Adhyaya 97
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 97

Adhyaya 97

Le chapitre se déploie comme un dialogue d’instruction : Mārkaṇḍeya s’adresse au roi Yudhiṣṭhira et lui présente « Vyāsatīrtha », un tīrtha rarissime et d’un mérite exceptionnel, décrit comme « situé dans l’entre-deux du ciel » (antarikṣe), ce prodige étant attribué à l’action extraordinaire de Revā/Narmadā. S’y insère un long récit d’origine : l’austérité de Parāśara et sa rencontre avec la jeune passeuse, révélée de naissance royale (Satyavatī/Yojaṇagandhā) ; la transmission de la semence par un perroquet porteur de lettre, la mort de l’oiseau et l’entrée de la semence dans un poisson, puis la réapparition de la jeune fille—jusqu’à la naissance de Vyāsa. Ensuite, Vyāsa entreprend la tournée des tīrtha et pratique le tapas sur la rive de la Narmadā. Śiva se manifeste en réponse au culte, et plus tard Narmadā elle-même répond au stotra de Vyāsa. Un problème éthique et rituel surgit : les sages souhaitent accepter l’hospitalité sans rompre leur vœu en traversant vers la rive méridionale. Vyāsa implore Narmadā ; il y a refus, évanouissement de Vyāsa, inquiétude des dieux, puis consentement final de la déesse. S’ensuivent snāna, tarpaṇa, homa et la manifestation d’un liṅga, qui établissent le nom du tīrtha. La dernière partie donne des prescriptions précises d’observances très fructueuses, notamment en Kārttika śukla caturdaśī et à la pūrṇimā : substances d’abhiṣeka du liṅga, offrandes de fleurs, choix de mantra-japa, critères du brāhmaṇa digne de recevoir, et dāna spécifiques. La phalāśruti conclut en promettant protection contre le domaine de Yama, résultats gradués selon les offrandes, et destinées bienheureuses après la mort grâce à la puissance de Vyāsatīrtha.

Shlokas

Verse 1

श्रीमार्कण्डेय उवाच । ततो गच्छेन्महीपाल व्यासतीर्थमनुत्तमम् । दुर्लभं मनुजैः पुण्यमन्तरिक्षे व्यवस्थितम्

Śrī Mārkaṇḍeya dit : « Alors, ô protecteur de la terre, rends-toi au Vyāsa-tīrtha sans égal—difficile à atteindre pour les mortels—lieu saint d’un mérite immense, établi dans la région médiane, comme suspendu dans le ciel ».

Verse 2

युधिष्ठिर उवाच । कस्माद्वै व्यासतीर्थं तदन्तरिक्षे व्यवस्थितम् । एतदाख्याहि संक्षेपात्त्यज ग्रन्थस्य विस्तरम्

Yudhiṣṭhira dit : «Pourquoi donc ce Vyāsa-tīrtha est-il établi dans la région médiane ? Dis-le-moi brièvement ; écarte la longue विस्तार du récit».

Verse 3

श्रीमार्कण्डेय उवाच । साधु साधु महाबाहो धर्मवान्साधुवत्सल । स्वकर्मनिरतः पार्थ तीर्थयात्राकृतादरः

Śrī Mārkaṇḍeya dit : «Bien, bien, ô toi aux bras puissants, juste et plein d’amour pour les vertueux. Ô Pārtha, tu demeures appliqué à ton devoir et tu honores le pèlerinage aux tīrtha».

Verse 4

दुर्लभं सर्वजन्तूनां व्यासतीर्थं नरेश्वर । पीडितो वृद्धभावेन अकल्पोऽहं नृपात्मज

Ô seigneur des hommes, le gué sacré de Vyāsa (Vyāsa-tīrtha) est d’une rareté extrême pour tous les êtres. Accablé par le poids de la vieillesse, je ne suis pas apte à l’effort, ô prince.

Verse 5

विसंज्ञो गतवित्तस्तु संजातः स्मृतिवर्जितः । गुह्याद्गुह्यतरं तीर्थं नाख्यातं कस्यचिन्मया

Je devins sans connaissance, dépouillé de mes biens et privé de mémoire. Ce lieu de pèlerinage, plus secret que le secret, je ne l’ai révélé à personne.

Verse 6

कलिस्तत्रैव राजेन्द्र न विशेद्व्याससंश्रयात् । अन्तरिक्षे तु संजातं रेवायाश्चेष्टितेन तु

Ô roi des rois, Kali n’y pénètre nullement, car ce lieu demeure sous la protection de Vyāsa. En vérité, il prit naissance dans l’espace médian par l’action merveilleuse de la Revā (Narmadā).

Verse 7

विरिञ्चिर्नैव शक्नोति रेवाया गुणकीर्तनम् । कथं ज्ञास्याम्यहं तात रेवामाहात्म्यमुत्तमम्

Même Viriñci (Brahmā) ne peut chanter pleinement les vertus de la Revā. Comment donc, mon cher enfant, pourrais-je connaître la suprême grandeur de la Revā ?

Verse 8

व्यासतीर्थं विशेषेण लवमात्रं ब्रवीम्यतः । प्रत्यक्षः प्रत्ययो यत्र दृश्यतेऽद्य कलौ युगे

C’est pourquoi je dirai—tout spécialement—seulement un peu au sujet de Vyāsatīrtha. Car là, même aujourd’hui, en l’âge du Kali-yuga, l’on voit une preuve directe et une certitude tangible.

Verse 9

विहङ्गो गच्छते नैव भित्त्वा शूलं सुदारुणम् । तस्योत्पत्तिं समासेन कथयामि नृपात्मज

Aucun oiseau ne passe en perçant ce pieu d’une effroyable rudesse. Je te dirai brièvement, ô fils de roi, comment il prit naissance.

Verse 10

आसीत्पूर्वं महीपाल मुनिर्मान्यः पराशरः । तेनात्युग्रं तपश्चीर्णं गङ्गाम्भसि महाफलम्

Autrefois, ô protecteur de la terre, il y eut le vénérable sage Parāśara. Il accomplit une ascèse extrêmement ardente dans les eaux du Gaṅgā, porteuse d’un grand fruit.

Verse 11

प्राणायामेन संतस्थौ प्रविष्टो जाह्नवीजले । पूर्णे द्वादशमे वर्षे निष्क्रान्तो जलमध्यतः

Étant entré dans les eaux de Jāhnavī (la Gaṅgā), il demeura inébranlable dans le prāṇāyāma. Lorsque douze années furent accomplies, il émergea du milieu des eaux.

Verse 12

भिक्षार्थी संचरेद्ग्रामं नावा यत्रैव तिष्ठति । तत्र तेन परा दृष्टा बाला चैव मनोहरा

En quête d’aumônes, il parcourut un village où une barque était amarrée. Là, il vit une jeune fille, d’une beauté exquise et enchanteresse.

Verse 13

तां दृष्ट्वा स च कामार्त उवाच मधुरं तदा । मां नयस्व परं पारं कासि त्वं मृगलोचने

L’ayant vue, lui, tourmenté par le désir, lui parla alors avec douceur : «Conduis-moi sur l’autre rive. Qui es-tu, ô toi aux yeux de biche ?»

Verse 14

नावारूढे नदीतीरे मम चित्तप्रमाथिनि । एवमुक्ता तु सा तेन प्रणम्य ऋषिपुंगवम्

Lorsqu’il lui parla ainsi, à elle assise dans la barque au bord du fleuve, troublant son esprit, elle se prosterna avec respect devant ce taureau parmi les sages.

Verse 15

कथयामास चात्मानं दृष्ट्वा तं काममोहितम् । कैवर्तानां गृहे दासी कन्याहं द्विजसत्तम

Le voyant égaré par le désir, elle se mit à raconter qui elle était : «Ô le meilleur des deux-fois-nés, je suis une jeune fille, servante dans la maison des pêcheurs».

Verse 16

नावासंरक्षणार्थाय आदिष्टा स्वामिना विभो । मया विज्ञापितं वृत्तमशेषं ज्ञातुमर्हसि

«Ô Seigneur, mon maître m’a chargée de garder et de protéger la barque. J’ai rapporté toute l’affaire ; il te convient de la connaître entièrement».

Verse 17

एवमुक्तस्तया सोऽथ क्षणं ध्यात्वाब्रवीदिदम्

Ainsi interpellé par elle, il demeura un instant en méditation, puis prononça ces paroles.

Verse 18

पराशर उवाच । अहं ज्ञानबलाद्भद्रे तव जानामि सम्भवम् । कैवर्तपुत्रिका न त्वं राजकन्यासि सुन्दरि

Parāśara dit : «Ô bienheureuse, par la puissance de la connaissance je connais ton origine. Tu n’es pas la fille de pêcheurs ; ô belle, tu es une princesse.»

Verse 19

कन्योवाच । कः पिता कथ्यतां ब्रह्मन्कस्या वा ह्युदरोद्भवा । कस्मिन्वंशे प्रसूताहं कैवर्ततनया कथम्

La jeune fille dit : «Ô brahmane, dis-le-moi : qui est mon père, et de quel sein suis-je née ? Dans quelle lignée ai-je été mise au monde, et comment suis-je appelée fille de pêcheur ?»

