Adhyaya 18
Rudra SamhitaSrishti KhandaAdhyaya 1866 Verses

दीक्षितपुत्रस्य दैन्यचिन्ता तथा शिवरात्र्युपासनाप्रसङ्गः / The Initiate’s Son in Distress and the Occasion of Śivarātri Worship

L’Adhyāya 18 s’ouvre sur Brahmā racontant à Nārada un épisode moral et psychologique centré sur un jeune homme nommé dīkṣitāṅgaja, fils d’une famille initiée aux rites. Après avoir entendu un récit antérieur concernant ses propres conditions passées, il blâme sa conduite d’autrefois et s’en va vers une direction indéterminée. Après un certain temps de marche, il sombre dans l’abattement et l’inertie, accablé par l’angoisse de la subsistance et de la considération sociale. Il médite sur son manque d’instruction et de richesse, et pèse l’insécurité de porter de l’argent (peur des voleurs) contre la précarité de n’en avoir aucun. Il se lamente d’être né dans une lignée yājaka (sacerdotale/ritualiste) tout en tombant dans un grand malheur, concluant que le vidhi—le destin—est puissant et suit la causalité du karma. Il avoue ne pas savoir même mendier, n’avoir ni proches ni refuge immédiat; la protection maternelle lui paraît absente en ce lieu. Tandis qu’il réfléchit sous un arbre jusqu’au coucher du soleil, apparaît une figure contrastée : un dévot māheśvara quittant la ville avec des offrandes, accompagné de gens, jeûnant à Śivarātri pour adorer Īśāna. L’arc du chapitre prépare ainsi une leçon : à l’impuissance humaine et aux contraintes karmiques répond l’économie rituelle de la bhakti śaiva, où le vrata et le culte deviennent des moyens concrets de soutien, de mérite et de retour vers Śiva.

Shlokas

Verse 1

ब्रह्मोवाच । श्रुत्वा तथा स वृत्तांतं प्राक्तनं स्वं विनिंद्य च । कांचिद्दिशं समालोक्य निर्ययौ दीक्षितांगजः

Brahmā dit : Ayant entendu ce récit, il blâma sa propre conduite d’autrefois. Puis, tournant son regard vers une certaine direction, le fils de Dīkṣita (Dakṣa) s’en alla.

Verse 2

कियच्चिरं ततो गत्वा यज्ञदत्तात्मजस्स हि । दुष्टो गुणनिधिस्तस्थौ गतोत्साहो विसर्जितः

Après avoir marché quelque temps, le fils de Yajñadatta — Guṇanidhi, bien que pervers — s’arrêta, l’ardeur épuisée et les forces presque abandonnées.

Verse 3

चिंतामवाप महतीं क्व यामि करवाणि किम् । नाहमभ्यस्तविद्योऽस्मि न चैवातिधनोऽस्म्यहम्

Accablé d’une grande inquiétude, il se dit : «Où irai-je ? Que dois-je faire ? Je ne suis pas formé au savoir, et je ne suis pas non plus d’une grande richesse.»

Verse 4

देशांतरे यस्य धनं स सद्यस्सुखमेधते । भयमस्ति धने चौरात्स विघ्नस्सर्वतोभवः

Celui dont la richesse se trouve en un pays lointain peut, pour un temps, sembler prospérer dans l’aisance ; pourtant cette richesse s’accompagne de la peur des voleurs, et d’elle naissent des obstacles de tous côtés.

Verse 5

याजकस्य कुले जन्म कथं मे व्यसनं महत् । अहो बलीयान्हि विधिर्भाविकर्मानुसंधयेत्

«Comment un si grand malheur m’est-il advenu, moi qui suis né dans la lignée d’un yājaka, prêtre officiant ? Hélas ! Le destin est vraiment plus puissant : il suit infailliblement le karma encore à mûrir et le fait porter fruit.»

Verse 6

भिक्षितुन्नाधिगच्छामि न मे परिचितिः क्वचित् । न च पार्श्वे धनं किञ्चित्किमत्र शरणं भवेत्

Je ne sais même pas où aller mendier ; je n’ai de relations nulle part. Et je n’ai aucun bien à mes côtés — dans une telle situation, quel refuge pourrait-il y avoir pour moi ?

