

ज्ञानार्थं च भ्रमन्मर्त्यो विद्यास्थानेषु सर्वशः । सद्यो ज्ञानं सद्गुरुतो दीपार्चिरिव निर्मला

Même si un mortel erre partout en quête de savoir, la connaissance pure jaillit aussitôt du véritable sadguru, telle la flamme sans tache d’une lampe.

Verse 26

मुहूर्तमात्रमपि यो लयं चिंत यति ध्रुवम् । तस्य पापसहस्राणि विलयं यांति तत्क्षणात्

Même celui qui, ne fût-ce qu’un seul muhūrta, médite avec fermeté la dissolution certaine (du moi et du monde dans le Suprême), voit des milliers de péchés s’anéantir aussitôt, à l’instant même.

Verse 27

रागद्वेषौ परित्यज्य क्रोधलोभविवर्जितः । सर्वत्र समदर्शी च विष्णुभक्तस्य दर्शनम्

Ayant renoncé à l’attachement et à l’aversion, exempt de colère et d’avidité, et voyant partout d’un regard égal : tel est le signe de celui qui possède le véritable « darśana », la présence et la réalisation d’un dévot de Viṣṇu.

Verse 29

मायाधिपटलैर्हीनो मिथ्या वस्तुविरागवान् । कुसंसर्गविहीनश्च योगसिद्धेश्च लक्षणम्

Délivré des voiles de māyā, détaché des objets illusoires et éloigné des mauvaises fréquentations : tels sont les signes de celui qui a atteint l’accomplissement yogique.

Verse 30

ममतावह्निसंयोगो नराणां तापदायकः । उत्पन्नः शमनं तस्य योगिनां शांतिचारणम्

L’union au feu du « mien » (l’attachement possessif) apporte tourment aux hommes. Lorsqu’il s’élève, son apaisement se trouve dans la pratique des yogin et sur la voie de la paix.

Verse 31

इन्द्रियाणामथोद्धृत्य मनसैव निषेधयेत् । यथा लोहेन लोहं च घर्षितं तीक्ष्णतां व्रजेत्

Après avoir contenu les sens, qu’on les réprime par l’esprit seul ; de même que le fer, frotté contre le fer, devient plus tranchant.

Verse 32

बुद्धिर्हि द्विविधा देहे देया ग्राह्या विशुद्धिदा । संसारविषया त्याज्या परब्रह्मणि सा शुभा

En vérité, dans la condition incarnée, l’intellect (buddhi) est de deux sortes : l’un doit être rejeté, l’autre accueilli — et celui-ci donne la purification. L’intellect tourné vers les objets du monde doit être abandonné ; celui qui demeure en le Brahman suprême est de bon augure.

Verse 33

अहंकारो यथा देवि पापपुण्यप्रदायकः । ज्ञाते तत्त्वे शुभफले कृतः संधाय नान्यथा

Ô Déesse, le sens de l’ego (ahaṃkāra) devient dispensateur de péché et de mérite. Mais lorsque le principe véritable est connu et que le fruit heureux est compris, il doit être « joint » et dirigé avec justesse — jamais autrement.

Verse 34

श्यामलं च उपस्थं च रूपातीतान्नराः शिवम् । हृदिस्थं सिरशिस्थं च द्वयं बद्धविमुक्तये

Au-delà des formes, les hommes cherchent Śiva, par-delà les apparences ; et pour la délivrance des enchaînés, ils contemplent la double présence : Śiva demeurant dans le cœur et Śiva demeurant dans la tête.

Verse 36

एतदक्षरमव्यकममृतं सकलं तव । रूपरूपविष्णुरूपरूपमूर्तिनिवेदितम्

Ceci est Ton Impérissable — non manifesté, immortel et total — révélé de forme en forme, par les formes de Viṣṇu et par les innombrables corps sacrés de la manifestation divine.

Verse 37

यदा गुरुः प्रसन्नात्मा तस्य विश्वं प्रसीदति । गुरुश्च तोषितो येन संतुष्टाः पितृदेवताः

Lorsque le cœur du guru est comblé, le monde entier devient favorable au disciple. Et celui qui satisfait le guru rend aussi satisfaits les ancêtres et les dieux.

Verse 38

गुरूपदेशः प्रतिमा सद्विचारः समे मनः । क्रिया च ज्ञानसहिता मोक्षसिद्धेर्हि लक्षणम्

Voici les signes de l’accomplissement de la délivrance : l’enseignement du Guru, le culte rendu par une image sacrée, le discernement noble, un esprit égal et stable, et l’action rituelle jointe à la vraie connaissance.

Verse 39

क्रियापतिर्विष्णुरेव स्वयमेव हि निष्क्रि यः । स च प्राणविरूपाय द्वादशाक्षरवीजकः

Viṣṇu seul est le Seigneur des rites sacrés, et pourtant Lui-même est sans action. Et pour l’épanouissement du prāṇa, Il est présent comme mantra-graine dans la formule aux douze syllabes.

