
Le chapitre s’ouvre sur Sūta qui cadre un dialogue : Vyāsa, après avoir entendu les gloires des tīrtha précédents, demande à Agastya un enseignement plus avant, soulignant la soif durable du chercheur pour le tattva (la vérité principielle). Agastya présente Svargadvāra, tīrtha sur la Sarayū, destructeur de péchés et porteur d’indications de libération, en en donnant les repères spatiaux et en le proclamant supérieur aux autres lieux de pèlerinage. Le discours énumère ensuite les pratiques : bain du matin, bain de midi en raison de la proximité des divinités, jeûnes et observances d’un mois, et mérite acquis par les dons (nourriture, terre, bétail, vêtements) ainsi que par l’hospitalité envers les brāhmaṇa. Une logique de phala (fruit) est fortement affirmée : mourir à Svargadvāra mène à la demeure suprême de Viṣṇu ; même des fautes accumulées « grandes comme le Meru » se dissolvent à l’arrivée ; et les actes accomplis là deviennent akṣaya, impérissables. Le texte déploie aussi une topographie théologique en liant durablement Brahmā, Śiva et Hari au lieu, confirmant sa sacralité panthéonique dans un cadre vaiṣṇava. La seconde partie se tourne vers l’instruction rituelle et calendérique du vœu « Candra-sahasra » et du contexte auspicious « Candra-hara » : Candra se rend à Ayodhyā, pratique l’ascèse, obtient la grâce et établit Hari. S’ensuivent des détails de la vénération lunaire : règles de pureté, confection d’une image ou d’un maṇḍala, louange par seize noms de la Lune, offrande d’arghya, homa avec le Soma-mantra, disposition des kalaśa, satisfaction des prêtres, repas offerts aux brāhmaṇa, puis clôture du vœu avec un relâchement prescrit. Le chapitre se conclut sur une note inclusive : l’efficacité du tīrtha est dite valable pour toutes les varṇa et même pour les êtres non humains, tout en maintenant une charpente éthique et rituelle normative.
Verse 1
सूत उवाच । इति श्रुत्वा वचो धीमानादरात्कुंभजन्मनः । प्रोवाच मधुरं वाक्यं कृष्णद्वैपायनो मुनिः
Sūta dit : Ayant ainsi entendu les paroles du sage Agastya — né de la jarre — le muni Kṛṣṇa Dvaipāyana (Vyāsa), avec révérence, prononça des paroles douces.
Verse 2
व्यास उवाच । भगवन्नद्भुतमिदं तीर्थमाहात्म्यमुत्तमम् । श्रुत्वा त्वत्तो मम मनः परमानंदमाययौ
Vyāsa dit : Ô Bienheureux Seigneur ! Ayant entendu de toi cette grandeur merveilleuse et suprême du tīrtha sacré, mon esprit a été comblé de la béatitude la plus haute.
Verse 3
अन्यत्तीर्थवरं ब्रूहि तत्त्वेन मम शृण्वतः । न तृप्तिरस्ति मनसः शृण्वतो मम सुव्रत
Dis-moi, en vérité, un autre tīrtha d’excellence tandis que j’écoute ; car mon esprit ne connaît pas la satiété en entendant—ô toi au vœu noble.
Verse 4
अगस्त्य उवाच । शृणु विप्र प्रवक्ष्यामि तीर्थमन्यदनुत्तमम् । स्वर्गद्वारमिति ख्यातं सर्वपापहरं सदा
Agastya dit : Écoute, ô brāhmane ; je vais décrire un autre tīrtha sans égal, renommé « Svargadvāra », qui ôte à jamais tous les péchés.
Verse 5
स्वर्गद्वारस्य माहात्म्यं विस्तराद्वक्तुमीश्वरः । नहि कश्चिदतो वत्स संक्षेपाच्छृणु सुव्रत
Déployer en détail la grandeur de Svargadvāra demanderait même une puissance souveraine ; aussi, cher enfant, écoute-en le résumé—ô toi au vœu noble.
Verse 6
सहस्रधारामारभ्य पूर्वतः सरयूजले । षट्त्रिंशदधिका प्रोक्ता धनुषां षट्शती मितिः
À partir de Sahasradhārā, vers l’est dans les eaux de la Sarayū, sa mesure est dite de six cent trente-six dhanuṣ.
