
मुनिमोहशमनम् (Pāśupata-yoga, Siddhis, Puruṣa-darśana, Saṃsāra, and Prāṇa-Rudra Pañcāhutī)
Les sages demandent à Sūta comment les yogin obtiennent aṇimā et les autres pouvoirs. Sūta expose un rare Pāśupata-yoga en cinq volets : stabilisation du mental, visualisation du siège de lotus, et contemplation d’Umāpati selon des configurations de Śakti/Rudra, menant à une connaissance sans égale. Il énumère les huit siddhi et précise qu’elles naissent du yoga, non de rituels innombrables seulement. Le chapitre se tourne ensuite vers le but suprême—apavarga et Śiva-sāyujya—décrivant le puruṣa comme subtil, omniprésent, au-delà des attributs sensoriels, réalisable par l’intuition yogique. Une longue section éthique et karmique détaille conception, développement embryonnaire, naissance, enfers et renaissances graduées, exhortant au dhyāna comme remède à la peur du saṃsāra. L’enseignement culmine en une offrande intériorisée : cinq āhuti à prāṇa, apāna, vyāna, udāna et samāna, identifiant Rudra au prāṇa et au feu du cœur (vaiśvānara). Les vers finaux louent la pratique śaiva portant la cendre et la récitation/écoute comme voies vers l’état suprême, reliant cette instruction yogique aux thèmes ultérieurs de la sādhana śaiva.
Verse 1
इति श्रीलिङ्गमहापुराणे पूर्वभागे मुनिमोहशमनं नाम सप्ताशीतितमो ऽध्यायः ऋषय ऊचुः केन योगेन वै सूत गुणप्राप्तिः सतामिह अणिमादिगुणोपेता भवन्त्येवेह योगिनः तत्सर्वं विस्तरात्सूत वक्तुमर्हसि सांप्रतम्
Ainsi, dans le Śrī Liṅga Mahāpurāṇa, dans la section Pūrvabhāga, commence le quatre-vingt-huitième chapitre, nommé « L’apaisement de l’illusion des sages ». Les ṛṣi dirent : « Par quel Yoga, ô Sūta, les vertueux obtiennent-ils ici les qualités supérieures ? Par quel moyen les yogin, en cette vie même, deviennent-ils pourvus des pouvoirs commençant par aṇimā ? Expose-nous tout cela en détail, maintenant. »
Verse 2
सूत उवाच अत ऊर्ध्वं प्रवक्ष्यामि योगं परमदुर्लभम् पञ्चधा संस्मरेदादौ स्थाप्य चित्ते सनातनम्
Sūta dit : «Désormais, j’exposerai le Yoga, suprêmement difficile à atteindre. Au commencement, après avoir établi l’Éternel dans le mental, qu’on Le contemple de cinq manières».
Verse 3
कल्पयेच्चासनं पद्मं सोमसूर्याग्निसंयुतम् षड्विंशच्छक्तिसंयुक्तम् अष्टधा च द्विजोत्तमाः
Ô meilleurs des deux-fois-nés, qu’on façonne un siège de lotus (padmāsana) pourvu des puissances de Soma, Sūrya et Agni ; uni aux vingt-six Śakti, et qu’on l’ordonne en forme octuple, comme support légitime du culte de Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 4
ततः षोडशधा चैव पुनर्द्वादशधा द्विजाः स्मरेच् च तत् तथा मध्ये देव्या देवम् उमापतिम्
Ensuite, ô deux-fois-nés, qu’on le contemple sous seize aspects, puis de nouveau sous douze ; et de même, en son centre même, qu’on se souvienne du Seigneur Umāpati—Śiva—avec la Déesse.
Verse 5
अष्टशक्तिसमायुक्तम् अष्टमूर्तिमजं प्रभुम् ताभिश्चाष्टविधा रुद्राश् चतुःषष्टिविधाः पुनः
Uni aux huit Śakti, le Seigneur non-né—suprême, de forme octuple (Aṣṭamūrti)—est proclamé. Par ces mêmes Śakti, Rudra devient octuple ; et, dans une différenciation plus poussée, on le dit encore soixante-quatre fois multiple.
Verse 6
शक्तयश् च तथा सर्वा गुणाष्टकसमन्विताः एवं स्मरेत्क्रमेणैव लब्ध्वा ज्ञानमनुत्तमम्
De même, qu’on contemple toutes les Śakti, pourvues de l’ensemble octuple des guṇa, selon l’ordre prescrit. Ainsi, ayant obtenu la connaissance sans égale, le chercheur s’achemine vers la délivrance sous le Seigneur, le Pati.
Verse 7
एवं पाशुपतं योगं मोक्षसिद्धिप्रदायकम् तस्याणिमादयो विप्रा नान्यथा कर्मकोटिभिः
Ainsi, le Yoga Pāśupata est celui qui confère l’accomplissement parfait de la délivrance (mokṣa-siddhi). De lui naissent les réalisations commençant par aṇimā ; ô brāhmanes, de tels fruits ne s’obtiennent par aucun autre moyen, fût-ce par des crores d’actes rituels.
Verse 8
ऐश्वर्य तत्राष्टगुणमैश्वर्यं योगिनां समुदाहृतम् तत्सर्वं क्रमयोगेन ह्य् उच्यमानं निबोधत
Dans cet enseignement, la puissance seigneuriale (aiśvarya) des yogins est déclarée octuple. Comprenez-la tout entière, car elle sera exposée dans l’ordre, selon la méthode du yoga progressif, sous Pati, le Seigneur qui desserre le pāśa (lien) du paśu (âme liée).
Verse 9
अणिमा लघिमा चैव महिमा प्राप्तिरेव च प्राकाम्यं चैव सर्वत्र ईशित्वं चैव सर्वतः
S’obtiennent aṇimā (devenir infime), laghimā (devenir léger), mahimā (devenir immense) et prāpti (l’obtention) ; de même prākāmya (l’accomplissement irrésistible de la volonté) partout, et īśitva (la souveraineté) en tout : ces pouvoirs yogiques naissent par la grâce de Pati, Śiva, lorsque le paśu (l’âme incarnée) est desserré du pāśa (lien).
