Adhyaya 46
Kashi KhandaPurva ArdhaAdhyaya 46

Adhyaya 46

Le chapitre 46 déploie un récit théologico-éthique : après un épisode lié à une yoginī, le Seigneur charge le Soleil (Aṃśumālī/Ravi) de se rendre promptement à la bienheureuse Kāśī–Vārāṇasī afin d’observer si le roi Divodāsa—décrit comme l’incarnation du dharma—peut être ébranlé par une opposition au dharma. L’instruction avertit que dénigrer un souverain établi dans le dharma engendre une faute grave, et que des passions telles que kāma, krodha, lobha, moha, matsara et ahaṃkāra ne doivent pas y triompher tant que la résolution dans le dharma demeure ferme. Désireux de voir Kāśī, Ravi prend durant une année de nombreux déguisements—ascète, mendiant, innovateur rituel, magicien, savant, maître de maison, renonçant—mais ne découvre aucune brèche morale dans le royaume. Craignant de revenir sans accomplir sa mission, il songe à demeurer à Kāśī, louant sa valeur incomparable et sa capacité à neutraliser les fautes de ceux qui y entrent. Il établit alors à Kāśī une présence solaire en douze formes (les douze Āditya), en mettant particulièrement en relief Lolārka, ainsi nommé en raison de l’ardent désir (lola) du Soleil de contempler Kāśī. Le chapitre situe Lolārka à Asisaṃbheda, au sud, et décrit les observances de pèlerinage : yātrā annuelle autour de Mārgaśīrṣa (notamment aux 6e/7e tithi et le dimanche), bain rituel à la confluence Gaṅgā–Asi, procédures de śrāddha, et fruits amplifiés des dons et des rites—surtout lors d’une éclipse solaire—déclarés supérieurs même aux tīrtha renommés. La conclusion défend ces propos comme véridiques, non comme une simple louange, rejette la dépréciation sceptique et réserve l’exposé à l’écart de ceux présentés comme hostiles aux normes védiques.

Shlokas

Verse 1

स्कंद उवाच । गतेथ योगिनीवृंदे देवदेवो घटोद्भव । काशीप्रवृत्तिं जिज्ञासुः प्राहिणोदंशुमालिनम्

Skanda dit : Lorsque la troupe des Yoginīs se fut retirée, le Dieu des dieux — Ghaṭodbhava —, désireux de connaître le cours des événements à Kāśī, envoya Aṃśumālin.

Verse 2

देवदेव उवाच । सप्ताश्व त्वरितो याहि पुरीं वाराणसीं शुभाम् । यत्रास्ति स दिवोदासो धर्ममूर्तिर्महीपतिः

Le Dieu des dieux dit : « Ô Saptāśva, hâte-toi d’aller vers l’auspicieuse cité de Vārāṇasī, où demeure le roi Divodāsa, incarnation même du Dharma. »

Verse 3

तस्य धर्मविरोधेन यथातत्क्षेत्रमुद्वसेत् । तथा कुरुष्व भो क्षिप्रं मावमंस्थाश्च तं नृपम्

Ô (Soleil), agis sans tarder afin que, par son opposition au dharma, ce roi quitte le kṣetra sacré (Kāśī). Et ne méprise pas ce souverain.

Verse 4

धर्ममार्ग प्रवृत्तस्य क्रियते यावमानना । सा भवेदात्मनो नूनं महदेनश्च जायते

Lorsque celui qui s’est engagé sur la voie du dharma est traité avec mépris, cette offense devient assurément une lourde faute pour l’insulteur, et un grand péché en naît.

Verse 5

तवबुद्धिविकासेन च्यवते चेत्स धर्मतः । तदा सा नगरी भानो त्वयोद्वास्याऽसहैः करैः

Si, par l’épanouissement de ton discernement, ce roi se détourne de son opposition au dharma (et revient au dharma), alors, ô Bhānu, ne chasse pas cette cité par des impôts insupportables.

