
Ce chapitre est un exposé cosmographique technique présenté comme l’enseignement de Nārada. Il décrit la sphère du Soleil et l’architecture de son char—essieux, roues et mesures—et associe les sept chevaux solaires aux mètres védiques (Gāyatrī, Bṛhatī, Uṣṇik, Jagatī, Triṣṭubh, Anuṣṭubh, Paṅkti). Le « lever » et le « coucher » du Soleil y sont compris comme apparition et disparition pour la perception, non comme extinction réelle. Le texte expose ensuite les courses septentrionale et méridionale (uttarāyaṇa/dakṣiṇāyana) à travers les rāśi, et explique les vitesses apparentes différentes par l’analogie de la roue du potier. Il évoque des conflits au temps de la sandhyā, lorsque certains êtres cherchent à nuire au Soleil, et recommande la pratique de la sandhyā—dont les offrandes d’eau purifiées par la Gāyatrī—comme sauvegarde éthique et spirituelle. Sont ensuite cartographiées la sphère de la Lune, le nakṣatra-maṇḍala, la place des planètes et leurs chars, jusqu’au Saptarṣi-maṇḍala et à Dhruva, pivot/axe du jyotiṣ-cakra. Les sept lokas (bhūḥ, bhuvaḥ, svaḥ, mahaḥ, janaḥ, tapaḥ, satyaḥ) sont énumérés avec leurs distances relatives et des notes ontologiques (kṛtaka/akṛtaka). La conclusion situe la Gaṅgā dans l’ordre cosmique et décrit les sept vāyu-skandhas qui lient et font tourner les systèmes célestes, ouvrant la transition vers les pātālas.
Verse 1
नारद उवाच । भूमेर्योजनलक्षे च कौरव्य रविमंडलम् । योजनानां सहस्राणि भास्करस्य रथो नव
Nārada dit : Ô descendant de Kuru, l’orbe du Soleil se trouve à la distance d’un lakh de yojanas de la terre. Le char du Soleil mesure neuf mille yojanas.
Verse 2
ईषादंडस्ततैवास्य द्विगुणः परिकीर्तितः । सार्धकोटिस्तथा सप्त नियुतानि विवस्वतः
Le timon de ce char est déclaré deux fois plus long. Et de Vivasvān (le Soleil) il est dit qu’il y a sept koṭis et demi, ainsi que sept niyutas (en mesure ou en nombre).
Verse 3
योजनानां तु तस्याक्षस्तत्र चक्रं प्रतिष्ठितम् । त्रिनाभि तच्च पंचारं षण्नेमि परिकीर्तितम्
Son essieu s’étend sur tant de yojanas, et sur lui la roue est établie. Cette roue est dite avoir trois moyeux, cinq rayons et six jantes.
Verse 4
चत्वारिंशत्सहस्राणि द्वितीयोऽक्षोऽपि विस्तृतः । पंच चान्यानि सार्द्धानि स्यन्दनस्य तु पांडव
Le second essieu aussi s’étend jusqu’à quarante mille (yojanas). Et, ô Pāṇḍava, le char (syandana) possède encore cinq et demi de plus en mesure, au-delà de cela.
Verse 5
अक्षप्रमाणमुभयोः प्रमाणं तद्युगार्द्धयोः । ह्रस्वोऽक्षस्तद्युगार्द्धं च ध्रुवाधारं रथस्य वै
La mesure des deux essieux est aussi la mesure de leurs demi-jougs. L’essieu plus court et ce demi-joug sont, en vérité, l’appui immuable (dhruvādhāra) du char.
Verse 6
द्वितीयोऽक्षस्तथा सव्ये चक्रं तन्मानसे स्थितम् । हयाश्च सप्त च्छांदांसि तेषां नामानि मे श्रृणु
Le second essieu, de même, se trouve à gauche ; et sur ce côté la roue est établie. Et il y a sept chevaux—nommés d’après les mètres védiques. Écoute de moi leurs noms.
Verse 7
गायत्री च बृहत्युष्णिग्जगती त्रिष्टुवेव च । अनुष्टुप्पंक्तिरित्युक्ताश्छंदांसि हरयो रवेः
Gāyatrī, Bṛhatī, Uṣṇik, Jagatī, Triṣṭubh ; ainsi qu’Anuṣṭubh et Paṅkti : tels sont les mètres védiques proclamés comme les « coursiers » du Soleil, portant sa splendeur dans le rythme ordonné de la parole sacrée.
