Adhyaya 24
Kashi KhandaPurva ArdhaAdhyaya 24

Adhyaya 24

Le chapitre 24 déploie un enseignement théologique à plusieurs strates, mêlant biographie karmique, idéal de royauté et voie de délivrance centrée sur Kāśī. Il s’ouvre sur l’ascension posthume d’un dévot vers le séjour vaiṣṇava, la jouissance de récompenses célestes, puis son retour, grâce au mérite résiduel, sous la forme d’un roi juste à Nandivardhana, au sein d’un ordre social et moral idéalisé. Le récit se tourne ensuite vers Kāśī : le roi Vṛddhakāla s’y rend avec la reine, accomplit de vastes dāna, et établit un liṅga ainsi qu’un puits qui lui est associé. À midi survient une rencontre décisive avec un ascète âgé (tapodhana), qui interroge l’auteur du sanctuaire et le nom du liṅga, introduisant la leçon selon laquelle il ne faut pas divulguer ses propres bonnes actions, car s’en attribuer le mérite l’amoindrit. Le roi puise l’eau du puits pour servir l’ascète ; après l’avoir bue, celui-ci redevient jeune, manifestant la puissance du puits. L’ascète révèle que le liṅga est nommé « Vṛddhakāleśvara » et le puits « Kālōdaka », et énumère les bienfaits du darśana, du contact, de la pūjā, de l’écoute et de l’usage de cette eau—surtout le soulagement de la vieillesse et des maladies—tout en réaffirmant Kāśī comme le lieu ultime de la libération, même pour ceux qui sont morts ailleurs. Le chapitre s’achève sur la dissolution de l’ascète dans le liṅga, l’efficacité du chant (notamment du nom « Mahākāla ») et une phalaśruti promettant purification et connaissance supérieure à ceux qui entendent le récit du parcours de Śivaśarman et du culte à Kāśī.

Shlokas

Verse 1

गणावूचतुः । शिवशर्मन्नुदर्कं ते कथयावो निशामय । त्वमत्र वैष्णवे लोके भुक्त्वा भोगान्सुपुष्कलान्

Les serviteurs dirent : «Ô Śivaśarman, écoute ; nous te dirons la suite de ton destin. Ici, dans le monde de Viṣṇu, tu jouiras de délices en abondance».

Verse 2

ब्रह्मणो वत्सरं पूर्णं रममाणोऽप्सरोगणैः । सुतीर्थमरणोपात्त पुण्यशेषेण वै पुनः

Pendant une année entière de Brahmā, tu te réjouiras parmi des troupes d’apsarās ; puis, de nouveau, par le mérite restant acquis en mourant dans un tīrtha sacré, (tu reviendras).

Verse 3

भविष्यसि महीपालो नगरे नंदिवर्धने । राज्यं प्राप्यासपत्नं च समृद्धबलवाहनम्

Tu deviendras un roi, gardien de la terre, dans la cité nommée Nandivardhana ; ayant obtenu la royauté, elle sera sans rival, riche en forces et en chars.

Verse 4

कृष्टिभिर्हृष्टपुष्टैश्च रम्यहाटकभूषणैः । संजुष्टमिष्टापूर्तानां धर्माणां नित्यकर्तृभिः

Ton royaume sera peuplé d’hommes joyeux et bien nourris, parés de ravissants ornements d’or, et rempli de ceux qui accomplissent sans cesse les dharmas d’iṣṭa et de pūrta : le culte sacrificiel et les bienfaits publics.

Verse 5

सदासंपन्नसस्यं च सूर्वरक्षेत्रसंकुलम् । सुदेशं सुप्रजं सुस्थं सुतृणं बहुगोधनम्

Il sera toujours riche en moissons, foisonnant de champs excellents ; une belle contrée, au peuple vertueux, saine et sûre, abondante en fourrage et en richesse de bétail.

Verse 6

देवतायतनानां च राजिभिः परिराजितम् । सुयूपा यत्र वै ग्रामाः सुवित्तर्द्धि विराजिताः

Il resplendira de rangées de sanctuaires des dieux ; et là, les villages, marqués de beaux poteaux sacrificiels, brilleront d’une richesse et d’une prospérité excellentes.

Verse 7

सुपुष्प कृत्रिमोद्यानाः ससदाफलपादपाः । सपद्मिनीककासारा यत्र राजंति भूमयः

Là, les terres seront splendides de jardins artificiellement aménagés et richement fleuris, d’arbres portant des fruits en toute saison, et d’étangs de lotus ainsi que de réservoirs d’eau.

