
Ce chapitre (dans l’enseignement de Sārasvata) suit Vāmana, un brāhmaṇa qui, après avoir acquis la science rituelle du culte, traverse la forêt luxuriante de Raivataka. Un long inventaire d’arbres y est donné, notamment des « arbres d’ombre auspicious », dont la simple vue est dite dissiper les fautes (pāpa-kṣaya). À l’approche du sommet, il rencontre cinq kṣetrapālas (gardiens du territoire sacré) à l’iconographie redoutable. Par la puissance de son ascèse, Vāmana reconnaît leur nature divine et apprend que Mahādeva les a institués pour réguler l’accès et protéger la zone sainte. Ils se nomment—Ekāpāda, Giridāruṇa, Meghānāda, Siṃhanāda, Kālamegha—accordent une grâce et acceptent d’être établis durablement en des lieux déterminés (flanc de la montagne, sommet, secteur de Bhavānī–Śaṅkara, devant Vastrāpatha, et rive de la Suvarṇarekhā) pour le bien de tous. Le texte se tourne ensuite vers le Dāmodara-māhātmya : la Suvarṇarekhā est proclamée « incarnation de tous les tīrthas », dispensant bhukti–mukti et purifiant maladie et pauvreté. Sont prescrites la discipline de Kārttika et les observances du Bhīṣma-pañcaka : bain sacré, offrande de lampes (dīpa-dāna), offrandes, rites au temple, veille dévotionnelle (jāgaraṇa), śrāddha, et repas offerts aux brāhmaṇas ainsi qu’aux personnes vulnérables. La phalaśruti affirme avec force que même les grands fautifs sont délivrés des péchés majeurs par le bain, le darśana de Dāmodara et la dévotion vigilante, tandis que le négligent n’atteint pas le séjour de Hari. Le chapitre s’achève en confirmant les fruits salvateurs pour ceux qui lisent ou écoutent ce récit purānique.
Verse 1
सारस्वत उवाच । अथासौ वामनो विप्रो लब्धज्ञानो भवार्चने । जगाम तद्वनं रम्यं गिरे रैवतकस्य यत्
Sārasvata dit : Alors le brāhmane Vāmana, ayant obtenu la connaissance spirituelle par le culte de Bhava (Śiva), se rendit dans cette forêt charmante qui appartient au mont Raivataka.
Verse 2
यत्र वृक्षा बहुविधा दीर्घशाखाः फलान्विताः । वटोदुम्बरबिल्वाश्च सर्जार्जुनकदंबकाः
Là se dressent des arbres de maintes espèces, aux longues branches chargées de fruits : vaṭa (banyan), udumbara et bilva ; ainsi que sarja, arjuna et kadamba.
Verse 3
पलाशाश्वत्थनिंबाश्च धवाटीवारुणीद्रुमाः । शमीकंकोललिंबांश्च बीजपूरी च दाडिमः
On y trouve palāśa, aśvattha et nimba ; dhavā et d’autres arbres vāruṇī ; ainsi que śamī, kaṃkola, des citronniers, bījapūrī et des grenadiers.
Verse 4
बदरी निंबकः पूगः कदली शल्लकी शिवा । तालहिंतालशिरसा बीजकावंशखादिराः
On y trouve badarī (jujubier), nimba, pūga (aréquier), kadalī (bananier), ainsi que les arbres śallakī et śivā ; des palmiers tāla, hiṃtāla, śirasā, et encore bījaka, bambou et khadira.
Verse 5
अजगासनगागुच्छा इंगुदीकोरवेंगुदाः । ब्रह्मवृक्षाः कुरुबकाः करंजाः पुत्रजीविनः
Là se trouvent l’ajagāsana et des bouquets d’arbres gā; l’iṅgudī, le korava et l’eṅguda; les arbres de Brahmā, le kurubaka, le karañja et le putrajīvaka.
