Adhyaya 52
Brahma KhandaSetubandha MahatmyaAdhyaya 52

Adhyaya 52

Le chapitre 52 est un exposé de māhātmya, méthodique et sacré, où Sūta enseigne aux sages que Dhanuṣkoṭi, à Rāmasetu, est le champ de mérite suprême : japa, homa, tapas et dāna y deviennent akṣaya (impérissables). Le texte avance des mérites comparatifs—équivalents à de longs séjours ou à des bains dans d’autres tīrtha renommés—puis précise les temps où la puissance du fruit s’accroît : bain du mois de Māgha, éclipses solaire et lunaire, et yogas calendaires tels qu’ardha-udaya et mahā-udaya. La phalāśruti y est tissée avec la destruction des fautes, l’accès au svarga, et des accomplissements Vaiṣṇava/Śaiva comme sālokya, sāmīpya, sārūpya et sāyujya. En même temps, une règle éthique est posée : le dāna doit être offert à un satpātra (récepteur digne), et un don mal placé en terre sainte est présenté comme spirituellement nuisible. Le dialogue Vasiṣṭha–Dilīpa définit les critères du satpātra (conduite védique, continuité rituelle, pauvreté intègre) et propose un recours—saṅkalpa et offrande d’eau symbolique—lorsqu’aucun bénéficiaire qualifié n’est disponible. La conclusion décrit le Setu gardé par la protection divine (Viṣṇu en tant que Setumādhava, entouré de dieux, de sages et d’êtres) et étend l’efficacité du souvenir et de la récitation du Setu aux auditeurs et lecteurs, dans des lieux appropriés (temple/maṭha/rives sacrées).

Shlokas

Verse 1

श्रीसूत उवाच । भूयोऽप्यहं प्रवक्ष्यामि सेतुमुद्दिश्य वैभवम् । युष्माकमादरेणाहं शृणुध्वं मुनिपुंगवाः

Śrī Sūta dit : De nouveau, je décrirai la grandeur qui se rapporte à Setu. Écoutez avec révérence, ô les plus éminents des sages.

Verse 2

स्थानानामपि सर्वेषामेतत्स्थानं महत्तरम् । अत्र जप्तं हुतं तप्तं दत्तं चाक्षय मुच्यते

Parmi tous les lieux sacrés, celui-ci est le plus grand. Ici, le japa récité, l’offrande au feu, l’austérité accomplie et l’aumône donnée deviennent inépuisables.

Verse 3

अस्मिन्नेव महास्थाने धनुष्कोटौ निमज्जनात् । वाराणस्यां दशसमावासपुण्यफलं भवेत्

En ce très grand lieu sacré, en s’immergeant à Dhanuṣkoṭi, on obtient un fruit de mérite égal à celui d’un séjour de dix ans à Vārāṇasī.

Verse 4

तस्मिंस्थले धनुष्कोटौ स्नात्वा रामेश्वरं शिवम् । दृष्ट्वा नरो भक्तियुक्तस्त्रिदिनानि वसेद्द्विजाः

Ô brāhmanes, après s’être baigné là à Dhanuṣkoṭi et avoir contemplé Śiva en tant que Rāmeśvara, l’homme animé de bhakti doit y demeurer trois jours.

Verse 5

पुण्डरीकपुरे तेन दशवत्सरवासजम् । पुण्यं भवति विप्रेंद्रा महापातकनाश नम्

Ô meilleurs des brāhmanes, par cette observance à Puṇḍarīkapura, on obtient un mérite égal à dix années de séjour, et cela détruit les grands péchés (mahāpātaka).

Verse 6

अष्टोत्तरसहस्रं तु मंत्रमाद्यं षडक्षरम् । अत्र जप्त्वा नरो भक्त्या शिवसायुज्यमाप्नुयात्

Mais si quelqu’un, avec dévotion, récite ici le mantra primordial à six syllabes mille huit fois, il atteint l’union avec Śiva (śiva-sāyujya).

Verse 7

मध्यार्जुने कुंभकोणे मायूरे श्वेतकानने । हालास्ये च गजारण्ये वेदारण्ये च नैमिषे

À Madhyārjuna, à Kuṃbhakoṇa, à Māyūra, dans Śvetakānana; à Hālāsya, dans Gajāraṇya, dans Vedāraṇya et à Naimiṣa — en tous ces lieux saints est proclamé le mérite du kṣetra.

Verse 8

श्रीपर्वते च श्रीरंगे श्रीमद्वृद्धगिरौ तथा । चिदंबरे च वल्मीके शेषाद्रावरुणाचले

De même à Śrīparvata, à Śrīraṅga et au glorieux Vṛddhagiri; à Cidambara, à Vālmīka, ainsi qu’à Śeṣādri et Aruṇācala — ceux-ci aussi sont des sièges sacrés renommés.

Verse 9

श्रीमद्दक्षिणकैलासे वेंकटाद्रौ हरिस्थले । कांचीपुरे ब्रह्मपुरे वैद्येश्वरपुरे तथा

Au glorieux Dakṣiṇa-Kailāsa, sur le Veṅkaṭādri, à Haristhala; à Kāñcīpura, à Brahmapura, et de même à Vaidyeśvarapura—la sainteté de tels kṣetras est reconnue.

Verse 10

अन्यत्रापि शिवस्थाने विष्णुस्थाने च सत्तमाः । वर्षवासभवं पुण्यं धनुष्कोटौ नरो मुदा

Ô nobles, même dans d’autres demeures de Śiva et dans les demeures de Viṣṇu, on loue le mérite né d’une année de séjour; mais à Dhanuṣkoṭi, l’homme l’obtient avec joie, par la puissance de ce kṣetra.

