
व्यपोहनस्तवनिरूपण-प्रसङ्गे नक्तभोजन-शिवव्रतविधिः (वार्षिक-प्रतिमास-क्रमः)
Répondant aux ṛṣi qui ont entendu le méritoire Vyapohana-stava et demandent les vrata liés au liṅga-dāna, Sūta commence un exposé pratique des enseignements du Śiva-vrata attribués à Nandin et transmis par Vyāsa. La discipline centrale est le naktabhojana—ne manger régulièrement que la nuit—associé au culte aux jours aṣṭamī et caturdaśī dans les deux quinzaine du mois, et s’achevant par le repas offert aux brāhmaṇa à la fin de l’année. Le texte classe les modes de vie (bhikṣā, ayācita, naktam) et loue le repas nocturne comme « uttama », en y joignant des austérités d’appui telles que bhū-śayyā (dormir à même le sol), agni-kārya, snāna et un régime de type havis. Il expose ensuite un cycle mensuel de vrata (de Puṣya à Mārgśīrṣa), prescrivant des offrandes précises (préparations d’anna, ghṛta, kṣīra), l’abhiṣeka à la pūrṇimā et la dāna—surtout des couples de vaches (go-mithuna) de couleurs variées—chacun lié à des loka-phala (Agni, Yama, Candra, Nirṛti, Varuṇa, Vāyu, Yakṣa, Īśāna, Sūrya, Soma). Le chapitre se clôt par un résumé des vœux éthiques et l’affirmation que l’accomplissement de ce cycle annuel (dans l’ordre ou à rebours) mène au Śiva-sāyujya et au jñāna-yoga, préparant la suite des développements sur les vrata et la pūjā dans le Purva-bhāga.
Verse 1
इति श्रीलिङ्गमहापुराणे पूर्वभागे व्यपोहनस्तवनिरूपणं नाम द्व्यशीतितमो ऽध्यायः ऋषय ऊचुः व्यपोहनस्तवं पुण्यं श्रुतमस्माभिर् आदरात् प्रसंगाल्लिङ्गदानस्य व्रतान्यपि वदस्व नः
Ainsi, dans le Śrī Liṅga Mahāpurāṇa, dans le Pūrva-bhāga, commence le quatre-vingt-troisième chapitre, intitulé « Exposé de l’hymne Vyapohana ». Les sages dirent : « Avec révérence, nous avons entendu ce Vyapohana-stava plein de mérite. Maintenant, dans l’ordre convenable, dis-nous aussi les vrata et les observances liées au dāna, l’offrande du Śiva-liṅga ».
Verse 2
सूत उवाच व्रतानि वः प्रवक्ष्यामि शुभानि मुनिसत्तमाः नन्दिना कथितानीह ब्रह्मपुत्राय धीमते
Sūta dit : «Ô meilleurs des sages, je vais vous exposer les vœux auspicious : ces observances mêmes que Nandin enseigna ici au sage fils de Brahmā.»
Verse 3
तानि व्यासादुपश्रुत्य युष्माकं प्रवदाम्यहम् अष्टम्यां च चतुर्दश्यां पक्षयोरुभयोरपि
Après avoir entendu ces enseignements de Vyāsa, je vous les expose à présent : les observances à accomplir le huitième jour (Aṣṭamī) et le quatorzième (Caturdaśī) lunaire, dans les deux quinzaine—claire et sombre—pour l’adoration de Śiva et, par la grâce de Pati, le Seigneur, pour desserrer les liens (pāśa) qui entravent le paśu (l’âme incarnée).
Verse 4
वर्षमेकं तु भुञ्जानो नक्तं यः पूजयेच्छिवम् सर्वयज्ञफलं प्राप्य स याति परमां गतिम्
Quiconque, durant une année entière, ne se nourrit que du repas nocturne (nakta) et adore le Seigneur Śiva, obtient le fruit de tous les sacrifices ; et, fort de ce mérite, le paśu, l’âme liée, parvient à l’état suprême : l’union avec Pati, le Seigneur au-delà de tout lien.
