
Mārkaṇḍeya présente Śuklatīrtha, sur la Narmadā (Revā), comme un lieu de pèlerinage sans égal, établi sur un terrain en pente selon l’orientation et fréquenté par les sages. Le cœur du chapitre est à la fois calendaire et épiphanique : au jour de Caturdaśī de la quinzaine sombre (Kṛṣṇapakṣa), surtout en Vaiśākha et avec un accent particulier en Kārttika, Śiva vient de Kailāsa avec Umā ; après le bain rituel, le dévot est dit pouvoir le contempler. Autour de cette venue se rassemblent des cortèges divins—Brahmā, Viṣṇu, Indra, Gandharvas, Apsaras, Yakṣas, Siddhas, Vidyādharas et Nāgas—participant à l’économie purificatrice du tīrtha. Le texte répète la logique expiatoire : se baigner ici est comparé à un tissu rendu pur par le blanchisseur, et même de lourdes fautes peuvent être effacées par les observances prescrites. Les rites aux ancêtres (tarpaṇa et offrandes d’eau de la Revā) procurent une satisfaction prolongée aux pitṛs. Le chapitre détaille aussi les dons rituels—offrir une couverture imprégnée de ghee, de l’or selon ses moyens, et d’autres aumônes (chaussures, ombrelle, lit, siège, nourriture, eau, grains)—en les reliant aux destinations posthumes, telles Śiva-loka/Rudra-loka ; dans une veine ascétique distincte, il est aussi question de la cité de Varuṇa. S’ajoutent le jeûne d’un mois, la circumambulation (assimilée à celle de la terre), le vṛṣa-mokṣa (libération du taureau), le don d’une jeune fille parée selon ses moyens, et le culte d’un « beau couple » dédié à Rudra, garantissant l’absence de séparation au fil des naissances. La phalaśruti finale affirme que l’écoute dévote accorde l’objet désiré—descendance, richesse ou délivrance—dans un ton d’autorité transmise.
Verse 1
श्रीमार्कण्डेय उवाच । नास्ति लोकेषु तत्तीर्थं पृथिव्यां यन्नरेश्वर । शुक्लतीर्थेन सदृशमुपमानेन गीयते
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Ô seigneur des hommes, il n’est dans les mondes, ni sur la terre entière, aucun tīrtha que l’on chante comme comparable—par quelque mesure que ce soit—à Śuklatīrtha.
Verse 2
शुक्लतीर्थं महातीर्थं नर्मदायां व्यवस्थितम् । प्रागुदक्प्रवणे देशे मुनिसङ्घनिषेवितम्
Śuklatīrtha est un grand tīrtha établi sur la Narmadā, en une contrée inclinée vers l’est et le nord, fréquentée et honorée par des assemblées de sages.
Verse 3
वैशाखे च तथा मासि कृष्णपक्षे चतुर्दशी । कैलासादुमया सार्द्धं स्वयमायाति शङ्करः
Au mois de Vaiśākha, le quatorzième jour de la quinzaine sombre, Śaṅkara lui-même vient du Kailāsa, accompagné d’Umā.
Verse 4
मध्याह्नसमये स्नात्वा पश्यत्यात्मानमात्मना । ब्रह्मविष्ण्विन्द्रसहितः शुक्लतीर्थे समाहितः
S’étant baigné à midi, il contemple le Soi par le Soi. Accompagné de Brahmā, Viṣṇu et Indra, il demeure recueilli à Śuklatīrtha.
Verse 5
कार्त्तिक्यां तु विशेषेण वैशाख्यां च नरोत्तम । ब्रह्मविष्णुमहादेवान् स्नात्वा पश्यति तद्दिने
Ô le meilleur des hommes, surtout en Kārttika et aussi en Vaiśākha, après s’être baigné (à ce gué sacré), on voit ce jour même Brahmā, Viṣṇu et Mahādeva.
Verse 6
देवराजः सुरैः सार्द्धं वायुमार्गव्यवस्थितः । कृष्णपक्षे चतुर्दश्यां स्नात्वा पश्यति शङ्करम्
Indra, roi des dieux, établi sur la voie du vent avec les devas, se baigne le quatorzième jour de la quinzaine sombre et contemple Śaṅkara.
Verse 7
गन्धर्वाप्सरसो यक्षाः सिद्धविद्याधरोरगाः । तद्दिने तेऽपि देवेशं दृष्ट्वा मुञ्चन्ति किल्बिषम्
Gandharvas, apsaras, yakṣas, siddhas, vidyādharas et nāgas aussi : ce jour-là, après avoir vu le Seigneur des dieux, ils rejettent leurs fautes.
