Adhyaya 10
Prabhasa KhandaPrabhasa Kshetra MahatmyaAdhyaya 10

Adhyaya 10

Ce chapitre prend la forme d’un enseignement d’Īśvara à Devī, transformant la métaphysique en une véritable cartographie pèlerine des tīrtha de Prabhāsa. Il s’ouvre en reliant les “parts” ou domaines élémentaires—terre, eau, tejas (feu/rayonnement), vent et espace—à leurs divinités présidantes (Brahmā, Janārdana, Rudra, Īśvara, Sadāśiva), et affirme que les tīrtha situés dans chaque domaine participent de la présence de cette divinité. Viennent ensuite des séries de tīrtha (notamment des octades) associées à l’eau, au tejas, au vent et à l’espace, puis une précision doctrinale : le principe de l’eau est particulièrement cher à Nārāyaṇa, honoré sous l’épithète « Jalaśāyī » (Celui qui repose sur les eaux). Un lieu majeur est alors présenté : Bhallukā-tīrtha, subtil et difficile à reconnaître sans l’appui du śāstra, mais dont le simple darśana (vision/rencontre sacrée) procure des fruits comparables à un vaste culte du liṅga. Le texte élargit ensuite le cadre au calendrier et à l’astronomie—observances mensuelles, huitième et quatorzième jours lunaires, éclipses, et période de Kārttikī—moments où les liṅga de Prabhāsa sont vénérés tout particulièrement. Il décrit aussi la convergence de nombreux tīrtha au point de rencontre de la Sarasvatī et de l’océan. Suit une longue énumération des noms alternatifs du kṣetra à travers les kalpa, puis la description de la profusion de sous-kṣetra aux formes et mesures variées. Le chapitre se clôt en réaffirmant Prabhāsa comme champ sacré demeurant même après la dissolution (pralaya), et en présentant l’écoute ou la récitation comme une purification éthique. La phalaśruti promet une destinée posthume élevée à ceux qui entendent ce récit divin au caractère « rauddra ».

Shlokas

Verse 1

ईश्वर उवाच । अन्यच्च कथयिष्यामि रहस्यं तव भामिनि । यत्र कस्य चिदाख्यातं तत्ते वच्मि वरानने

Īśvara dit : Je te révélerai encore un autre secret, ô dame rayonnante—chose qui n’a été confiée qu’à quelqu’un, quelque part ; c’est cela même que je te dis à présent, ô toi au beau visage.

Verse 2

पृथ्वीभागे स्थितो ब्रह्मा अपां भागे जनार्द्दनः । तेजोभागस्थितो रुद्रो वायुभागे तथेश्वरः

Dans la part de la terre demeure Brahmā; dans la part des eaux, Janārdana. Dans la part du feu demeure Rudra; et dans la part du vent, de même, Īśvara.

Verse 3

आकाशभागसंस्थाने स्थितः साक्षात्सदाशिवः

Dans le domaine de l’éther (ākāśa) demeure Sadaśiva Lui-même, manifesté directement.

Verse 4

यस्ययस्यैव यो भागस्तस्मिंस्तीर्थानि यानि वै । तस्यतस्य न संदेहः स स एवेश्वरः स्मृतः

Quelle que soit la part du réel qu’une divinité préside—quels que soient les tīrtha sacrés établis dans ce même domaine—il n’y a point de doute : cette puissance souveraine est tenue pour Īśvara Lui-même.

Verse 5

छागलंडं दुगण्डं च माकोटं मण्डलेश्वरम् । कालिंजरं वनं चैव शंकुकर्णं स्थलेश्वरम्

Chāgalaṇḍa et Dugaṇḍa; Mākoṭa—connu comme Maṇḍaleśvara; Kāliṃjara et la forêt sacrée; et Śaṅkukarṇa—connu comme Sthaleśvara : tels sont proclamés parmi les puissances saintes du kṣetra.

Verse 7

महाकालं मध्यमं च केदारं भैरवं तथा । पवित्राष्टकमेतद्धि जलसंस्थं वरानने

Mahākāla, Madhyama, Kedāra, et de même Bhairava : tel est, en vérité, le « Pavitrāṣṭaka » établi dans les eaux, ô toi au visage gracieux.

