
Nārada demande à Sanandana d’expliquer l’origine de Śuka. Sanandana raconte que Vyāsa accomplit des austérités sur le mont Meru, dans une forêt de karṇikāra, lorsque Mahādeva (Śiva) apparut avec ses cohortes divines et lui accorda la grâce de la pureté et de la splendeur spirituelle. En allumant le feu avec les araṇi, Vyāsa fut un instant troublé par l’apsaras Ghṛtācī, qui prit la forme d’un perroquet, et de ce contexte des araṇi naquit Śuka, rayonnant et déjà pourvu de la connaissance védique. Les êtres célestes se réjouissent; Śuka reçoit l’initiation et la vision divine. Il étudie les Veda, les Vedāṅga, l’Itihāsa, le Yoga et le Sāṅkhya, puis Vyāsa l’envoie auprès du roi Janaka pour l’éclaircissement ultime sur le mokṣa. En chemin, on lui enseigne d’éviter l’étalage des pouvoirs et l’orgueil. À Mithilā, il est éprouvé par l’hospitalité du palais et les courtisanes, mais demeure absorbé en méditation, accomplit la sandhyā et garde l’équanimité.
Verse 1
नारद उवाच । अनूचानप्रसंगेन वेदांगान्यखिलानि च । श्रुतानि त्वन्मुखांभोजात्समासव्यासयोगतः ॥ १ ॥
Nārada dit : Au fil de l’étude disciplinée, j’ai entendu de ta bouche de lotus l’ensemble des Vedāṅga, enseignés à la fois en abrégé et en développement détaillé.
Verse 2
शुकोत्पत्तिं समाचक्ष्व विस्तरेण महामते । सनंदन उवाच । मेरुश्रृङ्गे किल पुरा कर्णिकारवनायते ॥ २ ॥
«Ô grand sage, explique-moi en détail l’origine de Śuka.» Sanandana dit : «Autrefois, sur le sommet du mont Meru, s’étendait une forêt de karṇikāra.»
Verse 3
विजहार महोदेवो भौमैभूतगणैवृतः । शैलराजसुता चैव देवी तत्राभवत्पुरा ॥ ३ ॥
Là, Mahādeva se divertissait, entouré des cohortes d’êtres de la terre ; et jadis, la Déesse aussi — fille du Seigneur des montagnes — s’y trouvait présente.
Verse 4
तत्र दिव्यं तपस्तेपे कृष्णद्वैपायनः प्रभुः । योगेनात्मानमाविश्य योगधर्मपरायणः ॥ ४ ॥
Là, le vénérable Kṛṣṇa-Dvaipāyana (Vyāsa) accomplit une austérité divine ; par le yoga, il entra en son propre Soi et demeura tout entier voué à la discipline et au dharma du yoga.
Verse 5
धारयन्स तपस्तेपे पुत्रार्थं सुनिसंत्तमः । अग्नेर्भूमेस्तथा वायोरंतरिक्षस्य चाभितः ॥ ५ ॥
Soutenant son vœu avec constance, cet homme d’excellence accomplit des austérités afin d’obtenir un fils — apaisant Agni (le feu), Bhūmi (la terre), Vāyu (le vent) et la région d’Antarikṣa (l’espace médian) de toutes parts.
Verse 6
वीर्येण संमतः पुत्रो मम भूयादिति स्म ह । संकल्पेनाथ सोऽनेन दुष्प्रापमकगृतात्मभिः ॥ ६ ॥
«Qu’il me soit donné un fils reconnu par sa vaillance»,—ainsi déclara-t-il. Et par ce saṅkalpa (résolution sacrée), il obtint ce qui est difficile à atteindre pour ceux qui ne se sont pas maîtrisés.