Verse 10
वशित्वमथ सर्वत्र यत्र कामावसायिता तच्चापि त्रिविधं ज्ञेयम् ऐश्वर्यं सार्वकामिकम्
À présent, vaśitva — la maîtrise en tout lieu, où l’intention (kāma) parvient à un accomplissement décisif — doit aussi être comprise comme triple : une puissance seigneuriale universelle (aiśvarya) apte à accomplir tous les buts.
Verse 11
सावद्यं निरवद्यं च सूक्ष्मं चैव प्रवर्तते सावद्यं नाम यत्तत्र पञ्चभूतात्मकं स्मृतम्
Dans l’expérience se déploient ce qui est « marqué de défaut » et ce qui est « sans défaut », ainsi que le principe subtil. Ici, ce qu’on nomme « marqué de défaut » est tenu pour constitué des cinq grands éléments (pañca-bhūta).
Verse 12
इन्द्रियाणि मनश्चैव अहङ्कारश् च यः स्मृतः तत्र सूक्ष्मप्रवृत्तिस्तु पञ्चभूतात्मिका पुनः
Les sens, le mental et ce que l’on nomme l’egoïté (ahaṅkāra) : en eux opère l’activité subtile (sūkṣma-pravṛtti), laquelle est de nouveau constituée des cinq grands éléments. Ainsi l’âme incarnée (paśu) fait l’expérience du monde sous le lien élémentaire (pāśa) jusqu’à se tourner vers le Seigneur (Pati), Śiva.
Verse 13
इन्द्रियाणि मनश्चित्तबुद्ध्यहङ्कारसंज्ञितम् तथा सर्वमयं चैव आत्मस्था ख्यातिरेव च
Les facultés des sens, avec le mental (manas), citta, l’intellect (buddhi) et l’ego (ahaṅkāra)—ainsi nommés—sont tous pénétrés par la conscience ; et la claire connaissance (khyāti) demeurant dans le Soi en est véritablement le fondement. Ainsi, le paśu lié éprouve ces instruments comme des voiles de lien (pāśa), tandis que le Seigneur (Pati), Śiva, demeure le Témoin intérieur.
Verse 14
संयोग एव त्रिविधः सूक्ष्मेष्वेव प्रवर्तते पुनरष्टगुणश्चापि सूक्ष्मेष्वेव विधीयते
La conjonction (saṁyoga) est véritablement triple, et n’opère qu’au sein des principes subtils. De même, l’ensemble octuple des qualités n’est établi que dans ces principes subtils.
Verse 15
तस्य रूपं प्रवक्ष्यामि यथाह भगवान्प्रभुः त्रैलोक्ये सर्वभूतेषु यथास्य नियमः स्मृतः
Je vais exposer Sa forme, telle que l’a enseignée le Seigneur Bienheureux, ainsi que l’ordonnance dont on se souvient qu’elle gouverne tous les êtres à travers les trois mondes.
Verse 16
अणिमाद्यं तथाव्यक्तं सर्वत्रैव प्रतिष्ठितम् त्रैलोक्ये सर्वभूतानां दुष्प्राप्यं समुदाहृतम्
Il est la source d’aṇimā et des autres siddhis, et pourtant Il est l’Inmanifesté (avyakta). Établi partout, Il est proclamé, dans les trois mondes, difficile à atteindre pour tous les êtres—car Il est le Pati suprême, au-delà de la portée du paśu lié.
Verse 17
तत् तस्य भवति प्राप्यं प्रथमं योगिनां बलम् लङ्घनं प्लवनं लोके रूपमस्य सदा भवेत्
Pour lui, ceci devient la première force obtenue par les yogin : dans le monde, il acquiert constamment la capacité de bondir et de franchir (même les espaces ou les eaux).
Verse 18
शीघ्रत्वं सर्वभूतेषु द्वितीयं तु पदं स्मृतम् त्रैलोक्ये सर्वभूतानां महिम्ना चैव वन्दितम्
La célérité à l’égard de tous les êtres est tenue pour le second attribut (pada). Dans les trois mondes, tous les êtres s’inclinent devant Lui, le vénérant pour sa majesté divine.
Verse 19
महित्वं चापि लोके ऽस्मिंस् तृतीयो योग उच्यते त्रैलोक्ये सर्वभूतेषु यथेष्टगमनं स्मृतम्
Dans ce monde, l’obtention de la vasteté (mahitva) est proclamée comme la troisième forme de Yoga ; on s’en souvient comme du pouvoir de se mouvoir à volonté à travers les trois mondes et parmi tous les êtres.
Verse 20
प्राकामान् विषयान् भुङ्क्ते तथाप्रतिहतः क्वचित् त्रैलोक्ये सर्वभूतानां सुखदुःखं प्रवर्तते
Il jouit des objets des sens désirés et, parfois, demeure entièrement sans obstacle. Dans les trois mondes, les expériences de plaisir et de peine de tous les êtres se déroulent sous sa souveraineté : Lui, le Pati, en ordonne le cours selon le karma.
Verse 21
ईशो भवति सर्वत्र प्रविभागेन योगवित् वश्यानि चास्य भूतानि त्रैलोक्ये सचराचरे
Maître du Yoga, omniscient, Il devient le Seigneur partout, gouvernant par une différenciation exacte ; et tous les êtres des trois mondes—mobiles et immobiles—demeurent sous son empire.
Verse 22
इच्छया तस्य रूपाणि भवन्ति न भवन्ति च यत्र कामावसायित्वं त्रैलोक्ये सचराचरे
Par Sa seule volonté, Ses formes se manifestent—et peuvent aussi ne pas se manifester. En Lui demeure l’accomplissement décisif de tous les désirs à travers les trois mondes, parmi tout ce qui se meut et ce qui demeure immobile.