Verse 5
पृथिवीं भाजनं कृत्वा भुक्त्वा पर्वसु मानवः अहोरात्रेण चैकेन त्रिरात्रफलमश्नुते
Aux jours sacrés de parva, si l’homme fait de la terre son propre récipient et mange avec humilité et retenue, alors, par une seule discipline d’un jour et d’une nuit, il obtient un mérite égal à celui d’un vœu de trois nuits. Une telle maîtrise affaiblit le pāśa (l’entrave) et tourne le paśu (l’âme incarnée) vers Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 6
द्वयोर् मासस्य पञ्चम्योर् द्वयोः प्रतिपदोर्नरः क्षीरधाराव्रतं कुर्यात् सो ऽश्वमेधफलं लभेत्
Aux deux cinquièmes jours lunaires (Pañcamī) de deux mois, et aussi aux deux premiers jours (Pratipadā), l’homme doit accomplir le vœu de Kṣīra-dhārā : offrir au Śiva-liṅga un filet de lait ininterrompu. Par cela, il obtient le fruit du sacrifice de l’Aśvamedha.
Verse 7
कृष्णाष्टम्यां तु नक्तेन यावत्कृष्णचतुर्दशी भुञ्जन्भोगानवाप्नोति ब्रह्मलोकं च गच्छति
Du huitième jour de la quinzaine sombre jusqu’au quatorzième, celui qui observe la règle du « nakta » (ne se nourrir que la nuit) obtient des jouissances subtiles comme fruit karmique, puis s’achemine vers le Brahmaloka. Il s’élève par le mérite, tout en demeurant sous la souveraineté de Pati (Śiva), qui dispense les fruits du vrata et du culte.
Verse 8
यो ऽब्दमेकं प्रकुर्वीत नक्तं पर्वसु पर्वसु ब्रह्मचारी जितक्रोधः शिवध्यानपरायणः
Celui qui accomplit cette observance pendant une année entière—ne mangeant que la nuit à chaque jour sacré de jonction des quinzaines—demeurant brahmacārin, ayant vaincu la colère et tout entier voué à la contemplation de Śiva, devient digne du Seigneur (Pati). Par une retenue disciplinée, les liens (pāśa) qui entravent l’âme (paśu) se desserrent.
Verse 9
संवत्सरान्ते विप्रेन्द्रान् भोजयेद्विधिपूर्वकम् स याति शाङ्करं लोकं नात्र कार्या विचारणा
À la fin de l’année, qu’on nourrisse, selon l’ordre rituel, les plus éminents des brahmanes ; un tel homme atteint le monde de Śaṅkara—il n’y a pas lieu d’en débattre davantage.
Verse 10
उपवासात् परं भैक्ष्यं भैक्ष्यात् परम् अयाचितम् अयाचितात् परं नक्तं तस्मान् नक्तेन वर्तयेत्
Plus haut que le simple jeûne est la vie d’aumônes ; plus haut que l’aumône est n’accepter que ce qui vient sans être demandé ; plus haut que l’inattendu est la règle du « nakta », ne manger que la nuit. Qu’on se soutienne donc par le nakta, en maîtrisant les sens et en offrant l’acte même de manger à Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 11
देवैर्भुक्तं तु पूर्वाह्णे मध्याह्ने ऋषिभिस् तथा अपराह्णे च पितृभिः संध्यायां गुह्यकादिभिः
Le matin, ce sont les Devas qui prennent part ; à midi, les Ṛṣis de même ; l’après‑midi, les Pitṛs ; et au crépuscule, les Guhyakas et d’autres êtres subtils. Ainsi les offrandes du jour sont réparties selon l’ordre cosmique soutenu par Pati (Śiva), liant le paśu au dharma et desserrant les pāśa par le rite juste.