Verse 7
स्वर्गद्वारस्य विस्तारः पुराणज्ञैर्विशारदैः । स्वर्गद्वारसमं तीर्थं न भूतं न भविष्यति
L’étendue de Svargadvāra a été exposée par des sages experts des Purāṇa ; nul tīrtha égal à Svargadvāra n’a existé, et nul n’existera.
Verse 8
सत्यंसत्यं पुनः सत्यं नासत्यं मम भाषितम् । स्वर्गद्वारसमं तीर्थं नास्ति ब्रह्माण्डगोलके
Vrai—vrai—vrai encore : mes paroles ne sont point mensonge. Dans toute la sphère de l’univers, il n’est aucun tīrtha égal à Svargadvāra.
Verse 9
हित्वा दिव्यानि भौमानि तीर्थानि सकलान्यपि । प्रातरागत्य तिष्ठन्ति तत्र संश्रित्य सुव्रत
Délaissant même tous les lieux saints, célestes et terrestres, ils s’y rendent à l’aube et y demeurent—s’abritant en ce lieu, ô toi au vœu noble.
Verse 10
तस्मादत्र प्रकर्तव्यं प्रातः स्नानं विशेषतः । सर्वतीर्थावगाहस्य फलमात्मन ईप्सता
C’est pourquoi il convient d’accomplir ici le bain du matin, tout particulièrement—pour qui désire obtenir le fruit d’une immersion dans tous les tīrtha.
Verse 11
त्यजंति प्राणिनः प्राणान्स्वर्गद्वारांतरे द्विज । प्रयांति परमं स्थानं विष्णोस्ते नात्र संशयः
Ô deux-fois-né (dvija), les êtres qui rendent leur souffle vital dans l’enceinte de Svargadvāra gagnent la demeure suprême de Viṣṇu—là-dessus, nul doute.
Verse 12
मुक्तिद्वारमिदं पश्य स्वर्गप्राप्तिकरं नृणाम् । स्वर्गद्वारमिति ख्यातं तस्मात्तीर्थमनुत्तमम्
Contemple cette « Porte de la Délivrance », qui accorde aux hommes l’accès au ciel. Elle est renommée « Svargadvāra » ; ainsi ce tīrtha est sans égal.
Verse 13
स्वर्गद्वारं सुदुष्प्राप्यं देवैरपि न संशयः । यद्यत्कामयते तत्र तत्तदाप्नोति मानवः
Svargadvāra est d’un accès extrêmement difficile, même pour les dieux — sans aucun doute. Ce que l’homme y désire, cela même il l’obtient.
Verse 14
स्वर्गद्वारे परा सिद्धिः स्वर्गद्वारे परा गतिः । जप्तं दत्तं हुतं दृष्टं तपस्तप्तं कृतं च यत् । ध्यानमध्ययनं सर्वं दानं भवति चाक्षयम्
À Svargadvāra se trouve l’accomplissement suprême ; à Svargadvāra se trouve la destinée la plus haute. Tout ce qui est récité en japa, tout don de charité, toute offrande au feu, toute visite et vénération, toute austérité pratiquée et toute action accomplie — toute méditation, toute étude et tout don deviennent impérissables.
Verse 15
जन्मांतरसहस्रेण यत्पापं पूर्वसंचितम् । स्वर्गद्वारप्रविष्टस्य तत्सर्वं व्रजति क्षयम्
Quel que soit le péché amassé au cours de milliers de naissances, pour celui qui entre à Svargadvāra, tout cela s’anéantit.
Verse 16
ब्राह्मणाः क्षत्रिया वैश्याः शूद्रा वै वर्णसंकराः । कृमिम्लेच्छाश्च ये चान्ये संकीर्णाः पापयोनयः
Les Brāhmaṇa, les Kṣatriya, les Vaiśya, les Śūdra, et ceux d’origine mêlée ; ainsi que les kṛmi, les mleccha et d’autres êtres variés, nés de matrices de péché—
Verse 17
कीटाः पिपीलिकाश्चैव ये चान्ये मृगपक्षिणः । कालेन निधनं प्राप्ताः स्वर्गद्वारे शृणु द्विज
Insectes, fourmis, et aussi les autres bêtes et oiseaux—ceux qui, en leur temps, rencontrent la mort à Svargadvāra—écoute, ô deux-fois-né.