Verse 7

सदानभ्युदिते भानौ प्रसूर्मे मिष्टभोजनम् । दद्यादद्यात्र कं याचे न चेह जननी मम

Quand le soleil n’était pas encore levé, ma mère—tout juste après m’avoir enfanté—me donnait une nourriture douce. Aujourd’hui, ici, à qui demanderai-je ? Car ma mère n’est pas ici.

Verse 8

ब्रह्मोवाच । इति चिंतयतस्तस्य बहुशस्तत्र नारद । अति दीनं तरोर्मूले भानुरस्ताचलं गतः

Brahmā dit : «Ô Nārada, tandis qu’il réfléchissait ainsi, encore et encore, en ce même lieu, il devint profondément accablé au pied d’un arbre ; et le Soleil se coucha derrière la montagne de l’Occident.»

Verse 9

एतस्मिन्नेव समये कश्चिन्माहेश्वरो नरः । सहोपहारानादाय नगराद्बहिरभ्यगात्

À cet instant même, un homme dévoué à Mahādeva prit des offrandes avec lui et sortit de la cité.

Verse 10

नानाविधान्महादिव्यान्स्वजनैः परिवारितः । समभ्यर्चितुमीशानं शिवरात्रावुपोषितः

Entouré des siens et portant maintes offrandes divines d’une excellence rare, il observa le jeûne lors de la Nuit de Śiva (Mahāśivarātri) afin d’adorer, avec une bhakti entière, Īśāna, le Seigneur suprême Śiva.

Verse 11

शिवालयं प्रविश्याथ स भक्तश्शिवसक्तधीः । यथोचितं सुचित्तेन पूजयामास शंकरम्

Entrant dans le sanctuaire de Śiva, ce dévot—dont l’esprit était tout entier absorbé en Śiva—adora Śaṅkara d’un cœur pur, selon le rite prescrit.

Verse 12

पक्वान्नगंधमाघ्राय यज्ञदत्तात्मजो द्विजः । पितृत्यक्तो मातृहीनः क्षुधितः स तमन्वगात्

Sentant le parfum des mets cuits, le jeune brahmane—fils de Yajñadatta—abandonné par son père, privé de sa mère et tourmenté par la faim, se mit à le suivre.

Verse 13

इदमन्नं मया ग्राह्यं शिवायोपकृतं निशि । सुप्ते शैवजने दैवात्सर्वस्मिन्विविधं महत्

Cette nourriture, je dois la prendre—préparée dans la nuit comme naivedya, offrande destinée à Śiva. Par ordonnance divine, lorsque les fidèles śaiva s’étaient endormis, une grande profusion de mets se trouvait partout.

Verse 14

इत्याशामवलम्ब्याथ द्वारि शंभोरुपाविशत् । ददर्श च महापूजां तेन भक्तेन निर्मिताम्

Ainsi, s’attachant à l’espérance, il s’assit au seuil de Śambhu ; et il vit la grande pūjā, la majestueuse adoration, que ce dévot avait préparée.

Verse 15

विधाय नृत्यगीतादि भक्तास्सुप्ताः क्षणे यदा । नैवेद्यं स तदादातुं भर्गागारं विवेश ह

Après avoir ordonné danses, chants et le reste, lorsque les dévots s’assoupirent un instant, il entra dans la demeure sacrée de Bharga afin d’emporter le naivedya, l’offrande de nourriture.

Verse 16

दीपं मंदप्रभं दृष्ट्वा पक्वान्नवीक्षणाय सः । निजचैलांजलाद्वर्तिं कृत्वा दीपं प्रकाश्य च

Voyant que la lampe ne donnait qu’une faible lueur, lui—désireux d’examiner les mets cuits—fit une mèche avec l’ourlet de son propre vêtement et illumina la lampe.

Verse 17

यज्ञदत्तात्मजस्सोऽथ शिवनैवेद्यमादरात् । जग्राह सहसा प्रीत्या पक्वान्न वहुशस्ततः

Alors le fils de Yajñadatta, avec un soin plein de révérence, reçut aussitôt le naivedya destiné au Seigneur Śiva ; et, rempli de joie et de dévotion, il goûta maintes fois aux mets cuits.