Verse 12
सर्ववेलामतिक्रम्य नक्तभोजनमुत्तमम् हविष्यभोजनं स्नानं सत्यमाहारलाघवम्
Ayant dépassé tous les horaires ordinaires des repas, la meilleure discipline est de ne manger que la nuit; se nourrir de haviṣya (nourriture d’oblation pure), se baigner, demeurer dans la véracité et garder une nourriture légère—tout cela est loué comme des observances supérieures pour l’adoration de Śiva, affaiblissant le pāśa (lien) du paśu (l’âme) et tournant l’esprit vers le Pati (Seigneur Śiva).
Verse 13
अग्निकार्यमधःशय्यां नक्तभोजी समाचरेत् प्रतिमासं प्रवक्ष्यामि शिवव्रतमनुत्तमम्
Qu’il accomplisse le devoir sacré du feu, qu’il dorme sur une couche basse et qu’il ne mange que la nuit. À présent, j’exposerai, mois après mois, le vœu incomparable de Śiva : par lui, le paśu (l’âme liée) est purifié du pāśa (lien) et devient digne de la grâce du Pati (le Seigneur).
Verse 14
धर्मकामार्थमोक्षार्थं सर्वपापविशुद्धये पुष्यमासे च सम्पूज्य यः कुर्यान्नक्तभोजनम्
En quête de dharma, kāma, artha et mokṣa, et pour la purification totale de tous les péchés, quiconque, au mois de Puṣya, adore (Śiva) avec la révérence requise et observe le vœu de ne manger que la nuit, obtient le mérite sacré visé.
Verse 15
सत्यवादी जितक्रोधः शालिगोधूमगोरसैः पक्षयोरष्टमीं यत्नाद् उपवासेन वर्तयेत्
Que le dévot—véridique et maître de sa colère—observe avec soin l’Aṣṭamī des deux quinzaines par le jeûne, ne se soutenant que de riz, de blé et des produits de la vache. Par une telle retenue disciplinée, le paśu est purifié du pāśa et devient digne de la grâce de Śiva (Pati).
Verse 16
भूमिशय्यां च मासान्ते पौर्णमास्यां घृतादिभिः स्नाप्य रुद्रं महादेवं सम्पूज्य विधिपूर्वकम्
À la fin du mois, le jour de pleine lune, qu’on s’étende sur la terre en vœu d’austérité; qu’on baigne Rudra—Mahādeva—de ghee et d’offrandes sacrées semblables, puis qu’on l’adore pleinement selon le rite prescrit. Par un tel culte discipliné, le paśu se tourne vers le Pati et relâche le pāśa par la dévotion et l’observance.
Verse 17
यावकं चौदनं दत्त्वा सक्षीरं सघृतं द्विजाः भोजयेद् ब्राह्मणाञ्शिष्टाञ् जपेच्छान्तिं विशेषतः
Après avoir offert le grain de yāvaka et le riz cuit, avec du lait et du ghee, le deux-fois-né doit nourrir des brāhmaṇa disciplinés et savants ; puis, tout particulièrement, il accomplira le śānti-japa de pacification, afin que le paśu (l’âme liée) desserre le pāśa (lien) par la grâce de Pati, Śiva.
Verse 18
तथा गोमिथुनं चैव कपिलं विनिवेदयेत् भवाय देवदेवाय शिवाय परमेष्ठिने
De même, qu’on présente une paire de vaches, ainsi qu’une vache kapilā (fauve), en offrande à Bhava —Dieu des dieux—, à Śiva, le Souverain suprême. Par ce dāna offert à Pati (le Seigneur), le paśu (âme liée) est guidé vers la délivrance du pāśa (servitude).
Verse 19
स याति मुनिशार्दूल वाह्नेयं लोकमुत्तमम् भुक्त्वा स विपुलान् लोकान् तत्रैव स विमुच्यते
Ô tigre parmi les sages, il atteint l’excellent monde de Vahni (Agni). Après avoir joui de vastes mondes célestes, il est délivré là même : affranchi du pāśa (lien), il obtient la libération par la grâce du Seigneur (Pati).