Verse 8

सदंभा निम्नगाराजिर्न यत्र जनता क्वचित् । कुलान्येव कुलीनानि न चान्यायधनानि च

Là, nulle part le peuple ne sera orgueilleux ; les cours des rivières seront beaux et bien ordonnés. Les lignées seront vraiment nobles, et nulle richesse ne viendra de l’injustice.

Verse 9

विभ्रमो यत्र नारीषु नविद्वत्सु च कर्हिचित् । नद्यः कुटिलगामिन्यो न यत्र विषये प्रजाः

Qu’on sache souillée cette contrée où l’égarement domine parmi les femmes et où les savants ne sont jamais honorés ; où les rivières s’écoulent en méandres capricieux, et où le peuple ne demeure pas fermement dans son domaine légitime.

Verse 10

तमोयुक्ताः क्षपा यत्र बहुलेषु न मानवाः । रजोयुजः स्त्रियो यत्र न धर्मबहुला नराः

On tient pour déchue cette région où les nuits sont imprégnées de ténèbres et où, parmi la multitude, la vraie humanité est rare ; où les femmes sont liées à une passion agitée et où les hommes ne sont pas riches en dharma.

Verse 11

धनैरनंधो यत्रास्ति मनो नैव च भोजनम् । अनयः स्यंदनं यत्र न च वै राजपूरुषः

On reconnaît comme injuste ce pays où la richesse tient lieu de ‘vue’ et où tout se juge par l’argent, et où l’esprit ne trouve pas de contentement même dans la nourriture ; où l’injustice devient le char qui fait avancer la vie, et où il n’y a point d’autorité royale droite.

Verse 12

दंडः परशुकुद्दाल वालव्य जनराजिषु । आतपत्रेषु नान्यत्र क्वचित्क्रोधापराधजः

Là où le « châtiment » parmi les foules n’est que haches, bêches et outils grossiers ; et où, hormis les ombrelles du rang, on ne voit nulle part que des peines nées de la colère et de la faute : là, le dharma se flétrit.

Verse 13

अन्यत्राक्षिकवृंदेभ्यः क्वचिन्न परिदेवनम् । आक्षिका एव दृश्यंते यत्र पाशकपाणयः

Là où, hormis parmi des bandes de joueurs, nul gémissement ne se fait entendre; et là où l’on ne voit que des joueurs, les dés à la main—sache que ce lieu est dépouillé d’heureux présages.

Verse 14

जाड्यवार्ता जलेष्वेव स्त्रीमध्या एव दुर्बलाः । कठोरहृदया यत्र सीमंतिन्यो न मानवाः

Là où les propos lourds et dénués de sens ne se trouvent que dans les eaux (comme si tout était noyé dans la sottise); là où la faiblesse se voit surtout au milieu des femmes; et là où les femmes mariées ont le cœur dur plutôt qu’humain—une telle contrée est comptée parmi les déchues.

Verse 15

औषधेष्वेव यत्रास्ति कुष्ठयोगो न मानवे । वेधोप्यंतःसुरत्नेषु शूलं मूर्तिकरेषु वै

Là où la lèpre se trouve seulement dans les remèdes et non chez les hommes; là où même les précieux joyaux intérieurs sont comme « percés »; et là où une douleur telle une lance tourmente les artisans d’images sacrées—une telle inversion de l’ordre révèle un pays de mauvais augure.

Verse 16

कंपःसात्त्विकभावोत्थो न भयात्क्वापि कस्यचित् । संज्वरः कामजो यत्र दारिद्र्यं कलुषस्य च

Là où le tremblement naît de l’émotion sāttvique et non de la peur, en quiconque et en tout lieu; là où la fièvre est enfantée par le désir; et là où la pauvreté surgit de l’impureté—tels sont les signes étranges qui révèlent l’état intérieur d’un royaume.

Verse 17

दुर्लभत्वं सदा कस्य सुकृतेन च वस्तुनः । इभा एव प्रमत्ता वै युद्धं वीच्योर्जलाशये

Pour qui donc quelque chose serait-il vraiment « rare », si cela est soutenu par le sukṛta, le mérite des bonnes actions ? Et pourtant, en cette contrée, on ne voit que des éléphants ivres, se battant au milieu des vagues d’un réservoir—autre signe d’une vie déréglée.