Verse 11

माघमासे यदि स्नायादाप्नोत्येव न संशयः । इमं सेतुं समुद्दिश्य द्वौ समुद्राविति श्रुतिः

Si l’on se baigne au mois de Māgha, on obtient assurément le mérite promis—sans aucun doute. Au sujet de ce Setu, la śruti parle même de «deux océans».

Verse 12

विद्यते ब्राह्मणश्रेष्ठा मातृभूता सनातनी । अदो यद्दारुरित्यन्या यत्रास्ति मुनिपुंगवाः

Ô le meilleur des brāhmaṇas, il existe une śruti éternelle, maternelle par son autorité. On trouve aussi une autre śruti—commençant par «ado yad dāruḥ…»—où, ô sages éminents, elle est présente comme témoignage.

Verse 13

विष्णोः कर्माणि पश्यंती सेतुवैभवशंसिनी । श्रुतिरस्ति तथान्यापि तद्विष्णोरिति चापरा

Il est une śruti qui «contemple les actes de Viṣṇu» et proclame la grandeur du Setu. Et il existe encore une autre śruti; et une autre qui dit : «tad viṣṇoḥ…».

Verse 14

इतिहासपुराणानि स्मृतयश्च तपोधनाः । एकवाक्यतया सेतुमाहात्म्यं प्रबुवंति हि

Ô trésors d’ascèse, les Itihāsa et les Purāṇa, ainsi que les Smṛti, d’une seule voix proclament assurément la grandeur de Setu.

Verse 15

चंद्रसूर्योपरागेषु कुर्व न्सेत्ववगाहनम् । अविमुक्ते दशाब्दं तु गंगास्नानफलं लभेत्

Si, lors d’une éclipse de lune ou de soleil, on se baigne à Setu, on obtient le mérite du bain dans la Gaṅgā à Avimukta (Kāśī) pendant dix ans.

Verse 16

कोटिजन्मकृतं पापं तत्क्षणेनैव नश्यति । अश्वमेधसहस्रस्य फलमाप्नोत्य नुत्तमम्

Le péché amassé durant dix millions de naissances s’anéantit à l’instant même, et l’on obtient le fruit suprême, égal à mille sacrifices Aśvamedha.

Verse 17

विषुवायनसंक्रांतौ शशिवारे च पर्वणि । सेतुदर्शनमात्रेण सप्तजन्मार्जिताशुभम्

Aux équinoxes, aux transitions d’ayāna (solstices), lors des saṅkrānti du Soleil, et aux jours sacrés d’observance tombant un lundi, par la seule vision de Setu s’efface l’inauspice amassée en sept naissances.

Verse 18

नश्यते स्वर्गतिं चैव प्रयांति द्विजपुंगवाः । मकरस्थे रवौ माघे किंचिदभ्युदिते रवौ

Ô le meilleur des dvija, ils atteignent l’état céleste; lorsque le Soleil est en Makara (Capricorne) au mois de Māgha, quand il vient à peine de s’élever, ce moment est tout particulièrement efficace.

Verse 19

स्नात्वा दिनत्रयं मर्त्यो धनुष्कोटौ विपातकः । गंगादिसर्वतीर्थेषु स्नानपुण्यमवाप्नुयात्

Même le plus grand pécheur, s’il se baigne à Dhanuṣkoṭi durant trois jours, obtient le mérite du bain dans tous les tīrthas, à commencer par la sainte Gaṅgā.

Verse 20

धनुष्कौटौ नरः कुर्यात्स्नानं पंचदिनेषु यः । अश्वमेधादिपुण्यं च प्राप्नुयाद्ब्राह्मणोत्तमाः

Ô le meilleur des brāhmaṇas : celui qui se baigne à Dhanuṣkoṭi pendant cinq jours obtient les mérites de l’Aśvamedha et d’autres grands rites.

Verse 21

चांद्रायणादिकृच्छ्राणामनुष्ठानफलं लभेत् । चतुर्णामपि वेदानां पारायणफलं तथा

On obtient le fruit de l’accomplissement d’austérités telles que le Cāndrāyaṇa et d’autres vœux Kṛcchra, ainsi que le fruit de la récitation des quatre Vedas.

Verse 22

माघमासे दशाहःसु धनुष्कोटौ निमज्जनात् । ब्रह्महत्यायुतं नश्येन्नात्र कार्या विचारणा

Au mois de Māgha, en s’immergeant à Dhanuṣkoṭi durant dix jours, même dix mille actes de brahmahatyā sont anéantis ; il n’y a là ni doute ni discussion.

Verse 23

माघमासे धनुष्कोटौ दशपंचदिनानि यः । स्नानं करोति मनुजः स वैकुंठमवाप्नुयात्

Au mois de Māgha, celui qui se baigne à Dhanuṣkoṭi durant quinze jours atteint Vaikuṇṭha, la demeure du Seigneur.

Verse 24

माघमासे रामसैतौ स्नानं विंशद्दि नं चरन् । शिवसामीप्यमाप्नोति शिवेन सह मोदते

Au mois de Māgha, celui qui se baigne au Rāma-setu durant vingt jours obtient la proximité de Śiva et se réjouit avec Śiva.

Verse 25

पंचविंशद्दिनं स्नानं कुर्वन्सारूप्यमाप्नुयात् । स्नानं त्रिंशद्दिनं कुर्वन्सायुज्यं लभते ध्रुवम्

En accomplissant le bain sacré pendant vingt-cinq jours, on obtient le sārūpya, la ressemblance avec la forme divine. En l’accomplissant trente jours, on reçoit assurément le sāyujya, l’union totale avec le Seigneur.

Verse 26

अतोऽवश्यं रामसेतौ माघमासे द्विजोत्तमाः । स्नानं समाचरेद्विद्वान्किंचिदभ्युदिते रवौ

Ainsi donc, ô meilleurs des deux-fois-nés, au mois de Māgha il faut assurément accomplir le bain sacré à Rāmasetu ; que le sage le fasse lorsque le soleil s’est légèrement levé.

