
Genealogies of Yadus and Vṛṣṇis; Navaratha’s Refuge to Sarasvatī; Rise of Sāttvata Tradition; Prelude to Kṛṣṇa-Balarāma Incarnation
Le chapitre poursuit la transmission purānique en étendant une longue chaîne dynastique de rois et de clans, jusqu’à aboutir au milieu des Yādava/Vṛṣṇi. Le récit se tourne ensuite vers une illustration du dharma : le roi Navaratha, pourchassé par un rākṣasa, découvre une demeure suprême et cachée, protégée par Sarasvatī, et s’y réfugie par un hymne qui l’exalte comme Vāc (la Parole), puissance yogique et source cosmique. L’agresseur est détruit par un protecteur rayonnant ; Navaratha institue alors le culte de Sarasvatī dans sa capitale, reliant la légitimité royale à la dévotion et à la śakti. Le texte revient à la lignée et parvient à Sattvata qui, sous la conduite de Nārada, propage un traité sacré centré sur Vāsudeva et inaugure la tradition « Sāttvata ». L’arc généalogique converge vers les naissances de Saṅkarṣaṇa (Balarāma) et de Kṛṣṇa (Vāsudeva), avec une synthèse explicite : descente de Viṣṇu, Devī en yoganidrā sous la forme de Kauśikī, et rôle de Śiva comme dispensateur de grâces. Le chapitre s’achève en annonçant l’austérité de Kṛṣṇa pour obtenir Rudra comme fils, prélude à la suite.
Verse 1
इति श्रीकूर्मपुराणे षट्साहस्त्र्यां संहितायां पूर्वविभागे द्वाविशो ऽध्यायः सूत उवाच क्रोष्टोरेको ऽभवत् पुत्रो वृजिनीवानिति श्रुतिः / तस्य पुत्रो महान् स्वातिरुशद्गुस्तत्सुतो ऽभवत्
Ainsi, dans le Śrī Kūrma Purāṇa, dans la Saṃhitā de six mille vers, dans la section antérieure (Pūrva-bhāga), s’achève le vingt-deuxième chapitre (colophon). Sūta dit : «Kroṣṭu eut un seul fils—Vṛjinīvān, comme on l’entend dans la tradition. Son fils fut l’illustre Svāti, et le fils de Svāti fut Uśadgu.»
Verse 2
उशद्गोरभवत् पुत्रो नाम्ना चित्ररथो बली / अथ चैत्ररथिर्लोके शशबिन्दुरिति स्मृतः
D’Uśadgu naquit un fils puissant nommé Citraratha. Et dans le monde, ce même (descendant), connu sous le nom de Caitrarathi, est rappelé à la mémoire comme Śaśabindu.
Verse 3
तस्य पुत्रः पृथुयशा राजाभूद् धर्मतत्परः / पृथुकर्मा च तत्पुत्रस्तस्मात् पृथुजयो ऽभवत्
Son fils fut le roi Pṛthuyaśā, entièrement voué au dharma. Son fils fut Pṛthukarmā, et de lui naquit Pṛthujaya.
Verse 4
पृथुकीर्तिरभूत् तस्मात् पृथुदानस्ततो ऽभवत् / पृथुश्रवास्तस्य पुत्रस्तस्यासीत् पृथुसत्तमः
De lui naquit Pṛthukīrti ; de Pṛthukīrti advint Pṛthudāna. Son fils fut Pṛthuśravā, et de Pṛthuśravā naquit Pṛthusattama, le meilleur parmi les Pṛthus.
Verse 5
उशना तस्य पुत्रो ऽबूत् सितेषुस्तत्सुतो ऽभवत् / तस्याभूद् रुक्मकवचः परावृत् तस्य सत्तमाः
Son fils fut Uśanā ; et son fils fut Siteṣu. De Siteṣu naquit Rukmakavaca ; et de Rukmakavaca naquit l’excellent Parāvṛt.
Verse 6
परावृतः सुतो जज्ञे ज्यामघो लोकविश्रुतः / तस्माद् विदर्भः संजज्ञे विदर्भात् क्रथकैशिकौ
De Parāvṛta naquit un fils, Jyāmagha, renommé dans le monde. De lui naquit Vidarbha ; et de Vidarbha naquirent Kratha et Kaiśika.
Verse 7
रोमपादस्तृतीयस्तु बभ्रुस्तस्यात्मजो नृपः / धृतिस्तस्याभवत् पुत्रः संस्तस्तस्याप्यभूत् सुतः
Romapāda fut le troisième de cette lignée. Son fils fut le roi Babhrū. Son fils fut Dhṛti, et Saṃsta naquit à son tour comme fils de Dhṛti.