Verse 7
वरयामास देवेशमास्थितस्तप उत्तमम् । अतिष्टन्मारुताहारः शतं किल समाः प्रभुः ॥ ७ ॥
Ayant entrepris l’austérité suprême (tapas), il rechercha le Seigneur des dieux. Ne se nourrissant que d’air, ce puissant, dit-on, demeura ainsi durant cent années entières.
Verse 8
आराधयन्महादेवं बहुरूपमुमापतिम् । तत्र ब्रह्मर्षयश्चैव सर्वे देवर्षयस्तथा ॥ ८ ॥
Ils adorèrent Mahādeva—l’Époux d’Umā—qui se manifeste en d’innombrables formes; et là se trouvaient aussi tous les Brahmarṣis, ainsi que tous les Devarṣis.
Verse 9
लोकपालाश्च साध्याश्च वसुभिश्चाष्टभिः सह । आदित्याश्चैव रुद्राश्च दिवाकरनिशाकरौ ॥ ९ ॥
S’y trouvaient les Lokapālas, gardiens des mondes, et les Sādhyas, avec les huit Vasus; de même les Ādityas et les Rudras, ainsi que le Soleil et la Lune.
Verse 10
विश्वा वसुश्च गंधर्वः सिद्धाश्चाप्सरासांगणाः । तत्र रुद्रो महादेवः कर्णिकारमयीं शुभाम् ॥ १० ॥
S’y trouvaient les Viśvas, les Vasus, les Gandharvas, les Siddhas et des troupes d’Apsaras. Là, Rudra—Mahādeva—rayonnait d’une forme de bon augure, comme faite de fleurs de karṇikāra.
Verse 11
धारयानः स्रजं भाति शारदीव निशाकरः । तस्निन् दिव्ये वने रम्ये देवदेवर्षिसंकुले ॥ ११ ॥
Portant une guirlande, il resplendissait tel la lune d’automne. Dans cette forêt divine et charmante, pleine de devas et de rishis célestes, il apparut d’un éclat souverain.
Verse 12
आस्थितः परमं योगं व्यासः पुत्रार्थमुद्यतः । न चास्य हीयते वर्णो न ग्लानिरुपजायते ॥ १२ ॥
Vyāsa, désireux d’obtenir un fils, entreprit la discipline suprême du Yoga. Chez lui, l’éclat du corps ne diminua point, et nulle lassitude ne naquit.
Verse 13
त्रयाणामपिलोकानां तदद्भुतमिवाभवत् । जटाश्च तेजसा तस्य वैश्वानरशिखोपमाः ॥ १३ ॥
Aux trois mondes, cela parut un prodige. Et ses mèches emmêlées (jaṭā), par la puissance de son éclat, semblaient telles les flammes du feu cosmique Vaiśvānara.
Verse 14
प्रज्वलंत्यः स्म दृश्यंते युक्तस्यामिततेजसः । एवं विधेन तपसा तस्य भक्त्या च नारद ॥ १४ ॥
Autour de cet ascète discipliné, d’une splendeur sans mesure, on voit réellement des lueurs flamboyantes. Ainsi, ô Nārada, par une telle austérité (tapas) et par la bhakti envers Lui, naît cet éclat divin.
Verse 15
महेश्वरः प्रसन्नात्मा चकार मनसा मतिम् । उवाच चैनं भगवांस्त्र्यंबकः प्रहसन्निव ॥ १५ ॥
Maheshvara, l’âme apaisée, forma en son esprit une résolution. Et le Bienheureux Tryambaka lui adressa la parole, comme en souriant.
Verse 16
यथा ह्यग्नियथा वायुर्यथा भूमिर्यथा जलम् । यथा खे च तथा शुद्धो भविष्यति सुतस्तंव ॥ १६ ॥
Comme le feu est pur, comme le vent, comme la terre, comme l’eau—et comme le ciel aussi—ainsi ton fils deviendra pur.