Verse 20

पराशर उवाच । कथयामि समस्तं यत्त्वया पृष्टमशेषतः । वसुर्नामेति भूपालः सोमवंशविभूषणः

Parāśara dit : «Je te dirai tout, entièrement, sans rien omettre de ce que tu as demandé. Il y eut un roi nommé Vasu, ornement de la dynastie lunaire.»

Verse 21

जम्बूद्वीपाधिपो भद्रे शत्रूणां भयवर्धनः । शतानि सप्त भार्याणां पुत्राणां च दशैव तु

«Ô bienheureuse, il était le souverain de Jambūdvīpa, accroissant la crainte chez ses ennemis. Il avait sept cents épouses et, en vérité, dix fils.»

Verse 22

धर्मेण पालयेल्लोकानीशवत्पूज्यते सदा । म्लेच्छास्तस्याविधेयाश्च क्षीरद्वीपनिवासिनः

Il gouvernait les peuples selon le dharma et, tel un seigneur, il était toujours vénéré. Même les mlecchas demeurant à Kṣīradvīpa n’osaient lui désobéir.

Verse 23

तेषामुत्सादनार्थाय ययावुल्लङ्घ्य सागरम् । संयुक्तः पुत्रभृत्यैश्च पौरुषे महति स्थितैः

Pour les anéantir, il s’avança et franchit l’océan, accompagné de ses fils et de ses serviteurs, tous établis dans une grande vaillance.

Verse 24

समरं तैः समारब्धं म्लेच्छैश्च वसुना सह । जिता म्लेच्छाः समस्तास्ते वसुना मृगलोचने

Alors les mlecchas, avec Vasu, engagèrent le combat. Vasu vainquit tous ces mlecchas, ô dame aux yeux de biche.

Verse 25

करदास्ते कृतास्तेन सपुत्रबलवाहनाः । प्रधाना तस्य सा राज्ञी तव माता मृगेक्षणे

Il les fit tributaires, avec leurs fils, leurs armées et leurs chars. Et la reine principale de ce roi, ô aux yeux de biche, était ta mère.

Verse 26

प्रवासस्थे महीपाले संजाता सा रजस्वला । नारीणां तु सदाकालं मन्मथो ह्यधिको भवेत्

Tandis que le roi était en voyage, elle entra dans sa période. Car, en de tels moments, chez les femmes, dit-on, Kāma (Manmatha) devient particulièrement puissant.

Verse 27

विशेषेण ऋतोः काले भिद्यन्ते कामसायकैः । मन्मथेन तु संतप्ताचिन्तयत्सा शुभेक्षणा

Surtout en la saison de fécondité, l’être est transpercé par les flèches du désir. Brûlée par Manmatha, cette dame aux beaux yeux se mit à réfléchir à ce qu’il convenait de faire.

Verse 28

दूतं वै प्रेषयाम्यद्य वसुराज्ञः समीपतः । आहूतः सत्वरं दूत गच्छ त्वं नृपसन्निधौ

«Aujourd’hui, j’enverrai un messager auprès du roi Vasu.» L’ayant fait venir, elle dit : «Vite, messager, rends-toi en la présence du roi.»

Verse 29

दूत उवाच । परतीरं गतो देवि वसुराजारिशासनः । तत्र गन्तुमशक्येत जलयानैर्विना शुभे

Le messager dit : «Ô dame au port divin, le roi Vasu, châtieur des ennemis, est allé sur l’autre rive. Il n’est pas possible d’y aller, ô bienheureuse, sans embarcation.»

Verse 30

तानि यानानि सर्वाणि गृहीतानि परे तटे । दूतवाक्येन सा राज्ञी विषण्णा कामपीडिता

Toutes ces barques avaient été emmenées sur l’autre rive. Entendant les paroles du messager, la reine s’abattit, tourmentée par le désir.

Verse 31

तत्सखी तामुवाचाथ कस्मात्त्वं परितप्यसे । स्वलेखः प्रेष्यतां देवि शुकहस्ते यथार्थतः

Alors son amie lui dit : «Pourquoi te consumer ainsi ? Ô dame, que ta propre lettre soit envoyée, véridique et sans détour, par la main d’un perroquet.»

Verse 32

समुद्रं लङ्घयित्वा तु शकुन्ता यान्ति सुन्दरि । सखिवाक्येन सा राज्ञी स्वस्था जाता नराधिप

«Même l’océan, les oiseaux peuvent le franchir, ô belle». Aux paroles de son amie, la reine retrouva la sérénité, ô roi.

Verse 33

व्याहृतो लेखकस्तत्र लिख लेखं ममाज्ञया । त्वद्धीना सत्यभामाद्य वसो राजन्न जीवति

Alors on manda le scribe en ce lieu : «Écris, par mon ordre, une lettre : “Sans toi, Satyabhāmā aujourd’hui, ô Vasu—ô roi—ne vit pas (ne peut porter la vie)”».

Verse 34

ऋतुकालोऽद्य संजातो लिख लेखं तु लेखकं । लिखिते भूर्जपत्रे तु लेखे वै लेखकेन तु

«Aujourd’hui est venu le temps propice de la saison. Ô scribe, écris la lettre ; que le rédacteur la consigne sur écorce de bouleau».

Verse 35

शुकः पञ्जरमध्यस्थ आनीतोद्धैव सन्निधौ

Un perroquet, demeurant au milieu d’une cage, fut alors amené en leur présence même.

Verse 36

सत्यभामोवाच । नीत्वा लेखं गच्छ शीघ्रं वसुराज्ञः समीपतः । शकुनिः प्रणतो भूत्वा गृहीत्वा लेखमुत्तमम्

Satyabhāmā dit : «Prends cette lettre et va vite auprès du roi Vasu». L’oiseau, s’inclinant avec respect, saisit le noble message.

Verse 37

उत्पत्य सहसा राजञ्जगामाकाशमण्डलम् । ततः पक्षी गतः शीघ्रं वसुराजसमीपतः

Soudain, prenant son essor, ô Roi, il gagna l’immense étendue du firmament. Puis l’oiseau se hâta vers la présence du roi Vasu.

Verse 38

क्षिप्ते लेखे शुकेनैव सत्यभामाविसर्जिते । वसुराज्ञा ततो लेखो गृह्य हस्तेऽवधारितः

Lorsque le perroquet, dépêché par Satyabhāmā, laissa tomber la lettre, le roi Vasu la ramassa et la tint en sa main, la considérant avec soin.

Verse 39

लेखार्थं चिन्तयित्वा तु गृह्य वीर्यं नरेश्वरः । अमोघं पुटिकां कृत्वा प्रतिलेखेन मिश्रितम्

Après avoir réfléchi au sens de la lettre, le seigneur des hommes prit sa semence et en fit un paquet infaillible, l’y joignant à une réponse écrite.

Verse 40

शुकस्य सोऽपयामास गच्छ राज्ञीसमीपतः । प्रणम्य वसुराजानं बीजं गृह्योत्पपात ह

Il le remit au perroquet en disant : «Va auprès de la reine». Après s’être incliné devant le roi Vasu, l’oiseau prit la semence et s’envola.

Verse 41

समुद्रोपरि सम्प्राप्तः शुकः श्येनेन वीक्षितः । सामिषं तं शुकं ज्ञात्वा श्येनस्तमभ्यधावत

Lorsque le perroquet parvint au-dessus de l’océan, un faucon l’aperçut. Le sachant porteur de chair, le faucon fondit sur lui.

Verse 42

हतश्चञ्चुप्रहारेण शुकः श्येनेन भारत । मूर्च्छया तस्य तद्बीजं पतितं सागराम्भसि

Frappé par le coup de bec du faucon, ô Bhārata, le perroquet tomba sans connaissance ; et, dans cet évanouissement, la semence chuta dans les eaux de l’océan.

Verse 43

मत्स्येन गिलितं तच्च बीजं वसुमहीपतेः । कन्या मत्स्योदरे जाता तेन बीजेन सुन्दरि

Cette semence du roi Vasu fut avalée par un poisson ; et du ventre du poisson naquit une jeune fille grâce à cette semence, ô belle.

Verse 44

प्राप्तोऽसौ लुब्धकैर्मत्स्य आनीतः स्वगृहं ततः । यावद्विदारितो मत्स्यस्तावद्दृष्टा त्वमुत्तमे

Ce poisson fut pris par des pêcheurs-chasseurs et porté ensuite dans leur demeure ; et lorsque le poisson fut éventré, à cet instant même tu fus aperçue, ô excellente.

Verse 45

शशिमण्डलसङ्काशा सूर्यतेजःसमप्रभा । दृष्ट्वा त्वां हर्षिताः सर्वे कैवर्ता जाह्नवीतटे

Semblable au disque de la lune par ta beauté, rayonnante comme l’éclat du soleil : en te voyant, tous les pêcheurs se réjouirent sur la rive de la Jāhnavī (Gaṅgā).