Verse 18
कौमोदकीकराः सर्वे पक्षिणो गरुडध्वजाः । शुभे विष्णुपुरे विष्णुर्जायते तत्र मानवाः
Tous deviennent porteurs de la massue Kaumodakī; et les oiseaux portent la marque de l’étendard de Garuḍa. Dans cette cité auspicious de Viṣṇu, les humains naissent avec la nature et la destinée de Viṣṇu.
Verse 19
अकामो वा सकामो वा अपि तीर्थगतोपि वा । स्वर्गद्वारे त्यजन्प्राणान्विष्णुलोके महीयते
Qu’on soit sans désir ou avec désir—fût-ce en n’ayant fait que parvenir au tīrtha—celui qui rend son souffle à Svargadvāra est honoré dans le monde de Viṣṇu.
Verse 20
मुनयो देवताः सिद्धाः साध्या यक्षा मरुद्गणाः । यज्ञोपवीतमात्रेण विभागं चक्रिरे तु ये
Les sages, les dieux, les Siddhas, les Sādhyas, les Yakṣas et les troupes des Maruts—ceux qui, en vérité, établirent des distinctions sur la seule base du cordon sacré (yajñopavīta)—
Verse 21
मध्याह्नेऽत्र प्रकुर्वंति सान्निध्यं देवतागणाः । तस्मात्तत्र प्रकुर्वंति मध्याह्ने स्नानमादरात्
À midi, les cohortes des dieux manifestent ici tout particulièrement leur présence. C’est pourquoi l’on doit, avec ferveur, accomplir le bain de midi en ce lieu.
Verse 22
कुर्वंत्यनशनं ये तु स्वर्गद्वारे जितेंद्रियाः । प्रयांति परमं स्थानं ये च मासोपवासिनः
Ceux qui, maîtres de leurs sens, observent le jeûne à Svargadvāra—et ceux qui jeûnent durant un mois—atteignent la demeure suprême.
Verse 23
अन्नदानरता ते च रत्नदा भूमिदा नराः । गोवस्त्रदाश्च विप्रेभ्यो यांति ते भवनं हरेः
Ceux qui se consacrent au don de nourriture, ceux qui offrent des joyaux et des terres, et ceux qui donnent aux brāhmaṇas des vaches et des vêtements, vont à la demeure de Hari.
Verse 24
यत्र सिद्धा महात्मानो मुनयः पितरस्तथा । स्वर्गं प्रयांति ते सर्वे स्वर्गद्वारं ततः स्मृतम्
Là où les siddhas, les grandes âmes, les sages et même les Pitṛs atteignent tous le ciel—c’est pourquoi ce lieu est mémorisé comme « Svargadvāra », la Porte du Ciel.
Verse 25
चतुर्द्धा च तनुं कृत्वा देवदेवो हरिः स्वयम् । अत्र वै रमते नित्यं भ्रातृभिः सह राघवः
Hari, le Dieu des dieux, ayant de lui-même revêtu une forme quadruple, se réjouit ici à jamais—Rāghava avec ses frères.
Verse 26
ब्रह्मलोकं परित्यज्य चतुर्वक्त्रः सनातनः । अत्रैव रमते नित्यं देवैः सह पितामहः
Délaissant même Brahmaloka, l’Éternel aux quatre visages—Pitāmaha (Brahmā)—se réjouit sans cesse ici même, avec les dieux.
Verse 27
कैलासनिलयावासी शिवस्तत्रैव संस्थितः
Śiva, demeurant dans la demeure du Kailāsa, y est aussi établi en ce lieu même.
Verse 28
मेरुमन्दरमात्रोऽपि राशिः पापस्य कर्मणः । स्वर्गद्वारं समासाद्य स सर्वो व्रजति क्षयम्
Même un amas de karma fautif aussi vaste que Meru et Mandara, parvenu à Svargadvāra, s’anéantit entièrement.
Verse 29
या गतिर्ज्ञानतपसां या गतिर्यज्ञयाजिनाम् । स्वर्गद्वारे मृतानां तु सा गतिर्विहिता शुभा
La destinée bénie obtenue par ceux voués à la connaissance et à l’ascèse, et par ceux qui accomplissent les sacrifices—cette même destinée propice est ordonnée à ceux qui meurent à Svargadvāra.