Verse 27

चंद्रसूर्योपरागे च तथैवार्द्धोदये द्विजाः । महोदये रामसेतौ स्नानं कुर्वन्द्विजोत्तमाः

Lors des éclipses de la lune et du soleil, ainsi qu’à l’arddhodaya (demi-élévation), ô deux-fois-nés—et surtout au mahodaya (grande conjonction)—les meilleurs des dvija accomplissent le bain sacré à Rāmasetu.

Verse 28

अनेकक्लेशसंयुक्तं गर्भवासं न पश्यति । ब्रह्महत्यादिपापानां नाशकं च प्रकीर्तितम्

Il ne revoit plus la demeure dans le sein maternel, liée à d’innombrables souffrances. On le proclame aussi destructeur des péchés, à commencer par la brahmahatyā, la faute la plus grave.

Verse 29

सर्वेषां नरकाणां च बाधकं परिकीर्तितम् । संपदामपि सर्वासां निदानं परिकीर्तितम्

On le célèbre comme ce qui écarte tous les enfers ; on le célèbre aussi comme la source même de toute prospérité.

Verse 30

इन्द्रादिसर्वलोकानां सालोक्यादिप्रदं तथा । चंद्रसूर्योपरागे च तथैवार्द्धोदये द्विजाः

Il accorde le sālokya et d’autres états divins dans tous les mondes, à commencer par celui d’Indra. Et lors des éclipses de lune et de soleil, ainsi qu’à l’arddhodaya, ô deux-fois-nés—

Verse 31

महोदये धनुष्कोटौ मज्जनं त्वतिनिश्चितम् । रावणस्य विनाशार्थं पुरा रामेण निर्मि तम्

Au mahodaya, le bain à Dhanuṣkoṭi est déclaré, avec certitude, d’un grand mérite. Jadis, il fut édifié par Rāma pour la destruction de Rāvaṇa.

Verse 32

सिद्धचारणगंधर्वकिन्नरोरगसेवितम् । ब्रह्मदेवर्षिराजर्षिपितृसंघनिषेवितम्

Il est fréquenté par les Siddhas, les Cāraṇas, les Gandharvas, les Kinnaras et les Nāgas ; et il est honoré par Brahmā, les rishis divins, les rajarshis et les assemblées des Pitṛs.

Verse 33

ब्रह्मादिदेवतावृंदैस्सेवितं भक्तिपूर्वकम् । पुण्यं यो रामसेतुं वै संस्मरन्पुरुषो द्विजाः

Servi avec dévotion par des multitudes de divinités, à commencer par Brahmā—ô deux-fois-nés—, saint est en vérité l’homme qui se souvient du Rāmasetu.

Verse 34

स्नायाच्च यत्र कुत्रापि तटाकादौ जलाशये । न तस्य दुष्कृतं किंचिद्भविष्यति कदाचन

Et même s’il se baigne en quelque lieu que ce soit—dans un étang ou tout autre réservoir d’eau—aucune faute ne demeurera jamais en lui.

Verse 35

सेतुमध्यस्थतीर्थेषु मुष्टिमात्रप्रदानतः । नश्यंति सकला रोगा भ्रूणहत्यादयस्तथा

Aux tīrtha placés au milieu du Setu, par l’offrande en dāna d’une simple poignée, toutes les maladies sont anéanties; de même les péchés tels que le bhrūṇa-hatyā et autres fautes graves.

Verse 36

रामेण धनुषः पुण्यां यो रेखां पश्यते कृताम् । न तस्य पुनरावृत्तिर्वैकुंठात्स्यात्कदाचन

Quiconque voit la ligne sacrée tracée par Rāma avec son arc ne retournera jamais, en aucun temps, depuis Vaikuṇṭha.

Verse 37

धनुष्कोटिरिति ख्याता या लोके पापनाशिनी । विभीषणप्रार्थनया कृता रामेण धीमता

Ce lieu est renommé dans le monde sous le nom de « Dhanuṣkoṭi », qui détruit les péchés. Il fut établi par le sage Rāma à la prière de Vibhīṣaṇa.

Verse 38

धनुष्कोटिर्महापुण्या तस्यां स्नात्वा सभक्तिकम् । दद्याद्दानानि वित्तानां क्षेत्राणां च गवां तथा

Dhanuṣkoṭi est d’un mérite immense. Après s’y être baigné avec dévotion, qu’on fasse des dāna : richesses, terres, et aussi des vaches.

Verse 39

तिलानां तंडुलानां च धान्यानां पयसां तथा । वस्त्राणां भूषणानां च माषाणामोदनस्य च

On peut aussi offrir en don du sésame, du riz, des grains et du lait ; ainsi que des vêtements et des ornements ; et encore du māṣa (haricot noir) et des mets cuits.

Verse 40

दध्नां घृतानां वारीणां शाकानामप्युदश्विताम् । शुद्धानां शर्कराणां च सस्यानां मधुनां तथा

De même (en dons) : du dadhi (lait caillé), du ghee, de l’eau, des légumes et des verdures ; du sucre pur ; les produits des champs ; et aussi du miel.

Verse 41

मोदकानामपूपानामन्येषां दानमेवच । रामसेतौ द्विजाः प्रोक्तं सर्वाभीष्टप्रदायकम्

Et certes, les dons de modaka, de gâteaux (apūpa) et d’autres choses encore—à Rāmasetu, ô brāhmaṇas—sont proclamés accorder tout ce qui est désiré.

Verse 42

अतो दद्याद्रामसेतौ वित्तलोभ विवर्जितः । दत्तं हुतं च तप्तं च जपश्च नियमादिकम्

Ainsi, à Rāmasetu, qu’on donne, délivré de l’avidité des richesses. Le don, l’offrande au feu, l’austérité, le japa et les disciplines commençant par les observances—tout cela doit s’y accomplir.