Verse 46

हर्षितास्ते गताः सर्वे प्रधानस्य च मन्दिरम् । स्त्रीरत्नं कथयामासुर्गृहाण त्वं महाप्रभम्

Dans la joie, ils allèrent tous à la demeure de leur chef. Ils dirent : «Un joyau parmi les femmes est apparu ; reçois-la, ô grand seigneur».

Verse 47

गृहीता तेन तन्वङ्गी ह्यपुत्रेण मृगेक्षणा । भार्यां स्वामाह तन्वङ्गि पालयस्व मृगेक्षणे

Alors il accueillit la jeune fille aux membres graciles, aux yeux de biche, lui, l’homme sans descendance. Et, la prenant pour épouse, il lui dit : «Ô fine de taille, ô dame aux yeux de biche, veille sur la maison et conduis le foyer».

Verse 48

ततः सा चिन्तयामास पराशरवचस्तदा । एवमुक्त्वा तु सा तेन दत्तात्मानं नरेश्वर

Puis elle songea aux paroles de Parāśara. Et, après avoir ainsi parlé, ô roi, elle se donna à lui, l’acceptant de tout son être.

Verse 49

उवाच साधु मे ब्रह्मन्मत्स्यगन्धोऽनु वर्तते । ततस्तेन तु सा बाला दिव्यगन्धाधिवासिता

Elle dit : «C’est bien, ô vénérable brāhmaṇa ; l’odeur de poisson me suit encore». Alors, par son pouvoir, la jeune fille fut enveloppée d’un parfum divin.

Verse 50

कृता योगबलेनैव ज्वालयित्वा विभावसुम् । कृत्वा प्रदक्षिणं वह्निमूढा तेन रसात्तदा

Par la seule puissance du yoga, il alluma le feu ; puis, après avoir fait la circumambulation autour de la flamme sacrée, il la mena en un lieu retiré.

Verse 51

जलयानस्य मध्ये तु कामस्थानान्यसंस्पृशत् । ज्ञात्वा कामोत्सुकं विप्रं भीता सा धर्मनन्दन

Mais, au milieu de l’embarcation, elle ne laissa pas qu’on touche aux lieux du désir. Sachant le brāhmaṇa brûlant de passion, elle fut saisie de crainte, ô fils du Dharma.

Verse 52

हसन्ती तमुवाचाथ देव त्वं लोकसन्निधौ । न लज्जसे कथं धीमन्कुर्वाणः पामरोचितम्

Souriante, elle lui dit : «Seigneur, tu es au milieu des gens. Comment ne ressens-tu pas de honte, ô sage, en accomplissant ce qui ne sied qu’aux vulgaires ?»

Verse 53

ततस्तेन क्षणं ध्यात्वा संस्मृता हृदि तामसी । आगता तामसी माया यया व्याप्तं चराचरम्

Alors, après avoir médité un instant, il se remémora dans son cœur la puissance obscure, tāmasī. Et cette māyā tamasique se manifesta, par laquelle tout l’univers, mobile et immobile, est pénétré.

Verse 54

ततः सा विस्मिता तेन कर्मणैव तु रञ्जिता । ब्रह्मचर्याभितप्तेन स्त्रीसौख्यं क्रीडितं तदा

Alors elle, émerveillée et ravie par cet acte même, goûta, comme en un jeu sacré, la joie de la femme, par la puissance de celui que l’ardeur du brahmacarya avait purifié et rendu puissant.

Verse 55

ततः सा तत्क्षणादेव गर्भभारेण पीडिता । प्रसूता बालकं तत्र जटिलं दण्डधारिणम्

Alors, à l’instant même, accablée par le poids de la grossesse, elle enfanta là un garçon, aux cheveux emmêlés, portant un bâton d’ascète.

Verse 56

कमण्डलुधरं शान्तं मेखलाकटिभूषितम् । उत्तरीयकृतस्कन्धं विष्णुमायाविवर्जितम्

Il portait un kamandalu, demeurait paisible, orné de la mekhala à la taille ; son vêtement supérieur était posé sur l’épaule, exempt d’illusion, au-delà même de la māyā de Viṣṇu.

Verse 57

ततोऽपि शङ्किता पार्थ दृष्ट्वा तं कलबालकम् । वेपमाना ततो बाला जगाम शरणं मुनेः

Pourtant, ô Pārtha, à la vue de cet enfant extraordinaire, elle fut saisie d’inquiétude ; tremblante, la jeune fille alla chercher refuge auprès du sage.

Verse 58

रक्ष रक्ष मुनिश्रेष्ठ पराशर महामते । जातं मेऽत्यद्भुतं पुत्रं कौपीनवरमेखलम् । दण्डहस्तं जटायुक्तमुत्तरीयविभूषितम्

«Protège-moi, protège-moi, ô le plus éminent des sages—ô Parāśara à la grande sagesse ! Il m’est né un fils tout à fait merveilleux : vêtu d’un beau pagne et d’une ceinture, tenant un bâton, portant des nattes emmêlées, et paré d’un vêtement supérieur.»

Verse 59

पराशर उवाच । मा भैषीः स्वसुते जाते कुमारी त्वं भविष्यसि । नाम्ना योजनगन्धेति द्वितीयं सत्यवत्यपि

Parāśara dit : «Ne crains pas. Bien que ton fils soit né, tu demeureras vierge. Par ton nom tu seras Yojanagandhā ; et, comme second nom, Satyavatī.»

Verse 60

शंतनुर्नाम राजा यः स ते भर्ता भविष्यति । प्रथमा महिषी तस्य सोमवंशविभूषणा

«Un roi nommé Śaṃtanu sera ton époux. Tu seras sa première reine, parure de la lignée lunaire, le Somavaṃśa.»

Verse 61

गच्छ त्वं स्वाश्रयं शुभ्रे पूर्वरूपेण संस्थिता । मा विषादं कुरुष्वात्र दृष्टं ज्ञानस्य मे बलम्

«Va maintenant à ta demeure, ô belle, rétablie dans ton aspect d’autrefois. Ne t’attriste pas ici : sois témoin de la puissance de ma connaissance spirituelle.»

Verse 62

इत्युक्त्वा प्रययौ विप्रः सा बाला पुत्रमाश्रिता । नत्वोचे मातरं भक्त्या साष्टाङ्गं विनयानतः

Ayant ainsi parlé, le brāhmaṇa s’en alla. La jeune femme, prenant son fils auprès d’elle, se prosterna puis s’adressa à sa mère avec dévotion—en s’inclinant de tout son corps, avec une humble révérence.

Verse 63

क्षम्यतां मातरुक्तं मे प्रसादः क्रियतामपि । ईश्वराराधने यत्नं करिष्याम्यहमम्बिके

«Mère, pardonne ce que j’ai dit, et accorde-moi aussi ta grâce. Ô mère bien-aimée, je m’appliquerai avec ardeur au culte du Seigneur, Īśvara.»

Verse 64

ततः सा पुत्रवाक्येन विषण्णा वाक्यमब्रवीत्

Alors elle, accablée par les paroles de son fils, parla avec chagrin.

Verse 65

योजनगन्धोवाच । मा त्यक्त्वा गच्छ वत्साद्य मातरं मामनागसम् । त्वद्वियोगेन मे पुत्र पञ्चत्वं भाव्यसंशयम्

Yojanagandhā dit : «Ne m’abandonne pas pour t’en aller, mon cher enfant ; dès maintenant, ne quitte pas ta mère sans faute. Séparée de toi, mon fils, je rencontrerai sûrement la mort—sans aucun doute.»

Verse 66

नास्ति पुत्रसमः स्नेहो नास्ति भ्रातृसमं कुलम् । नास्ति सत्यपरो धर्मो नानृतात्पातकं परम्

Il n’est point d’affection égale à celle pour un fils ; il n’est point de lignée telle qu’une famille soutenue par un frère. Il n’est point de dharma plus élevé que l’attachement à la vérité ; il n’est point de péché plus grand que le mensonge.

Verse 67

बालभावे मया जात आधारः किल जायसे । न मे भर्ता न मे पुत्रः पश्य कर्मविडम्बनम्

Né de moi dans ma jeune fille, tu devais être mon appui même. Et pourtant je n’ai ni époux ni (un fils demeurant auprès de moi) : vois la cruelle dérision du karma.

Verse 68

व्यास उवाच । मा विषादं कुरुष्वान्तः सत्यमेतन्मयोरितम् । आपत्कालेऽस्मि ते देवि स्मर्तव्यः कार्यसिद्धये

Vyāsa dit : «Ne t’afflige pas au fond du cœur. Ce que j’ai dit est vérité. Au temps de détresse, ô Devī, souviens-toi de moi, afin que ton dessein s’accomplisse».

Verse 69

आपदस्तारयिष्यामि क्षम्यतां मे दुरुत्तरम् । इत्युक्त्वा प्रययौ व्यासः कन्या सापि गता गृहम्

«Je te sauverai des calamités ; pardonne mes paroles trop dures.» Ayant ainsi parlé, Vyāsa s’en alla, et la jeune fille rentra elle aussi chez elle.

Verse 70

पराशरसुतस्तत्र विषष्णो वनमध्यतः । त्रेतायुगावसाने तु द्वापरादौ नरेश्वर

Là, le fils de Parāśara (Vyāsa), accablé au cœur de la forêt—à la fin du Tretā-Yuga et au commencement du Dvāpara, ô roi—demeurait plongé dans la réflexion.