Verse 17
तद्भावभागी तद्बुद्धिस्तदात्मा तदुपाश्रयः । तेजसा तस्य लोकांस्त्रीन्यशः प्राप्स्यति केवलम् ॥ १७ ॥
Participant à Son propre état—l’esprit fixé sur Lui, le soi identifié à Lui et ne prenant refuge qu’en Lui—par la puissance de la radiance du Seigneur, il obtient les trois mondes et une gloire indivise.
Verse 18
एवं लब्ध्वा वरं देवो व्यासः सत्यवतीसुतः । अरणिं त्वथ संगृह्य ममंथाग्निचिकीर्षया ॥ १८ ॥
Ainsi, ayant obtenu la grâce, le divin Vyāsa, fils de Satyavatī, rassembla les araṇis (bois à feu) et les frotta, désireux d’allumer le feu sacré.
Verse 19
अथ रूपं परं विप्र बिभ्रतीं स्वेन तेजसा । घृताचीं नामाप्सरसं ददर्श भगवान्नृषिः ॥ १९ ॥
Alors, ô brāhmane, le sage bienheureux aperçut l’apsaras nommée Ghṛtācī, portant une beauté suprême et rayonnant de sa propre splendeur.
Verse 20
स तामप्सरसं दृष्ट्वा सहसा काममोहितः । अभवद्भगवान्व्यासो वने तस्मिन्मुनीश्वर ॥ २० ॥
À la vue de cette apsaras, soudain le vénérable Vyāsa, dans cette forêt, fut saisi et troublé par le désir, ô seigneur parmi les sages.
Verse 21
सा तु कृत्वा तदा व्यासं कामसंविग्नमानसम् । शुकीभूया महारम्या घृताची समुपागमत् ॥ २१ ॥
Alors elle, ayant troublé l’esprit de Vyāsa par le désir, se changea en une femelle perroquet d’une grande beauté; et l’apsaras Ghṛtācī, infiniment séduisante, s’approcha de lui.
Verse 22
स तामप्सरसं दृष्ट्वा रूपेणान्येनसंवृताम् । स्मरराजेनानुगतः सर्वगात्रातिगेन ह ॥ २२ ॥
Voyant cette apsaras dissimulée sous une autre forme, il fut poursuivi par le roi du désir, Kāma (Smara), qui se répandit promptement dans tous ses membres.
Verse 23
स तु महता निगृह्णन् हृच्छयं मुनिः । न शशाक नियंतुं तं व्यासः प्रविसृतं मनः ॥ २३ ॥
Mais le sage, tout en réprimant avec force l’élan du cœur, ne put le maîtriser : Vyāsa ne parvint pas à contenir cet esprit qui avait jailli et s’était tourné au dehors.
Verse 24
भावित्वाञ्चैव भाव्यस्य घृताच्या वपुषा । हृतम् यत्नान्नियच्छतश्चापि मुने एतञ्चिकीर्षया ॥ २४ ॥
Ô sage, même lorsqu’on s’efforce de retenir l’esprit avec l’intention d’accomplir cette discipline spirituelle, l’esprit—qui projette ce qui n’est pas encore—se laisse emporter par la forme enchanteresse de Ghṛtācī, douce comme le ghṛta, c’est-à-dire la jouissance des sens.
Verse 25
अरण्यामेव सहसा तस्य शुक्रमवापतत् । शुक्रे निर्मथ्यमानेऽस्यां शुको जज्ञे महातपाः ॥ २५ ॥
Soudain, là même dans la forêt, sa semence tomba. Lorsque cette semence fut comme barattée en ce lieu même, naquit le grand ascète Śuka, d’une austérité sublime.
Verse 26
परमर्षिर्महायोगी अरणीगर्भसंभवः । यथैव हि समिद्धोऽग्निर्भाति हव्यमुपात्तवान् ॥ २६ ॥
Ce voyant suprême, le grand yogin—né du sein de l’araṇi, le foret à feu—resplendit, tout comme un feu bien attisé flamboie lorsqu’il a reçu le havya, l’oblation sacrificielle.