Verse 23
शब्दः स्पर्शो रसो गन्धो रूपं चैव मनस् तथा प्रवर्तन्ते ऽस्य चेच्छातो न भवन्ति यथेच्छया
Le son, le toucher, la saveur, l’odeur, la forme, et aussi le mental—tout cela n’opère que par Sa volonté; rien ne fonctionne selon son propre caprice. Ainsi, les facultés du paśu se meuvent sous la gouverne du Pati suprême (Śiva), non par une agence indépendante.
Verse 24
योगिन् इस् फ़्रेएद् फ़्रोम् अत्तछ्मेन्त् न जायते न म्रियते छिद्यते न च भिद्यते न दह्यते न मुह्येत लीयते न च लिप्यते
Le yogin, affranchi de l’attachement (pāśa), ne naît pas et ne meurt pas. Il n’est ni tranché ni fendu; il n’est ni brûlé ni égaré. Il ne se dissout pas et n’est pas souillé—demeurant dans la conscience sans tache, soutenue par Śiva, le Pati qui délivre le paśu.
Verse 25
न क्षीयते न क्षरति खिद्यते न कदाचन क्रियते वा न सर्वत्र तथा विक्रियते न च
Il ne décroît pas, ne s’écoule pas et ne se corrompt pas; jamais Il n’est affligé. Il n’est pas une chose nouvellement produite par l’action, et Il ne se transforme nulle part—ainsi ne subit-Il aucune modification. Tel est le signe du Pati (Śiva), Réalité immuable au-delà de tout changement lié par le pāśa.
Verse 26
अगन्धरसरूपस्तु अस्पर्शः शब्दवर्जितः अवर्णो ह्यस्वरश् चैव असवर्णस्तु कर्हिचित्
Sa nature est au-delà de l’odeur et de la saveur; au-delà du toucher; et dépourvue de son. Il est sans couleur et sans tonalité—ne tombant jamais dans aucune classe ni catégorie. Ainsi le Pati (Śiva) est-il enseigné comme nirguṇa, transcendant la prise des sens.
Verse 27
स भुङ्क्ते विषयांश्चैव विषयैर्न च युज्यते अणुत्वात्तु परः सूक्ष्मः सूक्ष्मत्वाद् अपवर्गिकः
Il fait certes l’expérience des objets de l’expérience, et pourtant il n’en est ni lié ni empêtré. Parce qu’il est suprêmement subtil—plus fin que le plus fin—il demeure au-delà de tout contact; et par cette même subtilité il accorde l’apavarga, la délivrance des liens.
Verse 28
व्यापकस्त्वपवर्गाच्च व्यापकात्पुरुषः स्मृतः पुरुषः सूक्ष्मभावात्तु ऐश्वर्ये परमे स्थितः
On l’appelle l’Omnipénétrant parce qu’il confère l’apavarga (la délivrance) ; et de cette omniprésence on se souvient de lui comme du Puruṣa. Par sa nature suprêmement subtile, ce Puruṣa demeure dans la souveraineté la plus haute : Śiva en tant que Pati, au-delà de tout lien.
Verse 29
गुणोत्तरमथैश्वर्ये सर्वतः सूक्ष्ममुच्यते ऐश्वर्यं चाप्रतीघातं प्राप्य योगमनुत्तमम्
Puis, en transcendant les guṇas, on dit que l’on devient subtil de toutes parts par la seigneurie divine ; et, ayant obtenu une souveraineté sans obstacle, on atteint le Yoga insurpassable : l’union avec Pati (Śiva) au-delà de tout lien.
Verse 30
अपवर्गं ततो गच्छेत् सूक्ष्मं तत्परमं पदम् एवं पाशुपतं योगं ज्ञातव्यं मुनिपुङ्गवाः
Ensuite, le paśu—l’être lié—parvient à l’apavarga, la délivrance, atteignant cette demeure subtile et suprême. Ainsi doit être compris ce Yoga Pāśupata, ô vous, les plus éminents des sages.
Verse 31
स्वर्गापवर्गफलदं शिवसायुज्यकारणम् अथवा गतविज्ञानो रागात्कर्म समाचरेत्
Il accorde les fruits du ciel et de l’apavarga, et il est une cause directe du śiva-sāyujya : l’union avec Śiva. Pourtant, celui qui a laissé s’éteindre le vrai discernement peut encore agir uniquement sous l’emprise du rāga, l’attachement.
Verse 32
राजसं तामसं वापि भुक्त्वा तत्रैव मुच्यते ब्रह्मन् गुअरन्तेएस् लिबेरतिओन् तथा सुकृतकर्मा तु फलं स्वर्गे समश्नुते
Ô Brahmane, après avoir pleinement subi les fruits des actes rajasiques ou tamasiques, on en est délivré sur-le-champ, en ce lieu même. De même, l’auteur d’œuvres méritoires jouit de sa récompense au ciel. Mais au-delà de toute expérience née des guṇa se tient la délivrance plus haute, obtenue en se tournant vers Pati (Śiva) : par sa grâce, le paśu est affranchi du pāśa.
Verse 33
तस्मात्स्थानात्पुनः श्रेष्ठो मानुष्यमुपपद्यते तस्माद्ब्रह्म परं सौख्यं ब्रह्म शाश्वतम् उत्तमम्
De cet état, on parvient de nouveau à la condition supérieure de la naissance humaine. Ainsi, Brahman seul est la félicité suprême : Brahman est éternel et sans égal.
Verse 34
ब्रह्म एव हि सेवेत ब्रह्मैव हि परं सुखम् परिश्रमो हि यज्ञानां महतार्थेन वर्तते
Il faut servir Brahman seul ; Brahman seul est la béatitude suprême. Car la peine des rites sacrificiels ne trouve son accomplissement véritable que lorsqu’elle vise le but le plus élevé : la réalisation du Grand, du Suprême.