Verse 8
संस्तस्य पुत्रो बलवान् नाम्ना विश्वसहस्तु सः / तस्य पुत्रो महावीर्यः प्रजावान् कौशिकस्ततः / अभूत् तस्य सुतो धीमान् सुमन्तुस्तत्सुतो ऽनलः
De Saṃsta naquit un fils puissant nommé Viśvasahas. Son fils fut Mahāvīrya ; puis vint Kauśika, riche en descendance. Le fils de Kauśika fut le sage Sumantu, et le fils de Sumantu fut Anala.
Verse 9
कैशिकस्य सुतश्चेदिश्चैद्यास्तस्याभवन् सुताः / तेषां प्रधानो ज्योतिष्मान् वपुष्मांस्तत्सुतो ऽभवत्
Kaiśika eut un fils nommé Cedi ; de lui naquit la lignée des Caidya. Parmi ses fils, le plus éminent fut Jyotiṣmān, et le fils de Jyotiṣmān fut Vapuṣmān.
Verse 10
वपुष्मतो बृहन्मेधा श्रीदेवस्तत्सुतो ऽभवत् / तस्य वीतरथो विप्रा रुद्रभक्तो महाबलः
De Vapuṣmān naquit Bṛhanmedhā, et son fils fut Śrīdeva. Ô brāhmaṇas, le fils de Śrīdeva fut Vītaratha — d’une grande puissance et dévot de Rudra (Śiva).
Verse 11
क्रथस्याप्यभवत् कुन्ती वृष्णी तस्याभवत् सुतः / वृष्णेर्निवृत्तिरुत्पन्नो दशार्हस्तस्य तु द्विजाः
De Kratha naquit Kuntī, et d’elle naquit le fils Vṛṣṇi. De Vṛṣṇi surgit Nivṛtti, et de lui, ô deux-fois-nés, naquit Daśārha.
Verse 12
दशार्हपुत्रोप्यारोहो जीमूतस्तत्सुतो ऽभवत् / जैमूतिरभवद् वीरो विकृतिः परवीरहा
D’Upyāroha, fils de Daśārha, naquit Jīmūta ; et son fils fut Jaimūti. De lui surgit le héros Vikṛti, pourfendeur des champions ennemis.
Verse 13
तस्य भीमरथः पुत्रः तस्मान्नवरथो ऽभवत् / दानधर्मरतो नित्यं सम्यक्शीलपरायणः
Son fils fut Bhīmaratha; et de lui naquit Navaratha—toujours voué au dharma du don, constamment attaché à la juste conduite et à la noblesse du caractère.
Verse 14
कदाचिन्मृगयां यातो दृष्ट्वा राक्षसमूर्जितम् / दुद्राव महातविष्टो भयेन मुनिपुङ्गवाः
Un jour, étant parti à la chasse, le plus éminent des sages vit un Rākṣasa puissant, débordant d’énergie; saisi d’une grande frayeur, il s’enfuit, par peur, dans l’immense forêt.
Verse 15
अन्वधावत संक्रुद्धो राक्षसस्तं महाबलः / दुर्योधनो ऽग्निसंकाशः शूलासक्तमहाकरः
Alors le rākṣasa à la grande puissance, Duryodhana, courroucé, le poursuivit—flamboyant comme le feu, sa grande main serrant une lance (śūla).
Verse 16
राजा नवरथो भीत्या नातिदूरादनुत्तमम् / अपश्यत् परमं स्थानं सरस्वत्या सुगोपितम्
Le roi Navaratha, poussé par la peur, aperçut non loin de là un lieu suprême, sans égal—un séjour très élevé, soigneusement dissimulé par la déesse-fleuve Sarasvatī.
Verse 17
स तद्वेगेन महता संप्राप्य मतिमान् नृपः / ववन्दे शिरसा दृष्ट्वा साक्षाद् देवीं सरस्वतीम्
Porté par cet élan puissant, le roi avisé parvint au lieu; et, voyant la déesse Sarasvatī se tenir manifestement devant lui, il s’inclina, la tête courbée, en signe de vénération.
Verse 18
तुष्टाव वाग्भिरिष्टाभिर्बद्धाञ्जलिरमित्रजित् / पपात दण्डवद् भूमौ त्वामहं शरणं गतः
Amitrajit, les paumes jointes en vénération, loua le Seigneur par des paroles chéries; puis il se jeta à terre, raide comme un bâton, et déclara : «En Toi j’ai pris refuge.»
