
Le chapitre s’ouvre dans un récit encadré par Vyāsa : les messagers de Rāma rencontrent une femme divine, seule, richement parée mais accablée, et en informent Śrī Rāma. Rāma s’approche avec humilité, l’interroge sur son identité et la cause de son abandon, puis lui offre sa protection. Elle répond par une stuti solennelle, reconnaissant en Rāma l’Être suprême et éternel, celui qui dissipe la souffrance, et louant sa stature cosmique ainsi que ses exploits contre les rākṣasas. La déesse révèle ensuite son identité institutionnelle : elle est l’adhidevatā, divinité tutélaire du Dharmāraṇya-kṣetra. Depuis douze ans, la contrée est devenue déserte par crainte d’un asura puissant ; brahmanes et marchands ont fui, la vie rituelle s’est effondrée, et les anciens signes de prospérité—bains à la dīrghikā, jeux communautaires, fleurs, vedīs de yajña et agnihotra domestique—ont été remplacés par des épines, des bêtes sauvages et des présages funestes. Rāma promet de retrouver les brahmanes dispersés aux quatre directions et de les réinstaller. La déesse précise la composition sociale et religieuse traditionnelle : de nombreux brahmanes versés dans les Veda, issus de multiples gotra, et des vaiśya attachés au dharma ; elle se nomme Bhattārikā, protectrice locale. Rāma atteste la véracité de ses paroles, proclame la fondation d’une cité renommée Satya-mandira, et dépêche des serviteurs pour ramener les brahmanes avec honneur (arghya-pādya), tout en édictant un ordre de gouvernement : refuser de les accueillir entraîne châtiment et exil. Les brahmanes sont trouvés, honorés et conduits auprès de Rāma ; il déclare que sa propre grandeur repose sur le vipra-prasāda (la grâce des brahmanes), puis accomplit l’accueil rituel (pādya, arghya, āsana), la prosternation et de vastes dons—parures, vêtements, cordons sacrés et de nombreuses vaches—rétablissant l’ordre sacré de Dharmāraṇya.
Verse 1
व्यास उवाच । ततश्च रामदूतास्ते नत्वा राममथाब्रुवन् । रामराम महाबाहो वरनारी शुभानना
Vyāsa dit : Alors ces messagers de Rāma, s’étant inclinés devant Rāma, parlèrent : « Ô Rāma, ô Rāma, toi aux bras puissants ! (Nous avons vu) une femme d’élite, au visage de bon augure… »
Verse 2
सुवस्त्रभूषाभरणां मृदुवाक्यपरायणाम् । एकाकिनीं क्रदमानाम दृष्ट्वा तां विस्मिता वयम्
(Ils dirent :) «Nous l’avons vue—parée de vêtements précieux et d’ornements, vouée à une parole douce—et pourtant seule, en pleurs ; à sa vue, nous fûmes saisis d’étonnement.»
Verse 3
समीपवर्तिनो भूत्वा पृष्टा सा सुरसुन्दरी । का त्वं देवि वरारोहे देवी वा दानवी नु किम्
S’approchant, ils interrogèrent cette dame à la beauté céleste : «Qui es-tu, ô Devī, aux membres gracieux ? Es-tu une déesse, ou bien une dānavī, une démone ?»
Verse 4
रामः पृच्छति देवि त्वां ब्रूहि सर्वं यथातथम् । तच्छ्रुत्वा वचनं रामा सोवाच मधुरं वचः
«Ô dame, Rāma t’interroge : dis tout selon la vérité.» Ayant entendu ces paroles, cette femme prononça une réponse douce.
Verse 5
रामं प्रेषयत भद्रं वो मम दुःखापहं परम्
«Envoyez-moi Rāma. Bénédictions sur vous : il est, par excellence, celui qui peut ôter ma peine.»
Verse 6
तदाकर्ण्य ततो रामः संभ्रमात्त्वरितो ययौ । दृष्ट्वा तां दुःखसंतप्तां स्वयं दुःखमवाप सः । उवाच वचनं रामः कृतांजलिपुटस्तदा
À ces mots, Rāma partit aussitôt, pressé par l’émoi. La voyant accablée de chagrin, lui-même fut saisi de peine. Alors Rāma parla, les mains jointes en signe de vénération.
