
Agastya prie Skanda de rapporter la māhātmya de Dharma-tīrtha, telle que Śambhu l’enseigna à Devī. Skanda raconte qu’Indra, après avoir tué Vṛtra et contracté le brahmahatyā-doṣa, cherche l’expiation ; Bṛhaspati l’oriente vers Kāśī, protégée par Viśveśvara, où l’on dit que les impuretés les plus lourdes s’enfuient dès l’entrée dans Ānandavana. Indra y accomplit le culte près du chenal qui s’écoule vers le nord et, par la grâce de Śiva, un tīrtha est établi avec l’injonction : « Baigne-toi ici, ô Indra », après quoi son état est rituellement transfiguré. Des sages tels que Nārada et d’autres adoptent ce lieu pour le bain sacré, le śrāddha et les offrandes ; le tīrtha devient célèbre sous le nom de Dharmāndhu/Dharma-tīrtha et est proclamé supérieur en fruits à bien des eaux de pèlerinage de l’Inde entière. Le chapitre déploie ensuite une économie rituelle centrée sur les pitṛ : se baigner et même offrir un don minime au Dharma-pīṭha procure des résultats durables ; nourrir ascètes et brāhmaṇa est loué comme équivalent aux sacrifices védiques. Plus tard, Indra érige le liṅga d’Indreśvara à l’ouest de Tārakeśa ; des sanctuaires associés (Śacīśa, Rambheśa, Lokapāleśvara, Dharaṇīśa, Tattveśa, Vairāgyeśa, Jñāneśvara, Aiśvaryeśa) sont disposés selon les directions autour de Dharmēśa et compris comme des « formes » liées à la théologie de Pañcavaktra. Un exemple moral suit : le roi Durdama, égaré dans la conduite, entre par hasard dans Ānandavana, connaît un retournement intérieur en voyant Dharmēśvara, réforme son gouvernement, renonce aux attachements, revient à Kāśī pour l’adoration et atteint une fin tournée vers la délivrance. La phalaśruti déclare qu’entendre ce récit de Dharmēśvara—surtout lors des śrāddha—efface les fautes accumulées, apaise les ancêtres et soutient la progression dévotionnelle vers la demeure de Śiva.
Verse 1
अगस्त्य उवाच । धर्मतीर्थस्य माहात्म्यं कीदृग्देवेन शंभुना । स्कंद देव्यै समाख्यातं तदाख्याहि कृपां कुरु
Agastya dit : Ô Skanda, par compassion, dis-moi quelle grandeur de Dharmatīrtha le Seigneur Śambhu exposa à la Déesse. Raconte-moi ce récit, fais-moi grâce.
Verse 2
स्कंद उवाच । विंध्योन्नतिहृदाख्यामि धर्मतीर्थसमुद्भवम् । आकर्णय महाप्राज्ञ यथा देवेन भाषितम्
Skanda dit : Ô grand sage, écoute. Je vais raconter l’origine de Dharmatīrtha, selon le récit nommé « Vindhyonnati-hṛd », exactement comme le Seigneur l’a dit.
Verse 3
वृत्रं निहत्य वृत्रारिर्ब्रह्महत्यामवाप्तवान् । अनुतप्तोथ पप्रच्छ प्रायश्चित्तं पुरोहितम्
Après avoir terrassé Vṛtra, Indra, l’ennemi de Vṛtra, encourut le péché du meurtre d’un brahmane. Saisi de repentir, il interrogea alors son prêtre sur le rite d’expiation.
Verse 4
बृहस्पतिरुवाच । यदि त्वं देवराजेमां ब्रह्महत्यां सुदुस्त्यजाम् । अपानुनुत्सुस्तद्याहि काशीं विश्वेशपालिताम्
Bṛhaspati dit : Ô roi des dieux, si tu veux chasser ce lourd péché du meurtre d’un brahmane, si difficile à rejeter, rends-toi à Kāśī, gardée par le Seigneur Viśveśa.
