
Ce chapitre est un enseignement théologique sous forme de dialogue, où Īśvara expose à Devī la sainteté singulière de Prabhāsa-kṣetra, un territoire rituel vaiṣṇava en « yava-ākāra » (forme de grain d’orge) dont les limites aux quatre directions sont clairement énoncées. Il en affirme la permanence et l’efficacité exceptionnelle : tout acte accompli en ce lieu—mourir dans le kṣetra, faire des dons, offrir des oblations, réciter des mantras, pratiquer l’austérité, nourrir les brāhmaṇa—produit un mérite akṣaya, impérissable, s’étendant jusqu’à sept kalpa. Sont ensuite décrits des modèles de pratique : jeûne (upavāsa) avec bhakti, bain à Cakrātīrtha, don d’or au jour de Kārttika-dvādaśī, offrandes de lampes, ablutions (abhiṣeka) au pañcāmṛta, veille d’Ekādaśī (jāgara) accompagnée d’arts dévotionnels, et observance du cāturmāsya. Le discours se poursuit par un récit étymologique et légendaire : les devas louent Viṣṇu pour ses hauts faits d’avatāra passés ; Il promet d’anéantir les dānavas, les poursuit jusqu’à Prabhāsa et les détruit par le disque, d’où le nom « Daityasūdana ». Le chapitre s’achève par une phalāśruti garantissant la destruction des péchés et des fruits de vie auspicious à ceux qui voient ou vénèrent la divinité en ce kṣetra.
Verse 1
ईश्वर उवाच । ततो गच्छेन्महादेवि देवेशं दैत्यसूदनम् । पापघ्नं सर्वजंतूनां प्रभासक्षेत्रवासिनाम्
Īśvara dit : Alors, ô Grande Déesse, qu’on aille vers le Seigneur des dieux, Daityasūdana, qui anéantit les péchés de tous les êtres demeurant dans le Kṣetra de Prabhāsa.
Verse 2
अनादियुगसंस्थानं सर्व कामप्रदं शुभम् । संसारसागरे घोरे स्थितं नौरिव तारणे
Ancien, établi depuis des âges sans commencement, auspice et dispensateur de tout désir légitime ; dans l’effroyable océan du saṃsāra, il demeure tel une barque pour la traversée.
Verse 3
अन्ये सर्वेऽपि नश्यंति कल्पांते ब्रह्मणो दिने । एतानि मुक्त्वा देवेशि न्यग्रोधं सप्त कल्पगम
Tout le reste périt à la fin d’un kalpa, au jour de Brahmā. Mais, laissant cela de côté, ô Dame du Seigneur des dieux, demeure le Nyagrodha (banian) qui subsiste durant sept kalpas.
Verse 4
कल्पवृक्षं तथाऽगारं वैडूर्यं पर्वतोत्तमम् । श्रीदैत्यसूदनं देवं मार्कंडेयं महामुनिम्
L’arbre Kalpavṛkṣa qui exauce les vœux, ainsi que la demeure sacrée ; Vaiḍūrya, le plus excellent des monts ; le vénérable dieu Daityasūdana ; et Mārkaṇḍeya, le grand sage — tels sont les signes révérés et durables.
Verse 5
अक्षयाश्चाव्ययाश्चैते सप्तकल्पानि सुन्दरि । देवि किं बहुनोक्तेन वर्णितेन पुनःपुनः
Ils sont impérissables et inaltérables durant sept kalpas, ô belle. Ô Devī, à quoi bon en dire davantage, le décrire encore et encore ?
Verse 6
श्रीदैत्यसूदनाद्देवि नान्यास्ति भुवि देवता । यवाकारं तु तस्यैव क्षेत्रपातकनाशनम्
Ô Devī, sur la terre il n’est point de divinité autre que le vénérable Daityasūdana. Même la forme ou l’étendue qui lui est associée (dite « yavākāra ») anéantit les fautes liées à ce kṣetra sacré.
Verse 7
सेवितं चर्षिभिः सिद्धैर्यक्षविद्याधरोरगैः । तस्य सीमां प्रवक्ष्यामि विष्णुक्षेत्रस्य भामिनि
Servi et vénéré par les ṛṣis et les Siddhas, par les Yakṣas, les Vidyādharas et les Nāgas—ô dame rayonnante—je vais maintenant énoncer la limite de ce Viṣṇu-kṣetra.
