Adhyaya 8
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 8

Adhyaya 8

Mārkaṇḍeya expose un cadre cosmique extrême : après la submersion du monde, il demeure au milieu de l’océan, épuisé par la longue durée, et se recueille en méditation, se souvenant de la Divinité qui fait franchir le grand déluge. Il aperçoit alors un oiseau lumineux, semblable à une grue et rayonnant d’éclat divin, et s’étonne qu’un tel être puisse paraître dans cette mer terrifiante. L’oiseau révèle qu’il est Mahādeva (Maheśvara), la réalité suprême qui englobe même Brahmā et Viṣṇu, et déclare que l’univers a été retiré dans la dissolution (saṃhāra). Invité à se reposer sous son aile, le sage éprouve un passage à travers un temps immense. Soudain, le tintement de grelots annonce une vision : dix jeunes filles parées arrivent des directions, rendent hommage à l’oiseau et pénètrent dans un domaine caché, comme l’intérieur d’une montagne. À l’intérieur se déploient une cité extraordinaire et une rivière resplendissante, jusqu’à la vision d’un liṅga merveilleux aux teintes multiples, entouré d’êtres divins en état de retrait. Une jeune fille radieuse se présente ensuite comme Narmadā (Revā), née du corps de Rudra ; elle explique que les dix jeunes filles sont les dix directions, et que Mahādeva, grand yogin, a apporté le liṅga afin qu’il soit adoré même durant la contraction cosmique. Elle enseigne que le « liṅga » est ce en quoi se résorbe le monde mobile et immobile, et que les dieux sont à présent condensés par māyā, mais reparaîtront lors de la création. Le récit s’achève sur une prescription : se baigner et adorer Mahādeva dans les eaux de la Narmadā avec mantra et rite approprié ; cela efface les fautes. La Narmadā est ainsi affirmée comme une grande purificatrice pour le monde des humains.

Shlokas

Verse 1

मार्कण्डेय उवाच । नष्टे लोके पुनश्चान्ये सलिलेन समावृते । महार्णवस्य मध्यस्थो बाहुभ्यामतरं जलम्

Mārkaṇḍeya dit : Quand le monde eut péri et que, de nouveau, tout fut recouvert par les eaux, je me trouvai au milieu du grand océan, nageant dans le déluge à la force de mes bras.

Verse 2

दिव्ये वर्षशते पूर्णे श्रान्तोऽहं नृपसत्तम । ध्यातुं समारभं देवं महदर्णवतारणम्

Quand cent années divines furent accomplies, j’étais épuisé, ô meilleur des rois ; alors je commençai à méditer le Seigneur, le Sauveur qui fait traverser le grand océan.

Verse 3

ध्यायमानस्ततः काले अपश्यं पक्षिणं परम् । हारकुन्देन्दुसंकाशं बकं गोक्षीरपाण्डुरम्

Tandis que je méditais en ce temps-là, j’aperçus un oiseau prodigieux : une grue, éclatante comme une guirlande, le jasmin et la lune, blanche et pâle comme le lait de vache.

Verse 4

ततोऽहं विस्मयाविष्टस्तं बकं समुदीक्ष्य वै । अस्मिन्महार्णवे घोरे कुतोऽयं पक्षिसंभवः

Alors, saisi d’étonnement en contemplant cette grue, je me dis : «Dans ce grand océan redoutable, d’où donc un oiseau pourrait-il naître ?»

Verse 5

तरन्बाहुभिरश्रान्तस्तं बकं प्रत्यभाषिषि । पाक्षरूपं समास्थाय कस्त्वमेकार्णवीकृते

Et moi, nageant sans relâche à la force des bras, je m’adressai à cette grue : «Ayant pris une forme d’oiseau, qui es-tu dans ce monde devenu un seul océan ?»

Verse 6

भ्रमसे दिव्ययोगात्मन्मोहयन्निव मां प्रभो । एतत्कथय मे सर्वं योऽसि सोऽसि नमोऽस्तु ते

«Tu te meuves, ô Seigneur du yoga divin, comme pour m’ensorceler. Dis-moi tout cela : qui que tu sois, tu es ; à toi mes salutations.»

Verse 7

सोऽब्रवीन्मां महादेवो ब्रह्माहं विष्णुरेव च । जगत्सर्वं मया वत्स संहृतं किं न बुध्यसे

Alors Mahādeva me dit : «Je suis Brahmā, et je suis aussi Viṣṇu. Mon enfant, j’ai retiré en moi l’univers entier ; ne le comprends-tu pas ?»