Verse 7
श्रीराम उवाच । का त्वं शुभे कस्य परिग्रहो वा केनावधूता विजने निरस्ता । मुष्टं धनं केन च तावकीनमाचक्ष्व मातः सकलं ममाग्रे
Śrī Rāma dit : «Ô femme de bon augure, qui es-tu, et de qui es-tu l’épouse ? Par qui as-tu été rejetée et abandonnée en ce lieu désert ? Et qui t’a ravi cette poignée de biens qui t’appartenait ? Dis-le-moi, ô mère : expose tout devant moi.»
Verse 8
इत्युक्त्वा चातिदुःखार्तो रामो मतिमतां वरः । प्रणामं दंडवच्चक्रे चक्रपाणिरिवापरः
Après avoir ainsi parlé, Rāma —le meilleur des sages, accablé d’une peine profonde— se prosterna tout entier, raide comme un bâton, en hommage total, tel un autre porteur du disque (Viṣṇu) lui-même.
Verse 9
तयाभिवंदितो रामः प्रगम्य च पुनःपुनः । तुष्टया परया प्रीत्या स्तुतो मधुरया गिरा
Rāma, salué maintes fois par elle tandis qu’elle s’avançait encore et encore, fut loué d’une voix douce, avec une joie et un amour suprêmes.
Verse 10
परमात्मन्परेशान दुःखहारिन्सनातन । यदर्थमवतारस्ते तच्च कार्यं त्वया कृतम्
Ô Soi suprême, ô Seigneur des seigneurs, ô ôteur de la souffrance, ô Éternel : quel que fût le dessein de ta descente en tant qu’avatāra, cette œuvre même a été accomplie par toi.
Verse 11
रावणः कुम्भकर्णश्च शक्रजित्प्रमुखास्तथा । खरदूषणत्रिशिरोमारीचाक्षकुमारकाः
Rāvaṇa, Kumbhakarṇa, et d’autres menés par Indrajit ; ainsi que Khara, Dūṣaṇa, Triśiras, Mārīca, Akṣa et les princes—
Verse 12
असंख्या निर्जिता रौद्रा राक्षसाः समरांगणे
D’innombrables rākṣasas, farouches et terribles, ont été vaincus sur le champ de bataille.
Verse 13
किं वच्मि लोकेश सुकीर्त्तिमद्य ते वेधास्त्वदीयांगजपद्मसंभवः । विश्वं निविष्टं च ततो ददर्श वटस्य पत्रे हि यथो वटो मतः
Que puis-je dire aujourd’hui de ta noble renommée, ô Seigneur des mondes ? Même Brahmā—né du lotus jailli de ton corps—vit l’univers entier contenu en toi, comme si l’on apercevait le banian lui-même dans une seule feuille de banian.
Verse 14
धन्यो दशरथो लोके कौशल्या जननी तव । ययोर्जातोसि गोविंद जगदीश परः पुमान्
Béni en ce monde est Daśaratha, et bénie est Kauśalyā, ta mère, car pour eux tu es né, ô Govinda, ô Seigneur de l’univers, Personne suprême.
Verse 15
धन्यं च तत्कुलं राम यत्र त्वमागतः स्वयम् । धन्याऽयोध्यापुरी राम धन्यो लोकस्त्वदाश्रयः
Bénie est cette dynastie, ô Rāma, où tu es venu toi-même. Bénie est la cité d’Ayodhyā, ô Rāma ; béni est le monde qui prend refuge en toi.
Verse 16
धन्यः सोऽपि हि वाल्मीकिर्येन रामायणं कृतम् । कविना विप्रमुख्येभ्य आत्मबुद्ध्या ह्यनागतम्
Béni est aussi Vālmīki, par qui fut composé le Rāmāyaṇa : le poète qui, par sa propre intuition inspirée, le fit naître avant même qu’il ne fût pleinement connu des plus éminents des savants.
Verse 17
त्वत्तोऽभवत्कुलं चेदं त्वया देव सुपावितम्
De toi est née cette lignée, et par toi, ô Divin, elle a été entièrement purifiée.
Verse 18
नरपतिरिति लोकैः स्मर्यते वैष्णवांशः स्वयमसि रमणीयैस्त्वं गुणैर्विष्णुरेव । किमपि भुवनकार्यं यद्विचिंत्यावतीर्य तदिह घटयतस्ते वत्स निर्विघ्नमस्तु
Les gens se souviennent de toi comme d’un roi, part de Viṣṇu ; en vérité, par tes vertus ravissantes, tu es Viṣṇu lui-même. Quelle que soit l’œuvre pour le bien des mondes que tu as méditée et pour laquelle tu es descendu l’accomplir, qu’elle s’accomplisse ici sans entrave, cher enfant.
