
L’Adhyāya 7 raconte l’émergence de Brahmā hors du lotus (padma) né du nombril de Nārāyaṇa endormi. Le lotus, immense et rayonnant, souligne l’ampleur cosmique de la manifestation. Brahmā se reconnaît comme Hiraṇyagarbha, à quatre visages et porteur de ses marques, mais avoue une faiblesse de connaissance : sous l’emprise de la māyā, il ne peut discerner son propre géniteur au-delà du lotus lui‑même. Il s’interroge sur son identité, sa mission et son origine ; le texte attribue cette confusion au voilement volontaire de Maheśvara (māyā-mohana), accompli comme jeu divin (līlā). L’enseignement met en lumière que même de hautes divinités peuvent douter de la causalité et de la hiérarchie ; la juste connaissance naît lorsque l’illusion se dissipe et que l’on reconnaît le principe suprême derrière toute apparition. L’épisode prépare ainsi les thèmes de rivalité et de dispute, en en plaçant la racine dans l’ignorance plutôt que dans la réalité ultime.
Verse 1
ब्रह्मोवाच । सुप्ते नारायणे देवे नाभौ पंकजमुत्तमम् । आविर्बभूव सहसा बहव संकरेच्छया
Brahmā dit : Lorsque le Seigneur Nārāyaṇa reposait dans le sommeil yogique, sur son nombril apparut soudain un lotus suprême—né de la volonté de Śaṅkara (Śiva), pour le déploiement des créations multiples.
Verse 2
अनंतयष्टिकायुक्तं कर्णिकारसमप्रभम् । अनंतयोजनायाममनंतोच्छ्रायसंयुतम्
Il était pourvu de piliers sans nombre et rayonnait de l’éclat de la fleur karṇikāra. Sa longueur s’étendait sur d’infinis yojanas, et sa hauteur aussi était incommensurable—sans borne dans son élévation.
Verse 3
कोटिसूर्यप्रतीकाशं सुंदर वचसंयुतम् । अत्यद्भुतं महारम्यं दर्शनीयमनुत्तमम्
Il resplendissait comme dix millions de soleils, doté de traits beaux et de signes auspicious. Merveille absolue, suprêmement ravissant, digne d’être contemplé, et sans égal.
Verse 4
कृत्वा यत्नं पूर्ववत्स शंकरः परमेश्वरः । दक्षिणांगान्निजान्मां कैसाशीश्शंभुरजीजनत्
Alors Śaṅkara, le Seigneur Suprême, s’appliquant comme auparavant, me fit surgir de Son propre membre du côté droit ; Śambhu, le Seigneur du Kailāsa, me créa.
Verse 6
एष पद्मात्ततो जज्ञे पुत्रोऽहं हेमगर्भकः । चतुर्मुखो रक्तवर्णस्त्रिपुड्रांकितमस्तकः
De ce lotus, alors, je naquis comme le fils—Hiraṇyagarbha, le « Germe d’Or ». J’avais quatre visages, un teint rougeoyant, et ma tête portait le Tripuṇḍra—les trois lignes de cendre sacrée, signe de dévotion au Seigneur Śiva.
Verse 7
इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसं हितायां प्रथमखंडे विष्णुब्रह्मविवादवर्णनोनाम सप्तमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le septième chapitre, intitulé « Description de la querelle entre Viṣṇu et Brahmā », dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa—au sein de la deuxième section, la Rudra Saṃhitā, et de sa première division (Khanda).
Verse 8
कोहं वा कुत आयातः किं कार्य तु मदीयकम् । कस्य पुत्रोऽहमुत्पन्नः केनैव निर्मितोऽधुना
«Qui suis-je, et d’où suis-je venu ? Quelle est donc la tâche qui m’est assignée ? De qui suis-je le fils—étant né—et par qui ai-je été créé à l’instant ?»
Verse 9
इति संशयमापन्नं बुद्धिर्मां समपद्यत । किमर्थं मोहमायामि तज्ज्ञानं सुकरं खलु
Ainsi, mon intelligence tomba dans le doute et une pensée troublante me vint : «Pour quelle raison j’entre dans l’illusion ? Assurément, cette connaissance véritable est accessible.»
