Adhyaya 76
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 76

Adhyaya 76

Le chapitre s’ouvre sur Sūta décrivant le « bhāskara-tritaya » : trois formes auspicieuses du Soleil dont la darśana (vision dévotionnelle) au moment juste peut conduire à la délivrance. Elles se nomment Muṇḍīra, Kālapriya et Mūlasthāna, liées respectivement à la fin de la nuit/à l’aube, au midi, et au crépuscule/à la tombée de la nuit. Les ṛṣi interrogent sur leur emplacement et leur origine dans le Hāṭakeśvaraja-kṣetra. Sūta rapporte ensuite un récit exemplaire : un brāhmaṇa atteint d’un kuṣṭha très grave et son épouse dévouée tentent des remèdes sans succès. Un voyageur raconte sa propre guérison par l’adoration successive des trois Bhāskaras durant trois ans, avec jeûne, maîtrise de soi, observance du dimanche, veille et hymnes de louange. Le dieu solaire apparaît en rêve, révèle la cause karmique (vol d’or), ôte la maladie et donne une injonction éthique : ne pas voler et faire l’aumône selon ses moyens. Fortifiés par cet enseignement, le brāhmaṇa et sa femme se rendent vers Muṇḍīra ; lui, épuisé, songe à mourir, mais elle refuse de l’abandonner. Alors qu’ils préparent le bûcher funéraire, trois êtres resplendissants apparaissent — les trois Bhāskaras —, accordent la guérison et consentent à demeurer en ce lieu si le dévot érige trois temples pour une darśana accessible aux trois temps (tri-kāla). Le brāhmaṇa installe les trois formes solaires (un dimanche), les honore de fleurs et d’encens aux trois jonctions du jour, et, au terme de sa vie, atteint la demeure de Bhāskara. La phala conclut que la darśana opportune de la triade accomplit même les désirs difficiles et présente ce « remède universel » comme subordonné à la réforme morale.

Shlokas

Verse 1

। सूत उवाच । तथान्यदपि तत्रास्ति भास्करत्रितयं शुभम् । यैस्तुष्टैस्त्रिषु लोकेषु मानवो मुक्तिमाप्नुयात्

Sūta dit : De plus, en ce lieu même se trouve une triade auspicious de Bhāskara (manifestations solaires). Lorsqu’ils sont satisfaits, l’homme obtient la délivrance, renommée dans les trois mondes.

Verse 2

मुण्डीरं प्रथमं तत्र कालप्रियं तथापरम् । मूलस्थानं तृतीयं च सर्वव्याधिविनाशनम्

Là, le premier est Muṇḍīra ; le second est également Kālapriya ; et le troisième est Mūlasthāna—celui qui anéantit toutes les maladies.

Verse 3

तत्र संक्रमते सूर्यो मुंडीरे रजनीक्षये । कालप्रिये च मध्याह्ने मूलस्थाने क्षपागमे

Là, on dit que le Soleil « se manifeste » tout particulièrement : à Muṇḍīra à la fin de la nuit, à Kālapriya à midi, et à Mūlasthāna à l’approche de la nuit.

Verse 4

तस्मिन्काले नरो भक्त्या पश्येदप्येकमेवच । कृतक्षणो नरो मोक्षं सत्यं याति न संशयः

En cet instant même, si un homme, avec dévotion, contemple ne fût-ce qu’une seule de ces formes, son moment est accompli ; en vérité il atteint la délivrance (mokṣa), sans aucun doute.

Verse 5

ऋषय ऊचुः । मुंडीरः पूर्वदिग्भागे धरित्र्याः श्रूयते किल । मध्ये कालप्रियो देवो मूलस्थानं तदन्तरे

Les sages dirent : « On entend dire, en vérité, que Muṇḍīra se trouve dans le quartier oriental de la contrée ; au milieu se tient la divinité Kālapriya ; et entre les deux se situe Mūlasthāna. »

Verse 6

तत्कथं ते त्रयस्तत्र संजाताः सूत भास्कराः । हाटकेश्वरजे क्षेत्रे सर्वं नो ब्रूहि विस्तरात्

Comment donc ces trois Bhāskara prirent-ils naissance en ce lieu, ô Sūta ? Dans la région sacrée de Hāṭakeśvara, dis-nous tout en détail.