Verse 6

कामक्रोधौ लोभमोहौ मत्सराहंकृती अपि । ते तत्र न भवेतां यत्तत्कालोपि न तं जयेत्

Que n’y surgissent ni désir ni colère, ni avidité ni égarement, ni jalousie ni orgueil, afin que même le Temps ne puisse le vaincre.

Verse 7

यावद्धर्मे स्थिराबुद्धिर्यावद्धर्मेस्थिरं मनः । तावद्विघ्नोदयः क्वास्ति विपद्यपि रवे नृषु

Tant que l’intelligence demeure ferme dans le dharma, tant que l’esprit reste inébranlable dans le dharma, d’où viendraient des obstacles pour les hommes, même dans l’épreuve, ô Soleil ?

Verse 8

सर्वेषामिह जंतूनां त्वं वेत्सि ब्रध्नचेष्टितम् । अतएव जगच्चक्षुर्व्रज त्वं कार्यसिद्धये

Tu connais les mouvements et les intentions de tous les êtres ici, et tu connais aussi l’activité de Bradhna (le Soleil). C’est pourquoi, ô Œil du Monde, avance pour l’accomplissement de l’œuvre.

Verse 9

रविरादाय देवाज्ञां मूर्तिमन्यां प्रकल्प्य च । नभोध्वगामहोरात्रं काशीमभिमुखोऽभवत्

Ravi (le Soleil), ayant reçu l’ordre des dieux et revêtu une autre forme, parcourut le ciel jour et nuit, tournant sa route vers Kāśī.

Verse 10

मनसातीवलोलोऽभूत्काशीदर्शनलालसः । सहस्रचरणोप्यैच्छत्तदा खे नैकपादताम्

Désireux de voir Kāśī, il devint extrêmement agité en son esprit ; bien qu’il eût mille pieds, il souhaita alors, dans le ciel, n’avoir qu’un seul pied, afin d’aller plus vite.

Verse 11

हंसत्वं तस्य सूर्यस्य तदा सफलतामगात् । सदा नभोध्वनीनस्य काशीं प्रति यियासतः

Alors, le fait que le Soleil prît la forme d’un haṃsa (cygne) devint pleinement efficace, car il parcourait sans cesse les voies du ciel, résolu à se rendre vers Kāśī.

Verse 12

अथ काशीं समासाद्य रविरंतर्बहिश्चरन् । मनागपि न तद्भूपे धर्मध्वस्तिमवेक्षत

Parvenu à Kāśī, Ravi allait et venait au dedans comme au dehors ; pourtant il ne vit, fût-ce d’un rien, la ruine du dharma en ce roi.

Verse 13

विभावसुर्वसन्काश्यां नानारूपेण वत्सरम् । क्वचिन्नावसरं प्राप तत्र राज्ञि सुधर्मिणि

Vibhāvasu (le Soleil), demeurant à Kāśī une année entière et prenant maintes formes, n’y trouva pas même une seule ouverture contre ce roi solidement établi dans la droiture.

Verse 14

कदाचिदतिथिर्भूतो दुर्लभं प्रार्थयन्रविः । न तस्य राज्ञो विषये दुर्लभं किंचिदैक्षत

Parfois Ravi, devenu hôte, demandait quelque chose de difficile à obtenir ; mais dans le domaine de ce roi, il ne vit rien qui fût vraiment « inatteignable ».

Verse 15

कदाचिद्याचको जातो बहुदोपि कदाप्यभूत् । कदाचिद्दीनतां प्राप्तः कदाचिद्गणकोप्यभूत्

Tantôt il devenait mendiant ; tantôt, bien que riche, il paraissait autrement. Parfois il prenait l’état de misère, et parfois même celui de comptable, changeant sans cesse de rôle.