Verse 43

श्रीरामधनुषः कोटावनंतफलदं भवेत् । तेन वेदाश्च तुष्यंति तुष्यंति पितरस्तथा

À la pointe de l’arc de Śrī Rāma (Dhanuṣkoṭi), une telle pratique devient dispensatrice de fruits sans fin. Par elle, les Veda sont satisfaits, et les Pitṛs (ancêtres) le sont également.

Verse 44

तुष्यंति मुनयः सर्वे ब्रह्माविष्णुः शिवस्तथा । नागाः किंपुरुषा यक्षाः सर्वे तुष्यंति निश्चितम्

Tous les sages sont comblés; Brahmā, Viṣṇu et Śiva le sont aussi. Les Nāgas, les Kiṃpuruṣas et les Yakṣas—tous, assurément, s’en réjouissent.

Verse 45

स्वयं च पूतो भवति धनुष्कोट्यवलो कनात् । स्ववंशजान्नरान्सर्वान्पावयेच्च पितामहान्

En ne faisant que contempler la pointe de l’arc, on se purifie soi-même; et l’on purifie aussi tous les hommes nés de sa lignée, ainsi que ses ancêtres.

Verse 46

तारयेच्च कुलं सर्वं धनुष्कोट्यवलोकनात् । रामस्य धनुषः कोट्या कृतरेवावगाहनात्

En contemplant la pointe de l’arc, on délivre toute sa lignée; et en se baignant là où la pointe de l’arc de Śrī Rāma traça la ligne, on obtient réellement ce mérite salvateur.

Verse 47

पंचपातककोटीनां नाशः स्यात्तत्क्षणे ध्रुवम् । श्रीरामधनुषः कोट्या रेखां यः पश्यते कृताम्

Pour celui qui contemple la ligne tracée par la pointe de l’arc de Śrī Rāma, en cet instant même s’anéantissent, à coup sûr, des crores des «cinq grands péchés».

Verse 48

अनेकक्लेशसंपूर्णं गर्भवासं न पश्यति । यत्र सीताऽनलं प्राप्ता तस्मिन्कुंडे निमज्जनात्

En s’immergeant dans l’étang où Sītā entra dans le feu, on ne revoit plus la demeure du sein maternel, pleine de multiples tourments.

Verse 49

भ्रूणहत्याशतं विप्रा नश्यति क्षणमात्रतः । यथा रामस्तथा सेतुर्यथा गंगा तथा हरिः

Ô brāhmanes, cent fautes de meurtre d’embryon s’évanouissent en un seul instant. Tel est Rāma, tel est le Setu ; telle est la Gaṅgā, tel est Hari (Viṣṇu).

Verse 50

गंगे हरे रामसेतो त्विति संकीर्तयन्नरः । यत्र क्वापि बहिः स्नायात्तेन याति परां गतिम्

Celui qui chante : « Ô Gaṅgā, ô Hari, ô Rāma-setu ! »—même s’il se baigne en quelque eau que ce soit au dehors—par cela même atteint l’état suprême.

Verse 51

सेतावर्धोदये स्नात्वा गन्धमादनपर्वते । पितॄनुद्दिश्य यः पिंडान्दद्यात्सर्षपमात्रकान्

S’étant baigné au Setu lors du « Setu-wardha-udaya », et sur le mont Gandhamādana, celui qui offre des piṇḍas aux Ancêtres—chacun n’étant que de la taille d’un grain de moutarde—

Verse 52

पितरस्तृप्तिमायांति यावच्चंद्रदिवाकरौ । शमीपत्रप्रमाणं तु पितॄनुद्दिश्य भक्तितः

Les Ancêtres obtiennent la pleine satisfaction tant que dureront la lune et le soleil, lorsqu’une offrande—fût-elle de la mesure d’une feuille de śamī—est donnée avec dévotion, dédiée aux Pitṛs.

Verse 53

द्विजेन पिण्डं दत्तं चेत्सर्वपापविमोचितः । स्वर्गस्थो मुक्तिमायाति नरकस्थो दिवं व्रजेत्

Si un brāhmane offre un piṇḍa, le bénéficiaire est délivré de tout péché : celui qui est au ciel atteint la délivrance, et celui qui est en enfer s’élève au monde céleste.

Verse 54

सेतौ च पद्मनाभे च गोकर्णे पुरुषोत्तमे । उदन्वदंभसि स्नानं सार्वकालिकमीप्सितम्

À Setu, à Padmanābha, à Gokarṇa et à Puruṣottama, le bain dans les eaux de l’océan est souhaité et méritoire en tout temps.

Verse 55

शुक्रांगारकसौरीणां वारेषु लवणांभसि । संतानकामी न स्नाया त्सेतोरन्यत्र कर्हिचित्

Celui qui désire une descendance ne doit pas se baigner dans l’océan salé les jours de Śukra (vendredi), d’Aṅgāraka (mardi) et de Śani (samedi), nulle part ailleurs qu’à Setu, en aucun temps.

Verse 56

अकृतप्रेतकार्यो वा गर्भिणीपतिरेव वा । न स्नायादुदधौ विद्वान्सेतोरन्यत्र कर्हिचित्

Le sage ne doit pas se baigner dans la mer—en tout lieu autre que Setu—s’il n’a pas encore accompli les rites pour les défunts, ou s’il est l’époux d’une femme enceinte.

Verse 57

न कालापेक्षणं सेतोर्नित्यस्नानं प्रशस्यते । वारतिथ्यृक्षनियमाः सेतोरन्यत्र हि द्विजाः

À Setu, le bain quotidien est loué sans dépendre de contraintes de temps ; mais ailleurs, ô dvijas, il faut observer les règles du jour, du tithi et du nakṣatra.