Verse 27
तथा रूपः शुको जज्ञे प्रज्वलन्निव तेजसा । बिभ्रञ्चित्रं च विप्रेंद्र रूपवर्णमनुत्तमम् ॥ २७ ॥
Sous cette même forme naquit Śuka—comme embrasé de tejas, de splendeur; et, ô meilleur des brāhmanes, il portait une beauté et un teint merveilleux, sans pareil.
Verse 28
तं गंगां सरितां श्रेष्ठां मेरुपृष्ठे स्वरूपिणीम् । अभ्येत्य स्नापयामास वारिणा स्वेन नारद ॥ २८ ॥
Nārada s’approcha de Gaṅgā—la plus éminente des rivières—manifestée en sa propre forme sur le dos du mont Meru, et la baigna de sa propre eau.
Verse 29
कृष्णाजिनं चांतरिक्षाच्छुकार्थे भुव्यवापतत् । जगीयंत च गंधर्वा ननृतुञ्चाप्सरोगणाः ॥ २९ ॥
Et pour Śuka, une kṛṣṇājina, peau d’antilope noire, tomba du ciel sur la terre. Les Gandharvas se mirent à chanter, et les troupes d’Apsaras dansèrent.
Verse 30
देवदुन्दुभयश्चैव प्रावाद्यंत महास्वनाः । विश्वावसुश्च गंधर्वस्तथा तुंबुरुनारदौ ॥ ३० ॥
Et les devadundubhi, les tambours divins, retentirent d’un puissant fracas. Le Gandharva Viśvāvasu, ainsi que Tumburu et Nārada, entonnèrent à leur tour la musique céleste et la louange.
Verse 31
हाहाहूहूश्च गंधर्वौ तुष्टुवुः शुकसंभवम् । तत्र शक्रपुरोगाश्च लोकपालाः समागताः ॥ ३१ ॥
Les deux Gandharva, Hāhā et Hūhū, célébrèrent Śuka, fils de Vyāsa ; et là aussi s’assemblèrent les gardiens des mondes, conduits par Śakra (Indra).
Verse 32
देवा देवर्षथयश्चटैव तथा ब्रह्मर्षयोऽपि च । दिव्यानि सर्वपुष्पाणि प्रववर्ष च मारुतः ॥ ३२ ॥
Les dieux, les devarṣi, et aussi les brahmarṣi étaient là ; alors Māruta, le dieu du Vent, fit pleuvoir toutes sortes de fleurs célestes.
Verse 33
जंगमं स्थावरं चैव प्रहृष्टमभवज्जगत् । तं महात्मा स्वयं प्रीत्या देव्या सह महाद्युतिः ॥ ३३ ॥
Le monde entier — le mobile comme l’immobile — fut rempli d’allégresse. Ce Mahātmā au grand éclat, par affection, s’approcha et l’honora avec la Devī.
Verse 34
जातमात्रं मुनेः पुत्रं विधिनोपानयत्तदा । तस्य देवेश्वरः शक्तो दिव्यमद्भुतदर्शनम् ॥ ३४ ॥
En cet instant même, le fils du muni — bien que tout juste né — reçut selon le rite l’upanayana. Et le Seigneur des dieux, pleinement puissant, lui accorda une vision divine et merveilleuse.
Verse 35
ददौ कमंडलुं प्रीत्या देवा वासांसि चाभितः । हंसाश्च शतपत्राश्च सारसाश्च सहस्रशः ॥ ३५ ॥
Le cœur comblé, il lui offrit avec amour un kamaṇḍalu (vase d’eau) ; et les dieux tout autour présentèrent des vêtements. Et par milliers vinrent des cygnes, des oiseaux śatapatra et des sārasas (grues).