Verse 6
अंकोल्लाः पारिभद्राश्च कलंबाः पनसास्तथा । उज्ज्वलाश्च हरिद्राश्च गंगडीवायवा द्रुमाः
Là croissent les arbres aṃkolla, ainsi que les pārijāta/pāribhadra; les kalamba et le jacquier; et encore les ujjvala éclatants, les haridrā et les arbres gaṃgaḍī-vāyava.
Verse 7
तेसुण्डकाः शिरीषाश्च खर्जूरीकरवंदिकाः । सेवाली शाल्मली शाला मधूकाश्च विभीतकाः
On y voyait des arbres tesuṇḍaka et śirīṣa, des palmiers-dattiers (kharjūrī) et des karavaṃdika; des sevālī, des śālmalī et des śāla, avec les madhūka et les vibhītaka—formant un bosquet sacré qui pare Vastrāpatha-kṣetra.
Verse 8
हरीतक्यः कटाहाश्च कर्यष्टा आटरूषकाः । विकच्छवः कपित्थाश्च रोहिणीवेत्रकद्रुमाः
On y trouvait des harītakī et des kaṭāha; des karyaṣṭā et des plantes āṭarūṣaka; des vikacchava et des arbres kapittha, ainsi que des rohiṇī avec des vetraka—répandant la beauté de bon augure de ce lieu saint.
Verse 9
मदनफलानिर्गुण्डीपाटलानंदिपादपाः । लवंगैलालवल्यश्च सन्ताना अगरुद्रुमाः
Il y avait des arbres portant le fruit madana, des nirguṇḍī et des pāṭalā, ainsi que des arbres naṃdi; le girofle (lavaṅga) et la cardamome (elā), des lianes lavalī, des arbres santānā et des arbres d’agaru (bois d’aloès)—des essences parfumées dignes d’un tīrtha révéré.
Verse 10
श्रीखण्डकर्पूरनगाः कल्पवृक्षा नगोतमाः । वामनेन तदा दृष्टाश्छायावृक्षाः सुरार्चिताः
Alors Vāmana contempla les arbres les plus sublimes : santal et camphrier, ainsi que les kalpavṛkṣa exauçant les vœux ; des arbres d’ombre, vénérés même par les dieux.
Verse 11
उदयास्तमने येषां छाया न प्रतिहन्यते । तेषां दर्शनमात्रेण सर्वपापक्षयो भवेत्
Ces arbres dont l’ombre n’est point interrompue ni à l’aurore ni au couchant : à leur seule vue, s’accomplit l’effacement de tous les péchés.
Verse 12
ये जनाः पुण्यकर्माणस्तेषां ते दृष्टिगोचराः । एतान्पश्यन्ययौ वृक्षांस्ततो रैवतकं गिरिम्
Seuls ceux dont les actes sont méritoires peuvent les avoir dans le champ de leur regard. Après avoir contemplé ces arbres, il se dirigea vers le mont Raivataka.
Verse 13
यावन्निरीक्षते तुंगं शिखरं तस्य मूर्द्धनि । आश्चर्यं ददृशे विप्रो महल्लोकभयंकरम्
Tandis que le brāhmane levait les yeux vers le sommet élevé, il vit une vision prodigieuse : immense et terrifiante pour le monde.
Verse 14
धूमज्वलनमध्यस्थान्पुरुषान्पंच पश्यति । कृष्णांगान्खेचरान्रौद्रान्कृष्णागुरुविभूषितान्
Il vit cinq êtres mâles au milieu de la fumée et des flammes : aux membres noirs, se mouvant dans le ciel, d’allure farouche, et parés d’un bois d’agar sombre.
Verse 15
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभास खण्डे द्वितीये वस्त्रापथक्षेत्रमाहात्म्ये सारस्वतप्रोक्ततीर्थयात्राविधाने श्रीदामोदरमाहात्म्यवर्णनंनाम पंचदशोऽध्यायः
Ainsi se termine le quinzième chapitre, intitulé « La Description de la Grandeur de Śrī Dāmodara », dans la deuxième partie, « Vastrāpatha-kṣetra Māhātmya », au sein du septième, Prabhāsa Khaṇḍa du vénérable Skanda Mahāpurāṇa, dans la section sur la procédure de pèlerinage enseignée par Sārasvata.