Verse 71

व्यासार्थं चिन्तयामासुर्देवाः शक्रपुरोगमाः । आख्यातो नारदेनैव पुत्रः पराशरस्य सः

Les dieux, conduits par Śakra (Indra), se mirent à délibérer pour Vyāsa. Nārada lui-même leur avait fait savoir qu’il était le fils de Parāśara.

Verse 72

कैवर्तपुत्रिकाजातो ज्ञानी जह्नुसुतातटे । ततो नारदवाक्येन आगताः सुरसत्तमाः

Né de la fille du pêcheur, ce sage connaisseur (Vyāsa) se tenait sur la rive de la Jahnusutā. Alors, à la parole de Nārada, arrivèrent les plus éminents des devas.

Verse 73

रामः पितामहः शक्रो मुनिसङ्घैः समावृताः । आस्यादिकं पृथग्दत्त्वा साधु साध्वित्युदीरयन्

Rāma, Pitāmaha (Brahmā) et Śakra (Indra), entourés d’assemblées de munis, offrirent divers honneurs—salutations révérencieuses et autres—chacun selon l’ordre convenable, en proclamant : «Bien ! Bien !»

Verse 74

पितामहेन वै बालो गर्भाधानादिसंस्कृतः । द्वीपायनो द्वीपजन्मा पाराशर्यः पराशरात्

Cet enfant fut dûment consacré par Pitāmaha par les saṃskāras commençant par le garbhādhāna. Né sur une île, il fut connu comme Dvaipāyana, et comme Pārāśarya, fils de Parāśara.

Verse 75

कृष्णांशात्कृष्णनामायं व्यासो वेदान्व्यसिष्यति । विरञ्चिनाभिषिक्तोऽसौ मुनिसङ्घैः पुनःपुनः

Étant une part de Kṛṣṇa, il porta le nom de «Kṛṣṇa» ; et, en tant que Vyāsa, il mettrait en ordre et répartirait les Vedas. Il fut oint par Virañci (Brahmā) et, maintes fois, honoré par les assemblées de munis.

Verse 76

व्यासस्त्वं सर्वलोकेषु इत्युक्त्वा प्रययुः सुराः । तीर्थयात्रा समारब्धा कृष्णद्वैपायनेन तु

Disant : «Tu es Vyāsa dans tous les mondes», les devas s’en allèrent. Alors Kṛṣṇadvaipāyana entreprit le pèlerinage vers les tīrthas sacrés.

Verse 77

गङ्गावगाहिता तेन केदारश्च सपुष्करः । गया च नैमिषं तीर्थं कुरुक्षेत्रं सरस्वती

Il se baigna dans la sainte Gaṅgā et visita Kedāra et Puṣkara ; il alla à Gayā, au tīrtha de Naimiṣa, à Kurukṣetra et à la rivière Sarasvatī.

Verse 78

उज्जयिन्यां महाकालं सोमनाथं प्रभासके । पृथिव्यां सागरान्तायां स्नात्वा यातो महामुनिः

À Ujjayinī, il vénéra Mahākāla ; à Prabhāsa, il visita Somanātha. Après s’être baigné à travers la terre jusqu’au bord de l’océan, le grand sage poursuivit sa route.

Verse 79

अमृतां नर्मदां प्राप्तो रुद्रदेहोद्भवां शुभाम् । साह्लादो नर्मदां दृष्ट्वा चित्तविश्रान्तिमाप च

Il parvint à la Narmadā, ambroisienne et de bon augure, que l’on dit née du propre corps de Rudra. En voyant la Narmadā avec joie, il obtint un profond repos et la paix du cœur.

Verse 80

तपश्चचार विपुलं नर्मदातटमाश्रितः । ग्रीष्मे पञ्चाग्निमध्यस्थो वर्षासु स्थण्डिलेशयः

Demeurant sur la rive de la Narmadā, il accomplit de vastes austérités : en été, il pratiqua la pénitence des cinq feux, et durant la saison des pluies il s’étendit sur le sol nu.

Verse 81

सार्द्रवासाश्च हेमन्ते तिष्ठन्दध्यौ महेश्वरम् । स्वान्तर्हृत्कमले स्थाप्य ध्यायते परमेश्वरम्

En hiver, vêtu de vêtements humides, il demeurait debout et contemplait Maheśvara. Plaçant le Seigneur suprême dans le lotus de son cœur intérieur, il méditait sur Parameśvara.

Verse 82

सृष्टिसंहारकर्तारमछेद्यं वरदं शुभम् । नित्यं सिद्धेश्वरं लिङ्गं पूजयेद्ध्यानतत्परः

Tout entier voué à la méditation, qu’il vénère chaque jour le Liṅga de Siddheśvara, propice, dispensateur de grâces, inviolable, le Seigneur qui opère la création et la dissolution.

Verse 83

अर्चनात्सिद्धलिङ्गस्य ध्यानयोगप्रभावतः । प्रत्यक्षः शङ्करो जातः कृष्णद्वैपायनस्य सः

Par le culte de ce Siddha-Liṅga, et par la puissance du yoga méditatif, Śaṅkara se rendit manifeste, directement, devant Kṛṣṇadvaipāyana, en sa présence.

Verse 84

ईश्वर उवाच । तोषितोऽहं त्वया वत्स वरं वरय शोभनम्

Īśvara dit : «Je suis satisfait de toi, cher enfant. Choisis une grâce splendide.»

Verse 85

व्यास उवाच । यदि तुष्टोऽसि मे देव यदि देयो वरो मम । प्रत्यक्षो नर्मदातीरे स्वयमेव भविष्यसि । अतीतानागतज्ञोऽहं त्वत्प्रसादादुमापते

Vyāsa dit : «Si tu es satisfait de moi, ô Dieu, et si un don peut m’être accordé, alors manifeste-toi toi-même sur la rive de la Narmadā. Par ta grâce, ô Seigneur d’Umā, que je connaisse le passé et l’avenir.»

Verse 86

ईश्वर उवाच । एवं भवतु ते पुत्र मत्प्रसादादसंशयम् । त्वयि भक्तिगृहीतोऽहं प्रत्यक्षो नर्मदातटे

Īśvara dit : «Qu’il en soit ainsi, mon fils, par ma grâce, sans aucun doute. Saisi par ta dévotion, je me manifesterai directement sur la rive de la Narmadā.»

Verse 87

सहस्रांशार्धभावेन प्रत्यक्षोऽहं त्वदाश्रमे । इत्युक्त्वा प्रययौ देवः कैलासं नगमुत्तमम्

«Sous la forme de la moitié de mille rayons, je serai manifestement présent dans ton āśrama.» Ayant ainsi parlé, le Dieu partit pour Kailāsa, la montagne suprême.

Verse 88

पत्नीसंग्रहणं जातं कृष्णद्वैपायनस्य तु । शास्त्रोक्तेन विधानेन पत्नी पालयतस्तथा

Alors, pour Kṛṣṇa Dvaipāyana (Vyāsa), l’union avec une épouse eut lieu; et, selon l’ordonnance des śāstras, il protégea et entretint dignement son épouse.

Verse 89

पुत्रो जातो ह्यपुत्रस्य पराशरसुतस्य च । देवैर्वर्धापितः सर्वैरिञ्चेन्द्रपुरोगमैः

À ce sage jusque-là sans fils—le fils de Parāśara (Vyāsa)—naquit un garçon. Tous les devas célébrèrent cette naissance auspicieuse, Indra et les autres en tête.

Verse 90

पुत्रजन्मन्यथाजग्मुर्वशिष्ठाद्या मुनीश्वराः । तीर्थयात्राप्रसङ्गेन पराशरपुरोगमाः

Au moment de la naissance de l’enfant, vinrent là les grands munis—Vasiṣṭha et d’autres—conduits par Parāśara, à l’occasion de leur pèlerinage vers les tīrthas sacrés.

Verse 91

मन्वत्रिविष्णुहारीतयाज्ञवल्क्योशनोऽङ्गिराः । यमापस्तम्बसंवर्ताः कात्यायनबृहस्पती

Vinrent aussi Manu, Atri, Viṣṇu, Hārīta, Yājñavalkya, Uśanas et Aṅgiras; ainsi que Yama, Āpastamba, Saṃvarta, Kātyāyana et Bṛhaspati.

Verse 92

एवमादिसहस्राणि लक्षकोटिशतानि च । सशिष्याश्च महाभागा नर्मदातटमाश्रिताः

Ainsi, par milliers—par centaines de milliers et même par crores—des êtres illustres, avec leurs disciples, prirent refuge sur la rive de la Narmadā.

Verse 93

व्यासाश्रमे शुभे रम्ये संतुष्टा आययुर्नृप । दृष्ट्वा तान्सोऽपि विप्रेन्द्रानभ्युत्थानकृतोद्यमः

Ô Roi, le cœur comblé, ils vinrent à l’āśrama de Vyāsa, auspiceux et charmant. Voyant ces sages brāhmaṇa éminents, lui aussi s’empressa de se lever pour les accueillir avec révérence.

