
L’Adhyāya 13 s’ouvre sur Brahmā annonçant un pūjā-vidhi « sans égal », accordant tous les buts désirés et la félicité. La première partie établit une observance matinale graduée : se lever au brāhma-muhūrta, se souvenir de Śiva comme Sāmbaka, offrir une prière au réveil demandant l’auspice pour le cosmos, puis confesser son insuffisance morale, que seule la direction intérieure de Mahādeva demeurant au cœur (hṛdistha-niyoga) peut redresser. L’enseignement passe ensuite au śauca, la purification : se remémorer avec respect les pieds du guru, sortir pour l’évacuation selon la direction prescrite, purifier le corps avec terre et eau, laver mains et pieds et pratiquer l’hygiène dentaire. Le texte prescrit des rinçages répétés de la bouche et mentionne des contraintes calendaires—certains tithis et jours où l’on évite de se nettoyer les dents—montrant que la vie rituelle est réglée par le temps (tithi/vāra), le contexte (deśa-kāla) et l’occasion (śrāddha, saṃkrānti, grahaṇa, tīrtha, upavāsa). Ainsi, la pūjā commence avant les offrandes formelles : par le souvenir au réveil, la purification et l’accord discipliné aux moments propices.
Verse 1
ब्रह्मोवाच । अतः परं प्रवक्ष्यामि पूजाविधिमनुत्तमम् । श्रूयतामृषयो देवास्सर्वकामसुखावहम्
Brahmā dit : «Désormais, je vais exposer la méthode de culte sans égale. Ô ṛṣi sages et dieux, écoutez : ce rite confère la félicité qui accomplit tous les désirs légitimes.»
Verse 2
ब्राह्मे मुहूर्ते चोत्थाय संस्मरेत्सांबकं शिवम् । कुर्यात्तत्प्रार्थनां भक्त्या सांजलिर्नतमस्तकः
S’étant levé au brāhma-muhūrta, qu’on se souvienne de Śiva, Sāmbaka, le Seigneur uni à Śakti. Avec dévotion, qu’on Lui adresse une prière, les paumes jointes et la tête inclinée avec respect.
Verse 3
उत्तिष्ठोत्तिष्ठ देवेश उत्तिष्ठ हृदयेशय । उत्तिष्ठ त्वमुमास्वामिन्ब्रह्माण्डे मंगलं कुरु
«Lève-toi, lève-toi, ô Seigneur des dieux ; lève-toi, ô Demeurant et Maître du cœur. Lève-toi, ô Époux d’Umā, et répands l’auspice sur ce brahmāṇḍa, l’œuf cosmique.»
Verse 4
जानामि धर्मं न च मे प्रवृत्तिर्जानाम्यधर्मं न च मे निवृत्तिः । त्वया महादेव हृदिस्थितेन यथा नियुक्तोऽस्मि तथा करोमि
Je connais le dharma, et pourtant je ne trouve pas en moi l’élan véritable pour le suivre ; je connais l’adharma, et pourtant je ne trouve pas en moi la force de m’en détourner. Ô Mahādeva, demeurant au fond de mon cœur, comme Tu me conduis, ainsi j’agis.
Verse 5
इत्युक्त्वा वचनं भक्त्या स्मृत्वा च गुरुपादके । बहिर्गच्छेद्दक्षिणाशां त्यागार्थं मलमूत्रयोः
Ayant ainsi parlé, se souvenant avec dévotion des pieds du Guru, qu’on sorte au dehors vers le sud afin d’évacuer les selles et l’urine.
Verse 6
देहशुद्धिं ततः कृत्वा स मृज्जलविशोधनैः । हस्तौ पादौ च प्रक्षाल्य दंतधावनमाचरेत्
Ensuite, après avoir purifié le corps en le nettoyant avec de la terre (argile) et de l’eau, qu’on lave les mains et les pieds, puis qu’on procède au nettoyage des dents, en vue d’une conduite pure et du culte.
Verse 7
दिवानाथे त्वनुदिते कृत्वा वै दंतधावनम् । मुखं षोडशवारं तु प्रक्षाल्यांजलिभिस्तथा
Avant que ne se lève le Seigneur du jour (le Soleil), qu’on nettoie véritablement les dents. Puis, avec des poignées d’eau, qu’on lave la bouche seize fois de la même manière, établissant la pureté extérieure comme soutien du culte à Śiva.
Verse 8
षष्ठ्याद्यमाश्च तिथयो नवम्यर्कदिने तथा । वर्ज्यास्सुरर्षयो यत्नाद्भक्तेन रदधावने
Les sages divins déclarent que certains tithi, à commencer par le sixième, ainsi que le neuvième, et aussi le dimanche, doivent être soigneusement évités par le dévot lors du nettoyage des dents.