Verse 8
नैवास्तमनमर्कस्य नोदयः सर्वदा सतः । उदयास्तमनाक्यं हि दर्शनादर्शनं रवेः
Pour le Soleil, qui existe à jamais, il n’y a ni « coucher » ni « lever » véritables. Ce que l’on nomme lever et coucher n’est que l’apparition et la disparition de Ravi à nos yeux.
Verse 9
शक्रदीनां पुरे तिष्ठन्स्पृशत्येष पुरत्रयम् । विकीर्णोऽतो विकर्णस्थस्त्रिकोणार्धपुरे तथा
Se tenant dans les cités d’Indra et des autres dieux, lui (le Soleil) touche, dans sa course, les « trois cités » célestes. Ainsi est-il dit « diffus » : établi dans les directions, se mouvant aussi à travers les divisions triangulaires et de « demi-cité » de la sphère cosmique.
Verse 10
अयनस्योत्तरस्यादौ मकरं याति भास्करः । ततः कुम्भं च मीनं च राशे राश्यंतरं तथा
Au début de la course vers le nord (uttarāyaṇa), Bhāskara entre en Makara (Capricorne). Puis il passe à Kumbha (Verseau) et à Mīna (Poissons), allant de signe en signe selon l’ordre prescrit.
Verse 11
त्रिष्वेतेष्वथ भुक्तेषु ततो वैषुवतीं गतिम् । प्रयाति सविता कुर्वन्नहोरात्रं च तत्समम्
Lorsque ces trois signes ont été parcourus, Savitṛ atteint le mouvement équinoxial (vaiṣuvatī) et rend le jour et la nuit égaux en mesure.
Verse 12
ततो रात्रिः क्षयं याति वर्धते तु दिनं दिनम् । ततश्च मिथुनस्यांते परां काष्ठामुपागतः
Ensuite, la nuit décroît, tandis que le jour croît de jour en jour. Puis, à la fin de Mithuna (Gémeaux), il atteint la limite suprême, le point culminant de cette avancée vers le nord.
Verse 13
राशिं कर्कटकं प्राप्य कुरुते दक्षिणायांनम् । कुलालचक्रपर्यंतो यथा शीघ्रं निवर्तते
Parvenu au signe de Karkaṭaka (Cancer), il commence la marche vers le sud (dakṣiṇāyana). Tel le rebord de la roue du potier, il se retourne alors avec une grande rapidité.
Verse 14
दक्षिणायक्रमे सूर्यस्तथा शीघ्रं निवर्तते । अतिवेगितया कालं वायुमार्गबलाच्चरन्
Dans le cours du dakṣiṇāyana, le Soleil se retourne lui aussi avec promptitude. D’une vitesse extrême, il traverse le temps, poussé par la puissance des voies du vent.
Verse 15
तस्मात्प्रकृष्टां भूमिं स कालेनाल्पेन गच्छति । कुलालचक्रमध्यस्थो यता मंदं प्रसर्पति
Ainsi parcourt-il une plus grande étendue de la terre en un temps plus bref. De même que celui qui se tient vers l’extérieur de la roue du potier se meut vite, ainsi, en cette phase, il progresse rapidement.
Verse 16
तथोदगयने सूर्यः सर्पते मंदविक्रमः । तस्माद्दीर्घेण कालेन भूमिमल्पं निगच्छति
De même, dans l’udagayana (marche vers le nord), le Soleil avance d’un pas plus doux et plus lent. Ainsi, en un long temps, il ne parcourt qu’une faible étendue de la terre.
Verse 17
संध्याकाले च मंदेहाः सूर्यमिच्छंति खादितुम् । प्रजापतिकृतः शापस्तेषां फाल्गुन रक्षसाम्
À l’heure du crépuscule, les démons Māndehā désirent dévorer le Soleil. Ô Phālguna, telle est la malédiction que Prajāpati a prononcée contre ces rākṣasas.
Verse 18
अक्षयत्वं शरीराणां मरणं च दिनेदिने । ततः सूर्यस्य तैर्युद्धं भवत्यत्यंतदारुणम्
Leurs corps semblent impérissables, et pourtant ils meurent jour après jour, sans cesse; dès lors, leur lutte contre le Soleil devient d’une effroyable âpreté.
Verse 19
ततो गायत्रिपूतं यद्द्विजास्तोयं क्षिपंति च । तेन दह्यंति ते पापाः संध्योपासनतः सदा
Alors, l’eau que les deux-fois-nés répandent—purifiée par la Gāyatrī—consume ces êtres pécheurs; ainsi, par l’adoration constante du crépuscule, ils sont sans cesse brûlés.