Verse 16
सघर्घरीकचरणन्यासनादितपर्वतान् । फेत्कारभासुराकारान्काशकुञ्चितमूर्द्धजान्
Il vit des formes pareilles à des montagnes, comme fixées par des pas de tonnerre, brillant de cris effroyables, et avec des chevelures bouclées comme l'herbe kāśa.
Verse 17
नरमांसवसासारकवलव्यग्रतालुकान् । जनगंधसमाज्ञानभवतीव्रविलोचनान्
Leurs palais étaient avides de bouchées de chair humaine et d'essence de graisse ; reconnaissant l'odeur des hommes, ils fixèrent sur eux des yeux féroces et perçants.
Verse 18
पञ्चाग्निसाधनाव्याप्तदिव्यचक्षुः प्रभावतः । देवान्पश्यति विप्रेन्द्रो ज्ञातकार्यपरंपरः
Par le pouvoir de sa vision divine, aiguisée par la discipline des cinq feux, le meilleur des brāhmaṇas vit les dieux, comprenant la suite de ce qui devait être accompli.
Verse 19
एते क्षेत्राधिपाः पञ्च महादेवेन निर्मिताः । महाबला रैवतके निवसंति गिरौ सदा
Ces cinq seigneurs du domaine sacré, créés par Mahādeva, sont puissants en force et demeurent à jamais sur le mont Raivataka.
Verse 20
स्वेच्छाचारान्नरान्मर्त्त्यान्वारयति नगे तथा । हरिं हरं नदीं देवीं न पश्यंति गिरिं यथा
De même, sur la montagne, on retient les mortels qui n’agissent que selon leur caprice ; ceux-là ne contemplent ni Hari (Viṣṇu), ni Hara (Śiva), ni la déesse-fleuve, pas même la montagne telle qu’elle est en vérité.
Verse 21
दृष्ट्वा ज्ञात्वा स्तुतिं चक्रे ध्यात्वा देवं महेश्वरम् । जयंति दुष्टदैत्येंद्रयुद्धध्यानांकितं वपुः । बिभ्रति भ्रातरो ये ते पंचेंद्रसमविक्रमाः
Ayant vu et compris, il offrit une louange après avoir médité sur Maheśvara. Victorieux sont ces frères qui portent des corps marqués par la contemplation du combat contre les mauvais seigneurs des daityas—vaillants, d’une prouesse égale à cinq Indra.
Verse 22
रुद्रवक्त्रोद्भवा दक्षा दक्षाध्वरविनाशकाः । स्वावलीढाहुतीनष्टभीतवाडवनंदिताः
Nés de la bouche de Rudra, habiles et puissants, ils sont les destructeurs du sacrifice de Dakṣa—célèbres pour avoir épouvanté le feu Vāḍava lorsque les oblations furent consumées et anéanties.
Verse 23
कुङ्कुमागरुकर्पूरलिप्तांगाः सुविभूषिताः । मदिरामोदमत्तांगनृत्यगीतकराः सुराः
Oints de safran, de bois d’aloès et de camphre, richement parés, les dieux—enivrés par la joie du vin—se mouvaient, membres dansants, les mains vouées au chant.
Verse 24
ब्रह्मांडभ्रमणश्रांत स्वगंधत्रस्तसंचराः । मनोजवाः कामगमा क्षेत्रपाला जयंति ते
Victorieux sont ces gardiens du domaine sacré—lassés d’errer à travers l’univers, se mouvant avec leur propre senteur qui inspire la crainte ; rapides comme la pensée et capables d’aller où bon leur semble.
Verse 25
इत्यादिवचनात्तुष्टा द्विजस्याग्रे स्वयं स्थिताः । एकपादोऽस्म्यहं चैको द्वितीयो गिरिदारुणः
Satisfaits de telles paroles, ils se tinrent d’eux-mêmes devant le brāhmane. L’un dit : « Je suis Ekapāda », et un autre : « Le second est Giridāruṇa ».