Verse 16

वेदबाह्यां क्रियां चापि कदाचित्प्रत्यपादयत् । कदाचित्स्थापयामास दृष्टप्रत्ययमैहिकम्

Parfois même il prônait des rites hors du Veda ; et parfois il établissait des doctrines mondaines ne reposant que sur la « preuve » visible et immédiate.

Verse 17

कदाचिज्जटिलो जातः कदाचिच्च दिगंबरः । स कदाचिज्जांगुलिको विषविद्याविशारदः

Parfois il devenait un ascète aux cheveux emmêlés; parfois un renonçant nu, vêtu du seul ciel. Tantôt il paraissait comme charmeur de serpents, expert dans la science des poisons.

Verse 18

सर्वपाषंडधर्मज्ञः कदाचिद्ब्रह्मवाद्यभूत् । ऐंद्रजालिक आसीच्च कदाचिद्भ्रामयञ्जनान्

Parfois il se faisait connaisseur des doctrines de toutes les sectes hérétiques; parfois il se donnait pour un orateur du Brahman, théologien sublime. Et parfois il était illusionniste, égarant les gens par des prodiges magiques.

Verse 19

नानाव्रतोपदेशैश्च कदाचित्स पतिव्रताः । क्षोभयामास बहुशः सदृष्टांत कथानकैः

Parfois, en enseignant maintes sortes de vœux, il troublait maintes fois même les pativratā, femmes d’inébranlable fidélité, par des récits assortis d’exemples, tels des appâts de persuasion.

Verse 20

कापालिक व्रतधरः कदाचिच्चाभवद्द्विजः । कदाचिदपि विज्ञानी धातुवादी कदाचन

Parfois il portait le vœu des Kāpālika; parfois il devenait un dvija, un brāhmane « deux fois né ». Tantôt il paraissait savant, tantôt il se faisait docteur d’alchimie, parlant de la transmutation des métaux.

Verse 21

क्वचिद्विप्रः क्वचिद्राजपुत्रो वैश्योंत्यजः क्वचित । ब्रह्मचारी क्वचिदभूद्गृही वनचरः क्वचित्

Tantôt il était vipra, brāhmane; tantôt fils de roi, prince; tantôt vaiśya, voire même paria. Parfois il était brahmacārī, parfois maître de maison, et parfois habitant des forêts.

Verse 22

यतिः कदाचिदिति सरूपैरभ्रामयज्जनान् । सर्वविद्यासु कुशलः सर्वज्ञश्चाभवत्क्वचित्

Ainsi, parfois, prenant l’apparence d’un yati, il abusait les gens par maintes formes ; parfois il paraissait expert en toutes les sciences, et parfois même tel un omniscient.

Verse 23

इति नानाविधै रूपैश्चरन्काश्यां ग्रहेश्वरः । न कदापि जने क्वापि च्छिद्रं प्राप कदाचन

Ainsi, parcourant Kāśī sous des déguisements innombrables, le Seigneur des planètes ne put jamais trouver—nulle part, en personne—ne fût-ce qu’un seul défaut.

Verse 24

ततो निनिंद चात्मानं चिंतार्तः कश्यपात्मजः । धिक्परप्रेष्यतां यस्यां यशो लभ्येत न क्वचित्

Alors le fils de Kaśyapa, tourmenté par l’angoisse, se blâma lui-même : «Honte à l’état de serviteur envoyé par autrui, où nulle part on ne gagne la renommée !»

Verse 25

मार्तंड उवाच । मंदरं यदि याम्यद्य सद्यस्तत्क्रुद्ध्यतीश्वरः । अनिष्पादितकार्यार्थे मयि सामान्यभृत्यवत्

Mārtaṇḍa dit : «Si je vais aujourd’hui à Mandara, le Seigneur se mettra aussitôt en colère contre moi—car l’œuvre n’est pas accomplie—et il me traitera comme un simple serviteur.»