Verse 9
यथावकाशं सुस्नायान्नद्यादिष्वथवा गृहे । देशकालाविरुद्धं च स्नानं कार्यं नरेण च
Selon les circonstances, l’homme doit se baigner soigneusement—dans les rivières et autres eaux, ou même chez lui. Le bain doit être accompli d’une manière conforme au lieu et au temps, sans leur être contraire.
Verse 10
रवेर्दिने तथा श्राद्धे संक्रान्तौ ग्रहणे तथा । महादाने तथा तीर्थे ह्युपवासदिने तथा
Le dimanche également, lors des rites de śrāddha, au moment de la saṅkrānti, durant les éclipses, aux occasions de grand don (mahādāna), dans les tīrtha, lieux de pèlerinage sacré, et aussi les jours de jeûne (upavāsa) — tels sont des temps tout particulièrement favorables aux observances de Śiva.
Verse 11
अशौचेप्यथवा प्राप्ते न स्नायादुष्णवारिणा । यथा साभिमुखंस्नायात्तीर्थादौ भक्तिमान्नरः
Même lorsqu’un état d’impureté (aśauca) est survenu, on ne doit pas se baigner avec de l’eau chaude. Qu’au contraire, au gué sacré ou en un lieu saint, le dévot se baigne avec révérence, face à ce lieu, afin que le bain devienne une offrande disciplinée de pureté et de bhakti.
Verse 12
तैलाभ्यंगं च कुर्वीत वारान्दृष्ट्वा क्रमेण च । नित्यमभ्यंगके चैव वासितं वा न दूषितम्
Qu’on accomplisse l’onction-massage d’huile, en observant, dans l’ordre, les jours prescrits. Ce qui sert chaque jour au massage—même parfumé—n’est pas tenu pour impur.
Verse 13
इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां प्रथमखंडे सृष्ट्युपाख्याने शिवपूजन वर्णनो नाम त्रयोदशोध्यायः
Ainsi s’achève le treizième chapitre, intitulé « Description du culte de Śiva », dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa—au sein de la seconde Rudra-saṃhitā, dans la première section, du récit de la Création.
Verse 14
देशं कालं विचार्यैवं स्नानं कुर्याद्यथा विधि । उत्तराभिमुखश्चैव प्राङ्मुखोप्यथवा पुनः
Ainsi, après avoir dûment considéré le lieu et le temps, qu’on accomplisse le bain purificatoire selon la règle prescrite — tourné vers le nord, ou bien de nouveau tourné vers l’est.
Verse 15
उच्छिष्टेनैव वस्त्रेण न स्नायात्स कदाचन । शुद्धवस्त्रेण संस्नायात्तद्देवस्मरपूर्वकम्
Qu’on ne se baigne jamais avec un tissu souillé (impur). Qu’on se baigne plutôt avec un tissu pur, en se remémorant d’abord cette même Divinité—le Seigneur Śiva—afin que le bain devienne culte et purification.
Verse 16
परधार्य्यं च नोच्छिष्टं रात्रौ च विधृतं च यत् । तेन स्नानं तथा कार्यं क्षालितं च परित्यजेत्
Si l’on a porté le vêtement d’autrui, ou touché ce qui est impur (ucchiṣṭa), ou gardé sur le corps quelque chose durant la nuit, alors qu’on accomplisse comme il se doit un bain purificatoire ; et tout ce qui a été lavé (pour ôter cette souillure) doit être rejeté.
Verse 17
तर्पणं च ततः कार्यं देवर्षिपितृतृप्तिदम् । धौतवस्त्रं ततो धार्यं पुनराचमनं चरेत्
Ensuite, qu’on accomplisse le tarpaṇa (offrande d’eau), qui comble les dieux, les sages divins et les ancêtres. Puis qu’on revête des vêtements fraîchement lavés et qu’on pratique de nouveau l’ācamana (gorgée rituelle d’eau purificatrice).
Verse 18
शुचौ देशे ततो गत्वा गोमयाद्युपमार्जिते । आसनं च शुभं तत्र रचनीयं द्विजोत्तमाः
Puis, se rendant en un lieu pur—purifié avec de la bouse de vache et autres moyens—qu’on y dispose un siège de bon augure, ô le meilleur des deux-fois-nés.
Verse 19
शुद्धकाष्ठसमुत्पन्नं पूर्णं स्तरितमेव वा । चित्रासनं तथा कुर्यात्सर्वकामफलप्र दम्
Qu’on prépare un siège (āsana) issu d’un bois pur — soit entier et intact, soit convenablement étendu ou recouvert — et qu’on en fasse un siège orné. Un tel āsana, employé dans le culte du Seigneur Śiva, devient dispensateur des fruits de tous les désirs.