Verse 8

। अध्याय

Chapitre (marque de manuscrit/édition).

Verse 9

पक्षिरूपं समास्थाय अतोऽत्राहं समागतः । किमर्थमातुरो भूत्वा भ्रमसीत्थं महार्णवे

Ayant pris la forme d’un oiseau, je suis donc venu ici. Pourquoi, accablé, erres-tu ainsi dans le grand océan ?

Verse 10

शीघ्रं प्रविश मत्पक्षौ येन विश्रमसे द्विज । एवमुक्तस्ततस्तेन देवेनाहं नरेश्वर

«Entre vite dans mes ailes, ô deux-fois-né, afin que tu te reposes.» Ainsi apostrophé par cet être divin, ô roi des hommes, je fis alors selon son ordre.

Verse 11

ततोऽहं तस्य पक्षान्ते प्रलीनस्तु भ्रमञ्जले । काले युगसाहस्रान्ते अश्रान्तोऽर्णवमध्यगः

Alors je demeurai comme absorbé à l’extrémité de son aile, tandis que les eaux tourbillonnaient. Quand le temps atteignit la fin de mille yuga, je me tenais encore, infatigable, au cœur de l’océan.

Verse 12

ततः शृणोमि सहसा दिक्षु सर्वासु सुव्रत । किंचिन्नूपुरसंमिश्रमद्भुतं शब्दमुत्तमम्

Alors, soudain, ô toi aux vœux excellents, j’entendis de toutes parts un son merveilleux et sublime, mêlé au tintement des grelots de chevilles.

Verse 13

तदार्णवजलं सर्वं संक्षिप्तं सहसाभवत् । किमेतदिति संचिन्त्य दिशः समवलोकयम्

À cet instant, toute l’eau de l’océan se resserra soudain. Me demandant : « Qu’est-ce donc ? », je méditai et regardai de tous côtés.

Verse 14

दश कन्यास्ततो दिक्षु आगताश्च महार्णवे । वस्त्रालंकारसहिता दिग्भ्यो नूपुरभूषिताः

Alors, des directions vinrent dix jeunes filles sur le grand océan : parées de vêtements et d’ornements, et ceintes de grelots aux chevilles, comme si elles incarnaient les quartiers du monde.

Verse 15

काचिच्चन्द्रसमाभासा काचिदादित्यसप्रभा । काचिदंजनपुञ्जाभा काचिद्रक्तोत्पलप्रभा

L’une rayonnait de l’éclat de la lune ; l’une flamboyait comme le soleil ; l’une semblait un amas de noirceur d’añjana ; l’une luisait comme un lotus rouge.

Verse 16

नानारूपधरा सौम्या नानाभरणभूषिता । अर्घ्यपाद्यादिभिर्माल्यैर्बकमभ्यर्च्य सुव्रताः

Portant des formes multiples, douces et gracieuses, et parées de divers joyaux, ces jeunes filles au vœu pur adorèrent Baka avec arghya, pādya et des guirlandes.

Verse 17

ततस्तं पर्वताकारं गुह्यं पक्षिणमव्ययम् । प्रविवेश महाघोरं पर्वतो ह्यर्णवं स्वराट्

Alors cet oiseau mystérieux et impérissable, semblable à une montagne, pénétra dans l’océan d’une effroyable grandeur ; car le souverain « Montagne » plongea bel et bien dans la mer.

Verse 18

योजनानां सहस्राणि तावन्त्येव शतानि च । त्रिंशद्योजनसाहस्रं यावद्भूमण्डलं त्विति

«Il y a des milliers de yojanas, et de même des centaines ; le cercle de la terre s’étend jusqu’à trente mille yojanas», ainsi fut-il énoncé.

Verse 19

ततो भूमण्डलं दिव्यं पञ्चरत्नसमाकुलम् । दिव्यस्फटिकसोपानं रुक्मस्तंभमनोरमम्

Alors je vis un cercle terrestre divin, rempli des cinq gemmes précieuses, avec des degrés célestes de cristal et de ravissantes colonnes d’or.

Verse 20

योजनानां सहस्रं तु विस्तराद्द्विगुणायतम् । वापीकूपसमाकीर्णं प्रासादाट्टालकावृतम्

Sa largeur était de mille yojanas, et sa longueur en était le double. Elle était parsemée d’étangs et de puits, et ceinte de palais et de hautes tours.