Verse 30
ऋषिदेवासुरगणैर्जपहोमपरायणैः । यतिभिर्मोक्षकामैश्च स्वर्गद्वारो निषेव्यते
Svargadvāra est fréquenté et servi par des multitudes de ṛṣi, de dieux et même d’asura—voués au japa et au homa—ainsi que par des renonçants aspirant à la délivrance.
Verse 31
षष्टिवर्षसहस्राणि काशीवासेषु यत्फलम् । तत्फलं निमिषार्द्धेन कलौ दाशरथीं पुरीम्
Le mérite acquis en demeurant à Kāśī durant soixante mille ans—à l’âge de Kali, on l’obtient en un demi-instant en se réfugiant à Ayodhyā, la cité de Daśaratha.
Verse 32
या गतिर्योगयुक्तानां वाराणस्यां तनुत्यजाम् । सा गतिः स्नानमात्रेण सरय्वां हरिवासरे
L’état suprême qu’atteignent les yogins en quittant leur corps à Vārāṇasī—ce même état s’obtient par le seul bain dans la Sarayū, au jour de Hari.
Verse 33
स्वर्गद्वारे मृतः कश्चिन्नरकं नैव पश्यति । केशवानुगृहीता हि सर्वे यांति परां गतिम्
Quiconque meurt à la « Porte du Ciel » ne voit nullement l’enfer; car ceux que Keśava a comblés de grâce vont tous à la destination suprême.
Verse 34
भूलोके चांतरिक्षे च दिवि तीर्थानि यानि वै । अतीत्य वर्तते तानि तीर्थान्येतद्द्विजोत्तम
Quels que soient les tīrtha sur la terre, dans la région médiane et au ciel—ce lieu saint les surpasse tous, ô meilleur des deux-fois-nés.
Verse 35
विष्णुभक्तिं समासाद्य रमन्ते तु सुनिश्चिताः । संहृत्य शक्तितः कामं विषयेषु हि संस्थितम्
Ayant obtenu la dévotion à Viṣṇu, les résolus se réjouissent assurément—retenant, selon leur force, le désir (kāma) établi dans les objets des sens.
Verse 36
शक्तितः सर्वतो युक्त्वा शक्तिस्तपसि संस्थिता । न तेषां पुनरावृत्तिः कल्पकोटिशतैरपि
Rassemblant leur force de toutes les manières, leur puissance s’établit dans l’austérité (tapas) ; pour eux, il n’y a plus de retour à la renaissance, fût-ce au long de centaines de crores de kalpas.
Verse 37
हन्यमानोऽपि यो विद्वान्वसेच्छस्त्रशतैरपि । स याति परमं स्थानं यत्र गत्वा न शोचति
Même si un homme savant est frappé par des centaines d’armes, s’il demeure ici, il atteint la demeure suprême ; l’ayant atteinte, il ne s’afflige plus.
Verse 38
स्वर्गद्वारे वियुज्येत स याति परमां गतिम् । उत्तरं दक्षिणं वापि अयनं न विकल्पयेत्
Si l’on quitte le corps à Svargadvāra, on atteint le but suprême. Il n’est pas besoin de distinguer la voie du solstice du nord ou du sud.
Verse 39
सर्वस्तेषां शुभः कालः स्वर्गद्वारं श्रयंति ये । स्नानमात्रेण पापानि विलयं यांति देहिनाम्
Pour tous ceux qui prennent refuge à Svargadvāra, tout moment devient auspice. Par le seul bain, les péchés des êtres incarnés se dissolvent.
Verse 40
यावत्पापानि देहेन ये कुर्वंति जनाः क्षितौ । अयोध्या परमं स्थानं तेषामीरितमादरात्
Quels que soient les péchés que les hommes commettent en ce monde par le corps, Ayodhyā est proclamée avec révérence comme leur demeure suprême.
Verse 41
ज्येष्ठे मासि सिते पक्षे पंचदश्यां विशेषतः । तस्य सांवत्सरी यात्रा देवैश्चन्द्रहरेः स्मृता
Surtout le quinzième jour de la quinzaine claire du mois de Jyeṣṭha, on se souvient du pèlerinage annuel de Candrahari, ainsi que l’ont déclaré même les dieux.