Verse 26
तृतीयो मेघनादस्तु सिंहनादश्चतुर्थकः । पंचमः कालमेघोऽहं कुर्मः किं ते वदस्व तत्
« Le troisième est Meghanāda, le quatrième Siṃhanāda ; moi, je suis le cinquième, Kālamegha. Que devons-nous faire pour toi ? Dis-le-nous. »
Verse 27
द्विज उवाच । यदि तुष्टा भवंतो मे यदि देयो वरो धुवम् । अहो आप्रलयं यावत्स्थातव्यं मत्प्रतिष्ठितैः
Le brāhmane dit : « Si vous êtes satisfaits de moi, et si un bienfait doit vraiment être accordé, alors—ô !—demeurez ici, établis par ma consécration, jusqu’à la dissolution même du monde. »
Verse 28
एकपादो गिरि तटे प्रहर्षात्प्रथमं स्थितः । वसतौ वसता तेन गिरौ च गिरिदारुणः
Ekapāda, dans l’allégresse, fut le premier à se tenir sur le flanc de la montagne ; et par sa demeure en ce lieu, cette montagne elle-même devint redoutable, puissante de sainteté et de force sacrée.
Verse 29
प्रतिष्ठितः प्रसाद्याथ वरदोऽसौ स्वयं स्थितः । उज्जयंतगिरेर्मूर्ध्नि मेघनादः स्वयं ययौ
Ainsi, une fois établi et apaisé par la vénération, ce dispensateur de grâces demeura là de son plein gré. Et Meghanāda, lui-même, se rendit au sommet du mont Ujjayanta.
Verse 30
भवानीशंकरं रम्यं सिंहनादस्तथाविशत् । स्वयं वस्त्रापथेनैव भवस्याग्रे निरूपितः
Alors Siṃhanāda entra dans la demeure ravissante de Bhavānī et de Śaṅkara. Par la volonté même de Vastrāpatha, il fut établi pour se tenir devant Bhava (Śiva).
Verse 31
स्वणरेखानदीतीरे कालमेघो महाबलः । सर्वलोकोपकारार्थं तीर्थं संस्थापितं पुरा
Sur la rive de la rivière Svarṇarekhā, le puissant Kālamegha établit jadis un tīrtha, gué sacré, pour le bien de tous les mondes.
Verse 32
वामनेन स्वयं गत्वा क्षेत्रपालास्तु पूजिताः । पुरा युगादौ राजेंद्र सर्वे देवाः समागताः
Vāmana s’y rendit lui-même et vénéra les gardiens de l’enceinte sacrée. Jadis, au commencement de l’âge, ô roi, tous les dieux s’y assemblèrent.
Verse 33
सुराष्ट्रदेशे संप्राप्ताः पुण्ये रैवतके गिरौ । रक्षार्थं सर्वलोकानां वधार्थं देववैरिणाम्
Ils parvinrent au pays de Surāṣṭra, sur la sainte montagne Raivataka, afin de protéger tous les mondes et d’abattre les ennemis des dieux.
Verse 34
विष्णोः कण्ठे तदा मुक्ता जयमाला सुरोत्तमैः । दामोदरेति विख्यातं दत्तं नामोत्तमं हरेः
Alors les dieux les plus éminents déposèrent au cou de Viṣṇu une guirlande de victoire ; et Hari reçut le nom excellent, renommé « Dāmodara ».
Verse 35
सारमेय समारूढान्करिहस्तान्समेखलान् । खङ्गखेटकहस्तांश्च डमरुड्डामरस्वनान्
Montés sur des chiens, aux mains pareilles à celles d’un éléphant, ceints de ceintures ; portant épées et boucliers, et retentissant du fracas des tambours ḍamaru—
Verse 36
सर्वतीर्थमयी पुण्या स्वर्णरेखा नदी स्थिता । भुक्तिमुक्तिप्रदं पुण्यं विष्णुलोकप्रदायकम्
Ici se tient la sainte rivière Svarṇarekhā, quintessence de tous les tīrtha. Méritoire et de bon augure, elle accorde jouissance terrestre et délivrance, et confère l’accès au séjour de Viṣṇu.