Verse 58

उद्दिश्य जीवतः स्नायान्न तु स्नायान्मृतान्प्रति । कुशैः प्रतिकृतिं कृत्वा स्नापयेत्तीर्थवारिभिः

Ici, qu’on se baigne avec l’intention de favoriser les vivants, et non en orientant le bain vers les morts. Pour les défunts, après avoir façonné une représentation symbolique avec l’herbe kuśa, qu’on baigne cette effigie avec les eaux du tīrtha.

Verse 59

इमं मंत्रं समुच्चार्य प्रसन्नेंद्रियमानसः । कुशोऽसि त्वं पवित्रोऽसि विष्णुना विधृतः पुरा

En récitant ce mantra, les sens et l’esprit apaisés : « Tu es le kuśa ; tu es pur ; jadis, tu fus soutenu par Viṣṇu ».

Verse 60

त्वयि स्नाते स च स्नातो यस्यैतद्ग्रंधिवन्धनम् । सर्वत्र सागरः पुण्यः सदा पर्वणि पर्वणि

Quand toi (l’effigie de kuśa) tu es baigné, celui dont ceci est la ligature du nœud (granthi-bandhana) est lui aussi baigné. L’océan est méritoire partout, et toujours, surtout à chaque parvan.

Verse 61

सेतौ सिन्ध्वब्धिसंयोगे गंगासागर संगमे । नित्यस्नानं हि निर्दिष्टं गोकर्णे पुरुषोत्तमे

Le bain quotidien est en vérité prescrit à Setu, au lieu où le fleuve rejoint l’océan, et à la rencontre du Gaṅgā et de la mer ; de même à Gokarṇa et à Puruṣottama.

Verse 62

नापर्वणि सरिन्नाथं स्पृशेदन्यत्र कर्हिचित् । पितॄणां सर्वदेवानां मुनीनामपि शृण्वताम्

Hors d’un parvan, on ne doit jamais, nulle part ailleurs, toucher le Seigneur des rivières, le courant sacré ; ainsi le déclarent les Pitṛs, tous les dieux, et même les sages à l’écoute.

Verse 63

प्रतिज्ञामकरोद्रामः सीतालक्ष्मणसंयुतः । मया ह्यत्र कृते सेतौ स्नानं कुर्वंति ये नराः

Rāma, accompagné de Sītā et de Lakṣmaṇa, fit un vœu : « En vérité, les hommes qui se baigneront ici, au Setu que j’ai édifié… ».

Verse 64

मत्प्रसादेन ते सर्वे यास्यंति पुनर्भवम् । नश्यंति सर्वपापानि मत्सेतोरवलोकनात्

Par ma grâce, tous obtiendront une renaissance bienheureuse ; et par la seule vision de mon Setu, tous les péchés sont anéantis.

Verse 65

रामनाथस्य माहात्म्यं मत्सेतोरपि वैभवम् । नाहं वर्णयितुं शक्तो वर्षकोटिशतैरपि

La grandeur de Rāmanātha et la majesté de mon Setu (Rāmasetu), je ne puis les décrire, fût-ce en des centaines de crores d’années.

Verse 66

इति रामस्य वचनं श्रुत्वा देवमहर्षयः । साधुसाध्विति संतुष्टाः प्रशशंसुश्च तद्वचः

Ayant entendu ces paroles de Rāma, les grands sages divins, comblés de joie, s’écrièrent : « Bien dit, bien dit ! » et louèrent cette parole.

Verse 67

सेतुमध्ये चतुर्वक्त्रः सर्वदेवसमन्वितः । अध्यास्ते तस्य रक्षार्थमीश्वरस्याज्ञया सदा

Au cœur même du Setu siège Caturvaktra (Brahmā), entouré de tous les dieux, toujours établi là pour sa garde, sur l’ordre d’Īśvara.

Verse 68

रक्षार्थं रामसेतौ हि सेतुमाधवसंज्ञया । महाविष्णुः समध्यास्ते निबद्धो निगडेन वै

En vérité, pour la protection de Rāmasetu, Mahāviṣṇu demeure assis là, connu sous le nom de Setu-Mādhava, comme lié par un entrave d’ordonnance divine.

Verse 69

महर्षयश्च पितरो धर्मशास्त्रप्रवर्तकाः । देवाश्च सहगन्धर्वाः सकिन्नरमहोरगाः

Là demeurent les grands ṛṣis, les Pitṛs (ancêtres), les promulgateurs du dharma-śāstra, et les dieux, avec les Gandharvas, les Kinnaras et les grands serpents (Mahoragas).

Verse 70

विद्याधराश्चारणाश्च यक्षाः किंपुरुषास्तथा । अन्यानि सर्वभूताति वसंत्यस्मिन्नहर्निशम्

Ici demeurent aussi les Vidyādharas, les Cāraṇas, les Yakṣas et les Kiṃpuruṣas, ainsi que d’autres êtres de toute espèce—jour et nuit.

Verse 71

सोऽहं दृष्टः श्रुतो वापि स्मृतः स्पृष्टोऽवगाहितः । सर्वस्माद्दुरिता त्पाति रामसेतुर्द्विजोत्तमाः

Ô le meilleur des deux-fois-nés, Rāmasetu protège de toute faute—qu’elle soit vue, entendue, remémorée, touchée ou franchie (en y entrant pour le bain).

Verse 72

सेतावर्धोदये स्नानमानंदप्राप्तिकारणम् । मुक्तिप्रदं महापुण्यं महानरकनाशनम्

Se baigner au Setu lors du saint Ardhodaya est cause d’obtenir la béatitude; cela accorde la mokṣa, engendre un immense puṇya et anéantit les grands enfers.

