Adhyaya 9
Mahesvara KhandaKaumarika KhandaAdhyaya 9

Adhyaya 9

Le chapitre 9 poursuit un épisode mené par le dialogue, présenté comme une étude de cas éthique et théologique. Après l’exposé des causes issues des existences antérieures (pūrvajanma-samudbhava), Nāḍījaṅgha se lamente que le but du groupe—reconnaître ou retrouver le roi Indradyumna—ne soit pas accompli, et propose un geste radical : entrer dans le feu avec ses compagnons, au nom de la fidélité à l’ami et de l’achèvement d’une mission jurée. Ulūka l’en empêche et indique une autre voie : sur le mont Gandhamādana vit un vautour très âgé (gṛdhra), cher compagnon, qui pourrait connaître l’identité recherchée. Le groupe l’aborde ; l’oiseau avoue que, durant de nombreux kalpas, il n’a ni vu ni entendu parler d’Indradyumna, ce qui accroît la tristesse et suscite de nouvelles questions. Le vautour raconte alors sa propre histoire de vies passées : jadis singe agité, il participa par inadvertance à la fête dāmanaka de Śiva, avec une balançoire d’or et un liṅga ; battu par des dévots, il mourut au sanctuaire et renaquit comme Kuśadhvaja, fils du seigneur de Kāśī, puis reçut la dīkṣā et se voua à Śiva par la discipline yogique. Plus tard, emporté par le désir, il enleva la fille d’Agniveśya et fut maudit, devenant gṛdhra ; le sage fixa que la délivrance viendrait lorsqu’il aiderait à reconnaître le roi Indradyumna. Le chapitre tisse ainsi l’éthique de l’amitié, la logique du vœu, le mérite rituel de la fête et la mécanique conditionnelle de la malédiction et de la libération.

Shlokas

Verse 1

उलूक उवाच । इतिदमुक्तमखिलं पूर्वजन्मसमुद्भवम् । स्वरूपमायुषो हेतुः कौशिकत्वस्य चेति मे

Ulūka dit : «Ainsi ai-je exposé en entier ce qui provient de ma naissance antérieure : ma véritable nature, la cause de ma longévité, et aussi la raison pour laquelle je suis devenu “Kauśika”.»

Verse 2

इत्युक्त्वा विरते तस्मिन्पुरूहूतसनामनि । नाडीजंघो बको मित्रमाह तं दुःखितो वचः

Lorsqu’il—nommé Purūhūta—eut ainsi parlé et se tut, son ami Nāḍījaṅgha, la grue (Baka), s’adressa à lui, le cœur affligé, par ces paroles.

Verse 3

नाडीजंघ उवाच । यदर्थं वयमायातास्तन्न सिद्धं महामते । कार्यं तन्मरणं नूनं त्रयाणामप्युपागतम्

Nāḍījaṅgha dit : «Le but pour lequel nous sommes venus n’est pas accompli, ô grand sage. À présent, cette même “tâche” s’est changée, à coup sûr, en la mort venue sur nous trois.»

Verse 4

इंद्रद्युम्नापरिज्ञाने भद्रकोऽयं मुमूर्षति । तस्यानु मित्रं मार्कंडस्तं चान्वहमपि स्फुटम्

Indradyumna n'étant pas reconnu, Bhadraka veut mourir. Son ami Markanda le suit, et moi aussi, assurément, je les suivrai.

Verse 5

मित्रकार्ये विनिर्वृत्ते म्रियमाणं निरीक्षते । यो मित्रं जीवितं तस्य धिगस्निग्धं दुरात्मनः

Honte à la vie de cet être sans cœur qui, une fois le devoir de l'ami accompli, regarde simplement cet ami mourir !

Verse 6

तदेतावनुयास्यामि म्रियमाणावहं द्विज । आपृच्छे त्वां नमस्कार आश्लेषश्चाथपश्चिमः

C'est pourquoi, ô Brahmane, je suivrai ces deux mourants. Je prends congé de toi : salutations et une dernière étreinte.

Verse 7

प्रतिज्ञातमनिष्पाद्य मित्रस्याभ्यागतस्य च । कथंकारं न लज्जंते हताशा जीवितेप्सवः

Comment ces malheureux qui désirent vivre ne ressentent-ils aucune honte, n'ayant pas tenu leur promesse envers un ami venu chercher de l'aide ?