Verse 20
यथायोग्यं पुनर्ग्राह्यं मृगचर्मादिकं च यत् । तत्रोपविश्य कुर्वीत त्रिपुंड्रं भस्मना सुधीः
Ensuite, selon ce qui convient, le dévot avisé reprendra un siège approprié — telle une peau de daim et autres semblables. Assis là, qu’il applique le Tripuṇḍra avec la cendre sacrée (bhasma).
Verse 21
जपस्तपस्तथा दानं त्रिपुण्ड्रात्सफलं भवेत् । अभावे भस्मनस्तत्र जलस्यादि प्रकीर्तितम्
Le japa (récitation du mantra), le tapas (austérité) et le dāna (don) deviennent réellement féconds lorsqu’ils sont accompagnés du Tripuṇḍra, les trois lignes de cendre sacrée. Si la bhasma fait défaut, des substituts — à commencer par l’eau — sont également enseignés pour cette observance.
Verse 22
एवं कृत्वा त्रिपुंड्रं च रुद्राक्षान्धारयेन्नरः । संपाद्य च स्वकं कर्म पुनराराधयेच्छिवम्
Ainsi, après avoir appliqué le Tripuṇḍra (les trois lignes sacrées de cendre), le dévot doit porter des perles de Rudrākṣa ; puis, ayant accompli comme il se doit ses devoirs prescrits, il doit de nouveau adorer Śiva.
Verse 23
पुनराचमनं कृत्वा त्रिवारं मंत्रपूर्वकम् । एकं वाथ प्रकुर्याच्च गंगाबिन्दुरिति ब्रुवन्
Après avoir accompli de nouveau l’ācamana, précédé d’un mantra, il faut boire à petites gorgées l’eau purificatrice trois fois. Ou bien on peut ne le faire qu’une seule fois en disant : « (c’est) une goutte du Gaṅgā », sanctifiant ainsi l’acte.
Verse 24
अन्नोदकं तथा तत्र शिवपूजार्थमाहरेत् । अन्यद्वस्तु च यत्किंचिद्यथाशक्ति समीपगम्
Là, on doit apporter nourriture et eau pour le culte de Śiva ; et tout autre objet disponible à proximité, selon ses moyens, doit aussi être offert pour Son adoration.
Verse 25
कृत्वा स्थेयं च तत्रैव धैर्यमास्थाय वै पुनः । अर्घं पात्रं तथा चैकं जलगंधाक्षतैर्युतम्
Étant demeuré stable en ce lieu même et, de nouveau, ayant pris une ferme maîtrise de soi, on doit préparer un unique vase d’arghya—rempli d’eau, parfumé, et accompagné d’akṣata (grains de riz intacts)—pour l’offrir dans le culte de Śiva.
Verse 26
दक्षिणांसे तथा स्थाप्यमुपचारस्य क्लृप्तये । गुरोश्च स्मरणं कृत्वा तदनुज्ञामवाप्य च
Ensuite, pour ordonner comme il se doit les actes du culte, qu’on le place sur l’épaule droite ; puis, se souvenant du Guru, qu’on obtienne aussi sa permission afin de poursuivre.
Verse 27
संकल्पं विधिवत्कृत्वा कामनां च नियुज्य वै । पूजयेत्परया भक्त्या शिवं सपरिवारकम्
Après avoir accompli selon la règle le saṅkalpa, et dirigé avec justesse l’intention et le but désiré, qu’on adore le Seigneur Śiva—avec sa suite divine—dans une dévotion suprême.
Verse 28
मुद्रामेकां प्रदर्श्यैव पूजयेद्विघ्नहारकम् । सिंदुरादिपदार्थैश्च सिद्धिबुद्धिसमन्वितम्
En montrant une mudrā prescrite, qu’on adore Gaṇeśa, le Dispenseur qui ôte les obstacles ; et qu’on l’orne de vermillon et d’offrandes semblables—lui que servent Siddhi et Buddhi.
Verse 29
लक्षलाभयुतं तत्र पूजयित्वा नमेत्पुनः । चतुर्थ्यंतैर्नामपदैर्नमोन्तैः प्रणवादिभिः
Là, après L’avoir honoré par des offrandes conférant un mérite au cent-mille, il faut se prosterner encore. Puis offrir des salutations en récitant des formules de noms au datif, se terminant par « namaḥ », et commençant par le Praṇava « Oṁ ».
Verse 30
क्षमाप्यैनं तदा देवं भ्रात्रा चैव समन्वितम् । पूजयेत्परया भक्त्या नमस्कुर्यात्पुनः पुनः
Ensuite, après avoir imploré le pardon de ce Seigneur divin, avec son frère à ses côtés, il faut L’adorer avec une dévotion suprême et se prosterner encore et encore.