Verse 73

पौषे मासे विष्णुभस्थे दिनेशे भानोर्वारे किंचिदुद्यद्दिनेशे । युक्ताऽमा चेन्नागहीना तु पाते विष्णोरृक्षे पुण्यमर्धोदयं स्यात्

Au mois de Pauṣa, lorsque le Soleil est en Makara (Capricorne), un dimanche, au moment où l’astre vient tout juste de se lever—si une Amāvāsyā (nouvelle lune) s’y conjoint, si l’instant n’est pas privé du yoga lié aux nāgas, et si la Lune se tient dans la constellation de Viṣṇu—alors cet instant propice est appelé le méritoire Ardhodaya.

Verse 74

तस्मिन्नर्धोदये सेतौ स्नानं सायुज्यकारणम् । व्यतीपातसहस्रेण दर्शमेकं समं स्मृतम्

En ce jour d’Ardhodaya, le bain sacré au Setu devient cause de sāyujya, l’union au Divin. Un seul darśa (nouvelle lune) est tenu pour l’égal de mille Vyatīpāta.

Verse 75

दर्शायुतसमं पुण्यं भानुवारो भवेद्यदि । श्रवणर्क्ष यदि भवे द्भानुवारेण संयुतम्

Si un dimanche (jour de Ravi) survient, il confère un mérite égal à dix mille darśa. Et si l’astre-lune Śravaṇa (nakṣatra) coïncide avec ce dimanche, l’auspice s’en trouve encore accru.

Verse 76

पुण्यमेव तु विज्ञेयमन्योन्यस्यैव योगतः । एकैकमप्यमृतदं स्नानदानजपार्चनात्

Qu’on le sache : c’est bien du mérite, né de la conjonction réciproque des facteurs propices. Même chacune des observances—bain, dāna (aumône), japa et adoration—donne un fruit semblable à l’amṛta, l’immortel.

Verse 77

पंचस्वपि च युक्तेषु किमु वक्तव्यमत्र हि । श्रवणं ज्योतिषां श्रेष्ठममा श्रेष्ठा तिथिष्वपि

Et lorsque les cinq facteurs propices sont réunis, que dire de plus ? Parmi les nakṣatra, Śravaṇa est le plus excellent ; et parmi les tithi aussi, Amāvasyā (nouvelle lune) est tenue pour la meilleure.

Verse 78

व्यतीपात तु योगानां वारं वारेषु वै रवेः । चतुर्णामपि यो योगो मकरस्थे रवौ भवेत्

Parmi les yogas astrologiques, Vyatīpāta est le premier ; et parmi les jours, le dimanche, jour de Ravi, est le plus élevé. Lorsque la conjonction de quatre facteurs propices survient tandis que le Soleil est en Makara (Capricorne), son importance devient toute particulière.

Verse 79

तस्मिन्काले रामसेतौ यदि स्नायात्तु मानवः । गर्भं न मातुराप्नोति किन्तु सायुज्यमाप्नुयात्

En ce temps-là même, si un homme se baigne à Rāmasetu, il ne retourne plus au sein d’une mère ; au contraire, il obtient le sāyujya, l’union totale avec le Divin.

Verse 80

अर्धोदयसमः कालो न भूतो न भविष्यति । एवं महोदयः कालो धर्मकालः प्रकीर्तितः

Un temps égal à l’Ardhodaya n’a jamais existé auparavant et n’existera plus. Ainsi, ce temps de Mahodaya est proclamé comme le temps suprême du dharma.

Verse 81

एतेषु पुण्यकालेषु सेतौ दानं प्रकीर्तितम् । आचारश्च तपो वेदो वेदांतश्रवणं तथा

En ces temps méritoires, la dāna au Setu est tout particulièrement louée. Sont loués aussi la bonne conduite, l’ascèse (tapas), l’étude des Veda et l’écoute du Vedānta.

Verse 82

शिवविष्ण्वादिपूजापि पुराणार्थप्रवक्तृता । यस्मिन्विप्रे तु विद्यंते दानपात्रं तदुच्यते

Sont également louées l’adoration de Śiva, de Viṣṇu et des autres divinités, ainsi que l’exposé du sens des Purāṇa. Le brāhmane en qui se trouvent ces qualités est dit digne réceptacle du don (dāna-pātra).

Verse 83

पात्राय तस्मै दानानि सेतौ दद्याद्द्विजातये । यदि पात्रं न लभ्येत सेतावाचारसंयुतम्

À un tel réceptacle digne, qu’on fasse des dons au Setu — au dvija, le « deux fois né ». Et si l’on ne trouve pas de réceptacle digne, pourvu d’une conduite droite au Setu, qu’on y maintienne néanmoins une conduite disciplinée.

Verse 84

संकल्प्योद्दिश्य सत्पात्रं प्रदद्याद्ग्राममागतः । अतो नाधमपात्राय दातव्यं फलकांक्षिभिः । उत्तमं सेतुमाहात्म्यं वक्तुर्देयं न चान्यतः

Même de retour dans son village, qu’on prenne une résolution et qu’on consacre le don à un réceptacle digne. Ainsi, ceux qui désirent le fruit spirituel ne doivent pas donner à l’indigne. Et l’excellente « Grandeur de Setu » doit être offerte et soutenue pour celui qui l’enseigne, et non ailleurs.

Verse 85

अत्रेतिहासं वक्ष्यामि वसिष्ठोक्तमनुत्तमम् । दिलीपाय महाराज्ञे दानपात्रवि वित्सवे

Ici je vais rapporter un récit ancien d’une excellence suprême, prononcé par Vasiṣṭha au Mahārāja Dilīpa, qui désirait connaître en vérité les critères du réceptacle digne pour le dāna.