Verse 8

अमरेशं प्रभासं च नैमिषं पुष्करं तथा । आषाढिं चैव दण्डिं च भारभूतिं च लांगलम्

Amareśa et Prabhāsa; Naimiṣa et Puṣkara; de même Āṣāḍhi, Daṇḍi, Bhārabhūti et Lāṅgala — eux aussi sont comptés parmi les saintes présences de tīrtha de ce kṣetra.

Verse 9

आदि गुह्याष्टकं ह्येतत्तेजस्तत्त्वे प्रतिष्ठितम् । गया चैव कुरुक्षेत्रं तीर्थं कनखलं तथा

Cette « Octade du Secret primordial » est véritablement établie dans le principe de Tejas, la puissance rayonnante. Gayā, Kurukṣetra, et aussi le tīrtha de Kanakhala y sont inclus.

Verse 10

विमलं चाट्टहासं च माहेन्द्रं भीमसंज्ञकम् । गुह्याद्गुह्यतरं ह्येतत्प्रोक्तं वाय्वष्टकं तव

Vimala et Āṭṭahāsa; Māhendra et ce qui porte le nom de Bhīma — cela t’a été proclamé comme le « Vāyvaṣṭaka », plus secret que le secret.

Verse 11

वस्त्रापथं रुद्रकोटिर्ज्येष्ठेश्वरं महालयम् । गोकर्णं रुद्रकर्णं च वर्णाख्यं स्थापसंज्ञकम्

Vastrāpatha; Rudrakoṭi; Jyeṣṭheśvara; Mahālaya; Gokarṇa et Rudrakarṇa; et Varṇākhya, connu sous le nom de Sthāpa — eux aussi sont proclamés parmi les manifestations de tīrtha.

Verse 12

पवित्राष्टकमेतद्धि आकाशस्थं वरानने । एतानि तत्त्वतीर्थानि सर्वाणि कथितानि वै

Ô toi au beau visage, ce « Pavitrāṣṭaka » demeure en vérité dans l’ākāśa, l’éther céleste. Ainsi ont été décrits, assurément, tous ces tattva-tīrthas.

Verse 13

यो यस्मिन्देवता तत्त्वे सा तन्माहात्म्यसूचिका । औदकं च महातत्त्वं विष्णोश्चातिप्रियं प्रिये

Quelle que soit la divinité dite résider dans tel tattva, cette demeure même révèle la grandeur de ce principe. Et le grand principe aqueux (audaka) est infiniment cher à Viṣṇu, ô bien-aimée.

Verse 14

जलशायी स्मृतस्तेन नारायण इति श्रुतिः । आप्यतत्त्वं तु तीर्थानि यानि प्रोक्तानि ते मया

C’est pourquoi on se souvient de Lui comme de « Celui qui repose sur les eaux » ; d’où, dans la Śruti, le nom scripturaire « Nārāyaṇa ». Et les tīrthas que je t’ai exposés sont, en vérité, établis dans l’Āpya-tattva, le principe de l’eau.

Verse 15

तानि प्रियाणि देवेशि ध्रुवं नारायणस्य वै । औदकं चैव यत्तत्त्वं तस्मिन्प्राभासिकं स्मृतम्

Ô Déesse, ces réalités sont assurément chères à Nārāyaṇa. Et quel que soit le principe « des eaux » (audaka), c’est en cette même région de Prabhāsa qu’il est rappelé comme l’essence prābhāsika.

Verse 16

तत्र देवो लयं याति हरिर्जन्मनिजन्मनि । स वासुदेवः सूक्ष्मात्मा परात्परतरे स्थितः

Là, Hari — le Seigneur — entre sans cesse dans la dissolution (laya), naissance après naissance. Ce Vāsudeva, à la nature subtile, demeure dans l’état au-delà même de l’au-delà.

Verse 17

स शिवः परमं व्योम अनादिनिधनो विभुः । तस्मात्परतरं नास्ति सर्वशास्त्रागमेषु च

Ce Śiva est le vyoma suprême, le plus haut ciel de la conscience : sans commencement ni fin, le Seigneur qui pénètre tout. Au-delà de Lui, il n’est rien de plus élevé, ainsi l’enseignent tous les śāstras et les āgamas.