Verse 31
द्वारपालं सदा द्वारि तिष्ठंतं च महोदरम् । पूजयित्वा ततः पश्चात्पूजयेद्गिरिजां सतीम्
D’abord, il faut honorer Mahodara, le gardien de la porte, toujours vigilant, qui se tient au seuil. Ensuite, il convient d’adorer Satī, Girijā (la Fille de la Montagne), avec la révérence qui lui est due.
Verse 32
चंदनैः कुंकुमैश्चैव धूपैर्दीपैरनेकशः । नैवेद्यैर्विविधैश्चैव पूजयित्वा ततश्शिवम्
Avec la pâte de santal et le kuṅkuma, avec l’encens et de nombreuses lampes, et avec des naivedya, offrandes de nourriture variées, on doit adorer le Seigneur Śiva ; l’ayant ainsi honoré, on poursuit le rite avec dévotion.
Verse 33
नमस्कृत्य पुनस्तत्र गच्छेच्च शिवसन्निधौ । यदि गेहे पार्थिवीं वा हैमीं वा राजतीं तथा
Après s’être prosterné en hommage, qu’on s’avance de nouveau jusqu’à la proche présence de Śiva. Si, dans la maison, se trouve un Śiva-liṅga fait de terre, ou d’or, ou encore d’argent, qu’on s’en approche et qu’on le vénère de la même manière.
Verse 34
धातुजन्यां तथैवान्यां पारदां वा प्रकल्पयेत् । नमस्कृत्य पुनस्तां च पूजयेद्भक्तितत्परः
Qu’il le façonne d’une matière née des minéraux, ou d’une autre substance convenable, voire même du mercure ; puis, s’étant de nouveau prosterné, qu’il l’adore avec une dévotion unifiée, tout entière tournée vers Śiva.
Verse 35
तस्यां तु पूजितायां वै सर्वे स्युः पूजितास्तदा । स्थापयेच्च मृदा लिंगं विधाय विधिपूर्वकम्
Lorsqu’Elle est honorée selon le rite, en vérité tous sont honorés par là. Ensuite, conformément à la règle prescrite, qu’on façonne un liṅga d’argile et qu’on l’établisse correctement pour le culte.
Verse 36
कर्तव्यं सर्वथा तत्र नियमास्स्वगृहे स्थितैः । प्राणप्रतिष्ठां कुर्वीत भूतशुद्धिं विधाय च
Dans cette forme de culte, ceux qui demeurent en leur propre maison doivent, en toute circonstance, observer les disciplines prescrites. Après avoir accompli le bhūta-śuddhi, la purification des éléments, qu’on procède ensuite à la prāṇa-pratiṣṭhā, en insufflant la vie à la forme sacrée.
Verse 37
दिक्पालान्पूजयेत्तत्र स्थापयित्वा शिवालये । गृहे शिवस्सदा पूज्यो मूलमंत्राभियोगतः
Après avoir établi, là, dans le sanctuaire de Śiva, les gardiens des directions (dikpāla), qu’on les honore par le culte. Dans sa propre demeure aussi, Śiva doit être adoré en tout temps, en usant comme il se doit du mūla-mantra, le mantra racine śaiva.
Verse 38
तत्र तु द्वारपालानां नियमो नास्ति सर्वथा । गृहे लिंगं च यत्पूज्यं तस्मिन्सर्वं प्रतिष्ठितम्
Dans ce culte domestique, il n’existe absolument aucune règle contraignante concernant les gardiens de la porte (dvārapāla). Car lorsque le Liṅga est adoré dans la maison, tout est tenu pour établi en ce Liṅga même.
Verse 39
पूजाकाले च सांगं वै परिवारेण संयुतम् । आवाह्य पूजयेद्देवं नियमोऽत्र न विद्यते
Au moment de la pūjā, on doit invoquer et adorer le Deva—Śiva—avec Ses membres (sāṅga, Sa manifestation entière) et avec Son cortège. En cela, il n’est point de règle rigide : la sincérité de l’adoration est la loi.
Verse 40
शिवस्य संनिधिं कृत्वा स्वासनं परिकल्पयेत् । उदङ्मुखस्तदा स्थित्वा पुनराचमनं चरेत्
Après avoir établi la présence intérieure du Seigneur Śiva, qu’on prépare son propre siège pour l’adoration. Puis, debout et tourné vers le nord, qu’on accomplisse de nouveau l’ācamana, comme purification renouvelée.
Verse 41
प्रक्षाल्य हस्तौ पश्चाद्वै प्राणायामं प्रकल्पयेत् । मूलमंत्रेण तत्रैव दशावर्तं नयेन्नरः
Après s’être lavé les mains, qu’on entreprenne le prāṇāyāma. Là même, au moyen du mūla-mantra (le mantra racine de Śiva), le pratiquant doit l’accomplir dix fois.