Verse 18

इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां प्रथमखण्डे सृष्ट्यु पाख्याने कैलाशगमनोपाख्याने गुणनिधिसद्गतिवर्णनो नामाष्टादशोऽध्यायः

Ainsi, dans le «Śrī Śiva Mahāpurāṇa»—au sein du Deuxième Livre, la Rudra Saṃhitā, dans la Première Section, dans le récit de la Création, dans l’épisode annexe du voyage vers Kailāsa—s’achève le dix-huitième chapitre, intitulé «Description de l’accession de Guṇanidhi à la Sadgati, l’état de bon augure».

Verse 19

कोऽयं कोऽयं त्वरापन्नो गृह्यतां गृह्यता मसौ । इति चुक्रोश स जनो गिरा भयमहोच्चया

«Qui est-ce—qui est-ce—qui accourt ainsi dans la hâte ? Saisissez-le ! Saisissez-le !» Ainsi le peuple cria, d’une voix gonflée d’une grande frayeur.

Verse 20

यावद्भयात्समागत्य तावत्स पुररक्षकैः । पलायमानो निहतः क्षणादंधत्वमागतः

Dès qu’il s’approcha, saisi de peur, les gardes de la cité l’abattirent aussitôt ; et, tandis qu’il tentait de fuir, en un instant il fut réduit à la cécité.

Verse 21

अभक्षयच्च नैवेद्यं यज्ञदत्तात्मजो मुने । शिवानुग्रहतो नूनं भाविपुण्यबलान्न सः

Ô sage, le fils de Yajñadatta ne prit point du naivedya, l’offrande consacrée. Assurément, ce fut par la grâce du Seigneur Śiva, afin qu’il fût soutenu par la force de mérites appelés à naître dans l’avenir.

Verse 22

अथ बद्धस्समागत्य पाशमुद्गरपाणिभिः । निनीषुभिः संयमनीं याम्यैस्स विकटैर्भटैः

Alors, solidement lié, il fut saisi par les farouches serviteurs de Yama, tenant lacs et massues, venus avec l’intention de l’emmener à Saṃyamanī, la cité de la contrainte, demeure de Yama.

Verse 23

तावत्पारिषदाः प्राप्ताः किंकि णीजालमालिनः । दिव्यं विमानमादाय तं नेतुं शूलपाणयः

À cet instant, les compagnons de Śiva arrivèrent, parés de réseaux de clochettes tintantes. S’emparant d’un vimāna divin, ces serviteurs porteurs du trident vinrent pour l’emmener.

Verse 24

शिवगणा ऊचुः । मुंचतैनं द्विजं याम्या गणाः परम धार्मिकम् । दण्डयोग्यो न विप्रोऽसौ दग्धसर्वाघसंचयः

Les Gaṇas de Śiva dirent : «Ô serviteurs de Yama, relâchez ce brāhmane, éminemment juste. Ce brāhmane n’est pas digne de châtiment, car toute l’accumulation de ses fautes a été brûlée».

Verse 25

इत्याकर्ण्य वचस्ते हि यमराजगणास्ततः । महादेवगणानाहुर्बभूवुश्चकिता भृशम्

Ayant entendu ces paroles, les serviteurs de Yamarāja s’adressèrent alors aux serviteurs de Mahādeva, et ils furent saisis d’une grande frayeur.

Verse 26

शंभोर्गणानथालोक्य भीतैस्तैर्यमकिंकरैः । अवादि प्रणतैरित्थं दुर्वृत्तोऽयं गणा द्विजः

Alors, voyant les gaṇa de Śambhu (Śiva), ces serviteurs de Yama, saisis d’effroi, se prosternèrent et dirent ainsi : « Ô gaṇa, ce brāhmane est vraiment d’une conduite mauvaise. »

Verse 27

यमगणा ऊचुः । कुलाचारं प्रतीर्य्यैष पित्रोर्वाक्यपराङ्मुखः । सत्यशौचपरिभ्रष्टस्संध्यास्नानविवर्जितः