Verse 36
प्रदक्षिणमवर्तंत शुकाश्चाषाश्च नारद । आरणे यस्तदा दिव्यं प्राप्य जन्म महामुनिः ॥ ३६ ॥
Ô Nārada, les perroquets et les mainates se mirent à tourner en circumambulation vers la droite, avec révérence ; et le grand sage—ayant alors obtenu une naissance divine dans la forêt—se manifesta en ce lieu.
Verse 37
तत्रैवोवास मेधावी व्रतचारी समाहितः । उत्पन्नमात्रं तं वेदाः सरहस्याः ससंग्रहाः ॥ ३७ ॥
Là même il demeura—sage, observant les vœux et l’esprit parfaitement recueilli. Et dès sa naissance, les Veda—avec leurs secrets intérieurs et leurs recueils—se révélèrent à lui.
Verse 38
उपतस्थुर्मुनिश्रेष्टं यथास्य पितरं तथा । बृहस्पतिं स वव्रे च वेदवेदांगभाष्यवित् ॥ ३८ ॥
Ils servirent ce plus éminent des sages comme ils serviraient leur propre père. Et lui, connaisseur des enseignements commentés du Veda et des Vedāṅga, choisit Bṛhaspati pour précepteur.
Verse 39
उपाध्यायं द्विजश्रेष्ट धर्ममेवानुचिंतयन् । सोऽधीत्य वेदानखिलान्सरहस्यान्ससंग्रहान् ॥ ३९ ॥
Ô le meilleur des deux-fois-nés, honorant son maître et ne méditant que le Dharma, il étudia tous les Veda—avec leurs enseignements ésotériques et leurs recueils—dans leur totalité.
Verse 40
इतिहासं च कार्त्स्न्येन वेदशास्त्राणि चाभितः । गुरवे दक्षिणां दत्त्वा समावृत्तो महामुनिः ॥ ४० ॥
Ayant pleinement maîtrisé l’Itihāsa dans son entier et les śāstra védiques sous tous leurs aspects, le grand sage, après avoir offert au maître la dakṣiṇā, revint, son apprentissage achevé.
Verse 41
उग्रं तपः समारेभे ब्रह्मचारी समाहिताः । देवतानामृषीणां च बाल्येऽपि सुमहातपाः ॥ ४१ ॥
Tel un brahmacārin discipliné, ferme dans le recueillement, il entreprit une austérité redoutable ; et, même dans l’enfance, il devint un grand ascète, vénéré parmi les devas et les ṛṣis.
Verse 42
संमत्रणीयो जन्यश्च ज्ञानेन तपसा तथा । न त्वस्य रमते बुद्धिराश्रमेषु मुनीश्वर ॥ ४२ ॥
Il est digne de conseil et de noble naissance, pourvu de connaissance et d’austérité ; pourtant, ô seigneur des sages, son esprit ne trouve aucune joie dans les disciplines des āśramas, les ordres de vie.
Verse 43
त्रिषु गार्हस्थ्यमूलेषु मोक्षधर्मानुदर्शिनः । स मोक्षमनुचिंत्यैव शुकः पितरमभ्यगात् ॥ ४३ ॥
Après avoir observé les disciplines de la délivrance, enracinées dans les trois fondements de la vie de maître de maison, Śuka—ne méditant que le mokṣa—alla vers son père.
Verse 44
प्राहाभिवाद्य च तदा श्रेयोऽर्थी विनयान्वितः । मोक्षधर्मेषु कुशलो भगवान् प्रब्रवीतु मे ॥ ४४ ॥
Alors, après s’être incliné avec respect, le chercheur du bien suprême, empreint d’humilité, dit : « Ô Bienheureux, expert en mokṣa-dharma, daigne m’instruire ».
Verse 45
यथैव मनसः शांतिः परमा संभवेन्मुने । श्रृत्वा पुत्रस्य वचनं परमर्षिरुवाच तम् ॥ ४५ ॥
« Ô sage, comment peut naître la paix suprême de l’esprit ? »—ayant entendu les paroles de son fils, le grand ṛṣi s’adressa à lui.