Verse 42
पंचमुद्राः प्रकर्तव्याः पूजावश्यं करेप्सिताः । एता मुद्राः प्रदर्श्यैव चरेत्पूजाविधिं नरः
Celui qui veut accomplir l’adoration avec la discipline requise doit assurément exécuter les cinq mudrās (pañca-mudrās). Ce n’est qu’après les avoir montrées qu’il convient de poursuivre le rite prescrit de la pūjā.
Verse 43
दीपं कृत्वा तदा तत्र नमस्कारं गुरोरथ । बध्वा पद्मासनं तत्र भद्रासनमथापि वा
Alors, après y avoir allumé une lampe, on doit se prosterner avec révérence devant le Guru. Ensuite, on s’assiéra là en Padmāsana (posture du lotus) ou bien en Bhadrāsana (posture assise auspicious).
Verse 44
उत्तानासनकं कृत्वा पर्यंकासनकं तथा । यथासुखं तथा स्थित्वा प्रयोगं पुनरेव च
Après avoir pris la posture nommée Uttānāsana, et de même celle nommée Paryaṅkāsana, qu’on s’assoie d’une manière stable et aisée. Puis, qu’on reprenne la pratique prescrite (culte ou méditation).
Verse 45
कृत्वा पूजां पुराजातां वट्टकेनैव तारयेत् । यदि वा स्वयमेवेह गृहे न नियमोऽस्ति च
Après avoir accompli le culte tel qu’il a été transmis depuis les temps anciens, on doit l’achever même avec un simple gâteau d’offrande (vaṭṭaka). Ou bien, si dans sa propre maison il n’existe ni règle fixe ni observance stricte, on peut l’accomplir soi-même ici de cette manière.
Verse 46
पश्चाच्चैवार्घपात्रेण क्षारयेल्लिंगमुत्तमम् । अनन्यमानसो भूत्वा पूजाद्रव्यं निधाय च
Ensuite, à l’aide du vase d’arghya, qu’on purifie avec soin le Liṅga suprême. L’esprit devenu unifié, sans autre pensée, qu’on dépose et ordonne les offrandes du culte.
Verse 47
पश्चाच्चावाहयेद्देवं मंत्रेणानेन वै नरः । कैलासशिखरस्थं च पार्वतीपतिमुत्तमम्
Après cela, l’adorateur doit invoquer le Seigneur par ce mantra même : Śiva, l’Époux suprême de Pārvatī, demeurant au sommet du Kailāsa.
Verse 48
यथोक्तरूपिणं शंभुं निर्गुणं गुणरूपिणम् । पंचवक्त्रं दशभुजं त्रिनेत्रं वृषभध्वजम्
Je contemple Śambhu exactement sous la forme décrite : Śiva, au-delà des qualités (nirguṇa) et pourtant manifesté avec qualités (saguṇa) ; à cinq visages, dix bras, trois yeux, portant le taureau sur son étendard.
Verse 49
कर्पूरगौरं दिव्यांगं चन्द्रमौलिं कपर्दिनम् । व्याघ्रचर्मोत्तरीयं च गजचर्माम्बरं शुभम्
Il est blanc comme le camphre, au corps divin et rayonnant ; il porte la lune en diadème et ses cheveux sont en nattes enroulées. Il revêt une peau de tigre en manteau supérieur et une peau d’éléphant, auspicious, pour vêtement : telle est la forme sainte du Seigneur Śiva qu’il convient de contempler.
Verse 50
वासुक्यादिपरीतांगं पिनाकाद्यायुधान्वितम् । सिद्धयोऽष्टौ च यस्याग्रे नृत्यंतीह निरंतरम्
Ses membres sont entourés de Vāsuki et d’autres serpents divins ; Il est paré d’armes, à commencer par l’arc Pināka. Devant Lui, les huit Siddhis dansent ici sans relâche, servant à jamais le Seigneur Śiva.
Verse 51
जयजयेति शब्दश्च सेवितं भक्त पूजकैः । तेजसा दुःसहेनैव दुर्लक्ष्यं देवसेवितम्
Le cri « Jaya ! Jaya ! » s’éleva, chéri par les dévots qui L’adoraient. Mais, à cause de cette splendeur insoutenable, Il était difficile à contempler, même lorsque les dieux eux-mêmes Le vénéraient.
Verse 52
शरण्यं सर्वसत्त्वानां प्रसन्नमुखपंकजम् । वेदैश्शास्त्रैर्यथा गीतं विष्णुब्रह्मनुतं सदा
Il est le refuge de tous les êtres ; son visage, tel un lotus, demeure serein et gracieux. Comme le chantent les Vedas et les Śāstras, Il est à jamais adoré par Viṣṇu et Brahmā.