Verse 37
क्षालनं सर्वपापानां रोगदारिद्र्यनाशनम् । दामोदरं रैवतके परमानंददायकम्
Se baigner (ici) lave tous les péchés et détruit maladie et pauvreté. Dāmodara à Raivataka accorde la béatitude suprême.
Verse 38
ये पश्यंति विमानैस्ते नीयंते विष्णुमंदिरे । न गृहे कार्तिकः कार्यो विशेषाद्भीष्मपंचकम्
Ceux qui contemplent (cette manifestation sacrée) sont emportés sur des chars célestes jusqu’au sanctuaire de Viṣṇu. L’observance de Kārtika—surtout le Bhīṣma-pañcaka—ne doit pas être accomplie seulement à la maison (mais en ce lieu saint).
Verse 39
पंचकाद्द्वादशी श्रेष्ठा कार्या दामोदरे जले । प्रातःस्नानं प्रकर्त्तव्यं संप्राप्ते कार्तिके जनैः
Parmi les observances de cinq jours (de Kārtika), Dvādaśī est la plus excellente et doit être accomplie dans les eaux de Dāmodara. Quand vient Kārtika, les fidèles doivent se baigner à l’aube.
Verse 40
मासोपवासः कर्त्तव्यो यतिभिर्ब्रह्मचारिभिः । सतीभिर्विधवाभिश्च मुक्तिस्थानमभीप्सुभिः
Les ascètes et les étudiants voués au brahmacarya doivent entreprendre un jeûne d’un mois ; de même les femmes vertueuses et les veuves—tous ceux qui aspirent au séjour de la délivrance—doivent l’accomplir.
Verse 41
एकभक्तेन नक्तेन तथैवायाचितेन च । उपवासेवन कृच्छ्रेण शाकाहारेण वा पुनः
Qu’on mange une seule fois par jour, ou seulement la nuit, ou qu’on ne prenne que ce qui n’a pas été demandé, ou qu’on jeûne ; ou encore qu’on pratique de rudes austérités, ou qu’on vive de légumes—ainsi peut-on garder le vœu.
Verse 42
संसेव्यः कार्त्तिके विष्णुर्दीपदानपरैर्नरैः । ब्रह्मचर्यपरैर्मासो नीयते यदि मानवैः
Au mois de Kārtika, Viṣṇu doit être vénéré avec ferveur par ceux qui s’attachent à offrir des lampes. Si les hommes passent le mois voués au brahmacarya, cette observance est hautement méritoire.
Verse 43
तदा विष्णुपुरे वासः क्रियते विष्णुना सह । पञ्चोपवासाः कर्त्तव्याः संप्राप्ते भीष्मपंचके
Alors on demeure dans la cité de Viṣṇu, avec Viṣṇu lui-même. Lorsque survient le Bhīṣma-pañcaka, cinq jeûnes doivent être accomplis.
Verse 44
एकादशीं समारभ्य पंचमी पूर्णिमादिनम् । तदेतत्पंचकं प्रोक्तं सर्वपापहरं नृणाम्
En commençant à Ekādaśī et en allant jusqu’au cinquième jour qui s’achève à la pleine lune : tel est le Pañcaka, déclaré destructeur de tous les péchés des hommes.
Verse 45
सर्वेषामपि मासानां पञ्चकात्कार्तिकादपि । एकादशी कार्तिकस्य पुण्या दामोदरे कृता
Parmi tous les mois—et même au sein du Pañcaka de Kārtika—l’Ekādaśī de Kārtika, observée devant Dāmodara, est d’une sainteté toute particulière.
Verse 46
मिष्टान्नं कार्तिके देयं हविष्यं सघृतप्लुतम् । सुवर्णं रजतं वस्त्रं तोयमन्नं फलानि च
Au mois de Kārtika, il convient d’offrir en aumône des mets doux, ainsi que des offrandes de haviṣya imprégnées de ghee. Qu’on donne aussi de l’or, de l’argent, des vêtements, de l’eau, des grains/nourriture et des fruits.