Verse 8
अर्धयोजनविस्तारं तदर्द्धेनैव चायतम् । शुक्लतीर्थं महापुण्यं महापातकनाशनम्
Le Śukla-tīrtha s’étend sur une demi-yojana en largeur et sur la moitié de cela en longueur ; il est d’un mérite immense et détruit même les fautes les plus lourdes.
Verse 9
यत्र स्थितैः प्रदृश्यन्ते वृक्षाग्राणि नरोत्तमैः । तत्र स्थिता महापापैर्मुच्यन्ते पूर्वसंचितैः
Ô meilleur des hommes, en ce lieu où, se tenant debout, les nobles voient même les cimes des arbres, quiconque y demeure est délivré des grands péchés amassés autrefois.
Verse 10
पापोपपातकैर्युक्तो नरः स्नात्वा प्रमुच्यते । उपार्जिता विनश्येत भ्रूणहत्यापि दुस्त्यजा
Un homme chargé de péchés et de fautes secondaires (upapātaka) est délivré en se baignant ici. Même le péché, si difficile à effacer, du meurtre du fœtus, acquis par ses propres actes, est anéanti.
Verse 11
यस्मात्तत्रैव देवेश उमया सह तिष्ठति । वैशाख्यां च विशेषेण कैलासादेति शङ्करः
Car le Seigneur des dieux y demeure lui-même avec Umā ; et, tout particulièrement durant Vaiśākha, Śaṅkara y vient depuis le Kailāsa.
Verse 12
तेन तीर्थं महापुण्यं सर्वपातकनाशनम् । कथितं ब्रह्मणा पूर्वं मया तव तथा नृप
Ainsi, ce tīrtha est d’un grand mérite et détruit toutes les fautes. Jadis, Brahmā l’a proclamé, et maintenant je te l’ai déclaré de même, ô roi.
Verse 13
रजकेन यथा धौतं वस्त्रं भवति निर्मलम् । तथा तत्र वपुःस्नानं पुरुषस्य भवेच्छुचि
De même qu’un vêtement lavé par le blanchisseur devient sans tache, de même le bain du corps en ce lieu rend l’homme pur.
Verse 14
पूर्वे वयसि पापानि कृत्वा पुष्टानि मानवः । अहोरात्रोषितो भूत्वा शुक्लतीर्थे व्यपोहति
Celui qui, dans sa jeunesse, a commis des fautes et les a laissées s’enraciner, les efface à Śukla-tīrtha en y demeurant un jour et une nuit.
Verse 15
शुक्लतीर्थे महाराज राकां रेवाजलाञ्जलिम् । कल्पकोटिसहस्राणि दत्त्वा स्युः पितरः शिवाः
Ô grand roi, à Śukla-tīrtha, si, la nuit de pleine lune, l’on offre dans le creux de la main une libation d’eau de la Revā (Narmadā), alors les Pitṛs—comme s’ils avaient reçu des dons durant des milliers de crores de kalpas—deviennent auspices et pareils à Śiva, pleinement comblés.
Verse 16
न माता न पिता बन्धुः पतनं नरकार्णवे । उद्धरन्ति यथा पुण्यं शुक्लतीर्थे नरेश्वर
Ô seigneur des hommes, ni mère, ni père, ni aucun parent ne peut sauver celui qui sombre dans l’océan de l’enfer ; seul le mérite acquis à Śukla-tīrtha peut ainsi le relever.
Verse 17
तपसा ब्रह्मचर्येण न तां गच्छन्ति सद्गतिम् । शुक्लतीर्थे मृतो जन्तुर्देहत्यागेन यां लभेत्
Ni par l’ascèse, ni même par le brahmacarya, on n’atteint une telle destinée bienheureuse ; mais l’être qui meurt à Śukla-tīrtha, en quittant son corps, l’obtient.
Verse 18
कार्त्तिकस्य तु मासस्य कृष्णपक्षे चतुर्दशीम् । घृतेन स्नापयेद्देवमुपोष्य प्रयतो नरः
Mais au mois de Kārttika, le quatorzième jour lunaire de la quinzaine sombre, l’homme discipliné doit jeûner et, avec une dévotion attentive, baigner la Divinité de ghee.
Verse 19
स्नात्वा प्रभाते रेवायां दद्यात्सघृतकम्बलम् । सहिरण्यं यथाशक्ति देवमुद्दिश्य शङ्करं
Après s’être baigné à l’aube dans la Revā, qu’il donne, selon ses moyens, une couverture avec du ghee, ainsi que de l’or, en dédiant l’offrande à Śaṅkara.
Verse 20
देवस्य पूरणं कुर्याद्घृतेन घृतकम्बलम् । स गच्छति महातेजाः शिवलोकं मृतो नरः
Qu’il accomplisse pleinement l’offrande prescrite pour le Seigneur : un don rempli de ghee, accompagné de ghee. Cet homme, rayonnant d’une grande splendeur spirituelle, après la mort gagne Śivaloka.
