
Chapter 59 — अधिवासनकथनं (Adhivāsana: The Rite of Inviting and Stabilizing Hari’s Presence)
Le chapitre 59 définit l’adhivāsana comme la procédure rituelle par laquelle la présence de Hari (Viṣṇu) est appelée, rendue effective et stabilisée en vue des rites d’installation. Le Seigneur Agni commence par la discipline intérieure : l’officiant attelle la conscience à Oṁ, la recentre, puis accomplit un laya (réabsorption) méthodique des éléments et des facultés—la terre dans le vent, le vent dans l’espace, l’espace dans le mental, le mental dans l’ahaṅkāra, l’ahaṅkāra dans le mahat, et le mahat dans l’inmanifesté (avyakta), identifié à Vāsudeva comme connaissance pure. Le chapitre renverse ensuite la perspective vers la cartographie de la création (Vyūha/cosmogenèse), en énumérant tanmātras, sens, organes d’action et corps grossier, afin que le pratiquant « reconstruise » rituellement le cosmos comme un corps consacré. Un mantra-nyāsa détaillé assigne des syllabes-semences (bīja) aux tattvas et aux lieux du corps, suivi du Vaiṣṇava nāma-nyāsa (Keśava–Dāmodara) et du ṣaḍaṅga-nyāsa. Un programme de maṇḍala (cakra à douze rayons, kalā solaires et lunaires, culte de la suite) culmine dans l’installation de Hari dans l’icône, l’allumage du feu vaiṣṇava, l’homa et les rites de śānti, l’établissement de rivières sacrées, le repas offert aux brāhmaṇas, le bali aux dikpatis, et une veille nocturne avec récitation sacrée—consacrant toutes les parties du rite par l’adhivāsana.
Verse 1
इत्य् आदिमहापुराणे आग्नेये स्नपनादिविधानं नाम अष्टपञ्चाशो ऽध्यायः अथोनषष्टितमो ऽध्यायः अधिवासनकथनं भगवानुवाच हरेः सान्निध्यकरणमधिवासनमुच्यते सर्वज्ञं सर्वगं ध्यात्वा आत्मानं पुरुषोत्तमं
Ainsi, dans l’Ādi-Mahāpurāṇa, l’Agni Purāṇa, s’achève le cinquante-huitième chapitre intitulé « La procédure du bain rituel (Snāpana) et des rites connexes ». Commence maintenant le cinquante-neuvième chapitre, « Exposé de l’Adhivāsana ». Le Seigneur Bienheureux dit : « On appelle Adhivāsana le rite qui rend effective la présence (rituelle) de Hari. Ayant médité sur la Personne Suprême—omnisciente et omniprésente—et l’être propre recueilli et purifié, qu’on procède vers le suprême Puruṣottama. »
Verse 2
ओंकारेण समायोज्य चिच्छक्तिमभिमानिनीं निःसार्यात्मैकतां कृत्वा स्वस्मिन् सर्वगते विभौ
Ayant attelé (l’esprit) à la syllabe Oṃ, et ramené au-dedans la puissance de conscience (cit-śakti) qui s’identifie à l’individu, on doit établir l’unité du Soi, demeurant dans son propre Soi seigneurial, omniprésent et tout-puissant.
Verse 3
योजयेन्मरुतां पृथ्वीं वह्निवीजेन दीपयेत् संहरेद्वायुना चाग्निं वायुमाकाशतो नयेत्
On doit fondre la Terre dans le principe du Vent ; par la syllabe-semence du Feu, on doit attiser le feu intérieur. Ensuite, au moyen du Vent, on doit résorber le Feu, et conduire le Vent dans l’Éther (l’Espace).
Verse 4
मतिशालिनीमिति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः कृत्वा पुंसीति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः अधिभूतादिदेवैस्तु साध्याख्यैर् विभवैः सह तन्मात्रपात्रकान् कृत्वा संहरेत्तत् क्रमाद् बुधः
Ayant disposé mentalement les adhibhūta et les divinités présidantes, avec les puissances appelées Sādhyas, le sage doit, étape par étape, opérer leur résorption, en les faisant devenir des réceptacles des tanmātras (les éléments sensoriels subtils).
Verse 5
आकाशं मनसाहत्य मनोहङ्करणे कुरु अहङ्कारञ्च महति तञ्चाप्यव्याकृते नयेत्
Après avoir résorbé l’espace dans le mental par le mental, établis le mental dans l’egoïté (ahaṅkāra). Puis fonds l’egoïté dans le Grand Principe (mahat) et conduis même cela vers l’Inmanifesté (avyākṛta).