Verse 26

कोपमप्युररीकृत्य यदि यायां कथंचन । कथं तिष्ठे पुरस्तस्य तर्हि वै मूढभृत्यवत्

Même si, acceptant sa colère, j’y allais d’une manière ou d’une autre, comment pourrais-je alors me tenir devant lui, tel un serviteur insensé ?

Verse 27

अथोंकृत्यावहेलं वा यामि चेच्च कथंचन । क्रोधान्निरीक्षेत्त्र्यक्षो मां विषं पेयं तदा मया

Ou bien, si d’un simple « hūṃ » de mépris je m’en vais d’une manière ou d’une autre—si le Seigneur aux Trois Yeux me regarde avec colère, il vaudrait mieux pour moi boire du poison.

Verse 28

हरकोपानले नूनं यदि यातः पतंगताम् । पितामहोपि मां त्रातुं तदा शक्ष्यति नस्फुटम्

Si vraiment je devenais un papillon de nuit dans le brasier de la colère de Hara, alors même le Grand-Père (Brahmā) pourrait à peine me sauver.

Verse 29

स्थास्याम्यत्रैव तन्नित्यं न त्यक्ष्यामि कदाचन । क्षेत्रसंन्यासविधिना वाराणस्यां कृताश्रमः

Je demeurerai ici même à jamais ; je ne l’abandonnerai en aucun temps. Par le rite du kṣetra-saṃnyāsa, j’ai pris ma demeure vouée à Vārāṇasī.

Verse 30

पुरः पुरारेः कायार्थमनिवेद्येह तिष्ठतः । यत्पापं भावि मे तस्य काशीपापस्यनिष्कृतिः

Si, demeurant ici, je ne rapporte pas, en la présence même de Purāri (Śiva), l’affaire de la tâche—quelque péché qu’il m’en advienne, Kāśī elle-même en sera l’expiation.

Verse 31

अन्यान्यपि च पापानि महांत्यल्पानि यानि च । क्षयंति तानि सर्वाणि काशीं प्रविशतां सताम्

De plus, quels que soient les autres péchés—grands ou petits—ils s’éteignent tous pour les justes qui entrent dans Kāśī.

Verse 32

बुद्धिपूर्वं मया चैतन्न पापं समुपार्जितम् । पुरारिणैव हि पुराऽशासि धर्मो हि रक्ष्यताम्

Je n’ai pas commis ce péché en pleine conscience, ni ne l’ai amassé volontairement. Jadis, Purāri (Śiva) lui-même l’enseigna : «Que le Dharma soit protégé».

Verse 33

धर्मो हि रक्षितो येन देहे सत्वरगत्वरे । त्रैलोक्यरक्षितं तेन किं कामार्थैः सुरक्षितैः

Celui qui protège le Dharma —même dans ce corps éphémère, prompt à s’en aller— protège ainsi les trois mondes. De quels plaisirs (kāma) ou biens (artha) soigneusement gardés aurait-il encore besoin ?

Verse 34

रक्षणीयो यदि भवेत्कामः कामारिणा कथम् । क्षणादनंगतां नीतो बहूनां सुखकार्यपि

Si le plaisir (kāma) était réellement chose à protéger, comment «l’ennemi de Kāma» a-t-il pu, en un instant, réduire Kāma à l’état sans corps, alors même qu’on dit qu’il procure la joie à tant d’êtres ?

Verse 35

अर्थश्चेत्सर्वथारक्ष्य इति कैश्चिदुदाहृतम् । तत्कथं न हरिश्चंद्रोऽरक्षत्कुशिकनंदने

Certains disent que la richesse (artha) peut, en toute circonstance, être préservée. Si tel était le cas, comment le roi Hariścandra n’a-t-il pu la protéger lorsqu’il fit face au fils de Kuśika (Viśvāmitra) ?