Verse 20
माघमासे तु सम्पूज्य यः कुर्यान् नक्तभोजनम् कृशरं घृतसंयुक्तं भुञ्जानः संयतेन्द्रियः
Au mois de Māgha, après avoir dûment adoré Śiva, celui qui observe la règle de ne manger que la nuit—en prenant du kṛśara (riz et légumineuses) mêlé de ghee, les sens maîtrisés—accomplit le Māgha-vrata et en reçoit le mérite.
Verse 21
सोपवासं चतुर्दश्यां भवेदुभयपक्षयोः रुद्राय पौर्णमास्यां तु दद्याद्वै घृतकम्बलम्
Au quatorzième jour lunaire des deux quinzaines, qu’on observe le vœu par le jeûne ; et, au jour de pleine lune, qu’on offre à Rudra une couverture de laine enduite de ghee. Ce dāna purifie le paśu (âme liée) et soutient l’adoration de Śiva, qui mène à la délivrance du pāśa (servitude) sous la grâce de Pati (le Seigneur).
Verse 22
कृष्णं गोमिथुनं दद्यात् पूजयेच्चैव शंकरम् भोजयेद्ब्राह्मणांश्चैव यथाविभवविस्तरम्
Qu’on fasse don d’une paire de vaches au pelage noir, qu’on adore Śaṅkara (Śiva) et qu’on nourrisse aussi les brāhmaṇa, en étendant l’offrande selon ses moyens. Ce dāna et cette pūjā, accomplis pour Pati (Śiva), desserrent le pāśa, le lien de l’attachement mondain qui enchaîne le paśu (l’âme individuelle).
Verse 23
याम्यमासाद्य वै लोकं यमेन सह मोदते फाल्गुने चैव सम्प्राप्ते कुर्याद्वै नक्तभोजनम्
Parvenu au monde de Yama, on s’y réjouit en la compagnie de Yama. Ainsi, lorsque vient le mois de Phālguna, qu’on observe le vœu de ne manger que la nuit (naktabhojana). Cette observance purifie le paśu (l’âme liée) et soutient la voie śaiva de la maîtrise, menant à la grâce de Pati (Śiva).
Verse 24
श्यामाकान्नघृतक्षीरैर् जितक्रोधो जितेन्द्रियः चतुर्दश्यामथाष्टम्याम् उपवासं च कारयेत्
Ayant vaincu la colère et maîtrisé les sens, qu’on offre un repas de grain śyāmāka avec ghee et lait, et qu’on observe aussi le jeûne au quatorzième jour lunaire et au huitième. Ainsi le paśu est discipliné et tourné vers Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 25
पौर्णमास्यां महादेवं स्नाप्य सम्पूज्य शङ्करम् दद्याद्गोमिथुनं वापि ताम्राभं शूलपाणये
Au jour de pleine lune, après avoir baigné Mahādeva et adoré Śaṅkara avec la révérence requise, qu’on offre au Seigneur au trident une paire de vaches, ou encore un don de cuivre (offrande cuivrée), en acte de charité sacrée.
Verse 26
ब्राह्मणान् भोजयित्वा तु प्रार्थयेत्परमेश्वरम् स याति चन्द्रसायुज्यं नात्र कार्या विचारणा
Après avoir nourri les brāhmaṇa, qu’on prie ensuite Parameśvara (Śiva). Un tel dévot atteint le candra-sāyujya, l’union avec la sphère lunaire; sur ce point, nul besoin de doute ni de discussion.
Verse 27
चैत्रे ऽपि रुद्रमभ्यर्च्य कुर्याद्वै नक्तभोजनम् शाल्यन्नं पयसा युक्तं घृतेन च यथासुखम्
Au mois de Caitra également, après avoir vénéré Rudra selon le rite, qu’on observe la règle de ne manger que la nuit. Qu’on prenne du riz cuit de grain śāli, mêlé de lait et, selon ce qui convient, de ghee.