Verse 7

सूत उवाच । अस्ति सागरपर्यंते विटंकपुरमुत्तमम् । समुद्रवीचिसंसक्तप्रोच्चप्राकारमण्डनम्

Sūta dit : Au bord de l’océan se trouve une cité excellente nommée Viṭaṃkapura, ornée de hautes enceintes, que viennent effleurer les vagues de la mer.

Verse 8

तत्राभूद्ब्राह्मणः कश्चित्कुष्ठव्याधिसमन्वितः । पूर्वकर्मविपाकेन यौवनेसमुपस्थिते

Là vivait un certain brāhmane atteint de lèpre ; par la maturation des actes d’une vie antérieure, le mal s’abattit sur lui dès sa jeunesse.

Verse 9

तस्य भार्याऽभवत्साध्वी कुलीना शीलमंडना । तथाभूतमपि प्रायः सा पश्यति यथा स्मरम्

Son épouse était une femme vertueuse, de noble naissance, parée d’une conduite irréprochable. Bien qu’il fût ainsi accablé, elle continuait, le plus souvent, à le regarder comme on regarde l’être aimé.

Verse 10

औषधानि विचित्राणि महार्घ्याण्यपि चाददे । तदर्थमुपलेपांश्च पथ्यानि विविधानि च

Elle se procura des remèdes variés, même les plus précieux; et pour cela elle obtint aussi des onguents médicinaux ainsi que de multiples règles de vie appropriées et salutaires.

Verse 11

तथा भिषग्वरान्नित्यमानिनाय च सादरम् । तदर्थे न गुणस्तस्य तथापि स्याच्छरीरजः

De même, elle faisait venir chaque jour, avec déférence, les meilleurs médecins. Pourtant, aucun bienfait n’en résulta pour lui; l’affliction du corps demeurait.

Verse 12

यथायथा स गृह्णाति भेषजानि द्विजोत्तमाः । कुष्ठेन सर्वगात्रेषु व्याप्यते च तथातथा

Ô le meilleur des brahmanes : à mesure qu’il prenait les remèdes encore et encore, la lèpre, de même, se répandait dans tous ses membres.

Verse 13

अथैवं वर्तमानस्य तस्य विप्रवरस्य च । गृहेऽतिथिः समायातः कश्चित्पांथः श्रमान्वितः

Or, tandis que cet excellent brahmane vivait ainsi, un voyageur, accablé par la route, arriva chez lui en qualité d’hôte.

Verse 14

अथ विप्रं गृहं प्राप्तं दृष्ट्वा तस्य सती प्रिया । अज्ञातमपिसद्भक्त्या सूपचारैरतोषयत्

Voyant le brāhmane arrivé à leur demeure, son épouse bien-aimée, vertueuse—bien qu’elle ne le connût pas—le satisfit par une dévotion authentique et des égards convenables.

Verse 15

अथ तं स्नातमाचांतं कृताहारं द्विजोत्तमम् । विश्रान्तं शयने विप्रः प्रोवाच स गृहाधिपः

Puis, lorsque ce meilleur des brāhmanes eut pris son bain, accompli l’ācamanā, mangé et reposé sur une couche, le brāhmane maître de maison lui adressa la parole.

Verse 16

तेजोऽन्वितं यथा भानुं रूपौदार्यगुणान्वितम् । यौवने वर्तमानं च मूर्तं काममिवापरम्

Il rayonnait tel le soleil, pourvu de beauté, de noblesse et de vertus; demeurant dans la jeunesse, comme si un autre Kāma incarné se tenait là.

Verse 17

कुष्ठ्युवाच । कुत आगम्यते विप्र क्व यास्यसि वदाऽधुना । एवं लावण्ययुक्तोऽपि किमेकाकी यथार्तिभाक्

Le lépreux dit : «Ô brāhmane, d’où viens-tu et où vas-tu à présent ? Bien que doté d’une telle beauté, pourquoi es-tu seul, comme accablé de peine ?»