Verse 36

धर्मस्तु रक्षितः सर्वैरपिदेहव्ययेन च । शिबिप्रभृतिभूपालैर्दधीचिप्रमुखैर्द्विजैः

Mais le Dharma, lui, a été protégé par tous, fût-ce au prix de leur propre corps : par des rois tels que Śibi, et par des brāhmaṇas tels que Dadhīci.

Verse 37

अयमेव हि वै धर्मः काशीसेवनसंभवः । रुषितादपि रुद्रान्मां रक्षिष्यति न संशयः

Ceci seul est le vrai Dharma, né du service rendu à Kāśī. Même si Rudra s’irrite, ce Dharma me protégera; il n’y a nul doute.

Verse 38

अवाप्य काशीं दुष्प्रापां को जहाति सचेतनः । रत्नं करस्थमुत्सृज्य कः काचं संजिघृक्षति

Ayant obtenu Kāśī, si difficile à atteindre, quel être sensé l’abandonnerait ? Qui, rejetant un joyau déjà en main, voudrait ramasser du simple verre ?

Verse 39

वाराणसीं समुत्सृज्य यस्त्वन्यत्र यियासति । हत्वा निधानं पादेन सोर्थमिच्छति भिक्षया

Celui qui délaisse Vārāṇasī pour aller ailleurs ressemble à l’homme qui, du pied, frappe un trésor enfoui puis cherche la richesse en mendiant.

Verse 40

पुत्रमित्रकलत्राणि क्षेत्राणि च धनानि च । प्रतिजन्मेह लभ्यंते काश्येका नैव लभ्यते

Fils, amis, époux, terres et richesses se retrouvent à chaque naissance ; mais Kāśī seule ne s’obtient pas si aisément.

Verse 41

येन लब्धा पुरी काशी त्रैलोक्योद्धरणक्षमा । त्रैलोक्यैश्वर्यदुष्प्रापं तेन लब्धं महासुखम्

Celui qui a atteint la cité de Kāśī, capable de relever les trois mondes, a obtenu une grande béatitude, plus rare que la souveraineté des trois mondes.

Verse 42

कुपितोपि हि मे रुद्रस्तेजोहानिं विधास्यति । काश्यां च लप्स्ये तत्तेजो यद्वै स्वात्मावबोधजम्

Même si Rudra s’irrite contre moi, il peut faire déchoir mon éclat extérieur ; mais à Kāśī j’obtiendrai la vraie radiance, née de la réalisation du Soi.

Verse 43

इतराणीह तेजांसि भासंते तावदेव हि । खद्योताभानि यावन्नो जृंभते काशिजं महः

Toutes les autres lumières ici ne brillent que pour un temps ; tant que ne s’épanouit pas la grande splendeur née de Kāśī, elles ne paraissent que l’éclat des lucioles.

Verse 44

इति काशीप्रभावज्ञो जगच्चक्षुस्तमोनुदः । कृत्वा द्वादशधात्मानं काशीपुर्यां व्यवस्थितः

Ainsi le Soleil—connaisseur de la puissance de Kāśī, œil du monde et chasseur des ténèbres—s’étant partagé en douze formes, prit demeure dans la cité de Kāśī.

Verse 45

लोलार्क उत्तरार्कश्च सांबादित्यस्तथैव च । चतुर्थो द्रुपदादित्यो मयूखादित्य एव च

Les voici : Lolārka, Uttarārka et Sāmbāditya ; le quatrième est Drupadāditya, ainsi que Mayūkhāditya.

Verse 46

खखोल्कश्चारुणादित्यो वृद्धकेशवसंज्ञकौ । दशमो विमलादित्यो गंगादित्यस्तथैव च

S’y ajoutent Khakholka et Āruṇāditya, ainsi que celui nommé Vṛddhakeśava ; le dixième est Vimalāditya, et de même Gaṅgāditya.

Verse 47

द्वादशश्च यमादित्यः काशिपुर्यां घटोद्भव । तमोऽधिकेभ्यो दुष्टेभ्यः क्षेत्रं रक्षंत्यमी सदा

Et le douzième est Yamāditya. Ô Ghaṭodbhava, ceux-ci protègent sans cesse le kṣetra sacré de Kāśīpurī contre les êtres pervers plongés dans les ténèbres.