Verse 10
एतत्कमलपुष्पस्य पत्रारोहस्थलं ह्यधः । मत्कर्ता च स वै तत्र भविष्यति न संशयः
«Sous cette fleur de lotus, au lieu même où s’enracinent ses pétales, mon créateur s’élèvera là—sans aucun doute.»
Verse 11
इति बुद्धिं समास्थाय कमलादवरोहयन् । नाले नालेगतस्तत्र वर्षाणां शतकं मुने
Ayant ainsi arrêté sa pensée, il se mit à descendre du lotus. Parcourant la tige, section après section, il y demeura cent années entières, ô sage.
Verse 12
न लब्धं तु मया तत्र कमलस्थानमुत्तमम् । संशयं च पुनः प्राप्तः कमले गन्तुमुत्सुकः
Mais là, je n’obtins pas la demeure suprême du lotus. Le doute renaquit en moi, et je fus saisi du désir de retourner vers le lotus.
Verse 13
आरुरोहाथ कमलं नालमार्गेण वै मुने । कुड्मलं कमलस्याथ लब्धवान्न विमोहिताः
Ô sage, alors il gravit le lotus par la voie de sa tige; puis il atteignit le bouton du lotus, sans être troublé par l’illusion.
Verse 14
नालमार्गेण भ्रमतो गतं वर्षशतं पुनः । क्षणमात्र तदा तत्र ततस्तिष्ठन्विमोहितः
Errant sans cesse le long de ce passage semblable à un tube, cent années s’écoulèrent pour lui. Puis, l’espace d’un instant, il demeura là, debout, entièrement égaré par l’illusion.
Verse 15
तदा वाणी समुत्पन्ना तपेति परमा शुभा । शिवेच्छया परा व्योम्नो मोहविध्वंसिनी मुने
Alors s’éleva une voix divine, souverainement propice, disant : «Accomplis le tapas (l’austérité)». Par la volonté de Śiva, elle jaillit du plus haut des cieux et, ô sage, elle détruisit l’illusion.
Verse 16
तच्छ्रुत्वा व्योमवचनं द्वादशाब्दं प्रयत्नतः । पुनस्तप्तं तपो घोरं द्रष्टुं स्वजनकं तदा
Ayant entendu cette parole venue du ciel, il s’appliqua avec constance durant douze années. Puis, afin de contempler son propre Procréateur, la Cause suprême, il entreprit de nouveau une austérité farouche et rigoureuse.
Verse 17
तदा हि भगवान्विष्णुश्चतुर्बाहुस्सुलोचनः । मय्येवानुग्रहं कर्तुं द्रुतमाविर्बभूव ह
À cet instant même, le bienheureux Seigneur Viṣṇu — aux quatre bras et aux beaux yeux — se manifesta promptement, en vérité, afin de m’accorder sa grâce.
Verse 18
शंखचक्रायुधकरो गदापद्मधरः परः । घनश्यामलसर्वांगः पीताम्बरधरः परः
Il tenait la conque et le disque pour armes, et portait la massue et le lotus ; tout son corps était sombre comme un nuage épais, et il revêtait des vêtements jaunes : ainsi apparaissait-il comme le Suprême.
Verse 19
मुकुटादिमहाभूषः प्रसन्नमुखपंकजः । कोटिकंदर्पसंकाशस्सन्दष्टो मोहितेन सः
Orné d’une couronne et de parures splendides, le visage de lotus rayonnant de sérénité, il brillait de la beauté de millions de Kāma-devas ; et celui qui le vit fut saisi, terrassé par l’émerveillement et l’enchantement.
Verse 20
तद्दृष्ट्वा सुन्दरं रूपं विस्मयं परमं गतः । कालाभं कांचनाभं च सर्वात्मानं चतुर्भुजम्
À la vue de cette forme splendide, il fut saisi du plus haut émerveillement. Il contempla le Seigneur aux quatre bras, sombre comme Kāla et pourtant rayonnant comme l’or, l’Âme intérieure de tous les êtres.