Les serviteurs de Yama dirent : « Cet homme a rejeté les devoirs établis de sa lignée et de sa tradition (kulācāra) ; il s’est détourné des paroles de son père et de sa mère. Il a déchu de la vérité et de la pureté, et a abandonné les rites quotidiens de sandhyā ainsi que le bain rituel. »

Verse 28

आस्तां दूरेस्य कर्मान्यच्छिवनिर्माल्यलंघकः । प्रत्यक्षतोऽत्र वीक्षध्वमस्पृश्योऽयं भवादृशाम्

Que ses autres actes soient tenus bien loin. Cet homme a transgressé le nirmālya, les saints restes offerts à Śiva ; voyez-le ici de vos propres yeux : pour des gens tels que vous, il est intouchable.

Verse 29

शिवनिर्माल्यभोक्तारश्शिवनिर्म्माल्यलंघकाः । शिवनिर्माल्यदातारः स्पर्शस्तेषां ह्यपुण्यकृत्

Ceux qui mangent le nirmālya de Śiva, ceux qui en méprisent ou en violent la sainteté, et ceux qui donnent le nirmālya de Śiva : le contact avec de tels êtres est, en vérité, cause de démérite.

Verse 30

विषमालोक्य वा पेयं श्रेयो वा स्पर्शनं परम् । सेवितव्यं शिवस्वं न प्राणः कण्ठगतैरपि

Quand bien même l’on serait contraint de regarder le poison, voire de le boire, et quand bien même le souverain Bien s’obtiendrait par un simple contact—il ne faut jamais s’approprier ni jouir de ce qui appartient à Śiva ; pas même lorsque la vie est au bord de la gorge, dans le péril extrême.

Verse 31

यूयं प्रमाणं धर्मेषु यथा न च तथा वयम् । अस्ति चेद्धर्मलेशोस्य गणास्तं शृणुमो वयम्

En matière de dharma, vous êtes la norme faisant autorité ; nous ne le sommes pas. Aussi, ô Gaṇas, s’il demeure en cette affaire ne fût-ce qu’une parcelle de dharma, nous souhaitons l’entendre de vous.

Verse 32

इत्थं तद्वाक्यमाकर्ण्य यामानां शिवकिंकराः । स्मृत्वा शिवपदाम्भोजं प्रोचुः पारिषदास्तु तान्

Ayant ainsi entendu ces paroles, les serviteurs de Śiva — gardiens des Yāmas — se remémorèrent les pieds de lotus du Seigneur Śiva, puis s’adressèrent aux assistants qui se tenaient devant eux.

Verse 33

शिवकिंकरा ऊचुः । किंकराश्शिवधर्मा ये सूक्ष्मास्ते तु भवादृशैः । स्थूललक्ष्यैः कथं लक्ष्या लक्ष्या ये सूक्ष्मदृष्टिभिः

Les serviteurs de Śiva dirent : «Nous sommes les serviteurs de Śiva, de nature subtile ; seuls ceux qui, comme vous, ont une vision affinée peuvent nous percevoir. Comment serions-nous reconnus par ceux dont le regard s’attache aux marques grossières et extérieures ? Seuls les clairvoyants au regard subtil peuvent nous saisir.»

Verse 34

अनेनानेनसा कर्म यत्कृतं शृणुतेह तत् । यज्ञदत्तात्मजेनाथ सावधानतया गणाः

«Écoutez maintenant l’acte accompli par celui-ci même. Ô Gaṇas, écoutez avec attention ce qui fut réalisé ici par le fils de Yajñadatta.»

Verse 36

अपरोपि परो धर्मो जातस्तत्रास्य किंकरः । शृण्वतः शिवनामानि प्रसंगादपि गृह्णताम्

Là, même un autre acte — qui semblerait secondaire — devient le Dharma suprême et le sert tel un serviteur dévoué, lorsque l’on écoute les noms de Śiva, fût-ce par hasard, et même si l’on ne les reprend qu’incidemment.

Verse 37

भक्तेन विधिना पूजा क्रियमाणा निरीक्षिता । उपोषितेन भूतायामनेनास्थितचेतसा

On observa le culte tandis que le dévot l’accomplissait selon le rite prescrit : par celui qui avait jeûné, veillé toute la nuit, et dont l’esprit demeurait ferme, sans distraction.