Verse 21
एकविंशकुलोपेतो यावदाभूतसम्प्लवम् । शुक्लतीर्थे नरः स्नात्वा ह्युमां रुद्रं च योऽर्चयेत्
Quiconque se baigne à Śuklatīrtha et vénère Umā et Rudra est pourvu d’un mérite qui élève vingt et une générations, et demeure jusqu’à la dissolution cosmique.
Verse 22
गन्धपुष्पादिधूपैश्च सोऽश्वमेधफलं लभेत् । मासोपवासं यः कुर्यात्तत्र तीर्थे नरेश्वर
Et par des parfums, des fleurs et de l’encens, il obtient le fruit du sacrifice de l’Aśvamedha. Ô roi, quiconque y accomplit, en ce tīrtha, un jeûne d’un mois acquiert un tel mérite.
Verse 23
मुच्यते स महत्पापैः सप्तजन्मसुसंचितैः । उष्ट्रीक्षीरमविक्षीरं नवश्राद्धे च भोजनम्
Il est délivré des grands péchés amassés durant sept naissances—tels que boire du lait de chamelle, du lait de brebis, et manger lors d’un « śrāddha nouveau » (rite funéraire impropre).
Verse 24
वृषलीगमनं चैव तथाभक्ष्यस्य भक्षणम् । अविक्रयेऽनृते पापं माहिषेऽयाज्ययाजके
(Des péchés tels que) s’unir à une vṛṣalī, manger ce qui est interdit, le péché né du négoce malhonnête et du mensonge, et les fautes liées au sacrifice du buffle et au fait d’officier pour les indignes—de tout cela, on est purifié.
Verse 25
वार्द्धुष्ये पङ्क्तिगरदे देवब्राह्मणदूषके । एवमादीनि पापानि तथान्यान्यपि भारत
Ô Bhārata, des péchés tels que nuire aux moyens de subsistance et à la prospérité, corrompre la sainte rangée des convives, et outrager les dieux et les brāhmaṇas—ainsi que bien d’autres offenses de ce genre—sont ici évoqués.
Verse 26
चान्द्रायणेन नश्यन्ति शुक्लतीर्थे न संशयः । शुक्लतीर्थे तु यः स्नात्वा तर्पयेत्पितृदेवताः
Par l’observance du Cāndrāyaṇa, ils sont anéantis à Śuklatīrtha—sans aucun doute. Et quiconque se baigne à Śuklatīrtha et offre le tarpaṇa, des libations pour la satisfaction des Pitṛs et des divinités—
Verse 27
तस्य ते द्वादशाब्दानि तृप्तिं यान्ति सुतर्पिताः । पादुकोपानहौ छत्रं शय्यामासनमेव च
Pour lui, ces Pitṛs, pleinement rassasiés, demeurent dans la satisfaction durant douze années. (On peut offrir en aumône) des sandales et des chaussures, un parasol, un lit et aussi un siège.
Verse 28
सुवर्णं धनधान्यं च श्राद्धं युक्तहलं तथा । अन्नं पानीयसंहितं तस्मिंस्तीर्थे ददन्ति ये
Ceux qui, en ce tīrtha sacré, donnent de l’or, des richesses et des grains, accomplissent le śrāddha, et offrent une charrue avec ses accessoires, ainsi que de la nourriture accompagnée d’eau à boire—
Verse 29
हृष्टाः पुष्टा मृता यान्ति शिवलोकं न संशयः । तत्र तीर्थे तु यो भक्त्या शिवमुद्दिश्य भारत
Ils quittent ce monde joyeux et fortifiés, et à la mort gagnent le monde de Śiva — sans aucun doute. Et toi, ô Bhārata, quiconque, en ce tīrtha, avec dévotion, en dédiant (l’offrande) à Śiva—
Verse 30
भिक्षामात्रं तथान्नं ये तेऽपि स्वर्यान्ति वै नराः । यज्विनां व्रतिनां चैव तत्र तीर्थनिवासिनाम्
Même ces hommes qui ne donnent qu’une simple aumône, et aussi de la nourriture, vont assurément au ciel. (Plus encore) lorsque cela est offert aux sacrifiants et aux observants de vœux qui résident en ce tīrtha—
Verse 31
अपि वालाग्रमात्रं हि दत्तं भवति चाक्षयम् । अग्निप्रवेशं यः कुर्याच्छुक्लतीर्थे समाहितः
Même un don aussi infime que la pointe d’un cheveu devient impérissable. Et celui qui, l’esprit recueilli, entre dans le feu à Śuklatīrtha—
Verse 32
रागद्वेषविनिर्मुक्तो हृदि ध्यात्वा जनार्दनम् । सर्वकामसुसम्पूर्णः स गच्छेद्वारुणं पुरम्
Délivré de l’attachement et de l’aversion, méditant en son cœur sur Janārdana, comblé de tous les buts désirés, il se rend à la cité de Varuṇa.