Verse 5
नान्यत्किंचित्क्वचिद्दृष्टं ब्रह्महत्यामहौषधम् । राजधानीं परित्यज्य शक्र विश्वेशितुः पराम्
Nulle part on n’a vu d’autre grand remède au péché du meurtre d’un brahmane. C’est pourquoi, ô Śakra, quitte ta capitale et va vers la cité suprême de Viśveśa.
Verse 6
भैरवस्यापिहस्ताग्रादपतद्वैधसं शिरः । यत्रानंदवने तत्र वृत्रशत्रो व्रज द्रुतम्
À Ānandavana, du bout même de la main de Bhairava tomba la tête de Vaidhasa (Brahmā). Ô ennemi de Vṛtra, rends-toi promptement en ce lieu même.
Verse 7
सीमानमपि संप्राप्य शक्रानंदवनस्य हि । ब्रह्महत्या पलायेत वेपमाना निराश्रया
Ô Śakra, dès que tu atteindras la frontière même d’Ānandavana, le péché du meurtre d’un brahmane s’enfuira, tremblant et sans refuge.
Verse 8
अन्येषामपि पापानां महापापजुषामपि । नाशयित्री परा काशी विश्वेश समधिष्ठिता
Même pour d’autres fautes—même pour ceux qui ont longtemps vécu dans de grands péchés—la suprême Kāśī est celle qui les détruit, car elle est présidée par Viśveśa.
Verse 9
महापातकतो मुक्तिः काश्यामे व शतक्रतो । महासंसारतो मुक्तिः काश्यामेव न चान्यतः
La délivrance des grands crimes n’est qu’en Kāśī, ô Śatakratu ; la délivrance du vaste cycle du saṃsāra n’est qu’en Kāśī, et nulle part ailleurs.
Verse 10
निर्वाणनगरी काशी काशी सर्वाघसंघहृत् । विश्वेशितुः प्रिया काशी द्यौः काशी सदृशी नहि
Kāśī est la cité du nirvāṇa ; Kāśī ôte la multitude entière des péchés. Kāśī est chère à Viśveśa ; même le ciel n’a point de ressemblance avec Kāśī.
Verse 11
ब्रह्महत्याभयं यस्य यस्य संसारतो भयम् । जातुचित्तेन न त्याज्या काशिका मुक्तिकाशिका
Quiconque craint le péché du meurtre d’un brāhmane, quiconque craint le saṃsāra : Kāśikā, la Kāśī qui donne la délivrance, ne doit jamais être abandonnée dans le cœur.
Verse 12
जंतूनां कर्मबीजानां यत्र देहविसर्जने । न जातुचित्प्ररोहोस्ति हरदृष्ट्याप्तशुष्मणाम्
En ce lieu, lorsque les êtres déposent le corps, les semences du karma ne germent plus jamais, pour ceux dont la force vitale a été desséchée par le regard de Hara.
Verse 13
तां काशीं प्राप्य वृत्रारे वृत्रहत्यापनुत्तये । समाराधय विश्वेशं विश्वमुक्तिप्रदायकम्
Parvenu à cette sainte Kāśī, ô ennemi de Vṛtra, afin d’effacer la faute du meurtre de Vṛtra, adore comme il se doit Viśveśa, dispensateur de la délivrance au monde.
Verse 14
बृहस्पतेरिति वचो निशम्य स सहस्रदृक् । आयाद्द्रुततरं काशीं महापातकघातुकाम्
Entendant les paroles de Bṛhaspati, le Seigneur aux mille yeux (Indra) se hâta aussitôt vers Kāśī, qui détruit même les plus grands péchés.
Verse 15
स्नात्वोत्तरवहायां च धर्मेशं परितः स्थितः । आराधयन्महादेवं ब्रह्मद्वत्याप नुत्तये
Après s’être baigné dans l’Uttaravāhinī, le courant qui s’écoule vers le nord, il se tint autour de Dharmaśvara et adora Mahādeva, désirant l’effacement du péché de brahmahatyā.