Verse 40

द्वादशाक्षरकं चक्रं सर्वपापनिबर्हणम् । दुष्टानां दमनं चैव परब्रह्मप्रदायकम्

La roue aux douze syllabes détruit tous les péchés ; elle dompte les méchants et accorde le don du Brahman suprême (Parabrahman).

Verse 41

एतदेव परं ब्रह्म द्वादशाक्षररूपधृक् । मया प्रकाशितं देवि स्कन्दे हि विमलं तव

Ceci même est le Brahman suprême, revêtu de la forme du mantra aux douze syllabes. Ô Déesse, je l’ai révélé—pur et sans tache—dans la tradition de Skanda pour toi.

Verse 42

एतत्सारं योगिनां ध्यानरूपं भक्तिग्राह्यं श्रद्धया चिन्तयेच्च । चातुर्मास्ये जन्मकोट्यां च जातं पापं दग्ध्वा मुक्तिदः कैटभारिः

C’est l’essence même : forme de méditation des yogins, saisissable par la dévotion ; qu’on la contemple avec foi. Durant la saison de Cāturmāsya, Kaiṭabhāri (Viṣṇu) consume les péchés amassés au fil de crores de naissances et accorde la délivrance.

Verse 43

ब्रह्मोवाच । एतस्मिन्नगरे तत्र क्षीरसागरमध्यतः । उज्जहार विमानाग्रे तेजोभाराभिपीडितः

Brahmā dit : Dans cette cité, du milieu de l’Océan de Lait, il l’en retira et le plaça à l’avant du vimāna céleste, comme accablé par le poids de sa radiance.

Verse 44

उरो बाहुकृतिं कुर्वन्सान्निध्यं समुपागतः । महामत्स्योऽज्ञातपूर्वः सन्निधानेऽनहंकृतिः

Faisant un geste de la poitrine et des bras, il s’avança jusqu’à la proximité sacrée. Alors apparut un poisson gigantesque, jamais vu auparavant, demeurant tout près, sans orgueil ni ego.

Verse 45

हुंकारगर्भे मत्स्यं च दृष्ट्वा तं स महेश्वरः । तेजसा स्तंभयामास वाक्यमेतदुवाच ह

Voyant ce poisson dans le sein du son « huṃ », Maheśvara l’immobilisa par l’ardeur de sa splendeur, puis il prononça ces paroles.

Verse 46

कस्त्वं मत्स्योदरस्थश्च देवो यक्षोऽथ मानुषः । कथं जीवसि देहांतर्गतो मम वद प्रभो

«Qui es-tu—demeurant dans le ventre du poisson—dieu, yakṣa ou homme ? Comment vis-tu, étant entré à l’intérieur d’un corps ? Dis-le-moi, ô Seigneur.»

Verse 47

मत्स्य उवाच । अहं मत्स्योदरे क्षिप्तः समुद्रे क्षीरसंभवे । मात्रा तु पितृवाक्येन नायं मम कुलान्वितः

Le poisson dit : «J’ai été jeté dans le ventre d’un poisson, dans l’océan né du lait. Mais par ma mère—suivant l’ordre de mon père—celui-ci n’est pas de ma lignée.»

Verse 48

कुलक्षयभयात्तेन जातं स्वकुलनाशनम् । गंडांतयोगजनितो बालो न गृहकर्मकृत्

Par crainte que la lignée ne s’éteigne, naquit—ironiquement—la ruine de sa propre famille. Un enfant naquit sous la redoutée conjonction de gaṇḍānta, et il n’assuma pas les devoirs de la vie de foyer.

Verse 49

इति मात्रा दुःखितया निरस्तः शृणु वंशजः । झषेणापि गृहीतोऽस्मि कालो मेऽत्र महानभूत्

«Ainsi fus-je rejeté par ma mère affligée—écoute, ô descendant. Je fus même saisi par un grand poisson, et mon séjour là-bas fut vraiment long.»

Verse 50

तव वाक्यामृतैरेभिर्ज्ञानयोगो महानभूत् । तेन त्वं सकलो ज्ञातो मया मूर्तोऽथ मूर्त्तगः

Par ces paroles tiennes, semblables au nectar d’amṛta, s’éveilla la grande voie du jñāna-yoga. Ainsi je t’ai connu pleinement : le Seigneur incarné, Celui qui se meut en forme corporelle.

Verse 51

अनुज्ञां मम देवेश देहि निष्क्रमणाय च । यथाऽहं पितृपो ब्रह्मन्भवान्याश्चापि लक्ष्यते

Accorde-moi ta permission, ô Seigneur des dieux, de partir moi aussi, afin que l’on me reconnaisse comme ayant acquitté la dette envers les ancêtres, ô Brahmane, et que Bhavānī elle-même en porte témoignage.