Verse 20
ये संध्यां नाप्युपासंते कृतघ्ना यांति रौरवम् । प्रतिमासं पृथक्सूर्य ऋषिगन्धर्वराक्षसैः
Ceux qui n’accomplissent pas même le rite du sandhyā, par ingratitude, vont à l’enfer de Raurava. Quant au Soleil, distinct selon chaque mois, il est accompagné dans sa course par des ṛṣi, des gandharva et des rākṣasa.
Verse 21
अप्सरोग्रामणीसर्पैरथो याति च सप्तभिः । धातार्यमा मित्रवरुणौ विवस्वानिन्द्र एव च
De plus, il poursuit sa marche avec sept (compagnons)—apsaras, chefs et serpents—et aussi avec Dhātā, Aryamā, Mitra et Varuṇa, avec Vivasvān, et encore avec Indra.
Verse 22
पूषा च सविता सोऽथ भगस्त्वष्टा च कीर्तितः । विष्णुश्चैत्रादिमासेषु आदित्या द्वादश स्मृताः
Pūṣan et Savitṛ, puis Bhaga et Tvāṣṭṛ sont aussi proclamés; et Viṣṇu : ainsi, à partir du mois de Caitra, on se souvient des douze Āditya comme puissances présidantes.
Verse 23
ततो दिवाकरस्थानान्मंडलं शशिनः स्तितम् । लक्षमात्रेण तस्यापि त्रिचक्रोरथ उच्यते
Alors, au-delà du séjour du Soleil se trouve l’orbite de la Lune ; on dit qu’elle est à une distance d’environ un lakh de yojanas. Même pour lui, le char est décrit comme ayant trois roues.
Verse 24
कुंदाभा दश चैवाश्वा वामदक्षिणतो युताः । पूर्णे शतसहस्रे च योजनानां निशाकरात्
Dix chevaux blancs comme le jasmin, attelés à gauche et à droite, tirent ce char. Et, à la pleine distance de cent mille yojanas au-delà de la Lune…
Verse 25
नक्षत्रमण्डलं कृत्स्नमुपरिष्टात्प्रकाशते । चतुर्दश चार्बुदान्यप्यशीतिः सरितांपतिः
Au-dessus de cela resplendit la sphère entière des constellations. (Sa mesure) est donnée comme quatorze arbuda et quatre-vingts ; ainsi est décrit le seigneur des rivières.
Verse 26
विंशतिश्च तथा कोट्यो नक्षत्राणां प्रकीर्तिताः । द्वे लक्षे चोत्तरे तस्माद्बुधो नक्षत्रमण्डलात्
Et l’on proclame vingt crores d’étoiles. À deux lakhs de yojanas au-delà de cette sphère étoilée se trouve Budha (Mercure), au-delà de l’orbite des constellations.
Verse 27
वाय्वग्निद्रव्यसंभूतो रथश्चंद्रसुतस्य च । पिशंगैस्तुरसोष्टाभिर्वायवेगिभिः
Le char du fils de la Lune (Budha) est formé de substances nées du vent et du feu ; il est tiré par huit chevaux fauves, rapides, se mouvant à la vitesse du vent.
Verse 28
द्विलक्षश्चोत्तरे तस्माद्बुधाच्चाप्युशना स्मृतः । शुक्रस्यापि रथोष्टाभिर्युक्तोऽभूत्संभवैर्हयैः
Deux lakṣas au-dessus de cela, et au-dessus de Budha (Mercure), l’on se souvient d’Uśanā (Śukrācārya/Vénus). Le char de Śukra aussi est attelé de huit chevaux nés de cette origine céleste.
Verse 29
लक्षद्वयेन भौमस्य स्मृतो देवपुरोहितः । अष्टाभिः पांडुरैरश्वैर्युक्तोऽस्य कांचनोरथः
À deux lakṣas de Bhāuma (Mars), l’on dit se tenir le prêtre des Devas (Bṛhaspati/Jupiter). Son char d’or est attelé de huit chevaux d’un blanc pâle.
Verse 30
सौरिर्बृहस्पतेश्चोर्ध्वं द्विलक्षे समुपस्थितः । आकाशसंभवैरश्वैरष्टाभिः शबलै रथः
Sauri (Śani/Saturne) se tient deux lakṣas au-dessus de Bṛhaspati (Jupiter). Son char est tiré par huit chevaux pommelés, nés de l’ākāśa, l’éther du ciel.