Verse 47
मासांते विविधं देयं गौस्तिलाः कुसुमानि च । सर्वदानेषु यत्पुण्यं सर्व तीर्थेषु यत्फलम्
À la fin du mois, qu’on offre des dons variés—tels qu’une vache, du sésame et des fleurs. Ainsi obtient-on le mérite de toutes les aumônes et le fruit de tous les tīrthas sacrés.
Verse 48
अश्वमेधादिभिर्यज्ञैर्गयायां पिंडदस्य यत् । तत्फलं जायते नॄणां दृष्टे दामोदरे नृप
Ô Roi, le fruit qui naît des sacrifices, à commencer par l’Aśvamedha, et de l’offrande des piṇḍas à Gayā, ce même fruit advient aux hommes par la seule vision de Dāmodara.
Verse 49
एकादश्यां कृतस्नानो देव पूजापरो भवेत् । स्नाप्य पञ्चामृतेनैव ततस्तीर्थोदकेन च
Le jour d’Ekādaśī, après s’être baigné, qu’on se voue au culte de la Divinité : qu’on baigne (l’icône sacrée) avec le pañcāmṛta, puis aussi avec l’eau sainte du tīrtha.
Verse 50
कुंकुमागरुश्रीखंडकर्पूरोदकमिश्रितैः । पूजयित्वा ततः पुष्पैः शतपत्रैः सुगं धिभिः
Après avoir adoré avec de l’eau mêlée de safran, d’agaru (bois d’aloès), de santal et de camphre, qu’on adore ensuite par des fleurs parfumées—des lotus aux cent pétales.
Verse 51
मालतीकुसुमैः शुभ्रैर्बहुभिस्तुलसीदलैः । वस्त्रयज्ञोपवीतं च दत्त्वा धूपं प्रधूपयेत्
Avec de nombreuses fleurs blanches de mālatī et maintes feuilles de tulasī, qu’on rende le culte; puis, après avoir offert des étoffes et le yajñopavīta (cordon sacré), qu’on embaume le sanctuaire d’encens abondant.
Verse 52
दीपं दद्याद्धृतेनैव तैलेनापि घृतं विना । नैवेद्यं विविधं देयं फलं तांबूलमेव च
Qu’on offre une lampe à la ghee; et, si la ghee manque, avec de l’huile. Qu’on présente aussi un naivedya varié, avec des fruits et le tāmbūla (bétel).
Verse 53
प्रासादपूजा कर्त्तव्या ध्वजदानादिना नृप । गौः सवत्सा ततो देया संसारार्णवतारिणी
Ô Roi, il faut accomplir le culte du temple, avec des dons tels que l’offrande d’un dhvaja (étendard) et autres. Ensuite, qu’on donne une vache avec son veau—don qui fait traverser l’océan du saṃsāra.
Verse 54
ततः प्रदक्षिणां कृत्वा गीतवादित्रनिस्वनैः । वेदपाठपुराणैश्च व्याख्यादिव्यकथादिभिः
Puis, après avoir accompli la pradakṣiṇā (circumambulation), au son des chants et des instruments, avec récitation des Veda, lectures des Purāṇa, explications et autres récits sacrés, qu’on célèbre ainsi le culte.
Verse 55
देवाग्रे जागरः कार्यो दीपो देयोंऽतिभूमिषु । सप्तधान्यमयाः सप्त पर्वता दीपसंयुताः
En présence de la Divinité, on doit observer la veille nocturne et offrir des lampes sur des estrades élevées. Qu’on dispose sept « montagnes » faites des sept grains, chacune pourvue de lampes.
Verse 56
फलतांबूलपक्वान्नपूरिताः परिकल्पिताः । विद्वद्भिः श्रोत्रियैः श्रांतैर्ब्राह्मणैर्गृहमेधिभिः
Ces dispositions doivent être préparées, remplies de fruits, de tāmbūla (bétel) et de mets cuits, par des Brāhmaṇas savants, śrotriya formés au Veda, même fatigués, en tant que maîtres de maison.
