Adhyaya 136
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 136

Adhyaya 136

Le chapitre met en scène un débat juridico-théologique sur le karma et la justice proportionnée. Māṇḍavya, accablé d’une souffrance prolongée sans pouvoir mourir, demande à Dharmarāja d’en préciser la cause karmique. Dharmarāja explique que, dans une existence antérieure, alors qu’il était enfant, Māṇḍavya avait empalé un oiseau baka sur un pieu aigu, et que cet acte minime a mûri en la douleur présente. Māṇḍavya juge la peine disproportionnée et profère une malédiction : Dharmarāja naîtra d’un ventre Śūdra et connaîtra la souffrance sociale ; toutefois la malédiction est limitée — dans cette naissance il n’y aura pas de descendance, puis Dharmarāja recouvrera sa charge. Un moyen de réparation est ajouté : Dharmarāja doit adorer Trilocana (Śiva) dans ce même champ afin d’obtenir rapidement la délivrance (la mort). Les devas négocient d’autres grâces et transforment le pieu (śūlikā) en objet de contact purificateur : quiconque le touche au matin est libéré du pāpa. Une pativratā demande que l’étang/fossé creusé soit renommé « Dīrghikā » dans les trois mondes ; les devas l’accordent et proclament que le bain matinal y efface instantanément les péchés. Une précision calendaire s’ajoute : se baigner le cinquième jour lorsque le soleil est en Kanyā-rāśi est lié au renversement de la stérilité et à l’obtention d’enfants. Le récit s’achève sur la dévotion ultérieure de la pativratā envers son tīrtha et sur la phalaśruti : entendre seulement la légende de Dīrghikā délivre du péché.

Shlokas

Verse 1

। मांडव्य उवाच । ग्रहीष्यामि सुरश्रेष्ठा वरं युष्मत्समुद्रवम् । परं मे निर्णयं चैकं धर्मराजः प्रचक्षतु

Māṇḍavya dit : «Ô vous, les meilleurs des dieux, j’accepte la grâce que vous offrez. Mais que Dharma-rāja m’énonce un dernier jugement, ferme et décisif.»

Verse 2

सर्वेषां प्राणिनां लोके कृतं कर्म शुभाशुभम् । उपतिष्ठति नान्यत्र सत्यमेतत्सुरोत्तमाः

«Pour tous les êtres en ce monde, les actes accomplis —bons ou mauvais— se tiennent infailliblement devant eux, et nulle part ailleurs. Telle est la vérité, ô premiers des dieux.»

Verse 3

मयाप्यत्र परे चापि किं कृतं पातकं च यत् । ईदृशीं वेदनां प्राप्तो न च मृत्युं कथचन

«Quel péché ai-je commis —en cette vie ou en une autre— pour être tombé dans une telle souffrance, et pourtant que la mort ne vienne à moi d’aucune façon ?»

Verse 4

धर्मराज उवाच । अन्यदेहे त्वया विप्र बालभावेन वर्तता । शूलाग्रेण सुतीक्ष्णेन काये विद्धो बकः क्षितौ

Dharma-rāja dit : «Ô brāhmane, dans un autre corps (une vie antérieure), tandis que tu agissais avec une insouciance d’enfant, une grue fut transpercée au corps par la pointe acérée d’un pieu et tomba à terre.»

Verse 5

नान्यत्कृतमपि स्वल्पं पातकं किंचिदेव हि । एतस्मात्कारणादेषा व्यथा संसेविता द्विज

«En vérité, tu n’as commis aucun autre péché, pas même le plus léger. Ô deux-fois-né, c’est pour cette seule raison que cette douleur t’est échue à éprouver.»

Verse 6

सूत उवाच । तस्य तद्वचनं श्रुत्वा भृशं क्रोधसमन्वितः । ततस्तं प्राह मांडव्यो धर्मराजं पुरः स्थितम्

Sūta dit : «À l’écoute de ces paroles, Māṇḍavya fut saisi d’une colère ardente ; puis il s’adressa à Dharmarāja, qui se tenait devant lui.»

Verse 7

अस्य स्वल्पापराधस्य यस्माद्भूयान्विनिग्रहः । कृतस्त्वया सुदुर्बुद्धे तस्माच्छापं गृहाण मे

«Puisque, pour une faute légère, tu as infligé un châtiment démesuré —ô esprit mauvais—, reçois donc ma malédiction.»

Verse 8

त्वं प्राप्य मानुषं देहं शूद्रयोनौ व्यवस्थितः । जातिक्षयकृतं दुःखं प्रभूतं सेवयिष्यसि

«Ayant obtenu un corps humain, tu seras établi dans une naissance de Śūdra, et tu endureras de grandes souffrances nées de la perte de rang et de caste.»