Verse 48

तस्यार्कस्य मनोलोलं यदासीत्काशिदर्शने । अतो लोलार्क इत्याख्या काश्यां जाता विवस्वतः

Lorsque l’esprit de ce Soleil devint avide et frémissant à la vue de Kāśī, c’est pourquoi, à Kāśī, Vivasvat fut connu sous le nom de « Lolārka ».

Verse 49

लोलार्कस्त्वसिसंभेदे दक्षिणस्यां दिशिस्थितः । योगक्षेमं सदा कुर्यात्काशीवासि जनस्य च

Lolārka se tient à Asisaṃbheda, dans la direction du sud. Il accomplit sans cesse le yoga et le kṣema — prospérité et sauvegarde — pour les habitants de Kāśī.

Verse 50

मार्गशीर्षस्य सप्तम्यां षष्ठ्यां वा रविवासरे । विधाय वार्षिकीं यात्रां नरः पापै प्रमुच्यते

Au septième tithi — ou au sixième — de Mārgaśīrṣa, lorsque c’est un dimanche, en accomplissant la yātrā annuelle, l’homme est délivré des péchés.

Verse 51

कृतानि यानि पापानि नरैः संवत्सरावधि । नश्यंति क्षणतस्तानि षष्ठ्यर्के लोलदर्शनात्

Quels que soient les péchés commis par les hommes durant une année, ils s’anéantissent en un instant par la vision de Lolārka au Ṣaṣṭhī-arka, le Soleil du sixième tithi.

Verse 52

नरः स्नात्वासिसंभेदे संतर्प्य पितृदेवताः । श्राद्धं विधाय विधिना पित्रानृण्यमवाप्नुयात्

Celui qui se baigne à Asisaṃbheda et, ayant dûment rassasié les divinités des ancêtres, accomplit le Śrāddha selon la règle, obtient l’affranchissement de la dette envers les pères.

Verse 53

लोलार्कसंगमे स्नात्वा दानं होमं सुरार्चनम् । यत्किंचित्क्रियते कर्म तदानंत्याय कल्पते

Après s’être baigné au confluent sacré de Lolārka, tout acte accompli—don, offrande au feu ou adoration des dieux—devient cause de mérite spirituel inépuisable.

Verse 54

सूर्योपरागे लोलार्के स्नानदानादिकाः क्रियाः । कुरुक्षेत्राद्दशगुणा भवंतीह न संशयः

À Lolārka, lors d’une éclipse du soleil, les actes tels que le bain sacré et le don produisent ici un mérite dix fois supérieur à celui de Kurukṣetra; sans aucun doute.

Verse 55

लोलार्के रथसप्तम्यां स्नात्वा गंगासिसंगमे । सप्तजन्मकृतैः पापैर्मुक्तो भवति तत्क्षणात्

À la Ratha-saptamī, celui qui se baigne à Lolārka, au confluent du Gaṅgā et de l’Asi, est aussitôt délivré des péchés amassés en sept existences.

Verse 56

प्रत्यर्कवारं लोलार्कं यः पश्यति शुचिव्रतः । न तस्य दुःखं लोकेस्मिन्कदाचित्संभविष्यति

Quiconque, observant pureté et vœux, contemple Lolārka chaque dimanche, ne verra jamais la souffrance s’élever pour lui en ce monde.

Verse 57

न तस्य दुःखं नो पामा न दद्रुर्न विचर्चिका । लोलार्कमर्के यः पश्येत्तत्पादोदकसेवकः

Celui qui contemple le saint Lolārka le dimanche et boit l’eau sanctifiée par ses pieds ne connaît ni chagrin, ni gale, ni teigne, ni éruption cutanée.