Verse 46
अधीष्व मोक्षशास्त्रं वै धर्मांश्च विविधानपि । पितुर्निदेशाज्जग्राह शुको ब्रह्मविदां वरः ॥ ४६ ॥
«Étudie assurément le śāstra de la délivrance (mokṣa), ainsi que les diverses formes du dharma.» Sur l’injonction de son père, Śuka—le plus éminent des connaisseurs de Brahman—accueillit et entreprit cet enseignement.
Verse 47
योगशास्त्रं च निखिलं कापिलं चैव नारद । शतं ब्राह्म्या श्रिया युक्तं ब्रह्मतुल्यपराक्रमम् ॥ ४७ ॥
Ô Nārada, (il enseigna) l’intégralité de la science du Yoga, ainsi que la doctrine de Kapila (Sāṅkhya) : cent (traités/enseignements), parés d’une splendeur brahmique, d’une vaillance égale à Brahman lui-même.
Verse 48
मेने पुत्रं यथा व्यासो मोक्षशास्त्रविशारदम् । उवाच गच्छेति तदा जनकं मिथिलेश्वरम् ॥ ४८ ॥
Comme Vyāsa le tenait pour un fils, et le sachant expert des écritures de la délivrance, il lui dit alors : « Va auprès de Janaka, souverain de Mithilā. »
Verse 49
स ते वक्ष्यति मोक्षार्थं निखिलेन नराधिपः । पितुर्नियोगादगमज्जनकं मेथखिलं नृपम् ॥ ४९ ॥
Ce roi t’exposera pleinement le moyen d’atteindre la délivrance. Sur l’ordre de son père, il se rendit auprès du roi Janaka de Mithilā.
Verse 50
प्रष्टुं धर्मस्य निष्टां वै मोक्षस्य च परायणम् । उक्तश्च मानुषेण त्वं तथा गच्छेत्यविस्मितः ॥ ५० ॥
Désireux d’interroger sur l’achèvement ferme du Dharma et sur le refuge suprême qu’est le Mokṣa, tu fus interpellé par un homme : « Va ». Et, sans étonnement, tu t’y conformas en disant : « Qu’il en soit ainsi—allons ».
Verse 51
न प्रभावेण गंतव्यमंतरिक्षचरेण वै । आर्जवेनैव गंतव्यं न सुखाय क्षणात्त्वया ॥ ५१ ॥
N’avance pas par simple étalage de puissance, comme si tu cheminais dans le ciel; avance seulement par droiture. N’abandonne pas l’intégrité pour un plaisir d’un instant.
Verse 52
न द्रष्टव्या विशेषा हि विशेषा हि प्रसंगिनः । अहंकारो न कर्तव्यो याज्ये तस्मिन्नराधिपे ॥ ५२ ॥
Ne recherche ni n’exige des privilèges particuliers, car de telles distinctions n’engendrent que des entraves. Ne prends pas d’ego lorsque ce roi est le yajamāna, le patron du rite que l’on sert.
Verse 53
स्थातव्यं वसथे तस्य स ते छेत्स्यति संशयम् । स धर्मकुशलो राजा मोक्षशास्त्रविशारदः ॥ ५३ ॥
Demeure dans sa demeure : sans doute il tranchera ton hésitation. Ce roi est habile en dharma et versé dans les enseignements de la délivrance (mokṣa).
Verse 54
यथा यथा च ते ब्रूयात्तत्कार्यमविशंकया । एवमुक्तः स धर्मात्मा जगाम मिथिलां मुनिः ॥ ५४ ॥
«Quoi que tu ordonnes, cela doit être accompli sans hésitation.» Ainsi interpellé, le sage au cœur droit partit pour Mithilā.