Verse 9

तथा कृता मयैषाद्य व्यवस्था सर्वदेहिनाम् । अष्टमाद्वत्सरादूर्ध्यं कर्मणा गर्हितेन च । प्रग्रहीष्यति वै जंतुः पुरुषो योषिदेव वा

«Ainsi, aujourd’hui, j’ai établi cette règle pour tous les êtres incarnés : après la huitième année, toute créature —homme ou femme— sera assurément tenue responsable des actes blâmables.»

Verse 10

एवमुक्त्वा स मांडव्यो धर्मराजं ततः परम् । प्रस्थितो रोषनिर्मुक्तो वांछिताशां प्रति द्विजाः

Après avoir ainsi parlé à Dharmarāja, le brāhmane Māṇḍavya s’en alla, délivré de la colère, vers le lieu qu’il désirait atteindre.

Verse 11

अथ तं प्रस्थितं दृष्ट्वा प्रोचुः सर्वे दिवौकसः । धर्मराजकृते व्यग्राः श्रुत्वा शापं तथाविधम्

Alors, le voyant s’en aller, tous les dieux prirent la parole—troublés au sujet de Dharmarāja—ayant entendu une telle malédiction proférée.

Verse 12

देवा ऊचुः । भगवन्पापसक्तस्य धर्मराजस्य केवलम् । न त्वमर्हसि शापेन शूद्रं कर्तुं कथंचन

Les dieux dirent : «Ô Vénérable, ce n’est pas parce que Dharmarāja est voué à châtier le péché que tu dois, par une malédiction, le faire devenir un Śūdra, d’aucune manière.»

Verse 13

प्रसादं कुरु तस्मात्त्वमस्य धर्मपतेर्द्विज । अस्माकं वचनात्सद्यः प्रार्थयस्व तथा वरम्

Ainsi donc, ô brāhmane, accorde ta faveur à ce Seigneur du Dharma. À notre demande, sollicite aussitôt un don (vara) selon la juste manière.

Verse 14

मांडव्य उवाच । नान्यथा जायते वाणी या मयोक्ता सुरोत्तमाः । अवश्यं धर्मराजोऽयं शूद्रयोनौ प्रयास्यति

Māṇḍavya dit : «Ô meilleurs des dieux, la parole que j’ai prononcée ne peut être autrement. Ce Dharmarāja entrera assurément dans un sein de Śūdra.»

Verse 15

परं नैवास्य संतानं तस्यां योनौ भविष्यति । संप्राप्स्यति च भूयोऽपि धर्मराजत्वमुत्तमम्

Cependant, dans cette naissance, il n’aura point de descendance ; et ensuite il atteindra de nouveau la suprême dignité de Dharmarāja.

Verse 16

आराधयतु चाव्यग्रः क्षेत्रेऽत्रैव त्रिलोचनम् । प्रसादात्तस्य देवस्य शीघ्रं मृत्युमवाप्स्यति

Qu’il adore, l’esprit sans trouble, Trilocana (Śiva) en ce kṣetra même, sanctifié; par la grâce de ce Dieu, il atteindra promptement la mort (et sera ainsi délivré de cet état).

Verse 17

तथा देयो वरो मह्यं भवद्भिर्यदि स्वर्गपाः । तदेषा शूलिकाऽस्माकं स्पर्शाद्भूयात्सुधर्मदा

Si vraiment, ô gardiens du ciel, vous devez m’accorder une grâce, alors que ce pieu (śūlikā) qui est le nôtre devienne, par le seul toucher, dispensateur du bon dharma pour les hommes.

Verse 18

देवा ऊचुः । एनां यः प्रातरुत्थाय स्पर्शयिष्यति शूलिकाम् । पातकात्स विमुक्तो वा इह लोके भविष्यति

Les dieux dirent : Quiconque se lève à l’aube et touche cette śūlikā sera, en ce monde même, délivré du péché.

Verse 19

एवमुक्त्वा मुनिं तं ते देवाः शक्रपुरोगमाः । ततस्तां सादरं प्राहुः सह भर्त्रा पतिव्रताम्

Après avoir ainsi parlé à ce sage, les dieux—conduits par Śakra (Indra)—s’adressèrent ensuite avec respect à cette épouse vouée (pativratā), en présence de son époux.