Verse 18

पथिक उवाच । अस्ति कान्तीपुरीनाम पुरंदरपुरी यथा । सुस्थितैः सेविता नित्यं जनैर्धर्मव्रतान्वितैः

Le voyageur dit : «Il est une cité nommée Kāntīpurī, semblable à la ville de Purandara (Indra) ; elle est sans cesse habitée et honorée par des gens constants, voués au dharma et aux vœux sacrés.»

Verse 19

तस्यामहं कृतावासो गृहस्थाश्रममावहन् । ग्रस्तः कुष्ठेन रौद्रेण यथा त्वं द्विजसत्तम

Là, je vécus en observant l’āśrama du maître de maison ; pourtant je fus saisi d’une lèpre farouche — tout comme toi, ô meilleur des brāhmaṇas.

Verse 20

ततः श्रुतं मया तावत्पुराणे स्कान्दसंज्ञिते । भास्करत्रितयं भूमौ सर्वव्याधिविनाशनम्

Puis j’entendis dans le Purāṇa nommé Skanda : sur la terre se trouve le tīrtha sacré « Bhāskara-tritaya » (les Trois Soleils), qui anéantit toutes les maladies.

Verse 21

ततो निर्वेदमापन्नो भेषजैः क्लेशितश्चिरम् । क्षारैश्चाम्लैः कषायैश्च कटुकैरथ तिक्तकैः

Alors je tombai dans un profond dégoût, longtemps tourmenté par les remèdes — alcalins et acides, astringents, piquants et amers — et je me détournai des simples soins.

Verse 22

ततो विनिश्चयं चित्ते कृत्वा गृह्य धनं महत् । मुण्डीरस्वामिनं गत्वा स्थितस्तस्यैव सन्निधौ

Puis, ayant pris en mon cœur une résolution ferme et emportant de grandes richesses, j’allai auprès de Muṇḍīrasvāmin et demeurai là, tout près de la présence de la Divinité.

Verse 23

ततः प्रातः समुत्थाय नित्यं पश्यामि तं विभुम् । पूजयामि स्वशक्त्या च प्रणमामि ततः परम्

Dès lors, me levantant chaque matin, je contemple chaque jour ce Seigneur qui pénètre tout ; je Le vénère selon mes moyens, puis je me prosterne encore et encore avec révérence.

Verse 24

सूर्यवारे विशेषेण निराहारो यतेन्द्रियः । करोमि जागरं रात्रौ गीतवादित्रनिःस्वनैः

Surtout le dimanche, je jeûne, les sens maîtrisés, et je veille toute la nuit, porté par la résonance des hymnes et des instruments de musique sacrée.

Verse 25

ततः संवत्सरस्यांते तं प्रणम्य दिनाधिपम् । कालप्रियं ततः पश्चाच्छ्रद्धया परया युतः

Puis, au terme d’une année, s’étant prosterné devant le Seigneur du jour (le Soleil), et ensuite, muni d’une foi suprême, il se rendit à Kālapriya.

Verse 26

तेनैव विधिना विप्र तस्यापि दिवसेशितुः । पूजां करोमि मध्याह्ने श्रद्धा पूतेन चेतसा

Ô brāhmane, selon ce même rite, j’accomplis aussi le culte du Seigneur du jour à midi, l’esprit purifié par la foi.

Verse 27

ततोऽपि वत्सरस्यांते तं प्रणम्याथ शक्तितः । मूलस्थानं गतो देवमपरस्यां दिशि स्थितम्

Puis, de nouveau au terme d’une autre année, après s’être prosterné devant Lui selon ses forces, il se rendit au mūlasthāna, le siège originel, auprès de la divinité établie à l’ouest.

Verse 28

तेनैव विधिना पूजा तस्यापि विहिता मया । संध्याकाले द्विजश्रेष्ठ यावत्संवत्सरं स्थितः

Ô le meilleur des deux-fois-nés, selon ce même procédé j’ai aussi accompli le culte de cette divinité au crépuscule, et je demeurai là une année entière.

Verse 29

ततः संवत्सरस्यांते स्वप्ने मां भास्करोऽब्रवीत् । समेत्य प्रहसन्विप्रः संप्रहृष्टेन चेतसा

Puis, à la fin de l’année, Bhāskara (le Soleil) me parla en songe : s’approchant avec un sourire, le brāhmane avait le cœur rempli d’allégresse.