Verse 19
नमस्यामि महादेवीं साक्षाद् देवीं सरस्वतीम् / वाग्देवतामनाद्यन्तामीश्वरीं ब्रह्मचारिणीम्
Je me prosterne devant la Grande Déesse—Sarasvatī elle-même, manifestée—divinité de la Parole sacrée, sans commencement ni fin, Souveraine Dame, Brahmacāriṇī vouée à la discipline du brahman.
Verse 20
नमस्ये जगतां योनिं योगिनीं परमां कलाम् / हिरण्यगर्भमहिषीं त्रिनेत्रां चन्द्रशेखराम्
Je m’incline devant le Sein de tous les mondes—la Yoginī suprême, la plus haute Puissance divine. Je m’incline devant elle, royale épouse de Hiraṇyagarbha, aux trois yeux, couronnée par la lune.
Verse 21
नमस्ये परमानन्दां चित्कलां ब्रह्मरूपिणीम् / पाहि मां परमेशानि भीतं शरणमागतम्
Je me prosterne devant Toi—Béatitude suprême, éclat de la Conscience pure, dont la forme est Brahman. Ô Parameśānī, protège-moi : saisi de crainte, je suis venu à Toi pour refuge.
Verse 22
एतस्मिन्नन्तरे क्रुद्धो राजानं राक्षसेश्वरः / हन्तुं समागतः स्थानं यत्र देवी सरस्वती
Cependant, le seigneur des Rākṣasas, saisi de colère, vint jusqu’au lieu où se tenait la déesse Sarasvatī, avec l’intention de tuer le roi.
Verse 23
समुद्यम्य तदा शूलं प्रवेष्टुं बलदर्पितः / त्रिलोकमातुस्तत्स्थानं शशाङ्कादित्यसंन्निभम्
Alors, enflé d’orgueil de sa propre puissance, il leva sa lance et voulut forcer l’entrée de la demeure de la Mère des trois mondes, éclatante comme la Lune et le Soleil.
Verse 24
तदन्तरे महद् भूतं युगान्तादित्यसन्निभम् / शूलेनोरसि निर्भिद्य पातयामास तं भुवि
Cependant, un être puissant apparut, rayonnant comme le soleil à la fin d’un âge. Le transperçant à la poitrine de son trident, il le jeta à terre.
Verse 25
गच्छेत्याह महाराज न स्थातव्यं त्वया पुनः / इदानीं निर्भयस्तूर्णं स्थाने ऽस्मिन् राक्षसो हतः
Il dit : «Va, ô grand roi ; tu ne dois plus demeurer ici. À présent, hâte-toi et sois sans crainte : en ce lieu même le rākṣasa a été terrassé.»
Verse 26
ततः प्रणम्य हृष्टात्मा राजा नवरथः पराम् / पुरीं जगाम विप्रेन्द्राः पुरन्दरपुरोपमाम्
Puis, s’étant incliné, le cœur empli de joie, le roi Navaratha se mit en route vers sa splendide capitale, ô le meilleur des brahmanes, une cité comparable au séjour de Purandara (Indra).
Verse 27
स्थापयामास देवेशीं तत्र भक्तिसमन्वितः / ईजे च विविधैर्यज्ञैर्हेमैर्देवीं सरस्वतीम्
Animé de dévotion, il y établit la Déesse—la Souveraine suprême—et il vénéra la déesse Sarasvatī par divers yajñas et des offrandes d’or.
Verse 28
तस्य चासीद् दशरथः पुत्रः परमधार्मिकः / देव्या भक्तो महातेजाः शकुनिस्तस्य चात्मजः
De lui naquit Daśaratha, fils souverainement attaché au dharma. Et son fils fut Śakuni, au grand tejas rayonnant, dévot de la Déesse (Devī).
Verse 29
तस्मात् करम्भः संभूतो देवरातो ऽभवत् ततः / ईजे स चाश्वमेधेन देवक्षत्रश्च तत्सुतः
De lui naquit Karambha ; et de Karambha surgit Devarāta. Devarāta accomplit l’Aśvamedha (sacrifice du cheval), et son fils fut Devakṣatra.
Verse 30
मधुस्तस्य तु दायादस्तस्मात् कुरुवशो ऽभवत् / पुत्रद्वयमभूत् तस्य सुत्रामा चानुरेव च
Madhu fut son héritier ; de Madhu naquit Kuruvaśa. Kuruvaśa eut deux fils : Sutrāmā et Anu.