Verse 18

सिद्धांतागमवेदांतदर्शनेषु विशेषतः । तेषु चैव न भिन्नस्तु मया सार्द्धं यशस्विनि

Surtout selon les perspectives du Siddhānta, de l’Āgama et du Vedānta, cette vérité est enseignée. Et même en leur sein, ô illustre, Il n’est nullement différent de moi.

Verse 19

तस्मिन्स्थाने हरिः साक्षात्प्रत्यक्षेण तु संस्थितः । लिंगैश्चतुर्भिः संयुक्तो ज्ञायते न च केनचित्

En ce lieu même, Hari est présent directement, manifeste à la perception. Pourtant, bien qu’uni à quatre liṅgas (marques sacrées), nul ne le reconnaît véritablement.

Verse 20

मोक्षार्थं नैष्ठिकैर्वर्णैर्व्रतैश्चैव तु यत्फलम् । तत्फलं समवाप्नोति भल्लुकातीर्थदर्शनात्

Quel que soit le fruit obtenu en vue de la délivrance par des disciplines inébranlables—par les devoirs selon le varṇa et par les vœux—ce même fruit est acquis par le seul darśana de Bhallukā Tīrtha.

Verse 21

गोचर्ममात्रं तत्स्थानं समंतात्परिमण्डलम् । न हि कश्चिद्विजानाति विना शास्त्रेण भामिनि

Ce lieu n’a que la mesure d’une peau de vache, circulaire de toutes parts. En vérité, ô belle, nul ne peut le reconnaître sans la guidance des śāstra.

Verse 22

विषुवं वहते तत्र नृणामद्यापि पार्वति । पंचलिंगानि तत्रैव पंचवक्त्राणि कानि चित्

Même aujourd’hui, ô Pārvatī, les hommes y observent l’équinoxe. Et là même se trouvent cinq liṅgas, dont certains portent cinq visages.

Verse 23

कुक्कुटांडकमानानि महास्थूलानि कानिचित् । सर्पेण वेष्टितान्येव चिह्नितानि त्रिशूलिभिः

Certaines sont énormes, mesurées comme un œuf de poule. Elles sont ceintes d’un serpent et marquées du trident (triśūla) de Śiva.

Verse 24

तेषां दर्शनमात्रेण कोटिलिंगार्चनफलम् । तस्मादिदं महाक्षेत्रं ब्रह्माद्यैः सेव्यते सदा

Rien qu’en les contemplant, on obtient le fruit du culte rendu à un crore de liṅga. C’est pourquoi ce grand kṣetra sacré est sans cesse vénéré et servi même par Brahmā et les autres dieux.

Verse 25

श्रुतिमद्भिश्च विप्रेंद्रैः संसिद्धैश्च तपस्विभिः । प्रतिमासं तथाष्टम्यां प्रतिमासं चतुर्दशीम्

Les chefs des brahmanes, instruits dans la Śruti, ainsi que les ascètes accomplis, observent les rites mois après mois, surtout à Aṣṭamī, le huitième jour lunaire, et à Caturdaśī, le quatorzième.

Verse 26

शशिभानूपरागे वा कार्त्तिक्यां तु विशेषतः । प्रभासस्थानि लिंगानि प्रपूज्यन्ते वरानने

Lors des éclipses de lune ou de soleil—et tout particulièrement au mois de Kārttika—les liṅga de Śiva établis à Prabhāsa sont vénérés avec une grande dévotion, ô toi au beau visage.

Verse 27

संनिहत्यां कुरुक्षेत्रे सर्वस्तीर्थायुतैः सह । पुष्करं नैमिषं चैवं प्रयागं संपृथूदकम्

Sannihatyā à Kurukṣetra—avec des myriades de tīrtha; Puṣkara; Naimiṣa; et Prayāga aux eaux immenses—tels sont les lieux saints illustres rappelés dans cette louange.

Verse 28

षष्टि तीर्थसहस्राणि षष्टिकोटिशतानि च । माघ्यांमाघ्यां समेष्यंति सरस्वत्यब्धिसंगमे

Chaque année, au mois de Māgha, à la confluence de la Sarasvatī et de l’océan, se rassemblent soixante mille tīrtha—et même soixante crores de plus.