Verse 21
तथाभूतमहं दृष्ट्वा सदसन्मयमात्मना । नारायणं महाबाहु हर्षितो ह्यभवं तदा
Voyant Nārāyaṇa en cet état même—le reconnaissant au-dedans de moi comme l’essence du manifeste (sat) et de l’in manifeste (asat)—je fus alors comblé de joie, ô toi aux bras puissants.
Verse 22
मायया मोहितश्शम्भोस्तदा लीलात्मनः प्रभोः । अविज्ञाय स्वजनकं तमवोचं प्रहर्षितः
Alors, abusé par la Māyā de Śambhu—le Seigneur dont la nature même est le jeu divin—ne le reconnaissant pas comme mon propre géniteur, je lui adressai la parole dans une grande allégresse.
Verse 23
ब्रह्मोवाच । कस्त्वं वदेति हस्तेन समुत्थाप्य सनातनम् । तदा हस्तप्रहारेण तीव्रेण सुदृढेन तु
Brahmā dit : « Qui es-tu ? »—et, disant cela, il leva la main contre l’Éternel ; puis, d’un coup de main violent et d’une fermeté extrême, il frappa.
Verse 24
प्रबुद्ध्योत्थाय शयनात्समासीनः क्षणं वशी । ददर्श निद्राविक्लिन्ननीरजामललोचनः
S’éveillant, il se leva de sa couche et s’assit un instant, maître de lui. Ses yeux pareils au lotus, encore humides de sommeil, il regarda alors autour de lui.
Verse 25
मामत्र संस्थितं भासाध्यासितो भगवान्हरिः । आह चोत्थाय ब्रह्माणं हसन्मां मधुरं सकृत्
Tandis que j’étais assis là, le Seigneur bienheureux Hari, paré de bhasma (cendre sacrée), se leva et—souriant avec douceur—adressa une parole suave, une fois, à moi et à Brahmā.
Verse 26
विष्णुरुवाच । स्वागतं स्वागतं वत्स पितामह महाद्युते । निर्भयो भव दास्येऽहं सर्वान्कामान्न संशयः
Viṣṇu dit : « Sois le bienvenu, sois le bienvenu, cher enfant—ô Grand-Père d’un grand éclat. Sois sans crainte. Je t’accorderai tous les désirs ; il n’y a nul doute. »
Verse 27
तस्य तद्वचनं श्रुत्वा स्मितपूर्वं सुरर्षभः । रजसा बद्धवैरश्च तमवोचं जनार्दनम्
Ayant entendu ses paroles, le taureau parmi les dieux sourit d’abord; puis, l’hostilité liée par la force du rajas, il s’adressa à Janārdana (Viṣṇu).
Verse 28
ब्रह्मोवाच । भाषसे वत्स वत्सेति सर्वसंहारकारणम् । मामिहाति स्मितं कृत्वा गुरुश्शिष्यमिवानघ
Brahmā dit : « Ô toi sans tache—cause même de la dissolution de tout—, ici tu me parles en disant “enfant, enfant”, et, souriant, tu t’approches de moi comme si tu étais le guru et moi le disciple. »
Verse 29
कर्तारं जगतां साक्षात्प्रकृतेश्च प्रवर्तकम् । सनातनमजं विष्णुं विरिंचिं विष्णुसंभवम्
Il est, de façon directe, le créateur des mondes et l’impulseur de Prakṛti (la nature matérielle) : le Seigneur Viṣṇu, éternel et non-né. Et il est aussi Viriñci (Brahmā), né de Viṣṇu.
Verse 30
विश्वात्मानं विधातारं धातारम्पंकजेक्षणम् । किमर्थं भाषसे मोहाद्वक्तुमर्हसि सत्वरम्
Pourquoi, par égarement, parles-tu ainsi de Lui—l’Âme de l’univers, l’Ordonnateur et le Soutien, le Seigneur aux yeux de lotus ? Dis promptement la vérité.