Verse 16
महारुद्रजपासक्तः सुत्रामाथ त्रिलोचनम् । ददर्श लिंगमध्यस्थं स्वभासा दीपितांबरम्
Absorbé dans le japa du mantra de Mahārudra, Indra vit alors le Seigneur aux Trois Yeux, manifesté au cœur du liṅga, dont l’éclat illuminait toutes les directions.
Verse 17
पुनस्तुष्टाव वेदोक्तै रुद्रसूक्तैरनेकधा । विनिष्क्रम्य ततो लिंगादाविर्भूय भवोवदत्
De nouveau, il le loua de maintes façons par les Rudra‑sūkta proclamés dans les Veda ; puis Bhava sortit du liṅga, se manifestant au grand jour, et parla.
Verse 18
शचीपते प्रसन्नोस्मि वरं वरय सुव्रत । किं देयं द्रुतमाख्याहि धर्मपीठकृतास्पद
«Ô seigneur de Śacī, je suis satisfait. Choisis une grâce, ô toi au vœu excellent. Dis vite ce qui doit être accordé, toi qui as pris refuge au Dharmapīṭha.»
Verse 19
श्रुत्वेति देवदेवस्य स प्रेमवचनं हरिः । सर्वज्ञ किंतेऽविदितं तमुवाचेति वृत्रहा
Entendant ces paroles pleines d’amour du Dieu des dieux, Indra, vainqueur de Vṛtra, répondit : «Ô Toi l’Omniscient, qu’y a‑t‑il donc qui Te soit inconnu ?»
Verse 20
ततस्तत्कृपयानुन्नो धर्मपीठनिषेवणात् । निष्पाद्य तीर्थं तत्रेशोऽत्र स्नाहींद्रेति चाब्रवीत्
Alors, poussé par sa compassion et par le service d’Indra au Dharmapīṭha, le Seigneur y établit un tīrtha et déclara : «Indra, baigne‑toi ici.»
Verse 21
तत्रेंद्रः स्नानमात्रेण दिव्यगंधोऽभवत्क्षणात् । अवाप च रुचिं चारुं प्राक्तनीं शातयाज्ञिकीम्
Là, par le seul bain, Indra fut aussitôt embaumé d’un parfum divin, et il retrouva une belle splendeur, l’éclat d’autrefois né de ses antiques sacrifices.
Verse 22
तदाश्चर्यमथो दृष्ट्वा मुनयो नारदादयः । परिसस्नुर्मुदायुक्ता धर्मतीर्थेऽघहारिणि
Voyant ce prodige, les sages tels Nārada, remplis de joie, se baignèrent eux aussi dans le Dharma‑tīrtha, le lieu sacré qui efface le péché.
Verse 23
अतर्पयन्पितॄन्दिव्यान्व्यधुः श्राद्धानि श्रद्धया । धर्मेशं स्नापयामासुस्तत्तीर्थाम्बुभृतैर्घटैः
Ils comblèrent les Pitṛs divins et, avec foi, accomplirent les rites de śrāddha ; puis ils donnèrent l’abhiṣeka à Dharmaśvara, avec des jarres remplies de l’eau de ce tīrtha.
Verse 24
तदा प्रभृति तत्तीर्थं धर्मांधुरिति विश्रुतम् । ब्रह्महत्यादि पापानामक्लेशं क्षालनं परम्
Dès lors, ce tīrtha devint célèbre sous le nom de «Dharmāṃdhu». Il est le purificateur suprême qui efface, sans peine, des fautes telles que la brahmahatyā et autres.
Verse 25
यत्फलं तीर्थराजस्य स्नानेन परिकीर्त्यते । सहस्रगुणितं तत्स्याद्धर्मांधु स्नानमात्रतः
Quel que soit le mérite proclamé pour le bain au Roi des Tīrthas, ce même mérite devient mille fois plus grand par le seul bain à Dharmāṃdhu.
Verse 26
गंगाद्वारे कुरुक्षेत्रे गंगासागरसंगमे । यत्फलं लभते मर्त्यो धर्मतीर्थे तदाप्नुयात्
Quel que soit le mérite qu’un mortel obtienne à Gaṅgādvāra, à Kurukṣetra ou au confluent du Gaṅgā et de l’océan, ce même mérite, il l’atteint au Dharma-tīrtha.