Verse 35
भूयो मृत्युवशं याति तस्मान्मोक्षः परं सुखम् अथवा ध्यानसंयुक्तो ब्रह्मतत्त्वपरायणः
Celui qui retombe sous l’empire de la Mort revient à l’entrave ; c’est pourquoi le mokṣa est la félicité suprême. Ou bien, uni à la méditation et voué au vrai principe de Brahman—compris comme le Seigneur suprême (Pati), Śiva—il atteint cet état libérateur au-delà des renaissances.
Verse 36
न तु च्यावयितुं शक्यो मन्वन्तरशतैरपि दृष्ट्वा तु पुरुषं दिव्यं विश्वाख्यं विश्वतोमुखम्
Même au fil de centaines de Manvantaras, on ne peut le faire chanceler. Mais en contemplant ce Puruṣa divin, nommé le Tout (Viśva) et tourné vers toutes les directions, ils reconnurent Pati, au-delà de tout changement ; devant Lui, la puissance du lien (pāśa) sur le paśu s’évanouit.
Verse 37
विश्वपादशिरोग्रीवं विश्वेशं विश्वरूपिणम् विश्वगन्धं विश्वमाल्यं विश्वांबरधरं प्रभुम्
J’adore le Seigneur souverain : dont les pieds, la tête et le cou sont l’univers même; Seigneur de tous les mondes, de forme universelle; dont le parfum et les guirlandes sont l’univers lui‑même; le Maître suprême qui revêt l’univers comme vêtement.
Verse 38
गोभिर् महीं संपतते पतत्रिणो नैवं भूयो जनयत्येवमेव कविं पुराणम् अनुशासितारं सूक्ष्माच्च सूक्ष्मं महतो महान्तम्
Comme les oiseaux descendent sur la terre en nuées, ainsi les êtres renaissent sans cesse; pourtant nul ne peut faire naître de nouveau le Voyant primordial—l’antique Kavi, le Purāṇa lui‑même—l’Instructeur suprême : plus subtil que le subtil et plus grand que le grand (Śiva, le Pati au‑delà des naissances du paśu et des liens du pāśa).
Verse 39
योगेन पश्येन्न च चक्षुषा पुनर् निरिन्द्रियं पुरुषं रुक्मवर्णम् अलिङ्गिनं निर्गुणं चेतनं च नित्यं सदा सर्वगं सर्वसारम्
Qu’on Le contemple par le Yoga—non par l’œil du corps : ce Puruṣa au‑delà des sens, d’éclat d’or; sans marque limitante (aliṅgin), au‑delà des guṇa; pure Conscience—éternelle, toujours présente, omnipénétrante, essence de tout.
Verse 40
पश्यन्ति युक्त्या ह्यचलप्रकाशं तद्भावितास्तेजसा दीप्यमानम् /* अपाणिपादोदरपार्श्वजिह्वो ह्यतीन्द्रियो वापि सुसूक्ष्म एकः
Par une intelligence disciplinée, ils contemplent la Lumière immobile—rendue manifeste par la méditation et flamboyante de son propre éclat. Il est l’Unique, d’une subtilité extrême, au‑delà des sens : sans mains ni pieds, et pourtant présent comme ventre, flancs et langue—pénétrant tout en demeurant transcendant.
Verse 41
पश्यत्यचक्षुः स शृणोत्यकर्णो न चास्त्यबुद्धं न च बुद्धिर् अस्ति /* स वेद सर्वं न च सर्ववेद्यं तमाहुरग्र्यं पुरुषं महान्तम्
Il voit sans yeux; Il entend sans oreilles. En Lui, ni non‑intelligence ni intellect limité. Il connaît tout, et pourtant Il n’est pas un objet pleinement connaissable par tous. On Le proclame le Premier, le Grand Puruṣa—Śiva, le Pati suprême au‑delà des sens et du mental.
Verse 42
अचेतनां सर्वगतां सूक्ष्मां प्रसवधर्मिणीम् प्रकृतिं सर्वभूतानां युक्ताः पश्यन्ति योगिनः
Les yogins, établis dans la discipline du yoga, perçoivent directement Prakṛti — principe inconscient, omniprésent et subtil, dont la nature est d’engendrer la manifestation — comme le fondement-source à l’œuvre en tous les êtres.
Verse 43
सर्वतः पाणिपादं तत् सर्वतो ऽक्षिशिरोमुखम् सर्वतः श्रुतिमल् लोके सर्वमावृत्य तिष्ठति
Cette Réalité suprême (Pati, Śiva) a des mains et des pieds en tous lieux ; en tous lieux sont Ses yeux, Ses têtes et Ses visages. En tous lieux dans le monde, Il est Celui qui entend ; enveloppant tout, Il demeure — immanent à toute chose et pourtant au-delà de toute limite.
Verse 44
युक्तो योगेन चेशानं सर्वतश् च सनातनम् पुरुषं सर्वभूतानां तं विद्वान्न विमुह्यति
Uni à Lui par le Yoga, le sage connaît véritablement Īśāna — éternel, omniprésent, Personne suprême, Seigneur intérieur de tous les êtres. L’ayant connu comme Pati, il n’est plus abusé par les liens (pāśa) qui enchaînent le paśu (l’âme).
Verse 45
भूतात्मानं महात्मानं परमात्मानमव्ययम् सर्वात्मानं परं ब्रह्म तद्वै ध्याता न मुह्यति
Celui qui médite sur Śiva comme le Soi intérieur de tous les êtres (Bhūtātman), la Grande Âme (Mahātman), le Soi suprême impérissable (Paramātman) et le Brahman suprême, Soi de tout—un tel contemplatif n’est jamais dans l’égarement.
