
Les sages interrogent Sūta sur la délivrance de Kadrū, tirée de l’immersion dans le Kṣīra-kuṇḍa, et sur le pari trompeur qui enchaîna Vinatā. Sūta rapporte le contexte du Kṛtayuga : les sœurs Kadrū et Vinatā deviennent épouses de Kaśyapa ; Vinatā enfante Aruṇa et Garuḍa, tandis que Kadrū enfante de nombreux nāgas menés par Vāsuki. À la vue du cheval Uccaiḥśravas, elles parient sur la couleur de sa queue ; Kadrū ourdit la fraude en ordonnant à ses fils serpents de noircir la queue, puis, devant leur refus, les maudit—présage de leur destruction ultérieure lors d’un sacrifice royal. Vinatā perd et tombe en servitude ; Garuḍa naît, apprend la cause et cherche le moyen de libérer sa mère. Les nāgas exigent l’amṛta des dieux ; Vinatā enseigne à Garuḍa une conduite éthique dans la prise de nourriture, notamment l’interdiction de nuire à un brāhmaṇa. Garuḍa consulte Kaśyapa, dévore l’éléphant et la tortue (rivaux frappés d’une malédiction), épargne les Vālakhilyas en déplaçant une branche, puis affronte les devas pour s’emparer de l’amṛta. Viṣṇu accorde des grâces et établit Garuḍa comme sa monture ; Indra négocie le retour de l’amṛta. Vinatā est délivrée, et l’observance du Kṣīra-kuṇḍa (jeûne de trois jours et bain sacré) est louée ; la phalaśruti déclare que la récitation procure un mérite comparable aux grands dons.
Verse 1
ऋषय ऊचुः । सूत कद्रुः कथं मुक्ता क्षीरकुंडनिमज्जनात् । छलं कथं कृतवती सपत्न्यां पापनिश्चया
Les ṛṣis dirent : Ô Sūta, comment Kadrū fut-elle délivrée par l’immersion dans Kṣīrakuṇḍa ? Et comment, résolue au péché, usa-t-elle de ruse contre sa coépouse ?
Verse 2
कस्य पुत्री च सा कद्रूः सपत्नीसा च कस्य वै । किमर्थमजयत्कद्रूः स्वसपत्नीं छलेन तु । एतन्नः श्रद्दधानानां ब्रूहि सूत कृपानिधे
De qui Kadrū était-elle la fille, et de qui était-elle la coépouse? Pour quelle raison Kadrū vainquit-elle sa propre coépouse par la ruse? Dis-le-nous, ô Sūta, trésor de compassion, car nous écoutons avec foi.
Verse 3
श्रीसूत उवाच । शृणुध्वं मुनयः सर्वे इतिहासं महाफलम् । पुरा कृतयुगे विप्राः प्रजापतिसुते उभे
Śrī Sūta dit : Écoutez, ô tous les munis, ce récit sacré aux grands fruits. Jadis, au Kṛta Yuga, ô brāhmaṇas, il y eut deux filles de Prajāpati.
Verse 4
कद्रूश्च विनता चेति भगिन्यौ संबभूवतुः । भार्ये ते कश्यपस्यास्तां कद्रूश्च विनता तथा
Elles devinrent sœurs, Kadrū et Vinatā. Et toutes deux, Kadrū comme Vinatā, devinrent les épouses du sage Kaśyapa.
Verse 5
विनता सुषुवे पुत्रावरुणं गरुडं तथा । भर्त्तुः सकाशात्कद्रूश्च लेभे सर्पान्बहून्सुतान्
Vinatā enfanta Aruṇa et aussi Garuḍa; tandis que Kadrū, du même époux, obtint de nombreux fils sous la forme de serpents.
Verse 6
अनंतवासुकिमुखान्विषदर्पसमन्वितान् । एकदा तु भगिन्यौ ते कद्रूश्च विनता तथा
Parmi eux se trouvaient Ananta, Vāsuki et d’autres—des serpents pleins de venin et d’orgueil. Un jour, ces deux sœurs, Kadrū et Vinatā, (se rencontrèrent en une certaine circonstance).
Verse 7
अपश्यतां समायांतमुच्चैःश्रवसमं तिकात् । विलोक्य कद्रूस्तुरगं विनतामिदमब्रवीत्
Tandis qu’elles regardaient, Uccaiḥśravas s’approcha de près. Voyant ce cheval, Kadrū adressa ces paroles à Vinatā.
Verse 8
कुशेषु न्यस्यते सर्पास्सुधैवमधुना मया । स्नात्वा तद्भुङ्ध्वममृतं शुचयः सुसमाहिताः
(Garuḍa dit aux serpents :) «J’ai maintenant déposé l’amṛta sur l’herbe kuśa. Baignez-vous, puis mangez cette ambroisie; soyez purs et l’esprit bien recueilli».