Verse 27
नर्मदायां सरस्वत्यां गौतम्यां सिंहगे गुरौ । स्नात्वा यत्फलमाप्येत धर्मकूपे तदाप्नुयात्
Quel que soit le mérite que l’on obtiendrait en se baignant dans la Narmadā, la Sarasvatī, la Gautamī, à Siṃhage ou à Guru, ce même mérite est atteint au Dharma-kūpa.
Verse 28
मानसे पुष्करे चैव द्वारिके सागरे तथा । तीर्थे स्नात्वा फलं यत्स्यात्तत्स्याद्धर्मजलाशये
Quel que soit le mérite obtenu en se baignant au lac Mānasa, à Puṣkara, à Dvārakā et au tīrtha de l’océan, ce même mérite s’acquiert aussi au Dharma-jalāśaya, le réservoir du Dharma.
Verse 29
कार्तिक्यां सूकरक्षेत्रे चैत्र्यां गौरीमहाह्रदे । शंखोद्धारे हरिदिने यत्फलं तत्फलं त्विह
Quel que soit le mérite acquis en Kārtika à Sūkara-kṣetra, en Caitra au grand lac de Gaurī, à Śaṅkhoddhāra et au jour sacré de Hari, ici même ce mérite est obtenu.
Verse 30
तीर्थद्वयं प्रतीक्षंते सिस्नासून्पितरो नरान् । गंगायां धर्मकूपे च पिंडनिर्वपणाशया
Les ancêtres attendent les hommes qui désirent se baigner en deux tīrthas—dans la Gaṅgā et au Dharma-kūpa—dans l’espoir de recevoir l’offrande des piṇḍas.
Verse 31
पितामहसमीपे वा धर्मेशस्याग्रतोथ वा । फल्गौ च धर्मकूपे च माद्यंति प्रपितामहाः
Que ce soit près de Pitāmaha ou devant Dharmeśa, et de même à Phalgū et au Dharma-kūpa, les aïeux des aïeux se réjouissent et sont comblés de joie.
Verse 32
धर्मकूपे नरः स्नात्वा परितर्प्य पितामहान् । गयां गत्वा किमधिकं कर्ता पितृमुदावहम्
Après s’être baigné au Dharma-kūpa et avoir dûment satisfait les ancêtres, quel plus grand bienfait pour les pitṛs un homme obtiendrait-il en allant à Gayā ?
Verse 33
यथा गयायां तृप्ताः स्युः पिंडदाने पितामहाः । धर्मतीर्थे तथैव स्युर्न न्यूनं नैव चाधिकम्
De même qu’à Gayā les ancêtres sont comblés par l’offrande des piṇḍa, de même au Dharma-tīrtha ils le sont aussi : ni moindre ni plus grand, le fruit est identique.
Verse 34
ते धन्याः पितृभक्तास्ते प्रीणितास्तैः पितामहाः । पैत्रादृणाद्धर्मतीर्थे निष्कृतिर्यैः कृता सुतैः
Bienheureux sont ces fils voués aux Pitṛs ; par eux les aïeux sont pleinement apaisés. Vraiment fortunés sont ceux qui, au Dharma-tīrtha, accomplissent l’expiation et se délivrent de la dette envers les ancêtres (pitṛ-ṛṇa).
Verse 35
तत्तीर्थस्य प्रभावेण निष्पापोभूत्क्षणेन च । प्रणम्य देवदेवेशमिंद्रोऽगादमरावतीम्
Par la puissance de ce tīrtha sacré, il devint sans péché en un instant. Puis Indra, s’inclinant devant le Seigneur des dieux, s’en alla vers Amarāvatī.
Verse 36
अपारो महिमा तस्य धर्मतीर्थस्य कुंभज । तत्कूपे स्वं निरीक्ष्यापि श्राद्धदानफलं लभेत्
Ô Kumbhaja (Agastya), sans borne est la grandeur de ce Dharma-tīrtha. Rien qu’en regardant son propre reflet dans son puits, on obtient le mérite du śrāddha et des dons de charité.