Verse 8
पूर्वे यमेश्वरं यावच्छ्रीसोमेशं तु पश्चिमे । उत्तरे तु विशालाक्षी दक्षिणे सरितां पतिः
À l’est, la limite s’étend jusqu’à Yameśvara ; à l’ouest, jusqu’au bienfaisant Someśa. Au nord se tient Viśālākṣī, et au sud le Seigneur des rivières — ainsi se définit l’étendue sacrée.
Verse 9
एतत्क्षेत्रं यवाकारं वैष्णवं पापनाशनम्
Ce kṣetra est sacré, façonné comme un grain d’orge ; il est de nature vaiṣṇava et détruit les péchés.
Verse 10
अत्र क्षेत्रे मृता ये तु पापिनोऽपि नरा ध्रुवम् । स्वर्गं गच्छंति ते सर्वे संतः सुकृतिनो यथा
Dans ce kṣetra, ceux qui meurent—fussent-ils pécheurs—vont tous, sans aucun doute, au ciel, comme les justes riches de mérite.
Verse 11
अत्र दत्तं हुतं जप्तं तपस्तप्तं कृतं हि यत् । तत्सर्वं चाक्षयं प्रोक्तं सप्तकल्पावधि प्रिये
Ô bien-aimée, tout don fait ici, toute offrande au sacrifice, toute récitation de japa ou toute austérité accomplie—tout cela est déclaré impérissable, durant jusqu’à sept kalpas.
Verse 12
तत्रैकमपि यो देवि ब्राह्मणं भोजयिष्यति । विधिना विष्णुमुद्दिश्य कोटिर्भवति भोजिता
Ô Déesse, là-bas, quiconque nourrit ne fût-ce qu’un seul brāhmane selon le rite, en l’offrant à Viṣṇu, obtient un mérite comme s’il en avait nourri un crore.
Verse 13
तत्रोपवासं यः कुर्यान्नरो भक्तिसमन्वितः । एकेनैवोपवासेन उपवासायुतं फलम् । चक्रतीर्थे नरः स्नात्वा सोपवासो जितेंद्रियः
Là, l’homme qui observe le jeûne (upavāsa) avec dévotion—par un seul jeûne obtient le fruit de dix mille jeûnes. Après s’être baigné à Cakratīrtha, jeûnant et maître de ses sens, il acquiert ce mérite sublime.
Verse 14
द्वादश्यां कार्त्तिके मासि दद्याद्विप्रेषु कांचनम् । विष्णुं संपूज्य विधिवन्मुच्यते सर्वपातकैः
Au jour de Dvādaśī (douzième jour lunaire) du mois de Kārttika, qu’on donne de l’or aux brāhmaṇas. Après avoir vénéré Viṣṇu selon la règle, on est délivré de tous les péchés.
Verse 15
देव्युवाच । दैत्यसूदननामेति कथं तस्य प्रकीर्तितम् । कस्मिन्काले तु देवेश तन्मे विस्तरतो वद
La Déesse dit : «Comment le nom “Daityasūdana” est-il devenu célèbre pour lui ? Et à quel moment, ô Seigneur des dieux, cela advint-il ? Dis-le-moi en détail.»
Verse 16
ईश्वर उवाच । शृणु देवि प्रवक्ष्यामि माहात्म्यं पापनाशनम् । दैत्यसूदनदेवस्य पुरा वृत्तं महोदयम्
Īśvara dit : «Écoute, ô Déesse ; je vais proclamer la grandeur qui anéantit les péchés — l’antique récit, hautement auspicious, du dieu Daityasūdana.»
Verse 17
देवि तस्यैव नामानि कल्पेकल्पे भवंति वै । अनादिनिधनान्येव संभवन्ति पुनःपुनः
Ô Déesse, ses noms mêmes naissent à chaque kalpa ; sans commencement ni fin, ils se manifestent encore et encore.
Verse 18
पूर्वकल्पे श्रिया वृत्तो वामनस्तु द्वितीयके । वज्रांगस्तु तृतीये वै तुरीये कमलाप्रियः
Dans le kalpa précédent, il fut connu sous le nom de «Śriyā-vṛtta» ; dans le second, «Vāmana» ; dans le troisième, certes, «Vajrāṅga» ; et dans le quatrième, «Kamalāpriya» (le bien-aimé de Lakṣmī).
Verse 19
पंचमे दुःखहर्त्ता च षष्ठे तु पुरुषोत्तमः । श्रीदैत्यसूदनो देवः कल्पे वै सप्तमे स्मृतः
Dans le cinquième (kalpa), on se souvient de lui comme «Duḥkhahartā», celui qui ôte la souffrance ; dans le sixième comme «Puruṣottama», la Personne suprême ; et dans le septième kalpa comme le dieu «Śrī-Daityasūdana», le pourfendeur des Daityas.