Verse 19
स्तुत्वा वाचाथ रामं हि त्वयि नाथे नु सांप्रतम् । शून्या वर्ते चिरं कालं यथा दोषस्तथैव हि
Après l’avoir ainsi loué, (la divinité) dit à Rāma : «Maintenant que tu es mon Seigneur, pourtant, depuis longtemps je demeure vide et déserte, comme auparavant, dans le même état de détresse».
Verse 20
धर्मारण्यस्य क्षेत्रस्य विद्धि मामधिदेवताम् । वर्षाणि द्वादशेहैव जातानि दुःखि तास्म्यहम्
Sache que je suis la divinité présidant au saint domaine de Dharmāraṇya. Depuis douze ans ici, je demeure dans la peine.
Verse 21
निर्जनत्वं ममाद्य त्वमुद्धरस्व महामते । लोहासुरभयाद्राम विप्राः सर्वे दिशो दश
Ô toi au grand esprit, délivre-moi aujourd’hui de cet abandon. Ô Rāma, par crainte de Lohāsura, tous les brāhmanes se sont enfuis vers les dix directions.
Verse 22
गताश्च वणिजः सर्वे यथास्थानं सुदुःखिताः । स दैत्यो घातितो राम देवैः सुरभयंकरः
Tous les marchands aussi sont repartis chacun en son lieu, accablés de douleur. Ce Daitya, ô Rāma—terreur même pour les devas—a été mis à mort par les devas.
Verse 23
आक्रम्यात्र महामायो दुराधर्षो दुरत्ययः । न ते जनाः समायांति तद्भयादति शंकिताः
Après avoir envahi ce lieu, ce grand enchanteur—difficile à assaillir et difficile à vaincre—a fait que tes gens ne viennent plus ici, saisis d’une peur extrême de lui.
Verse 24
अद्य वै द्वादश समाः शून्यागारमनाथवत् । यस्माच्च दीर्घिकायां मे स्नानदानोद्यतो जनः
Voilà aujourd’hui douze années que ceci est comme une demeure vide, tel un lieu sans protecteur; car les gens qui jadis venaient à mon long bassin, prêts au bain sacré et au don, ne viennent plus.
Verse 25
राम तस्यां दीर्घिकायां निपतंति च शूकराः । यत्रांगना भर्तृयुता जलक्रीडापरायणाः
Ô Rāma, à présent des sangliers tombent dans cette même Dīrghikā, là où jadis les femmes, avec leurs époux, se réjouissaient des jeux d’eau.
Verse 26
चिक्रीडुस्तत्र महिषा निपतंति जलाशये । यत्र स्थाने सुपुष्पाणां प्रकरः प्रचुरोऽभवत्
Là, désormais, des buffles s’ébattent et plongent dans le réservoir d’eau, au lieu même où jadis s’étalait une profusion de fleurs splendides.
Verse 27
तद्रुद्धं कंटकैर्वृक्षैः सिंहव्याघ्रसमाकुलैः । संचिक्रीडुः कुमाराश्च यस्यां भूमौ निरंतरम्
Cette contrée était étouffée par des arbres épineux et remplie de lions et de tigres ; pourtant, sur ce sol, les garçons erraient et jouaient continuellement.
Verse 28
कुमार्यश्चित्रकाणां च तत्र क्रीडं ति हर्षिताः । अकुर्वन्वाडवा यत्र वेदगानं तिरंतरम्
Là, des jeunes filles, pleines de joie, jouaient avec des jouets aux couleurs variées ; et en ce lieu les jeunes gens poursuivaient sans cesse le chant des Veda.
Verse 29
शिवानां तत्र फेत्काराः श्रूयंतेऽतिभयंकराः । यत्र धूमोऽग्निहोत्राणां दृश्यते वै गृहेगृहे
Là retentissaient les hurlements terrifiants des chacals ; et pourtant, en ce même lieu, on voyait de maison en maison s’élever la fumée des Agnihotra accomplis au foyer.
Verse 30
तत्र दावाः सधूमाश्च दृश्यंतेऽत्युल्बणा भृशम् । नृत्यंते नर्त्तका यत्र हर्षिता हि द्विजाग्रतः
Là l’on voyait des feux de forêt, d’une violence extrême, avec une fumée épaisse ; et en ce même lieu les danseurs dansaient avec joie devant les plus éminents des deux-fois-nés.