Verse 37
तत्रापि काकिणी मात्रं यच्छेत्पितृमुदे नरः । अक्षयं फलमाप्नोति धर्मपीठप्रभावतः
Là encore, si un homme offre ne fût-ce qu’une seule pièce, une kākīṇī, pour la joie des Pitṛs, il obtient un fruit impérissable, par la puissance du Dharmapīṭha.
Verse 38
तत्र यो भोजयेद्विप्रान्यतिनोथ तपस्विनः । सिक्थे सिक्थे लभेत्सोथ वाजपेयफलं स्फुटम्
Là, quiconque nourrit des brāhmaṇas, des renonçants ou des ascètes—à chaque bouchée offerte—obtient assurément le fruit manifeste du sacrifice du Vājapeya.
Verse 39
प्राप्यामरावतीं शक्रस्ततो दिविषदां पुरः । धर्मपीठस्य माहात्म्यं महत्काश्यामवर्णयत्
Parvenu à Amarāvatī, Śakra (Indra), devant l’assemblée des dieux, exposa la grande gloire du Dharmapīṭha à Kāśī.
Verse 40
आगत्य पुनरप्यत्र शंभोरानंदकानने । मुनिवृंदारकैः सार्धं लिंगमस्थापयद्धरिः
Revenant encore en ce lieu—l’Ānandakānana de Śambhu—Hari, avec des multitudes de vénérables sages, y établit un liṅga.
Verse 41
तारकेशात्पश्चिमत इंद्रेश्वरमितीरितम् । तस्य संदर्शनात्पुंसामैंद्रलोको न दूरतः
À l’ouest de Tārakeśa est proclamé le sanctuaire nommé Indreśvara. Par le seul fait de le contempler, pour les hommes le monde d’Indra n’est pas loin.
Verse 42
तद्दक्षिणे शचीशश्च स्वयं शच्या प्रतिष्ठितः । शचीशार्चनतः स्त्रीणां सौभाग्यमतुलं भवेत्
Au sud de celui-ci se trouve Śacīśa, établi par Śacī elle-même. Par le culte de Śacīśa, les femmes obtiennent une fortune incomparable et la prospérité conjugale.
Verse 43
तत्समीपेस्ति रंभेशो बहुसौख्यसमृद्धिदः । इंद्रेश्वरस्य परितो लोकपालेश्वरो परः
Tout près se trouve Rambheśa, dispensateur d’abondante félicité et de prospérité. Et autour d’Indreśvara se tient le suprême Lokapāleśvara.
Verse 44
तदर्चनात्प्रसीदंति लोकपालाः समृद्धिदाः । धर्मेशात्पश्चिमाशायां धरणीशः प्रकीर्तितः । तद्दर्शनेन धैर्यं स्याद्राज्ये राजकुलादिषु
Par son culte, les Lokapālas, dispensateurs de prospérité, sont comblés. À l’ouest de Dharmeśa est proclamé le liṅga nommé Dharaṇīśa ; à sa seule vue surgit un courage inébranlable, soutien du règne, de la lignée royale et de la vie du peuple.
Verse 45
धर्मेशाद्दक्षिणे पूज्यं तत्त्वेशाख्यं परं नरैः । तत्त्वज्ञानं प्रवर्तेत तल्लिंगस्य समर्चनात्
Au sud de Dharmeśa, les hommes doivent adorer le liṅga suprême nommé Tattveśa. Par le culte fervent de ce liṅga, s’éveille et s’établit la vraie connaissance du Réel (tattva-jñāna).
Verse 46
धर्मेशात्पूर्वदिग्भागे वैराग्येशं समर्चयेत् । निवृत्तिश्चेतसस्तस्य लिंगस्य स्पर्शनादपि
Dans la direction orientale depuis Dharmeśa, qu’on adore Vairāgyeśa. Même au simple toucher de ce liṅga, l’esprit se retire (nivṛtti) des liens du monde, s’orientant vers le détachement et la maîtrise intérieure.