Verse 31
स्वर्भानोस्तुरगाश्चाष्टौ भृंगाभा धूसरारथम् । वहंति च सकृद्युक्ता आदित्याधःस्थितास्तथा
Les huit chevaux de Svarbhānu, sombres comme des abeilles, portent son char gris. Attelés une seule fois, ils cheminent ainsi, établis au-dessous du Soleil.
Verse 32
सौरेर्लक्षं स्मृतं चोर्ध्वं ततः सप्तर्षिमण्डलम् । ऋषिभ्यश्चापि लक्षेण ध्रुवश्चोर्ध्वं व्यवस्थितः
Au-dessus de Sauri (Saturne) d’une lakṣa, l’on se souvient qu’il est une région; au-delà se trouve le cercle des Sept Ṛṣis (Saptarṣi-maṇḍala). Et au-dessus des Ṛṣis d’une autre lakṣa, Dhruva (l’Étoile Polaire) demeure solidement établi.
Verse 33
मेढीभूतः समस्तस्य ज्योतिश्चक्रस्य वै ध्रुवः । ध्रुवोऽपि शिंशुमारस्य पुच्छाधारे व्यवस्थितः
Dhruva est devenu, en vérité, le pivot de toute la roue des lumières (la sphère céleste). Et Dhruva, de plus, demeure établi au support de l’extrémité de la queue du Śiṃśumāra (le dauphin cosmique).
Verse 34
यमाहुर्वासुदेवस्य रूपमात्मानमव्ययम् । वायुपाशैर्ध्रुवे बद्धं सर्वमेतच्च फाल्गुन
Ce qu’ils nomment le Soi impérissable—la forme même de Vāsudeva—c’est cela qui tient tout ceci lié à Dhruva par des liens de vent, ô Phālguna (Arjuna).
Verse 35
नवयोजनसाहस्रं मण्डलं सवितुः स्मृतम् । द्विगुणं सूर्यविस्तारान्मण्डलं शशिनः स्मृतम्
On dit que le disque solaire (maṇḍala) mesure neuf mille yojanas. On dit que le disque lunaire mesure le double de l’étendue ou du diamètre du Soleil.
Verse 36
तुल्यस्तयोस्तु स्वर्भानुर्भूत्वाधस्तात्प्रसर्पति । उद्धृत्य पृथिवीच्छायां निर्मलां मण्डलाकृतिः
Svarbhānu (Rāhu), semblable à eux par la forme, rampe en se glissant au-dessous. Ayant soulevé l’ombre de la Terre, il apparaît comme un disque circulaire, limpide et pur.
Verse 37
चन्द्रस्य षोडशो भागो भार्गवश्च विधीयते । भार्गवात्पादहीनस्तु विज्ञेयोऽथ बृहस्पतिः
On attribue à Bhārgava (Vénus) le seizième de la mesure de la Lune. Et Bṛhaspati (Jupiter) doit être compris comme inférieur d’un quart à Bhārgava.
Verse 38
बृहस्पतेः पादहीनौ वक्रसौरी बुधस्तथा । शतानि पंच चत्वारित्रीणि द्वे चैकयोजनम्
Vakrasaurī (Saturne, au mouvement sinueux) et Budha (Mercure) sont chacun d’un quart moindres que Bṛhaspati. Leur mesure est dite par centaines : cinq, quatre, trois, deux, et enfin un yojana.
Verse 39
योजनार्धप्रमाणानि भानि ह्रस्वं न विद्यते । भूमिलोकश्च भूर्लोकः पादगम्यः प्रकीर्तितः
Les luminaires ont pour mesure un demi-yojana ; nulle mesure plus petite n’est admise. Le domaine terrestre—Bhūloka, le monde du sol—est proclamé praticable à pied.
Verse 40
भूमिसूर्यांतरं तच्च भुवर्लोकः प्रकीर्तितः । ध्रुवसूर्यांतरं तच्च नियुतानि चतुर्दश
L’intervalle entre la Terre et le Soleil est déclaré être Bhuvarloka. Et l’intervalle entre Dhruva et le Soleil est dit de quatorze niyutas.