Verse 46
पवनो हि यथा ग्राह्यो विचरन्सर्वमूर्तिषु पुरि शेते सुदुर्ग्राह्यस् तस्मात्पुरुष उच्यते
De même que le vent, bien qu’il circule à travers toutes les formes, est difficile à saisir, ainsi le Seigneur intérieur demeure dans la « cité » (le corps) et est extrêmement ardu à appréhender ; c’est pourquoi on L’appelle Puruṣa.
Verse 47
देवेलोप्मेन्त् ओफ़् अन् एम्ब्र्यो अथ चेल्लुप्तधर्मा तु सावशेषैः स्वकर्मभिः ततस्तु ब्रह्मगर्भे वै शुक्रशोणितसंयुते
Alors le pashu incarné (l’âme individuelle), déchu de son état antérieur, est entraîné par la force résiduelle de son propre karma. Ensuite il entre dans le sein façonné par Brahmā, où semence et sang se conjoignent ; ainsi l’embryon commence à prendre forme sous la souveraineté de Pati (Śiva) et les liens du pāśa.
Verse 48
स्त्रीपुंसोः संप्रयोगे हि जायते हि ततः प्रभुः ततस्तु गर्भकालेन कललं नाम जायते
De l’union de la femme et de l’homme, selon l’ordonnance du Seigneur, la création se met en mouvement ; puis, au cours de la gestation, apparaît la première masse embryonnaire appelée kalala.
Verse 49
कालेन कललं चापि बुद्बुदं सम्प्रजायते मृत्पिण्डस्तु यथा चक्रे चक्रावर्तेन पीडितः
Par la force du Temps (Kāla), la première masse (kalala) de l’embryon devient aussi une forme semblable à une bulle ; comme une motte d’argile, pressée et entraînée par le tourbillon de la roue du potier, se transforme.
Verse 50
हस्ताभ्यां क्रियमाणस्तु बिंबत्वमनुगच्छति एवमाध्यात्मिकैर्युक्ता वायुना संप्रपूरितः
Lorsqu’il est façonné par les deux mains, il accède à une forme bien accomplie. De même, lorsque les facteurs intérieurs (adhyātmika) sont justement réunis, il est entièrement pénétré et rempli par Vāyu, le souffle de vie, indiquant la formation subtile de l’état incarné par le prāṇa.
Verse 51
यदि योनिं विमुञ्चामि तत्प्रपद्ये महेश्वरम् यावद्धि वैष्णवो वायुर् जातमात्रं न संस्पृशेत्
Si je dois être délivré du sein, je prends refuge en Maheśvara, tant que le vent vaiṣṇava ne touche pas le nouveau-né à l’instant même de la naissance.
Verse 52
तावत्कालं महादेवम् अर्चयामीति चिन्तयेत् जायते मानुषस्तत्र यथारूपं यथावयः
Durant ce temps, qu’on se dise intérieurement : « J’adore Mahādeva (Śiva). » Par cette contemplation tournée vers Śiva, le paśu (l’âme liée) naît là en être humain, pourvu d’une forme et d’un âge selon la nature de ce culte.
Verse 53
वायुः संभवते खात्तु वाताद्भवति वै जलम् जलात् सम्भवति प्राणः प्राणाच्छुक्रं विवर्धते
De l’Espace (kha/ākāśa) naît le Vent ; du Vent, en vérité, vient l’Eau. De l’Eau naît le prāṇa (souffle vital), et du prāṇa se nourrit et croît le śukra (essence génératrice). Ainsi le paśu incarné se forme par le déploiement graduel des tattva sous la souveraineté de Pati, Śiva.
Verse 54
रक्तभागास् त्रयस्त्रिंशद् रेतोभागाश् चतुर्दश भागतो ऽर्धफलं कृत्वा ततो गर्भो निषिच्यते
De trente-trois parts du sang de la mère et de quatorze parts de la semence du père, après une juste division pour former une portion de « demi-fruit », l’embryon est alors insufflé et établi. Ainsi le paśu incarné entre dans le cours de la naissance sous la souveraineté de Pati (Śiva) et les liens du pāśa.
Verse 55
ततस्तु गर्भसंयुक्तः पञ्चभिर् वायुभिर् वृतः पितुः शरीरात्प्रत्यङ्गं रूपमस्योपजायते
Puis, uni au sein maternel et enveloppé des cinq souffles vitaux, l’être incarné prend forme : chaque membre et chaque trait naissent en leur ordre à partir du corps du père. Ainsi le paśu (le soi individuel), lié par le pāśa à travers le devenir corporel, entre dans le domaine où seul Pati, Śiva, peut ensuite accorder la délivrance.
Verse 56
ततो ऽस्य मातुराहारात् पीतलीढप्रवेशनात् नाभिदेशेन वै प्राणास् ते ह्य् आधारा हि देहिनाम्
Ensuite, grâce à la nourriture de la mère—entrant par ce qui est bu et léché—les prāṇa (souffles vitaux) circulent par la région du nombril ; car ces prāṇa sont véritablement les appuis des êtres incarnés (dehin).
Verse 57
नवमासात् परिक्लिष्टः संवेष्टितशिरोधरः वेष्टितः सर्वगात्रैश् च अपर्याप्तप्रवेशनः
Tourmenté durant neuf mois (dans le sein), la tête et le cou étroitement serrés, le corps tout entier enveloppé et comprimé, le jīva lié ne trouve point d’espace suffisant pour se mouvoir ni pour se frayer une issue. Ainsi souffre-t-il sous la force du pāśa (l’entrave), jusqu’à ce que la grâce du Pati (Śiva) devienne le véritable passage vers la liberté.
Verse 58
नवमासोषितश्चापि योनिच्छिद्रादवाङ्मुखः हेल्ल् ततः स्वकर्मभिः पापैर् निरयं सम्प्रपद्यते
Après être demeuré desséché et confiné neuf mois, l’être incarné surgit tête la première par l’ouverture du sein. Puis, poussé par les fautes nées de ses propres actes, il tombe dans naraka (l’enfer) : telle est la dureté du pāśa (l’entrave) que le karma tisse pour le paśu (l’âme individuelle) lorsqu’il se détourne du Pati (le Seigneur).