Verse 31
वेदो मां वक्ति नियमात्स्वयंभुवमजं विभुम् । पितामहं स्वराजं च परमेष्ठिनमुत्तमम्
Le Veda, selon sa règle immuable, déclare que je suis l’Auto‑né, l’Inengendré, le Seigneur qui pénètre tout—Pitāmaha (l’Aïeul), le Souverain, et le Parameṣṭhin suprême.
Verse 32
इत्याकर्ण्य हरिर्वाक्यं मम क्रुद्धो रमापतिः । सोऽपि मामाह जाने त्वां कर्तारमिति लोकतः
En entendant mes paroles, Hari—le Seigneur de Ramā—s’irrita. Même lui me dit : «Je te connais comme le créateur, ainsi que le monde le proclame».
Verse 33
विष्णुरुवाच । कर्तुं धर्त्तुं भवानंगादवतीर्णो ममाव्ययात् । विस्मृतोऽसि जगन्नाथं नारायणमनामयम्
Viṣṇu dit : «Pour agir et soutenir, tu es descendu de mon corps impérissable. Et pourtant tu as oublié Nārāyaṇa, le Seigneur de l’univers, exempt de toute souffrance.»
Verse 34
पुरुषं परमात्मानं पुरुहूतं पुरुष्टुतम् । विष्णुमच्युतमीशानं विश्वस्य प्रभवोद्भवम्
J’adore ce Purusha suprême, le Soi très haut—largement invoqué et magnifiquement loué—qu’on nomme Viṣṇu, l’Infaillible (Acyuta) et Īśāna ; il est la source même d’où procède l’univers entier et par qui il est amené à l’existence. (Selon la perspective śaiva, ces épithètes culminent en l’unique Pati : Śiva, cause souveraine au-delà de tout nom.)
Verse 35
नारायणं महाबाहुं सर्वव्याप कमीश्वरम् । मन्नाभिपद्मतस्त्वं हि प्रसूतो नात्र संशयः
Ô Nārāyaṇa aux bras puissants, Seigneur qui pénètre tout—oui, tu es né du lotus de mon nombril; il n’y a là aucun doute.
Verse 36
तवापराधो नास्त्यत्र त्वयि मायाकृतं मम । शृणु सत्यं चतुर्वक्त्र सर्वदेवेश्वरो ह्यहम्
En ceci, tu n’as aucune faute; c’est ma Māyā qui a suscité en toi cette confusion. Écoute la vérité, ô toi aux quatre visages : je suis, en vérité, le Seigneur de tous les dieux.
Verse 37
कर्ता हर्ता च भर्ता च न मयास्तिसमो विभुः । अहमेव परं ब्रह्म परं तत्त्वं पितामह
Je suis le créateur, le rétracteur et le soutien; nul seigneur n’est mon égal. Ô Pitāmaha, moi seul suis le Brahman suprême, la Réalité la plus haute.
Verse 38
अहमेव परं ज्योतिः परमात्मा त्वहं विभुः । अद्य दृष्टं श्रुतं सर्वं जगत्यस्मिंश्चराचरम्
Moi seul suis la Lumière suprême ; Je suis le Soi suprême, le Seigneur qui pénètre tout. Aujourd’hui, tout ce qui a été vu et entendu—l’univers entier, le mobile et l’immobile—se révèle en Moi.
Verse 39
तत्तद्विद्धि चतुर्वक्त्र सर्वं मन्मयमित्यथ । मया सृष्टं पुरा व्यक्तं चतुर्विंशतितत्त्वकम्
Sache-le, ô Brahmā aux quatre visages : en vérité, tout ceci est pénétré de Moi. Jadis, Moi-même j’ai manifesté la création différenciée composée des vingt-quatre principes (tattvas).
Verse 40
नित्यं तेष्वणवो बद्धास्सृष्टक्रोधभयादयः । प्रभावाच्च भवानंगान्यनेकानीह लीलया
En eux, les aṇus—les âmes infimes—demeurent à jamais liés par les entraves créées, telles la colère et la peur. Et par Ta propre puissance, ô Seigneur, Tu manifestes ici maints membres et formes, comme simple līlā divine.