Verse 41
स्वर्लोकः सोऽपि गदितो लोकसंस्थानचिंतकैः । ध्रुवादूर्ध्वं तथा कोटचिर्महर्लोकः प्रकीर्तितः
Svarloka aussi est décrit par ceux qui méditent l’ordonnance des mondes. Au-dessus de Dhruva, Maharloka est proclamé, s’étendant en une vaste étendue mesurée en koṭis.
Verse 42
द्वे कोट्यौ च जनो यत्र निवसंति चतुःसनाः । चतुर्भिश्चापि कोटीभिस्तपोलोकस्ततः स्मॉतः
Cette région est appelée Janoloka, où demeurent les Quatre Kumāras. Et au-delà, Tapoloka est rappelé comme s’étendant sur quatre koṭis.
Verse 43
वैराजा यत्र ते देवाः स्थिता दाहविवर्जिताः । षड्गुणेन तपोलोकात्सत्यलोको विराजते
Là où demeurent les divinités Vairāja, exemptes de tourment et de brûlure, au-delà de Tapoloka resplendit Satyaloka, six fois en mesure.
Verse 44
अपुनर्मरका यत्र ब्रह्मलोको हि स स्मृतः । अष्टादस तथा कोट्यो लक्षाण्यशीतिपंच च
Là où il n’y a plus de retour à la mort, on s’en souvient comme de Brahmaloka. Sa mesure est dite de dix-huit koṭis et de quatre-vingt-cinq lakṣas.
Verse 45
शुभं निरुपमं स्थानं तदूर्ध्वं संप्रकाशते । भूर्भूवःस्वरिति प्रोक्तं त्रैलोक्यं कृतकं त्विदम्
Au-dessus de cela se révèle un séjour auspicieux, sans égal, rayonnant de clarté. « Bhūr, Bhuvaḥ, Svaḥ » : ainsi est dite la triade des mondes ; et ce triple domaine est appelé « kṛtaka », le construit.
Verse 46
जनस्तपस्तथा सत्यमिति चाकृतकं त्रयम् । कृतकाकृतयोर्मध्ये मर्हर्लोक इति स्मृतः
« Jana, Tapa et Satya » : cette triade est aussi appelée le domaine « akṛtaka », l’inconstruit. Entre le construit et l’inconstruit, on se souvient de Maharloka.
Verse 47
शून्यो भवति कल्पांते योत्यंतं न विनश्यति । एते सप्त समाख्याता लोकाः पुण्यैरुपार्जिताः
À la fin d’un kalpa, quand tout devient vacuité, cet état suprême ne périt pas, fût-ce le moins du monde. Tels sont proclamés les sept mondes, atteints et « acquis » par le mérite (puṇya).
Verse 48
यज्ञैर्दानैर्जपैर्होमैस्तीर्थैर्व्रतसमुच्चयैः । वेदादिप्रोक्तैरन्यैश्च साध्यांल्लोकानिमान्विदुः
Par les sacrifices (yajña), les dons (dāna), les récitations (japa), les offrandes au feu (homa), les pèlerinages aux tīrtha sacrés et l’ensemble des vœux (vrata)—ainsi que par d’autres disciplines enseignées par les Veda et les enseignements connexes—on sait que ces mondes peuvent être atteints.
Verse 49
ततश्चांडस्य शिरसो धारा नीरमयी शिवा । सर्वलोकान्समाप्लाव्य गंगा मेरावुपागता
Alors, du sommet de l’Œuf cosmique jaillit un flot d’eau béni, consacré à Śiva ; inondant tous les mondes, cette Gaṅgā parvint au mont Meru.
Verse 50
ततो महीतलं सर्वं पातालं प्रविवेश सा । अंडमूर्ध्नि स्थिता देवी सततं द्वारवासिनी
Ensuite, elle pénétra toute la surface de la terre et même Pātāla, le monde d’en bas. La Déesse, établie sur la couronne de l’Œuf cosmique, demeure à jamais comme gardienne du seuil.
Verse 51
देवीनां कोटिकोटीभिः संवृता पिंगलेन च । तत्र स्थिता सदा रक्षां कुरुतेऽण्डस्य सा शुभा
Entourée de crores et de crores de Déesses, et aussi de Piṅgala, cette Déesse de bon augure demeure là et protège sans cesse l’Œuf cosmique.
Verse 52
निहंति दुष्टसंघातान्महाबलपराक्रमा । वायुस्कंधानि सप्तापिश्रृणुयद्वत्स्थितान्यपि
Puissante en force et en vaillance, elle détruit les multitudes des méchants. Écoute maintenant aussi les sept « soutiens » du vent, et la manière dont ils sont établis.