Verse 38

शिवलोकमयं ह्यद्य गंतास्माभिस्सहैव तु । कंचित्कालं महाभोगान्करिष्यति शिवानुगः

« En vérité, aujourd’hui il ira au monde de Śiva avec nous. Pendant quelque temps, ce dévot—compagnon et serviteur de Śiva—jouira de grandes délices divines. »

Verse 39

कलिंगराजो भविता ततो निर्धूतकल्मषः । एष द्विजवरो नूनं शिवप्रियतरो यतः

Ensuite, il deviendra roi de Kaliṅga, ses fautes entièrement lavées. Vraiment, cet excellent brāhmane est le plus cher au Seigneur Śiva, tant sa dévotion et son mérite sont grands.

Verse 40

अन्यत्किंचिन्न वक्तव्यं यूयं यात यथागतम् । यमदूतास्स्वलोकं तु सुप्रसन्नेन चेतसा

« Il n’y a rien de plus à dire. Retournez comme vous êtes venus. Ô messagers de Yama, regagnez votre propre royaume, l’esprit entièrement apaisé. »

Verse 41

ब्रह्मोवाच । इत्याकर्ण्य वचस्तेषां यमदूता मुनीश्वर । यथागतं ययुस्सर्वे यमलोकं पराङ्मुखाः

Brahmā dit : « Ô seigneur parmi les sages, ayant ainsi entendu leurs paroles, tous les messagers de Yama se détournèrent et partirent vers le monde de Yama, retournant par le même chemin qu’ils avaient emprunté. »

Verse 42

सर्वं निवेदयामासुश्शमनाय गणा मुने । तद्वृत्तमादितः प्रोक्तं शंभुदूतैश्च धर्मतः

Ô sage, les Gaṇa rapportèrent tout à Śamana ; puis les messagers de Śambhu exposèrent l’affaire entière depuis le commencement, conformément au dharma.

Verse 43

धर्मराज उवाच । सर्वे शृणुत मद्वाक्यं सावधानतया गणाः । तदेव प्रीत्या कुरुत मच्छासनपुरस्सरम्

Dharmarāja dit : « Vous tous, ô Gaṇa, écoutez mes paroles avec une attention parfaite. Puis, de bon gré, accomplissez précisément cet ordre, en plaçant mon commandement au premier rang. »

Verse 44

ये त्रिपुण्ड्रधरा लोके विभूत्या सितया गणाः । ते सर्वे परिहर्तव्या नानेतव्याः कदाचन

Ceux qui, dans le monde, portent le tripuṇḍra tracé avec la vibhūti blanche—tous ceux-là doivent être évités; qu’on ne les admette jamais en sa compagnie, en aucun temps.

Verse 45

उद्धूलनकरा ये हि विभूत्या सितया गणाः । ते सर्वे परिहर्तव्या नानेतव्याः कदाचन

Quant aux gaṇas qui se poudrent le corps de vibhūti blanche, tous ceux-là doivent être évités; qu’on ne les admette jamais, en aucun temps, dans sa compagnie ou sa pratique.

Verse 46

शिववेषतया लोके येन केनापि हेतुना । ते सर्वे परिहर्तव्या नानेतव्याः कदाचन

Dans ce monde, ceux qui, pour quelque raison que ce soit, prennent l’apparence de Śiva—tous ceux-là doivent être évités; qu’on ne les admette jamais en sa compagnie.

Verse 47

ये रुद्राक्षधरा लोके जटाधारिण एव ये । ते सवे परिहर्तव्या नानेतव्याः कदाचन

Ceux qui, dans ce monde, ne font que porter des graines de rudraksha et ceux qui ne gardent que des cheveux emmêlés doivent tous être évités ; ils ne doivent jamais être admis en sa compagnie.

Verse 48

उपजीवनहेतोश्च शिववेषधरा हि ये । ते सर्वे परिहर्तव्या नानेतव्याः कदाचन

Ceux qui portent les vêtements et les marques extérieures de Shiva simplement comme moyen de subsistance doivent tous être évités ; ils ne doivent jamais être admis en sa compagnie.