Verse 42
तस्मिन्नुद्यापनं चन्द्रसहस्रं व्रतयोगिभिः । कार्यं प्रयत्नतो विप्र सर्वयज्ञफलाधिकम्
En cette occasion, ô brāhmane, les pratiquants voués aux vœux doivent accomplir avec ardeur le rite de clôture (udyāpana) du Candrasahasra-vrata, dont le fruit surpasse celui de tous les sacrifices.
Verse 43
तस्मिन्कृते महापापक्षयात्स्वर्गो भवेन्नृणाम्
Lorsque cela est accompli comme il se doit, par l’anéantissement des grands péchés, le ciel devient accessible aux êtres humains.
Verse 44
श्रीव्यास उवाच । भगवन्ब्रूहि तत्त्वेन तस्य चन्द्रहरेः शुभाम् । उत्पत्तिं च तथा चंद्रव्रतस्योद्यापने विधिम्
Śrī Vyāsa dit : Ô Bienheureux, dis-moi en vérité l’origine propice de ce Candrahari, ainsi que la manière d’accomplir le rite de clôture (udyāpana) du Candra-vrata.
Verse 45
अगस्त्य उवाच । अयोध्यानिलयं विष्णुं नत्वा शीतांशुरुत्सुकः । आगच्छत्तीर्थमाहात्म्यं साक्षात्कर्तुं सुधानिधिः । अत्रागत्य च चन्द्रोऽथ तीर्थयात्रां चकार सः
Agastya dit : Désireuse de contempler la grandeur des lieux saints, la Lune—trésor d’ambroisie—vint après s’être inclinée devant Viṣṇu qui demeure à Ayodhyā. Arrivé ici, Candra entreprit alors le pèlerinage des tīrtha.
Verse 46
क्रमेण विधिपूर्वं च नानाश्चर्यसमन्वितः । समाराध्य ततो विष्णुं तपसा दुश्चरेण वै
Puis, selon l’ordre et conformément au rite—au milieu de maints prodiges—il adora Viṣṇu, s’engageant dans des austérités réellement ardues.
Verse 47
तत्प्रसादं समासाद्य स्वाभिधानपुरस्सरम् । हरिं संस्थापयामास तेन चंद्रहरिः स्मृतः
Ayant obtenu Sa grâce, il installa Hari en plaçant d’abord son propre nom ; c’est pourquoi cette divinité est commémorée sous le nom de Candrahari.
Verse 48
वासुदेवप्रसादेन तत्स्थानं जातमद्भुतम् । तद्धि गुह्यतमं स्थानं वासुदेवस्य सुव्रत
Par la grâce de Vāsudeva, ce lieu devint vraiment merveilleux ; car il est le séjour le plus secret et souverainement sacré de Vāsudeva, ô toi aux vœux excellents.
Verse 49
सर्वेषामिव भूतानां भर्तुर्मोक्षस्य सर्वदा । अस्मिन्सिद्धाः सदा विप्र गोविंदव्रतमास्थिताः
Ici, ô brāhmane, les Siddhas demeurent sans cesse, toujours voués au Govinda-vrata : Govinda, le Seigneur de la délivrance pour tous les êtres.
Verse 50
नानालिंगधरा नित्यं विष्णुलोकाभिकांक्षिणः । अभ्यस्यंति परं योगं मुक्तात्मानो जितेंद्रियाः
Portant divers signes et observances, aspirant sans cesse au monde de Viṣṇu, ces âmes libérées, maîtresses des sens, s’exercent continuellement au Yoga suprême.
Verse 51
यथा धर्ममवाप्नोति अन्यत्र न तथा क्वचित् । दानं व्रतं तथा होमः सर्वमक्षयतां व्रजेत
Comme on obtient ici le Dharma, nulle part ailleurs on ne l’obtient ainsi. L’aumône, les vœux et le homa : tout ce qui est accompli ici devient d’un mérite impérissable (akṣaya).
Verse 52
सर्वकामफलप्राप्तिर्जायते प्राणिनां सदा । तस्मादत्र विधातव्यं प्राणिभिर्यत्नतः क्रमात् । दानादिकं विप्रपूजा दंपत्योश्च विशेषतः
Ici, pour les êtres vivants, l’obtention des fruits de tous les désirs légitimes naît sans cesse. C’est pourquoi les êtres doivent accomplir avec soin, selon l’ordre prescrit, des actes tels que l’aumône et surtout la vénération des brāhmaṇas—plus particulièrement encore lorsque l’époux et l’épouse l’accomplissent ensemble.