Verse 41
सृष्टा बुद्धिर्मया तस्यामहंकारस्त्रिधा ततः । तन्मात्रं पंकजं तस्मान्मनोदेहेन्द्रियाणि च
« D’elle, J’ai créé la buddhi (l’intellect déterminant). Ensuite, de cette buddhi surgit l’ahaṅkāra (le sens du “moi”) sous une triple forme. De là naquirent les tanmātras (éléments subtils) et le “né du lotus” (principe cosmique) ; et de cela sortirent aussi le mental, le corps et les sens. »
Verse 42
आकाशादीनि भूतानि भौतिकानि च लीलया । इति बुद्ध्वा प्रजानाथ शरणं व्रज मे विधे
« Sache que les éléments, à commencer par l’éther, et tout ce qui est élémentaire et matériel, naissent seulement par la līlā de la Volonté divine. L’ayant compris, ô Seigneur des créatures—ô Ordonnateur—viens et prends refuge en Moi. »
Verse 43
अहं त्वां सर्वदुःखेभ्यो रक्षिष्यामि न संशयः । ब्रह्मोवाच । इति श्रुत्वा वचस्तस्य ब्रह्मा क्रोधसमन्वितः । को वा त्वमिति संभर्त्स्माब्रुवं मायाविमोहितः
«Je te protégerai de toutes les douleurs — sans aucun doute.» Brahmā dit : Ayant entendu ces paroles, Brahmā fut saisi de colère ; et, abusé par Māyā, il le réprimanda en disant : «Qui es-tu donc ?»
Verse 44
किमर्थं भाषसे भूरि वह्वनर्थकरं वचः । नेश्वरस्त्वं परब्रह्म कश्चित्कर्ता भवेत्तव
Pourquoi parles-tu si longuement des paroles qui engendrent tant de malheurs ? Tu n’es pas le Seigneur, ô Parabrahman ; comment pourrait-il y avoir qui que ce soit pour agir ou régner sur Toi ?
Verse 45
मायया मोहितश्चाहं युद्धं चक्रे सुदारुणम् । हरिणा तेन वै सार्द्धं शंकरस्य महाप्रभोः
Abusé par Māyā, je m’engageai dans une bataille des plus terribles — avec ce Hari — contre Śaṅkara, le Grand Seigneur.
Verse 46
एवं मम हरेश्चासीत्संगरो रोमहर्षणः । प्रलयार्णवमध्ये तु रजसा बद्धवैरयोः
Ainsi, entre Hari et moi s’éleva un combat qui faisait frissonner — au sein de l’océan de la dissolution — où, sous l’emprise du rajas, nous fûmes tous deux liés par une inimitié réciproque.
Verse 47
एतस्मिन्नंतरे लिंगमभवच्चावयोः पुरः । विवादशमनार्थं हि प्रबोधार्थं तथाऽऽवयोः
À cet instant même, un Liṅga se manifesta devant nous deux, afin d’apaiser la querelle et d’éveiller en chacun de nous la juste compréhension.
Verse 48
ज्लामालासहस्राढ्यं कालानलशतोपमम् । क्षयवृद्धि विनिर्मुक्तमादिमध्यांतवर्जितम्
Il était paré de milliers de guirlandes flamboyantes, semblables à cent feux de la conflagration cosmique du Temps ; affranchi du déclin et de l’accroissement, et dépourvu de commencement, de milieu et de fin.
Verse 49
अनौपम्यमनिर्देश्यमव्यक्तं विश्वसंभवम् । तस्य ज्वालासहस्रेण मोहितो भगवान्हरिः
Incomparable, inexprimable, non manifesté, et source même d’où naît l’univers : devant cette Réalité embrasée de milliers de flammes, même Bhagavān Hari (Viṣṇu) demeura saisi de trouble.
Verse 50
मोहितं चाह मामत्र किमर्थं स्पर्द्धसेऽधुना । आगतस्तु तृतीयोऽत्र तिष्ठतां युद्धमावयोः
Alors il me dit ici : «Puisque tu es dans l’illusion, pourquoi disputes-tu à présent ? Un troisième est arrivé en ce lieu : qu’il demeure ; et que le combat soit désormais entre nous deux.»