Verse 31
अनोस्तु पुरुकुत्सो ऽभूदंशुस्तस्य च रिक्थभाक् / अथांशोः सत्त्वतो नाम विष्णुभक्तः प्रतापवान् / महात्मा दाननिरतो धनुर्वेदविदां वरः
D’Anu naquit Purukutsa ; et son héritier fut Aṁśu. Puis, d’Aṁśu surgit un être nommé Sattvata : dévot de Viṣṇu, puissant en vaillance, grand d’âme, voué au don, et le premier parmi ceux qui maîtrisent le Dhanurveda, la science de l’arc.
Verse 32
स नारदस्य वचनाद् वासुदेवार्चनान्वितम् / शास्त्रं प्रवर्तयामास कुण्डगोलादिभिः श्रुतम्
Sur la parole de Nārada, il mit en mouvement un śāstra sacré, empreint du culte à Vāsudeva, tel qu’il l’avait entendu de maîtres comme Kuṇḍagola et d’autres.
Verse 33
तस्य नाम्ना तु विख्यातं सात्त्वतं नाम शोभनम् / प्रवर्तते महाशास्त्रं कुण्डादीनां हितावहम्
Par son seul Nom, la splendide doctrine appelée « Sāttvata » devint célèbre et se mit à circuler — grand śāstra sacré, salutaire aux rites commençant par le kuṇḍa (fosse de feu consacrée) et aux observances qui s’y rattachent.
Verse 34
सात्त्वतस्तस्य पुत्रो ऽभूत् सर्वशास्त्रविशारदः / पुण्यश्लोको महाराजस्तेन वै तत्प्रवर्तितम्
De ce Sāttvata naquit un fils, versé dans tous les śāstras. Ce grand roi, illustre par une renommée sainte, établit vraiment et mit en mouvement cette même tradition.
Verse 35
सात्त्वतः सत्त्वसंपन्नः कौशल्यां सुषुवे सुतान् / अन्धकं वै महाभोजं वृष्णिं देवावृधं नृपम् / ज्येष्ठं च भजमानाख्यं धनुर्वेदविदां वरम्
Sāttvata, riche de sattva et de nobles vertus, engendra des fils en Kauśalyā : Andhaka, le grand Bhoja ; Vṛṣṇi ; Devāvṛdha, le roi ; et l’aîné nommé Bhajamāna, le plus éminent parmi les maîtres du Dhanurveda (science de l’arc).
Verse 36
तेषां देवावृधो राजा चचार परमं तपः / पुत्रः सर्वगुणोपेतो मम भूयादिति प्रभुः
Parmi eux, le roi Devāvṛdha, seigneur puissant, accomplit l’austérité suprême, désirant : « Qu’un fils, pourvu de toutes les vertus, naisse pour moi. »
Verse 37
तस्य बभ्रुरिति ख्यातः पुण्यश्लोको ऽभवन्नृपः / धार्मिको रूपसंपन्नस्तत्त्वज्ञानरतः सदा
De lui naquit un roi renommé sous le nom de Babhrū, illustre par une sainte renommée : juste selon le dharma, doté de beauté et d’excellence, et toujours voué à la connaissance du Réel (tattva-jñāna).
Verse 38
भजमानस्य सृञ्जय्यां भजमाना विजज्ञिरे / तेषां प्रधानौ विख्यातौ निमिः कृकण एव च
Dans la lignée Sṛñjaya de Bhajamāna, une femme nommée Bhajamānā enfanta des fils. Parmi eux, les deux plus éminents et renommés furent Nimi et Kṛkaṇa.
Verse 39
महाभोजकुले जाता भोजा वैमार्तिकास्तथा / वृष्णेः सुमित्रो बलवाननमित्रः शिनस्तथा
De la grande lignée Bhoja naquirent les Bhoja, dont les Vaimārtika. Et de Vṛṣṇi vinrent aussi Sumitra, le puissant Balavān, Anamitra, ainsi que Śina.
Verse 40
अनमित्रादभून्निघ्नो निघ्नस्य द्वौ बभूवतुः / प्रसेनस्तु महाभागः सत्राजिन्नाम चोत्तमः
D’Anamitra naquit Nighna. Nighna eut deux fils : l’illustre Prasena et l’éminent nommé Satrājit.