Verse 53
सर्वयज्ञाधिकफलं सर्वतीर्थावगाहनम् । सर्वदेवावलोकस्य यत्पुण्यं जायते नृणाम्
Le fruit supérieur à tous les sacrifices, le mérite de se baigner en tous les gués sacrés, et le mérite qui naît chez les hommes de la contemplation de tous les dieux—
Verse 54
तत्सर्वं जायते पुण्यं प्राणिनामस्य दर्शनात् । तस्मादेतन्महाक्षेत्रं पुराणादिषु गीयते
Tout ce mérite naît pour les êtres par le seul darśana de ce lieu sacré. C’est pourquoi, dans les Purāṇas et d’autres Écritures, il est célébré comme un grand kṣetra, un vaste domaine saint.
Verse 55
उद्यापनविधिश्चात्र नृभिर्द्विजपुरस्सरम् । अग्रे चंद्रहरेश्चन्द्र सहस्रव्रतसंज्ञकः
Ici encore est enseigné le rite d’udyāpana, la clôture du vœu, que les hommes doivent accomplir en plaçant les brāhmaṇas au premier rang. D’abord vient l’observance nommée « Candra-sahasra Vrata », en l’honneur du Seigneur de la Lune.
Verse 56
गते वर्षद्वये सार्द्धे पंचपक्षे दिनद्वये । दिवसस्याऽष्टमे भागे पतत्येकोऽधिमासकः
Lorsque se sont écoulés deux ans et demi—avec cinq quinzaines et deux jours—alors, à la huitième partie d’un jour, survient un mois intercalaire (adhimāsa).
Verse 57
त्र्यधिके वा अशीत्यब्दे चतुर्मासयुते ततः । भवेच्चन्द्रसहस्रं तु तावज्जीवति यो नरः । उद्यापनं प्रकर्त्तव्यं तेन यात्रा प्रयत्नतः
Ou encore, après quatre-vingt-trois ans, avec quatre mois en sus, s’accomplit le vœu des «mille lunes», si l’homme vit jusque-là. Alors il doit, avec ferveur, accomplir l’udyāpana et entreprendre le pèlerinage avec l’effort requis.
Verse 58
यत्पुण्यं परमं प्रोक्तं सततं यज्ञयाजिनाम् । सत्यवादिषु यत्पुण्यं यत्पुण्यं हेमदायिनि । तत्पुण्यं लभते विप्र सहस्राब्दस्य जीविभिः
Le mérite suprême que l’on dit appartenir sans cesse à ceux qui accomplissent les sacrifices; le mérite des véridiques; et le mérite de celui qui fait don d’or en aumône—ce mérite-là, ô brāhmaṇa, est obtenu par ceux qui vivent jusqu’à la mesure du «sahasrābda» (le compte des mille ans lié aux mille lunes).
Verse 59
सर्वसौख्यप्रदं तादृक्पुण्यव्रतमिहोच्यते
Ainsi est-il proclamé ici qu’un tel vœu méritoire est dispensateur de tout bonheur.
Verse 60
चतुर्दश्यां शुचिः स्नात्वा दन्तधावनपूर्वकम् । चरितब्रह्मचर्य्यश्च जितवाक्कायमानसः । पौर्णमास्यां तथा कृत्वा चंद्रपूजां च कारयेत्
Au quatorzième jour lunaire, purifié, qu’il se baigne—après s’être nettoyé les dents—observant le brahmacarya et maîtrisant parole, corps et esprit. Puis, au jour de pleine lune, ayant fait de même, qu’il fasse célébrer le culte de la Lune (Candra-pūjā).
Verse 61
पूर्वं च मातरः पूज्या गौर्यादिकक्रमेण च । ऋत्विजः पूजयेद्भक्त्या वृद्धिश्राद्धपुरस्सरम्
D’abord, les Mères divines doivent être adorées selon l’ordre prescrit, en commençant par Gaurī et les autres. Ensuite, avec dévotion, qu’on honore les prêtres officiants (ṛtvij), après avoir accompli au préalable le rite convenable de vṛddhi-śrāddha.