Verse 29

स्मरणात्तस्य तीर्थस्य नामसंकीर्तनादपि । मृत्युकालभवाद्वापि पापं त्यक्ष्यति सुव्रते

Ô femme aux vœux nobles, rien qu’en se souvenant de ce tīrtha, ou en chantant son nom—même à l’heure de la mort—on rejette le péché.

Verse 30

आनर्त्तसारं सौम्यं च तथा भुवनभूषणम् । दिव्यं पांचनदं पुण्यमादिगुह्यं महोदयम्

On l’appelle Ānarttasāra, et aussi Saumya; de même Bhuvanabhūṣaṇa; le divin et saint Pāñcanada; Ādiguhya; et Mahodaya.

Verse 31

सिद्ध रत्नाकरं नाम समुद्रावरणं तथा । धर्माकारं कलाधारं शिवगर्भगृहं तथा

On le connaît aussi sous les noms de Siddha-ratnākara et de Samudrāvaraṇa; de Dharmākāra et de Kalādhāra; et pareillement de Śiva-garbha-gṛha.

Verse 32

सर्वदेवनिवेशं च सर्वपातकनाशनम् । अस्य क्षेत्रस्य नामानि कल्पे कल्पे पृथक्प्रिये

C’est la demeure de tous les dieux et le destructeur de tous les péchés. Ô bien-aimée, les noms de ce lieu sacré diffèrent à chaque kalpa, kalpa après kalpa.

Verse 33

आयामादीनि जानीहि गुह्यानि सुरसुन्दरि । आद्ये कल्पे पुरा देवि प्रमोदनमिति स्मृतम्

Sache ses dimensions et les autres détails—ce sont des secrets, ô beauté céleste. Dans le tout premier kalpa, jadis, ô Devī, on s’en souvenait sous le nom de « Pramodana ».

Verse 34

नन्दनं परितस्तस्य तस्यापि परतः शिवम् । शिवात्परतरं चोग्रं भद्रिकं परतः पुनः

Tout autour, on l’appelait « Nandana » ; au-delà, « Śiva » ; au-delà de Śiva encore, « Ugra » ; et plus loin de nouveau, « Bhadrika ».

Verse 35

समिंधनं परं तस्मात्कामदं च ततः परम् । सिद्धिदं चापि धर्मज्ञं वैश्वरूपं च मुक्तिदम्

Au-delà se trouve « Samiṃdhana » ; au-delà encore, « Kāmada », celui qui accomplit les désirs. Il y a aussi « Siddhida », dispensateur des siddhi ; « Dharma-jña », connaisseur du dharma ; « Vaiśvarūpa », la Forme universelle ; et « Muktida », donateur de la délivrance.

Verse 36

तथा श्रीपद्मनाभं तु श्रीवत्सं तु महाप्रभम् । तथा च पापसंहारं सर्वकामप्रदं तथा

De même se trouvent « Śrīpadmanābha » ; « Śrīvatsa », le Très-Rayonnant. Il y a aussi « Pāpasaṃhāra », destructeur des péchés, et « Sarvakāmaprada », dispensateur de tous les vœux.

Verse 37

मोक्षमार्गं वरा रोहे तथा देवि सुदर्शनम् । धर्मगर्भं तु धर्माणां प्रभासं पापनाशनम् । अतः परं भवन्तीह उत्पलावर्त्तिकानि च

Il y a aussi « Mokṣamārga », la voie de la délivrance ; « Varārohā », ô Devī ; et « Sudarśana », la vision de bon augure. S’y trouve « Dharmagarbha », le sein des dharmas ; « Prabhāsa », destructeur des péchés. Au-delà de ceux-ci, ici encore apparaissent les lieux sacrés nommés « Utpalāvarttikā ».

Verse 38

क्षेत्रस्य मध्ये यद्देवि मम गर्भगृहं स्मृतम् । तस्य नामानि ते देवि कथितान्यनुपूर्वशः

Ô Devī, au milieu de ce kṣetra sacré se trouve ce dont on se souvient comme de Mon garbhagṛha, le sanctuaire le plus intérieur. Ô Devī, ses noms t’ont été dits dans l’ordre convenable.