Verse 6
अव्याकृतं ज्ञानरूपे वासुदेवः स ईरितः स तामव्याकृतिं मायामभ्यष्ट सिसृक्षया
Vāsudeva est proclamé l’Inmanifesté (avyākṛta) sous la forme de la conscience/savoir pur (jñāna). Désirant créer, il mit en branle cette Māyā inmanifestée, puissance primordiale.
Verse 7
सङ्कर्षणं सं शब्दात्मा स्पर्शाख्यमसृजत् प्रभुः क्षोभ्य मायां स प्रद्युम्नं तेजोरूपं स चासृजत्
Le Seigneur—en tant que Saṅkarṣaṇa, dont l’essence est le son—fit naître le principe nommé «Toucher» (sparśa). Puis, ayant ébranlé Māyā, il produisit aussi Pradyumna, dont la forme est la radiance (tejas).
Verse 8
अनिरुद्धं रसमात्रं ब्रह्माणं गन्धरूपकं अनिरुद्धः स च ब्रह्मा अप आदौ ससर्ज ह
Aniruddha est identifié au principe du goût seul (rasa) ; Brahmā est identifié au principe dont la forme est l’odeur (gandha). Cet Aniruddha même—avec Brahmā—créa les eaux (āp) au commencement.
Verse 9
तस्मिन् हिरण्मयञ्चाण्डं सो ऽसृजत् पञ्चभूतवत् तस्मिन् सङ्क्रामिते जीवे शक्तिरात्मोपसंहृता
En cet état, il créa un œuf cosmique d’or (hiraṇmaya aṇḍa), constitué des cinq grands éléments (pañca-bhūta). Lorsque le jīva y entra, la puissance créatrice (śakti) fut retirée et résorbée dans le Soi (Ātman).
Verse 10
प्राणो जीवेन संयुक्तो वृत्तिमानिति शब्द्यते जीवोव्याहृतिसञ्ज्ञस्तु प्राणेष्वाध्यात्मिकः स्मृतः
Le prāṇa, lorsqu’il est conjoint au jīva, est dit « pourvu d’activité (vṛtti) ». Le jīva—désigné comme la « vyāhṛti » (énonciation/affirmation intérieure)—est tenu en mémoire comme le principe spirituel immanent (ādhyātmika) au sein des souffles vitaux (prāṇas).
Verse 11
प्राणैर् युक्ता ततो बुद्धिः सञ्जाता चाष्टमूर्तिकी अहङ्कारस्ततो जज्ञे मनस्तस्मादजायत
Puis, conjointe aux prāṇas, surgit la buddhi (l’intellect) de forme octuple (aṣṭamūrtikī) ; de celle-ci naquit l’ahaṅkāra (l’egoïté), et de celui-ci fut engendré le manas (le mental).
Verse 12
अर्थाः प्रजज्ञिरे पञ्च सङ्कल्पादियुतास्ततः शब्दः स्पर्शश् च रूपञ्च रसो गन्ध इति स्मृता
Ensuite naquirent cinq objets des sens (arthas), accompagnés du saṅkalpa (intention mentale) et du reste : son (śabda), toucher (sparśa), forme (rūpa), saveur (rasa) et odeur (gandha) ; ainsi s’en souvient-on.
Verse 13
ज्ञानशक्तियुतान्येतैर् आरब्धानीन्द्रियाणि तु र् इति ङ, चिहिनितपुस्तकपाठः मनसाहृत्य मनो ऽहङ्करणे क्षरे इति घ, चिह्नितपुस्तकपाठः वासुदेवे समाहित इति ङ, इति चिह्नितपुस्तकपाठः सङ्क्रमते जीव इति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः चाष्टवृत्तिकीति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः त्वक्श्रोत्रघ्राणचक्षूंषि जिह्वाबुद्धीन्द्रियाणि तु
Pourvues de la puissance de connaissance (jñāna-śakti), ces facultés sont mises en action. Et le jīva, les ramenant par le manas (mental), passe dans le manas puis dans le principe d’ego (ahaṅkāra) en voie de dissolution. Lorsqu’elles sont ainsi rassemblées et concentrées sur Vāsudeva, les facultés se trouvent maîtrisées. Les sens sont : la peau (toucher), l’oreille (ouïe), le nez (odorat), les yeux (vue), la langue (goût), et la buddhi (faculté d’intellection) comme organe interne.