Verse 9
श्वेतोऽश्ववालो नीलो वा विनते ब्रूहि तत्त्वतः । इत्युक्त्वा विनता विप्राः कद्रूं तामिदमब्र वीत् । तुरंगः श्वेतवालो मे प्रतिभाति सुमध्यमे । किं वा त्वं मन्यसे कद्रूरिति तां विनताऽब्रवीत्
« La queue du cheval est-elle blanche ou noire ? Vinatā, dis la vérité. » Ayant parlé ainsi, Vinatā s’adressa à Kadrū : « À mes yeux, ô toi à la taille gracieuse, le cheval paraît avoir la queue blanche. Qu’en penses-tu, Kadrū ? »
Verse 10
पृष्ट्वैवं विनतां कद्रूर्बभाषे स्वमतं च सा । कृष्णवालमहं मन्ये हयमेनमनिंदिते
Ainsi questionnée, Kadrū déclara son propre avis : « Je pense que ce cheval a la queue noire, ô irréprochable. »
Verse 11
ततः पराजये कृत्वा दासीभावं पणं मिथः । व्यतिष्ठेतां महाभागे सपत्न्यौ ते द्विजोत्तमाः
Alors, prenant pour enjeu la servitude en cas de défaite, ces deux coépouses, ô nobles brāhmanes, conclurent entre elles le pari.
Verse 12
ततः कद्रूर्निजसुतान्वासुकिप्रमुखानहीन् । तस्या नाहं यथा दासी तथा कुरुत पुत्रकाः
Alors Kadrū s’adressa à ses propres fils — les serpents conduits par Vāsuki : « Mes enfants, arrangez les choses afin que je ne devienne pas sa servante. »
Verse 13
तस्याभीप्सितसिद्ध्यर्थमित्यवोचद्भृशा तुरा । युष्माभिरुच्चैःश्रवसो बालः प्रच्छाद्यतामिति
Désireuse d’assurer l’accomplissement de son dessein, elle dit, toute bouleversée : « Vous tous, recouvrez la queue d’Uccaiḥśravas, afin qu’elle paraisse sombre. »
Verse 14
नांगीचक्रुर्मतं तस्या नागाः कद्रू रुषा तदा । अशपत्कुपिता पुत्राञ्ज्वलंती रोषमूर्च्छि ता
Les Nāgas n’acceptèrent pas son dessein. Alors Kadrū, embrasée de colère, maudit ses fils, brûlant de courroux et submergée par la fureur.
Verse 15
पारीक्षितस्य सर्वेऽद्धा यूयं सत्रे मरिष्यथ । इति शापे कृते मात्रा त्रस्तः कर्कोटकस्तदा
«Vous tous, assurément, mourrez au sacrifice (satra) du roi Parīkṣit.» Quand leur mère eut proféré cette malédiction, Karkoṭaka fut saisi d’effroi.
Verse 16
प्रणम्य पादयोः कद्रूं दीनो वचनम ब्रवीत् । अहमुच्चैःश्रवोवालं विधास्याम्यंजनप्रभम्
S’inclinant aux pieds de Kadrū, accablé, il dit : «Je rendrai sombres, tels l’añjana (khôl), les crins de la queue d’Uccaiḥśravas.»
Verse 17
मा भीरंब त्वया कार्येत्यवादीच्छापविक्लवः । श्वेतमुच्चैःश्रवोवालं ततः कर्कोटको रगः
«Ne crains rien, mère ; je m’en chargerai», dit Karkoṭaka, ébranlé par la malédiction. Puis le serpent fit que les crins de la queue d’Uccaiḥśravas devinssent blancs, selon la ruse.
Verse 18
छादयित्वा स्वभोगेन व्यतनोदंजनद्युतिम् । अथ ते विनताकद्र्वौ दास्ये कृतपणे उभे
Le couvrant de ses propres replis, il fit naître l’éclat sombre. Alors Vinatā et Kadrū, ayant conclu leur pari, tombèrent toutes deux en servitude, selon l’enjeu.
Verse 19
देवराजहयं द्रष्टुं संरंभादभ्यगच्छ ताम् । शशांकशंखमाणिक्यमुक्तैरावतकारणम्
Avec ferveur, elle s’avança pour voir le cheval du Roi des Devas : rayonnant comme la lune, éclatant de blancheur telle la conque, paré de joyaux et de perles, et accompagné dans la suite divine par l’auguste éléphant Airāvata.
Verse 20
युगांतकालशयनं योगनिद्राकृतो हरेः । अतीत्य कद्रूविनते समुद्रं सरितां पतिम्
Kadrū et Vinatā poursuivirent leur route, dépassant l’océan—seigneur des fleuves—là où Hari repose en sommeil yogique sur la couche de la fin des âges.
Verse 21
ददृशतुर्हयं गत्वा देवराजस्य वाहनम् । कृष्णवालं हयं दृष्ट्वा विनता दुःखिताऽभवत्
S’y étant rendues, elles virent le cheval, monture du Roi des Devas. En voyant la queue aux crins sombres, Vinatā fut saisie de chagrin.
Verse 22
दुःखितां विनतां कद्रूर्दासीकृत्ये न्ययुंक्त सा । एतस्मिन्नंतरे तार्क्ष्योऽप्यंडमुद्भिद्य वह्निवत्
Kadrū, ayant réduit la malheureuse Vinatā en servitude, l’assigna au service. Cependant, Tārkṣya (Garuḍa) jaillit de l’œuf, tel un feu éclatant.