Verse 47
ज्ञानेश्वरं तथैशान्यां ज्ञानदं सर्वदेहिनाम् । ऐश्वर्येशमुदीच्यां च लिंगाद्धर्मेश्वराच्छुभात्
Dans la direction du nord-est se trouve Jñāneśvara, qui donne la connaissance à tous les êtres incarnés. Et dans la direction du nord se tient Aiśvaryeśa ; tous deux apparaissent en heureuse relation avec le liṅga de Dharmeśvara.
Verse 48
तद्दर्शनाद्भवेन्नृणामैश्वर्यं मनसेप्सितम् । पंचवक्त्रस्य रूपाणि लिंगान्येतानि कुंभज
Rien qu’à les voir, les hommes obtiennent la souveraineté et la prospérité désirées au fond du cœur. Ces liṅga, ô Kumbhaja (Agastya), sont des formes du Seigneur aux Cinq Visages, Pañcavaktra Śiva.
Verse 49
एतान्यवश्यं संसेव्य नरः प्राप्नोति शाश्वतम् । अन्यत्तत्रैव यद्वृत्तं तदाख्यामि मुने शृणु
Celui qui, avec foi, se voue à ces (liṅga) et les sert, atteint assurément l’Éternel. Écoute maintenant, ô sage : je vais raconter un autre événement survenu en ce même lieu.
Verse 50
यच्छ्रुत्वापि नरो घोरे संसाराब्धौ न मज्जति । कदंबशिखरो नाम विंध्यपादो महानिह
En l’entendant, l’homme ne sombre pas dans l’effroyable océan du saṃsāra. Ici vivait un grand être nommé Kadaṃbaśikhara, le puissant Viṃdhyapāda.
Verse 51
दमस्य पुत्रस्तत्रासीद्दुर्दमो नाम पार्थिवः । पितर्युपरते राज्यं संप्राप्याविजितेंद्रियः
Il y avait là un roi nommé Durdama, fils de Dama. Quand son père s’éteignit et qu’il reçut le royaume, ses sens demeuraient indomptés.
Verse 52
हरेत्पुरंध्रीः प्रसभं पौराणां काममोहितः । असाधवः प्रियास्तस्य साधवोऽप्रियतां ययुः
Aveuglé par la convoitise, il enlevait de force les femmes des habitants de la cité. Les méchants lui étaient chers, tandis que les vertueux tombaient en disgrâce.
Verse 53
अदंड्यान्दंडयांचक्रे दंड्येष्वासीत्पराङमुखः । सदैव मृगयाशीलः सोऽभून्मृगयु संगतः
Il châtia ceux qu’il ne fallait pas châtier et se détourna de punir ceux qui le méritaient. Toujours adonné à la chasse, il se mêla à la compagnie des chasseurs.
Verse 54
विवासिताः स्वविषयात्तेन सन्मतिदायिनः । धर्माधिकारिणः शूद्रा ब्राह्मणाः करदीकृताः
Par lui, les sages conseillers furent chassés de leurs propres domaines. Il fit des Śūdras les arbitres de l’autorité religieuse, et réduisit les Brāhmaṇas au rang de tributaires.
Verse 55
परदारेषुसंतुष्टः स्वदारेषु पराङ्मुखः । आनर्च जातुचिन्नैव देवौ दुःखांतकारिणौ
Il se délectait des épouses d’autrui et se détournait de la sienne. Jamais, en aucun temps, il n’adora les deux Dieux qui mettent fin à toute souffrance.
Verse 56
हारिणौ सर्वपापानां सर्ववांछितदायिनौ । सर्वेषां जगतीसारौ श्रीकंठश्रीपतीपती
Ils sont les ravisseurs de tous les péchés, les dispensateurs de tout bien désiré—l’essence même du monde pour tous les êtres : Śrīkaṇṭha (Śiva) et Śrīpati (Viṣṇu), les deux Seigneurs.