Verse 53
भक्तवत्सलमानंदं शिवमावाहयाम्यहम् । एवं ध्वात्वा शिवं साम्बमासनं परिकल्पयेत्
« J’invoque le Seigneur Śiva, félicité même et plein de tendresse pour ses dévots. » Ainsi, après avoir médité sur Śiva avec Ambā (Umā), on doit préparer comme il se doit un siège (āsana) pour Lui.
Verse 54
चतुर्थ्यंतपदेनैव सर्वं कुर्याद्यथाक्रमम् । ततः पाद्यं प्रदद्याद्वै ततोर्घ्यं शंकराय च
En employant les mots au datif (quatrième cas), qu’on accomplisse chaque offrande selon l’ordre prescrit. Ensuite, qu’on présente le pādya, l’eau pour laver les pieds, puis qu’on offre aussi l’arghya à Śaṅkara.
Verse 55
ततश्चाचमनं कृत्वा शंभवे परमात्मने । पश्चाच्च पंचभिर्द्रव्यैः स्नापयेच्छंकरं मुदा
Puis, après avoir accompli l’ācamana (gorgée rituelle de purification) pour Śambhu, le Soi suprême, qu’on baigne avec joie Śaṅkara au moyen des cinq substances sacrées.
Verse 56
वेदमंत्रैर्यथायोग्यं नामभिर्वा समंत्रकैः । चतुर्थ्यंतपदैर्भक्त्या द्रव्याण्येवार्पयेत्तदा
Alors, avec dévotion, on doit offrir à Śiva les substances rituelles—au moyen des mantras védiques appropriés, ou bien par Ses noms sacrés accompagnés de mantras—en prononçant les formules d’offrande au datif, se terminant par « -āya », selon la règle.
Verse 57
तथाभिलषितं द्रव्यमर्पयेच्छंकरोपरि । ततश्च वारुणं स्नानं करणीयं शिवाय वै
De la même manière, on doit offrir les matières désirées sur Śaṅkara (Śiva). Ensuite, pour Śiva, il faut assurément accomplir le bain de Varuṇa (Varuṇa-snāna), purification rituelle par l’eau consacrée.
Verse 58
सुगंधं चंदनं दद्यादन्यलेपानि यत्नतः । ससुगंधजलेनैव जलधारां प्रकल्पयेत्
Avec soin, on doit offrir du santal parfumé et d’autres onguents ; et, n’employant que de l’eau odorante, on doit disposer un filet d’eau continu en offrande d’abhiṣeka au Seigneur Śiva.
Verse 59
वेदमंत्रैः षडंगैर्वा नामभी रुद्रसंख्यया । यथावकाशं तां दत्वा वस्त्रेण मार्जयेत्ततः
Avec les mantras védiques, ou les mantras des six membres (ṣaḍaṅga), ou encore par les noms de Rudra selon le nombre prescrit, qu’on offre cette eau sanctifiante comme il convient ; puis, ensuite, qu’on essuie (l’objet ou le lieu de culte) avec un tissu.
Verse 60
पश्चादाचमनं दद्यात्ततो वस्त्रं समर्पयेत । तिलाश्चैव जवा वापि गोधूमा मुद्गमाषकाः
Ensuite, qu’on offre l’ācamanam, le rite de boire une gorgée d’eau purificatrice ; puis qu’on présente un tissu. On peut aussi offrir des graines de sésame, de l’orge, du blé, du haricot mungo et du haricot noir—grains et légumineuses—comme oblations de bhakti dans le culte de Śiva.
Verse 61
अर्पणीयाः शिवायैव मंत्रैर्नानाविधैरपि । ततः पुष्पाणि देयानि पंचास्याय महात्मने
Ces offrandes doivent être présentées à Śiva seul, accompagnées de mantras variés. Ensuite, qu’on offre des fleurs à ce Seigneur à la grande âme, le Cinq-Visages, Pañcāsya.
Verse 62
प्रतिवक्त्रं यथाध्यानं यथायोग्याभिलाषतः । कमलैश्शतपत्रैश्च शंखपुष्पैः परैस्तथा
Selon la contemplation prescrite pour chaque visage, et selon la juste capacité et l’élan du cœur, qu’on offre des lotus, des fleurs à cent pétales, des fleurs semblables à la conque sacrée (śaṅkha), ainsi que d’autres fleurs d’excellence.
Verse 63
कुशपुष्पैश्च धत्तूरैर्मंदारैर्द्रोणसंभवैः । तथा च तुलसीपत्रैर्बिल्वपत्रैर्विशेषतः
On doit adorer le Seigneur Śiva avec des fleurs de kuśa, des fleurs de dhattūra, des fleurs de mandāra et des fleurs nées de droṇa ; et aussi avec des feuilles de tulasī — mais, tout particulièrement, avec des feuilles de bilva.