Verse 39

श्रुत्वा नामान्यशेषाणि क्षेत्रमाहात्म्यमेव च । तेषां तु वांछिता सिद्धि र्भविष्यति न संशयः

Après avoir entendu tous les noms, ainsi que la grandeur (māhātmya) de cette terre sainte, l’accomplissement désiré (siddhi) adviendra — sans aucun doute.

Verse 40

एतत्कीर्त्तयमानस्य त्रिकालं तु महोदयम् । संध्याकालांतरं पापमहोरात्रं विनश्यति

Celui qui le récite aux trois moments du jour connaît un grand essor spirituel; et les péchés amassés durant un jour et une nuit sont détruits dans les intervalles crépusculaires des sandhyā.

Verse 41

अपि वै दांभिकाश्चैव ये वसंत्यल्पबुद्धयः । मूढा जीवनिका विप्रास्तेऽपि यांति मृता दिवम्

Même les hypocrites et ceux de faible intelligence — des brahmanes égarés ne vivant que pour leur subsistance — eux aussi, à leur mort, vont au ciel.

Verse 42

अस्य क्षेत्रस्य मध्ये तु रवियोजनमध्यतः । उपक्षेत्राणि देवेशि संत्यन्यानि सहस्रशः

Au cœur de ce kṣetra — dans la mesure centrale d’un ravi-yojana, ô Deveśī — existent par milliers d’autres upakṣetra, des enceintes sacrées secondaires.

Verse 43

कानिचित्पद्मरूपाणि यवाकाराणि कानिचित् । षट्कोणानि त्रिकोणानि दण्डाकाराणि कानिचित्

Les uns ont la forme du lotus; d’autres, celle d’un grain d’orge. Certains sont hexagonaux, d’autres triangulaires, et d’autres encore ont la forme d’un bâton.

Verse 44

चंद्रबिंबार्द्धभेदानि चतुरस्रप्रभेदतः । ब्रह्मादिदैवतानीशे क्षेत्रमध्ये स्थितानि तु

Certains se distinguent comme des formes de demi-disque lunaire, et d’autres selon diverses formes quadrangulaires. Ô Īśe, les divinités à commencer par Brahmā se tiennent réellement au milieu de cette terre sainte.

Verse 45

कानिचिद्योजनार्द्धानि तदर्धार्धानि कानिचित् । निवर्त्तनप्रमाणेन दण्डमानेन कानिचित्

Certains (lieux sacrés) mesurent une demi-yojana; d’autres, la moitié de cette moitié. Certains se comptent selon la mesure d’un nivartana, et d’autres selon la mesure d’un daṇḍa.

Verse 46

गोचर्ममानमध्यानि कानिचिद्धनुषांतरम् । यज्ञोपवीतमात्राणि प्रभासे संति कोटिशः

Certains tīrthas ont une étendue moyenne mesurée selon la « mesure d’une peau de vache »; d’autres s’étendent sur la portée d’un tir d’arc. Et à Prabhāsa se trouvent des crores de lieux saints, même aussi petits que la mesure du cordon sacré (yajñopavīta).

Verse 47

अंगुल्यष्टम भागोऽपि नभोस्ति कमलेक्षणे । न संति यस्मिंस्तीर्थानि दिव्यानि च नभस्तले

Ô toi aux yeux de lotus, il n’est pas dans le « ciel » ne fût-ce qu’un huitième de largeur de doigt où les tīrthas divins ne soient présents—oui, jusque sur la voûte même des cieux.

Verse 48

प्रभासक्षेत्रमासाद्य तिष्ठंति प्रलयादनु । केदारे चैव यल्लिंगं यच्च देवि महालये

Ayant atteint le kṣetra sacré de Prabhāsa, ils demeurent même après le pralaya (dissolution du monde). Et le liṅga qui est à Kedāra, ainsi que celui qui se tient dans la grande demeure, ô Devī—

Verse 49

मध्यमेश्वरसंस्थं च तथा पाशुपतेश्वरम् । शंकुकर्णेश्वरं चैव भद्रेश्वरमथापि च

S’y trouvent aussi le siège de Madhyameśvara, ainsi que Pāśupateśvara; puis Śaṅkukarṇeśvara, et encore Bhadreśvara.

