Adhyaya 1
Brahma KhandaBrahmottara KhandaAdhyaya 1

Adhyaya 1

Le chapitre s’ouvre par des versets d’invocation et d’hommage (incluant la révérence à Gaṇeśa et à Śiva), puis se poursuit en dialogue : les Ṛṣi demandent à Sūta de raconter Tripuradviṣ (Śiva, destructeur de Tripura), la grandeur des dévots de Śiva et la puissance des mantras qui s’y rattachent. Sūta répond que la bhakti sans motif envers l’écoute et le récit de l’Īśvara-kathā est le bien suprême, et il place le japa au rang le plus élevé des sacrifices. L’enseignement se concentre sur le mantra śaiva Pañcākṣarī, proclamé mantra suprême, source de libération et de pureté, dont le sens s’accorde au Vedānta. Il est dit qu’avec une intention juste et une pureté intérieure, il ne dépend pas d’auxiliaires compliqués tels que le choix d’un moment précis ou des rites extérieurs. Sont aussi cités des lieux exemplaires pour le japa : Prayāga, Puṣkara, Kedāra, Setubandha, Gokarṇa et Naimiṣāraṇya. Vient ensuite un récit illustratif : un roi valeureux de Mathurā épouse la princesse Kalāvatī. Lorsqu’il cherche l’intimité sans respecter son vœu et sa pureté, il subit une conséquence saisissante et s’enquiert de sa cause. La reine explique que, dans son enfance, le sage Durvāsā lui a transmis la Pañcākṣarī, rendant son corps protégé par le rite ; elle reproche aussi au roi son manque de pureté quotidienne et de discipline dévotionnelle. Désireux de se purifier, le roi s’approche du guru Garga. Celui-ci le mène sur la rive de la Yamunā, établit l’assise et l’orientation correctes, puis confère le mantra en posant la main sur la tête du roi. Les souillures karmiques sont figurées par des corbeaux quittant le corps et étant détruits ; le guru y voit la combustion des péchés accumulés par la dhāraṇā du mantra. Le chapitre se clôt en réaffirmant l’efficacité totale et l’accessibilité de ce mantra pour les chercheurs de mokṣa.

Shlokas

Verse 1

श्रीगणेशाय नमः श्रीगुरुभ्यो नमः । अथ ब्रह्मोत्तरखंडमारंभः । ॐ नमः शिवाय । ज्योतिर्मात्रस्वरूपाय निर्मलज्ञानचक्षुषे । नमः शिवाय शांताय ब्रह्मणे लिंगमूर्त्तये

Hommage à Śrī Gaṇeśa ; hommage aux Gurus vénérables. Commence maintenant le Brahmottarakhaṇḍa. Oṃ—hommage à Śiva : à Celui dont l’essence n’est que pure Lumière, dont l’œil est la connaissance sans tache ; hommage à Śiva, le Paisible, le Brahman suprême, manifesté sous la forme du Liṅga.

Verse 2

ऋषय ऊचुः । आख्यातं भवता सूत विष्णोर्माहात्म्यमुत्तमम् । समस्ताघहरं पुण्यं समसेन श्रुतं च नः

Les sages dirent : «Ô Sūta, tu nous as exposé la grandeur suprême de Viṣṇu—sainte et qui efface tous les péchés—et nous l’avons entendue en entier.»

Verse 3

इदानीं श्रोतुमिच्छामो माहात्म्यं त्रिपुरद्विषः । तद्भक्तानां च माहात्म्यमशेषाघहरं परम्

«À présent, nous désirons entendre la grandeur de l’ennemi de Tripura (Śiva), ainsi que la grandeur de Ses dévots—suprême, anéantissant tout péché sans reste.»

Verse 4

तन्मंत्राणां च माहात्म्यं तथैव द्विजसत्तम । तत्कथायाश्च तद्भक्तेः प्रभावमनुवर्णय

«Ô le meilleur des deux-fois-nés, décris aussi la grandeur de Ses mantras ; et de même, expose la puissance de Ses récits sacrés et de la dévotion (bhakti) qui Lui est offerte.»