Verse 18

दानहानिर्गजेष्वेव द्रुमेष्वेव हि कंटकाः । जनेष्वेव विहारा हि न कस्यचिदुरःस्थली

Dans ce pays-là, la perte du dāna ne se voit, pour ainsi dire, que chez les éléphants, et les épines seulement sur les arbres; la quête des plaisirs n’est que parmi les hommes, et la poitrine de nul n’est demeure de courage ni de compassion : une telle contrée est privée du parfum du dharma.

Verse 19

बाणेषु गुणविश्लेषो बंधोक्तिः पुस्तके दृढा । स्नेहत्यागः सदैवास्ति यत्र पाशुपते जने

Dans ce pays, même les flèches sont éprouvées selon leurs qualités; les accords sont solidement consignés dans les livres; et parmi les dévots Pāśupata demeure toujours un renoncement ferme à l’attachement.

Verse 20

दंडवार्ता सदा यत्र कृतसंन्यासकर्मणाम् । मार्गणाश्चापकेष्वेव भिक्षुका ब्रह्मचारिणः

Là, l’entretien au sujet du bâton d’ascète (daṇḍa) demeure sans cesse parmi ceux qui ont entrepris les actes du saṃnyāsa; et les brahmacārins vivant d’aumônes ne s’y trouvent que comme des chercheurs disciplinés, appliqués à la voie juste.

Verse 21

यत्र क्षपणका एव दृश्यंते मलधारिणः । प्रायो मधुव्रता एव यत्र चंचलवृत्तयः

Là, l’on ne voit que de véritables kṣapaṇakas, portant les marques de l’austérité; et ceux dont la conduite est changeante ne sont, pour la plupart, que des « madhuvratas », bourdonnant comme des abeilles, instables par nature.

Verse 22

इत्यादि गुणवद्देशे त्वयिराज्यं प्रशासति । धर्मेण राजधर्मज्ञ शौंडीर्यगुणशालिनि

Ainsi, dans une contrée riche de vertus, tu gouvernes le royaume selon le dharma—ô connaisseur du devoir royal, ô toi qui possèdes vaillance et nobles qualités.

Verse 23

सौभाग्यभाजि रूपाढ्ये शौर्यौदार्यगुणान्विते । सीमंतिनीनां रम्याणां लावण्यवर्जित सुश्रियाम्

Auspice et splendide, pourvu de vaillance et de magnanimité : en ce lieu, même les nobles dames, charmantes et richement parées, ne s’enorgueillissent pas de la seule beauté, mais rayonnent d’une grâce digne.

Verse 24

राज्ञीनामयुतंभावि कुमाराणां शतत्रयम् । वृद्धकाल इति ख्यात उग्रः परपुरंजयः

Il devait y avoir dix mille reines et trois cents princes ; et lui—farouche, vainqueur des cités ennemies—était renommé sous le nom de Vṛddhakāla.

Verse 25

विजितानेकसमरः श्रीसंतर्पितमार्गणः । अनेकगुणसंपूर्णः पूर्णचंद्रनिभद्युतिः

Victorieux en maints combats, il comblait et réjouissait ses archers ; riche de nombreuses vertus, il brillait d’un éclat pareil à la pleine lune.

Verse 26

संततावभृथक्लिन्न मूर्धजः क्षितिषर्षभः । प्रजापालनसंपन्नः कोशप्रीणितभूसुरः

Ce taureau parmi les rois, dont les cheveux étaient sans cesse humides des ablutions rituelles, excellait à protéger ses sujets et contentait les brāhmaṇas par le trésor royal.

Verse 27

पदारविंदं गौविंदं हृदि ध्यायन्नतंद्रितः । वासुदेवकथालापपरिक्षिप्त दिनक्षपः

Méditant sans relâche dans son cœur les pieds de lotus de Govinda, il laissait passer jours et nuits, entouré de propos et de récits au sujet de Vāsudeva.

Verse 28

कदाचिदुपविष्टःसन्मध्ये राजसभं द्विज । दूरात्कार्पटिकैर्दृष्टो वाराणस्याः समागतैः

Un jour, ô brāhmane, tandis qu’il siégeait au milieu de l’assemblée royale, il fut aperçu de loin par des mendiants errants venus de Vārāṇasī.

Verse 29

तत्कर्मभाविसदृशैस्तदात्वमभिनंदितः । तैः सर्वै राजशार्दूलस्याशीर्वादैरनेकशः

Alors, d’une manière conforme à ces actes et à ce qui devait en découler, il fut loué en ce temps-là ; et tous, à maintes reprises, prodiguèrent de nombreuses bénédictions à ce tigre parmi les rois.