Verse 8

तस्माद्वह्निं प्रवेक्ष्यामि सार्धमाभ्यामसंशयम् । आपृष्टोऽस्यधुना स्नेहान्मम देहि जलांजलिम्

C'est pourquoi j'entrerai dans le feu avec ces deux-là, sans aucun doute. T'ayant demandé la permission par affection, donne-moi une poignée d'eau.

Verse 9

इत्युक्तवत्युलूकोऽसौ नाडीजंघे सगद्गदम् । साश्रुनेत्रं स्थिरीभूय प्राह वाचं सुधासमुचम्

À ces mots, ce hibou—les pattes tremblantes, la voix étranglée—se raffermit; les yeux baignés de larmes, il prononça des paroles douces comme le nectar.

Verse 10

उलूक उवाच । मयि जीवति मित्रे मे भवान्मरणमेति च । अद्यप्रभृति कस्तर्हि हृदा मम लभिष्यति

Ulūka dit : «Alors que moi—ton ami—je vis encore, toi tu vas au-devant de la mort ! Dès aujourd’hui, qui donc mon cœur trouvera-t-il comme véritable compagnon ?»

Verse 11

अस्त्युपायो महानत्र गन्धमादनपर्वते । मत्तश्चिरायुर्मित्रोस्ति गृध्रः प्राणसमः सुहृत्

«Il est ici un grand remède : sur le mont Gandhamādana. Là, j’ai un ami de longue vie, un vautour, un bienveillant, aussi cher pour moi que mon propre souffle.»

Verse 12

स विज्ञास्यति वोऽभीष्टमिंद्रद्युम्नं महीपतिम् । इत्युक्त्वा पुरतस्तस्थावुलूकः स च भूपतिः

«Il découvrira pour vous ce que vous désirez—au sujet d’Indradyumna, seigneur de la terre.» Ayant parlé ainsi, Ulūka se tint en avant, et le roi aussi se prépara à le suivre.

Verse 13

मार्कंडेयो बकश्चैव प्रययुर्गंधमादनम् । तमायांतमथालोक्य वयस्यं पुरतः स्थितम्

Mārkaṇḍeya et Baka partirent eux aussi vers Gandhamādana. En s’approchant, ils virent leur compagnon, debout en avant, et s’avancèrent vers lui.

Verse 14

स्वकुलायात्प्रहृष्टोऽसौ गृध्रः संमुखमाययौ । कृतसंविदसौ पूर्वं स्वागतासनभोजनैः

Tout réjoui, ce vautour sortit de sa demeure et s’avança à leur rencontre. Déjà connus l’un de l’autre, ils échangèrent les marques d’accueil : salutations, sièges offerts et nourriture servie.

Verse 15

उलूकं गृध्रराजश्च कार्यं पप्रच्छ तं तथा । म चाचख्यावयं मित्रं बको मेऽस्य मुनिः किल

Le roi des vautours interrogea Ulūka sur le but de leur venue. Alors Ulūka expliqua : « Celui-ci est notre ami ; et ce Baka—comme on le dit—est un muni, un sage ascète. »

Verse 16

मुनेरपि तृतीयोऽयं मित्रं चार्थोयमुद्यतः । इंद्रद्युम्नपरिज्ञाने स्वयं जीवति नान्यथा

« Il est aussi le troisième ami, ami même du muni ; et voici le dessein que nous portons : dans la reconnaissance d’Indradyumna, c’est là que sa vie demeure ; autrement, il ne vit pas. »

Verse 17

वह्निं प्रवेक्ष्यते व्यक्तमयं तदनु वै वयम् । मया निषिद्धोऽयं ज्ञात्वा त्वां चिरंतनमात्मना

« Il est manifeste qu’il s’apprête à entrer dans le feu ; et après lui, nous le suivrions nous aussi. Te sachant ancien et au cœur sincère, je l’ai retenu. »

Verse 18

तच्चेज्जानासि तं ब्रूहि चतुर्णां देहि जीवितम् । सरं क्ष्याप्नुहि सत्कीर्तिं क्षयं चाखिलपाप्मनः

«Si vraiment tu le connais, dis-le-nous. Accorde la vie à nous quatre ; et tu obtiendras comme un lac de mérite, une renommée noble, et la destruction complète de tous les péchés. »

Verse 19

गृध्र उवाच । षट्पंचाशद्व्यतीता मे कल्पा जातस्य कौशिक । न दृष्टो न श्रुतोऽस्माभिरिंद्रद्युम्नो महीपतिः

Le vautour dit : «Ô Kauśika, depuis ma naissance, cinquante-six kalpa se sont écoulés. Pourtant, le roi Indradyumna, souverain de la terre, nous ne l’avons ni vu ni même entendu nommer.»