Verse 57
स्त्रीभिश्च नरशार्दूल श्रोतव्या वैष्णवी कथा । एवं जागरणं कार्यं रागक्रोधविवर्जितैः
Ô tigre parmi les hommes, les femmes aussi doivent écouter le récit sacré vaiṣṇava. Ainsi doit-on observer la veille, exempt d’attachement et de colère.
Verse 58
कृत्वा जागरणं रात्रावुदिते सूर्यमडले । पूर्वां संध्यां ततः स्नात्वा कृत्वा मध्याह्नमाचरेत्
Après avoir veillé toute la nuit, lorsque le disque du soleil s’est levé, qu’on accomplisse la saṃdhyā du matin ; puis, après le bain, qu’on observe comme il se doit le rite de midi.
Verse 59
देवान्पितॄन्मनुष्यांश्च संतर्प्य विधिपूर्वकम् । कृत्वा श्राद्धं पितॄणां तु दद्याद्दानं स्वशक्तितः
Après avoir offert, selon la règle, la tarpaṇa qui satisfait les dieux, les ancêtres et les hommes, et après avoir accompli le śrāddha pour les pères anciens, qu’on fasse l’aumône selon ses moyens.
Verse 60
देवं दामोदरं पूज्य पुष्पधूपादिना पुनः । नरसिंहं सुरं पूज्य वैनतेयं च पूजयेत्
Qu’on adore de nouveau le Seigneur Dāmodara avec des fleurs, de l’encens et autres offrandes. Qu’on vénère le divin Narasiṃha, et qu’on rende aussi culte à Vainateya (Garuḍa).
Verse 61
कृत्वा जागरणं रात्रावुत्थाप्य मधुसूदनम् । द्वादशीभुक्तिमासाद्य कार्यं पारणकं नरैः
Après avoir observé la veille nocturne (jāgaraṇa) et avoir ensuite « éveillé » rituellement Madhusūdana, lorsque vient l’heure convenable de manger en Dvādaśī, les hommes doivent accomplir le pāraṇa, la rupture du jeûne.
Verse 62
ब्राह्मणान्भोजयित्वा च सहितः पुत्रबांधवैः । विकलांधकृपणानां देयमन्नं स्वशक्तितः
Après avoir nourri les brāhmaṇas, en compagnie de ses fils et de ses proches, qu’on donne de la nourriture, selon ses moyens, aux infirmes, aux aveugles et aux pauvres.
Verse 63
दामोदरे रैवतके स्वर्णरेखानदीजले । एवं यः कुरुते यात्रां तस्य पुण्यफलं शृणु
Auprès de Dāmodara sur Raivataka, et dans les eaux de la rivière Svarṇarekhā : quiconque accomplit ainsi le pèlerinage, qu’il écoute le fruit sacré du mérite qui en résulte.
Verse 64
ब्रह्मघ्नश्च सुरापश्च ग्रामसीमाविलोपकः । राजद्रोही गुरुद्रोही मिथ्याव्रतधरश्च यः
Qu’on soit meurtrier d’un brāhmaṇa, buveur d’alcool enivrant, effaceur des bornes du village, traître au roi, traître au maître spirituel, ou porteur de vœux mensongers—
Verse 65
कूटसाक्ष्यप्रदो यश्च यश्च न्यासापहारकः । बालस्त्रीघातको विप्रः संध्यास्नानविवर्जितः
Qu’il s’agisse de celui qui rend un faux témoignage, ou de celui qui dérobe un dépôt confié, ou de celui qui tue un enfant ou une femme ; même le brāhmane qui néglige les rites de saṃdhyā et le bain rituel—
Verse 66
देवब्रह्म स्वहर्त्ता च वेदविक्रयकारकः । कन्याविक्रयकर्त्ता च देवब्राह्मणनिंदकः
Qu’il s’agisse de celui qui vole les biens d’une divinité ou des brāhmaṇas, de celui qui fait commerce de la vente du Veda, de celui qui vend une jeune fille, ou de celui qui outrage les dieux et les brāhmaṇas—
Verse 67
विश्वासघातको विप्रः शूद्रान्नादोऽथ लुब्धकः । नायकः परदाराणां स्वयंदत्तापहारकः
Même le brāhmane qui trahit la confiance ; celui qui vit de la nourriture obtenue des śūdras ; le chasseur avide ; celui qui entraîne autrui vers la femme d’un autre ; et celui qui reprend par vol ce qu’il a lui-même donné—tous sont comptés parmi les grands pécheurs.