Verse 20
तस्यैव नाम चोत्पत्तिं कथयामि यथार्थतः
À présent, je vais raconter, selon la vérité, l’origine même de ce nom également.
Verse 21
पुरा देवासुरे युद्धे दानवैर्देवकंटकैः । निर्जिता देवताः सर्वे जग्मुस्ते शरणं हरिम् । क्षीरोदवासिनं देवमस्तुवन्प्रणताः स्थिताः
Autrefois, dans la guerre entre les Deva et les Asura, les Dānava—épines pour les dieux—vainquirent toutes les divinités. Alors les dieux allèrent chercher refuge auprès de Hari, le Seigneur qui demeure dans l’Océan de Lait, et, debout la tête inclinée, ils le célébrèrent.
Verse 22
देवा ऊचुः । जय देव जगन्नाथ दैत्यासुरविमर्द्दन । वाराहरूपमास्थाय उद्धृता वसुधा त्वया
Les Deva dirent : « Victoire à Toi, ô Jagannātha, Maître du monde, qui écrases Daitya et Asura ! Ayant pris la forme du Sanglier (Varāha), Tu as relevé la Terre. »
Verse 23
उद्धृता मत्स्यरूपेण वेदा उदधिमध्यतः । कूर्मरूपी तथा भूत्वा क्षीरोदार्णवमंथनम्
Sous la forme du Poisson (Matsya), Tu as sauvé les Veda du milieu de l’océan ; et de même, devenu la Tortue (Kūrma), Tu as soutenu le barattage de l’Océan de Lait.
Verse 24
कृत्वा त्वया जगन्नाथ उद्धृता श्रीर्नमो ऽस्तु ते । श्रीपतिः श्रीधरो देव आर्त्तानामर्तिनाशनः
Ô Jagannātha, par Ton acte, Śrī (Lakṣmī/la prospérité) fut manifestée et élevée — salutations à Toi. Ô Dieu, Tu es Śrīpati et Śrīdhara, Celui qui détruit la peine des affligés.
Verse 25
बलिर्वामनरूपेण त्वया बद्धोऽसुरारिणा । हिरण्याक्षो महादैत्यो हिरण्यकशिपुर्हतः
Bali fut lié par Toi—ennemi des Asura—lorsque Tu pris la forme de Vāmana. Le grand Daitya Hiraṇyākṣa fut aussi mis à mort, et Hiraṇyakaśipu fut également abattu.
Verse 26
नारसिंहेन रूपेण अन्तरिक्षे धृतस्त्वया । देवमूल महादेव उद्धृतं भुवनं त्वया
Revêtant la forme de Narasiṃha, tu as porté et soutenu dans la région médiane. Ô Mahādeva, racine et fondement des dieux, par toi les mondes furent relevés et maintenus.
Verse 27
त्वया विना जगन्नाथ भुवनं निष्प्रभी कृतम् । सूर्येणेव तु विक्रान्तं तमोभिरिव दानवैः
Sans toi, ô Jagannātha, le monde devient sans éclat, envahi par les Dānavas comme par les ténèbres. Mais par toi il resplendit et triomphe, tel sous le Soleil.
Verse 28
श्रुत्वा स्तोत्रमिदं देवि विष्णुः कमललोचनः । उवाच देवान्ब्रह्माद्यान्क्षीरोदार्णव बोधितः
Ô Déesse, ayant entendu cet hymne, Viṣṇu aux yeux de lotus—éveillé dans l’Océan de Lait—s’adressa aux dieux, à commencer par Brahmā.
Verse 29
भयं त्यजध्वं वै देवा दानवान्प्रति सर्वथा । अचिरेणैव कालेन घातयिष्यामि दानवान्
«Rejetez toute crainte, ô dieux, à l’égard des Dānavas. Dans peu de temps, je détruirai ces Dānavas.»
Verse 30
एवमुक्त्वाथ तैः सार्द्धमा जगाम जनार्द्दनः । दानवान्घातयामास स चक्रेण पृथक्पृथक्
Ayant ainsi parlé, Janārdana s’en alla avec eux et se mit à abattre les Dānavas, un à un, par son disque.
Verse 31
भयार्त्ता दानवाः सर्वे पलायनपरायणाः । प्रभासं क्षेत्रमासाद्य समुद्राभिमुखा भवन्
Tous les Dānavas, saisis d’effroi et n’ayant pour seul dessein que la fuite, atteignirent le kṣetra sacré de Prabhāsa et se tournèrent vers la mer.