Verse 30

परितुष्टोऽस्मि ते विप्र कर्मणाऽनेन भक्तितः । ममाराधनजेनैव तस्मात्कुष्ठं प्रयातु ते

«Ô brāhmane, Je suis satisfait de toi pour cet acte accompli avec dévotion. Par la puissance née de Mon seul culte—que ta lèpre s’éloigne donc de toi.»

Verse 31

गच्छ शीघ्रं द्विजश्रेष्ठ श्रांतोऽसि निजमंदिरम् । पश्य बंधुजनं सर्वं सोत्कण्ठं तत्कृते स्थितम्

«Va vite, ô le meilleur des brāhmanes ; tu es las—retourne dans ta demeure. Vois tous tes proches, debout là, inquiets et pleins d’attente pour toi.»

Verse 32

त्वया हृतं पुरा रुक्मं ब्राह्मणस्य महात्मनः । तेन कर्मविपाकेन कुष्ठव्याधिरुपस्थितः

«Autrefois, tu as dérobé de l’or à un brāhmane magnanime ; par la maturation de ce karma, la maladie de la lèpre s’est abattue sur toi.»

Verse 33

स मया नाशितस्तुभ्यं प्रहृष्टेनाधुना द्विज । एतज्ज्ञात्वा न कर्तव्यं सुवर्णहरणं पुनः

«Cela, je l’ai maintenant détruit pour toi, ô brāhmane, avec joie. Sachant cela, ne commets plus jamais le vol de l’or.»

Verse 34

दृश्यन्ते ये नरा लोके कुष्ठव्याधिसमाकुलाः । सुवर्णहरणं सर्वैस्तैः कृतं पापकर्मभिः

Ces hommes que l’on voit dans le monde, accablés par la lèpre : tous ces pécheurs ont commis l’acte fautif de dérober l’or.

Verse 35

तस्माद्देयं यथाशक्त्या न स्तेयं कनकं बुधैः । इच्छद्भिः परमं सौख्यं स्वशरीरस्य शाश्वतम्

C’est pourquoi il faut donner selon sa capacité ; les sages ne doivent pas voler l’or. Ceux qui désirent le bien suprême et un apaisement durable pour leur propre corps doivent agir ainsi.

Verse 36

एवमुक्त्वा सहस्रांशुस्ततश्चादर्शनं गतः । अहं च विस्मयाविष्टः प्रोत्थितः शयनाद्द्रुतम्

Après avoir ainsi parlé, Sahasrāṃśu (le Seigneur Soleil) disparut de la vue. Quant à moi, saisi d’émerveillement, je me levai promptement de ma couche.

Verse 37

यावत्पश्यामि देहं स्वं कुष्ठव्याधिपरिच्युतम् । द्वादशार्कप्रभं दिव्यं यथा त्वं पश्यसे द्विज

Alors je vis mon propre corps, délivré de la lèpre : divin, rayonnant comme douze soleils, tel que tu le vois, ô brāhmane.

Verse 38

तस्मात्त्वमपि विप्रेंद्र भक्त्या तद्भास्करत्रयम् । अनेन विधिना पश्य येन कुष्ठं प्रशाम्यति

Ainsi donc, ô le plus éminent des brāhmanes, contemple toi aussi avec dévotion cette triade de Soleils (Bhāskara-traya) selon ce même rite, par lequel la lèpre s’apaise.

Verse 39

किमौषधैः किमाहांरैः कटुकैरपि योजितैः । सर्वव्याधिप्रणाशेशे स्थितेऽस्मिन्भास्करत्रये

À quoi bon les remèdes, ou les mixtures âcres et piquantes, lorsque se tient ici le Bhāskara-traya, souverain pour anéantir toutes les maladies ?

Verse 40

स्वस्ति तेऽस्तु गमिष्यामि सांप्रतं तां पुरीं प्रति । गृहेऽद्य तव विश्रांतो यथा विप्र निजे गृहे

Que le bien-être soit sur toi. À présent, je vais vers cette cité. Aujourd’hui, j’ai reposé dans ta maison, ô Brāhmane, comme on se repose dans sa propre demeure.