Verse 23
प्रादुर्बभूव विप्रेंद्रा गिरिमात्रशरीरवान् । दृष्ट्वा तद्देहमाहात्म्यमभूत्त्रस्तं जगत्त्रयम्
Ô le meilleur des brāhmaṇas, il se manifesta avec un corps vaste comme une montagne. À la vue de la majesté de cette forme, les trois mondes furent saisis d’effroi.
Verse 24
ततस्तं तुष्टुवुर्देवा गरुडं पक्षिणां वरम् । दृष्ट्वा तद्देहमाहात्म्यं त्रस्तं स्याद्भुवनत्रयम्
Alors les dieux louèrent Garuḍa, le plus éminent des oiseaux. À la vue de la majesté de son corps, les trois mondes étaient saisis de crainte et d’émerveillement.
Verse 25
इत्यालोच्योपसंहृत्य देहमत्यंतभीषणम् । अरुणं पृष्ठमारोप्य मातुरंतिकमभ्यगात्
Après avoir ainsi réfléchi, il rétracta cette forme extrêmement redoutable ; puis, plaçant Aruṇa sur son dos, il s’approcha de sa mère.
Verse 26
अथाह विनतां कद्रूः प्रणतामतिविह्वलाम् । चेटि नागालयं गंतुमुद्योगो मम वर्तते
Alors Kadrū dit à Vinatā, prosternée et fort troublée : «Ô servante, je suis résolue à me rendre au séjour des Nāgas».
Verse 27
त्वत्पुत्रो गरुडोतो मां मत्पुत्रांश्च वहत्विति । ततश्च विनता पुत्रं गरुडं प्रत्यभाषत
«Que ton fils Garuḍa me porte, moi, ainsi que mes fils», dit Kadrū. Alors Vinatā s’adressa à son fils Garuḍa.
Verse 28
अहं कद्रूमिमां वक्ष्ये त्वं सर्पान्वह तत्सुतान् । तथेति गरुडो मातुः प्रत्यगृह्णद्वचो द्विजाः
«Moi, je porterai cette Kadrū ; toi, porte les serpents, ses fils.» «Qu’il en soit ainsi», répondit Garuḍa, acceptant la parole de sa mère, ô deux-fois-nés.
Verse 29
अवहद्विनता कद्रूं सर्वांस्तान्गरुडोऽवहत् । रविसामीप्यगाः सर्पास्तत्करैराहतास्तदा
Vinatā porta Kadrū, et Garuḍa emporta tous ces serpents. Mais, approchés du Soleil, ils furent alors frappés par ses rayons et brûlés.
Verse 30
अस्तौषीद्वज्रिणं कद्रूः सुतानां तापशांतये । सर्वतापं जलासारैर्देवराजोऽप्यशामयत
Pour apaiser la brûlure de ses fils, Kadrū loua Vajrī, Indra. Et le roi des dieux, par des averses d’eau, éteignit toute leur ardeur.
Verse 31
नीयमानास्तदा सर्पा गरुडेन बलीयसा । गत्वा तं देशमचिरादवदन्विनतासुतम्
Tandis que les serpents étaient portés par le puissant Garuḍa, parvenus bientôt en ce lieu, ils s’adressèrent au fils de Vinatā.
Verse 32
वयं द्वीपांतरं गंतुं सर्वे द्रष्टुं कृतत्वराः । वह त्वमस्मान्गरुड चेटीसुत ततः क्षणात्
«Nous sommes tous pressés d’aller vers un autre dvīpa, un autre continent-insulaire, pour le voir. Porte-nous, ô Garuḍa —fils de la servante—, sur-le-champ, sans tarder.»
Verse 33
ततो मातर मप्राक्षीद्विनतां गरुडो द्विजाः । अहं कस्माद्वहामीमांस्त्वं चेमां वहसे सदा
Alors Garuḍa interrogea sa mère Vinatā, ô deux-fois-nés : «Pourquoi devrais-je porter ceux-ci, tandis que toi, tu es contrainte de la porter, elle, sans cesse ?»
Verse 34
चेटीपुत्रेति मामेते कि भणंति सरीसृपाः । सर्वमेतद्वद त्वं मे मातस्तत्त्वेन पृच्छतः
«Pourquoi ces reptiles m’appellent-ils “fils d’une servante” ? Dis-moi tout, ô Mère, en toute vérité, puisque je t’interroge.»
Verse 35
पृष्टैवं जननी तेन गरुडं प्राब्रवीत्सुतम् । भगिन्या क्रूरया पुत्र च्छलेनाहं पराजिता
Ainsi interrogée par lui, la mère s’adressa à son fils Garuḍa : «Mon enfant, ma sœur cruelle m’a vaincue par la ruse.»
Verse 36
तस्या दासी भवाम्यद्य चेटीपुत्रस्ततो भवान् । अतस्त्वं वहसे सर्पान्वहाम्येनामहं सदा
«Aujourd’hui je suis devenue son esclave, et ainsi tu es devenu fils d’une servante. C’est pourquoi tu dois porter les serpents, et moi je dois la porter, toujours.»