Verse 49

दंभेनापि च्छलेनापि शिववेषधरा हि ये । ते सर्वे परिहर्तव्या नानेतव्याः कदाचन

Ceux qui, par hypocrisie ou tromperie, ne portent que l'apparence des dévots de Shiva doivent être évités ; ils ne doivent jamais être admis en sa compagnie.

Verse 50

एवमाज्ञापयामास स यमो निज किंकरान् । तथेति मत्वा ते सर्वे तूष्णीमासञ्छुचिस्मिताः

Ainsi Yama donna son ordre à ses propres serviteurs. Pensant : « Qu'il en soit ainsi », ils restèrent tous silencieux, arborant de doux et purs sourires.

Verse 51

ब्रह्मोवाच । पार्षदैर्यमदूतेभ्यो मोचितस्त्विति स द्विजः । शिवलोकं जगामाशु तैर्गणैश्शुचिमानसः

Brahmā dit : « Ainsi, cet homme deux fois né, libéré des messagers de Yama par les serviteurs du Seigneur, se rendit rapidement au monde de Śiva, accompagné de ces gaṇas, son esprit étant devenu pur. »

Verse 52

तत्र भुक्त्वाखिलान्भोगान्संसेव्य च शिवाशिवौ । अरिंदमस्य तनयः कलिंगाधिपतेरभूत्

Là, après avoir goûté à toutes les jouissances du monde et avoir servi avec respect Śiva et Śivā (Pārvatī), le fils d’Ariṃdama devint le souverain de Kaliṅga.

Verse 53

दम इत्यभिधानोऽभूच्छिवसेवापरायणः । बालोऽपि शिशुभिः साकं शिवभक्तिं चकार सः

Il y eut un homme nommé Dama, entièrement voué au service du Seigneur Śiva. Bien qu’il fût encore enfant, il pratiqua la dévotion à Śiva avec d’autres enfants.

Verse 54

क्रमाद्राज्यमवापाथ पितर्युपरते युवा । प्रीत्या प्रवर्तयामास शिवधर्मांश्च सर्वशः

En temps voulu, lorsque son père eut quitté ce monde, le jeune homme obtint le royaume ; et, avec une dévotion joyeuse, il fit observer partout les ordonnances de Śiva.

Verse 55

नान्यं धर्मं स जानाति दुर्दमो भूपतिर्दमः । शिवालयेषु सर्वेषु दीपदानादृते द्विजः

Ce roi Dama, difficile à dompter, ne connaissait d’autre devoir religieux que celui-ci : ô deux-fois-né, dans tous les temples de Śiva il offrait des lampes, sans jamais négliger le don de la lumière.

Verse 56

ग्रामाधीशान्समाहूय सर्वान्स विषयस्थितान् । इत्थमाज्ञापयामास दीपा देयाश्शिवालये

Ayant convoqué les chefs de village et tous ceux en poste dans les districts, il donna cet ordre : «Dans le temple de Śiva, des lampes doivent être offertes.»

Verse 57

अन्यथा सत्यमेवेदं स मे दण्ड्यो भविष्यति । दीप दानाच्छिवस्तुष्टो भवतीति श्रुतीरितम्

Sinon, ceci est la vérité même : il deviendra passible de mon châtiment. Car la Śruti proclame que, par le don d’une lampe, le Seigneur Śiva est satisfait.

Verse 58

यस्ययस्याभितो ग्रामं यावतश्च शिवालयाः । तत्रतत्र सदा दीपो द्योतनीयोऽविचारितम्

Dans tout village et tout alentour où se trouvent des temples du Seigneur Śiva, en chacun de ces lieux une lampe doit être tenue allumée en permanence, sans hésitation.

Verse 59

ममाज्ञाभंगदोषेण शिरश्छेत्स्याम्यसंशयम् । इति तद्भयतो दीपा दीप्ताः प्रतिशिवालयम्

«Par la faute d’avoir transgressé mon ordre, on me tranchera la tête, sans aucun doute.» Par cette crainte, les lampes s’embrasèrent, chacune devant un śivālaya, rayonnant vers la demeure de Śiva.