Verse 20

त्वमपि प्रार्थयाभीष्टमस्मत्तो वरवर्णिनि । यत्ते चित्ते स्थितं नित्यं नादेयं विद्यतेऽत्र नः

Toi aussi, ô dame au teint gracieux, demande-nous ce que tu désires. Ce qui demeure à jamais établi dans ton cœur : ici, rien n’est hors de notre pouvoir d’accorder.

Verse 21

पतिव्रतोवाच । येयं मयाकृता गर्ता स्थानेऽत्र त्रिदशेश्वराः । मन्नाम्ना ख्यातिमायातु दीर्घिकेति जगत्त्रये

L’épouse fidèle dit : Ô seigneurs des dieux, que cette fosse/vasque que j’ai creusée en ce lieu obtienne la renommée dans les trois mondes sous mon nom, “Dīrghikā”.

Verse 22

देवा ऊचुः । अद्यप्रभृति लोकेऽत्र गर्त्तेयं तव शोभने । दीर्घिकेति सुविख्याता भविष्यति जगत्त्रये

Les dieux dirent : Dès ce jour, ô belle, cette cuvette d’étang en ce monde sera largement renommée dans les trois mondes sous le nom de “Dīrghikā”.

Verse 23

येऽस्यां स्नानं करिष्यंति प्रातरुत्थाय मानवाः । सर्वपापविनिर्मुक्तास्ते भविष्यंति तत्क्षणात्

Quiconque se lève à l’aube et se baigne dans cette eau sacrée, ô gens, est aussitôt délivré de tout péché. Telle est la grandeur purificatrice de ce tīrtha.

Verse 24

कन्याराशिगते सूर्ये संप्राप्ते पंचमीदिने । येऽत्र स्नानं करिष्यंति श्रद्धया सहिता नराः

Lorsque le Soleil entre dans Kanyā-rāśi (la Vierge) et que survient le cinquième jour lunaire (pañcamī), les hommes qui se baignent ici avec foi obtiennent le fruit sacré promis par ce lieu.

Verse 25

अपुत्रास्ते भविष्यंति सपुत्रा वंशवर्धनाः । एवमुक्त्वाऽथ तां देवा जग्मुः स्वर्गं द्विजोत्तमाः

Ceux qui étaient sans fils seront bénis de fils, accroisseurs de la lignée. Ayant ainsi parlé, les dieux partirent vers le ciel, ô meilleur des deux-fois-nés.

Verse 26

पतिव्रतापि तेनैव सह कांतेन सुन्दरी । सेवयामास कल्याणी स्मरसौख्यमनुत्तमम्

Cette épouse de bon augure, belle et fidèle à son vœu, goûta avec son époux bien-aimé une félicité conjugale sans égale.

Verse 27

पर्वतेषु सुरम्येषु नदीनां पुलिनेषु च । उद्यानेषु विचित्रेषु वनेषूपवनेषु च

Sur des montagnes ravissantes, sur les grèves sablonneuses des rivières, dans des jardins délicieux et variés, et dans les forêts et les bosquets—

Verse 28

ततो वयसि संप्राप्ते पश्चिमे कालपर्ययात् । तदेवात्मीयसत्तीर्थं सेवयामास सादरम्

Puis, lorsque la vieillesse survint au fil du temps, elle retourna avec dévotion vers ce même tīrtha sacré, son refuge et son trésor, et le servit avec respect.

Verse 29

ततो देहं परित्यक्त्वा स्वकांतं वीक्ष्य तं मृतम् । तत्र तोये जगामाथ ब्रह्मलोकं पतिव्रता

Alors, ayant vu son époux bien-aimé sans vie, l’épouse fidèle, pativrata, quitta son corps et, par les eaux de ce lieu, s’en alla vers Brahmaloka.

Verse 30

एतद्वः सर्वमाख्यातं दीर्घिकाख्यानमुत्तमम् । यस्य संश्रवणादेव नरः पापात्प्रमुच्यते

Ainsi vous ai-je exposé en entier ce récit उत्कृष्ट de Dīrghikā ; par le seul fait de l’entendre, l’homme est délivré du péché.

Verse 136

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखंडे हाटकेश्वर क्षेत्रमाहात्म्ये दीर्घिकोत्पत्तिमाहात्म्यवर्णनंनाम षट्त्रिंशदुत्तरशततमोऽध्यायः

Ainsi s’achève, dans le vénérable Skanda Mahāpurāṇa—au sein de l’Ekāśītisāhasrī Saṃhitā, dans le sixième livre, le Nāgara Khaṇḍa, dans le Māhātmya du Kṣetra de Hāṭakeśvara—le chapitre intitulé « Description de la grandeur de l’origine de Dīrghikā », à savoir le Chapitre 136.