Verse 86

दिलीप उवाच । दानानि कस्मै देयानि ब्रह्मपुत्र पुरोहित । एतन्मे तत्त्वतो ब्रूहि त्वच्छिष्यस्य महामुने

Dilīpa dit : « Ô prêtre, ô fils de Brahmā, à qui faut-il donner les dons ? Dis-le-moi selon la vérité, ô grand sage, car je suis ton disciple. »

Verse 87

वसिष्ठ उवाच । पात्राणामुत्तमं पात्रं वेदाचारपरायणम् । तस्मादप्यधिकं पात्रं शूद्रान्नं यस्य नोदरे

Vasiṣṭha dit : « Parmi les réceptacles, le meilleur est celui qui se voue à la conduite védique. Plus élevé encore est celui dont le ventre ne contient aucune nourriture obtenue d’un Śūdra, c’est-à-dire celui qui garde une pureté stricte dans son moyen de subsistance. »

Verse 88

वेदाः पुराणमंत्राश्च शिवविष्ण्वादिपूजनम् । वर्णाश्रमाद्यनुष्ठानं वर्तते यस्य संततम्

« Celui en qui se maintiennent sans cesse les Vedas, les mantras des Purāṇa, le culte de Śiva, de Viṣṇu et des autres divinités, ainsi que l’accomplissement régulier des devoirs de varṇa et d’āśrama : une telle personne est véritablement établie dans le dharma. »

Verse 89

दरिद्रश्च कुटुंबी च तत्पात्रं श्रेष्ठमुच्यते । तस्मिन्पात्रे प्रदत्तं वै धर्म कामार्थमोक्षदम्

Même s’il est pauvre et chargé des devoirs de famille, un tel homme est dit un réceptacle excellent. Le don offert à ce réceptacle accorde dharma, kāma, artha et mokṣa.

Verse 90

पुण्यस्थले विशेषेण दानं सत्पात्रगर्हितम् । अन्यथा दशजन्मानि कृकलासो भविष्यति

Surtout en un lieu saint, donner (à un indigne) est blâmé à l’aune du réceptacle digne. Autrement, durant dix naissances, on deviendra lézard.

Verse 91

जन्मत्रयं रासभः स्यान्मंडूकश्च द्विजन्मनि । एकजन्मनि चाण्डालस्ततः शूद्रो भविष्यति

Pendant trois naissances il sera âne ; pendant deux naissances, grenouille ; pendant une naissance, un cāṇḍāla (paria) ; puis il deviendra Śūdra.

Verse 92

ततश्च क्षत्रियो वैश्यः क्रमाद्विप्रश्च जायते । दरिद्रश्च भवेत्तत्र बहुरोगसमन्वितः

Puis, dans l’ordre prescrit, il naît Kṣatriya, puis Vaiśya, puis Brāhmaṇa ; et pourtant, même alors, il devient pauvre et accablé de nombreuses maladies.

Verse 93

एवं बहुविधा दोषा दुष्टपात्रप्रदानतः । तस्मात्सर्वप्रयत्नेन सत्पात्रेषु प्रदापयेत्

Ainsi naissent maintes sortes de fautes lorsqu’on donne à un réceptacle indigne. C’est pourquoi, de tout son effort, qu’on donne aux réceptacles dignes.

Verse 94

न लभ्यते चेत्तत्पात्रं तदा संकल्पपूर्वकम् । एकं सत्पात्रमुद्दिश्य प्रक्षिपेदुदकं भुवि

Si l’on ne trouve pas un récipiendaire digne, qu’on fasse d’abord le saṅkalpa (intention rituelle) ; puis, en visant en esprit un unique satpātra, qu’on verse l’eau sur le sol en offrande.

Verse 95

उद्दिष्टपात्रस्य मृतौ तत्पुत्राय समर्पयेत् । तस्यापि मरणे प्राप्ते महादेवे समर्प येत् । अतोनाधमपात्राय दद्यात्तीर्थे विशेषतः

Si le récipiendaire désigné est mort, qu’on l’offre à son fils ; et si celui-ci aussi est passé, qu’on le consacre à Mahādeva. Ainsi, surtout dans un tīrtha sacré, qu’on ne donne pas à un indigne, déchu.

Verse 96

श्रीसूत उवाच । एवमुक्तो वसिष्ठेन दिलीपः स द्विजोत्तमाः

Śrī Sūta dit : Ainsi instruit par Vasiṣṭha, Dilīpa — ô meilleur des deux-fois-nés — agit conformément à cet enseignement.

Verse 97

तदा प्रभृति सत्पात्रे प्रायच्छद्दानमुत्तमम् । अतः पुण्यस्थले सेतावत्रापि मुनिपुंगवाः

Dès lors, il accorda sans cesse la dāna la plus excellente à des récipiendaires dignes. Ainsi, ô le plus éminent des munis, ici aussi à Setu — ce lieu au mérite suprême — qu’on suive la même règle.

Verse 98

यदि लभ्येत सत्पात्रं तदा दद्याद्धनादिकम् । नो चेत्संकल्पपूर्वं तु विशिष्टं पात्रमुत्तमम्

Si l’on trouve un satpātra digne, qu’on donne richesse et autres biens. Sinon, qu’on fasse d’abord le saṅkalpa et qu’on désigne un récipiendaire excellent et déterminé.

Verse 99

समुद्दिश्य जलं भूमौ प्रक्षिपेद्भक्तिसंयुतः । स्वग्राममागतः पश्चात्तस्मिन्पात्रे समर्पयेत्

Avec dévotion, après avoir désigné en son esprit le destinataire, qu’on verse de l’eau sur le sol en signe. Puis, de retour dans son village, qu’on remette l’offrande à celui qui a été ainsi désigné.

Verse 100

पूर्वंसंकल्पितं वित्तं धर्मलोपोऽन्यथा भवेत् । न दुःखं पुनराप्नोति किं तु सायुज्यमाप्नुयात्

La richesse auparavant vouée par vœu à la charité ne doit pas être détournée; autrement il y a défaillance du dharma. En l’honorant, on ne retombe plus dans la peine, mais l’on obtient le sāyujya, l’union au Divin.