Verse 55
पभ्द्यां शक्तोंतरिक्षेण क्रांतुं भूमिं ससागराम् । सगिरीं श्चाप्यतिक्रम्य भारतं वर्षमासदत् ॥ ५५ ॥
Doué du pouvoir de parcourir la terre par le ciel, il franchit le monde ceint par l’océan—avec ses montagnes—et parvint au pays de Bhārata-varṣa.
Verse 56
स देशान्विविधान्स्फीतानतिक्रम्य महामुनिः । विदेहान्वै समासाद्य जनकेन समागमत् ॥ ५६ ॥
Après avoir franchi maintes contrées prospères et variées, le grand sage parvint au pays de Videha et y rencontra le roi Janaka.
Verse 57
राजद्वारं समासाद्य द्वारपालैर्निवारितः । तस्थौ तत्र महायोगी क्षुत्पिपासादिवर्जितः ॥ ५७ ॥
Parvenu à la porte royale, il fut arrêté par les gardiens. Pourtant, ce grand yogin demeura là, debout, exempt de faim, de soif et du reste.
Verse 58
आतपे ग्लानिरहितो ध्यानयुक्तश्च नारद । तेषां तु द्वारपालानामेकस्तत्र व्यवस्थितः ॥ ५८ ॥
Ô Nārada, même sous la chaleur, il demeurait sans lassitude, uni à la méditation; et parmi ces gardiens, l’un se tenait là, en faction.
Verse 59
मध्यंगतमिवादित्यं दृष्ट्वा शुकमवस्थितम् । जूजयित्वा यथान्यायमभिवाद्य कृताञ्जलिः ॥ ५९ ॥
Voyant Śuka se tenir là tel le soleil à midi, il l’honora selon la règle, lui rendit une salutation révérencieuse et demeura les mains jointes.
Verse 60
प्रावेशयत्ततः कक्षां द्वितीयां राजवेश्मनः । तत्रांतःपुरसंबद्धं महच्चैत्रग्थोपमम् ॥ ६० ॥
Puis il le fit entrer dans la seconde salle du palais royal; là se trouvait une vaste salle attenante aux appartements intérieurs, resplendissante tel le char céleste de Caitra.
Verse 61
सुविभक्तजलाक्रीडं रम्यं पुष्पितपादपम् । दर्शयित्वासने स्थाप्य राजानं च व्यजिज्ञपत् ॥ ६१ ॥
Après lui avoir montré un lieu ravissant, aménagé de jeux d’eau bien ordonnés et d’arbres en fleurs, il fit asseoir le roi sur le trône, puis s’adressa à lui avec un respect profond.
Verse 62
श्रुत्वा राजा शुकं प्राप्तं वारस्त्रीः स न्ययुंक्त च । सेवायै तस्य भावस्य ज्ञानाय मुनिसतम ॥ ६२ ॥
En apprenant l’arrivée de Śuka, le roi assigna aussi des femmes de cour afin de le servir, de discerner son état intérieur et de comprendre l’esprit de ce sage éminent.
Verse 63
तं चारुकेश्यः शुश्रेण्यस्तरुण्यः प्रियदर्शनाः । सूक्ष्मरक्तांबरधरास्तप्तकांचनभूषणाः ॥ ६३ ॥
De jeunes femmes aux beaux cheveux, de noble éducation et plaisantes à voir le servirent, vêtues de fines étoffes pourpres et parées d’ornements d’or étincelant.
Verse 64
संलापालापकुशाला भावज्ञाः सर्वकोविदाः । परं पंचाशतस्तस्य पाद्यादीनि व्यकल्पयन् ॥ ६४ ॥
Habiles en conversation délicate et en parole éloquente, pénétrant le bhāva—l’intention et le sentiment intérieurs—et versées en tous les arts, elles préparèrent pour lui plus de cinquante services d’accueil, à commencer par le pādya, l’eau pour laver les pieds, et les autres honneurs d’hospitalité.