Verse 31
तत्रैव भूतवेताला प्रेताः नृत्यंति मोहिताः । नृपा यत्र सभायां तु न्यषीदन्मंत्रतत्पराः
Là même, des fantômes, des vetāla et des preta, comme ensorcelés, dansaient ; tandis qu’en ce lieu les rois siégeaient dans l’assemblée, tout entiers au conseil et à la délibération.
Verse 32
तस्मिन्स्थाने निषीदंति गवया ऋक्षशल्लकाः । आवासा यत्र दृश्यन्ते द्विजानां वणिजां तथा
En ce lieu s’établissaient et se reposaient les gaurs, les ours et les porcs-épics ; et l’on y voyait aussi les demeures des dvija et des marchands.
Verse 33
कुट्टिमप्रतिमा राम दृश्यंतेत्र बिलानि वै । कोटराणीह वृक्षाणां गवाक्षाणीह सर्वतः
Ô Rāma, ici l’on voit des terriers semblables à des chambres pavées ; ici sont les cavités des arbres, et partout des ouvertures comme des fenêtres.
Verse 34
चतुष्का यज्ञवेदिर्हि सोच्छ्राया ह्यभवत्पुरा । तेऽत्र वल्मीकनिचयैर्दृश्यंते परिवेष्टिताः
Autrefois, les autels sacrificiels à quatre angles se dressaient ici, élevés et bien visibles ; maintenant on les voit entourés d’amas de fourmilières.
Verse 35
एवंविधं निवासं मे विद्धि राम नृपोत्तम । शून्यं तु सर्वतो यस्मान्निवासाय द्विजा गताः
Sache, ô Rāma, le meilleur des rois, que telle est ma demeure : désormais elle est vide de toutes parts, car les dvija sont partis chercher ailleurs un logis.
Verse 36
तेन मे सुमहद्दुःखं तस्मात्त्राहि नरेश्वर । एतच्छ्रुत्वा वचो राम उवाच वदतां वरः
De là m’est venue une très grande affliction ; aussi, protège-moi, ô seigneur des hommes. Ayant entendu ces paroles, Rāma, le meilleur des orateurs, répondit.
Verse 37
श्रीराम उवाच । न जाने तावकान्विप्रांश्चतुर्दिक्षु समाश्रितान् । न तेषां वेद्म्यहं संख्यां नामगोत्रे द्विजन्मनाम्
Śrī Rāma dit : « Je ne connais pas tes brāhmaṇas qui ont pris refuge aux quatre directions. Je n’en sais ni le nombre, ni les noms et les lignées (gotras) de ces deux-fois-nés. »
Verse 38
यथा ज्ञातिर्यथा गोत्रं याथातथ्यं निवेदय । तत आनीय तान्सर्वान्स्वस्थाने वासयाम्यहम्
«Expose fidèlement—tel que cela est—leurs parentés et leurs gotras. Puis, les ayant tous fait venir, je les établirai chacun en son lieu convenable.»
Verse 39
श्रीमातोवाच । ब्रह्मविष्णुमहेशैश्च स्थापिता ये नरेश्वर । अष्टादश सहस्राणि ब्राह्मणा वेदपारगाः
La Mère Bienheureuse dit : « Ô seigneur des hommes, ceux qui furent établis par Brahmā, Viṣṇu et Maheśa : dix-huit mille brāhmaṇas, parvenus à la maîtrise des Veda. »
Verse 40
त्रयीविद्यासु विख्याता लोकेऽस्मिन्नमितद्युते । चतुष्षष्टिकगोत्राणां वाडवा ये प्रतिष्ठिताः
«Ils sont renommés en ce monde, ô toi dont l’éclat est sans mesure, pour la triple science védique ; et ils sont établis comme les Vāḍava, relevant de soixante-quatre gotras.»
Verse 41
श्रीमातादात्त्रयीविद्यां लोके सर्वे द्विजोत्तमाः । षट्त्रिंशच्च सहस्राणि वैश्या धर्मपरायणाः
«La Mère Bienheureuse a conféré la triple science védique ; et dans le monde tous ces meilleurs des deux-fois-nés sont reconnus. Et il y a trente-six mille vaiśya, voués au dharma.»