Verse 30

श्रीमद्विश्वेश्वरो देवो विश्वेषां जगतां गुरुः । काशीनाथस्तुते कुर्यात्कुमतेरपवर्जनम्

Puisse le glorieux dieu Viśveśvara, maître de tous les mondes, le Seigneur de Kāśī, lorsqu’il est loué, dissiper l’intelligence pervertie.

Verse 31

नैःश्रेयसीं च संपत्तिं यो देयात्स्मरणादपि । काशीनाथः स ते दिश्याज्ज्ञानं मलविवर्जितम्

Lui qui accorde le bien suprême et la vraie prospérité, ne fût-ce que par le simple souvenir : puisse ce Seigneur de Kāśī te donner une connaissance exempte de toute souillure.

Verse 32

येन पुण्येन ते प्राप्तं राज्यं प्राज्यमकंटकम् । तत्पुण्यशेषतोभूयाद्विश्वनाथे मतिस्तव

Par le mérite grâce auquel tu as obtenu un vaste royaume sans épines (sans obstacles), par le reste de ce même mérite, puisse ta dévotion et ta résolution envers Viśvanātha croître encore et toujours.

Verse 33

यस्य प्रसादात्सुलभमायुः पुत्रांबरागनाः । समृद्धयः स्वर्गमोक्षौ स विश्वेशः प्रसीदतु

Par la grâce de qui l’on obtient aisément longue vie, fils, vêtements et épouse, ainsi que prospérité, ciel et délivrance : que le Seigneur Viśveśa nous soit favorable.

Verse 34

नामश्रवणमात्रेण यस्य विश्वेशितुर्विभोः । महापातकविच्छेदः स विश्वेशोऽस्तु ते हृदि

De ce Seigneur tout-puissant, Viśveśitṛ, dont le seul fait d’entendre le Nom tranche les grands péchés : que ce Viśveśa demeure en ton cœur.

Verse 35

त्वं वृद्धकालो भूपालः श्रुत्वेत्याशीः परंपराम् । स्मरिष्यसीदं वृत्तांतं पुलकांकवपुस्तदा

Ô roi, lorsque tu seras avancé en âge, après avoir entendu cette suite de bénédictions, tu te souviendras alors de ce récit, le corps frémissant de pieuse émotion.

Verse 36

आकारगोपनं कृत्वा तेभ्यो दत्त्वा धनं बहु । सुमुहूर्तमनुप्राप्य सुते राज्यं विधाय च

Dissimulant ton dessein, leur donnant de grandes richesses, puis, ayant obtenu un moment favorable, tu établiras aussi la royauté en ton fils.

Verse 37

अनंगलेखया राज्ञ्या ततः काशीं गमिष्यसि । दत्त्वा दानानि भूरीणि प्रीणयित्वाऽर्थिनो जनान्

Puis, avec la reine Anaṅgalekhā, tu iras à Kāśī, après avoir fait d’abondantes aumônes et comblé les gens nécessiteux qui implorent.

Verse 38

स्वनाम्ना तत्र संस्थाप्य लिंगं निर्वाणकारणम् । प्रासादं तत्र कृत्वोच्चैस्तदग्रे कूपमुत्तमम्

Là, après avoir établi un Liṅga en ton propre nom—cause de la délivrance—tu élèveras un temple majestueux, et devant lui un puits excellent.

Verse 39

विधाय विधिवत्तत्र कलशारोपणादिकम् । मणिमाणिक्य चांपेय दुकूलेभाश्वगोधनम्

Après y avoir accompli selon le rite les cérémonies prescrites—à commencer par la pose des kalaśa de consécration—il offrit des dons : joyaux et rubis, vins choisis, vêtements précieux, éléphants et chevaux, et des troupeaux de vaches.

Verse 40

महाध्वजपताकाश्च च्छत्रचामरदर्पणम् । देवोपकरणं भूरि विश्राण्य श्रमवर्जितः

Il distribua encore en abondance de grands étendards et drapeaux, des ombrelles, des éventails en queue de yak et des miroirs—nombreux objets rituels pour la divinité—donnant sans fatigue ni hésitation.