Verse 5

सूत उवाच । एतावदेव मर्त्यानां परं श्रेयः सनातनम् । यदीश्वरकथायां वै जाता भक्तिरहैतुकी

Sūta dit : «Ceci seul est le bien suprême et éternel des mortels : lorsque, par le récit du Seigneur, naît une dévotion sans motif»

Verse 6

अतस्तद्भक्तिलेशस्य माहात्म्यं वर्ण्यते मया । अपि कल्पायुषा नालं वक्तुं विस्तरतः क्वचित्

«C’est pourquoi je décrirai la grandeur ne fût-ce que d’une infime parcelle de cette dévotion ; même avec une vie longue comme un kalpa, on ne pourrait jamais l’exposer pleinement en détail.»

Verse 7

सर्वेषामपि पुण्यानां सर्वेषां श्रेयसामपि । सर्वेषामपि यज्ञानां जपयज्ञः परः स्मृतः

«Parmi tous les actes méritoires, parmi toutes les voies du bien, et parmi tous les sacrifices, le japa-yajña — le sacrifice de la récitation répétée du mantra — est tenu pour le plus élevé.»

Verse 8

तत्रादौ जपयज्ञस्य फलं स्वस्त्ययनं महत् । शैवं षडक्षरं दिव्यं मंत्रमाहुर्महर्षयः

«Là, tout d’abord, le fruit du japa-yajña est une grande prospérité de bon augure ; les grands ṛṣi déclarent le divin mantra śaiva à six syllabes.»

Verse 9

देवानां परमो देवो यथा वै त्रिपुरांतकः । मंत्राणां परमो मंत्रस्तथा शैवः षडक्षरः

«De même que Tripurāntaka (Śiva) est le Dieu suprême parmi les dieux, de même le mantra śaiva à six syllabes est le mantra suprême parmi les mantras.»

Verse 10

एष पंचाक्षरो मंत्रो जप्तॄणां मुक्तिदायकः । संसेव्यते मुनिश्रेष्ठैरशेषैः सिद्धिकांक्षिभिः

Ce mantra de cinq syllabes accorde la délivrance à ceux qui le récitent en japa. Il est honoré et pratiqué par les plus grands sages, par tous ceux qui aspirent aux siddhis.

Verse 11

अस्यैवाक्षरमाहात्म्यं नालं वक्तुं चतुर्मुखः । श्रुतयो यत्र सिद्धांतं गताः परमनिर्वृताः

Même Brahmā aux quatre visages ne suffit pas à dire pleinement la grandeur de ce mantra-syllabe. C’est là que les Veda parviennent à leur conclusion ultime et reposent dans la paix suprême.

Verse 12

सर्वज्ञः परिपूर्णश्च सच्चिदानंदलक्षणः । स शिवो यत्र रमते शैवे पंचाक्षरे शुभे

Omniscient et pleinement accompli, dont la nature est Sat-Cit-Ānanda, là Śiva se réjouit : dans l’auspicieux mantra śaiva de cinq syllabes.

Verse 13

एतेन मंत्रराजेन सर्वोपनिषदात्मना । लेभिरे मुनयः सर्वे परं ब्रह्म निरामयम्

Par ce roi des mantras, dont l’essence est celle de toutes les Upaniṣads, tous les sages obtinrent le Brahman suprême, exempt de toute souffrance.

Verse 14

नमस्कारेण जीवत्वं शिवेऽत्र परमात्मनि । ऐक्यं गतमतो मंत्रः परब्रह्ममयो ह्यसौ

Par l’acte de salutation révérencieuse (namaskāra), l’état d’individualité se fond ici en Śiva, le Soi suprême. Ainsi, ce mantra est véritablement constitué du Parabrahman.

Verse 15

भवपाशनिबद्धानां देहिनां हितकाम्यया । आहोंनमः शिवायेति मंत्रमाद्यं शिवः स्वयम्

Par compassion pour les êtres incarnés, liés par le nœud du devenir mondain, Śiva Lui-même proclama le mantra primordial : « Oṃ, namaḥ śivāya ».