Verse 14
पादौ पायुःस् तथा पाणी वागुपस्थश् च पञ्चमः कर्मेन्द्रियाणि चैतानि पञ्चभूतान्यतः शृणु
Les deux pieds, l’anus (pāyuḥ), les deux mains, la parole (vāk) et l’organe générateur (upastha) comme cinquième : tels sont les cinq organes d’action (karmendriya). Écoute maintenant au sujet des cinq grands éléments (pañca-bhūta).
Verse 15
आकाशवायुतेजांसि सलिलं पृथिवी तथा स्थूलमेभिः शरीरन्तु सर्वाधारं प्रजायते
De ceux-ci—l’espace, le vent, le feu, l’eau et aussi la terre—naît le corps grossier, support de toutes les fonctions de l’être incarné.
Verse 16
एतेषां वाचका मन्त्रा न्यासायोच्यन्त उत्तमाः जीवभूतं मकारन्तु देवस्य व्यापकं न्यसेत्
Pour ces principes, les mantras qui les désignent sont déclarés excellents pour le nyāsa rituel (installation). Qu’on installe la syllabe « ma »—de nature jīva—comme la présence omnipénétrante de la divinité.
Verse 17
प्राणतत्त्वं भकारन्तु जीवोपाधिगतं न्यसेत् हृदयस्थं बकारन्तु बुद्धितत्त्वं न्यसेद् बुधः
Qu’on place (par nyāsa) le principe du souffle vital, prāṇa-tattva, dans la syllabe « bha », comme lié au jīva-upādhi (condition limitante de l’individu). Le pratiquant avisé placera, dans le cœur, la syllabe « ba » comme principe de l’intellect, buddhi-tattva.
Verse 18
फकारमपि तत्रैव अहङ्कारमयं न्यसेत् मनस्तत्त्वं पकारन्तु न्यसेत्सङ्कल्पसम्भवं
Là même, qu’on place (par nyāsa) la syllabe « pha » comme faite du principe d’ahaṅkāra (l’ego). Et qu’on place la syllabe « pa » comme principe du mental, manas-tattva, né de l’intention (saṅkalpa).
Verse 19
शब्दतन्मात्रतत्त्वन्तु नकारं मस्तके न्यसेत् स्पर्शात्मकं धकारन्तु वक्त्रदेशे तु विन्यसेत्
Pour le principe du tanmātra du son (śabda-tanmātra), qu’on place la syllabe « na » sur la tête. Pour le principe dont la nature est le toucher, qu’on place la syllabe « dha » dans la région du visage (bouche).
Verse 20
दकारं रूपतत्त्वन्तु हृद्देशे विनिवेशयेत् थकारं वस्तिदेशे तु रसतन्मात्रकं न्यसेत्
On doit installer (par nyāsa) la syllabe « da », qui incarne le principe de la forme (rūpa-tattva), dans la région du cœur. Et dans la région de la vessie, on placera la syllabe « tha », qui incarne l’essence subtile de la saveur (rasa-tanmātra).
Verse 21
तकारं गन्धतन्मात्रं जङ्घयोर्विनिवेशयेत् णकारं श्रोत्रयोर् न्यस्य ढकारं विन्यसेत्त्वचि
On doit installer la syllabe « ta », en tant que tanmātra de l’odeur (gandha-tanmātra), dans les deux jambes (parties inférieures). Après avoir placé la syllabe « ṇa » dans les deux oreilles, on installera la syllabe « ḍha » dans la peau.
Verse 22
डकारं नेत्रयुग्मे तु रसनायां ठकारकं टकारं नासिकायान्तु ञकारं वाचि विन्यसेत्
On placera la syllabe « ḍa » sur la paire d’yeux ; la syllabe « ṭha » sur la langue ; la syllabe « ṭa » sur le nez ; et la syllabe « ña » dans la faculté de la parole (bouche/voix).
Verse 23
झकारं करयोर् न्यस्य पाणितत्त्वं विचक्षणः जकारं पदयोर् न्यस्य छं पायौ चमुपस्थके
Le pratiquant avisé doit placer (par nyāsa) la syllabe « jha » sur les deux mains, établissant le principe de la main. Il placera la syllabe « ja » sur les deux pieds, et mettra « cha » sur l’anus et « ca » sur l’organe générateur.