Verse 53
पृथिवीं समभिक्रम्य संस्थितो मेघमंडले । प्रवहोनाम यो मेघान्प्रवहत्यतिशक्तिमान्
Ayant enveloppé la terre, le premier vent qui soutient le monde demeure dans la sphère des nuées. On le nomme Pravaha, d’une puissance extrême, qui pousse les nuages en avant.
Verse 54
धूमजाश्वोष्मजा मेघाः सामुद्रैयन पूरिताः । तोयैर्भवंति नीलांगा वर्षिष्ठाश्चैव भारत
Ô Bhārata, les nuages nés de la fumée et de la chaleur, emplis d’humidité tirée de l’océan, deviennent au contact des eaux d’un corps sombre et sont, en vérité, les plus abondants porteurs de pluie.
Verse 55
द्वितीयश्चावहो नाम निबद्धः सूर्यमंडले । तेन बद्धं ध्रुवेणेदं भ्राम्यते सूर्यमंडलम्
Le second se nomme Āvaha, lié à l’orbe du Soleil. Par lui, attachée à Dhruva, cette sphère solaire tourne en sa révolution.
Verse 56
तृतीयश्चोद्वहो नाम चंद्रस्कंधे प्रतिष्ठितः । बद्धं ध्रुवेण येनेदं भ्राम्यते चंद्रमंडलम्
Le troisième se nomme Udvaha, établi sur le support de la Lune. Par lui, attachée à Dhruva, cette sphère lunaire accomplit sa révolution.
Verse 57
चतुर्थः संवहो नाम स्थितो नक्षत्रमण्डले । वातरश्मिभिराबद्धं ध्रुवेण सह भ्राम्यते
Le quatrième vent, nommé Saṃvaha, demeure dans la sphère des demeures lunaires. Liée par des cordes de rayons de vent, cette sphère d’étoiles tourne avec Dhruva, l’Étoile Polaire.
Verse 58
ग्रहेषु पंचमः सोऽपि विवहो नाम मारुतः । ग्रहचक्रमिदं येन भ्राम्यते ध्रुवसंधितम्
Parmi les planètes, le cinquième vent est aussi le Marut nommé Vivaha. Par lui, cette roue des astres—jointe à Dhruva—est mise en mouvement circulaire.
Verse 59
षष्ठः परिवहो नाम स्थितः सप्तर्षिमंडले । भ्रमंति ध्रुवसंबद्धा येन सप्तर्षयो दिवि
Le sixième, nommé Parivaha, demeure dans la sphère des Sept Ṛṣi. Liés à Dhruva, les Sept Sages du ciel tournent par sa puissance.
Verse 60
सप्तमश्च ध्रुवे बद्धो वायुर्नाम्ना परावहः । येन संस्थापितं ध्रौव्यं चक्रं चान्यानि भारत
Et le septième—lié à Dhruva—est le vent nommé Parāvaha. Par lui, la roue centrée sur Dhruva, ainsi que les autres cercles, sont maintenus fermement dans l’ordre qui leur est assigné, ô Bhārata.
Verse 61
यं समासाद्य वेगेन दिशामंतं प्रपेदिरे । दक्षस्य दश पुत्राणां सहस्राणि प्रजापतेः
L’ayant atteint avec une grande vitesse, ils parvinrent aux limites mêmes des directions — ces milliers relevant des dix fils de Dakṣa, le Prajāpati.
Verse 62
एवमेते दितेः पुत्राः सप्तसप्त व्यवस्थिताः । अनारमंतः संवांति सर्वगाः सर्वधारिणः
Ainsi, ces fils de Diti sont disposés en groupes de sept et de sept. Sans relâche ils soufflent—allant partout, portant et soutenant toute chose.
Verse 63
ध्रुवादूर्ध्वमसूर्यं चाप्यनक्षत्रमतारकम् । स्वतेजसा स्वशक्त्या चाधिष्ठितास्ते हि नित्यदा
Au-dessus de Dhruva, il n’y a ni soleil, ni constellation, ni étoile. Pourtant, ces régions sont à jamais soutenues et gouvernées par leur propre splendeur et leur puissance inhérente.
Verse 64
इत्यूर्ध्वं ते समाख्यांतं पातालान्यथ मे श्रृणु
Ainsi t’ai-je exposé ce qui se trouve au-dessus ; maintenant, écoute de moi au sujet des Pātālas, les régions d’en bas.