Verse 64
पूजयेत्परया भक्त्या शंकरं भक्तवत्सलम् । सर्वाभावे बिल्वपत्रमपर्णीयं शिवाय वै
Qu’on adore Śaṅkara, si tendre envers ses dévots, avec la dévotion la plus haute. Même lorsque tout le reste manque, qu’on offre à Śiva des feuilles de bilva (sans trous).
Verse 65
बिल्वपत्रार्पणेनैव सर्वपूजा प्रसिध्यति । ततस्सुगंधचूर्णं वै वासितं तैलमुत्तमम्
Par la seule offrande de feuilles de bilva, tout le culte s’accomplit et réussit. Ensuite, qu’on offre des poudres parfumées et la plus excellente huile odorante.
Verse 66
अर्पणीयं च विविधं शिवाय परया मुदा । ततो धूपं प्रकर्तव्यो गुग्गुलागुरुभिर्मुदा
Avec une joie suprême, qu’on offre à Śiva des offrandes sacrées variées. Puis, avec dévotion, qu’on prépare et qu’on présente l’encens (dhūpa) composé de résine de guggulu et d’aguru parfumé, dans un esprit d’allégresse.
Verse 67
दीपो देयस्ततस्तस्मै शंकराय घृतप्लुतः । अर्घं दद्यात्पुनस्तस्मै मंत्रेणानेन भक्तितः
Ensuite, l’on doit offrir au Seigneur Śaṅkara une lampe imprégnée de ghee. Puis, de nouveau, avec dévotion, on Lui présentera l’arghya (offrande d’eau respectueuse), accompagné de ce mantra.
Verse 68
कारयेद्भावतो भक्त्या वस्त्रेण मुखमार्जनम् । रूपं देहि यशो देहि भोगं देहि च शंकर
Avec une dévotion venue du cœur, qu’on essuie doucement le visage du Seigneur avec un tissu, en priant : « Ô Śaṅkara, accorde-moi la beauté de la forme ; accorde-moi une bonne renommée ; et accorde-moi des jouissances dignes. »
Verse 69
भुक्तिमुक्तिफलं देहि गृहीत्वार्घं नमोस्तु ते । ततो देयं शिवायैव नैवेद्यं विविधं शुभम्
«Accorde-moi le fruit de la jouissance en ce monde et de la délivrance. Ayant accepté cette offrande d’arghya, reçois mes salutations. Ensuite, que l’on présente à Śiva seul des naivedya variés et de bon augure.»
Verse 70
तत आचमनं प्रीत्या कारयेद्वा विलम्बतः । ततश्शिवाय ताम्बूलं सांगोपाङ्गं विधाय च
Ensuite, avec dévotion, qu’on fasse accomplir l’ācamana, la gorgée rituelle d’eau, ou qu’on le fasse sans hâte. Puis, ayant préparé le tāmbūla (bétel) en offrande, avec ses accompagnements requis, qu’on le présente au Seigneur Śiva.
Verse 71
कुर्यादारार्तिकं पञ्चवर्तिकामनुसंख्यया । पादयोश्च चतुर्वारं द्विःकृत्वो नाभिमण्डले
Qu’on accomplisse l’ārati avec une lampe à cinq mèches, selon le nombre prescrit. Qu’on la fasse tournoyer quatre fois aux pieds du Seigneur, et deux fois au cercle du nombril—offrant ainsi la lumière de révérence à Śiva en sa forme (Saguna), selon l’enseignement.
Verse 72
एककृत्वे मुखे सप्तकृत्वः सर्वाङ्गं एव हि । ततो ध्यानं यथोक्तं वै कृत्वा मंत्रमुदीरयेत्
Qu’on l’applique une fois sur le visage et sept fois sur tout le corps. Puis, après avoir accompli la méditation prescrite telle qu’enseignée, qu’on récite le mantra.
Verse 73
यथासंख्यं यथाज्ञानं कुर्यान्मंत्रविधिन्नरः । गुरूपदिष्टमार्गेण कृत्वा मंत्रजपं सुधीः
Que l’homme accomplisse la pratique du mantra selon la règle prescrite : selon le compte juste et selon sa compréhension. Le sage aspirant, après avoir fait le japa du mantra, qu’il chemine sur la voie enseignée par le Guru.
Verse 74
गुरूपदिष्टमार्गेण कृत्वा मन्त्रमुदीरयेत् । यथासंख्यं यथाज्ञानं कुर्यान्मंत्रविधिन्नरः
Suivant la voie enseignée par le Guru, après avoir accompli le rite prescrit, qu’on récite le mantra. L’homme doit accomplir la pratique du mantra selon le compte juste et selon sa compréhension, exactement comme l’ordonne la règle du mantra.