Verse 65
देश कालोपपन्नेन साध्वन्नेनाप्यतर्पयन् । तस्य भुक्तवतस्तात तास्ततः पुरकाननम् ॥ ६५ ॥
Même avec une nourriture saine, convenant au lieu et à la saison, il ne se sentit pas rassasié. Et lorsqu’il eut mangé, ô cher enfant, ces femmes se retirèrent vers le bois-jardin de la cité.
Verse 66
सुरम्यं दर्शयामासुरेकैकत्वेन नारद । क्रीडंत्यश्च हसंत्यश्च गायंत्यश्चैव ताः शुकम् ॥ ६६ ॥
Ô Nārada, ces jeunes filles montrèrent au perroquet, l’une après l’autre, un spectacle d’une grâce exquise, tout en jouant, riant et chantant.
Verse 67
उदारसत्वं सत्वज्ञास्सर्वाः पर्य्यचरंस्तदा । आरणेयस्तु शुद्धात्मा जितक्रोधो जितेंद्रियः ॥ ६७ ॥
Alors, tous ceux qui connaissaient la nature du sattva servirent cet être au cœur noble. Et Āraṇeya, l’âme purifiée, avait vaincu la colère et maîtrisé ses sens.
Verse 68
ध्यानस्थ एव सततं न हृष्यति न कुप्यति । पादशौचं तु कृत्वा वै शुकः संध्यामुपास्य च ॥ ६८ ॥
Toujours établi dans la méditation, il ne s’exalte ni ne s’irrite. Après s’être lavé les pieds pour la pureté, Śuka rendit aussi hommage à la Sandhyā (prière du crépuscule).
Verse 69
निषसादासने पुण्ये तमेवार्थं व्यचिंतयत् । पूर्वरात्रे तु तत्रासौ भूत्वा ध्यानपरायणः ॥ ६९ ॥
Il s’assit sur un siège sacré et ne contempla que ce dessein même. Durant la première partie de la nuit, demeurant là, il se voua entièrement à la méditation.
Verse 70
मध्यरात्रे यथान्याय्यं निद्रामाहारयत्प्रभुः । ततः प्रातः समुत्थाय कृत्वा शौचमनंतरम् ॥ ७० ॥
À minuit, le Seigneur prit le repos selon l’usage convenable. Puis, à l’aube, il se leva et accomplit aussitôt les rites de purification.
Verse 71
स्त्रीभिः परिवृत्तो धीमान्ध्यानमेवान्वपद्यत । अनेन विधिना तत्र तदहःशेषमप्युत ॥ ७१ ॥
Bien qu’entouré de femmes, le sage ne se réfugia que dans le dhyāna, la méditation; et par ce même moyen, il y passa aussi le reste de ce jour-là.
Verse 72
तां च रात्रिं नृपकुले वर्तयामास नारद ॥ ७२ ॥
Et Nārada passa cette nuit-là dans la demeure royale.
The araṇi motif sacralizes Śuka’s emergence by aligning it with Vedic fire-generation symbolism: spiritual knowledge and purity are portrayed as ‘kindled’ through tapas and ritual power, making Śuka’s birth a doctrinal emblem of yogic and Vedic potency rather than ordinary procreation.
It functions as a didactic contrast: even a great ascetic experiences a momentary disturbance of mind, underscoring the Purāṇic teaching on the mind’s volatility, while simultaneously framing Śuka as the purified outcome—one whose life trajectory is oriented toward mokṣa and unwavering meditation.
Janaka represents the ideal of jñāna integrated with kingship and worldly responsibility; sending Śuka to Janaka reinforces the mokṣa-dharma principle that liberation-knowledge must be stabilized through testing, humility, and instruction from a proven knower beyond one’s immediate lineage.
His steadiness in meditation (dhyāna), mastery over senses (indriya-jaya), and equanimity (samatva) amid refined pleasures—demonstrating that authentic vairāgya is internal and does not depend on external austerity alone.