Verse 41

व्रतोपवासनियमैः परिक्षीणकलेवरः । मध्याह्ने निर्जने तत्र द्रक्ष्यस्येकं तपोधनम्

Épuisé dans son corps par les vœux, les jeûnes et les observances rigoureuses, à midi, en ce lieu désert, tu verras un unique ascète, dont la vraie richesse est l’austérité (tapas).

Verse 42

अतीवजीर्णवपुषं परिपिंगजटान्वितम् । मूर्तिमंतंमिव प्रांशुं धर्मं जनमनोहरम्

Son corps était d’un âge extrême; ses mèches emmêlées, fauves, entouraient sa tête—grand et charmant pour l’esprit des hommes, comme si le Dharma lui-même avait pris une forme visible.

Verse 43

भारं शरीरयष्टेश्च दृढयष्ट्यां समर्प्य च । गर्भागाराद्विनिष्क्रम्याभ्यायांतंरंगमंडपे

Appuyant le poids de son corps fragile sur un bâton solide, il sortit du garbhagṛha et s’avança vers le pavillon de la cour.

Verse 44

उपविश्य समीपे ते प्रक्ष्यत्येवमनुक्रमात् । कोसि त्वं किमिहासि त्वं द्वितीय इव कस्त्वयम्

S’asseyant près de toi, il t’interrogera selon l’ordre : «Qui es-tu ? Pourquoi es-tu venu ici ? Et qui est cet autre, comme un second toi-même ?»

Verse 45

प्रासादः कारितः केन जानास्येष ततो वद । अस्य लिंगस्य किं नाम प्रायो जाने न वार्धकात्

«Par qui ce temple a-t-il été édifié ? Si tu le sais, dis-le-moi. Et quel est le nom de ce liṅga ? En vérité je le sais à peine : la vieillesse m’a ôté la mémoire.»

Verse 46

पृष्टस्त्वमिति ते नाथ तदा वृद्ध तपस्विना । कथयिष्यस्यहं राजा वृद्धकाल इति श्रुतः

Ô Seigneur, ainsi interrogé par cet ascète âgé, tu répondras : «Je suis un roi, connu sous le nom de Vṛddhakāla.»

Verse 47

दाक्षिणात्य इह प्राप्तस्त्वेतया सह कांतया । ध्यायामि लिंगमेतच्च प्रार्थयामि न किंचन

«Je suis venu ici du pays du Sud, avec cette épouse bien-aimée. Je médite sur ce liṅga, et je ne demande absolument rien.»

Verse 48

प्रासादस्यास्य जटिल स्वयंकारयिता शिवः । विशेषतोऽस्यलिंगस्य नाम नो वेद्मि निश्चितम्

«Ô toi aux cheveux emmêlés, Śiva lui-même est l’artisan qui, de lui-même, a fait édifier ce sanctuaire. Mais, quant au nom précis de ce liṅga, je ne le connais pas avec certitude.»

Verse 49

इति श्रुत्वा नरपतेर्वाक्यंप्राह जटाधरः । सत्यमुक्तं त्वयैकं हि लिंगनाम न वेत्सि यत्

Entendant les paroles du roi, l’ascète aux cheveux emmêlés répondit : «Une chose, tu l’as dite en vérité ; mais tu ne connais pas le Nom du Liṅga.»

Verse 50

पश्येयं त्वामहं नित्यमुपविष्टं सुनिश्चलम् । श्रुतो भविष्यति तव प्रासादो येन कारितः

«Puissé-je te contempler sans cesse, assis dans une immobilité parfaite. Et le palais que tu as fait bâtir deviendra renommé.»

Verse 51

ममाग्रे तत्समाचक्ष्व यदि जानासि तत्त्वतः । आकर्ण्येति वचस्तस्य पुनः प्राह भवानिति

«Dis-le-moi devant moi, si tu le connais vraiment dans son essence.» Ayant entendu ces mots, l’autre répondit encore : «Soit ; écoute.»

Verse 52

कर्ता कारयिता शंभुः किमतथ्यं ब्रवीम्यहम् । अथवा चिंतया किं मे तपस्विन्ननया विभो

«Śambhu est l’agent et celui qui fait agir toute chose : comment pourrais-je dire ce qui n’est pas vrai ? Pourtant, à quoi me sert une telle inquiétude, ô ascète souverain ?»

Verse 53

इति त्वयि स्थिते जोषं स पुनर्वृद्धतापसः । पिपासुरस्मि पानीयमानीयाशु प्रयच्छ मे

Tandis que tu demeurais là, silencieux, le vieil ascète reprit : «J’ai soif ; apporte vite de l’eau et donne-m’en.»