Verse 51
कुत एवात्र संभूतः परीक्षावो ऽग्निसंभवम् । अधो गमिष्याम्यनलस्तंभस्यानुपमस्य च
«D’où donc est née ici cette épreuve issue du feu ? Je descendrai pour en chercher la limite, celle de cet incomparable pilier de flamme».
Verse 52
परीक्षार्थं प्रजानाथ तस्य वै वायुवेगतः । भवानूर्द्ध्वं प्रयत्नेन गंतुमर्हति सत्वरम्
«Ô Seigneur des créatures, afin d’éprouver la vérité de cette manifestation, efforce-toi d’aller aussitôt vers le haut, avec la vitesse du vent».
Verse 53
ब्रह्मोवाच । एवं व्याहृत्य विश्वात्मा स्वरूपमकरोत्तदा । वाराहमहप्याशु हंसत्वं प्राप्तवान्मुने
Brahmā dit : «Ayant parlé ainsi, l’Âme universelle reprit alors Sa propre forme. Et moi aussi—bien que sous la forme de Varāha, le sanglier—j’atteignis promptement l’état (et la forme) de Haṃsa, ô sage.»
Verse 54
तदा प्रभृति मामाहुर्हंसहंसो विराडिति । हंसहंसेति यो ब्रूयात्स हंसोऽथ भविष्यति
Dès lors, on m’appela « Haṃsa-Haṃsa » et « Virāṭ ». Quiconque prononce et contemple l’appellation « Haṃsa-Haṃsa » devient en vérité un Haṃsa—libre et pur—s’acheminant vers la délivrance par la grâce de Śiva.
Verse 55
सुश्वे ह्यनलप्रख्यो विश्वतः पक्षसंयुतः । मनोनिलजवो भूत्वा गत्वोर्द्ध्वं चोर्द्ध्वतः पुरा
En vérité, il exhala; flamboyant comme le feu et pourvu d’ailes de toutes parts. Devenu rapide comme la pensée et le vent, jadis il s’éleva vers le haut—montant sans cesse vers les régions supérieures.
Verse 56
नारायणोऽपि विश्वात्मा सुश्वेतो ह्यभवत्तदा । दश योजनविस्तीर्णं शतयोजनमायतम्
Alors Nārāyaṇa aussi—le Soi universel—devint d’une blancheur éclatante, prenant un vaste corps cosmique : dix yojanas de largeur et cent yojanas de longueur.
Verse 57
मेरुपर्वतवर्ष्माणं गौरतीक्ष्णोग्रदंष्ट्रिणम् । कालादित्यसमाभासं दीर्घघोणं महास्वनम्
Son corps était vaste comme le mont Meru ; d’une teinte claire, portant des défenses aiguës et terribles. Il rayonnait comme le soleil à la fin des Temps, avec un long mufle et un rugissement puissant, tonitruant.
Verse 58
ह्रस्वपादं विचित्रांगं जैत्रं दृढमनौपमम् । वाराहाकारमास्थाय गतवांस्तदधौ जवात्
Prenant la forme de Varāha—le sanglier—aux pattes courtes, aux membres merveilleux, invincible, ferme et sans égal, il descendit promptement au-dessous, vers les profondeurs du monde inférieur.
Verse 59
एवम्बर्षसहस्रं च चरन्विष्णुरधो गतः । तथाप्रभृति लोकेषु श्वेतवाराहसंज्ञकः
Ainsi, durant mille ans, Viṣṇu poursuivit sa course et descendit vers le bas. Dès lors, dans les mondes, il fut connu sous le nom de « Śveta-Varāha » (le Varāha Blanc).
Verse 60
कल्पो बभूव देवर्षे नराणां कालसंज्ञकः । बभ्राम बहुधा विष्णुः प्रभविष्णुरधोगतः
Ô sage divin, pour les hommes advint un éon nommé « Kāla » (le Temps). En ce cycle, Viṣṇu—bien que puissant par ses śaktis—erra de maintes façons et descendit vers les régions inférieures, poussé par l’élan de la manifestation.