Verse 16

किं तस्य बहुभिर्मंत्रैः किं तीर्थैः किं तपोऽध्वरैः । यस्योंनमः शिवायेति मंत्रो हृदयगोचरः

À quoi bon de nombreux autres mantras, des pèlerinages, des austérités et des sacrifices, pour celui dont le cœur est habité par « Oṃ namaḥ śivāya » ?

Verse 17

तावद्भ्रमंति संसारे दारुणे दुःखसंकुले । यावन्नोच्चारयंतीमं मंत्रं देहभृतः सकृत्

Les êtres incarnés errent dans ce saṃsāra terrible, saturé de souffrance, tant qu’ils ne prononcent pas ne fût-ce qu’une fois ce mantra.

Verse 18

मंत्राधिराजराजोऽयं सर्ववेदांतशेखरः । सर्वज्ञाननिधानं च सोऽयं चैव षडक्षरः

Voici l’empereur parmi les seigneurs des mantras, le joyau suprême de tout le Vedānta, et le trésor de toute connaissance : ce mantra même de six syllabes.

Verse 19

कैवल्यमार्गदीपोऽयमविद्यासिंधुवाडवः । महापातकदावाग्निः सोऽयं मंत्रः षडक्षरः

Ce mantra de six syllabes est une lampe sur la voie de la délivrance ; il est le feu sous-marin qui assèche l’océan de l’ignorance ; il est l’incendie de forêt qui brûle les grands péchés.

Verse 21

नास्य दीक्षा न होमश्च न संस्कारो न तर्पणम् । न कालो नोपदेशश्च सदा शुचिरयं मनुः

Pour ce mantra, nul besoin de dīkṣā formelle, ni de homa, ni de rites purificatoires, ni de libations. Nul moment prescrit, nul enseignement compliqué : ce mantra demeure à jamais pur.

Verse 22

महापातकविच्छित्त्यै शिव इत्यक्षरद्वयम् । अलं नमस्कियायुक्तो मुक्तये परिकल्पते

Pour trancher même les plus grands péchés, les deux syllabes « Śi‑va » suffisent ; jointes à la salutation révérencieuse, elles deviennent un moyen direct de délivrance (mokṣa).

Verse 23

उपदिष्टः सद्गुरुणा जप्तः क्षेत्रे च पावने । सद्यो यथेप्सितां सिद्धिं ददातीति किमद्भुतम्

Lorsqu’il est transmis par un véritable guru et récité en japa dans un lieu sacré et purifiant, il accorde aussitôt l’accomplissement désiré—qu’y a‑t‑il là d’étonnant ?

Verse 24

अतः सद्गुरुमाश्रित्य ग्राह्योऽयं मंत्रनायकः । पुण्यक्षेत्रेषु जप्तव्यः सद्यः सिद्धिं प्रयच्छति

Ainsi, prenant refuge auprès d’un véritable guru, qu’on reçoive ce mantra souverain. Qu’il soit récité dans des lieux saints riches de mérite (puṇya), et il accorde aussitôt la siddhi.

Verse 25

गुरवो निर्मलाः शांताः साधवो मितभाषिणः । कामक्रोधविनिर्मुक्ताः सदाचारा जितेंद्रियाः

Les véritables maîtres sont purs et paisibles : saints sādhus, mesurés dans la parole, affranchis du désir et de la colère, établis dans la bonne conduite et maîtres de leurs sens.

Verse 26

एतैः कारुण्यतो दत्तो मंत्रः क्षिप्रं प्रसिद्ध्यति । क्षेत्राणि जपयोग्यानि समासात्कथयाम्यहम्

Le mantra accordé par de tels maîtres, par pure compassion, devient vite efficace. Je vais maintenant dire brièvement les lieux sacrés dignes de la récitation (japa).

Verse 27

प्रयागं पुष्करं रम्यं केदारं सेतुबंधनम् । गोकर्णं नैमिषारण्यं सद्यः सिद्धिकरं नृणाम्

Prayāga, le charmant Puṣkara, Kedāra, Setubandhana, Gokarṇa et Naimiṣāraṇya : ces lieux donnent aux hommes l’accomplissement immédiat.