Verse 59
असिपत्रवनं चैव शाल्मलिच्छेदनं तथा ताडनं भक्षणं चैव पूयशोणितभक्षणम्
Il est aussi la forêt aux feuilles pareilles à des épées (asipatravana), la déchirure par les épines de śālmali, les coups et la dévoration — et même l’obligation de manger pus et sang. Ainsi les paśus, liés par le pāśa né de leur propre karma, goûtent le fruit amer de l’adharma jusqu’à se tourner vers le Pati, Śiva, le libérateur.
Verse 60
यथा ह्यापस्तु संछिन्नाः संश्लेष्मम् उपयान्ति वै तथा छिन्नाश् च भिन्नाश्च यातनास्थानम् आगताः
De même que les eaux, lorsqu’elles sont coupées et divisées, se rassemblent de nouveau en un seul courant continu, ainsi les êtres, tranchés et brisés, sont ramenés encore au lieu du supplice, liés par la force de leur propre karma.
Verse 61
एवं जीवास्तु तैः पापैस् तप्यमानाः स्वयंकृतैः प्राप्नुयुः कर्मभिः शेषैर् दुःखं वा यदि वेतरत्
Ainsi les âmes incarnées (paśus), brûlées par les fautes qu’elles ont elles-mêmes commises, obtiennent—par les résidus demeurés de leur karma—soit la souffrance, soit son contraire (le bien-être), selon ce qui reste à mûrir.
Verse 62
एकेनैव तु गन्तव्यं सर्वमुत्सृज्य वै जनम् एकेनैव तु भोक्तव्यं तस्मात्सुकृतमाचरेत्
En vérité, l’on doit partir seul, abandonnant tous les êtres; et seul aussi l’on goûte les fruits du karma. C’est pourquoi qu’on pratique le sukṛta—la conduite méritoire—afin que le paśu (l’âme liée) s’avance vers Śiva, le Seigneur (Pati), au-delà du pāśa (lien).
Verse 63
न ह्येनं प्रस्थितं कश्चिद् गच्छन्तम् अनुगच्छति यदनेन कृतं कर्म तदेनमनुगच्छति
Quand on se met en route hors de ce monde, nul ne suit celui qui s’en va; seul le karma qu’il a lui-même accompli le suit.
Verse 64
ते नित्यं यमविषयेषु सम्प्रवृत्ताः क्रोशन्तः सततमनिष्टसंप्रयोगैः शुष्यन्ते परिगतवेदनाः शरीरा बह्वीभिः सुभृशमनन्तयातनाभिः
Sans cesse poussées vers le domaine de Yama, ces âmes liées gémissent continuellement. Par le contact constant avec ce qui est haï et contraire, leurs corps se dessèchent—pénétrés de douleur—et sont tourmentés par de nombreux châtiments féroces, comme sans fin. Ainsi le pāśa (lien) mûrit en souffrance lorsque le paśu se détourne de Pati, le Seigneur.
Verse 65
दिफ़्फ़्। फ़ोर्म्स् ओफ़् रेबिर्थ् कर्मणा मनसा वाचा यदभीक्ष्णं निषेवते तदभ्यासो हरत्येनं तस्मात्कल्याणमाचरेत्
Ce qu’un être fréquente sans cesse—par l’acte, la pensée ou la parole—cette pratique même l’emporte vers sa destinée. Qu’on cultive donc ce qui est propice et conforme au dharma, afin que le paśu soit mené loin du pāśa et vers la grâce libératrice de Śiva.
Verse 66
अनादिमान्प्रबन्धः स्यात् पूर्वकर्मणि देहिनः संसारं तामसं घोरं षड्विधं प्रतिपद्यते
Pour le paśu incarné, du fait du karma antérieur, naît une continuité de lien sans commencement; et il entre dans le saṃsāra redoutable, de nature tamasique, qui se manifeste en six formes.
Verse 67
मानुष्यात्पशुभावश् च पशुभावान् मृगो भवेत् मृगत्वात्पक्षिभावश् च तस्माच्चैव सरीसृपः
Depuis l’état humain, le paśu (l’âme liée par le pāśa) peut choir en condition animale ; de l’animalité il peut devenir un cerf. De la condition de cerf il peut prendre l’état d’oiseau, et de là même celui d’un être rampant. Ainsi le jīva erre dans des naissances inférieures tant qu’il demeure entravé par le pāśa, jusqu’à se tourner de nouveau vers Pati, le Seigneur Śiva, le libérateur.
Verse 68
सरीसृपत्वाद्गच्छेद्वै स्थावरत्वं न संशयः स्थावरत्वे पुनः प्राप्ते यावद् उन्मिलते जनः
De l’état d’être rampant, on tombe assurément dans la condition de sthāvara, l’immobile — sans aucun doute. Et lorsque cet état immobile est de nouveau atteint, le paśu demeure ainsi jusqu’à ce qu’en son temps l’être « ouvre les yeux », s’éveillant encore à la vie manifeste.
Verse 69
कुलालचक्रवद्भ्रान्तस् तत्रैव परिवर्तते इत्येवं हि मनुष्यादिः संसारः स्थावरान्तिकः
Tel le tour du potier qui tournoie dans l’illusion, le paśu lié se retourne sans cesse dans le même cercle. Ainsi se déploie le saṃsāra — des naissances humaines et autres — jusqu’au terme sthāvara, tant que le paśu demeure entravé par le pāśa et ne prend pas refuge en Pati, Śiva.