Verse 21

कल्पवृक्षसमाकीर्णं ध्वजषष्टिविभूषितम् । तस्मिन्पुरवरे रम्ये नानारत्नोपशोभितम्

Il était rempli d’arbres kalpa exauçant les vœux, et orné d’étendards et de mâts. Dans cette cité suprême et charmante, des joyaux de toutes sortes brillaient.

Verse 22

तथान्यच्च पुरं रम्यं पताकोज्ज्वलवेदिकम् । शतयोजनविस्तीर्णं तावद्द्विगुणमायतम्

De même, il y avait une autre cité charmante, dont les estrades brillaient d’étendards. Elle avait cent yojanas de largeur et le double en longueur.

Verse 23

पुरमध्ये ततस्तस्मिन्नदी परमशोभना । महती पुण्यसलिला नानारत्नशिला तथा

Alors, au cœur de cette cité, se trouvait une rivière d’une beauté suprême : vaste, aux eaux saintes, et aux pierres serties de joyaux variés.

Verse 24

तस्यास्तीरे मया दृष्टं तडित्सूर्यसमप्रभम् । इन्द्रनीलमहानीलैश्चितं रत्नैः समन्ततः

Sur sa rive, je vis quelque chose d’un éclat pareil à l’éclair et au soleil, serti de toutes parts de joyaux : saphirs et grandes gemmes d’azur.

Verse 25

क्वचिद्वह्निसमाकारं क्वचिदिन्द्रायुधप्रभम् । क्वचिद्धूम्रं क्वचित्पीतं क्वचिद्रक्तं क्वचित्सितम्

Ici, cela avait l’aspect du feu ; là, cela brillait comme l’arc d’Indra. Tantôt d’une teinte fumée, tantôt jaune, tantôt rouge, tantôt blanche.

Verse 26

नानावर्णैः समायुक्तं लिङ्गमद्भुतदर्शनम् । ब्रह्मविष्ण्विन्द्रसाध्यैश्च समन्तात्परिवारितम्

C’était un liṅga paré de multiples couleurs, vision d’émerveillement pur, entouré de toutes parts par Brahmā, Viṣṇu, Indra et les Sādhyas.

Verse 27

नन्दीश्वरगणाध्यक्षैश्चेन्द्रादित्यैश्च तद्वृतम् । पश्यामि लिङ्गमीशानं महालिङ्गं तमेव च

Il était entouré de Nandīśvara, des chefs des gaṇas de Śiva, ainsi que d’Indra et des Ādityas. Je contemple ce liṅga même d’Īśāna — le grand Mahāliṅga.

Verse 28

परिवार्य ततस्तं तु प्रसुप्तान्देवदानवान् । निमीलिताक्षान्पश्यामि दिव्याभरणभूषितान्

Puis, l’entourant, je vois les dieux et les dānavas étendus comme endormis, les yeux clos, parés d’ornements divins.

Verse 29

ततस्ताः पद्मपत्राक्ष्यो नार्यः परमसंमताः । नद्यास्तस्या जले स्नात्वा दिव्यपुष्पैर्मनोरमैः

Alors ces femmes, aux yeux pareils aux feuilles de lotus et hautement honorées, se baignèrent dans les eaux de cette rivière et en ressortirent portant de ravissantes fleurs célestes.

Verse 30

दत्त्वार्घपाद्यं विधिवल्लिंगस्य सह पक्षिणा । अर्चयन्तीर्वरारोहा दश ताः प्रमदोत्तमाः

Après avoir offert selon le rite l’arghya et le pādya au Liṅga, avec l’oiseau, ces dix femmes d’élite, gracieuses et nobles, se mirent à l’adorer conformément aux règles sacrées.

Verse 31

ततस्त्वभ्यर्च्य तल्लिङ्गं तस्मिन्नेव पुरोत्तमे । सर्वा अदर्शनं जग्मुर्विद्युतोऽभ्रगणेष्विव

Puis, après avoir vénéré ce même Liṅga dans ce sanctuaire éminent, elles disparurent toutes à la vue, telles des éclairs au milieu des amas de nuages.

Verse 32

न चासौ पक्षिराट्तस्मिन्न स्त्रियो न च देवताः । तदेवैकं स्थितं लिङ्गमर्चयन्विस्मयान्वितः

Mais en ce lieu il n’y avait plus ni l’oiseau royal, ni les femmes, ni aucune divinité ; seul demeurait dressé l’unique Liṅga, tandis que je l’adorais, saisi d’émerveillement.