Verse 28

अत्रानुवर्ण्यते सद्भिरितिहासः पुरातनः । असकृद्वा सकृद्वापि शृण्वतां मंगलप्रदः

Ici, les hommes de bien racontent une antique histoire sacrée ; qu’on l’entende maintes fois ou ne fût-ce qu’une seule, elle accorde l’auspice aux auditeurs.

Verse 29

मथुरायां यदुश्रेष्ठो दाशार्ह इति विश्रुतः । बभूव राजा मतिमान्महोत्साहो महाबलः

À Mathurā régna un roi, le plus éminent des Yadu, renommé sous le nom de Dāśārha ; sage en ses avis, d’un grand élan et d’une force immense.

Verse 30

शास्त्रज्ञो नयवाक्छूरो धैर्यवानमितद्युतिः । अप्रधृष्यः सुगंभीरः संग्रामेष्वनिवर्त्तितः

Instruit dans les śāstra, héroïque dans le conseil et la parole du gouvernement; ferme, d’une splendeur sans mesure; imprenable, d’une gravité profonde, et ne reculant jamais dans les combats.

Verse 31

महारथो महेष्वासो नानाशास्त्रार्थकोविदः । वदान्यो रूपसंपन्नो युवा लक्ष णसंयुतः

Il était un grand héros de char, un archer puissant, versé dans le sens de nombreux śāstras. Généreux, beau et dans la fleur de la jeunesse, il portait des marques de bon augure et de nobles qualités.

Verse 32

स काशिराजतनयामुपयेमे वराननाम् । कांतां कलावतीं नाम रूपशीलगुणान्विताम्

Il épousa la fille du roi de Kāśī, au visage gracieux et rayonnant, nommée Kalāvatī, parée de beauté, de bonne conduite et de vertus.

Verse 33

कृतोद्वाहः स राजेंद्रः संप्राप्य निजमंदिरम् । रात्रौ तां शयनारूढां संगमाय समाह्वयत्

Après les noces, ce seigneur des rois regagna son palais. La nuit, la voyant étendue sur le lit, il l’appela pour l’union conjugale.

Verse 34

सा स्वभर्त्रा समाहूता बहुशः प्रार्थिता सती । न बबंध मनस्तस्मिन्न चागच्छ तदंतिकम्

Bien qu’appelée par son époux et maintes fois implorée, cette femme vertueuse n’y attacha point son cœur et ne s’approcha pas de lui.

Verse 35

संगमाय यदाहूता नागता निजवल्लभा । बलादाहर्तुकामस्तामुदतिष्ठन्महीपतिः

Appelée pour l’union, elle ne vint pas, la bien-aimée. Alors le roi, voulant la faire venir de force, se leva.

Verse 36

राज्ञ्युवाच । मा मां स्पृश महाराज कारणज्ञां व्रते स्थिताम् । धर्माधर्मौ विजानासि मा कार्षीः साहसं मयि

La reine dit : «Ne me touche pas, ô grand roi. J’en connais la raison et je demeure établie dans mon vœu. Tu discernes le dharma et l’adharma ; ne commets ni violence ni témérité envers moi.»

Verse 37

क्वचित्प्रियेण भुक्तं यद्रोचते तु मनीषिणाम् । दंपत्योः प्रीतियोगेन संगमः प्रीतिवर्द्धनः

Parfois, même ce qui est reçu de l’être aimé plaît aux sages. Chez les époux, l’union née d’une affection réciproque fait croître l’amour.

Verse 38

प्रियं यदा मे जायेत तदा संगस्तु ते मयि । का प्रीतिः किं सुखं पुंसां बलाद्भोगेन योषिताम्

Quand l’affection naîtra en moi, alors il y aura union avec toi. Quel amour, quel bonheur, un homme peut-il trouver à jouir d’une femme par la force ?

Verse 39

अप्रीतां रोगिणीं नारीमंतर्वत्नीं धृतव्रताम् । रजस्वलामकामां च न कामेत बलात्पुमान्

Un homme ne doit pas, par la force, désirer une femme qui n’y consent pas, qui est malade, enceinte, ferme dans un vœu, en période de menstruation, ou sans désir.