Verse 42
आर्यवृत्तास्तु विज्ञेया द्विजशुश्रूषणे रताः । बहुलार्को नृपो यत्र संज्ञया सह राजते
Sachez qu’ils sont de conduite noble, se réjouissant de servir les deux-fois-nés. En ce lieu règne avec splendeur un roi nommé Bahulārka.
Verse 43
कुमारावश्विनौ देवौ धनदो व्ययपूरकः । अधिष्ठात्री त्वहं राम नाम्ना भट्टारिका स्मृता
Les Kumāras et les jumeaux Aśvin sont les divinités; Dhanada (Kubera) comble ce qui est dépensé. Et moi, ô Rāma, je suis ici la déesse présidente, connue sous le nom de Bhaṭṭārikā.
Verse 44
श्रीसूत उवाच । स्थानाचाराश्च ये केचित्कुलाचारास्तथैव च । श्रीमात्रा कथितं सर्वं रामस्याग्रे पुरातनम्
Śrī Sūta dit : «Quelles que soient les coutumes du lieu (sthānācāras) et de même les traditions de famille (kulācāras), tout cet antique enseignement fut exposé par la Mère Bienheureuse en présence de Rāma».
Verse 45
तस्यास्तु वचनं श्रुत्वा रामो मुदमवाप ह । सत्यंसत्यं पुनः सत्यं सत्यं हि भाषितं त्वया
Ayant entendu ses paroles, Rāma fut saisi d’une grande joie. «Vrai, vrai, et encore vrai ! Oui, tu as dit la vérité.»
Verse 46
यस्मात्सत्यं त्वया प्रोक्तं तन्नाम्ना नगरं शुभम् । वासयामि जगन्मातः सत्यमंदिरमेव च
«Puisque tu as dit la vérité, ô Mère du monde, j’établirai une cité bénie portant ce même nom, et aussi un temple nommé Satyamandira, Demeure de la Vérité.»
Verse 47
त्रैलोक्ये ख्यातिमाप्नोतु सत्यमंदिरमु त्तमम्
Que ce Temple suprême de la Vérité obtienne la renommée à travers les trois mondes.
Verse 48
एतदुक्त्वा ततो रामः सहस्रशतसंख्यया । स्वभृत्यान्प्रेषयामास विप्रानयनहेतवे
Après avoir dit cela, Rāma dépêcha ses propres serviteurs—par centaines et par milliers—afin de faire venir les brāhmaṇas.
Verse 49
यस्मिन्देशे प्रदेशे वा वने वा सरि तस्तटे । पर्यंते वा यथास्थाने ग्रामे वा तत्रतत्र च
En quelque pays ou contrée que ce soit—dans une forêt, sur la rive d’une rivière, aux confins, dans leurs demeures légitimes, ou dans des villages çà et là—
Verse 50
धर्मारण्यनिवासाश्च याता यत्र द्विजोत्तमाः । अर्घपाद्यैः पूजयित्वा शीघ्रमानयतात्र तान्
Où que soient allés ces brāhmaṇas éminents, résidents de Dharmāraṇya, honorez-les par l’arghya et l’eau pour les pieds, puis amenez-les ici promptement.
Verse 51
अहमत्र तदा भोक्ष्ये यदा द्रक्ष्ये द्विजोत्तमान्
Je ne mangerai ici que lorsque j’aurai vu les brāhmaṇas les plus éminents.
Verse 52
विमान्य च द्विजानेतानागमिष्यति यो नरः । स मे वध्यश्च दंड्यश्च निर्वास्यो विषयाद्बहिः
Tout homme qui, méprisant ces brahmanes, ne viendra pas, sera passible de mort et de châtiment, et sera banni hors de mon royaume.
Verse 53
तच्छ्रुत्वा दारुणं वाक्यं दुःसहं दुःप्रधर्षणम् । रामाज्ञाकारिणो दूता गताः सर्वे दिशो दश
Entendant cet ordre sévère, difficile à endurer et difficile à transgresser, les messagers exécutant les ordres de Rāma partirent dans les dix directions.
Verse 54
शोधिता वाडवाः सर्वे लब्धाः सर्वे सुहर्षिताः । यथोक्तेन विधानेन अर्घपाद्यैरपूजयन्
Tous ces brahmanes furent recherchés et trouvés, et tous furent grandement ravis ; et, selon les rites prescrits, ils furent honorés avec l'arghya et l'eau pour les pieds.