Verse 57
स्वप्रजास्वेक उदितो धूमकेतुरिवापरः । दुर्दमो नाम भूपालः क्षयाया कांड एव हि
Parmi ses propres sujets s’éleva un roi nommé Durdama, tel un second comète—véritablement un présage de ruine.
Verse 58
स कदाचिन्मृगयुभिः पापर्धि व्यसनातुरः । सार्धं विवेशारण्यानि गृष्टिपृष्ठानुगो हयी
Un jour, tourmenté par le vice pécheur de la chasse, il pénétra dans les forêts avec les chasseurs, monté sur un cheval qui suivait de près derrière le troupeau.
Verse 59
एकाकी दैवयोगेन दुर्दमः सोऽवनीपतिः । धन्वी तुरंगमारुढोऽविशदानंदकाननम्
Puis, par un concours du destin, le roi Durdama se retrouva seul ; l’arc à la main et monté sur son cheval, il entra dans Ānandakānana, la Forêt de la Béatitude.
Verse 60
स विलोक्याथ सर्वत्र पादपा नवकेशिनः । सुच्छायांश्च सुविस्तारान्गतश्रम इवाभवत्
Regardant tout autour, il vit partout des arbres, frais de jeunes feuillages, vastes et d’une ombre délicieuse ; et il se sentit comme si sa fatigue s’était évanouie.
Verse 62
केवलं मृगया जातस्तत्खेदो न व्यपाव्रजत् । आजन्मजनितः खेदो निरगात्तद्वनेक्षणात्
La fatigue née seulement de la chasse ne s’apaisa pas ; mais le chagrin né de naissance en naissance s’en alla lorsqu’il contempla cette forêt.
Verse 63
सुगंधेन सुशीतेन सुमदेन सुवायुना । क्षणं संवीजितो राजा पल्लवव्यजनैः कुजैः
Par des brises parfumées, fraîches et enchanteresses, le roi fut un instant éventé par les arbres, comme par des éventails faits de jeunes feuilles.
Verse 64
अथावरुह्य तुरगात्स भूपालोतिविस्मितः । धर्मेशमंडपं प्राप्य स्वात्मानं प्रशशंस ह
Alors, descendant de son cheval, le roi—plein d’étonnement—parvint au pavillon de Dharmeśa, et là il se mit à se louer lui-même.
Verse 65
धन्योस्म्यहं प्रसन्नोस्मि धन्ये मेद्य विलोचने । धन्यमद्यतनं चाहर्यदपश्यमिमां भुवम्
Je suis béni; mon cœur est comblé de joie. Bénis sont mes yeux. Béni est ce jour même, le jour où j’ai contemplé cette terre sacrée de Kāśī.
Verse 66
पुनर्निनिंद चात्मानं धर्मपीठ प्रभावतः । धिङ्मां दुर्जनसंसर्गं त्यक्तसज्जनसंगमम्
Puis, sous l’influence transformatrice de ce Siège du Dharma, il se blâma de nouveau : «Honte à moi, d’avoir fréquenté les méchants et délaissé la compagnie des justes».
Verse 67
जंतूद्वेगकरं मूढं प्रजापीडनपंडितम् । परदारपरद्रव्यापहृत्यासुखमानिनम्
«J’étais un insensé, semant l’effroi parmi les êtres; un ‘habile’ seulement à accabler mes sujets; croyant trouver le bonheur en ravissant la femme d’autrui et les biens d’autrui».
Verse 68
अद्ययावन्मम गतं वृथाजन्माल्पमेधस । धर्मस्थानानीदृशानि यद्दृष्टानि न कुत्रचित्
«Jusqu’à ce jour, ma naissance fut vaine, tant mon intelligence était faible; car nulle part je n’ai vu de sanctuaires du Dharma semblables à ceux-ci».
Verse 69
एवं बहु विनिंद्य स्वं नत्वा धर्मेश्वरं विभुम् । आरुह्याश्वं ययौ राजा दुर्दमो विषयं स्वकम्
Ainsi, s’étant longuement blâmé lui-même et s’étant prosterné devant le puissant Dharmēśvara, le roi Durdama monta à cheval et retourna dans son propre royaume.