Verse 68
पर्वमैथुनसेवी च तथा वै सेतुभेदकः । परिणीतामृतुस्नातां स्वयं यो नाभिगच्छति
Celui qui s’adonne à l’union charnelle lors de jours saints interdits ; celui qui brise une chaussée, une digue ou un remblai sacré ; et celui qui ne s’approche pas de son épouse légitime lorsqu’elle s’est baignée après son cycle—cet homme aussi tombe dans le péché.
Verse 69
ब्राह्मणी विधवा बाला न भवेच्छ्रुतधारिणी । महापातकिनश्चैते तथान्ये बहवो नृप
Une femme brāhmaṇī, devenue veuve alors qu’elle est encore jeune, ne conserve pas la garde de l’enseignement sacré ; ceux-ci et bien d’autres encore, ô roi, sont comptés parmi les mahāpātakins, auteurs de grands péchés.
Verse 70
स्वर्णरेखाजले स्नात्वा दृष्ट्वा दामोदरं हरिम् । रात्रौ जागरणं कृत्वा मुच्यते सर्वपातकैः
Après s’être baigné dans les eaux de la Svarṇarekhā, après avoir contemplé Hari Dāmodara, et après avoir veillé toute la nuit, on est délivré de tous les péchés.
Verse 71
न तु ये पापकर्माणः समायाताः प्रजागरे । संसारसागरे तीर्थे गच्छंति न हरेः पुरम्
Mais ceux qui s’adonnent aux actes de péché, même s’ils viennent à la veillée, n’atteignent pas la cité de Hari par le tīrtha de Saṃsārasāgara.
Verse 72
यथा यथा याति नरः प्रजागरे तथातथा विष्णुपुरे विचिंत्यते । वासः सुरैर्वैष्णवलोकहेतवे मृदंगगीतध्वनिनादिते गृहे
De la manière dont un homme passe la nuit en veille, de cette même manière il est rappelé et compté dans la cité de Viṣṇu. Afin d’atteindre le monde vaiṣṇava, les dieux lui préparent une demeure retentissante des tambours mṛdaṅga et des chants sacrés.
Verse 73
गदासि शंखारिधराश्चतुर्भुजा दैतेयदर्पापहरूपधारिणः । प्रगीयमानाः सुरसुंदरीभिस्ते यांति खं खेचरगात्रसंगाः
Portant la massue et l’épée, tenant la conque et le disque, à quatre bras et prenant des formes qui brisent l’orgueil des daityas, loués par le chant des nymphes célestes, ils montent au ciel en compagnie des êtres du firmament.
Verse 74
वाराहकल्पे प्रथमं युगादौ दामोदरो रैवतके प्रसिद्धः । सैषा नदी या सरितां वरिष्ठा सोऽयं हरिर्यो भुवनस्य कर्ता
Dans le Varāha-kalpa, au tout commencement du premier âge, Dāmodara devint illustre sur Raivataka. Cette rivière est, en vérité, la plus excellente des rivières; et ce Hari est le créateur des mondes.
Verse 75
इदं पुराणं पठते शृणोति नरो विमानैर्मधुसूद नालये । देवांगनादत्तभुजश्चतुर्भुजः स नीयते देवगणैरभिष्टुतः
Celui qui lit ou écoute ce Purāṇa, dans la demeure de Madhusūdana, est emporté sur des vimānas, chars célestes ; par le don des nymphes divines il devient pourvu de quatre bras, et il est conduit, loué par les cohortes des dieux.