Verse 58

वाराणस्यामुषित्वापि यो लोलार्कं न सेवते । सेवंते तं नरं नूनं क्लेशाः क्षुद्व्याधिसंभवाः

Même en demeurant à Vārāṇasī, celui qui ne sert pas Lolārka est assurément suivi de peines nées de la faim et de la maladie.

Verse 59

सर्वेषां काशितीर्थानां लोलार्कः प्रथमं शिरः । ततोंऽगान्यन्यतीर्थानि तज्जलप्लावितानिहि

Parmi tous les tīrthas de Kāśī, Lolārka est le premier, la « tête » ; les autres tīrthas sont comme les membres, car ils sont sanctifiés par le débordement de ses eaux.

Verse 60

तीर्थांतराणि सर्वाणि भूमीवलयगान्यपि । असिसंभेदतीर्थस्य कलां नार्हंति षोडशीम्

Tous les autres tīrthas —même ceux répandus sur tout le cercle de la terre— ne valent pas même un seizième de la gloire du tīrtha d’Asi-saṃbheda.

Verse 61

सर्वेषामेव तीर्थानां स्नानाद्यल्लभ्यते फलम् । तत्फलं सम्यगाप्येत नरैर्गंगासिसंगमे

Quel que soit le fruit obtenu par le bain et les rites connexes en tous les tīrthas, ce même fruit est pleinement acquis par les hommes au confluent de la Gaṅgā et de l’Asi.

Verse 62

नार्थवादोयमुदितः स्तुतिवादो न वै मुने । सत्यं यथार्थवादोयं श्रद्धेयः सद्भिरादरात्

Ô sage, ceci n’est ni hyperbole ni flatterie : c’est la vérité, un énoncé conforme au réel, que les hommes de bien doivent recevoir avec révérence.

Verse 63

यत्र विश्वेश्वरः साक्षाद्यत्र स्वर्गतरंगिणी । मिथ्या तत्रानुमन्यंते तार्किकाश्चानुसूयकाः

Là où Viśveśvara (Śiva) est présent en personne, là où coule la Gaṅgā céleste, même là les logiciens jaloux osent tout tenir pour « faux ».

Verse 64

उदाहरंति ये मूढाः कुतर्कबलदर्पिताः । काश्यां सर्वेर्थवादोयं ते विट्कीटा युगेयुगे

Ces insensés, enflés par la force d’arguments fallacieux, qui qualifient au sujet de Kāśī cela de « simple hyperbole », sont des insectes du fumier, âge après âge.

Verse 65

कस्यचित्काशितीर्थस्य महिम्नो महतस्तुलाम् । नाधिरोहेन्मुने नूनमपि त्रैलोक्यमंडपः

Ô sage, assurément, même tout le pavillon des trois mondes ne saurait monter sur la balance pour égaler l’immense grandeur d’un seul tīrtha de Kāśī.

Verse 66

नास्तिका वेदबाह्याश्च शिश्नोदरपरायणाः । अंत्यजाताश्च ये तेषां पुरः काशी न वर्ण्यताम्

Devant les athées, ceux qui sont hors du Veda, ceux qui ne suivent que le désir et le ventre, et les esprits vils, Kāśī ne doit pas être décrite.

Verse 67

लोलार्ककरनिष्टप्ता असिधार विखंडिताः । काश्यां दक्षिणदिग्भागे न विशेयुर्महामलाः

Brûlés par les rayons de Lolārka et mis en pièces par les tranchants de l’épée, les grands impurs ne doivent pas pénétrer dans le quartier méridional de la sainte Kāśī.

Verse 68

महिमानमिमं श्रुत्वा लोलार्कस्य नरोत्तमः । न दुःखी जायते क्वापि संसारे दुःखसागरे

Ayant entendu cette gloire de Lolārka, le meilleur des hommes ne naît plus jamais dans la peine, nulle part, en ce monde qui est un océan de souffrance.