Verse 33

ततोऽहं दुःखमूढात्मा रुद्रमायेति चिन्तयन् । ततः कन्याः समुत्तीर्य दिव्यांबरविभूषणाः

Alors moi, l’âme égarée par la douleur, je songeai : « C’est assurément la māyā de Rudra. » Puis des jeunes filles apparurent, parées de vêtements et d’ornements célestes.

Verse 34

भासयन्त्यो जगत्सर्वं विद्युतोऽभ्रगणानिव । पद्मैर्हिरण्मयैर्दिव्यैरर्चयित्वा शुभाननाः

Rayonnant sur le monde entier comme l’éclair au milieu des amas de nuages, ces jeunes filles au visage de bon augure offrirent leur culte avec des lotus divins d’or.

Verse 35

विविशुस्तज्जलं क्षिप्रं समंताद्वरभूषणाः । तस्मिन्पुरवरे चान्ये तामेवाहं पुनःपुनः

Parées de magnifiques ornements, elles entrèrent promptement dans cette eau de toutes parts. Et dans ce lieu sacré d’excellence, je contemplai encore et encore cette même jeune fille.

Verse 36

पश्यामि ह्यमरां कन्यामर्चयन्तीं महेश्वरम् । ततोऽहं तां वरारोहामपृच्छं कमलेक्षणाम्

Oui, je vis une jeune fille immortelle rendant un culte à Maheśvara. Alors j’interrogeai cette gracieuse, aux yeux de lotus, rayonnante.

Verse 37

का त्वमस्मिन्पुरे देवि वससे शिवमर्चती । ताश्चागताः स्त्रियः सर्वाः क्व गतास्ते गणेश्वराः

« Qui es-tu, ô Devī, toi qui demeures en ce lieu sacré et vénères Śiva ? Et toutes ces femmes qui sont venues, où sont-elles allées ? Et où sont ces gaṇeśvara, les serviteurs de Śiva ? »

Verse 38

नमोऽस्तु ते महाभागे ब्रूहि पुण्ये महेश्वरि । तव प्रसादाद्विज्ञातुमेतदिच्छामि सुव्रते । दयां कृत्वा महादेवि कथयस्व ममानघे

Hommage à toi, ô très fortunée. Parle, ô sainte Maheśvarī. Par ta grâce, je désire comprendre cela. Ô toi aux vœux nobles, prends pitié, grande Déesse ; dis-le-moi, ô sans tache.

Verse 39

श्र्युवाच । विस्मृताहं कथं विप्र दृष्ट्वा कल्पे पुरातने । मा तेऽभूत्स्मृतिविभ्रंशः सा चाहं कल्पवाहिनी

La Dame bienheureuse dit : «Comment pourrais-je être oubliée, ô brāhmaṇa, puisque tu m’as vue dans un kalpa ancien ? Qu’il n’y ait point de trouble dans ta mémoire : je suis celle qui demeure de kalpa en kalpa.»

Verse 40

नर्मदा नाम विख्याता रुद्रदेहाद्विनिःसृता । यास्ताः कन्यास्त्वया दृष्टा ह्यर्चयन्त्यो महेश्वरम्

Je suis renommée sous le nom de Narmadā, jaillie du propre corps de Rudra. Et ces jeunes filles que tu as vues ici, en vérité, elles rendaient un culte à Maheśvara (Śiva).

Verse 41

याभिस्त्विह समानीतः पक्षिराजसमन्विताः । दिशस्ता विद्धि सर्वेशाः सर्वास्त्वं मुनिसत्तम

Et celles par qui tu fus amené ici, accompagné du roi des oiseaux—sache, ô meilleur des sages, qu’elles sont les gardiens de toutes les directions, les seigneurs de tous les quartiers.

Verse 42

तिर्यक्पक्षिस्वरूपेण महायोगी महेश्वरः । एभिः शिवपुराद्विप्र आनीतः स महेश्वरः

Maheśvara, le grand Yogin, prit la forme d’un oiseau. Ô brāhmaṇa, c’est par ces mêmes êtres que Maheśvara fut amené ici depuis Śivapura.

Verse 43

सैष देवो महादेवो लिङ्गमूर्तिर्व्यवस्थितः । अर्च्यते ब्रह्मविष्ण्विन्द्रैः सुरासुरजगद्गुरुः

Ce Dieu même est Mahādeva, ici établi sous la forme du Liṅga. Il est vénéré par Brahmā, Viṣṇu et Indra — le maître des dieux, des asura et du monde entier.