Verse 41
अनमित्राच्छिनिर्जज्ञे कनिष्ठाद् वृष्णिनन्दनात् / सत्यवान् सत्यसंपन्नः सत्यकस्तत्सुतो ऽभवत्
D’Anamitra naquit Chini ; et du cadet, joie des Vṛṣṇi, s’éleva Satyavān, comblé de vérité ; et son fils fut Satyaka.
Verse 42
सात्यकिर्युयुधानस्तु तस्यासङ्गो ऽभवत् सुतः / कुणिस्तस्य सुतो धीमांस्तस्य पुत्रो युगन्धरः
De Sātyaki (aussi nommé Yuyudhāna) naquit un fils appelé Asaṅga. Le fils d’Asaṅga fut le sage Kuṇi, et le fils de Kuṇi fut Yugandhara.
Verse 43
माद्रया वृष्णेः सुतो जज्ञे पृश्निर्वै यदुनन्दनः / जज्ञाते तनयौ पृश्नेः श्वफल्कश्चित्रकश्च ह
De Mādrā, Vṛṣṇi engendra un fils : Pṛśni, la joie des Yadu. Et Pṛśni, à son tour, eut deux fils : Śvaphalka et Citraka.
Verse 44
श्वफल्कः काशिराजस्य सुतां भार्यामविन्दत / तस्यामजनयत् पुत्रमक्रूरं नाम धार्मिकम् / उपमङ्गुस्तथा मङ्गुरन्ये च बहवः सुताः
Śvaphalka épousa la fille du roi de Kāśī. D’elle il engendra un fils nommé Akrūra, renommé pour sa droiture ; ainsi que Upamaṅgu, Maṅgu et bien d’autres fils.
Verse 45
अक्रूरस्य स्मृतः पुत्रो देववानिति विश्रुतः / उपदेवश्च पुण्यात्मा तयोर्विश्वप्रमाथिनौ
On se souvient qu’Akrūra eut un fils renommé sous le nom de Devavān ; et un autre fils, à l’âme vertueuse, nommé Upadeva. Tous deux sont décrits comme domptant les adversités du monde.
Verse 46
चित्रकस्याभवत् पुत्रः पृथुर्विपृथुरेव च / अश्वग्रीवः सुबाहुश्च सुपार्श्वकगवेषणौ
Citraka eut pour fils Pṛthu et Vipṛthu ; ainsi qu’Aśvagrīva et Subāhu, avec Suparśvaka et Gaveṣaṇa.
Verse 47
अन्धकात् काश्यदुहिता लेभे च चतुरः सुतान् / कुकुरं भजमानं च शुचिं कम्बलबर्हिषम्
D’Andhaka, la fille de Kaśyapa enfanta quatre fils : Kukura, Bhajamāna, Śuci et Kambalabarhiṣ.
Verse 48
कुकुरस्य सुतो वृष्णिर्वृष्णेस्तु तनयो ऽभवत् / कपोतरोमा विपुलस्तस्य पुत्रो विलोमकः
Le fils de Kukura fut Vṛṣṇi; et Vṛṣṇi, à son tour, eut un fils. Ce fils se nommait Kapotaromā; de lui naquit Vipula; et le fils de Vipula fut Vilomaka.
Verse 49
तस्यासीत् तुम्बुरुसखा विद्वान् पुत्रो नलः किल / ख्यायते तस्य नामानुरनोरानकदुन्दुभिः
Il eut, dit-on, un fils savant nommé Nala, compagnon de Tumburu; et sa renommée est proclamée partout, retentissante comme le roulement des timbales et des grands tambours de guerre.
Verse 50
स गोवर्धनमासाद्य तताप विपुलं तपः / वरं तस्मै ददौ देवो ब्रह्मा लोकमहेश्वरः
Parvenu à Govardhana, il accomplit d’abondantes austérités; et le dieu Brahmā—Seigneur des mondes—lui accorda une grâce.
Verse 51
वंशस्य चाक्षयां कीर्ति गानयोगमनुत्तमम् / गुरोरभ्यधिकं विप्राः कामरूपित्वमेव च
Et (il obtient) pour sa lignée une gloire impérissable, la discipline sans égale du chant sacré et de l’absorption yogique; et, ô brāhmaṇas, même des pouvoirs surpassant ceux du maître—oui, la capacité de prendre forme à volonté.
Verse 52
स लब्ध्वा वरमव्यग्रो वरेण्यं वृषवाहनम् / पूजयामास गानेन स्थाणुं त्रिदशपूजितम्
Ayant reçu la grâce, il devint sans trouble et vénéra par des hymnes le Seigneur excellent au drapeau du Taureau (Śiva), le vénérable Sthāṇu, adoré par les dieux.