Verse 41

एवमुक्तः स पांथेन तेन विप्रः स कुष्ठभाक् । वीक्षांचक्रे ततो वक्त्रं स्वपत्न्या दुःखसंयुतः

Ainsi interpellé par ce voyageur, le brāhmane, atteint de lèpre, porta alors son regard sur le visage de sa propre épouse, le cœur accablé de chagrin.

Verse 42

साऽब्रवीद्युक्तमुक्तं ते पांथेनानेन वल्लभ । तस्मात्तत्र द्रुतं गच्छ यत्र तद्भास्करत्रयम्

Elle dit : «Bien-aimé, ce que ce voyageur t’a dit est vraiment juste. Va donc vite en ce lieu où se trouve ce Bhāskara-traya».

Verse 43

अहं त्वया समं तत्र शुश्रूषानिरता सती । गमिष्यामि न संदेहस्तस्माद्गच्छ द्रुतं विभो

«Moi aussi, j’irai là-bas avec toi, constante dans le service et la fidélité. Il n’y a nul doute ; ainsi, ô noble seigneur, hâte-toi d’y aller».

Verse 44

एवमुक्तस्तया सोऽथ वित्तमादाय भूरिशः । प्रस्थितः कांतया सार्धं मुण्डीरस्वामिनं प्रति

Ainsi, poussé par ses paroles, il rassembla d’abondantes richesses et se mit en route avec sa bien-aimée, se dirigeant vers Muṇḍīrasvāmin.

Verse 45

प्रतिज्ञया गमिष्यामि द्रष्टुं तद्देवतात्रयम् । मुंडीरं कालनाथं च मूल स्थानं च भास्करम्

« Par mon vœu, j’irai contempler cette triade de divinités — Muṇḍīra, Kālanātha et Bhāskara en son siège originel (mūlasthāna). »

Verse 46

ततः कृच्छ्रेण महता कुष्ठव्याधिसमाकुलः । हाटकेश्वरजे क्षेत्रे संप्राप्तः स द्विजोत्तमाः

Puis, au prix d’une grande peine — tourmenté par la lèpre — cet excellent brāhmane parvint au domaine sacré de Hāṭakeśvara.

Verse 47

तद्दृष्ट्वा सुमहत्क्षेत्रं तापसौघनिषेवितम् । निर्विण्णः कुष्ठरोगेण पथि श्रांतोऽब्रवीत्प्रियाम्

Voyant ce vaste lieu sacré, fréquenté par des multitudes d’ascètes, lui — accablé par la lèpre et épuisé sur la route — s’adressa à son épouse bien-aimée.

Verse 48

अहं निर्वेदमापन्नो रोगेणाथ बुभुक्षया । मुण्डीरस्वामिनं यावन्न शक्रोमि प्रसर्पितुम्

« Je suis tombé dans le découragement, accablé par la maladie et la faim. Je ne puis même ramper jusqu’à Muṇḍīrasvāmin. »

Verse 49

तस्मादत्रैव देहं स्वं विहास्यामि न संशयः । त्वं गच्छ स्वगृहं कांते सार्थमासाद्य शोभनम्

C'est pourquoi j'abandonnerai mon corps ici même, sans aucun doute. Toi, ma bien-aimée, retourne chez toi en rejoignant une caravane sûre.

Verse 50

पत्न्युवाच । अभुक्ते त्वयि नो भुक्तं कदाचित्कांत वै मया । एकांतेऽपि महाभाग न सुप्तं जाग्रति त्वयि

L'épouse dit : 'Bien-aimé, jamais je n'ai mangé sans que tu aies mangé. Même en privé, ô fortuné, je n'ai point dormi tant que tu veillais.'

Verse 51

तस्मादेतन्महाक्षेत्रं संप्राप्य त्वां व्यवस्थितम् । परलोकाय संत्यज्य कथं गच्छाम्यहं गृहम्

Ainsi, ayant atteint cette grande région sacrée et te voyant résolu pour l'au-delà, comment pourrais-je t'abandonner pour rentrer chez moi ?

Verse 52

दर्शयिष्ये मुखं तेषां त्वया हीना अहं कथम् । बांधवानां गुरूणां च अन्येषां सुदृदा मपि

Comment pourrais-je montrer mon visage, privée de toi, à nos parents, à nos maîtres, et même aux autres proches et amis fidèles ?