Verse 40

प्रीणनं लालनं पोषं रंजनं मार्दवं दयाम् । कृत्वा वधूमुपगमेद्युवतीं प्रेमवान्पतिः । युवतौ कुसुमे चैव विधेयं सुखमिच्छता

L’époux aimant, après l’avoir satisfaite, choyée, nourrie, réjouie, et lui avoir montré douceur et compassion, doit alors s’approcher de sa jeune épouse. Qui cherche le bonheur doit agir envers une jeune femme comme envers une fleur, avec délicatesse.

Verse 41

इत्युक्तोऽपि तया साध्व्या स राजा स्मरविह्वलः । बलादाकृष्य तां हस्ते परिरेभे रिरंसया

Bien qu’averti par cette femme vertueuse, le roi—subjugué par la passion—lui saisit la main de force et l’étreignit, poussé par le désir de jouissance.

Verse 42

तां स्पृष्टमात्रां सहसा तप्तायःपिंडसन्निभाम् । निर्दहंतीमिवात्मानं तत्याज भयविह्वलः

À peine l’eut-il touchée qu’elle lui parut semblable à une masse de fer chauffée à blanc; comme si elle brûlait son être même, il recula et la lâcha, tremblant de peur.

Verse 43

राजोवाच । अहो सुमहदाश्चर्यमिदं दृष्टं तव प्रिये । कथमग्निसमं जातं वपुः पल्लवकोमलम्

Le roi dit : «Ah ! J’ai vu un prodige immense, ô bien-aimée. Comment ton corps, tendre comme un jeune bourgeon, est-il devenu pareil au feu ?»

Verse 44

इत्थं सुविस्मितो राजा भीतः सा राजवल्लभा । प्रत्युवाच विहस्यैनं विनयेन शुचिस्मिता

Ainsi le roi demeura fort étonné et saisi de crainte. La bien-aimée du roi—avec un doux sourire—rit doucement et lui répondit avec humilité.

Verse 45

राज्ञ्युवाच । राजन्मम पुरा बाल्ये दुर्वासा मुनिपुंगवः । शैवीं पंचाक्षरीं विद्यां कारुण्येनोपदिष्टवान्

La reine dit : «Ô roi, jadis, dans mon enfance, Durvāsā—le plus éminent des sages—par compassion m’enseigna la science sacrée de la Pañcākṣarī śaiva».

Verse 46

तेन मंत्रानुभावेन ममांगं कलुषोज्झितम् । स्प्रष्टुं न शक्यते पुंभिः सपापैर्देवैवर्जितैः

Par la puissance de ce mantra, mon corps est devenu exempt de souillure ; des hommes chargés de péchés et dépourvus de conduite divine ne peuvent me toucher.

Verse 47

त्वया राजन्प्रकृतिना कुलटागणिकादयः । मदिरास्वादनिरता निषेव्यंते सदा स्त्रियः

Ô Roi, par ta propre disposition tu fréquentes sans cesse des femmes telles que prostituées et courtisanes, adonnées à la saveur du vin.

Verse 48

न स्नानं क्रियते नित्यं न मंत्रो जप्यते शुचिः । नाराध्यते त्वयेशानः कथं मां स्प्रष्टुमर्हसि

Tu ne te baignes pas chaque jour ; tu ne récites pas le mantra avec pureté ; tu n’adores pas Īśāna (Śiva). Comment donc serais-tu apte à me toucher ?

Verse 49

राजोवाच तां समाख्याहि सुश्रोणि शैवीं पंचाक्षरीं शुभाम् । विद्याविध्वस्तपापोऽहं त्वयीच्छामि रतिं प्रिये

Le roi dit : «Ô toi aux belles hanches, révèle-moi l’auspicieuse Pañcākṣarī śaiva. Quand mes péchés seront détruits par cette science sacrée, je désire m’unir à toi, bien-aimée».

Verse 50

राज्ञ्युवाच । नाहं तवोपदेशं वै कुर्यां मम गुरुर्भवान् । उपातिष्ठ गुरुं राजन्गर्गं मंत्र विदांवरम्

La reine dit : «Je ne t’enseignerai pas, car tu es mon époux et, à ce titre, mon aîné vénérable. Ô Roi, approche le guru Garga, le plus éminent des connaisseurs de mantras».