Verse 54

इति तेन च नुन्नस्त्वं वार्यानीय च कूपतः । पाययिष्यसि तं वृद्धं तापसं तत्क्षणाच्च सः

Ainsi pressé par lui, tu tireras de l’eau du puits et feras boire ce vieil ascète ; et à l’instant même, il…

Verse 55

तदंबुपानतो भूयात्सुपार्वण शशिप्रभः । तरुणो रूपसंपन्नः कोशोन्मुक्तोरगो यथा

En buvant cette eau, il devint éclatant comme la lune au plein jour, jeune et beau, tel un serpent tout juste délivré de sa vieille mue.

Verse 56

जाताश्चर्येण भवता पुनरेवाभ्यभाषि सः । कः प्रभावो हि भगवन्नेष येन भवान्पुनः

Saisi d’émerveillement, il lui adressa de nouveau la parole : «Ô vénérable, quelle est donc cette puissance par laquelle tu, de nouveau… ?»

Verse 57

परित्यज्यात्र जरसं न वो भ्राजसि सांप्रतम् । अस्ति चेदवकाशस्ते ततो ब्रूहि तपोधन

«Ayant rejeté ici la vieillesse, tu resplendis à présent. Si tu en as le loisir, dis-le-moi, ô trésor d’ascèse.»

Verse 58

तपोधन उवाच । वृद्धकालक्षितिपते जाने त्वां सुमहामते । इमामपि च जानेऽहं तव पत्नीं पतिव्रताम्

Tapodhana dit : «Ô roi, toi qui portes depuis longtemps le fardeau de la vieillesse, ô très sage, je te connais. Et je connais aussi cette épouse tienne, pativratā, inébranlable dans la fidélité.»

Verse 59

जन्मनोऽस्मादियं राजन्नासीद्विप्रस्य कन्यका । तुर्वसोर्वेदवपुषः शुभाचारा शुभानना

Ô roi, dans une naissance antérieure, elle fut la fille d’un brāhmane nommé Turvasu, rayonnante d’un être façonné par le Veda, de conduite heureuse et au visage gracieux.

Verse 60

तेन दत्ता विवाहार्थं नैध्रुवाय महात्मने । स च कालवशं प्राप्तो नैध्रुवोऽप्राप्तयौवनः

Il la donna en mariage au magnanime Naidhruva ; mais Naidhruva, n’ayant pas encore atteint la jeunesse, tomba sous l’emprise du Temps et s’éteignit.

Verse 61

वैधव्यं पालयंत्येषा मृताऽवंत्यां शुभव्रता । तेन पुण्येन संजाता पांड्यस्य नृपतेः सुता

Observant la condition de veuve avec fidélité, cette femme au vœu pur mourut à Avantī ; par ce mérite (puṇya), elle renaquit comme fille du roi Pāṇḍya.

Verse 62

परिणीता त्वया राजन्पतिव्रतरता सदा । त्वया सहेह संप्राप्ता मुक्तिं प्राप्स्यत्यनुत्तमाम्

Ô roi, unie à toi par le mariage, toujours vouée à la voie de la pativratā, et parvenue ici avec toi, elle obtiendra la délivrance sans égale (mokṣa).

Verse 63

अयोध्यायामथावंत्यां मथुरायामथापि वा । द्वारवत्यां च कांच्यां वा मायापुर्यामथो नृप

Que ce soit à Ayodhyā, ou à Avantī, ou encore à Mathurā ; ou à Dvāravatī, ou à Kāñcī, ou à Māyāpurī—ô Roi—

Verse 64

अपि पातकिनो ये च कालेन निधनं गताः । ते हि स्वर्गादिहागत्य काश्यां मोक्षमवाप्नुयुः

Même ceux qui sont pécheurs et qui, le temps venu, ont connu la mort—revenant du ciel et venant ici—peuvent obtenir la délivrance à Kāśī.

Verse 65

अवैमि त्वामपि नृपद्विजोऽभूः पूर्वजन्मनि । माथुरः शिवशर्माख्यो मायापुर्यां भवान्मृतः

Je te connais toi aussi, ô Roi : dans une naissance antérieure tu fus un brāhmaṇa de Mathurā, nommé Śivaśarman, et tu mourus à Māyāpurī.