Verse 37
इत्यादि सर्ववृत्तांतमादितोऽस्मै न्यवेदयत् । अथ तां गरुडोऽवा दीन्मातरं विनतासुतः
Ainsi, elle lui exposa toute l’histoire depuis l’origine. Alors Garuḍa, fils de Vinatā, parla à sa mère accablée.
Verse 38
अस्माद्दास्याद्विमोक्षार्थं किं कार्यं ते मयाधुना । इति पृष्टा सुतेनाथ विनता तमभाषत
«Pour te délivrer de cette servitude, que dois-je faire maintenant ?»—ainsi demanda le fils ; alors Vinatā lui répondit.
Verse 39
सर्पान्पृच्छस्व गरुड मम मातृविमोक्षणे । युष्माकं मातुः किं कार्यं मयेति वदताधुना
«Ô Garuḍa, interroge les serpents au sujet de ma délivrance ; demande-leur ce qu’il faut accomplir pour votre mère ; qu’ils l’énoncent à l’instant.»
Verse 40
इति मात्रा समुदितो गरुडः पन्नगान्प्रति । गत्वाऽपृच्छद्विज श्रेष्ठास्तेऽप्येनमवदंस्तदा
Ainsi pressé par sa mère, Garuḍa alla vers les serpents et les interrogea ; et ces excellents « deux-fois-nés » lui répondirent alors.
Verse 41
यदा हरिष्यसे शीघ्रं सुधां त्वममरालयात् । दास्यान्मुक्ता भवेन्माता वैनतेय तवाद्य हि
«Quand tu rapporteras promptement la Sudhā (Amṛta) depuis la demeure des dieux, alors, ô Vainateya, ta mère sera aujourd’hui même réellement délivrée de l’esclavage.»
Verse 42
ततो मातरमागम्य गरुडः प्रणतोऽब्रवीत् । सुधामंब ममानेतुं गच्छतो भक्ष्यमर्पय
Alors Garuḍa revint vers sa mère et, s’inclinant, dit : «Mère, tandis que je pars rapporter la Sudhā, accorde-moi une nourriture pour le voyage.»
Verse 43
इतीरिता सुतं प्राह माता तं विनता सुतम् । समुद्रमध्ये वर्तंते शबराः कतिचित्सुत
Ainsi interpellée, la mère Vinatā dit à son fils : «Mon enfant, il est certains Śabaras qui demeurent au milieu de l’océan.»
Verse 44
तान्भक्षयित्वा शबरानमृतं त्वमिहानय । तत्र कश्चिद्द्विजः कामी शवरीसंगकौतुकी
Après avoir dévoré ces Śabaras, apporte ici l’Amṛta. Là se trouve aussi un certain deux-fois-né, plein de désir, avide de badinage avec une femme Śabarī.
Verse 45
त्यज तं ब्राह्मणं कंठं दहंतं ब्रह्मतेजसा । पक्षादीनि तवांगानि पांतु देवा मरुन्मुखाः
Relâche de ta gorge ce Brāhmaṇa, qui te consume par la puissance ardente du brahman. Que les dieux—conduits par les Maruts—protègent tes membres, à commencer par tes ailes.
Verse 46
इति स्वमातुराशीर्भिर्गरुडो वर्धितो ययौ । शबरालयमभ्येत्य तस्य भक्षय तो मुखम्
Ainsi, fortifié par les bénédictions de sa mère, Garuḍa s’en alla. Parvenu à la demeure des Śabaras, il se mit à dévorer la bouche (l’entrée) de ce lieu.
Verse 47
आवृतं प्राविशन्व्याधा वयांसीव दरीं गिरेः । अथ स ब्राह्मणोऽप्यागात्तत्कंठं मुनिपुंगवाः
Couverts, les chasseurs entrèrent, tels des oiseaux dans une caverne de montagne. Puis ce Brāhmaṇa aussi y vint, vers cette gorge, ô le meilleur des sages.
Verse 48
कण्ठं दहन्तं विप्रं तमुवाच विनतासुतः । विप्र पापोऽप्यवध्यो हि निर्याहि त्वमतो बहिः
Au Brāhmaṇa qui lui brûlait la gorge, le fils de Vinatā dit : «Ô Brāhmaṇa, même si tu es pécheur, tu ne dois pas être mis à mort. Sors donc d’ici».
Verse 49
एवमुक्तस्तदा विप्रो गरुडं प्रत्यभाषत । किराती मम भार्यापि निर्गंतव्या मया सह
Ainsi interpellé, le brāhmane répondit alors à Garuḍa : « Mon épouse kirātī doit aussi partir avec moi. »
Verse 50
एवमस्त्विति तं विप्रमुवाच पतगेश्वरः । ततः स गरुडो विप्रमुज्जगार सभार्यकम्
« Qu’il en soit ainsi », dit le seigneur des oiseaux à ce brāhmane. Alors Garuḍa emporta le brāhmane avec son épouse.