Verse 55
स्तुतिं चक्रुश्च विधिवद्विनयाचारपूर्वकम् । आमंत्र्य च द्विजान्सर्वान्रामवाक्यं प्रकाशयन्
Ils offrirent des louanges dans les formes, avec humilité et une conduite appropriée ; et, ayant formellement invité tous les brahmanes, ils transmirent le message de Rāma.
Verse 56
ततस्ते वाडवाः सर्वे द्विजाः सेवकसंयुताः । गमनायोद्यताः सर्वे वेदशास्त्रपरायणाः
Alors tous ces brahmanes, accompagnés de serviteurs, se préparèrent à partir, chacun dévoué aux Védas et aux śāstras.
Verse 57
आगता रामपार्श्वं च बहुमानपुरःसराः । समागतान्द्विजान्दृष्ट्वा रोमांचिततनूरुहः
Il s’approcha du côté de Rāma, la révérence en avant; et voyant les Brāhmaṇas assemblés, les poils de son corps se dressèrent dans une extase sacrée.
Verse 58
कृतकृत्यमिवात्मानं मेने दाशरथिर्नृपः । स संभ्रमात्समुत्थाय पदातिः प्रययौ पुरः
Le fils de Daśaratha, le roi, se crut comme ayant accompli le devoir de sa vie. Se levantant aussitôt avec empressement, il s’avança à pied pour les accueillir.
Verse 59
करसंपुटकं कृत्वा हर्षाश्रु प्रतिमुञ्चयन् । जानुभ्यामवनिं गत्वा इदं वचनमब्रवीत्
Joignant les mains en supplication et versant des larmes de joie, il s’agenouilla jusqu’à la terre et prononça ces paroles.
Verse 60
विप्रप्रसादात्कमलावरोऽहं विप्रप्रसादाद्धरणीधरोऽहम् । विप्रप्रसादाज्जगतीपतिश्च विप्रप्रसादान्मम रामनाम
«Par la grâce des Brāhmaṇas, je suis le bien-aimé de Lakṣmī; par la grâce des Brāhmaṇas, je suis le soutien de la terre, le vrai souverain. Par la grâce des Brāhmaṇas, je suis le maître du monde; et par la grâce des Brāhmaṇas, le nom même de “Rāma” est mien.»
Verse 61
इत्येवमुक्ता रामेण वाड वास्ते प्रहर्षिताः । जयाशीर्भिः प्रपूज्याथ दीर्घायुरिति चाब्रुवन्
Ainsi, interpellés par Rāma, ils se réjouirent tandis qu’ils demeuraient en ce lieu. L’honorant de bénédictions de victoire, ils dirent aussi : «Puisses-tu vivre longtemps».
Verse 62
आवर्जितास्ते रामेण पाद्यार्घ्यविष्टरादिभिः । स्तुतिं चकार विप्राणां दण्डवत्प्रणिपत्य च
Rāma les accueillit selon le rite—eau pour les pieds, arghya, sièges et autres offrandes. Il loua les brāhmaṇas et, se prosternant tel un bâton, s’inclina en parfaite vénération.
Verse 63
कृतांजलिपुटः स्थित्वा चक्रे पादाभिवंदनम् । आसनानि विचित्राणि हैमान्याभरणानि च
Debout, les mains jointes en añjali, il se prosterna aux pieds des sages. Il fit aussi préparer des sièges magnifiques et des parures d’or.
Verse 64
समर्पयामास ततो रामो दशरथात्मजः । अंगुलीयकवासांसि उपवीतानि कर्णकान्
Alors Rāma, fils de Daśaratha, leur remit des bagues et des vêtements, les cordons sacrés (upavīta) et des boucles d’oreilles.
Verse 65
प्रददौ विप्रमुख्येभ्यो नानावर्णाश्च धेनवः । एकैकशत संख्याका घटोध्नीश्च सवत्सकाः
Aux plus éminents brāhmaṇas, il donna des vaches de maintes couleurs—chaque offrande au nombre de cent—des vaches laitières aux pis pleins, avec leurs veaux.
Verse 66
सवस्त्रा बद्धघंटाश्च हेमशृंगविभूषिताः । रूप्यखुरास्ताम्रपृष्ठीः कांस्यपात्रसमन्विताः
Elles étaient parées de couvertures de tissu et munies de clochettes; ornées de cornes d’or, aux sabots argentés et au dos aux reflets cuivrés, accompagnées de vases de bronze.