Verse 20

तच्छ्रुत्वा विस्मयाविष्ट इंद्रद्युम्नोऽपि दुःखितः । पप्रचछ जीविते हेतुमतिमात्रे विहंगमम्

En entendant cela, Indradyumna, saisi d’étonnement et pourtant affligé, interrogea l’oiseau, d’une sagesse éminente, sur la cause de sa longue vie.

Verse 21

गृध्र उवाच । श्रृणु भद्रै पुरा जातो मर्कटोऽहं च चापलः । आसं कदाचिदभवद्वसंतोऽथ ऋतुः क्रमात्

Le vautour dit : «Écoute, ô bienheureux. Jadis je naquis singe, d’un naturel remuant. Or, un jour, selon l’ordre des saisons, le printemps advint.»

Verse 22

तत्राग्रे देवदेवस्य वनमध्ये शिवालये । भवोद्भवस्य पुरतो जगद्योगेश्वराभिधे

Là, dans la forêt —au cœur d’un sanctuaire de Śiva, le Dieu des dieux—, devant Bhavodbhava, en ce lieu nommé Jagadyogeśvara,

Verse 23

चतुर्दशीदिने हस्तनक्षत्रे हर्षणाभिधे । योगे चैत्रे सिते पक्ष आसीद्दमनकोत्सवः

Au quatorzième jour lunaire, sous la constellation Hasta, dans le yoga nommé Harṣaṇa —durant la quinzaine claire de Caitra— se tenait la fête de Damanaka.

Verse 24

अत्र सौवर्ण्यदोलायां लिंग आरोपिते जनैः । निशायामधिरूह्याऽहं दोलां तां च व्यचालयम्

Ici, lorsque les gens eurent posé le Liṅga sur une balançoire d’or, je montai sur cette balançoire dans la nuit et la fis se balancer.

Verse 25

निसर्गाज्जतिचापल्याच्चिरकालं पुनःपुनः । अथ प्रभात आयाता जनाः पूजाकृते कपिम्

Par ma nature de singe, née avec moi, vive et remuante, je le fis encore et encore durant longtemps. Puis, à l’aube, les gens vinrent pour le culte et virent le singe.

Verse 26

दोलाधिरूढमालोक्य लकुटैर्मां व्यताडयन् । दोलासंस्थित एवाहं प्रमीतः शिवमंदिरे

Me voyant assis sur la balançoire, ils me frappèrent à coups de bâton. Et, demeurant sur la balançoire même, je mourus là, dans le temple de Śiva.

Verse 27

तेषां प्रहारैः सुदृढैर्बहुभिर्वज्रदुःसहैः । शिवांदोलनमाहात्म्याज्जातोऽहं नृपमंदिरे

Par leurs nombreux coups, durs et insoutenables comme des foudres, et pourtant, grâce à la grandeur du rite de la balançoire de Śiva (āndolana), je renaquis dans un palais royal.

Verse 28

काशीश्वरस्य तनयः प्रतीतोऽस्मि कुशध्वजः । जाति स्मरस्ततो राज्ये क्रमात्प्राप्याहमैश्वरम्

Je suis renommé Kuśadhvaja, fils du seigneur de Kāśī. Me souvenant de mes existences passées, j’atteignis peu à peu la souveraineté dans le royaume.

Verse 29

कारयामि धरापृष्ठे चैत्रे दमनकोत्सवम् । यता यथा दोलयति शिवं दोलास्थितं नरः

Sur la surface de la terre, au mois de Caitra, je fais célébrer la fête de Damanaka. De quelque manière qu’un homme balance Śiva assis sur la balançoire,

Verse 30

तथा तथाऽशुभं याति पुण्यमायाति भद्रक । शिवदीक्षामुपागम्याखिलसंस्कारसंस्कृतः

Ainsi, dans cette même mesure, l’inauspice s’éloigne et le mérite advient, ô Bhadraka—lorsqu’on s’approche de l’initiation de Śiva, affiné par tous les rites sacrés.

Verse 31

शिवाचार्यैर्विमुक्तोऽहं पशुपाशैस्तदागमात् । निर्वाहदीक्षापर्यंतान्संस्कारान्प्राप्य सर्वतः

Par les précepteurs śivaïtes, je fus délivré des liens du paśu, selon cette tradition sacrée; et j’obtins en tout les rites de consécration jusqu’à la nirvāha-dīkṣā.