Verse 51
विप्रोऽप्यभीप्सितान्देशान्निषाद्या सह निर्ययौ । शबरान्भक्षयित्वाऽथ गरुडः पक्षिणां वरः
Le brāhmane partit lui aussi, avec la femme niṣādī, vers les contrées qu’il désirait. Puis Garuḍa, le meilleur des oiseaux, dévora les Śabaras.
Verse 52
आत्मनः पितरं वेगात्कश्यपं समुपेयिवान् । कुत्र यासीति तत्पृष्टो गरुडस्तम भाषत
Avec rapidité il s’approcha de son père Kaśyapa. Interrogé par lui : « Où vas-tu ? », Garuḍa lui répondit.
Verse 53
मातुर्दास्यविमोक्षाय सुधामाहर्तुमागमम् । बहून्किराताञ्जग्ध्वापि तृप्तिर्मम न जायते
« Pour délivrer ma mère de la servitude, je suis parti quérir l’amṛta, le nectar. Même après avoir dévoré bien des Kirātas, la satiété ne naît pas en moi. »
Verse 54
अपर्यंतक्षुधा ब्रह्मन्बाधते मामह र्निशम् । तन्निवृत्तिप्रदं भक्ष्यं ममार्पय तपोधन
Ô brāhmane, une faim sans fin me tourmente jour et nuit. Ô trésor d’ascèse, accorde-moi une nourriture qui mette un terme à cette faim.
Verse 55
येनाहं शक्नुयां तात सुधामाहर्तुमोजसा । इतीरितः सुतं प्राह कश्यपो विनतोद्भवम्
Ainsi sollicité, Kaśyapa s’adressa au fils de Vinatā : «Mon enfant, par quel moyen pourrai-je, avec force et résolution, rapporter le sudhā, le nectar ?»
Verse 56
कश्यप उवाच । मुनिर्विभावसुर्नाम्ना पुरासीत्तस्य सानुजः । सुप्रतीक इति भ्राता तावुभौ वंशवैरिणौ
Kaśyapa dit : «Autrefois, il y eut un muni nommé Vibhāvasu. Son frère cadet s’appelait Supratīka. Tous deux devinrent ennemis héréditaires l’un de l’autre.»
Verse 57
अन्योन्यं शेपतुर्विप्रा महाक्रोधसमाकुलौ । गजोऽभवत्सुप्रतीकः कूर्मोऽभूच्च विभावसुः
Ces sages brāhmanes, saisis d’une grande colère, se maudirent l’un l’autre. Supratīka devint un éléphant, et Vibhāvasu devint aussi une tortue.
Verse 58
एवं वित्तविवादात्तौ शेपतुर्भ्रातरौ मिथः । गजः षड्यो जनोच्छ्रायो द्विगुणायामसंयुतः
Ainsi, à cause d’un différend au sujet des richesses, les deux frères se maudirent l’un l’autre. L’éléphant avait six yojanas de hauteur et un corps long du double.
Verse 59
कूर्मस्त्रियोजनोच्छ्रयो दशयोजनविस्तृतः । बद्धवैरावुभावेतौ सरस्यस्मिन्विहंगम
La tortue avait trois yojanas de hauteur et s’étendait sur dix yojanas. Liés par l’inimitié, tous deux demeuraient dans ce lac, ô oiseau.
Verse 60
पूर्ववैरमनुस्मृत्य युध्येते जेतुमिच्छया । उभौ तौ भक्षयित्वा त्वं सुधामाहर तृप्तिमान्
Se souvenant de leur ancienne inimitié, ils combattent, chacun désirant vaincre. Les ayant tous deux dévorés, toi, rassasié, apporte la sudhā, le nectar.
Verse 61
एवं पित्रेरितः पक्षी गत्वा तद्गजकच्छपौ । समुद्धत्य महाकायौ महाबलपराक्रमौ
Ainsi, instruit par son père, l’oiseau alla vers cet éléphant et cette tortue; et soulevant ces êtres au corps immense, d’une grande force et vaillance,
Verse 62
वहन्नखाभ्यां संतीर्थं विऌअंबाभिधमभ्यगात् । तत्रागतं समालोक्य पक्षिराजं द्विजोसमाः
Les portant dans ses serres, il atteignit un gué sacré (tīrtha) nommé Viḷambā. Voyant arriver le roi des oiseaux, les sages deux fois nés,
Verse 63
तत्तीरजो महावृक्षो रोहिणाख्यो महोच्छ्रयः । वैनतेयमिदं प्राह महाबलपराक्रमम्
Sur cette rive se tenait un grand arbre d’une hauteur immense, nommé Rohiṇā. Il adressa ces paroles à Vainateya, puissant et vaillant :
Verse 64
एनामारुह मच्छाखां शतयोजनमायताम् । स्थित्वात्र गजकूर्मौ त्वं भक्षयस्व खगोत्तम
«Monte sur cette branche qui est mienne, longue de cent yojanas. Tiens-toi ici et dévore l’éléphant et la tortue, ô le plus excellent des oiseaux.»