Verse 66

तत्पुण्यात्प्राप्य वैकुंठं भुक्त्वा भोगान्मनोरमान् । तत्पुण्यशेषात्क्षितिपो जातस्त्वं नंदिवर्धने

Par ce mérite tu atteignis Vaikuṇṭha et jouis de délices ravissants ; et du reste de ce mérite tu naquis roi à Nandivardhana.

Verse 67

वृद्धकालावनीपाल तेनैव सुकृतेन च । मोक्षक्षेत्रमिदं प्राप्तो मुक्तिं प्राप्स्यस्यनुत्तमाम्

Ô vieux souverain de la terre, par ce même acte méritoire tu es parvenu à ce champ de délivrance ; tu obtiendras la liberté suprême, sans pareille.

Verse 68

अन्यच्च शृणु राजेंद्र त्वया यत्समुदीरितम् । कर्ता कारयिता शंभुः प्रासादस्येति तत्स्फुटम्

Écoute encore, ô le meilleur des rois : ce que tu as déclaré est limpide—Śambhu (Śiva) est l’auteur et aussi Celui qui fait édifier ce palais-temple.

Verse 69

सुकृतं नैव सततमाख्यातव्यं कदाचन । कृतं मयेति कथनात्पुण्यं क्षयति तत्क्षणात्

On ne doit jamais sans cesse proclamer sa bonne action. Car en disant : « C’est moi qui l’ai fait », le mérite (puṇya) s’épuise à l’instant même.

Verse 70

तस्मात्सर्वप्रयत्नेन गोपनीयं निधानवत् । सुकृतं कीर्तनाद्व्यर्थं भवेद्भस्महुतं तथा

C’est pourquoi, de tout son effort, on doit cacher son mérite comme un trésor. En le chantant par vanité, la bonne action devient vaine, telle une offrande jetée dans la cendre.

Verse 71

निश्चितं विश्वनाथेन प्रेरितेन त्वयाऽनघ । कृतं हि कृतकृत्येन प्रासादादिह वेद्म्यहम्

C’est certain, ô irréprochable : poussé par Viśvanātha, toi—qui as accompli ton dessein—tu l’as vraiment réalisé. Je le sais ici par les signes, à commencer par ce temple.

Verse 72

वृद्धकालेश्वरं नाम लिंगमेतन्महीपते । जानीह्यनादिसंसिद्धं निमित्तं किंतु वै भवान्

Ce liṅga se nomme Vṛddhakāleśvara, ô roi. Sache-le sans commencement et établi de toute éternité ; toi, tu n’es que l’occasion, l’instrument de sa manifestation ici.

Verse 73

दर्शनात्स्पर्शनात्तस्य पूजनाच्छ्रवणान्नतेः । वृद्धकालेशलिंगस्य सर्वं प्राप्नोति वांछितम्

En le contemplant, en le touchant, en l’adorant, en entendant parler de lui et en se prosternant devant lui, par le Liṅga de Vṛddhakāleśa on obtient tout ce que l’on désire.

Verse 74

कूपः कालोदको नाम जराव्याधिविघातकृत् । यदीय जलपानेन मातुःस्तन्यमपानवान्

Il est un puits nommé Kālodaka, qui anéantit la vieillesse et la maladie. En buvant son eau, on devient comme ayant bu de nouveau le lait de sa mère, retrouvant la vigueur originelle.

Verse 75

कृतकूपोदकस्नानः कृतैतल्लिंगपूजनः । वर्षेण सिद्धिमाप्नोति मनोभिलषितां नरः

Celui qui se baigne avec l’eau du puits et adore ce Liṅga obtient, en l’espace d’une année, la siddhi que son cœur désire.

Verse 76

न कुष्ठं न च विस्फोटा नरंघा न विचर्चिका । पीतात्स्पृष्टात्प्रतिष्ठंति कफः कालतमोदकात्

Ni la lèpre, ni les plaies éruptives, ni la gale, ni l’eczéma ne subsistent : en la buvant, ou même en la touchant, ces maux s’apaisent grâce à l’Eau sombre de Kāla (Kālatamodaka).

Verse 77

नाग्निमांद्यं नैव शूलं न मेहो न प्रवाहिका । न मूत्रकृच्छ्रं ना पामा पानायस्यास्य सेवनात्

Par l’usage de cette eau à boire, il n’y a ni indigestion, ni coliques, ni troubles urinaires, ni dysenterie ; ni miction douloureuse, ni maladie de peau prurigineuse.

