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मन्दाकिनीनदीदर्शनम् (The Vision of the Mandākinī at Citrakūṭa)
अयोध्याकाण्ड
Dans le Sarga 95, après être descendu de la montagne à Citrakūṭa, Rāma conduit le regard de Sītā vers la rivière sacrée Mandākinī. Il lui montre les bancs de sable aux couleurs variées, les eaux pleines de lotus et les rives serrées d’arbres en fleurs et chargés de fruits, comparant cette beauté au lac Nalini de Kubera. Le chapitre mêle observation de la nature et vie rituelle : les ṛṣi se baignent aux heures prescrites, et d’autres ascètes adorent le Soleil, les bras levés, inscrivant le paysage dans une discipline religieuse. Sous le vent, les cimes des arbres s’agitent et la montagne semble « danser » ; les fleurs tombées forment des amas flottants où se posent les cakravāka au chant suave. Rāma présente l’exil comme une voie de vie plus haute : voir Citrakūṭa et la Mandākinī avec Sītā dépasse le séjour à Ayodhyā. Il l’invite à entrer dans la rivière « comme vers une amie », imaginant Mandākinī comme la Sarayū et la montagne comme Ayodhyā. Le sarga s’achève sur une satisfaction dharmique—nourriture simple, bains trois fois par jour, présence partagée—où le désir du royaume et de la cité se suspend dans la sérénité.
Verse 1
अथ शैलाद्विनिष्क्रम्य मैथिलीं कोसलेश्वरः ।अदर्शयच्छुभजलां रम्यां मन्दाकिनीं नदीम् ॥१॥
Alors, étant descendu de la montagne, le Seigneur de Kosala montra à Maithilī la charmante rivière Mandākinī, aux eaux bénies et propices.
Verse 2
अब्रवीच्च वरारोहां चारुचन्द्रनिभाननाम् ।विदेहराजस्य सुतां रामो राजीवलोचनः ॥२॥
Rāma aux yeux de lotus s’adressa à Sītā, fille du roi de Videha, gracieuse de maintien, au visage pareil à la douce lune.
Verse 3
विचित्रपुलिनां रम्यां हंससारससेविताम् ।कमलैरुपसम्पन्नां पश्य मन्दाकिनीं नदीम् ॥३॥
Regarde, bien-aimée, la ravissante rivière Mandākinī : ses grèves sont d’une beauté variée, fréquentées par les oies et les sārasas, et richement ornées de lotus.
Verse 4
नानाविधैस्तीररुहै र्वृतां पुष्पफलद्रुमैः ।राजन्तीं राजराजस्य नलिनीमिव सर्वतः ॥४॥
Vois comme elle resplendit, ceinte de tant d’arbres des rives, chargés de fleurs et de fruits ; de toutes parts, elle ressemble, dans sa splendeur, au lac Nalinī, renommé du roi des yakṣas, Kubera.
Verse 5
मृगयूथनिपीतानि कलुषाम्भांसि साम्प्रतम् ।तीर्थानि रमणीयानि रतिं सञ्जनयन्ति मे ॥५॥
Même à présent, les eaux sont troublées là où les hardes de cerfs ont bu ; pourtant ces gués et lieux d’accès si charmants éveillent en moi la joie.
Verse 6
जटाजिनधराः काले वल्कलोत्तरवाससः ।ऋषय स्त्ववगाहन्ते नदीं मन्दाकिनीं प्रिये ॥६॥
Bien-aimée, à l’heure prescrite, les ṛṣi—aux cheveux emmêlés, vêtus de peau de daim et d’écorce en guise de manteau—descendent dans la Mandākinī pour s’y baigner.
Verse 7
आदित्यमुपतिष्ठन्ते नियमादूर्ध्वबाहवः ।एते परे विशालाक्षि मुनय स्संशितव्रताः ॥७॥
Ô toi aux grands yeux, il est d’autres sages aux vœux inébranlables qui, selon leurs observances, se tiennent debout, les bras levés, et adorent le Soleil.
Verse 8
मारुतोद्धूतशिखरैः प्रनृत्त इव पर्वतः ।पादपैः पत्रपुष्पाणि सृजद्भिरभितो नदीम् ॥८॥
Sous les cimes des arbres fouettées par le vent, la montagne semblait danser, tandis que les arbres répandaient feuilles et fleurs tout autour de la rivière.
Verse 9
चिन्मणिनिकाशोदां क्वचित्पुलिनशालिनीम् ।क्वचित्सिद्धजनाकीर्णां पश्य मन्दाकिनीं नदीम् ॥९॥
Contemple la Mandākinī : par endroits, son eau est limpide comme le cristal ; ailleurs, elle brille de bancs de sable ; et ailleurs encore, elle est remplie de siddhas.