Verse 53
तस्य गानरतस्याथ भगवानम्बिकापतिः / कन्यारत्नं ददौ देवो दुर्लभं त्रिदशैरपि
Alors, à celui qui se complaisait dans le chant sacré, le Seigneur Bienheureux—époux d’Ambikā—accorda un joyau parmi les jeunes filles : une vierge divine si rare que même les Trente-Trois dieux l’obtiennent à peine.
Verse 54
तया स सङ्गतो राजा गानयोगमनुत्तमम् / अशिक्षयदमित्रघ्नः प्रियां तां भ्रान्तलोचनाम्
Uni à elle, le roi—vainqueur des ennemis—enseigna à sa bien-aimée, dont les yeux erraient dans la confusion, la discipline suprême du gāna-yoga : le yoga par le chant sacré.
Verse 55
तस्यामुत्पादयामास सुभुजं नाम शोभनम् / रूपलावण्यसंपन्नां ह्रीमतीमपि कन्यकाम्
D’elle, il engendra un beau fils nommé Subhuja ; et il engendra aussi une jeune fille nommée Hrīmatī, comblée de beauté et de grâce.
Verse 56
ततस्तं जननी पुत्रं बाल्ये वयसि शोभनम् / शिक्षयामास विधिवद् गानविद्यां च कन्यकाम्
Puis la mère, selon la juste tradition, forma son beau fils dès l’enfance ; et elle instruisit aussi, comme il se doit, la jeune fille dans la science de la musique.
Verse 57
कृतोपनयनो वेदानधीत्य विधिवद् गुरोः / उद्ववाहात्मजां कन्यां गन्धर्वाणां तु मानसीम्
Après avoir reçu l’upanayana et, selon le rite, étudié les Veda auprès du maître, il épousa une jeune fille issue des Gandharva, une fille « née de l’esprit » (mānasī).
Verse 58
तस्यामुत्पादयामास पञ्च पुत्राननुत्तमान् / वीणावादनतत्त्वज्ञान् गानशास्त्रविशारदान्
En elle, il engendra cinq fils sans égal—connaissant les vrais principes du jeu de la vīṇā et pleinement accomplis dans la science du chant sacré.
Verse 59
पुत्रैः पौत्रैः सपत्नीको राजा गानविशारदः / पूजयामास गानेन देवं त्रिपुरनाशनम्
Entouré de ses fils et de ses petits-fils, et avec sa reine, le roi—expert en chant sacré—adora le Seigneur, le Destructeur de Tripura, par le chant de dévotion.
Verse 60
ह्रीमती चापि या कन्या श्रीरिवायतलोचना / सुबाहुर्नाम गन्धर्वस्तामादाय ययौ पुरीम्
Et la jeune Hrīmatī—aux longs yeux semblables à ceux de Śrī (Lakṣmī)—fut emmenée par un Gandharva nommé Subāhu, qui s’en alla ensuite vers sa cité.
Verse 61
तस्यामप्यभवन् पुत्रा गन्धर्वस्य सुतेजसः / सुषेणवीरसुग्रीवसुभोजनरवाहनाः
D’elle naquirent aussi les fils de ce Gandharva rayonnant : Suṣeṇa, Vīra, Sugrīva, Subhojana et Ravāhana.
Verse 62
अथासीदभिजित् पुत्रो वीरस्त्वानकदुन्दुभेः / पुनर्वसुश्चाभिजितः संबभूवाहुकः सुतः
Puis Anakadundubhi eut un fils vaillant nommé Abhijit ; d’Abhijit naquit Punarvasu, dont le fils fut Ahuka.
Verse 63
आहुकस्योग्रसेनश्च देवकश्च द्विजोत्तमाः / देवकस्य सुता वीरा जज्ञिरे त्रिदशोपमाः
Ô le meilleur des deux-fois-nés, d’Āhuka naquirent Ugrasena et Devaka ; et de Devaka naquirent des filles héroïques, d’une excellence pareille à celle des dieux.
Verse 64
देववानुपदेवश्च सुदेवो देवरक्षितः / तेषां स्वसारः सप्तासन् वसुदेवाय ता ददौ
Naquirent aussi Devavān, Upadeva, Sudeva et Devarakṣita. Ils avaient sept sœurs ; et Vasudeva les donna en mariage.