Verse 94

पितुः पूर्वं प्रणम्यादौ सर्वेषां च यथाविधि । आसनानि ददौ भक्त्या पाद्यमर्घं न्यवेदयत्

D’abord il se prosterna devant son père, puis, selon le rite prescrit, rendit hommage à tous. Avec dévotion, il leur donna des sièges et présenta l’eau pour laver les pieds ainsi que l’offrande d’honneur (arghya).

Verse 95

कृताञ्जलिपुटो भूत्वा वाक्यमेतदुवाच ह । उद्धृतोऽहं न सन्देहो युष्मत्सम्भाषणार्चनात्

Les mains jointes en signe de révérence, il prononça ces paroles : «Je suis assurément élevé—sans nul doute—par l’entretien avec vous et par l’hommage que je vous rends».

Verse 96

आरण्यानि च शाकानि फलान्यारण्यजानि च । तानि दास्यामि युष्माकं सर्वेषां प्रीतिपूर्वकम्

«Je vous donnerai à tous, avec affection, des légumes de la forêt et des fruits nés dans la solitude sauvage».

Verse 97

। अध्याय

Fin du chapitre (marque de clôture).

Verse 98

वर्धयित्वा जयाशीर्भिरवलोक्य परस्परम् । पराशरः समस्तैश्च वीक्षितो मुनिपुंगवैः

Après avoir échangé des bénédictions de victoire et s’être regardés l’un l’autre, Parāśara fut observé avec respect par tous ces sages, taureaux parmi les munis.

Verse 99

उत्तरं दीयतां तात कृष्णद्वैपायनस्य च । एवमुक्तस्तु तैः सर्वैर्भगवान्स पराशरः । प्रोवाच स्वात्मजं व्यासमृषीणां यच्चिकीर्षितम्

«Donne une réponse, mon fils, et aussi à Kṛṣṇa Dvaipāyana.» Ainsi sollicité par tous, le vénérable Parāśara dit à son propre fils Vyāsa ce que les ṛṣis avaient l’intention d’accomplir.

Verse 100

श्रीपराशर उवाच । नेच्छन्ति दक्षिणे कूले व्रतभङ्गभयादथ । भोजनं भोक्तुकामास्ते श्राद्धे चैव विशेषतः

Śrī Parāśara dit : «Par crainte de rompre leur vœu, ils ne veulent pas prendre leur repas sur la rive du sud. Pourtant, ils désirent manger, surtout à l’occasion du śrāddha.»

Verse 101

व्यास उवाच । करोमि भवतामुक्तमत्रैव स्थीयतां क्षणम् । यावत्प्रसाद्य सरितं करोमि विधिमुत्तमम्

Vyāsa dit : «Je ferai selon vos paroles. Demeurez ici un instant, le temps que j’apaise la rivière sacrée et que j’accomplisse le rite excellent selon la règle.»

Verse 102

एवमुक्त्वा शुचिर्भूत्वा नर्मदातटमास्थितः । स्तोत्रं जगाद सहसा तन्निबोध नरेश्वर

Ayant ainsi parlé et s’étant purifié, il se tint sur la rive de la Narmadā. Aussitôt, il récita un hymne—écoute-le, ô roi.

Verse 103

जय भगवति देवि नमो वरदे जय पापविनाशिनी बहुफलदे । जय शुम्भनिशुम्भकपालधरे प्रणमामि तु देवनरार्तिहरे

Victoire à toi, ô Déesse bienheureuse; hommage à toi, ô Dispensatrice des grâces ! Victoire à toi, destructrice des péchés, donatrice de fruits abondants ! Victoire à toi qui portes les crânes de Śumbha et Niśumbha ; je me prosterne devant toi, ô celle qui ôte les souffrances des dieux et des hommes.

Verse 104

जय चन्द्रदिवाकरनेत्रधरे जय पावकभूषितवक्त्रवरे । जय भैरवदेहनिलीनपरे जय अन्धकरक्तविशोषकरे

Victoire à toi qui portes la Lune et le Soleil pour yeux ; victoire à toi dont le visage sublime est paré de feu ! Victoire à toi qui demeures dans le corps même de Bhairava ; victoire à toi qui dessèches le sang d’Andhaka, le démon — ô Narmadā Devī, à jamais digne de louange.

Verse 105

जय महिषविमर्दिनि शूलकरे जय लोकसमस्तकपापहरे । जय देवि पितामहरामनते जय भास्करशक्रशिरोऽवनते

Victoire à toi, pourfendeuse du démon-buffle, brandissant le trident ; victoire à toi qui ôtes les péchés de tous les mondes. Victoire à toi, ô Déesse, que Pitāmaha (Brahmā) se réjouit d’adorer ; victoire à toi devant qui Bhāskara (le Soleil) et Śakra (Indra) inclinent la tête.

Verse 106

जय षण्मुखसायुध ईशनुते जय सागरगामिनि शम्भुनुते । जय दुःखदरिद्रविनाशकरे जय पुत्रकलत्रविवृद्धिकरे

Victoire à toi que vénèrent le Seigneur (Īśa) et Skanda aux six visages avec ses armes ; victoire à toi, ô celle qui va jusqu’à l’océan, que loue Śambhu (Śiva). Victoire à toi qui détruis peine et pauvreté ; victoire à toi qui fais croître enfants et époux—dispensatrice du bien-être terrestre et du mérite sacré.

Verse 107

जय देवि समस्तशरीरधरे जय नाकविदर्शिनि दुःखहरे । जय व्याधिविनाशिनि मोक्षकरे जय वाञ्छितदायिनि सिद्धवरे

Victoire à Toi, ô Déesse, qui portes tous les êtres incarnés ; victoire à Toi, qui révèles le ciel et dissipes la souffrance. Victoire à Toi, qui détruis les maladies et accordes la moksha ; victoire à Toi, qui donnes les grâces désirées, suprême parmi les siddhas et dispensatrice de réussite.

Verse 108

एतद्व्यासकृतं स्तोत्रं यः पठेच्छिवसन्निधौ । गृहे वा शुद्धभावेन कामक्रोधविवर्जितः

Celui qui récite cet hymne composé par Vyāsa—en présence de Śiva ou même chez lui—avec une intention purifiée, exempt de désir et de colère,

Verse 109

तस्य व्यासो भवेत्प्रीतः प्रीतश्च वृषवाहनः । प्रीता स्यान्नर्मदा देवी सर्वपापक्षयंकरी

à celui-là, Vyāsa se réjouit, et Vṛṣavāhana (Śiva, au signe du taureau) aussi. Narmadā Devī devient également bienveillante, elle qui détruit tous les péchés.

Verse 110

न ते यान्ति यमालोकं यैः स्तुता भुवि नर्मदा । पितामहोऽपि मुह्येत देवि त्वद्गुणकीर्तनात्

Ceux qui louent Narmadā ici sur la terre ne vont pas au royaume de Yama. Même Pitāmaha (Brahmā) serait saisi d’émerveillement, ô Déesse, au chant de tes qualités.

Verse 111

वाक्पतिर्नैव ते वक्तुं स्वरूपं वेद नर्मदे । कथं गुणानहं देवि त्वदीयाञ्ज्ञातुमुत्सहे

Ô Narmadā, même Vākpati, seigneur de la parole, ne sait dire pleinement ta forme. Comment donc, ô Déesse, oserais-je connaître et raconter tes qualités ?

Verse 112

इति ज्ञात्वा शुचिं भावं वाङ्मनःकायकर्मभिः । प्रसन्ना नर्मदादेवी ततो वचनमब्रवीत्

Ayant ainsi reconnu sa disposition pure—pure en parole, en esprit, en corps et en actes—la Devī Narmadā, devenue gracieuse, prononça alors ces paroles.

Verse 113

सत्यवादेन तुष्टाहं भोभो व्यास महामुने । यदीच्छसि वरं किंचित्तं ते सर्वं ददाम्यहम्

«Ô Vyāsa, grand muni ! Ta véracité me réjouit. Si tu désires quelque grâce que ce soit, je te l’accorderai entièrement.»

Verse 114

व्यास उवाच । यदि तुष्टासि मे देवि यदि देयो वरो मम । आतिथ्यमुत्तरे कूले ऋषीणां दातुमर्हसि

Vyāsa dit : «Ô Devī, si tu es satisfaite de moi—si tu dois m’accorder une grâce—daigne me permettre d’offrir l’hospitalité sacrée aux ṛṣis sur ta rive septentrionale.»

Verse 115

नर्मदोवाच । अयुक्तं याचितं व्यास विमार्गे यत्प्रवर्तनम् । इन्द्रचन्द्रयमैः शक्यमुन्मार्गे न प्रवर्तितुम्

Narmadā dit : «Ô Vyāsa, ta demande n’est pas convenable, car elle pousse à s’engager hors du droit chemin. Ni Indra, ni la Lune, ni Yama ne peuvent faire avancer quiconque sur une voie mauvaise.»