Verse 61
नापश्यदल्पमप्यस्य मूलं लिंगस्य सूकरः । तावत्कालं गतश्चोर्द्ध्वमहमप्यरिसूदन
Sous la forme d’un sanglier, il ne put voir ne fût-ce qu’une infime trace de la base de ce Liṅga. Et durant ce très long temps, moi aussi je montai vers le haut à la recherche de son sommet, ô pourfendeur des ennemis.
Verse 62
सत्वरं सर्वयत्नेन तस्यान्तं ज्ञातुमिच्छया । श्रान्तो न दृष्ट्वा तस्यांतमहं कालादधोगतः
Me hâtant avec tous les efforts, désireux de connaître sa limite, je m’épuisai ; et ne voyant pas la fin de Cela, après un long temps je redescendis vers le bas.
Verse 63
तथैव भगवान्विष्णुश्चांतं कमललोचनः । सर्वदेवनिभस्तूर्णमुत्थितस्स महावपुः
De même, le bienheureux Seigneur Viṣṇu—paisible, aux yeux de lotus, resplendissant comme tous les dieux—se releva promptement dans sa forme majestueuse.
Verse 64
समागतो मया सार्द्धं प्रणिपत्य भवं मुहुः । मायया मोहितश्शंभोस्तस्थौ संविग्नमानसः
Il vint avec moi et, se prosternant maintes fois devant Bhava (le Seigneur Śiva), demeura là l’esprit agité, illusionné par la Māyā de Śambhu.
Verse 65
पृष्ठतः पार्श्वतश्चैव ह्यग्रतः परमेश्वरम् । प्रणिपत्य मया सार्द्धं सस्मार किमिदं त्विति
S’étant prosterné devant le Seigneur Suprême—par derrière, sur les côtés et par devant—avec moi, il se mit ensuite à réfléchir : «Qu’est-ce donc, en vérité ?»
Verse 66
अनिर्देश्यं च तद्रूपमनाम कर्मवर्जितम् । अलिंगं लिंगतां प्राप्तं ध्यानमार्गेप्यगोचरम्
Cette Réalité (Śiva) a une forme qu’on ne peut définir ; elle est au-delà du nom et demeure intacte du karma. Bien qu’en elle-même sans signe ni emblème, elle prend l’état de Liṅga pour se révéler ; et pourtant elle reste hors d’atteinte, même sur la voie de la méditation.
Verse 67
स्वस्थं चित्तं तदा कृत्वा नमस्कार परायणो । बभूवतुरुभावावामहं हरिरपि ध्रुवम्
Alors, ayant rendu son esprit stable et paisible, et s’étant voué entièrement aux salutations révérencieuses, moi—et Hari (Viṣṇu) aussi—devînmes assurément de même disposition.
Verse 68
जानीवो न हि ते रूपं योऽसियोऽसि महाप्रभो । नमोऽस्तु ते महेशान रूपं दर्शय नौ त्वरन्
Ô Mahāprabhu, nous ne connaissons pas vraiment Ta forme—quoi que Tu sois en Ton être. Hommage à Toi, ô Maheśāna ; révèle-nous sans tarder Ta forme.
Verse 69
एवं शरच्छतान्यासन्नमस्कारं प्रकुर्वतोः । आवयोर्मुनिशार्दूल मदमास्थितयोस्तदा
Ainsi, durant de nombreux siècles, nous offrîmes sans cesse des salutations répétées. Pourtant, en ce temps-là, ô tigre parmi les sages, l’orgueil s’empara de nous deux.
Brahmā’s manifestation from the lotus emerging from Nārāyaṇa’s navel, followed by Brahmā’s self-inquiry and uncertainty about his origin due to māyā.
It models māyā as an epistemic veil: even cosmic intellect (Brahmā) can misread causality, implying that ultimate knowledge requires Śiva’s anugraha rather than mere status or self-generated reasoning.
The immeasurable lotus as a cosmogenic sign, Maheśvara’s māyā-mohana (deluding power), and līlā as the mode by which divine governance appears within narrative time.