Verse 65
वृकदेवोपदेवा च तथान्या देवरक्षिता / श्रीदेवा शान्तिदेवा च सहदेवा सहदेवा च सुव्रता / देवकी चापि तासां तु वरिष्ठाभूत् सुमध्यमा
Vṛkadevopadevī, et une autre nommée Devarakṣitā ; Śrīdevā, Śāntidevā, Sahadevā, et encore Sahadevā, ainsi que Suvratā. Parmi elles, Devakī, à la taille gracieuse, fut la plus éminente.
Verse 66
अग्रसेनस्य पुत्रो ऽभून्न्यग्रोधः कंस एव च / सुभूमी राष्ट्रपालश्च तुष्टिमाञ्छङ्कुरेव च
Agrasena eut des fils : Nyagrodha, et aussi Kaṁsa ; ainsi que Subhūmī, Rāṣṭrapāla, Tuṣṭimān et Chaṅku.
Verse 67
भजमानादबूत् पुत्रः प्रख्यातो ऽसौ विदूरथः / तस्य शूरः शमिस्तस्मात् प्रतिक्षत्रस्ततो ऽभवत्
De Bhajamāna naquit un fils, renommé sous le nom de Vidūratha. De lui vint Śūra ; de Śūra vint Śami ; et de Śami, ensuite, naquit Pratikṣatra.
Verse 68
स्वयंभोजस्ततस्तस्माद् हृदिकः शत्रुतापनः / कृतवर्माथ तत्पुत्रो देवरस्तत्सुतः स्मृतः / स शूरस्तत्सुतो धीमान् वसुदेवो ऽथ तत्सुतः
De Svayaṃbhoja naquit Hṛdika, le brûleur des ennemis. De lui naquit Kṛtavarmā; son fils est connu sous le nom de Devara. Le fils de Devara fut Śūra, vaillant et sage, et de Śūra naquit Vasudeva—puis naquit son fils.
Verse 69
वसुदेवावन्महाबाहुर्वासुदेवो जगद्गुरुः / बभूव देवकीपुत्रो देवैरभ्यर्थितो हरिः
Ce Hari aux bras puissants—Vāsudeva, le Guru du monde—devint le fils de Devakī, s’incarnant dans la lignée de Vasudeva, après avoir été ardemment imploré par les dieux.
Verse 70
रोहिणी च महाभागा वसुदेवस्य शोभना / असूत पत्नी संकर्षं रामं ज्येष्ठं हलायुधम्
Rohiṇī, l’illustre et heureuse épouse de Vasudeva, enfanta Saṅkarṣaṇa—Rāma, l’aîné, celui qui porte l’arme du soc.
Verse 71
स एव परमात्मासौ वासुदेवो जगन्मयः / हलायुधः स्वयं साक्षाच्छेषः संकर्षणः प्रभुः
Lui seul est le Paramātman—Vāsudeva qui emplit l’univers. Il porte l’arme du soc; en vérité, il est Śeṣa lui-même : Saṅkarṣaṇa, le Seigneur souverain, manifesté en personne.
Verse 72
भृगुशापच्छलेनैव मानयन् मानुषीं तनुम् / बभूत तस्यां देवक्यां रोहिण्यामपि माधवः
Sous le prétexte de la malédiction de Bhṛgu, honorant la prise d’un corps humain, Mādhava se manifesta là—en Devakī comme aussi en Rohiṇī.
Verse 73
उमादेहसमुद्भूता योगनिद्रा च कौशीकी / नियोगाद् वासुदेवस्य यशोदातनया ह्यभूत्
Née du corps d’Umā, cette même Somnolence yogique—Kauśikī—sur l’ordre de Vāsudeva, devint en vérité la fille de Yaśodā.
Verse 74
ये चान्ये वसुदेवस्य वासुदेवाग्रजाः सुताः / प्रागेव कंसस्तान् सर्वान् जघान मुनिपुङ्गवाः
Et ces autres fils de Vasudeva, qui étaient les frères aînés de Vāsudeva (Kṛṣṇa), Kamsa les avait déjà tous mis à mort auparavant, ô le meilleur des sages.
Verse 75
सुषेणश्च तथोदायी भद्रसेनो महाबलः / ऋजुदासो भद्रदासः कीर्तिमानपि पूर्वजः
Et (il y avait) Suṣeṇa ; de même Udāyī ; Bhadrasena, d’une grande puissance ; Ṛjudāsa ; Bhadradāsa ; et aussi Kīrtimān, illustre depuis les temps anciens.
Verse 76
हतेष्वेतेषु सर्वेषु रोहिणी वसुदेवतः / असूत रामं लोकेशं बलभद्रं हलायुधम्
Quand tous ceux-là eurent été mis à mort, Rohiṇī, de Vasudeva, enfanta Rāma—seigneur des mondes—Balabhadra, porteur de l’arme du soc.