Verse 33
न रोगो न जरा तत्र यत्र देवोऽंभसां पतिः । अनाशकं तु यः कुर्यात्तस्मिंस्तीर्थे युधिष्ठिर
Il n’y a là ni maladie ni vieillesse, là où demeure Varuṇa, le Seigneur des eaux. Et toi, Yudhiṣṭhira, quiconque accomplit le vœu d’anāśaka en ce tīrtha sacré—
Verse 34
अनिवर्तिका गतिस्तस्य रुद्रलोकादसंशयम् । अवशः स्ववशो वापि जन्तुस्तत्क्षेत्रमण्डले
Sa destinée devient irrévocable—sans aucun doute—depuis le monde de Rudra. Qu’il soit sans recours ou maître de lui, tout être dans l’enceinte de ce champ sacré—
Verse 35
मृतः स तु न सन्देहो रुद्रस्यानुचरो भवेत् । शुक्लतीर्थे तु यः कन्यां शक्त्या दद्यादलंकृताम्
Après la mort, lui—sans aucun doute—devient un serviteur de Rudra. Et à Śukla Tīrtha, quiconque, selon ses moyens, donne en aumône une jeune fille parée d’ornements—(atteint cette destinée sublime).
Verse 36
विधिना यो नृपश्रेष्ठ कुरुते वृषमोक्षणम् । तस्य यत्फलमुद्दिष्टं पुराणे रुद्रभाषितम्
Ô le meilleur des rois, quiconque accomplit selon le rite la libération du taureau (vṛṣamokṣaṇa) obtient assurément le fruit que le Purāṇa, énoncé par Rudra, attribue à cet acte.
Verse 37
तदहं सम्प्रवक्ष्यामि शृणुष्वैकमना नृप । यावन्तो रोमकूपाः स्युः सर्वाङ्गेषु पृथक्पृथक्
Je vais à présent l’exposer; écoute d’un esprit unifié, ô roi : autant qu’il y a de pores des poils, distincts sur chacun des membres du corps—
Verse 38
तावद्वर्षसहस्राणि रुद्रलोके महीयते । शुक्लतीर्थे तु यद्दत्तं ग्रहणे चन्द्रसूर्ययोः
Pendant autant de milliers d’années, il est honoré dans le monde de Rudra. Et tout don fait à Śukla Tīrtha au moment d’une éclipse de la lune ou du soleil…
Verse 39
वर्धते तद्गुणं तावद्दिनानि दश पञ्च च । शुक्लतीर्थे शुचिर्भूत्वा यः करोति प्रदक्षिणम्
Son mérite croît dans la même mesure—pendant quinze jours. Et à Śukla Tīrtha, quiconque, devenu pur, accomplit la pradakṣiṇā (circumambulation)…
Verse 40
पृथ्वी प्रदक्षिणा तेन कृता यत्तस्य तत्फलम् । शोभनं मिथुनं यस्तु रुद्रमुद्दिश्य पूजयेत्
Le fruit qu’il obtient est le même que s’il avait fait le tour de toute la terre. Et quiconque, visant Rudra, vénère un beau couple consacré (mithuna)…
Verse 41
सप्त जन्मानि तस्यैव वियोगो न च वै क्वचित् । एतत्ते कथितं राजन् संक्षेपेण फलं महत्
Durant sept naissances, pour lui il n’y a nulle séparation, en aucun temps. Ô roi, ce grand fruit t’a été exposé en bref.
Verse 42
शुक्लतीर्थस्य यत्पुण्यं यथा देवाच्छ्रुतं मया । य इदं शृणुयाद्भक्त्या पुराणे विहितं फलम्
Le mérite de Śukla Tīrtha—tel que je l’ai entendu d’un dieu—quiconque écoute ceci avec dévotion, ce fruit prescrit dans le Purāṇa…
Verse 43
स लभेन्नात्र सन्देहः सत्यं सत्यं पुनः पुनः । पुत्रार्थी लभते पुत्रं धनार्थी लभते धनम्
Il l’obtient assurément—sans aucun doute ; vrai, vrai, encore et encore. Celui qui désire un fils obtient un fils ; celui qui désire la richesse obtient la richesse.
Verse 44
मोक्षार्थी लभते मोक्षं स्नानदानफलं महत्
Celui qui cherche la délivrance obtient la délivrance ; grand est le fruit du bain sacré et du don en aumône en ce lieu.
Verse 156
। अध्याय
Chapitre (marque d’en-tête).