Verse 51

सूत उवाच । इति संभाषमाणौ तौ दंपती गर्गसन्निधिम् । प्राप्य तच्चरणौ मूर्ध्ना ववंदाते कृताञ्जली

Sūta dit : Ainsi s’entretenant, l’époux et l’épouse parvinrent en la présence de Garga ; et, posant leur tête sur ses pieds, ils se prosternèrent, les mains jointes.

Verse 52

अथ राजा गुरुं प्रीतमभिपूज्य पुनःपुनः । समाचष्ट विनीतात्मा रहस्यात्ममनोरथम्

Alors le roi, l’âme soumise par l’humilité, honora avec révérence le guru satisfait, encore et encore, et lui confia le désir secret de son for intérieur.

Verse 53

राजोवाच । कृतार्थं मां कुरु गुरो संप्राप्तं करुणार्द्रधीः । शैवीं पंचाक्षरीं विद्यामुपदेष्टुं त्वमर्हसि

Le roi dit : Ô Guru, rends ma vie accomplie. Toi dont l’esprit s’est attendri de compassion, tu es venu jusqu’ici ; aussi daigne m’enseigner la connaissance sacrée śaiva, la Pañcākṣarī.

Verse 54

अनाज्ञातं यदाज्ञातं यत्कृतं राजकर्मणा । तत्पापं येन शुद्ध्येत तन्मंत्रं देहि मे गुरो

Quelque péché que le devoir royal ait fait commettre—connu ou inconnu—accorde-moi, ô Guru, le mantra par lequel cette faute puisse être purifiée.

Verse 55

एवमभ्यर्थितो राज्ञा गर्गो ब्राह्मणपुंगवः । तौ निनाय महापुण्यं कालिंद्यास्तटमुत्तमम्

Ainsi imploré par le roi, Garga—le plus éminent des brāhmaṇas—mena le couple vers une rive excellente, hautement méritoire, de la Kāliṅdī (Yamunā).

Verse 56

तत्र पुण्यतरोर्मूले निषण्णोऽथ गुरुः स्वयम् । पुण्यतीर्थजले स्नातं राजानं समुपोषितम्

Là, au pied d’un arbre sacré, le guru lui-même s’assit ; et le roi—baigné dans les eaux du tīrtha saint et observant le jeûne—se tint prêt.

Verse 57

प्राङ्मुखं चोपवेश्याथ नत्वा शिवपदाम्बुजम् । तन्मस्तके करं न्यस्य ददौ मंत्रं शिवात्मकम्

L’ayant fait asseoir face à l’est, et s’étant incliné devant les pieds de lotus de Śiva, il posa sa main sur la tête du roi et lui conféra un mantra imprégné de Śiva.

Verse 58

तन्मंत्रधारणादेव तद्गुरोर्हस्तसंगमात् । निर्ययुस्तस्य वपुषो वायसाः शतकोटयः

Par la seule prise de ce mantra, et par le contact de la main du guru, de son corps jaillirent des corbeaux—par centaines de crores.

Verse 59

ते दग्धपक्षाः क्रोशंतो निपतंतो महीतले । भस्मीभूतास्ततः सर्वे दृश्यंते स्म सहस्रशः

Les ailes brûlées, croassant et s’abattant sur le sol, tous devinrent alors cendre—aperçus par milliers.

Verse 60

दृष्ट्वा तद्वायसकुलं दह्यमानं सुविस्मितौ । राजा च राजमहिषी तं गुरुं पर्यपृच्छताम्

Voyant cette troupe de corbeaux en flammes, le roi et la grande reine, saisis d’étonnement, interrogèrent ce guru.

Verse 61

भगवन्निदमाश्चर्यं कथं जातं शरीरतः । वायसानां कुलं दृष्टं किमेतत्साधु भण्यताम्

Ô Seigneur bienheureux, voilà une merveille : comment cela est-il né du corps ? On voit tout un vol de corbeaux ; qu’est-ce donc ? Daigne l’expliquer avec justesse.