Verse 77
जाते ऽथ रामे देवानामादिमात्मानमच्युतम् / असूत देवकी कृष्णं श्रीवत्साङ्कितवक्षसम्
Puis, après la naissance de Rāma, Devakī enfanta Kṛṣṇa—Acyuta, le Soi primordial des dieux—dont la poitrine porte le signe du Śrīvatsa.
Verse 78
रेवती नाम रामस्य भार्यासीत् सुगुणान्विता / तस्यामुत्पादयामास पुत्रौ द्वौ निशठोल्मुकौ
L’épouse de Rāma se nommait Revatī, parée de vertus éminentes. D’elle il engendra deux fils : Niśaṭha et Olmuka.
Verse 79
षोडशस्त्रीसहस्त्राणि कृष्णस्याक्लिष्टकर्मणः / बभूवुरात्मजास्तासु शतशो ऽथ सहस्त्रशः
Kṛṣṇa — dont les actes sont sans effort et sans souillure — eut seize mille épouses ; et d’elles naquirent des fils, par centaines, et même par milliers.
Verse 80
चारुदेष्णः सुचारुश्च चारुवेषो यशोधरः / चारुश्रवाश्चारुयशाः प्रद्युम्नः शङ्ख एव च
« (Ce sont) Cārudeṣṇa ; Sucāru, le plus charmant ; Cāruveṣa, à la belle forme et au bel habit ; Yaśodhara, porteur de gloire ; Cāruśravas, à la renommée douce ; Cāruyaśas, à la célébrité éclatante ; Pradyumna ; et aussi Śaṅkha. »
Verse 81
रुक्मिण्य वासुदेवस्यां महाबलपराक्रमाः / विशिष्टाः सर्वपुत्राणां संबभूवुरिम् सुताः
De Rukmiṇī et de Vāsudeva naquirent ces fils, éminents parmi tous, doués d’une grande force et d’une vaillance héroïque.
Verse 82
तान् दृष्ट्वा तनयान् वीरान् रौक्मिणेयाञ्जनार्दनम् / जाम्बवत्यब्रवीत् कृष्णं भार्या तस्य शुचिस्मिता
Voyant ces fils héroïques — le fils de Rukmiṇī et Janārdana — Jāmbavatī, son épouse au sourire pur, s’adressa à Kṛṣṇa.
Verse 83
मम त्वं पुण्डरीकाक्ष विशिष्टं गुणवत्तमम् / सुरेशसदृशं पुत्रं देहि दानवसूदन
Ô Seigneur aux yeux de lotus, ô destructeur des Dānavas, accorde-moi un fils : exceptionnel, suprêmement vertueux, comparable au roi des dieux.
Verse 84
जात्बवत्या वचः श्रुत्वा जगन्नाथः स्वयं हरिः / समारेभे तपः कर्तुं तपोनिधिररिन्दमः
Entendant les paroles de Jātbavatī, Jagannātha—Hari Lui-même—se mit à entreprendre l’austérité ; ce trésor de tapas, dompteur des ennemis, se résolut à accomplir la pénitence.
Verse 85
तच्छृणुध्वं मुनिश्रेष्ठा यथासौ देवकीसुतः / दृष्ट्वा लेभे सुतं रुद्रं तप्त्वा तीव्रं महत् तपः
Écoutez ceci, ô meilleurs des sages : comment le fils de Devakī, après une austérité intense et grandiose, vit Rudra et l’obtint pour fils.
It converts lineage into lived dharma: royal succession is not merely biological but validated by śaraṇāgati and the establishment of Devī worship, showing that sovereignty is secured through divine protection, right conduct, and ritual patronage.
In this chapter it is presented as a Vāsudeva-centered sacred treatise/tradition set in motion under Nārada’s instruction, supporting rites and observances and functioning as an early theological-ritual framework for Vaiṣṇava devotion within the Purāṇic world.
Viṣṇu’s descent as Kṛṣṇa is central, yet Devī appears as Sarasvatī (refuge and speech-power) and as Kauśikī (yoganidrā), while Śiva is invoked as the Bull-bannered Lord who grants boons—depicting complementary divine agencies rather than sectarian rivalry.
It explicitly announces Kṛṣṇa’s austerity and the vision of Rudra culminating in obtaining him as a son, functioning as a cliffhanger that the subsequent chapter is expected to narrate in detail.