Verse 28
गोष्ठशायी मुनिश्रेष्ठाः क्षितौ निशि भवं स्मरेत् पौर्णमास्यां शिवं स्नाप्य दद्याद्गोमिथुनं सितम्
Ô le meilleur des sages, celui qui demeure couché dans l’étable et dort sur la terre nue doit, la nuit, se recueillir en Bhava (Śiva). Au jour de pleine lune, après avoir baigné Śiva dans le culte, qu’il fasse don d’un couple blanc, vache et taureau.
Verse 29
ब्राह्मणान् भोजयेच्चैव निरृतेः स्थानमाप्नुयात् वैशाखे च तथा मासे कृत्वा वै नक्तभोजनम्
Si, au mois de Vaiśākha, l’on observe le vœu de ne manger que la nuit et que l’on nourrit aussi les brāhmaṇa, on atteint la demeure de Nirṛti — un état accordé à la divinité qui préside à la dissolution et à la rétribution karmique. Selon le Śaiva Siddhānta, vrata et dāna, accomplis sans juste orientation vers Pati (Śiva), mènent à des destinations limitées, liées aux dieux, plutôt qu’à la délivrance suprême qui tranche le pāśa du paśu.
Verse 30
पौर्णमास्यां भवं स्नाप्य पञ्चगव्यघृतादिभिः श्वेतं गोमिथुनं दत्त्वा सो ऽश्वमेधफलं लभेत्
Au jour de pleine lune, après avoir baigné Bhava (le Seigneur Śiva) avec les cinq produits de la vache, avec du ghee et autres offrandes, et après avoir donné un couple blanc de bovins, on obtient le fruit du sacrifice Aśvamedha. Dans le Śaiva Siddhānta, ce bain du Liṅga et ce dāna sont des upāya purificateurs qui, par la bhakti envers Pati (Śiva), desserrent le pāśa (lien) du paśu (âme individuelle).
Verse 31
ज्येष्ठे मासे च देवेशं भवं शर्वमुमापतिम् सम्पूज्य श्रद्धया भक्त्या कृत्वा वै नक्तभोजनम्
Au mois de Jyeṣṭha, après avoir vénéré avec foi et bhakti le Seigneur des dieux — Bhava, Śarva, l’époux d’Umā — qu’on observe la discipline de ne manger que la nuit. Par une śiva-pūjā ainsi réglée, le paśu (l’âme liée) se tourne vers Pati (Śiva) et le pāśa (lien) se desserre par la dévotion et le vœu.
Verse 32
रक्तशाल्यन्नमध्वा च अद्भिः पूतं घृतादिभिः वीरासनो निशार्धं च गवां शुश्रूषणे रतः
Qu’il prenne une nourriture de riz rouge et de miel, purifiée par l’eau et enrichie de ghee et autres; assis en posture vīrāsana jusqu’au milieu de la nuit, qu’il demeure voué au service et à la garde des vaches.
Verse 33
पौर्णमास्यां तु सम्पूज्य देवदेवमुमापतिम् स्नाप्य शक्त्या यथान्यायं चरुं दद्याच् च शूलिने
Au jour de pleine lune, après avoir honoré comme il se doit le Dieu des dieux—l’Époux d’Umā—qu’on le baigne selon le rite, selon ses moyens, et qu’on offre un caru (oblations cuites) à Śūlin, le Porteur du Trident. Par cette observance disciplinée, le paśu s’approche du Pati, et la grâce de Śiva desserre les pāśa, les liens.