Verse 24
विन्यसेत् पृथिवीतत्त्वं ङकारं पादयुग्मके वस्तौ घकारं गं तत्त्वं तैजसं हृदि विन्यसेत्
On doit placer (par nyāsa) le principe de la Terre — la syllabe-semence « ṅa » — sur la paire de pieds. Dans la région du bassin, on placera « gha ». Et dans le cœur, on installera le principe igné (tejas) avec la semence « ga ».
Verse 25
मकारन्तद्देहस्येति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः विनियोजयेदिति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः खकारं वायुतत्त्वञ्च नासिकायां निवेशयेत् ककारं विन्यसेन्नित्यं खतत्त्वं मस्तके बुधः
«Le makāra termine (la formule) : “pour ce corps”»—ainsi lit-on dans la tradition manuscrite marquée ; et de même «il convient de l’appliquer (viniyojya)»—ainsi lit-on dans le manuscrit marqué. Le pratiquant avisé doit placer la syllabe ‘kha’, avec le principe de l’air (vāyu-tattva), dans le nez ; et il doit toujours placer la syllabe ‘ka’ et le principe de l’espace/éther (kha-tattva) sur la tête.
Verse 26
हृत्पुण्डरीके विन्यस्य यकारं सूर्यदैवतं द्वासप्ततिसहस्राणि हृदयादभिनिःसृताः
Après avoir placé (accompli le nyāsa de) la syllabe ‘ya’—dont la divinité présidente est le Soleil—dans le lotus du cœur, soixante-douze mille (nāḍī, canaux/flux subtils) jaillissent du cœur.
Verse 27
कलाषोडशसंयुक्तं मकारं तत्र विन्यसेत् तन्मध्ये चिन्तयेन्मन्त्री विन्दुं वह्नेस्तु मण्डलं
Là, on doit placer (faire le nyāsa de) la syllabe ‘ma’, conjointe aux seize kalā. En son centre même, le pratiquant de mantra doit visualiser le bindu—le maṇḍala d’Agni (le Feu).
Verse 28
हकारं विन्यसेत्तत्र प्रणवेन सुरोत्तमः ॐ आं परमेष्ठ्यात्मने आं नमः पुरुषात्मने
Là, le meilleur des dieux doit installer la syllabe ‘ha’ avec le praṇava (Oṃ), en récitant : «Oṃ, āṃ—hommage au Soi dont l’essence est Parameṣṭhin (le Seigneur suprême) ; āṃ—hommage au Soi dont l’essence est Puruṣa (la Personne cosmique).»
Verse 29
ॐ वां मनोनिवृत्त्यात्मने नाञ्च विश्वात्मने नमः ॐ वं नमः सर्वात्मने इत्य् उक्ताः पञ्च शक्तयः
«Oṃ vāṃ—salutation au Soi dont la nature est le retrait (manonivṛtti), l’apaisement du mental ; et (salutation) au Soi universel (Viśvātman). Oṃ vaṃ—salutation au Soi de tout (Sarvātman).» Ainsi sont proclamées les cinq Śakti (mantras de puissance).
Verse 30
स्थाने तु प्रथमा योज्या द्वितीया आसने मता तृतीया शयने तद्वच्चतुर्थी पानकर्मणि
Dans le lieu convenable au rite, on doit employer la Première (application/cas) ; la Deuxième est prescrite lorsqu’on est assis ; la Troisième lorsqu’on est étendu ; et de même la Quatrième dans l’acte de boire.
Verse 31
प्रत्यर्चायां पञ्चमी स्यात्पञ्चोपनिषदः स्मृताः हूङ्कारं विन्यसेन्मध्ये ध्यात्वा मन्त्रमयं हरिं
Dans le culte subsidiaire (pratyarcā), la Cinquième (étape/procédé) est prescrite ; on la tient pour les «cinq upaniṣads» (cinq éléments ésotériques). Qu’on place la syllabe hūṃ au centre, en méditant Hari comme constitué de mantra.
Verse 32
यां मूर्तिं स्थापयेत्तस्मात् मूलमन्त्रं न्यसेत्ततः ॐ नमो भगवते वासुदेवाय मूलकं
Ainsi, quelle que soit l’icône que l’on installe, on doit ensuite accomplir le nyāsa du mantra racine. La formule racine est : «Oṃ—hommage au Seigneur Bienheureux Vāsudeva».