Verse 53

तस्मात्त्वया समं नाथ प्रवेक्ष्यामि हुताशनम् । स्नेहपाशविनिर्बद्धा सत्येनात्मानमालभे

C'est pourquoi, ô Seigneur, j'entrerai dans le feu avec toi. Liée fermement par les liens de l'amour, j'offre mon être même en vérité.

Verse 54

यावतस्तव संजाता उपवासा महामते । तावंतश्च तथास्माकं कथं गच्छामि तद्गृहम्

Ô âme magnanime, autant de jeûnes que tu as entrepris, autant sont aussi les miens. Comment donc pourrais-je retourner en cette demeure ?

Verse 55

एवं तस्या विदित्वा स निश्चयं ब्राह्मणस्तदा । चितिं कृत्वा तु दाहार्थं तया सार्धे ततोऽविशत्

Ayant ainsi compris sa résolution, le brahmane dressa alors un bûcher funéraire pour la crémation, puis y entra ensuite avec elle.

Verse 56

भास्करं मनसि ध्यात्वा यावदग्निं समाददे । तावत्पश्यति चाग्रस्थं सुदीप्तं पुरुषत्रयम्

Tandis qu’il méditait en son cœur sur Bhāskara, le Soleil, et qu’il allait saisir le feu, il vit devant lui trois hommes, flamboyants de lumière.

Verse 57

तद्दृष्ट्वा विस्मयाविष्टः क एते पुरुषास्त्रयः । न कदाचिन्मया दृष्टा ईदृक्तेजःसमन्विताः

À cette vue, il fut saisi d’émerveillement : « Qui sont ces trois personnes ? Jamais je n’ai vu des êtres dotés d’une telle splendeur. »

Verse 58

पुरुषा ऊचुः । मा त्वं मृत्युपथं गच्छ कृत्वा वैराग्यमाकुलः । व्यावृत्य स्वगृहं गच्छ स्व भार्यासहितो द्विज

Les êtres rayonnants dirent : « Ne prends pas le chemin de la mort, troublé par le tumulte du détachement. Reviens sur tes pas et regagne ta demeure, ô deux-fois-né, avec ton épouse. »

Verse 59

ब्राह्मण उवाच । प्रतिज्ञाय मया पूर्व गृहं मुक्तं निजं यतः । मुण्डीरस्वामिनं दृष्ट्वा तथाऽन्यं कालवल्लभम्

Le brāhmane dit : « Jadis j’ai fait un vœu ; c’est pourquoi j’ai quitté ma propre demeure. Après avoir contemplé Muṇḍīrasvāmin, et aussi un autre, Kālavallabha. »

Verse 60

मूलस्थानं च कर्तव्यं ततः सस्यप्रभक्षणम् । सोऽहं तानविलोक्याथ कथं गच्छामि मन्दिरम् । भक्षयामि तथा सस्यं तेन त्यक्ष्यामि जीवितम्

«Je dois suivre l’ascèse : d’abord vivre de racines, puis manger du grain. Maintenant que je vous ai vus, comment pourrais-je retourner à ma demeure ? Pourtant je mangerai du grain, et par cela même je quitterai la vie.»

Verse 61

पुरुषा ऊचुः । वयं ते भास्करा ब्रह्मंस्त्रयोऽत्रैव समागताः । त्वद्भक्त्याकृष्टमनसो ब्रूहि किं करवामहे

Les hommes dirent : « Ô Bhāskara (le Soleil), ô vénérable brāhmane, nous trois, Bhāskaras, nous sommes réunis ici même, le cœur attiré par ta dévotion. Dis-nous : que devons-nous faire ? »

Verse 62

ब्राह्मण उवाच । यदि यूयं समायाताः स्वयमेव ममांतिकम् । त्रयोऽपि भास्करा नाशमेष कुष्ठः प्रगच्छतु

Le brāhmane dit : « Puisque vous êtes venus de vous-mêmes auprès de moi—ô trois Bhāskaras—que cette lèpre s’en aille maintenant et soit anéantie. »

Verse 63

तथाऽत्रैव सदा स्थेयं क्षेत्रे युष्माभिरेव हि । सांनिध्यं त्रिषु लोकेषु गन्तव्यं च यथा पुरा

«De même, vous devez demeurer toujours ici, dans ce kṣetra sacré. Et, comme autrefois, vous irez aussi répandre votre présence divine à travers les trois mondes.»