Verse 116

याचस्वान्यं वरं पुत्र यत्किंचिद्भुवि दुर्लभम् । एतच्छ्रुत्वा वचो देव्या व्यासो मूर्च्छां यतस्तदा

«Demande une autre grâce, mon fils, quelque chose de rare en ce monde.» Entendant ces paroles de la Devī, Vyāsa tomba alors en pâmoison.

Verse 117

वृथा क्लेशोऽद्य मे जात इति मत्वा पपात ह । धरणी चलिता सर्वा सशैलवनकानना

Pensant : «Aujourd’hui mon effort est devenu vain», il s’effondra. Et la terre entière trembla, avec ses montagnes, ses forêts et ses bosquets.

Verse 118

मूर्च्छापन्नं ततो व्यासं दृष्ट्वा देवाः सवासवाः । हाहाकारमुखाः सर्वे तत्राजग्मुः सहस्रशः

Voyant Vyāsa terrassé par l’évanouissement, les dieux —avec Indra— poussèrent des cris d’effroi; et tous accoururent là par milliers.

Verse 119

व्यासमुत्थापयामासुर्वेदव्यसनतत्परम् । ब्राह्मणार्थे च संक्लिष्टो नात्महेतोः सरिद्वरे

Ils relevèrent Vyāsa, toujours voué au Veda. Il s’était tourmenté pour le bien des brāhmaṇas, non pour lui-même, sur cette rivière la plus excellente.

Verse 120

गवार्थे ब्राह्मणार्थे च सद्यः प्राणान्परित्यजेत् । एवं सा नर्मदा प्रोक्ता ब्रह्माद्यैः सुरसत्तमैः

«Pour le bien des vaches et pour le bien des brāhmaṇas, on doit même abandonner sur-le-champ sa vie.» Ainsi Narmadā fut-elle célébrée par Brahmā et les plus éminents des dieux.

Verse 121

सुशीतलैस्तं बहुभिश्च वातैर्रेवाभ्यषिञ्चत्स्वजलेन भीता । सचेतनः सत्यवतीसुतोऽपि प्रणम्य देवान्सरितं जगाद

Alors Revā, saisie de crainte, le ranima par de nombreuses brises fraîches et en l’aspergeant de sa propre eau. Revenu à lui, le fils de Satyavatī se prosterna devant les dieux et s’adressa à la rivière.

Verse 122

व्यास उवाच । तीर्थैः समस्तैः किल सेवनाय फलं प्रदिष्टं मम मन्दभाग्यात् । यद्देवि पुण्या विफला ममाशा आरण्यपुष्पाणि यथा जनानाम्

Vyāsa dit : «On dit que le fruit du service rendu à tous les tīrtha m’a été accordé ; mais, hélas, par mon mauvais destin, ô Déesse, mon espérance pieuse est devenue stérile, telle des fleurs de la forêt pour les gens ordinaires.»

Verse 123

नर्मदोवाच । यतो यतो मां हि महानुभाव निनीषते चित्तमिलातलेऽत्र । विन्ध्येन सार्द्धं तव मार्गमद्य यास्याम्यहं दण्डधरस्य पृष्ठे

Narmadā dit : «Ô âme magnanime, où que ton esprit veuille me conduire ici sur la terre, aujourd’hui j’irai sur ton chemin—avec le Vindhya—sur le dos de Daṇḍadhara.»

Verse 124

एवमुक्तो महातेजा व्यासः सत्यवतीसुतः । दक्षिणे चालयामास स्वाश्रमस्य सरिद्वराम्

Ainsi interpellé, le sage au grand éclat, Vyāsa, fils de Satyavatī, fit se mouvoir vers le sud la rivière excellente de son āśrama.

Verse 125

दण्डहस्तो महातेजा हुङ्कारमकरोन्मुनिः । व्यासहुङ्कारभीता सा चलिता रुद्रनन्दिनी

Le muni rayonnant, le bâton à la main, poussa un huṅkāra impérieux ; effrayée par le huṅkāra de Vyāsa, la bien-aimée de Rudra (Revā) se mit en mouvement.

Verse 126

दण्डेन दर्शयन्मार्गं देवी तत्र प्रवर्तिता । व्यासमार्गं गता देवी दृष्टा शक्रपुरोगमैः

Montrant la voie avec son bâton, il mit la Déesse en mouvement ; la Déesse suivit le chemin de Vyāsa et fut vue par Śakra (Indra) et les autres dieux qui conduisaient l’assemblée.

Verse 127

पुष्पवृष्टिं ततो देवा व्यमुञ्चन् सह किंकरैः । किं कुर्मो ब्रूहि मे पुत्र कर्मणा ते स्म रञ्जिताः

Alors les dieux, avec leurs serviteurs, répandirent une pluie de fleurs et dirent : «Que devons-nous faire ? Dis-le-nous, ô fils ; par ton acte tu nous as comblés de joie.»

Verse 128

व्यास उवाच । तपश्च विपुलं कृत्वा दानं दत्त्वा महाफलम् । एतदेव नरैः कार्यं साधूनां यत्सुखावहम्

Vyāsa dit : «Après avoir accompli de vastes austérités et offert une aumône aux grands fruits, voilà ce que les hommes doivent faire : ce qui apporte la joie aux justes.»

Verse 129

यदि तुष्टा महाभागा अनुग्राह्यो ह्यहं यदि । तस्मान्ममाश्रमे सर्वैः स्थीयतां नात्र संशयः

«Si vous, ô bienheureux, êtes satisfaits—si je suis vraiment digne de votre grâce—alors demeurez tous dans mon ermitage ; là-dessus, point de doute.»

Verse 130

आतिथ्यं शाकपर्णेन रेवामृतविमिश्रितम् । प्रतिपन्नं समस्तैर्वः पराशरमुखैर्मम । स्थातव्यं स्वाश्रमे सर्वैर्रेवाया उत्तरे तटे

«L’hospitalité — des herbes et des feuilles mêlées au nectar de la Revā — a été préparée pour vous tous par les miens, conduits par Parāśara. Demeurez tous dans mon ermitage, sur la rive nord de la Revā.»

Verse 131

मार्कण्डेय उवाच । स्नानतर्पणनित्यानि कृतानि द्विजसत्तमैः । व्यासकुण्डे ततो गत्वा होमः सर्वैः प्रकल्पितः

Mārkaṇḍeya dit : «Les meilleurs des deux-fois-nés accomplirent leurs rites quotidiens de bain et de libations. Puis, s’étant rendus à Vyāsa-kuṇḍa, tous préparèrent le homa, l’offrande au feu.»

Verse 132

श्रीफलैर्बिल्वपत्रैश्च जुहुवुर्जातवेदसम् । गौतमो भृगुर्माण्डव्यो नारदो लोमशस्तथा

Avec des noix de coco et des feuilles de bilva, ils versèrent les oblations à Jātavedas, Agni. Étaient présents Gautama, Bhṛgu, Māṇḍavya, Nārada, et aussi Lomaśa.

Verse 133

पराशरस्तथा शङ्खः कौशिकश्च्यवनो मुनिः । पिप्पलादो वसिष्ठश्च नाचिकेतो महातपाः

S’y trouvaient aussi Parāśara, Śaṅkha, Kauśika et le sage Cyavana ; Pippalāda, Vasiṣṭha, et le grand ascète Nāciketa.

Verse 134

विश्वामित्रोऽप्यगस्त्यश्च उद्दालकयमौ तथा । शाण्डिल्यो जैमिनिः कण्वो याज्ञवल्क्योशनोऽङ्गिराः

Viśvāmitra et Agastya, ainsi qu’Uddālaka et Yama ; Śāṇḍilya, Jaimini, Kaṇva, Yājñavalkya, Uśanā et Aṅgiras : de vénérables rishis, présents au rite, parant l’assemblée sacrée.

Verse 135

शातातपो दधीचिश्च कपिलो गालवस्तथा । जैगीषव्यस्तथा दक्षो भरतो मुद्गलस्तथा

Śātātapa, Dadhīci, Kapila, et de même Gālava ; ainsi que Jaigīṣavya, Dakṣa, Bharata et Mudgala : eux aussi comptaient parmi les illustres présents.

Verse 136

वात्स्यायनो महातेजाः संवर्तः शक्तिरेव च । जातूकर्ण्यो भरद्वाजो वालखिल्यारुणिस्तथा

Vātsyāyana, d’un grand éclat, Saṃvarta et aussi Śakti ; Jātūkarṇya, Bharadvāja, ainsi que Vālakhilya et Aruṇi : tous ces sages étaient présents.

Verse 137

एवमादिसहस्राणि जुह्वते जातवेदसम् । अक्षमालाकरोत्कीर्णा ध्यानयोगपरायणाः

Ainsi, par milliers, ils versèrent des oblations à Jātavedas, le Feu sacré. Le chapelet à la main, ils demeuraient voués au dhyāna et à la contemplation du yoga.

Verse 138

एकचित्ता द्विजाः सर्वे चक्रुर्होमक्रियां तदा । ततः समुत्थितं लिङ्गं मोक्षदं व्याधिनाशनम्

Alors tous les dvijas, l’esprit fixé en un seul point, accomplirent le rite du homa. Ensuite s’éleva un Liṅga, dispensateur de mokṣa et destructeur des maladies.