Verse 75
स्तोत्रैर्नानाविधैः प्रीत्या स्तुवीत वृषभध्वजम् । ततः प्रदक्षिणां कुर्याच्छिवस्य च शनैश्शनैः
Avec une dévotion aimante, qu’on loue le Seigneur à l’étendard du Taureau (Śiva) par des hymnes de maintes sortes ; puis qu’on accomplisse la pradakṣiṇā, en tournant autour de Śiva lentement et avec révérence.
Verse 76
नमस्कारांस्ततः कुर्यात्साष्टांगं विधिवत्पुमान् । ततः पुष्पांजलिदेंयो मंत्रेणानेन भक्तितः
Ensuite, l’adorateur doit accomplir selon la règle la prosternation sāsṭāṅga, avec les huit membres. Après cela, avec bhakti, qu’il offre un puṣpāñjali, une poignée de fleurs, accompagné de ce mantra même.
Verse 77
शंकराय परेशाय शिवसंतोषहेतवे । अज्ञानाद्यदि वा ज्ञानाद्यद्यत्पूजादिकं मया
À Śaṅkara—le Seigneur suprême—dont la fin même est la joie de Śiva : quels que soient les actes de culte et autres que j’ai accomplis, par ignorance ou avec connaissance, qu’ils soient offerts à Lui.
Verse 78
कृतं तदस्तु सफलं कृपया तव शंकर । तावकस्त्वद्गतप्राण त्वच्चित्तोहं सदा मृड
Ô Śaṅkara, par ta compassion, que ce qui a été accompli porte du fruit. Je suis à toi seul : mon souffle vital demeure en toi, mon esprit est fixé sur toi à jamais, ô Mṛḍa.
Verse 79
इति विज्ञाय गौरीश भूतनाथ प्रसीद मे । भूमौ स्खलितवादानां भूमिरेवावलंबनम्
Sachant cela, ô Seigneur de Gaurī, ô Maître de tous les êtres, sois-moi favorable. Car pour ceux dont les paroles ont glissé alors qu’ils se tenaient sur la terre, la terre elle-même devient l’unique appui.
Verse 80
त्वयि जातापराधानां त्वमेव शरणं प्रभो । इत्यादि बहु विज्ञप्तिं कृत्वा सम्यग्विधानतः
«Ô Seigneur, pour ceux dont les fautes se sont élevées contre Toi, Toi seul es le refuge.» Ainsi parlant, et de bien d’autres façons encore, il adressa d’humbles supplications répétées, accomplissant correctement le rite prescrit.
Verse 82
पुष्पांजलिं समर्प्यैव पुनः कुर्यान्नतिं मुहुः । स्वस्थानं गच्छ देवेश परिवारयुतः प्रभो । पूजाकाले पुनर्नाथ त्वया गंतव्यमादरात् । इति संप्रार्थ्य वहुशश्शंकरं भक्तवत्सलम्
Après avoir offert une poignée de fleurs, qu’il se prosterne encore et encore et prie : «Ô Seigneur des dieux, ô Maître, va maintenant en Ta demeure avec Ta suite. Mais, ô Seigneur, au temps du culte, daigne revenir par compassion.» Ainsi, maintes fois, on implore Śaṅkara, toujours plein d’affection pour Ses dévots.
Verse 83
विसर्जयेत्स्वहृदये तदपो मूर्ध्नि विन्यसेत् । इति प्रोक्तमशेषेण मुनयः शिवपूजनम् । भुक्तिमुक्तिप्रदं चैव किमन्यच्छ्रोतुमर्हथ
Qu’on le dépose dans son propre cœur, puis qu’on place cette eau consacrée sur le sommet de la tête. Ainsi, ô sages, le culte de Śiva a été enseigné dans son intégralité. Il accorde à la fois bhukti (accomplissement terrestre) et mukti (délivrance) ; que reste-t-il encore que vous soyez dignes d’entendre ?
The chapter is primarily prescriptive rather than mythic: Brahmā formally transmits an ‘uttama’ pūjā-vidhi, beginning with the practitioner’s morning awakening and purification as the ritual preface to worship.
It articulates a Śaiva devotional anthropology: human agency is conflicted, and right action becomes possible when Mahādeva is recognized as hṛdistha (indwelling) and the practitioner submits to divine niyoga (inner direction), integrating ethics with grace.
Śiva is invoked as Sāmbaka (Śiva-with-Umā), Deveśa (Lord of gods), Hṛdayeśa (Lord of the heart), and Umāsvāmin (Consort-lord of Umā), emphasizing both cosmic sovereignty and intimate indwelling presence.