Verse 34
ब्राह्मणान् भोजयित्वा च यथाविभवविस्तरम् धूम्रं गोमिथुनं दत्त्वा वायुलोके महीयते
Après avoir nourri les brāhmaṇas selon ses moyens, avec l’ampleur convenable, et après avoir donné une vache d’un brun fumé avec un taureau (un couple de reproduction), on est honoré dans le monde de Vāyu. Un tel dāna, offert dans l’esprit śaiva, desserre les pāśa qui lient le paśu et soutient la voie de la bhakti vers Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 35
आषाढे मासि चाप्येवं नक्तभोजनतत्परः भूरिखण्डाज्यसंमिश्रं सक्तुभिश्चैव गोरसम्
Au mois d’Āṣāḍha également, que le sādhaka demeure attaché à ne manger que la nuit, et qu’il offre au Seigneur Śiva du lait de vache mêlé d’abondant sucre et de ghee, avec du saktu (farine d’orge grillée).
Verse 36
पौर्णमास्यां घृताद्यैस्तु स्नाप्य पूज्य यथाविधि ब्राह्मणान् भोजयित्वा च श्रोत्रियान् वेदपारगान्
Au jour de pleine lune, après avoir baigné (l’emblème sacré) avec du ghee et autres, et l’avoir honoré selon la règle, qu’on nourrisse aussi les brāhmaṇas — des śrotriyas formés aux Veda, ayant atteint l’autre rive des Veda.
Verse 37
दद्याद्गोमिथुनं गौरं वारुणं लोकमाप्नुयात् श्रावणे च द्विजा मासे कृत्वा वै नक्तभोजनम्
Celui qui offre en don une paire de vaches de race claire (gaura) atteint le monde de Varuṇa. Et au mois de Śrāvaṇa, ô deux-fois-né, en observant le vœu de naktabhojana—ne manger que la nuit—il obtient ce mérite purificateur qui tourne le paśu (âme liée) vers Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 38
क्षीरषष्टिकभक्तेन सम्पूज्य वृषभध्वजम् पौर्णमास्यां घृताद्यैस्तु स्नाप्य पूज्य यथाविधि
Au jour de pleine lune, après avoir honoré selon la règle le Seigneur au drapeau du Taureau (Vṛṣabhadhvaja, Śiva) par l’offrande de riz kṣīra-ṣaṣṭika, qu’on le baigne de ghee et d’autres onguents sacrés, puis qu’on le vénère de nouveau conformément au rite prescrit. Par cette pūjā disciplinée, le paśu s’approche de Pati et les liens (pāśa) se desserrent.
Verse 39
ब्राह्मणान् भोजयित्वा च श्रोत्रियान् वेदपारगान् श्वेताग्रपादं पौण्ड्रं च दद्याद्गोमिथुनं पुनः
Après avoir nourri des brāhmaṇas—des śrotriyas savants, parvenus au terme des Veda—qu’on offre encore une paire de vaches : l’une de race Pauṇḍra, l’autre marquée par des extrémités de pattes blanches. Un tel dāna, accompli dans l’esprit de Śiva-sevā, desserre le pāśa du paśu par la grâce de Pati, le Seigneur Mahādeva.
Verse 40
स याति वायुसायुज्यं वायुवत्सर्वगो भवेत् प्राप्ते भाद्रपदे मासे कृत्वैवं नक्तभोजनम्
Quand vient le mois de Bhādrapada, celui qui observe ainsi le naktabhojana—ne manger que la nuit—atteint l’union (sāyujya) avec Vāyu et devient partout présent comme le Vent, se mouvant sans entrave ; car le Seigneur (Pati) délie les limites du pāśa par la force de la discipline.
Verse 41
हुतशेषं च विप्रेन्द्रान् वृक्षमूलाश्रितो दिवा पौर्णमास्यां तु देवेशं स्नाप्य सम्पूज्य शङ्करम्
Le jour, assis au pied d’un arbre, qu’on nourrisse les plus éminents brāhmaṇas avec les restes de l’oblation (huta-śeṣa). Et au jour de pleine lune, après avoir baigné (l’icône/le liṅga du) Seigneur des dieux, qu’on vénère Śaṅkara avec une dévotion entière. Ainsi, les actes du paśu deviennent un Śiva-arpita karma, et les liens (pāśa) se desserrent par le rite révérencieux et la pureté.