Verse 62
प्रयतैः प्रतिमा कार्या चंद्रमंडलसन्निभा । सहस्रसंख्या ह्यथवा तदर्द्धं वा तदर्द्धकम् । निजवित्तानुमानेन तदर्धेन तदर्द्धिकम्
Avec pureté et préparation attentive, qu’on façonne une image semblable au disque de la Lune. Qu’elle soit au nombre de mille, ou de la moitié, ou encore de la moitié de la moitié, selon ses moyens; et, au besoin, qu’on réduise davantage selon les ressources.
Verse 63
ततः श्रद्धानुमानाद्वा कार्या वित्तानुमानतः । अथवा षोडश शुभा विधातव्याः प्रयत्नतः
Ensuite, qu’on agisse selon la mesure de la foi ou selon la mesure des biens. Ou bien, avec un effort sincère, qu’on dispose seize éléments auspices (images/offrandes) tels qu’il est prescrit.
Verse 64
चंद्रपूजां ततः कुर्यादागमोक्तविधानतः । माषैः षोडशभिः कार्या प्रत्येकं प्रतिमा शुभा
Ensuite, qu’on accomplisse le culte de la Lune selon le rite enseigné dans les Āgamas. Chaque image de bon augure doit être faite avec seize māṣas (mesure de poids/quantité) pour chacune.
Verse 65
सोममंत्रेण होमस्तु कार्यो वित्तानुमानतः । प्रतिमास्थापनं कुर्यात्सोममंत्रमुदीरयेत्
Le homa doit être accompli avec le Soma-mantra, selon la mesure de ses moyens. Ensuite, qu’on installe l’image, en récitant le Soma-mantra au moment de l’établissement.
Verse 66
सोमोत्पत्तिं सोमसूक्तं पाठयेच्च प्रयत्नतः । चंद्रपूजां ततः कुर्यादागमोक्तविधानतः
Avec un soin assidu, qu’on fasse réciter le récit de la naissance de Soma et le Soma-sūkta. Puis qu’on accomplisse le culte de la Lune selon le rite proclamé dans les Āgamas.
Verse 67
चंद्रन्यासं कलान्यासं कारयेन्मंडले जलम् । एकादशेंद्रियन्यासं तथैव विधिपूर्वकम्
Qu’on accomplisse le nyāsa de Candra et le nyāsa des kalā (les phases lunaires), puis qu’on consacre l’eau dans le maṇḍala. De même, qu’on accomplisse, selon la règle et dans l’ordre prescrit, le nyāsa des onze facultés (indriya).
Verse 68
चंद्रबिंबनिभं कार्य्यं मंडलं शुभतंडुलैः । मध्ये च कलशः स्थाप्यो गव्येन पयसाप्लुतः
Qu’on façonne un maṇḍala semblable au disque de la Lune avec des grains de riz de bon augure. En son centre, qu’on place un kalaśa, rempli de lait de vache.
Verse 69
चतुरस्रेषु संपूर्णान्कलशान्स्थापयेद्बहिः । मंडले चंद्रपूजा च कर्तव्या नामभिः क्रमात्
À l’extérieur, aux quatre côtés, qu’on dispose des vases rituels entièrement remplis. Puis, dans le maṇḍala, qu’on accomplisse le culte de Candra selon la succession, en l’invoquant par ses noms dans l’ordre requis.
Verse 70
चंद्राय विधवे नित्यं नमः कुमुदबंधवे
À jamais, salutations à Candra — l’Ordonnateur — et à l’Ami du lotus kumuda.
Verse 71
सुधांशवे च सोमाय ओषधीशाय वै नमः । नमोऽब्जाय मृगांकाय कलानां निधये नमः
Salutations à la Lune, dont les rayons sont comme le nectar; salutations à Soma, seigneur des herbes guérisseuses. Salutations à Celui qui est tel un lotus né (frais et pur), au dieu marqué mṛgāṅka, trésor des kalā lunaires.
Verse 72
नमो नक्षत्रनाथाय शर्वरीपतये नमः । जैवातृकाय सततं द्विजराजाय वै नमः
Hommage au Seigneur des constellations; hommage au Maître de la nuit. Sans cesse je me prosterne devant Jaivātṛka, le Donneur de vie, et devant Candra, le «roi des deux-fois-nés», la Lune.
Verse 73
एवं षोडशभिश्चंद्रः स्तोतव्यो नामभिः क्रमात्
Ainsi, Candra doit être loué, dans l’ordre, par seize noms.