Verse 139

अच्छेद्यं परमं देवं दृष्ट्वा व्यासस्तुतोष च । पुष्पवृष्टिं ददुर्देवा आशीर्वादान्द्विजोत्तमाः

Voyant cette Divinité suprême et inviolable, Vyāsa fut comblé de joie. Les devas firent pleuvoir des fleurs, et les plus éminents brāhmanes donnèrent leurs bénédictions.

Verse 140

साष्टाङ्गं प्रणतो व्यासो देवं दृष्ट्वा त्रिलोचनम् । ब्राह्मणान्पूजयामास शाकमूलफलेन च

Ayant vu le Seigneur aux trois yeux, Vyāsa se prosterna en aṣṭāṅga, de tout son être. Puis il honora les brāhmanes avec des légumes, des racines et des fruits.

Verse 141

पितृपूर्वं द्विजाः सर्वे भोजिताः पाण्डुनन्दन । आशीर्वादांस्ततः पुण्यान् दत्त्वा विप्रा ययुः पुनः

Ô fils de Pāṇḍu, après avoir d’abord accompli les rites pour les ancêtres, tous les dvijas furent nourris. Puis, ayant donné de saintes bénédictions, les vipras repartirent.

Verse 142

तदा प्रभृति तत्तीर्थं व्यासाख्यं प्रोच्यते बुधैः

Dès lors, les sages proclament que ce gué sacré est appelé « Vyāsa-tīrtha ».

Verse 143

युधिष्ठिर उवाच । व्यासतीर्थस्य यत्पुण्यं तत्सर्वं कथयस्व मे । स्नानदानविधानं च यस्मिन्काले महाफलम्

Yudhiṣṭhira dit : Dis-moi entièrement le mérite de Vyāsa-tīrtha, et expose aussi les règles du bain rituel et de l’aumône en ce lieu : à quel moment donnent-elles le plus grand fruit ?

Verse 144

श्रीमार्कण्डेय उवाच । कथयामि समस्तं ते भ्रातृभिः सह पाण्डव । कार्त्तिकस्य सिते पक्षे चतुर्दश्यां जितेन्द्रियः

Śrī Mārkaṇḍeya dit : « Ô Pāṇḍava, avec tes frères je te dirai tout en entier. Au quatorzième jour de la quinzaine claire de Kārttika, les sens maîtrisés… »

Verse 145

उपोष्य यो नरो भक्त्या रात्रौ कुर्वीत जागरम् । स्नापयेदीश्वरं भक्त्या क्षौद्रक्षीरेण सर्पिषा

Celui qui, jeûnant avec dévotion, veille toute la nuit, qu’il baigne le Seigneur avec dévotion, de miel, de lait et de ghee.

Verse 146

दध्ना च खण्डयुक्तेन कुशतोयेन वै पुनः । श्रीखण्डेन सुगन्धेन गुण्ठयेत्परमेश्वरम्

Et avec du caillé mêlé de sucre, puis encore avec de l’eau sanctifiée par l’herbe kuśa, qu’il oigne le Seigneur Suprême d’une pâte de santal au parfum suave.

Verse 147

ततः सुगन्धकुसुमैर्बिल्वपत्रैश्च पूजयेत् । मुचुकुन्देन कुन्देन कुशजातीप्रसूनकैः

Ensuite, qu’on l’honore avec des fleurs parfumées et des feuilles de bilva : avec les fleurs de mucukunda, les fleurs de kunda et les fleurs de kuśa-jātī (jasmin).

Verse 148

उन्मत्तमुनिपुष्पैश्च तथान्यैः कालसम्भवैः । अर्चयेत्परया भक्त्या द्वीपेश्वरमनुत्तमम्

Avec les fleurs d’unmattamuni et d’autres fleurs de saison, qu’on adore, d’une dévotion suprême, l’incomparable Seigneur Dvīpeśvara.

Verse 149

इक्षुगडुकदानेन तुष्यते परमेश्वरः । गडुकाष्टकदानेन पातकं यात्यहोर्जितम्

Par l’offrande de gaḍukas faits de canne à sucre, le Seigneur Suprême est satisfait. En donnant huit gaḍukas, le péché amassé en un seul jour est effacé.

Verse 150

मासर्जितं च नश्येत गडुकाष्टशतेन च । षाण्मासिकं सहस्रेण द्विगुणैरब्दिकं तथा

Le péché accumulé en un mois est détruit par huit cents gaḍukas ; celui de six mois par mille ; et par le double de cela, de même, le péché d’une année.

Verse 151

आजन्मजनितं पापमयुतेन प्रणश्यति । द्विगुणैर्नश्यते व्याधिस्त्रिगुणैः स्याद्धनागमः

Le péché engendré depuis la naissance est détruit par dix mille offrandes de ce genre. Par le double, la maladie s’éteint ; par le triple, survient l’afflux de richesse.

Verse 152

षड्गुणैर्जायते वाग्मी सिद्धस्तद्द्विगुणैस्तथा । रुद्रत्वं दशलक्षैश्च जायते नात्र संशयः

Par le don accompli en six modes, on devient éloquent ; par le double de cela, on devient aussi un siddha. Et par dix lakhs, on atteint l’état de Rudra : là-dessus, nul doute.

Verse 153

पौर्णमास्यां नृपश्रेष्ठ स्नानं कुर्वीत भक्तितः । मन्त्रोक्तेन विधानेन सर्वपापक्षयंकरम्

Au jour de pleine lune, ô meilleur des rois, qu’on se baigne avec dévotion selon le rite énoncé par les mantras ; cela opère la destruction de tous les péchés.

Verse 154

वारुणं च तथाग्नेयं ब्राह्मयं चैवाक्षयंकरम् । देवान्पित्ःन्मनुष्यांश्च विधिवत्तर्पयेद्बुधः

Le sage doit, selon le rite prescrit, accomplir les offrandes de satisfaction (tarpaṇa) à Varuṇa, à Agni et à Brahmā, celles qui confèrent un mérite inépuisable, réjouissant comme il se doit les dieux, les ancêtres et les hommes.

Verse 155

ऋचा ऋग्वेदजं पुण्यं साम्ना सामफलं लभेत् । यजुर्वेदस्य यजुषा गायत्र्या सर्वमाप्नुयात्

Par une hymne du Ṛgveda, on obtient le mérite issu du Ṛgveda ; par un Sāman, on reçoit le fruit du Sāmaveda ; par un Yajus, on acquiert le fruit du Yajurveda ; mais par la Gāyatrī, on peut obtenir tout cela.

Verse 156

अक्षरं च जपेन्मन्त्रं सौरं वा शिवदैवतम् । अथवा वैष्णवं मन्त्रं द्वादशाक्षरसंज्ञितम्

On peut aussi accomplir le japa de l’Akṣara-mantra, ou d’un mantra Saura, ou d’un mantra dont la divinité est Śiva ; ou encore réciter le mantra vaiṣṇava appelé « aux douze syllabes » (dvādaśākṣara).

Verse 157

पूजयेद्ब्राह्मणान्भक्त्या सर्वलक्षणलक्षितान् । स्वदारनिरतान्विप्रान्दम्भलोभविवर्जितान्

Avec dévotion, qu’on honore les brāhmaṇa marqués des signes de la bonne conduite—savants et de noble caractère—fidèles à leurs propres épouses, et exempts d’hypocrisie et d’avidité.

Verse 158

भिन्नवृत्तिकरान् पापान् पतिताञ्छूद्रसेवनान् । शूद्रीग्रहणसंयुक्तान्वृषली यस्य मन्दिरे

Mais ceux dont le gagne-pain est corrompu et la conduite pécheresse—hommes déchus vivant d’un service impropre, liés à des unions illicites, et dans la maison desquels règne une vṛṣalī (femme impie)—ne doivent pas être tenus pour dignes récipiendaires.

Verse 159

परोक्षवादिनो दुष्टान्गुरुनिन्दापरायणान् । वेदद्वेषणशीलांश्च हैतुकान् बकवृत्तिकान्

De même, qu’on évite les malfaisants : ceux qui médissent en l’absence, ceux qui s’adonnent à blâmer les maîtres, ceux qui méprisent habituellement le Veda, les disputeurs sophistes, et ceux qui vivent d’une hypocrisie « de grue »—piété au dehors, tromperie au dedans.

Verse 160

ईदृशान्वर्जयेच्छ्राद्धे दाने सर्वव्रतेषु च । गायत्रीसारमात्रोऽपि वरं विप्रः सुयन्त्रितः

De telles personnes doivent être écartées du śrāddha, de l’aumône et de tous les vœux. Mieux vaut un brāhmaṇa bien maîtrisé, ne connaissant que l’essence de la Gāyatrī, qu’un indigne d’érudition plus vaste.

Verse 161

नायन्त्रितश्चतुर्वेदी सर्वाशी सर्वविक्रयी । ईदृशान्पूजयेद्विप्रानन्नदानहिरण्यतः

N’est pas à préférer le connaisseur indiscipliné des quatre Veda, qui mange sans discernement et vend tout. Qu’on honore plutôt les brāhmaṇa maîtrisés par des dons de nourriture et d’or.