Verse 33
शिरोघ्राणललाटेषु मुखकण्ठहृदि क्रमात् भुजयोर्जङ्घयोरङ्घ्य्रोः केशवं शिरसि न्यसेत्
Dans l’ordre requis, sur la tête, le nez et le front ; sur le visage, la gorge et le cœur ; sur les deux bras, les deux jambes et les deux pieds : qu’on accomplisse le nyāsa de Keśava, en l’établissant sur la tête.
Verse 34
नारायणं न्यसेद्वक्त्रे ग्रीवायां माधवं न्यसेत् अने इत्य् उक्ताः पञ्चशक्तयः इति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः दानकर्मणि इति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः अभ्यर्चायामिति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः क्षकारमिति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः या मूर्तिः स्थाप्यते तस्यामिति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः गोविन्दं भुजयोर्न्यस्य विष्णुं च हृदये न्यसेत्
Qu’on accomplisse le nyāsa en plaçant (le Nom divin) Nārāyaṇa sur la bouche et Mādhava sur le cou ; en plaçant Govinda sur les deux bras, qu’on place aussi Viṣṇu sur le cœur.
Verse 35
मधुसूदनकं पृष्ठे वामनं जठरे न्यसेत् कक्ष्यान्त्रिविक्रमं न्यस्य जङ्घायां श्रीधरं न्यसेत्
Par le nyāsa, qu’on place « Madhusūdana » sur le dos ; qu’on place « Vāmana » sur le ventre. Après avoir placé « Trivikrama » aux aisselles ou aux flancs, qu’on place « Śrīdhara » sur les jambes inférieures (tibias).
Verse 36
हृषीकेशं दक्षिणायां पद्मनाभं तु गुल्फके दामोदरं पादयोश् च हृदयादिषडङ्गकं
Par le nyāsa, qu’on place Hṛṣīkeśa du côté droit ; Padmanābha à la cheville ; et Dāmodara aux pieds. Ensuite, qu’on accomplisse la pose auxiliaire en six membres, commençant par le Cœur (hṛdaya-ādi ṣaḍ-aṅga).
Verse 37
एतत् साधारणं प्रोक्तमादिर्मूर्तेस्तु सत्तम अथवा यस्य देवस्य प्रारब्धं स्थापनं भवेत्
Ceci a été déclaré comme la procédure commune : la règle préliminaire pour l’installation d’une image (mūrti), ô le meilleur des vertueux. Ou bien, qu’on l’applique spécifiquement à la divinité dont on entreprend l’installation.
Verse 38
तस्यैव मूलमन्त्रेण सजीवकरणं भवेत् यस्या मूर्तेस्तु यन्नाम तस्याद्यं चाक्षरं च यत्
Par ce même mūlamantra (mantra racine), qu’on accomplisse le rite de sajīvakaraṇa, l’« animation » de l’image. Et pour la mūrti de la divinité que l’on installe, qu’on prenne le nom propre de cette forme ainsi que sa première syllabe (lettre initiale).
Verse 39
तत् स्वैरैर् द्वादशैर् भेद्य ह्य् अङ्गानि परिकल्पयेत् हृदयादीनि देवेश मूलञ्च दशमाक्षरं
Ensuite, en le différenciant en douze divisions selon la méthode choisie, qu’on dispose les mantras des membres—à commencer par celui du Cœur et les autres, ô Seigneur des dieux—et qu’on applique aussi la racine (mūla) comme mantra de dix syllabes.
Verse 40
यथा देवे तथा देहे तत्त्वानि विनियोजयेत् चक्राब्जमण्दले विष्णुं यजेद्गन्धादिना तथा
De même que les tattva sont assignés dans la divinité, de même, dans son propre corps, on doit placer (nyāsa) les principes. Dans le maṇḍala de lotus circulaire, on doit pareillement vénérer Viṣṇu avec des parfums et les autres offrandes.
Verse 41
पूर्ववच्चासनं ध्यायेत्सगात्रं सपरिच्छदं शुभञ्चक्रं द्वादशारं ह्य् उपरिष्टाद्विचिन्तयेत्
Comme il a été dit précédemment, qu’on médite sur l’āsana, complet avec sa forme corporelle et ses attributs; et au-dessus, qu’on contemple encore une roue de bon augure (cakra) à douze rayons.