Verse 32
नश्यमानास्ततो दृष्ट्वा दैत्यान्दैत्यविनाशनम् । संजघ्ने तान्स चक्रेण निःशेषान्सर्वदानवान्
Voyant les Daityas périr et être anéantis, lui, le destructeur des Daityas, les frappa de son disque (cakra) et ne laissa subsister aucun Dānava.
Verse 33
हतेषु सर्वदैत्येषु देवब्राह्मणतापसैः । कल्याणमभवत्तत्र जगत्स्वस्थमनाकुलम्
Lorsque tous les Daityas eurent été tués, le bien-être s’éleva en ce lieu : le monde devint stable, sain et sans trouble, pour les dieux, les brāhmaṇas et les ascètes.
Verse 34
तत्प्रभृत्येव देवस्य दैत्यसूदननाम तत् । एतन्माहात्म्यमतुलं कथितं तव सुन्दरि । दैत्यसूदनदेवस्य महाभाग्यं महोदयम्
Dès lors, cette divinité porta le nom de « Daityasūdana ». Ô belle, je t’ai exposé cet incomparable Māhātmya : la grande fortune et la gloire sublime du Seigneur Daityasūdana.
Verse 35
तं दृष्ट्वा न जडो नांधो न दरिद्रो न दुःखितः । जायते सप्त जन्मानि सत्यंसत्यं वरानने
Celui qui l’a contemplé ne renaît pas — durant sept naissances — sot d’esprit, aveugle, pauvre ni accablé de peine. C’est vérité, vérité, ô toi au beau visage.
Verse 36
श्रवणद्वादशीं पुण्यां रोहिण्यां चाष्टमीं शुभाम् । शयनोत्थापनीं चैव नरः कृत्वा प्रयत्नतः
L’homme qui, avec un effort fervent, observe la sainte Śravaṇa-dvādaśī, l’auspicieuse Rohiṇī-aṣṭamī, et accomplit aussi la Śayanotthāpanī, le rite qui réveille le Seigneur de son sommeil yogique…
Verse 37
एकैकेनोप वासेन उपवासायुतं फलम् । लभते नात्र सन्देहो दैत्यसूदनसन्निधौ
Par chaque jeûne accompli, on obtient le fruit de dix mille jeûnes—sans aucun doute—dans la présence même de Daityasūdana.
Verse 38
चण्डालः श्वपचो वापि तिर्यग्योनिगतोऽपि वा । प्राणत्यागे कृते तस्मिन्नाच्युतं लोकमाप्नुयात्
Qu’il soit caṇḍāla, cuiseur de chiens, ou même né d’un sein animal : s’il y abandonne sa vie, il atteindra le monde impérissable d’Acyuta (Viṣṇu).
Verse 39
कार्तिक्यां चैव वैशाख्यां मासमेकमुपोषयेत् । दैत्यसूदनमध्यस्थः सम्यक्छ्रद्धासमन्वितः
Au mois de Kārttika et de même en Vaiśākha, qu’une personne observe un jeûne d’un mois entier, demeurant en la présence de Daityasūdana (Viṣṇu) et animée d’une foi juste.
Verse 40
एकैकेनोपवासेन कोटिकोटि पृथक्पृथक् । लभते तत्फलं सर्वं विष्णुक्षेत्रप्रभावतः
Par chaque jeûne (accompli en ce lieu), on obtient tout ce mérite, distinctement, par millions et millions—grâce à la puissance extraordinaire du kṣetra sacré de Viṣṇu.
Verse 41
दीपं ददाति यस्तत्र मासं वा पक्षमेव वा । एकैक दीपदानेन कोटिदीपफलं लभेत्
Quiconque y offre une lampe—pendant un mois ou même une quinzaine—obtient, à chaque offrande d’une seule lampe, un mérite égal à celui de crores de lampes offertes.
Verse 42
पंचामृतेन संस्नाप्य देवदेवं चतुर्भुजम् । एकादश्यां निराहारः पूजयित्वाऽच्युतो भवेत्
Après avoir baigné de pañcāmṛta le Seigneur des seigneurs, aux quatre bras, et L’avoir adoré le jour d’Ekādaśī dans un jeûne complet, on atteint l’état d’Acyuta et s’unit à Lui par la dévotion.
Verse 43
चातुर्मास्यं विधानेन दैत्यसूदनसन्निधौ । नियमेन क्षिपेद्यस्तु तस्य तुष्यति केशवः
Celui qui, auprès de Daityasūdana (Viṣṇu), observe dûment le vœu de Cāturmāsya selon la règle et traverse cette période avec discipline et observances, celui-là réjouit Keśava.