Verse 60

अनेनैव स धर्मेण यावज्जीवं दमो नृपः । धर्मर्द्धिं महतीं प्राप्य कालधर्मवशं गतः

Par ce même dharma, ô Roi, Dama vécut tant que dura sa vie. Ayant obtenu une grande prospérité née de la droiture, il alla finalement sous la loi de Kāla, le Temps, se soumettant à l’inévitable condition mortelle.

Verse 61

स दीपवासनायोगाद्बहून्दीपान्प्रदीप्य वै । अलकायाः पतिरभूद्रत्नदीपशिखाश्रयः

Par la puissance de son offrande de lampes et l’empreinte de dévotion qu’elle fit naître, il alluma véritablement de nombreuses lampes ; et il devint le seigneur d’Alakā, demeurant au milieu des flammes éclatantes des lampes de joyaux.

Verse 62

एवं फलति कालेन शिवेऽल्पमपि यत्कृतम् । इति ज्ञात्वा शिवे कार्यं भजनं सुसुखार्थिभिः

Ainsi, en son temps, même un acte infime accompli pour Śiva porte du fruit. Le sachant, ceux qui aspirent au vrai bien-être doivent se vouer au culte dévotionnel de Śiva.

Verse 63

क्व स दीक्षितदायादः सर्वधर्मारतिः सदा । शिवालये दैवयोगाद्यातश्चोरयितुं वसु । स्वार्थदीपदशोद्योतलिंगमौलितमोहरः

Où est donc à présent cet héritier des initiés, toujours hostile à tout dharma ? Par un détour du destin, il se rendit au temple de Śiva pour y dérober des richesses. Mais le Liṅga—couronné de l’éclat éblouissant de dix lampes allumées pour son propre dessein—le troubla et le captiva.

Verse 64

कलिंगविषये राज्यं प्राप्तो धर्मरतिं सदा । शिवालये समुद्दीप्य दीपान्प्राग्वासनोदयात्

Ayant obtenu la royauté au pays de Kaliṅga, il demeura toujours voué au dharma ; et, l’éveil de ses anciennes impressions sacrées l’ayant ému, il fit allumer des lampes resplendissantes dans le temple du Seigneur Śiva.

Verse 65

कैषा दिक्पालपदवी मुनीश्वर विलोकय । मनुष्यधर्मिणानेन सांप्रतं येह भुज्यते

«Ô seigneur parmi les sages, regarde : quel est donc ce rang de Gardien des Directions (Dikpāla) ? Ici et maintenant, il est goûté par quelqu’un qui n’a que la condition et la conduite d’un simple humain.»

Verse 66

इति प्रोक्तं गुणनिधेर्यज्ञदत्तात्मजस्य हि । चरितं शिवसंतोषं शृण्वतां सर्वकामदम्

Ainsi a été proclamé le récit sacré de Guṇanidhi, fils de Yajñadatta — un épisode qui réjouit le Seigneur Śiva. Pour ceux qui l’écoutent avec dévotion, il devient le dispensateur de tous les buts désirés.

Verse 67

सर्वदेवशिवेनासौ सखित्वं च यथेयिवान् । तदप्येकमना भूत्वा शृणु तात ब्रवीमि ते

Et de quelle manière il obtint aussi l’amitié de Sarvadeva-Śiva—écoute cela également, mon cher enfant. Deviens l’esprit unifié, et entends ce que je vais te dire.

Frequently Asked Questions

Brahmā recounts the crisis of an initiate’s son who, after travel and self-reproach, falls into despair; the narrative then introduces a Māheśvara devotee going out with offerings while fasting on Śivarātri to worship Īśāna—setting up an encounter between distress and Śaiva observance.

It frames personal suffering as karmically intelligible while also preparing a Śaiva resolution: fate is powerful, yet the Purāṇic teaching typically channels agency through dharma and Śiva-oriented vrata/bhakti, which reconfigure one’s trajectory via merit and divine grace.

Īśāna (Śiva) as the worship-target, the Māheśvara identity (Śiva-devotee community), and Śivarātri upavāsa with offerings—an institutionalized devotional-ritual form emphasized as potent within the chapter’s narrative logic.