Verse 42
नीलस्कन्धं वृषं गां च दत्त्वा भक्त्या यथाविधि ब्राह्मणान् भोजयित्वा च वेदवेदाङ्गपारगान्
Avec dévotion et selon le rite prescrit, après avoir offert un taureau au cou bleu et une vache, et après avoir nourri des brāhmanes versés dans les Veda et les Vedāṅga, on accomplit un acte de dharma qui réjouit Pati (Śiva) et desserre le pāśa qui lie le paśu (l’âme individuelle).
Verse 43
यक्षलोकमनुप्राप्य यक्षराजो भवेन्नरः ततश्चाश्वयुजे मासि कृत्वैवं नक्तभोजनम्
Ayant atteint le monde des Yakṣa, l’homme devient un seigneur parmi les Yakṣa. Ensuite, au mois d’Āśvayuja, en observant la même discipline—ne prendre nourriture que la nuit (naktabhojana)—il obtient le fruit énoncé, par la grâce de Pati (Śiva) qui desserre le pāśa liant le paśu (l’âme incarnée).
Verse 44
सघृतं शङ्करं पूज्य पौर्णमास्यां च पूर्ववत् ब्राह्मणान् भोजयित्वा च शिवभक्तान् सदा शुचीन्
Au jour de pleine lune, qu’on adore Śaṅkara avec des offrandes mêlées de ghee, comme il a été prescrit auparavant ; et, après avoir nourri les brāhmanes, qu’on nourrisse aussi les dévots de Śiva, toujours purs.
Verse 45
वृषभं नीलवर्णाभम् उरोदेशसमुन्नतम् गां च दत्त्वा यथान्यायम् ऐशानं लोकमाप्नुयात्
En donnant selon la règle juste un taureau d’un bleu sombre, à la poitrine large et bien relevée—avec une vache—on atteint Aiśāna-loka, le royaume présidé par Īśāna (Śiva), le Pati qui desserre le pāśa du paśu (l’âme).
Verse 46
कार्तिके च तथा मासे कृत्वा वै नक्तभोजनम् क्षीरौदनेन साज्येन सम्पूज्य च भवं प्रभुम्
De même, au mois de Kārttika, après avoir observé le vœu de ne manger que la nuit, qu’on adore le Seigneur Bhava—le Pati suprême—avec du riz au lait (kṣīraudana) offert avec du ghee.
Verse 47
पौर्णमास्यां च विधिवत् स्नाप्य दत्त्वा चरुं पुनः ब्राह्मणान् भोजयित्वा च यथाविभवविस्तरम्
Au jour de pleine lune, après s’être baigné en pureté selon la règle, qu’on offre de nouveau le caru (oblations cuites) ; puis, en nourrissant les brāhmaṇa avec largesse selon ses moyens, on accroît le mérite qui soutient le culte de Śiva, relâchant le pāśa qui enchaîne le paśu par la discipline du rite et la générosité du don.
Verse 48
दत्त्वा गोमिथुनं चैव कापिलं पूर्ववद् द्विजाः सूर्यसायुज्यमाप्नोति नात्र कार्या विचारणा
Ô deux-fois-nés : celui qui, selon le rite précédemment énoncé, offre en don une paire de vaches — en particulier des bêtes kāpila, fauves — obtient le sāyujya, l’union totale avec le Soleil ; sur ce point, nul besoin de discussion.
Verse 49
मार्गशीर्षे च मासे ऽपि कृत्वैवं नक्तभोजनम् यवान्नेन यथान्यायम् आज्यक्षीरादिभिः समम्
Même au mois de Mārgaśīrṣa, qu’on observe la même discipline : ne manger que la nuit ; et, selon la prescription, prendre un repas de yavānna (nourriture d’orge), accompagné à part égale de ghee, de lait et d’autres offrandes pures semblables, accomplissant ainsi le vœu śaiva par une retenue réglée pour le Seigneur (Pati).