Verse 42
त्रिनाभिचक्रं द्विनेमि स्वरैस्तच्च समन्वितं पृष्ठदेशे ततः प्राज्ञः प्रकृत्यादीन्निवेशयेत्
Ensuite, l’adepte doit établir (tracer/visualiser) une roue à trois moyeux et deux jantes, pourvue des voyelles; puis, dans la région du dos, le pratiquant avisé doit installer (nyāsa) Prakṛti et les autres principes.
Verse 43
पूजयेदारकाग्रेषु सूर्यं द्वादशधा पुनः एदाहुतिभिस् तथा इति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः ध्यायेत् तन्मात्रमिति ग, चिह्ह्नितपुस्तकपाठः ध्यायेत् समात्रमिति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः पूजयेद् द्वादशाग्रेषु इति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः पूजयेद् द्वादशारेषु इति घ, चिह्नितपुस्तकपाठः कलाषोडशसंयुक्तं सोमन्तत्र विचिन्तयेत्
Qu’on vénère le Soleil de manière douze fois sur les douze pointes/points (du diagramme rituel), et qu’on offre de nouveau les oblations (āhuti) en conséquence. Là, qu’on contemple Soma conjoint aux seize kalā (phases/parts lunaires).
Verse 44
सबलं त्रितयं नाभौ चिन्तयेद्देशिकोत्तमः पद्मञ्च द्वादशदलं पद्ममध्ये विचिन्तयेत्
Le maître éminent doit méditer au nombril le « tritaya », la triple puissance avec ses énergies de soutien; et en son centre, il doit contempler un lotus à douze pétales.
Verse 45
तन्मध्ये पौरुषीं शक्तिं ध्यात्वाभ्यर्च्य च दिशिकः प्रतिमायां हरिं न्यस्य तत्र तं पूजयेत् सुरान्
Dans ce lieu ou diagramme rituel, l’officiant doit méditer la Śakti Pauruṣī (puissance personnelle et immanente), lui rendre un culte, puis installer Hari (Viṣṇu) dans l’icône; cela fait, qu’il l’honore en ce lieu avec les dieux de son entourage.
Verse 46
गन्धपुष्पादिभिः सम्यक् साङ्गं सावरणं क्रमात् द्वादशाक्षरवीजैस्तु केशवादीन् समर्चयेत्
Avec parfums, fleurs et autres offrandes, qu’on adore correctement et selon l’ordre la Divinité avec ses aṅga (membres auxiliaires) et son āvaraṇa (cercle d’entourage); puis, au moyen des bīja-mantra de douze syllabes, qu’on honore Keśava et les autres (noms).
Verse 47
द्वादशारे मण्डले तु लौकपालादिकं क्रमात् प्रतिमामर्चयेत् पश्चाद्गन्धपुष्पादिभिर्द्विजः
Dans le maṇḍala à douze rayons, le dvija (le « deux-fois-né ») doit, selon l’ordre prescrit, adorer les icônes en commençant par les Lokapāla; ensuite, qu’il fasse les offrandes de parfums, fleurs et autres semblables.
Verse 48
पौरुषेण तु सूक्तेन श्रियाः सूक्तेन पिण्डिकां जननादिक्रमात् पश्चाज्जनयेद्वैष्णवानलं
Au moyen du Pauruṣa Sūkta et du Śrī Sūkta, qu’on façonne la piṇḍikā (boulette/masse rituelle); puis, selon la séquence prescrite commençant par le rite de janana (génération) et les autres, qu’on allume le feu vaiṣṇava.
Verse 49
हुत्वाग्निं हुतमिति कुण्डेग्निं प्रणयेद्बुधः अग्निप्रणयने मन्त्रस्त्वमग्ने ह्य् अग्निरुच्यते
Après avoir versé l’oblation dans le feu en prononçant « hutam » (« c’est offert »), le sage doit conduire le feu dans le kuṇḍa, la fosse à feu. Pour le rite d’introduction du feu (agni-praṇayana), le mantra est « tvam agne … », car on y adresse Agni en tant qu’« Agni » lui-même.
Verse 50
दक्षिणेग्निं हुतमिति कुण्डेग्निं प्रणयेद्बुधः अग्निमग्नीति पूर्वे तु कुण्डेग्निं प्रणयेद्बुधः
L’officiant savant doit conduire (installer) le feu du kuṇḍa (le feu placé dans la fosse rituelle) vers le côté sud en prononçant : « hutam iti » (“cela a été offert”). Mais du côté est, l’officiant savant doit conduire (installer) le feu du kuṇḍa en prononçant : « agnim agnīti » (“à Agni, ô Agni”).