Verse 74
ततो वै प्रयतो दद्याद्विधिवन्मंत्रपूर्वकम् । शंखतोयं समादाय सपुष्पं फलचंदनम्
Ensuite, maître de soi, qu’on fasse l’offrande selon le rite, précédée de mantra : prenant de l’eau dans une conque, avec fleurs, fruits et pâte de santal.
Verse 75
नमस्ते मासमासांते जायमान पुनःपुनः । गृहाणार्घ्यं शशांक त्वं रोहिण्या सहितो मम
Hommage à Toi qui « nais » encore et encore à la fin de chaque mois. Ô Śaśāṅka, avec Rohiṇī, reçois cette offrande d’arghya de ma part.
Verse 76
एवं संपूज्य विधिवच्छशिनं प्रणतो भवेत् । षोडशान्ये च कलशा दुग्धपूर्णाः सरत्नकाः
Après avoir ainsi honoré la Lune selon le rite, qu’on se prosterne. Et que l’on prépare seize autres jarres, pleines de lait et ornées de gemmes.
Verse 77
सवस्त्राच्छादनाः शांत्यै दातव्यास्ते द्विजन्मने । अभिषेकं ततः कुर्यात्पायसेन जलेन तु
Recouvertes de tissus et de vêtements, ces jarres doivent être offertes à un prêtre « deux-fois-né » (dvija) pour la paix. Ensuite, qu’on accomplisse l’abhiṣeka, en versant du pāyasa (riz au lait sacré) et de l’eau.
Verse 78
ऋत्विजां मनसस्तुष्टिः कार्या वित्तानुमानतः । ब्राह्मणं भोजयेत्तत्र सकुटुंबं विशेषतः
Qu’on veille à la satisfaction des prêtres officiants (ṛtvij) selon ses moyens. Là, qu’on nourrisse tout particulièrement les brāhmaṇas avec leurs familles.
Verse 79
पूजनीयौ प्रयत्नेन वस्त्रैश्च द्विजदंपती । कर्तव्यं च ततो भूरिदक्षिणादानमुत्तमम्
Avec effort, qu’on honore le couple de brāhmaṇas, en leur offrant aussi des vêtements. Ensuite, qu’on donne une dakṣiṇā abondante et excellente.
Verse 80
प्रतिमाश्च प्रदातव्या द्विजेभ्यो धेनुपूर्विकाः । सुवर्णं रजतं वस्त्रं तथान्नं च विशेषतः । दातव्यं चंद्रसुप्रीत्यै हर्षादेवं द्विजन्मने
Qu’on offre aussi des images sacrées (pratimā) aux brāhmaṇas, précédées du don d’une vache. Or, argent, vêtements et, tout particulièrement, nourriture doivent être donnés. Ainsi, dans la joie, qu’on remette ces présents au « deux-fois-né » pour la grande satisfaction de Candra (la Lune divine).
Verse 81
उपवासविधानेन दिनशेषं नयेत्सुधीः । अनंतरे च दिवसे कुर्याद्भगवदर्चनम् । बांधवैः सह भुञ्जीत नियमं च विसर्ज्जयेत्
Le dévot avisé doit passer le reste du jour selon la règle du jeûne. Le lendemain, qu’il accomplisse l’adoration du Seigneur ; puis, avec ses proches, qu’il prenne nourriture et qu’il mette formellement fin à l’observance.
Verse 82
एवं च कुरुते चंद्रसहस्रं व्रतमुत्तमम् । ब्रह्मघ्नोऽपि सुरापोऽपि स्तेयी च गुरुतल्पगः । व्रतेनानेन शुद्धात्मा चंद्रलोकं व्रजेन्नरः
Ainsi accomplit-on le vœu suprême nommé « Candrasahasra ». Par ce vœu, même le meurtrier d’un brāhmaṇa, même le buveur d’alcool, le voleur et celui qui a profané le lit du maître—l’âme purifiée—peut gagner le monde de la Lune.
Verse 83
यादृशश्च भवेद्विप्र प्रियो नारायणस्य च । एवं करोति नियतं कृतकृत्यो भवेन्नरः
Ô brāhmaṇa, quelle que soit la condition d’un homme, s’il est cher à Nārāyaṇa et accomplit cette observance avec une régularité inébranlable, il devient celui qui a accompli le but de l’existence.