Verse 78

भूतज्वराश्च ये केचिद्ये केचिद्विषमज्वराः । ते क्षिप्रमुपशाम्यंति ह्येतत्कूपोदसेवनात्

Quelles que soient les fièvres nées des bhūtas, et quelles que soient les fièvres irrégulières, elles s’apaisent promptement par l’usage de l’eau de ce puits sacré.

Verse 79

तवाग्रतो मम जरा पलितं च यथाविधि । एतत्कूपोदपानेन क्षणान्नष्टं नवोऽभवम्

Sous tes yeux mêmes, ma vieillesse et mes cheveux blanchis—tels qu’ils étaient apparus—furent anéantis en un instant en buvant de ce puits; je redevins jeune.

Verse 80

वृद्धकालेश्वरे लिंगे सेवितेन दरिद्रता । नोपसर्गा न वा रोगा न पापं नाघजं फलम्

Par le culte rendu au liṅga de Vṛddhakāleśvara, la pauvreté est chassée; point de fléaux, point de maladies, point de péché, ni fruit issu du mal.

Verse 81

उत्तरे कृत्तिवासस्य वाराणस्यां प्रयत्नतः । वृद्धकालेश्वरं लिंगं द्रष्टव्यं सिद्धिकामुकैः

À Vārāṇasī, au nord de Kṛttivāsa, le liṅga de Vṛddhakāleśvara doit être recherché et contemplé avec effort par ceux qui désirent les siddhis.

Verse 82

इत्युक्त्वा तं महीपालं हस्ते धृत्वा तपोधनः । सानंगलेखा राज्ञीकं तस्मिंल्लिंगे लयं ययौ

Ayant ainsi parlé, l’ascète, riche de tapas, prit ce roi par la main et, avec la reine Anaṅgalekhā, se résorba dans ce liṅga même.

Verse 83

महाकाल महाकाल महाकालेति कीर्तनात् । शतधा मुच्यते पापैर्नात्र कार्या विचारणा

En chantant « Mahākāla, Mahākāla, Mahākāla », on est délivré des péchés au centuple ; ici, nul besoin de doute ni de débat.

Verse 84

इत्थं भवित्री ते मुक्तिः कैटभारातिदर्शनात् । भोगान्भुक्त्वा बहुविधान्वैकुंठ नगरे शुभे

Ainsi viendra ta délivrance par la vision de Kaiṭabhāra ; après avoir goûté maintes joies dans la cité bénie de Vaikuṇṭha, ton heureux devenir s’accomplira.

Verse 85

इति संहृष्टतनूरुहः स विप्रो भगवत्तद्गणवक्त्रतो निशम्य । स्वमुदर्कमथार्ककोटिरम्यं हरिलोकं परिलोकयांचकार

L’ayant entendu de la bouche d’un serviteur du Seigneur, ce brāhmane—le corps frémissant, les poils hérissés de joie—contempla son avenir : le séjour de Hari, éclatant comme dix millions de soleils.

Verse 86

मैत्रावरुणिरुवाच । लोपामुद्रे स विप्रेंद्रो भोगान्भुक्त्वा मनोरमान् । मायापुर्यां कृतप्राणत्याग पुण्यबलेन च

Maitrāvaruṇi dit : Ô Lopāmudrā, ce brāhmane éminent—après avoir goûté des plaisirs ravissants—par la force du mérite acquis en abandonnant sa vie à Māyāpurī, atteignit encore des états bénis.

Verse 87

वैकुंठलोकादागत्य पत्तने नंदिवर्धने । भौमानि भुक्त्वा सौख्यानि पुत्रानुत्पाद्य सुंदरान्

Revenu du monde de Vaikuṇṭha, il naquit dans la cité de Nandivardhana ; jouissant des bonheurs terrestres, il engendra de beaux fils.

Verse 88

तेषु राज्यं विनिक्षिप्य प्राप्य वाराणसीं पुरीम् । विश्वेश्वरं समाराध्य निर्वाणपदमीयिवान्

Ayant confié le royaume à eux (ses fils), il parvint à la cité de Vārāṇasī ; après avoir vénéré Viśveśvara, il atteignit l’état de Nirvāṇa.

Verse 89

एतत्पुण्यतमाख्यानं विप्रस्य शिवशर्मणः । श्रुत्वा पापविनिर्मुक्तो ज्ञानं परममृच्छति

Celui qui entend ce très saint récit du brāhmane Śivaśarman est délivré du péché et obtient la connaissance spirituelle suprême.