Verse 65
इत्युक्तस्तरुणा पक्षी स तत्रास्ते मनोजवः । तद्भारात्सा तरोः शाखा भग्नाऽभूद्द्विजसत्तमाः
Ainsi interpellé par le jeune, l’oiseau, rapide comme la pensée, se posa là. Mais sous son poids, la branche de l’arbre se rompit, ô le plus excellent des deux-fois-nés.
Verse 66
वालखिल्यमुनींस्तस्मिल्लंबमानानधोमुखान् । दृष्ट्वा तत्पातशंकावांस्तां शाखां गरुडोऽग्रहीत्
Voyant les sages Vālakhilya suspendus là, la tête en bas, et craignant leur chute, Garuḍa saisit cette branche.
Verse 67
गजकूर्मो च तां शाखां गृहीत्वा यांतमं बरे । पिता तस्याब्रवीत्तत्र गरुडं विनतासुतम्
Et un éléphant et une tortue, agrippés à cette branche, étaient emportés dans le ciel. Alors son père s’adressa à Garuḍa, fils de Vinatā.
Verse 68
त्यजेमां निर्जने शैले शाखां तं विनतोद्भव । इत्युक्तः स तथा गत्वा शाखां निष्पुरुषे नगे
«Dépose cette branche sur une montagne déserte, ô né de Vinatā.» Ainsi instruit, il s’en alla et posa la branche sur un mont où nul homme ne demeurait.
Verse 69
विन्यस्याभक्षयत्पक्षी तौ तदा गजकच्छपौ । अथोत्पातः समभवत्तस्मिन्नवसरे दिवि
L’ayant déposé, l’oiseau dévora alors ces deux-là — l’éléphant et la tortue. À cet instant même, un présage funeste apparut dans le ciel.
Verse 70
दृष्ट्वोत्पातं बलारातिः पप्रच्छ स्वपुरोहितम् । उत्पातकारणं जीव किमत्रेति पुनःपुनः । बृहस्पतिस्तदा शक्रं प्रोवाच द्विजसत्तमाः
Voyant le présage, Indra —tueur de Bala— interrogea son propre prêtre : «Ô Jīva (Bṛhaspati), quelle est la cause de cet augure ?» Il le demanda maintes fois. Alors Bṛhaspati parla à Śakra, ô le meilleur des deux-fois-nés.
Verse 71
बृहस्पतिरुवाच । काश्यपो हि मुनिः पूर्वमयजत्क्रतुना हरे
Bṛhaspati dit : «Autrefois, le sage Kaśyapa accomplit un sacrifice (yajña), ô Hari (Indra).»
Verse 72
सर्वान्नृषीन्सुरान्सिद्धान्यक्षान्गंधर्वकिन्नरान् । यज्ञसंभारसिद्ध्यर्थं प्रेषयामास स द्विजाः
Il dépêcha tous —ṛṣis, dieux, Siddhas, Yakṣas, Gandharvas et Kinnaras— afin de rassembler parfaitement les requis du yajña, ô deux-fois-né.
Verse 73
वालखिल्यान्ससंभारान्ह्रस्वानंगुष्ठमात्रकान् । मज्जतो गोष्पदजले दृष्ट्वा हसितवान्भवान्
Tu ris en voyant les Vālakhilyas —êtres minuscules, hauts comme un pouce— s’enfoncer dans l’eau d’une simple empreinte de sabot, tandis qu’ils portaient leurs fardeaux pour le yajña.
Verse 74
भवतावमताः क्रुद्धा वालखिल्यास्तदा हरे । जुहुवुर्यज्ञवह्नौ ते क्रोधेन ज्वलिताननाः
Méprisés par toi, ô Hari, les Vālakhilya s’irritèrent; le visage embrasé de courroux, ils versèrent des offrandes dans le feu du yajña.
Verse 75
देवेंद्रभयदः शत्रुः कश्यपस्य सुतोऽस्त्विति । तस्य पुत्रोऽद्य गरुडः सुधाहरणकौतुकी
«Qu’il naisse à Kaśyapa un fils, ennemi et source de crainte pour Indra.» Tel fut l’arrêt; et aujourd’hui le descendant de ce fils—Garuḍa—s’est levé, avide d’emporter l’amṛta.
Verse 76
समागच्छति तद्धेतुरयमुत्पात आगतः । इत्युक्तः सोऽब्रवीदिंद्रो देवानग्निपुरोगमान्
«La cause s’approche; ce prodige est apparu.» À ces mots, Indra s’adressa aux dieux, Agni à leur tête.
Verse 77
सुधामाहर्तुमायाति पक्षी सा रक्ष्यतामिति । इतींद्रप्रेरिता देवा ररक्षुः सायुधाः सुधाम्
«Cet oiseau vient emporter le nectar; qu’on le garde!» Ainsi pressés par Indra, les dieux, armés, protégèrent l’amṛta.
Verse 78
पक्षिराजस्तदाभ्यागाद्देवानायुधधारिणः । महाबलं ते गरुडं दृष्ट्वाऽकम्पंत वै सुराः
Alors le roi des oiseaux s’avança vers les dieux porteurs d’armes; voyant l’immense puissance de Garuḍa, les suras frémirent en vérité.