Verse 51
उत्तरे प्रणयेदग्निमग्निमग्नी हवामहे अग्निप्रणयने मन्त्रस्त्वमग्ने ह्य् अग्निरुच्यते
Vers le côté nord, on doit conduire/établir le feu en récitant : « Agni—Agni—nous t’invoquons, ô Feu ». Tel est le mantra du rite d’introduire (et d’installer) le feu sacré : « Toi, ô Agni, tu es véritablement appelé Agni ».
Verse 52
पलाशसमिधानान्तु अष्टोत्तरसहस्रकं कुण्डे कुण्डे होमयेच्च व्रीहीन् वेदादिकैस् तथा
En utilisant le palāśa (Butea monosperma) comme baguettes de combustible, on doit offrir des oblations au nombre de mille huit (1008) ; et dans chaque fosse à feu, on doit aussi offrir des grains de riz, accompagnés de récitations védiques et de formules rituelles connexes.
Verse 53
साज्यांस्तिलान् व्याहृतिभिर्मूलमन्त्रेण वै घृतं कुर्यात्ततः शान्तिहोमं मधुरत्रितयेन च
On doit offrir des graines de sésame mêlées de ghee en récitant les Vyāhṛti, et faire aussi une offrande de ghee avec le mūla-mantra (mantra racine). Ensuite, on accomplira le śānti-homa, l’offrande apaisante au feu, en utilisant également les trois substances douces.
Verse 54
द्वादशार्णैः स्पृशेत् पादौ नाभिं हृन् मस्तकं ततः घृतं दधि पयो हुत्वा स्पृशेन्मूर्धन्यथो ततः
Avec le mantra de douze syllabes, on doit toucher les pieds, puis le nombril, le cœur et la tête. Après avoir offert au feu le ghee, le caillé et le lait, on touchera ensuite le sommet (la couronne) de la tête.
Verse 55
ध्यात्वा पश्चात्तु देशिक इति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः तत्र तान् पूजयेत् सुरामिति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः स्पृष्ट्वा शिरोनाभिपादांश् चतस्रः स्थापयेन्नदीः गङ्गा च यमुना गोदा क्रमान्नाम्ना सरस्वती
Après avoir médité (la leçon du manuscrit marqué ajoute : « deśika … » et « surām … »), on doit ensuite les vénérer. En touchant la tête, le nombril et les pieds, on établira les quatre fleuves sacrés : Gaṅgā, Yamunā, Godāvarī et, selon l’ordre des noms, Sarasvatī.
Verse 56
दहेत्तु विष्णुगायत्र्या गायत्र्या श्रपयेच्चरुं होमयेच्च बलिं दद्यादुत्तरे भोजयेद्द्विजान्
Il doit allumer le feu (ou consumer l’offrande) par la Viṣṇu-gāyatrī ; et, par la Gāyatrī (ordinaire), cuire le caru, la bouillie sacrificielle. Ensuite, qu’il accomplisse le homa, offre le bali, puis nourrisse les dvija (hôtes brāhmaṇa).
Verse 57
सामाधिपानां तुष्ट्यर्थं हेमगां गुरवे ददेत् दिक्पतिभ्यो बलिं दत्त्वा रात्रौ कुर्याच्च जागरं ब्रह्मगीतादिशब्देन सर्वभागधिवासनात्
Pour la satisfaction des divinités présidant au rite de « samādhi », on offrira au guru une vache d’or. Après avoir donné le bali aux Seigneurs des Directions, on observera une veille nocturne ; et, par la récitation du Brahma-gīta et d’autres chants sacrés semblables, on accomplira l’adhivāsana, consacrant toutes les parts et offrandes du rite.
A highly specific nyāsa taxonomy: seed-syllables are installed onto precise body regions to encode tattvas (tanmātras, indriyas, mahābhūtas) and then overlaid with Vaiṣṇava nāma-nyāsa (Keśava–Dāmodara), forming a ritual ‘subtle-body architecture’ prior to icon installation and homa.
It turns metaphysics into sādhana: by dissolving the elements back to the unmanifest Vāsudeva and then reinstalling them as mantra-structured reality, the practitioner aligns inner consciousness (mukti orientation) with precise consecratory action in space and community (bhukti orientation).