Verse 64

भास्करा ऊचुः । एवं विप्र करिष्यामः स्थास्यामो ऽत्र सदा वयम् । त्वं चापि रोगनिर्मुक्तः सुखं प्राप्स्यस्यनुत्तमम्

Les Bhāskara dirent : «Qu’il en soit ainsi, ô brāhmane ; nous agirons de la sorte. Nous demeurerons ici à jamais, et toi aussi—délivré de la maladie—tu atteindras la félicité sans égale.»

Verse 65

प्रासादत्रितयं तस्मादस्मदर्थं निरूपय । येन त्रिकालमासाद्य गच्छामः संनिधिं द्विज

«C’est pourquoi, ô brāhmane, dispose pour nous trois sanctuaires, afin que—lorsqu’on s’en approche aux trois moments du jour—nous accordions notre présence sacrée, ô deux-fois-né.»

Verse 66

एवमुक्त्वा तु ते सर्वे गताश्चाद्दर्शनं ततः । सोऽपि पश्यति कायं स्वं यावद्रोगविवर्जितम्

Après avoir ainsi parlé, ils s’éloignèrent tous et disparurent à la vue. Alors lui aussi contempla son propre corps, désormais entièrement délivré de la maladie.

Verse 67

द्वादशार्क प्रतीकाशं सर्वलक्षणलक्षितम् । ततः प्रोवाच तां भार्यां विनयावनतां स्थिताम्

Son corps resplendissait tel douze soleils et portait tous les signes de bon augure. Alors il s’adressa à son épouse, qui se tenait là, inclinée avec humilité.

Verse 68

पश्य त्वं सुभ्रूर्मे गात्रं यादृग्रूपं पुनः स्थितम् । प्रसादाद्देवदेवस्य भास्करस्यांशुमालिनः

«Vois, ô toi aux beaux sourcils, mon corps—comme il a été rétabli en sa forme d’autrefois—par la grâce de Bhāskara, le Dieu des dieux, ceint d’une guirlande de rayons.»

Verse 69

सोऽहमत्र स्थितो नित्यं पूजयिष्यामि भास्करम् । न यास्यामि पुनः सद्म सत्यमेतन्मयोदितम्

Ainsi demeurerai-je ici à jamais et j’adorerai Bhāskara, le Seigneur Soleil. Je ne retournerai plus à ma demeure : telle est la vérité que j’ai dite.

Verse 72

त्रयाणामपि तेषां तु साध्वर्चाः शास्त्रसूचिताः । स्थापयामास सूर्याणां हस्तार्के सूर्यवासरे

Pour tous les trois, on accomplit les formes justes d’adoration, prescrites par les śāstra ; et il installa les images du Soleil lorsque le Soleil se trouvait dans le nakṣatra Hasta, un dimanche.

Verse 73

ततस्ताः पुष्पधूपाद्यैः समभ्यर्च्य चिरं द्विजः । त्रिसंध्यं क्रमशः प्राप्तो देहांते भास्करालयम्

Alors le deux-fois-né les adora longtemps avec fleurs, encens et autres offrandes ; et, observant dans l’ordre les trois sandhyā quotidiennes, à la fin de son corps il atteignit la demeure de Bhāskara, le Soleil.

Verse 74

सूत उवाच । एवं ते तत्र संजातास्त्रयोऽपि द्विजसत्तमाः । भास्करा भक्तलोकस्य सर्वव्याधिविनाशकाः

Sūta dit : Ainsi donc, ô le meilleur des deux-fois-nés, ces trois-là naquirent là véritablement comme des Bhāskara, formes solaires ; et pour la communauté des dévots ils devinrent les destructeurs de toutes les maladies.

Verse 75

यस्तान्पश्यति काले स्वे यथोक्ते सूरर्यवासरे । स वांछितांल्लभेत्कामान्दुर्लभानपि मानवैः

Quiconque les contemple au moment qui lui est propre, le jour du Soleil tel qu’il est prescrit, obtiendra les vœux désirés, même ceux que les hommes peinent à atteindre.