Verse 32

आराधयामि देवेशं प्रत्यक्चित्तमुमापतिम् । समस्तक्लेशविच्छेदकारणं जगतां गुरुम्

J’adore le Seigneur des dieux—Umāpati—réalisé dans l’esprit tourné vers l’intérieur; cause de la rupture de toutes les afflictions, Guru des mondes.

Verse 33

चित्तवृत्तिनिरोधेन वैराग्याभ्यासयोगतः । जपन्नुद्गीतमस्यार्थं भावयन्नष्टमं रसम्

En maîtrisant les fluctuations du mental, par le yoga du détachement et de la pratique assidue, je chantai l’udgīta sacré, en méditant son sens et en cultivant le « huitième rasa », la saveur spirituelle transcendante.

Verse 34

ततो मां प्रणिधानेनाभ्यासेन दृढभूमिना । अन्तरायानुपहतं ज्ञात्वा तुष्टोऽब्रवीद्धरः

Alors, sachant que je demeurais inébranlable face aux obstacles—par une pratique assidue et une ferme consécration—Hara, satisfait, prit la parole.

Verse 35

ईश्वर उवाच । कुशध्वजाहं तुष्टोद्य वरं वरय वांछितम् । न हीदृशमनुष्ठानं कस्याप्यस्ति महीतले

Īśvara dit : «Ô Kuśadhvaja, aujourd’hui je suis comblé. Choisis la grâce que tu désires. Car sur la face de la terre, nul n’accomplit une telle observance et un tel culte».

Verse 36

श्रुत्वेत्युक्तो मया शम्भुर्भूयासं ते गंणो ह्यहम् । अनेनैव शरीरेण तथेत्येवाह गां प्रभुः

L’ayant entendu, je dis à Śambhu : «Puissé-je devenir, en vérité, l’un de Tes gaṇa». Le Seigneur répondit : «Qu’il en soit ainsi — avec ce corps même».

Verse 37

ततः कैलासमानीय विमानं मम चादिशत् । सर्वरत्नमयं दिव्यं दिव्याश्चर्यसमावृतम्

Puis, m’ayant conduit au Kailāsa, il me confia un vimāna céleste—divin, fait de toutes sortes de joyaux, et entouré d’éclats merveilleux.

Verse 38

विचरामि प्रतीतोऽहं तदारूढो यदृच्छया । अथ काले कियन्मात्रे व्यतीतेऽत्रैवं पर्वते

Ainsi, comme par simple hasard, j’y montai et je parcourus les lieux l’esprit comblé. Puis, après qu’un court moment se fut écoulé ici, sur cette même montagne, il advint ce qui suit.

Verse 39

गवाक्षाधिष्ठितोऽपश्यं वसंते मुनिकन्यकाम् । प्रवाति दक्षिणे वायौ मदनाग्निप्रदीपितः

Debout à l’ouverture d’une fenêtre, au temps du printemps, je vis la fille d’un muni. Quand se leva la brise du sud, le feu de Kāma (le désir) s’alluma en moi.

Verse 40

अग्निवेश्यसुतां भद्र विवस्त्रां जलमध्यगाम् । उद्भिन्नयौवनां श्यामां मध्यक्षामां मृगेक्षणाम्

Ô noble seigneur, elle était la fille d’Agniveśya : sans vêtement, debout au milieu de l’eau ; sa jeunesse venait d’éclore, au teint sombre, à la taille fine, aux yeux de biche.

Verse 41

विस्तीर्णजघनाभोगां रंभोरुं संहतस्तनीम् । तामंकुरितलावण्यां जलसेका दिवाग्रतः

Ses hanches étaient larges et pleines, ses cuisses comme celles de Rambhā, et ses seins fermes et rapprochés. Sa beauté semblait tout juste éclore, tandis qu’elle se baignait en versant l’eau au grand jour.

Verse 42

प्रोन्निद्रपंकजमुखीं वर्णनीयतमाकृतिम् । यथाप्रज्ञानयाथात्म्याद्विद्विद्भिरपि वर्णिनीम्

Son visage était tel un lotus pleinement épanoui, et sa forme, souverainement digne d’éloge. Pourtant, même les savants peinaient à la décrire telle qu’elle était, car sa réalité dépassait l’entendement ordinaire.