Verse 70
ततोमात्यान्समाहूय क्रमायातांश्चिरंतनान् । नवीनान्परिनिर्वास्य पौरांश्चापि समाह्वयत्
Puis il convoqua ses ministres, les anciens éprouvés par le temps. Il renvoya les nouveaux nommés et rassembla aussi les citoyens de la cité.
Verse 71
ब्राह्मणांश्चनमस्कृत्य तेभ्यो वृत्तीः प्रदाय च । पुत्रे राज्यं समारोप्य प्रजाधर्मे निवेश्य च
Il se prosterna devant les brāhmaṇas et leur accorda les moyens convenables de subsistance. Il plaça son fils sur le trône et affermit le peuple dans les voies du Dharma.
Verse 72
परिदंड्य च दंडार्हान्साधूंश्च परितोष्य च । दारानपि परित्यज्य विषयेषु पराङ्मुखः
Il châtia ceux qui méritaient châtiment et combla les justes. Renonçant même aux liens du foyer, il détourna son visage des plaisirs des sens et des objets du monde.
Verse 73
समागच्छदथैकाकी काशीं श्रेयोविकासिनीम् । धर्मेश्वरं समाराध्य कालान्निर्वाणमाप्तवान्
Alors, seul, il se rendit à Kāśī, celle qui fait éclore le bien suprême. En adorant Dharmēśvara avec dévotion, il atteignit en son temps le nirvāṇa, la délivrance ultime.
Verse 74
धर्मेशदर्शनान्नित्यं तथाभूतः स दुर्दमः । बभूव दमिनां श्रेष्ठः प्रांते मोक्षं च लब्धवान्
Par la vision incessante de Dharmēśa (Dharmēśvara), Durdama fut transfiguré. Il devint le premier parmi les maîtres d’eux-mêmes, et, à la fin, obtint aussi la mokṣa.
Verse 76
इदं धर्मेश्वराख्यानं यः श्रोष्यति नरोत्तमः । आजन्मसंचितात्पापात्स मुक्तो भवति क्षणात्
Le meilleur des hommes qui écoute ce récit sacré de Dharmēśvara est, en un instant, délivré des fautes amassées au fil des naissances.
Verse 77
श्राद्धकाले विशेषेण धर्मेशाख्यानमुत्तमम् । श्रावयेद्ब्राह्मणान्धीमान्पितॄणां तृप्तिकारणम्
Surtout au temps du Śrāddha, le sage fera entendre aux brāhmanes cet excellent récit de Dharmēśa, car il devient cause de contentement pour les Pitṛs (ancêtres).
Verse 78
धर्माख्यानमिदं शृण्वन्नपि दूरस्थितः सुधीः । सर्वपापर्विनिर्मुक्तो गंतांते शिवमंदिरम्
Même au loin, l’homme avisé qui écoute ce récit sacré est affranchi de toute faute et, au terme de la vie, se rend au sanctuaire/demeure de Śiva.
Verse 79
इत्थं धर्मेश माहात्म्यं मया स्वल्पं निरूपितम् । धर्मपीठस्य माहात्म्यं सम्यक्को वेद कुंभज
Ainsi ai-je décrit, brièvement, la grandeur de Dharmēśa. Mais qui, ô Kumbhaja, peut connaître pleinement la vraie grandeur du Dharma-pīṭha, le siège sacré du Dharma ?
Verse 81
इति श्रीस्कांदे महापुराणे एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां चतुर्थे काशीखंडे उत्तरार्धे धर्मेश्वराख्याननामैकाशीतितमोध्यायः
Ainsi s’achève le quatre-vingt-unième chapitre, intitulé « Le récit de Dharmeśvara », dans l’Uttarārdha du Kāśī Khaṇḍa, au sein de la quatrième division du Śrī Skanda Mahāpurāṇa (Ekāśīti-sāhasrī Saṃhitā).