Verse 44
अन्यक्षेत्रेषु यत्कृत्वा चातुर्मास्यानि कोटिशः । तत्फलं लभते सर्वं दैत्यसूदनदर्शनात्
Tout fruit que l’on obtiendrait en accomplissant des crores d’observances de Cāturmāsya en d’autres lieux saints, on l’obtient ici en totalité par le seul darśana (vision sacrée) de Daityasūdana.
Verse 45
ब्रह्माण्डं सकलं दत्त्वा यत्पुण्यफलमाप्नुयात् । तत्पुण्यं लभते सर्वं दैत्यसूदनदर्शनात्
Le mérite que l’on obtiendrait en faisant don de l’univers tout entier, on l’obtient ici en totalité par le seul darśana, la vision sacrée de Daityasūdana.
Verse 46
एकादश्यां तु यस्तत्र कुरुते जागरं नरः । गीतनृत्यैस्तथा वाद्यैः प्रेक्षणीयैस्तथाविधैः । स याति वैष्णवं लोकं यं गत्वा न निवर्त्तते
Mais l’homme qui, là-bas, en Ekādaśī, veille toute la nuit—par des chants de bhakti, des danses et des musiques, et d’autres observances sacrées—parvient au monde vaiṣṇava ; l’ayant atteint, il ne revient plus à la renaissance.
Verse 47
हत्याऽयुतानीह सुसंचितानि स्तेयानि रुक्मस्य न सन्ति संख्या । निहंति केनापि पुरा कृतानि सर्वाणि भद्रा निशि जागरेण
Même des dizaines de milliers de meurtres amassés ici, et d’innombrables vols d’or—péchés commis jadis—sont détruits, ô dame de bon augure, par la veille nocturne, comme par une puissance invisible.
Verse 48
मार्गा न ते प्रेतपुरी न दूता वनं च तत्खेचरखड्गपत्रम् । स्वप्ने न पश्यंति च ते मनुष्या येषां गता जागरणेन भद्रा
Pour ceux dont la veille nocturne de bon augure est accomplie, les routes vers la Cité des Prétas ne les attendent plus ; ni les messagers de Yama, ni cette forêt effroyable aux feuilles pareilles à des épées. De tels hommes ne voient pas ces terreurs, pas même en rêve.
Verse 49
कन्यासहस्रं विधिवद्ददाति रत्नैरलंकृत्य स्वधर्मबुद्ध्या । गवां सहस्रं कुरुजांगले तु तेषां परं जागरणेन विष्णोः
Quand bien même quelqu’un, selon le rite et avec l’intelligence du dharma, offrirait mille jeunes filles parées de joyaux—ou mille vaches au Kurujāṅgala—on proclame que le fruit de la veille nocturne pour Viṣṇu est supérieur à ces dons.
Verse 50
कृत्वा चैवोपवासं च योऽश्नाति द्वादशीदिने । नैवेद्यं तुलसीमिश्रं हत्याकोटिविनाशनम्
Celui qui, d’abord, observe le jeûne, puis, au jour de Dvādaśī, prend la nourriture offerte en naivedya mêlée de tulasī, accomplit une pratique qui détruit même des millions des fautes les plus lourdes.
Verse 51
इति ते कथितं देवि माहात्म्यं पापनाशनम् । दैत्यसूदनदेवस्य किमन्यत्परिपृच्छसि
Ainsi, ô Déesse, je t’ai exposé la grandeur qui détruit les péchés du Seigneur Daityasūdana. Que désires-tu encore demander ?
Verse 52
पीतवस्त्राणि देवस्य गां हिरण्यं च दापयेत् । स्नात्वा चक्रवरे तीर्थे मुच्यते सर्वपातकात्
Qu’on offre au Seigneur des vêtements jaunes, et qu’on fasse aussi don d’une vache et d’or. Après s’être baigné au Cakra-tīrtha excellent, on est délivré de tous les péchés.
Verse 81
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीति साहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखण्डे प्रथमेप्रभासक्षेत्रमाहात्म्ये श्रीदैत्यसूदनमाहात्म्यवर्णनंनामैकाशीतितमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le quatre-vingt-unième chapitre, intitulé « Description de la Gloire de Śrī Daityasūdana », dans le Prabhāsa Khaṇḍa—au sein du Prabhāsakṣetra Māhātmya—du vénérable Skanda Mahāpurāṇa, dans l’Ekāśīti-sāhasrī Saṃhitā.