Verse 70
विज्ञेयस्तामसो नाम तत्रैव परिवर्तते सात्त्विकश्चापि संसारो ब्रह्मादिः परिकीर्तितः
Sache qu’il est un cycle nommé « tāmasa » ; il tourne sans cesse dans cette même sphère. De même est proclamé le cycle « sāttvika » de l’existence transmigratoire — commençant avec Brahmā. (Ainsi le paśu, lié par le pāśa sous la forme des guṇa, tourne dans le saṃsāra jusqu’à se tourner vers Pati, Śiva.)
Verse 71
पिशाचान्तः स विज्ञेयः स्वर्गस्थानेषु देहिनाम् ब्राह्मे तु केवलं सत्त्वं स्थावरे केवलं तमः
Parmi les êtres incarnés qui atteignent des demeures célestes, il faut comprendre que l’étendue descend même jusqu’à l’état de piśāca. Mais dans le monde de Brahmā il n’y a que le sattva pur, tandis que dans le domaine des sthāvara il n’y a que le tamas seul.
Verse 72
चतुर्दशानां स्थानानां मध्ये विष्टम्भकं रजः मर्मसु छिद्यमानेषु वेदनार्तस्य देहिनः
Parmi les quatorze sièges du corps, le rajas (la qualité d’agitation) devient une force d’obstruction ; et lorsque les marmas (nœuds vitaux) sont tranchés ou percés, l’être incarné — le pashu — est submergé par la douleur et la détresse.
Verse 73
ततस्तत्परमं ब्रह्म कथं विप्रः स्मरिष्यति संसारः पूर्वधर्मस्य भावनाभिः प्रणोदितः
Comment donc un brahmane se souviendrait-il de ce Brahman suprême ? Car le saṃsāra est poussé en avant par les bhāvanā, impressions résiduelles nées du dharma antérieur, qui lient sans cesse le pashu (l’âme individuelle) par le pasha (lien conditionnant).
Verse 74
मानुषं भजते नित्यं तस्माद्ध्यानं समाचरेत् चतुर्दशविधं ह्येतद् बुद्ध्वा संसारमण्डलम्
Le pashu incarné s’attache sans cesse à la condition humaine ; qu’il s’applique donc avec ardeur à la méditation. Ayant compris ce maṇḍala du saṃsāra en quatorze formes, il se tourne vers Pati — le Seigneur Śiva — au-delà du pasha (la servitude).
Verse 75
नित्यं समारभेद्धर्मं संसारभयपीडितः ततस्तरति संसारं क्रमेण परिवर्तितः
Celui que tourmente la peur du saṃsāra doit entreprendre sans cesse le dharma ; puis, transformé peu à peu, il traverse au-delà du saṃsāra.
Verse 76
तस्माच्च सततं युक्तो ध्यानतत्परयुञ्जकः तथा समारभेद्योगं यथात्मानं स पश्यति
Ainsi, toujours recueilli et voué à la méditation, le pratiquant doit entreprendre le Yoga selon la juste méthode ; par là il en vient à voir le Soi tel qu’il est — le pashu intérieur — par la voie de grâce qui mène à Pati, Śiva.
Verse 77
एष आपः परं ज्योतिर् एष सेतुरनुत्तमः विवृत्या ह्येष संभेदाद् भूतानां चैव शाश्वतः
Ceci est en vérité les Eaux primordiales (āpaḥ) ; ceci est la Lumière Suprême. Ceci est le Pont (setu) sans égal. Par Son déploiement vaste—et aussi par Sa puissance de différenciation—l’Éternel devient le fondement des êtres manifestés.
Verse 78
तदेनं सेतुमात्मानम् अग्निं वै विश्वतोमुखम् हृदिस्थं सर्वभूतानाम् उपासीत महेश्वरम्
Ainsi faut-il adorer ce Maheshvara : le Soi intérieur et le Pont sacré (setu) qui fait traverser ; Il est le feu dont les faces se tournent vers toutes les directions, et Il demeure au cœur de tous les êtres.
Verse 79
तथान्तः संस्थितं देवं स्वशक्त्या परिमण्डितम् अष्टधा चाष्टधा चैव तथा चाष्टविधेन च
Ainsi doit-on contempler le Deva demeurant au-dedans, entouré et paré de Sa propre Śakti innée—se manifestant en huit aspects, de nouveau en huit aspects, et pareillement selon le mode octuple.
Verse 80
सृष्ट्यर्थं संस्थितं वह्निं संक्षिप्य च हृदि स्थितम् ध्यात्वा यथावद्देवेशं रुद्रं भुवननायकम्
Ayant rassemblé au-dedans le feu sacré établi pour la création et l’ayant placé dans le cœur, qu’on médite comme il convient sur Rudra—Seigneur des dieux, guide souverain de tous les mondes—lui qui est Pati, le maître intérieur qui délivre le paśu du pāśa par la contemplation juste.
Verse 81
हुत्वा पञ्चाहुतीः सम्यक् तच्चिन्तागतमानसः वैश्वानरं हृदिस्थं तु यथावदनुपूर्वशः
Après avoir offert comme il se doit les cinq oblations, l’esprit absorbé dans cette contemplation, qu’on médite, selon l’ordre juste, sur Vaiśvānara—le feu sacrificiel intérieur demeurant dans le cœur—comme Pati, le Seigneur qui brûle les liens (pāśa) du paśu.
Verse 82
आपः पूताः सकृत्प्राश्य तूष्णीं हुत्वा ह्युपाविशन् प्राणायेति ततस्तस्य प्रथमा ह्याहुतिः स्मृता
Après avoir pris une seule gorgée d’eau purifiée et offert l’oblation en silence, qu’il s’asseye. Ensuite, l’offrande faite avec le mantra « prāṇāya » est tenue pour la première āhuti, inaugurant la discipline du souffle qui stabilise le pashu (l’âme individuelle) pour le culte de Pati, Śiva.