Verse 52

हर उवाच विप्रोऽसि सुतरूपोऽसि पूज्योस्यासि बभाषतः । बहिर्निष्क्रम वेगेन स्तंभितोऽसि महाझषः

Hara dit : «Tu es un brāhmaṇa ; ta forme est excellente ; tu es digne d’adoration. Tandis que tu parlais, le grand poisson a été immobilisé. Sors vite au-dehors !»

Verse 53

ततोऽसौ शिरसा जात उत्क्लेशान्मत्स्ययोजितः । ततो हि विकृतं वक्त्रं क्षणाद्बहिरुपागतः

Alors il sortit la tête la première, accablé, car il avait été retenu dans le poisson. En un instant, il parut au-dehors, le visage changé et défiguré par l’épreuve.

Verse 56

यस्मान्मत्स्योदराज्जातो योगिनां प्रवरो ह्ययम् । तस्मात्तु मत्स्य नाथेति लोके ख्यातो भविष्यति

Puisque celui-ci —le plus éminent des yogin— est né du ventre d’un poisson, il sera donc célèbre dans le monde sous le nom de « Matsyanātha ».

Verse 57

अच्छेद्यः स्यान्नरतनुर्ज्ञानयोगस्य पारगः । निर्मत्सरोऽपि निर्द्वंद्वो निराशो ब्रह्मसेवकः

Il aura un corps humain inviolable, atteindra l’autre rive du yoga de la connaissance, sera sans envie, au-delà des dualités, sans désir, et voué au service de Brahman.

Verse 58

जीवन्मुक्तश्च भविता भुवनानि चतुर्दश । इत्युक्तश्च महेशानं प्रणमंश्च पुनःपुनः । महेश्वरेण सहितो मंदराचलमाययौ

Il deviendra un libéré vivant (jīvanmukta), renommé à travers les quatorze mondes. Ainsi instruit, il se prosterna maintes et maintes fois devant Maheśāna; puis, accompagné de Maheśvara, il se rendit au mont Mandara.

Verse 59

ब्रह्मोवाच । कृत्वा प्रदक्षिणं देवीं स्कन्दमालिंग्य सोऽगमत्

Brahmā dit : «Après avoir accompli la circumambulation (pradakṣiṇā) autour de la Déesse et avoir enlacé Skanda, il s’en alla.»

Verse 60

ततः सा पार्वती हृष्टा प्राप्य ज्ञानमनुत्तमम् । एवं सा परमां सिद्धिं प्रणवस्यप्रभा जनम्

Alors Pārvatī, transportée de joie, obtint la connaissance sans égale. Ainsi parvint-elle à l’accomplissement suprême, irradiée par la puissance et la splendeur du Pranava (Oṃ).

Verse 61

सा प्राप्य जगतां माता द्वादशाक्षरजांबुना । इमां मत्स्येन्द्रनाथस्य चोत्पत्तिं यः शृणोति च

Ainsi la Mère des mondes atteignit cet état grâce à la puissance, semblable au nectar, du mantra aux douze syllabes. Quiconque entend ce récit de la naissance de Matsyendranātha…

Verse 62

चातुर्मास्ये विशेषेण सोऽश्वमेधफलं लभेत्

Surtout durant le Cāturmāsya, il obtiendra un mérite égal à celui du sacrifice Aśvamedha.

Verse 263

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाह्स्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये शेषशाय्युपाख्याने ब्रह्मनारदसंवादे चातुर्मास्यमाहात्म्ये मत्स्येन्द्रनाथोत्पत्तिकथनं नाम त्रिषष्ट्युत्तरद्विशततमोऽध्यायः

Ainsi s’achève le chapitre intitulé «Récit de l’origine de Matsyendranātha», le 263e chapitre, dans le Śrī Skanda Mahāpurāṇa, au sein de l’Ekāśītisāhasrī Saṃhitā, dans la sixième division, le Nāgara-khaṇḍa—à l’intérieur du Māhātmya de la région sacrée de Hāṭakeśvara, du sous-récit de Śeṣaśāyī et du dialogue entre Brahmā et Nārada sur la grandeur du Cāturmāsya.

Verse 281

सर्वेषामपि जीवानां दया यस्य हृदि स्थिरा । शौचाचारसमायुक्तो योगी दुःखं न विंदति

Le yogin dont le cœur demeure fermement établi dans la compassion envers tous les êtres—et qui est pourvu de pureté et de juste conduite—ne rencontre pas la souffrance.

Verse 854

रूपवान्प्रतिमायुक्तो मत्स्यगंधेन संयुतः । सोमकांतिसमस्तत्र ह्यभवद्दिव्यगंधभाक्

Il devint beau et bien proportionné, tout en portant la marque d’une odeur de poisson. Là, rayonnant d’un éclat semblable à celui de la lune, il en vint pourtant à posséder un parfum merveilleux et distinctif.

Verse 895

उमापि प्रणतं चामुं सुतं स्वोत्संगभाजनम् । चकार तस्य नामापि हरः परमहर्षितः

Umā aussi reçut sur ses genoux ce fils incliné en révérence. Et Hara (Śiva), comblé de joie, lui conféra également un nom.