Verse 50
पौर्णमास्यां च पूर्वोक्तं कृत्वा शर्वाय शंभवे ब्राह्मणान् भोजयित्वा च दरिद्रान्वेदपारगान्
Et au jour de pleine lune, après avoir accompli le rite précédemment décrit pour Śarva—Śaṃbhu (le Seigneur Śiva), qu’on nourrisse aussi les brāhmaṇa, surtout ceux qui sont pauvres mais accomplis dans les Veda.
Verse 51
दत्त्वा गोमिथुनं चैव पाण्डुरं विधिपूर्वकम् सोमलोकमनुप्राप्य सोमेन सह मोदते
Ayant offert en don, selon le rite prescrit, une paire de bêtes d’un blanc pâle (pāṇḍura), on atteint Soma-loka, le séjour de Soma, et l’on s’y réjouit en compagnie de Soma. Une telle charité purifie le paśu (l’âme liée), en relâchant le pāśa (lien) par le mérite du dharma sous le Seigneur (Pati).
Verse 52
अहिंसा सत्यमस्तेयं ब्रह्मचर्यं क्षमा दया त्रिःस्नानं चाग्निहोत्रं च भूशय्या नक्तभोजनम्
Non-violence (ahiṃsā), véracité, non-vol, discipline de brahmacarya, patience et compassion ; bain trois fois par jour, offrande d’Agnihotra, sommeil à même le sol et nourriture prise seulement la nuit — telles sont les observances louées pour celui qui demeure dans la discipline śaiva, par lesquelles le paśu (l’âme liée) est purifié pour la bhakti envers le Seigneur, le Pati.
Verse 53
पक्षयोरुपवासं च चतुर्दश्यष्टमीषु च
Qu’on observe aussi le jeûne (upavāsa) durant les deux quinzaines, surtout au quatorzième jour (caturdaśī) et au huitième (aṣṭamī) lunaire — disciplines qui purifient le paśu et l’affermissent vers le Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 54
इत्येतदखिलं प्रोक्तं प्रतिमासं शिवव्रतम्
Ainsi, dans son intégralité, a été proclamé le Śiva-vrata à observer chaque mois.
Verse 55
कुर्याद्वर्षं क्रमेणैव व्युत्क्रमेणापि वा द्विजाः स याति शिवसायुज्यं ज्ञानयोगमवाप्नुयात्
Ô deux-fois-nés, qu’on accomplisse cette observance pendant un an selon l’ordre prescrit ou même selon un ordre modifié, on atteint l’union avec Śiva (Śiva-sāyujya) et l’on obtient le Yoga de la connaissance libératrice—par lequel le paśu est mené au-delà du pāśa (lien) vers le Pati.
Eat only at night (naktam), worship Śiva regularly, observe upavāsa on aṣṭamī and caturdaśī in both pakṣas, maintain brahmacarya and control of anger, perform abhiṣeka and pūjā (especially on pūrṇimā), and conclude with brāhmaṇa-bhojana and dāna according to capacity.
From Puṣya onward, each lunar month prescribes naktabhojana with specific foods (e.g., śāli, yava, kṣīra, ghṛta preparations), pūrṇimā abhiṣeka to Śiva, brāhmaṇa feeding, and a characteristic go-mithuna/charu/cloth gift—each linked to a stated loka-phala and ultimately oriented toward Śiva-sāyujya.
Ahiṃsā, satya, asteya, brahmacarya, kṣamā, dayā, triḥ-snānā (three daily baths), agnihotra/agni-kārya, bhū-śayyā (sleeping on the ground), and regulated diet—presented as the complete framework of the monthly Śiva-vrata.