Verse 10
निर्धूतान्वायुना पश्य विततान्पुष्पसञ्चयान् ।पोप्लूयमानानपरान्पश्य त्वं जलमध्यगान् ॥१०॥
Vois ces amas de fleurs, secoués par le vent et répandus au loin. Vois aussi d’autres gerbes qui flottent au milieu des eaux.
Verse 11
तांश्चातिवल्गुवचसो रथाङ्गाह्वयना द्विजाः ।अधिरोहन्ति कल्याणि निष्कूजन्त श्शुभा गिरः ॥११॥
Ô Sītā de bon augure, les oiseaux au chant suave, appelés rathāṅga (cakravāka), se posent sur ces amas et font entendre des notes des plus délicieuses.
Verse 12
दर्शनं चित्रकूटस्य मन्दाकिन्याश्च शोभने ।अधिकं पुरवासाच्च मन्ये तव च दर्शनात् ॥१२॥
Ô belle Sītā, je tiens que la vue de Citrakūṭa et de la Mandākinī—contemplés en ta présence—surpasse en douceur le séjour dans la cité.
Verse 13
विधूतकलुषै स्सिद्धैस्तपोदमशमान्वितैः ।नित्यविक्षोभितजलां विगाहस्व मया सह ॥१३॥
Plonge avec moi dans cette rivière, dont les eaux sont sans cesse remuées par les siddhas—purifiés de toute souillure, riches d’austérité, de maîtrise de soi et de paix.
Verse 14
सखीवच्च विगाहस्व सीते मन्दाकिनीं नदीम् ।कमलान्यवमज्जन्ती पुष्कराणि च भामिनि ॥१४॥
Ô Sītā, ô belle: entre dans la rivière Mandākinī comme auprès d’une amie très chère, et, en jouant dans l’eau, plonge les lotus rouges et les lotus blancs, ô gracieuse.
Verse 15
त्वं पौरजनवद्व्यालानयोध्यामिव पर्वतम् ।मन्यस्व वनिते नित्यं सरयूवदिमां नदीम् ॥१५॥
Ô dame, tiens toujours ces bêtes sauvages pour des gens de la cité, cette montagne pour Ayodhyā elle-même, et cette rivière pour la Sarayū.
Verse 16
लक्ष्मणश्चापि धर्मात्मा मन्निदेशे व्यवस्थितः ।त्वं चानुकूला वैदेहि प्रीतिं जनयथो मम ॥१६॥
Lakṣmaṇa aussi, à l’âme droite, se tient prêt selon mon ordre; et toi, ô Vaidehī, toujours bienveillante, tu fais naître la joie dans mon cœur.
Verse 17
उपस्पृशंस्त्रिषवणं मधुमूलफलाशनः ।नायोध्यायैन राज्याय स्पृहयेऽद्य त्वया सह ॥१७॥
Me purifiant par l’ablution aux trois temps de prière et vivant de miel, de racines et de fruits, aujourd’hui, avec toi près de moi, je ne désire ni Ayodhyā ni même la royauté.
Verse 18
इमांहि रम्यां मृगयूथशालिनीं निपीततोयां गजसिंहवानरैः ।सुपुष्पितां पुष्पभरैरलङ्कृतां नसोऽस्ति य स्स्यान्न गतक्लम स्सुखी ॥१८॥
Comme la Mandākinī est ravissante : pleine de hardes de cerfs ; ses eaux sont bues par les éléphants, les lions et les singes ; parée de masses de fleurs tombées des arbres en pleine floraison. Qui la verrait sans devenir heureux, la fatigue effacée ?
Verse 19
इतीव रामो बहुसङ्गतं वचः प्रियासहाय स्सरितं प्रति ब्रुवन् ।चचार रम्यं नयनाञ्जनप्रभं स चित्रकूटं रघुवंशवर्धनः ॥१९॥
Ainsi parlant—longuement et à propos—du fleuve, Rāma, soutien de la lignée de Raghu, erra sur le délicieux Citrakūṭa, sombre comme le khôl, avec sa bien-aimée compagne.
Rather than a conflict, the pivotal action is Rāma’s deliberate revaluation of exile: he invites Sītā into the Mandākinī and explicitly states he does not yearn for Ayodhyā or kingship, converting displacement into chosen dharmic steadiness.
The sarga teaches that inner fulfilment arises from disciplined living, sacred routine, and harmonious companionship; political power is shown as secondary when the mind is stabilized by dharma, tapas-aligned communities, and reverent engagement with nature.
Citrakūṭa and the Mandākinī form the primary sacred landscape, linked by comparison to Ayodhyā and the Sarayū; cultural markers include triṣavaṇa bathing, ascetic immersion, and Sun worship (Āditya-upasthāna), mapping the river as a living tīrtha.
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