Verse 79
गरुडस्य सुराणां च ततो युद्धमभून्महत् । अखंडि पक्षितुण्डेन भौवनोऽमृतपालकः
Alors s’éleva un grand combat entre Garuḍa et les dieux. De son bec, Garuḍa brisa Bhauvana, le gardien de l’amṛta.
Verse 80
तदा निजघ्नुगर्रुडं देवाः शस्त्रैरनेकशः । अतीव गरुडो देवैर्बाधितः शस्त्रपाणिभिः
Alors les dieux frappèrent Garuḍa maintes et maintes fois avec de nombreuses armes. Garuḍa fut violemment assailli par les dieux, les armes à la main.
Verse 81
पक्षाभ्यामाक्षिपद्दूरे देवानग्निपुरोगमान् । तत्पक्षविक्षिता देवास्तदा परमकोपनाः
De ses ailes, il projeta au loin les dieux, conduits par Agni. Frappés et dispersés par ces ailes, les dieux furent saisis d’une colère extrême.
Verse 82
नाराचान्भिंदि पालांश्च नानाशस्त्राणि चाक्षिपन् । ततस्तु गरुडो वेगाद्देवदृष्टिविलोपिनीम्
Ils lancèrent des flèches de fer, des traits bhindipāla et bien d’autres armes. Alors Garuḍa, dans un élan fulgurant, fit naître un aveuglement qui ravit la vue des dieux.
Verse 83
धूलिमुत्थापयामास पक्षाभ्यां विनतासुतः वायुना । शमयामासुस्तान्पांसूंस्त्रिदशोत्तमाः
Le fils de Vinatā, Garuḍa, souleva de ses ailes une poussière portée par le vent. Alors les plus éminents des trente dieux apaisèrent et firent retomber cette poussière.
Verse 84
रुद्रान्वसूंस्तथादित्यान्मरुतोऽन्यान्सुरांस्तथा । गरुडः पक्षतुंडाभ्यां व्यथितानकरोद्द्विजाः
Garuḍa tourmenta et meurtrit les Rudra, les Vasu, les Āditya, les Marut et d’autres dieux encore, les frappant de ses ailes et de son bec, ô deux-fois-nés.
Verse 85
पलायितेषु देवेषु सोऽद्राक्षीज्ज्वलनं पुरः । ज्वलंतं परितस्त्वग्निं शमापयितुमुद्ययौ
Quand les dieux eurent pris la fuite, il vit devant lui le Feu flamboyant. Encerclé de flammes de toutes parts, il se prépara à éteindre cet embrasement.
Verse 86
स सहस्रमुखो भूत्वा तैः पिबञ्छतशो नदीः । तमग्निं नाशयामास तैः पयोभिस्त्वरान्वितः
Devenu aux mille bouches, il but des centaines de rivières; puis, avec hâte, il éteignit et anéantit ce feu par ces eaux.
Verse 87
सितधारं भ्रमच्चक्रं सुधारक्षकमंतिके । दृष्ट्वा तदरिरंध्रेण संक्षिप्तांगोतराविशत्
Voyant tout près la roue tournoyante au tranchant éclatant, gardienne de l’amṛta, il contracta son corps et s’introduisit par l’étroite fente entre ses rayons.
Verse 88
ततो ददर्श द्वौ सर्पो व्यक्तास्यौ भीषणाकृती । याभ्यां दृष्टोपि भस्म स्यात्तौ सर्पौ गरुडस्तदा
Alors il vit deux serpents, la gueule béante, d’une forme effroyable : à leur seul regard, on serait réduit en cendres. Ces deux serpents firent alors face à Garuḍa.
Verse 89
आच्छिद्य पक्षतुंडाभ्यां गृहीत्वाऽमृतमुद्ययौ । यंत्रमुत्पाट्य चोद्यंतं गरुडं प्राह माधवः
Les déchirant de ses ailes et de son bec, il saisit l’amṛta et s’éleva pour s’en aller. Tandis que Garuḍa, après avoir arraché le mécanisme, prenait son essor, Mādhava lui adressa la parole.
Verse 90
तव तुष्टोऽस्मि पक्षीश वरं वरय सुव्रत । अथ पक्षी तमाह स्म कमलानायकं हरिम्
«Je suis satisfait de toi, ô seigneur des oiseaux ; choisis une grâce, ô toi aux vœux parfaits.» Alors l’oiseau s’adressa à Hari, le Seigneur de Kamalā (Lakṣmī).
Verse 91
तवोपरि स्थितिर्मे स्यान्मा भूतां च जरामृती । तथास्त्विति हरिः प्राह वरं मद्व्रियतामिति
Il dit : «Que je demeure au-dessus de Toi ; et que vieillesse et mort ne m’atteignent point.» Hari répondit : «Qu’il en soit ainsi ; et qu’un don soit aussi choisi par Moi.»
Verse 92
इत्युक्तस्तं हरिः प्राह मम त्वं वाहनं भव । स्यंदनोपरि केतुश्च मम त्वं विनतासुत
Ainsi interpellé, Hari lui dit : «Deviens Ma monture ; et sur Mon char, sois aussi Mon étendard, ô fils de Vinatā.»