Verse 44

लयमायाति यस्माद्धि जगत्सर्वं चराचरम् । तेन लिङ्गमिति प्रोक्तं पुराणज्ञैर्महर्षिभिः

Car de Lui, en vérité, l’univers entier — le mobile et l’immobile — retourne à la dissolution; c’est pourquoi les grands ṛṣis, connaisseurs des Purāṇa, l’ont proclamé « Liṅga ».

Verse 45

तेन देवगणाः सर्वे संक्षिप्ता मायया पुरा । प्रलीनाश्चैव लोकेश न दृश्यन्ते हि सांप्रतम्

Par Lui, jadis, toutes les cohortes des dieux furent rassemblées et retirées par la Māyā; et, dissoutes, ô Seigneur des mondes, elles ne se voient plus à présent.

Verse 46

पुनर्दृश्या भविष्यन्ति सृजमानाः स्वयंभुवा । साहं लिङ्गार्चनपरा नर्मदा नाम नामतः

On les reverra lorsqu’ils seront recréés par Svayaṃbhū, le Né-de-Lui-même. Et moi, vouée au culte du Liṅga, je suis connue sous le nom de Narmadā.

Verse 47

कालं युगसहस्रस्य रुद्रस्य परिचारिका । अस्य प्रसादादमरस्तथा त्वं द्विजपुंगव

Durant mille yuga, j’ai servi Rudra. Par sa grâce, ô le meilleur des brāhmaṇa, toi aussi tu deviendras immortel.

Verse 48

सत्यार्जवदयायुक्तः सिद्धोऽसि त्वं शिवार्चनात् । एवमुक्त्वा तु सा देवी तत्रैवान्तरधीयत

Doué de vérité, de droiture et de compassion, tu as obtenu l’accomplissement par l’adoration de Śiva. Ayant ainsi parlé, la Déesse disparut sur-le-champ.

Verse 49

ताः स्त्रियः स च देवेशो बकरूपो महेश्वरः । तस्यास्तद्वचनं श्रुत्वा अवतीर्य महानदीम्

Ces femmes, et le Seigneur des dieux—Maheśvara sous la forme d’une grue—ayant entendu ses paroles, descendirent vers le grand fleuve.

Verse 50

स्नात्वा समर्चय त्वं हि विधिना मन्त्रपूर्वकम् । ततोऽहं सहसा तस्मात्समुत्तीर्य जलाशयात्

« Après t’être baigné, adore le Seigneur comme il se doit, selon le rite prescrit et avec les mantras. Alors, aussitôt, je sortis de ce bassin d’eau et gagnai la rive. »

Verse 51

न च पश्यामि तल्लिङ्गं न च तां निम्नगां नृप । तदैव लोकाः संजाताः क्षितिश्चैव सकानना

« Et, ô Roi, je ne vois plus ce liṅga, ni même ce fleuve. À cet instant même, les mondes revinrent, et la terre aussi, avec ses forêts. »

Verse 52

ऋक्षचन्द्रार्कविततं तदेव च नभस्तलम् । यथापूर्वमदृष्टं तु तथैव च पुनः कृतम् । नतोऽहं मनसा देवमपूजयं महेश्वरम्

« Le même ciel, parsemé d’étoiles, de la lune et du soleil, réapparut, tel qu’il était auparavant. Alors je m’inclinai en mon cœur et j’adorai le Dieu, Maheśvara. »

Verse 53

एवं बके पुरा कल्पे मया दृष्टेयमव्यया । नर्मदा मर्त्यलोकस्य महापातकनाशिनी

Ainsi, jadis, dans l’antique Kalpa de Bake, je vis cette Narmadā impérissable, qui anéantit les grands péchés du monde des hommes.

Verse 54

तस्माद्धर्मपरैर्विप्रैः क्षत्रशूद्रविशादिभिः । सदा सेव्या महाभागा धर्मवृद्ध्यर्थकारिभिः

C’est pourquoi les brāhmaṇas voués au dharma, ainsi que les kṣatriyas, śūdras, vaiśyas et autres, doivent toujours vénérer et servir la très fortunée (Narmadā), eux qui désirent l’accroissement du dharma et le vrai bien.

Verse 55

येऽपि भक्तया सकृत्तोये नर्मदाया महेश्वरम् । स्नात्वा ते सर्वं पापं नाशयन्त्यसंशयम्

Même ceux qui, avec dévotion, se baignent une seule fois dans les eaux de Narmadā, en lien avec Maheśvara, détruisent tout péché, sans aucun doute.