Verse 162

उपानहौ च वस्त्राणि शय्यां छत्रमथासनम् । यो दद्याद्ब्राह्मणे भक्त्या सोऽपि स्वर्गे महीयते

Celui qui, avec dévotion, donne à un brāhmane des sandales, des vêtements, un lit, une ombrelle et un siège, celui-là aussi est honoré au ciel.

Verse 163

प्रत्यक्षा सुरभी तत्र जलधेनुस्तथाघृता । तिलधेनुः प्रदातव्या महिष्यश्च तथैव च

Là, la vache Surabhī se tient comme visible à l’œil; de même la « vache d’eau » et la « vache de ghee ». Il faut aussi offrir la « vache de sésame », et pareillement une bufflesse.

Verse 164

कृष्णाजिनप्रदाता यो दाता यस्तिलसर्पिषोः । कन्यापुस्तकयोर्दाता सोऽक्षयं लोकमाप्नुयात्

Celui qui offre une peau d’antilope noire, ou donne sésame et ghee, et celui qui marie une jeune fille et présente des livres sacrés, un tel donateur atteint un monde impérissable.

Verse 165

धूर्वाहौ खुरसंयुक्तौ धान्योपस्करसंयुतौ । दापयेत्स्वर्गकामस्तु इति मे सत्यभाषितम्

Deux bœufs, bien dressés au joug et sûrs de sabot, pourvus de grain et des provisions nécessaires : celui qui désire le ciel doit faire accomplir un tel don. Ceci, je le dis en vérité.

Verse 166

सूत्रेण वेष्टयेद्द्वीपमथवा जगतीं शुभम् । मन्दिरं परया भक्त्या परमेशमथापि वा

Avec le cordon sacré, qu’on ceigne rituellement l’île (l’enceinte sainte), ou l’estrade bénie (jagatī), ou même le temple lui‑même, avec une dévotion suprême envers le Seigneur Suprême.

Verse 167

प्रदक्षिणां विधानेन यः करोत्यत्र मानवः । जम्बूप्लाक्षाह्वयौ द्वीपौ शाल्मलिश्चापरो नृप

Ô Roi, celui qui accomplit ici la pradakṣiṇā selon la règle prescrite, accomplit (par le mérite) la circumambulation de Jambū-dvīpa et de Plākṣa-dvīpa, ainsi que de l’autre, Śālmalī.

Verse 168

कुशः क्रौञ्चस्तथा काशः पुष्करश्चैव सप्तमः । सप्तसागरपर्यन्ता वेष्टिता तेन भारत

Kuśa, Krauñca, Kāśa, et Puṣkara comme le septième : jusqu’aux limites des sept océans, tout est ceint par lui, ô Bhārata.

Verse 169

द्वीपेश्वरे महाराज वृषोत्सर्गं च कारयेत् । वृषेणारुणवर्णेन माहेशं लोकमाप्नुयात्

Ô grand Roi, à Dvīpeśvara il convient aussi d’accomplir le vṛṣotsarga, le rite de la libération du taureau. En relâchant un taureau de teinte rougeâtre, on atteint le monde de Maheśa (Śiva).

Verse 170

यस्तु वै पाण्डुरो वक्त्रे ललाटे पादयोस्तथा । लाङ्गूले यस्तु वै शुभ्रः स वै नाकस्य दर्शकः

Mais le taureau qui est pâle au visage, au front et aux pieds, et qui est blanc à la queue : celui-là est vraiment un révélateur du ciel (Svarga).

Verse 171

नीलोऽयमीदृशः प्रोक्तो यस्तु द्वीपेश्वरे त्यजेत् । स समाः रोमसंख्याता नाके वसति भारत

On dit que ce type est nīla, c’est-à-dire sombre. Celui qui en relâche un tel à Dvīpeśvara demeure au ciel autant d’années qu’il y a de poils sur son corps, ô Bhārata.

Verse 172

सौरं च शांकरं लोकं वैरञ्चं वैष्णवं क्रमात् । भुनक्ति स्वेच्छया राजन्व्यासतीर्थप्रभावतः

Ô Roi, par la puissance de Vyāsa-tīrtha, il jouit, selon l’ordre prescrit et à son gré, des mondes de Sūrya, de Śaṅkara, de Virāñca (Brahmā) et de Viṣṇu.

Verse 173

सपत्नीकं ततो विप्रं पूजयेत्तत्र भक्तितः । सितरक्तानि वस्त्राणि यो दद्यादग्रजन्मने

Ensuite, là, qu’on honore avec dévotion un brāhmaṇa avec son épouse ; et quiconque offre des vêtements blancs et rouges à ce vénérable brāhmaṇa acquiert un mérite sacré.

Verse 174

कृत्वा प्रदक्षिणं युग्मं प्रीयतां मे जगद्गुरुः । नास्ति विप्रसमो बन्धुरिह लोके परत्र च

Après avoir accompli deux pradakṣiṇā (circumambulations), que mon Seigneur—le Guru du monde—soit satisfait. Car en ce monde et dans l’au-delà, nul parent n’égale un brāhmaṇa.

Verse 175

यमलोके महाघोरे पतन्तं योऽभिरक्षति । इतिहासपुराणज्ञं विष्णुभक्तं जितेन्द्रियम्

Dans le monde de Yama, si redoutable, celui qui protège celui qui tombe—connaisseur des Itihāsas et des Purāṇas, dévot de Viṣṇu et maître de ses sens—

Verse 176

पूजयेत्परया भक्त्या सामगं वा विशेषतः । द्वीपेश्वरं च ये भक्त्या संस्मरन्ति गृहे स्थिताः

Qu’on adore avec une dévotion suprême—tout spécialement un chantre du Sāma (un sāmavedin). Et ceux qui, demeurant chez eux, se souviennent avec dévotion de Dvīpeśvara,

Verse 177

न तेषां जायते शोको न हानिर्न च दुष्कृतम् । प्रथमं पूजयेत्तत्र लिङ्गं सिद्धेश्वरं ततः

Pour eux, nulle peine ne surgit—ni perte, ni faute. Là, qu’on vénère d’abord le liṅga nommé Siddheśvara, puis qu’on avance.

Verse 178

यत्र सिद्धो महाभागो व्यासः सत्यवतीसुतः । अस्यैव पूजनात्सिद्धो धारासर्पो महामतिः

Là, le très fortuné Vyāsa, fils de Satyavatī, atteignit l’accomplissement; par le culte de ceci même, le magnanime Dhārāsarpa devint lui aussi accompli.

Verse 179

तत्र तीर्थे तु यो राजन्प्राणत्यागं करोति च । सूर्यलोकमसौ भित्त्वा प्रयाति शिवसन्निधौ

Ô Roi, quiconque abandonne sa vie en ce tīrtha sacré—perçant le monde du Soleil—parvient à la présence même de Śiva.

Verse 180

समाः सहस्राणि च सप्त वै जले दशैकमग्नौ पतने च षोडश । महाहवे षष्टिरशीति गोग्रहे ह्यनाशके भारत चाक्षया गतिः

Sept mille années, en vérité, (s’acquièrent) dans l’eau; onze dans le feu; et seize dans une chute. Dans une grande bataille, soixante; dans une étable à vaches, quatre-vingts. Mais, ô Bhārata, dans le jeûne jusqu’à la mort se trouve une destinée impérissable.

Verse 181

पिता पितामहश्चैव तथैव प्रपितामहः । वायुभूतं निरीक्षन्ते ह्यागच्छन्तं स्वगोत्रजम्

Le père, le grand-père et l’arrière-grand-père aussi—devenus subtils comme le vent—guettent l’arrivée de leur parent du même lignage, lorsqu’il vient accomplir les rites.

Verse 182

अस्मद्गोत्रेऽस्ति कः पुत्रो यो नो दद्यात्तिलोदकम् । कार्त्तिक्यां च विशेषेण वेशाख्यां वा तथैव च

«Y a-t-il un fils dans notre lignée qui nous offrira l’eau mêlée de sésame (tilodaka) ?»—surtout au mois de Kārttika, ou de même en Vaiśākha.

Verse 183

स्वर्गतिं च प्रयास्यामस्तत्र तीर्थोपसेवनात् । एतत्ते कथितं सर्वं द्वीपेश्वरमनुत्तमम्

«En nous rendant à ce tīrtha et en le servant, nous atteindrons la voie du ciel.» Ainsi t’a été tout exposé : la gloire sans égale de Dvīpeśvara.

Verse 184

यः पठेत्परया भक्त्या शृणुयात्तद्गतो नृप । सोऽपि पापविनिर्मुक्तो मोदते शिवमन्दिरे

Ô Roi, quiconque le récite avec une dévotion suprême, ou l’écoute l’esprit recueilli—lui aussi, délivré du péché, se réjouit dans la demeure divine de Śiva.

Verse 185

ऊषरं सर्वतीर्थानां निर्मितं मुनिपुंगवैः । कामप्रदं नृपश्रेष्ठ व्यासतीर्थं न संशयः

Ô meilleur des rois, la quintessence de tous les tīrtha, établie par les plus éminents sages, est Vyāsa-tīrtha, sans nul doute. Elle accorde les buts désirés.