Verse 93
तथास्त्विति खगोप्याह कमलापतिमच्युतम् । हृतामृतं खगं श्रुत्वा तत आखंडलो जवात्
«Qu’il en soit ainsi», dit aussi l’oiseau à Acyuta, le Seigneur de Kamalā. Apprenant que l’oiseau avait emporté l’amṛta, Ākhaṇḍala (Indra) s’élança aussitôt.
Verse 94
अभिद्रुत्याशु कुलिशं पक्षे चिक्षेप पक्षिणः । ततो विहस्य गरुडः पाकशासनमब्रवीत्
S’élançant aussitôt, il lança promptement le kulisha (vajra) sur l’aile de l’oiseau. Alors Garuḍa sourit en riant et s’adressa à Pākaśāsana (Indra).
Verse 95
कुलिशस्य निपातान्मे न हरे कापि वेदना । सफलो वज्रपातस्ते भूयाच्च सुरनायक
«Même la chute de ton kulisha (vajra) n’ôte en rien ma douleur. Ô chef des devas, puisse ton coup de vajra devenir réellement efficace dans son dessein.»
Verse 96
इतीरयन्पत्रमेकं व्यसृजत्पक्षतस्तदा । शोभनं पर्णमस्येति सुपर्ण इति सोभ वत्
Ainsi parlant, il laissa alors tomber une seule plume de son aile. Parce que sa plume était splendide, il devint renommé sous le nom de «Suparṇa», celui aux belles ailes.
Verse 97
तस्मिन्सुपर्णे हेमाभे सर्वे विस्मयमाययुः । ततस्तु गरुडः शक्रमब्रवीद्द्विजपुंगवाः
Lorsque ce Suparṇa resplendit tel l’or, tous furent saisis d’émerveillement. Alors Garuḍa s’adressa à Śakra (Indra), ô meilleur des deux-fois-nés.
Verse 98
भवता साकमखिलं जगदेतच्चराचरम् । देवेंद्र सततं वोढुममोघा शक्तिरस्ति मे
«Ô Devendra, avec toi j’ai une puissance infaillible pour porter sans relâche cet univers tout entier, le mobile et l’immobile.»
Verse 99
नाखण्डलसहस्रं मे रणे लभ्यं हरे भवेत् । इति ब्रुवाणं गरुडमब्रवीत्पाकशासनः
«Même mille Indra ne me suffiraient pas à affronter au combat, ô Hari.» Ainsi parla Garuḍa, et Pākaśāsana (Indra) lui répondit.
Verse 100
किं तेऽमृतेन कार्यं स्याद्दीयताममृतं मम । इमां सुधां भवान्दद्याद्येभ्यो हि विनतोद्भव
«Que ferais-tu de l’amṛta ? Donne-moi ce nectar. Ô fils de Vinatā, tu peux offrir cette sudhā, cette ambroisie, à ceux pour qui tu l’as apportée.»
Verse 110
मुक्ता तदैव विनता दासीभावाद्द्विजोत्तमाः । सर्पास्तेऽमृतभक्षार्थं स्नातुं सर्वे ययुस्तदा
Ô le meilleur des deux-fois-nés, Vinatā fut aussitôt délivrée de l’état de servitude. Alors tous ces serpents allèrent se baigner, désirant goûter à l’amṛta.
Verse 120
स्तेयी सुरापी विज्ञेयो गुरुदाररतश्च सः । संसर्गदोषदुष्टश्च मुनिभिः परिकीर्त्यते
Qu’on le sache : il est voleur et buveur d’enivrants ; de même, celui qui convoite l’épouse de son guru est, selon les sages, corrompu, souillé par la faute des mauvaises fréquentations.
Verse 130
अज्ञानान्मुग्धया पापं कद्र्वा यदधुना कृतम् । क्षंतुमर्हसि तत्सर्वं दयाशीला हि साधवः
«Par ignorance, la pauvre Kadrū, égarée, a commis à présent un péché. Pardonne tout cela, car les vertueux sont, de nature, pleins de compassion.»
Verse 140
उपोष्य त्रिदिनं सस्नौ तस्मिन्क्षीरसरोजले । चतुर्थे दिवसे तस्यां कुर्वत्यां स्नानमादरात् । अदेहा व्योमगावाणी समुत्तस्थौ द्विजोत्तमाः
Après avoir jeûné trois jours, elle se baigna dans ce lac d’eau lactée, rempli de lotus. Le quatrième jour, tandis qu’elle accomplissait le bain avec ferveur, ô meilleur des deux-fois-nés, une voix sans corps, parcourant le ciel, s’éleva soudain.
Verse 150
यः पठेदिममध्यायं क्षीरकुंडप्रशंसनम् । गोसहस्रप्रदातॄणां प्राप्नोत्यविकलं फलम्
Celui qui récite ce chapitre, louange du saint Kṣīrakuṇḍa, obtient pleinement, sans aucune diminution, le mérite qui revient à ceux qui offrent mille vaches en don.