Verse 62

श्रीगुरुरुवाच राजन्भवसहस्रेषु भवता परिधावता । संचितानि दुरन्तानि संति पापान्यनेकशः

Le vénérable Guru dit : Ô Roi, toi qui as erré à travers des milliers de naissances, d’innombrables péchés, difficiles à épuiser, se sont amassés maintes fois.

Verse 63

तेषु जन्मसहस्रेषु यानि पुण्यानि संति ते । तेषामाधिक्यतः क्वापि जायते पुण्ययोनिषु

Parmi ces milliers de naissances, les mérites que tu as—lorsqu’ils deviennent prépondérants—font naître quelque part dans des matrices auspiciées et vertueuses.

Verse 64

तथा पापीयसीं योनिं क्वचित्पापेन गच्छति । साम्ये पुण्यान्ययोश्चैव मानुषीं योनिमाप्तवान्

De même, par le péché on va parfois vers une matrice plus basse et fautive ; mais lorsque mérite et faute s’équilibrent, on obtient la naissance humaine.

Verse 66

कोटयो ब्रह्महत्यानामगम्यागम्यकोटयः । स्वर्णस्तेयसुरापानभ्रूणहत्या दिकोटयः । भवकोटिसहस्रेषु येऽन्ये पातकराशयः

Il existe des crores de fautes telles que la brahma-hatyā (le meurtre d’un brāhmaṇa), des crores et encore des crores d’unions interdites, et, en toutes directions, des crores de crimes comme le vol d’or, l’ivresse par l’alcool et le meurtre d’un embryon—ainsi que d’autres amas de péchés amassés au fil de milliers de crores de naissances.

Verse 67

क्षणाद्भस्मीभवंत्येव शैवे पंचाक्षरे धृते । आसंस्तवाद्य राजेंद्र दग्धाः पातककोटयः

En un instant, tout devient cendre lorsque la Pañcākṣarī śaiva est tenue avec fermeté. De toi, ô roi, aujourd’hui des crores de péchés ont été brûlés.

Verse 68

अनया सह पूतात्मा विहरस्व यथासुखम् । इत्याभाष्य मुनिश्रेष्ठस्तं मंत्रमुपदिश्य च

«Avec elle, l’âme purifiée, vis et réjouis-toi selon ton gré.» Ayant ainsi parlé, le meilleur des sages lui transmit aussi ce mantra.

Verse 69

शैवी पंचाक्षरी विद्या यदा ते हृदयं गता । अघानां कोटयस्त्वत्तः काकरूपेण निर्गताः

Lorsque la connaissance de la Pañcākṣarī śaiva entra dans ton cœur, des crores de péchés te quittent, prenant la forme de corbeaux.

Verse 70

ततः स्वभवनं प्राप्य रेजतुःस्म महाद्युती राजा दृढं समाश्लिष्य पत्नीं चन्दनशीतलाम् । संतोषं परमं लेभे निःस्वः प्राप्य यथा धनम्

Puis, parvenus à leur demeure, le couple radieux resplendit. Le roi serra étroitement son épouse, fraîche comme le bois de santal, et goûta la suprême paix—tel un pauvre qui trouve la richesse.

Verse 71

अशेषवेदोपनिषत्पुराणशास्त्रावतंसोऽयमघांतकारी । पंचाक्षरस्यैव महाप्रभावो मया समासात्कथितो वरिष्ठः

Cet enseignement est l’ornement-couronne de tous les Védas, Upaniṣads, Purāṇas et Śāstras, et il détruit le péché. J’ai exposé brièvement, ô excellent, la grande puissance du seul Pañcākṣara.

Verse 120

तस्मात्सर्वप्रदो मंत्रः सोऽयं पञ्चाक्षरः स्मृतः । स्त्रीभिः शूद्रैश्च संकीर्णैर्धार्यते मुक्तिकांक्षिभिः

Ainsi, ce mantra dispensateur de tous les dons est réputé être le mantra aux cinq syllabes (pañcākṣara). Qu’il soit porté et récité par les femmes, par les Śūdras, et aussi par ceux de condition mêlée, par tous ceux qui aspirent à la délivrance (mokṣa).