Verse 83
अपानाय द्वितीया च व्यानायेति तथा परा उदानाय चतुर्थी स्यात् समानायेति पञ्चमी
La deuxième formule est pour Apāna ; la suivante pour Vyāna. La quatrième doit être pour Udāna, et la cinquième pour Samāna : ainsi les souffles vitaux sont invoqués dans l’ordre, faisant du corps un réceptacle apte au culte de Śiva.
Verse 84
स्वाहाकारैः पृथग्घुत्वा शेषं भुञ्जीत कामतः अपः पुनः सकृत्प्राश्य आचम्य हृदयं स्पृशेत्
Après avoir offert séparément les oblations avec l’énoncé « svāhā », qu’il consomme ensuite le reste selon sa capacité. Puis, en reprenant une gorgée d’eau et en accomplissant l’ācamana, qu’il touche le cœur, recentrant le rite dans le Soi, par dévotion à Pati, le Seigneur.
Verse 85
प्राणानां ग्रन्थिरस्यात्मा रुद्रो ह्यात्मा विशान्तकः रुद्रो वै ह्यात्मनः प्राण एवमाप्याययेत्स्वयम्
Rudra est, en vérité, le nœud intérieur (le cœur liant) des souffles vitaux ; Il est ce Soi même, Celui qui apporte l’apaisement total. Oui, Rudra est le prāṇa du Soi : ainsi doit-on se nourrir et se stabiliser en Le réalisant au-dedans.
Verse 86
प्राणे निविष्टो वै रुद्रस् तस्मात्प्राणमयः स्वयम् प्राणाय चैव रुद्राय जुहोत्यमृतमुत्तमम्
Rudra demeure réellement dans le prāṇa (le souffle vital) ; c’est pourquoi Il est Lui-même de la nature du prāṇa. Ainsi doit-on offrir le nectar suprême en āhuti au prāṇa — et à Rudra — les reconnaissant comme une seule réalité.
Verse 87
शिवाविशेह मामीश स्वाहा ब्रह्मात्मने स्वयम् एवं पञ्चाहुतीश्चैव प्रभुः प्रीणातु शाश्वतः
Ô Seigneur, que la puissance de Śiva, indifférenciée et toute-pénétrante, entre en moi et me protège — svāhā ! Oblation à Celui dont le Soi est Brahman, au Né-de-Lui-même. Ainsi, par ces cinq oblations, que le Seigneur Éternel soit pleinement satisfait.
Verse 88
पुरुषो ऽसि पुरे शेषे त्वं अङ्गुष्ठप्रमाणतः आश्रितश्चैव चाङ्गुष्ठम् ईशः परमकारणम्
Tu es ce Puruṣa qui demeure dans la « cité » du corps comme l’hôte intérieur qui subsiste ; tu as la mesure d’un pouce. Et pourtant, ce Soi de la taille d’un pouce est porté par Toi : ô Īśa, Tu es la Cause suprême de tout.
Verse 89
सर्वस्य जगतश्चैव प्रभुः प्रीणातु शाश्वतः त्वं देवानामसि ज्येष्ठो रुद्रस्त्वं च पुरो वृषा
Que le Seigneur Éternel, souverain de tout cet univers, soit satisfait. Tu es le premier parmi les dieux ; Tu es Rudra, le Taureau primordial (Vṛṣa) qui mène en avant.
Verse 90
मृदुस्त्वमन्नमस्मभ्यम् एतदस्तु हुतं तव इत्येवं कथितं सर्वं गुणप्राप्तिविशेषतः
« Tu es doux ; sois pour nous nourriture : que ceci soit offert en Toi comme oblation. » Ainsi tout est énoncé, avec une insistance particulière sur l’acquisition singulière du mérite ; car par cette offrande consacrée, le paśu (l’âme liée) est purifié et s’approche du Pati (le Seigneur).
Verse 91
योगाचारः स्वयं तेन ब्रह्मणा कथितः पुरा एवं पाशुपतं ज्ञानं ज्ञातव्यं च प्रयत्नतः
Cette discipline du Yoga fut jadis enseignée par Brahmā lui-même. De même, la connaissance de la voie Pāśupata doit être comprise avec ardeur et effort constant.
Verse 92
भस्मस्नायी भवेन् नित्यं भस्मलिप्तः सदा भवेत् यः पठेच्छृणुयाद्वापि श्रावयेद्वा द्विजोत्तमान्
Qu’il se baigne sans cesse avec la cendre sacrée (bhasma) et demeure toujours oint de cendre. Quiconque—surtout le meilleur parmi les deux-fois-nés—la récite, l’entend ou la fait entendre, s’établit dans la discipline śaiva qui purifie le paśu (l’âme liée) et le tourne vers le Seigneur, le Pati (Śiva).
Verse 93
दैवे कर्मणि पित्र्ये वा स याति परमां गतिम्
Qu’il accomplisse des offrandes aux Devas ou des rites pour les Pitṛs, ce dévot atteint la voie suprême : par la grâce de Śiva, il parvient à l’état le plus élevé, au-delà du pāśa (les liens) qui enchaînent le paśu (l’âme individuelle).
It is a Śaiva yogic discipline taught by Sūta involving mind-fixation, structured contemplation of Umāpati with Śakti/Rudra frameworks, and progressive inner realization; its highest fruit is mokṣa/apavarga and Śiva-sāyujya, while siddhis are presented as subordinate outcomes.
Aṇimā, laghimā, mahimā, prāpti, prākāmya, īśitva, vaśitva, and yatra-kāmāvasāyitā are enumerated; the text emphasizes they arise through yoga (krama-yoga/Pāśupata-yoga) and should not distract from liberation.
A heart-centered internal homa in which five offerings are made with svāhā to prāṇa, apāna, vyāna, udāna, and samāna, while meditating on vaiśvānara and identifying Rudra with prāṇa and the inner self.
To demonstrate the inevitability of karmic consequence and the terror of saṃsāra, thereby strengthening vairāgya and motivating sustained dhyāna and Śiva-oriented yoga as the reliable means to transcend repeated birth and suffering.