Verse 50

सोमे श्वरमथैकाग्रं कालेश्वरमजेश्वरम् । भैरवेश्वरमीशानं तथा कायावरोहणम्

Puis viennent Someśvara et Ekāgra; Kāleśvara et Ajeśvara; Bhairaveśvara et Īśāna; ainsi que Kāyāvarohaṇa.

Verse 51

चापटेश्वरकं पुण्यं तथा बदरिकाश्रमम् । रुद्रकोटिर्महाकोटि स्तथा श्रीपर्वतं शुभम्

S’y trouvent le saint Cāpaṭeśvaraka, ainsi que Badarikāśrama; Rudrakoṭi et Mahākoṭi; et encore l’auspicieux Śrīparvata.

Verse 52

कपाली चैव देवेशः करवीरं तथा पुनः । ओंकारं परमं पुण्यं वशिष्ठाश्रममेव च । यत्र कोटिः स्मृता देवि रुद्राणां कामरूपिणाम्

S’y trouvent Kapālī et aussi Deveśa; de même Karavīra encore; Oṃkāra, d’une sainteté suprême; et l’āśrama de Vaśiṣṭha également—là, ô Devī, l’on se souvient qu’un koṭi (un crore) de Rudra, capables de prendre forme à volonté, demeure.

Verse 53

यानि चान्यानि स्थानानि पुण्यानि मम भूतले । प्रयागं पुरतः कृत्वा प्रभासे निवसंति च

Et quels que soient les autres lieux saints sur ma terre—mettant Prayāga au premier rang—ils demeurent eux aussi à Prabhāsa.

Verse 54

उत्तरे रविपुत्री तु दक्षिणे सागरं स्मृतम् । दक्षिणोत्तरमानोऽयं क्षेत्रस्यास्य प्रकीर्त्तितः

Au nord se trouve Raviputrī, et au sud, dit-on, l’océan. Ainsi est proclamée l’étendue nord–sud de ce kṣetra sacré.

Verse 55

रुक्मिण्याः पूर्वतश्चैव तप्ततोयाच्च पश्चिमे । पूर्वपश्चिममानोऽयं प्रभासस्य प्रकीर्त्तितः

À l’est se trouve le tīrtha de Rukmiṇī, et à l’ouest le tīrtha nommé Taptatoya. Ainsi est proclamée la mesure est–ouest de Prabhāsa.

Verse 56

एतदन्तरमासाद्य तीर्थानि सुरसुन्दरि । पातालादिकटाहांतं तानि तत्र वसंति वै

Ô belle parmi les dieux, parvenue à cet espace intermédiaire, les tīrtha demeurent là en vérité—s’étendant jusqu’aux profondeurs semblables à un chaudron, qui commencent à Pātāla.

Verse 57

एवं ज्ञात्वा महादेवि सर्वदेवमयो हरिः । प्रभासक्षेत्रमासाद्य तत्याज स्वं कलेवरम्

Ainsi instruit, ô Grande Déesse, Hari—qui contient en lui tous les dieux—parvint à Prabhāsa-kṣetra et, là, délaissa son enveloppe corporelle.

Verse 58

दिव्यं ममेदं चरितं हि रौद्रं श्रोष्यंति ये पर्वसु वा सदा वा । ते चापि यास्यंति मम प्रसादात्त्रिविष्टपं पुण्यजनाधिवासम्

Ce récit mien, divin et saisissant—ceux qui l’écoutent aux jours de fête ou même sans cesse—par ma grâce, eux aussi atteindront Triviṣṭapa (le Ciel), demeure des cohortes bienheureuses.

Verse 59

इति कथितमशेषमेव चित्रं चरितमिदं तव देवि पुण्ययुक्तम् । इतरमपि तवातिवल्लभं यद्वद कथयामि महोदयं मुनीनाम्

Ainsi, ô Déesse, t’a été conté ce récit sacré, merveilleux et entièrement accompli, riche en mérite. À présent, je dirai aussi une autre histoire, très chère à ton cœur, qui apporte un grand essor aux sages muni.