Verse 110

उपरागसहस्रेण सममर्धोददयं स्मृतम् । अर्धोदयसमः कालो नास्ति संसारमोचकः

On se souvient qu’Ardhodaya équivaut à mille éclipses. Il n’est pas de moment comparable à Ardhodaya pour délivrer l’être des liens du samsara.

Verse 120

संसारेषु निमज्जंति ते यथांधाः पतंत्यधः । सेतावर्धोदये स्नात्वा भित्त्वा भास्करमण्डलम्

Dans le samsara ils s’enfoncent et, tels des aveugles, tombent vers le bas. Mais en se baignant à Setu lors d’Ardhodaya, on brise la sphère du Soleil, dépassant le cours cosmique ordinaire.

Verse 130

यथाशक्त्यन्नपानाद्यैः पृथङ्मंत्रैः समर्चयेत् । कांस्यपात्रं समादाय नूतनं दारवं तु वा

Selon ses moyens, qu’on rende un culte avec nourriture, boisson et autres offrandes, en récitant des mantras distincts. Qu’on prenne un vase de bronze, ou bien un vase neuf en bois.

Verse 140

प्रतिमामर्पयेत्तस्मै गां च छत्रमुपानहम् । एवमर्द्धोदये सेतौ व्रतं कुर्याद्द्वि जोत्तमाः

Qu’on lui offre une image sacrée (pratimā), une vache, un parasol et des sandales. Ainsi, ô meilleur des deux-fois-nés, qu’on accomplisse à Setu le vœu d’Ardhodaya.

Verse 150

ऐन्द्रे श्वेताचले पुण्ये पद्मनाभे महास्थले । फुल्लाख्ये घटिकाद्रौ च सारक्षेत्रे हरि स्थले

Dans la région sacrée d’Aindra—sur le saint Śvetācala, au grand siège de Padmanābha, au lieu nommé Phullā, sur la montagne Ghaṭikādri, et à Sārakṣetra, demeure de Hari—(ce sont des lieux saints d’un mérite suprême).

Verse 160

शिवं वा केशवं वापि तथान्यानपि वै सुरान् । न पूजयंति वेदोक्त मार्गेण द्विजपुंगवाः

Ni Śiva ni Keśava, ni même les autres dieux, ne sont véritablement honorés par ces « meilleurs des deux-fois-nés » qui ne suivent pas la voie de culte prescrite par les Veda.

Verse 170

दोर्द्वंद्वे च गले सम्यक्सर्वपापौघशांतये । रुद्राक्षं तुलसीकाष्ठं यो न धारयते नरः

Pour apaiser pleinement le flot de tous les péchés—sur les deux bras et autour du cou—l’homme qui ne porte ni rudrākṣa ni chapelet de bois de tulasī (ne revêt pas ces marques purificatrices de la dévotion).

Verse 180

अन्यन्नैमित्तिकं श्राद्धं ये न कुर्वंति लोभतः । ये चैत्रे तु पौर्णमास्यां चित्रगुप्तस्य तुष्टये

Ceux qui, par avidité, n’accomplissent pas le śrāddha occasionnel (naimittika) ; et ceux qui, à la pleine lune de Caitra, n’accomplissent pas le rite pour satisfaire Citragupta…

Verse 190

महादुःखप्रशमनं महारोगनिबर्हणम् । दुःस्वप्ननाशनं पुण्यमपमृ त्युनिवारणम्

Cette récitation sacrée apaise la grande affliction, détruit les maladies redoutables, dissipe les mauvais rêves, confère un mérite saint et écarte la mort avant l’heure.

Verse 200

यः पंचाशत्तमाध्यायान्पठते शृणुतेऽपि वा । स सांबं हरमाप्नोति शिवं चन्द्रार्धशेखरम्

Quiconque lit—ou ne fait qu’entendre—ces cinquante chapitres atteint Śiva, Hara, le Seigneur avec Umā (Sāmbā), Celui dont le croissant de lune est la couronne.

Verse 210

तथान्येष्वपि तीर्थेषु सेतुमध्यगतेषु वै । तत्फलं समवाप्नोति पाठेन श्रवणेन वा

De même, dans les autres tīrtha situés au pays de Setu, on obtient le même fruit par la récitation ou par l’écoute.

Verse 220

पठनीयमिदं पुण्यं मठे देवालयेऽपि वा । नदीतटाकतीरेषु पुण्ये वारण्यभूतले । श्रोत्रियाणां गृहे वापि नैवान्यत्र तु कर्हिचित्

Ce texte méritoire doit être récité dans un maṭha ou même dans un temple; sur les rives des fleuves et des lacs; sur une terre forestière sacrée; ou dans la demeure de brāhmaṇas instruits du Veda—jamais ailleurs, en aucun temps.

Verse 230

पूजिते श्रावके तस्मिन्पूजिताः स्युस्त्रिमूर्तयः । जगत्त्रयं पूजितं स्यात्पूजितासु त्रिमूर्तिषु

Quand cet auditeur dévot est honoré, les Trimūrti sont honorés; et lorsque les Trimūrti sont honorés, les trois mondes sont honorés.

Verse 240

व्यासस्य चरणांभोजे दंडवत्प्रणिपत्य तु । जलमानंदजं तत्र नेत्राभ्यांपर्यवर्तयत्

S’étant prosterné de tout son corps aux pieds de lotus de Vyāsa, il y laissa couler de ses yeux l’eau née de la joie—des larmes de béatitude.

Verse 250

ऋषयो नैमिषारण्यनिलयास्तुष्टिमागताः । प्रत्यहं सेतुमाहात्म्यं शृण्वंति च पठंति च

Les ṛṣis qui demeurent à Naimiṣāraṇya parvinrent à une profonde quiétude, car chaque jour ils écoutent et récitent la gloire de Setu (Rāmeśvaram).