Verse 43

प्रोद्यत्कटाक्षविक्षेपैः शरव्रातैरिव स्मरः । स्वयं तदंगमास्थाय ताडयामास मां दृढम्

Par le jet de ses regards—pareils à des volées de flèches—Kāma me frappa durement, comme s’il avait lui-même pris appui sur ses membres pour m’atteindre.

Verse 44

वयस्यासंवृचामेवं खेलमानां यदृच्छया । अवतीर्याहमहरं विमानान्मदनातुरः

Tandis que ses compagnes s’ébattaient ainsi, par hasard je descendis du char céleste; tourmenté par le désir, je saisis l’occasion.

Verse 45

सा गृहीता मया दीर्घं प्रकुर्वाणा महास्वनम् । तातेति च विमानस्था रुरोदातीव भद्रक

Je la tins fermement longtemps; elle poussa un grand cri. « Père ! » sanglota-t-elle, et là, dans le char céleste, elle pleura comme sans secours — ô homme de bien.

Verse 46

ततो वयस्यास्ता दीना मुनिमाहुः प्रधाविताः । वैमानिकेन केनापि ह्रियते तव पुत्रिका

Alors ses compagnes, accablées, coururent vers le sage et s’écrièrent : « Un être du ciel emporte ta fille ! »

Verse 47

रुदन्तीं भगवन्नेतां त्राह्युत्तिष्ठेति सर्वतः । तासां तदाकर्ण्य वचो मुनिर्भद्रतपोनिधिः

De toutes parts elles supplièrent : « Bhagavan, sauve-la — elle pleure ! Lève-toi sur-le-champ ! » Entendant ces paroles, le sage — trésor béni d’austérité — se prépara à agir.

Verse 48

अग्निवेश्योऽभ्यगात्तस्या व्योमन्युपपदं त्वरन् । तिष्ठतिष्ठेति मामुक्त्वा संस्तभ्य तपसा गतिम्

Alors Agniveśya se hâta à travers le ciel et la rejoignit. Me disant : « Arrête, arrête ! », il immobilisa mon élan par la puissance de son austérité.

Verse 49

ततः प्रकुपितः प्राह मुनिमामति दुःसहम् । अग्निवेश्य उवाच । यस्मान्मदीया तनया मांसपेशीव ते हृता

Alors, enflammé de colère, il proféra des paroles insoutenables. Agniveśya dit : «Puisque ma propre fille, tu l’as emportée comme si elle n’était qu’un amas de chair…»

Verse 50

गृध्रेणेवाऽधुना व्योम्नि तस्माद्गध्रो भव द्रुतम् । अनिच्छंती मदीयेयं सुता बाला तपस्विनी

«Comme un vautour la porte à présent dans le ciel, deviens donc, sur-le-champ, un vautour ! Cette fille qui est mienne—sans consentement, jeune et vouée à l’ascèse—a été emmenée.»

Verse 51

त्वया हृताधुनास्यैतत्फलमाप्नुहि दुर्मते । इत्याकर्ण्य भयाविष्टो लज्जयाधोमुखो मुनेः

«Puisque tu l’as désormais enlevée, reçois le fruit de cet acte, ô esprit mauvais !» À ces mots, saisi de peur et de honte, il baissa le visage devant le sage.

Verse 52

पादौ प्रगृह्य न्यपतं रुदन्नतितरां तदा । न मयेयं परिज्ञाय हृता नाद्यापि धर्षिता

Alors, saisissant ses pieds, je tombai prosterné, pleurant amèrement : «Sans savoir qui elle était, je l’ai emmenée ; et jusqu’à présent, elle n’a pas été souillée.»

Verse 53

प्रसादं कुरु ते शापं व्यावर्तय तपोनिधे । प्रणतेषु क्षमावन्तो निसर्गेण तपोधनाः

«Accorde-moi ta grâce, ô trésor d’ascèse ; détourne ta malédiction. Car ceux qui sont riches de tapas sont, par nature, indulgents envers celui qui se prosterne et s’abandonne.»

Verse 54

भवंति संतस्तद्गृध्रो मा भवेयं प्रसीद मे । इति प्रपन्नेन मया प्रणतोऽसौ महामुनिः

«Les saints sont vraiment compatissants ; que je ne devienne pas un vautour : sois-moi favorable.» Ainsi, m’étant réfugié, je me prosternai devant ce grand sage.

Verse 55

प्रसन्नः प्राह नो मिथ्या मम वाक्यं भवेत्क्वचित् । किं त्विंद्रद्युम्नभूपालपरिज्ञाने सहायताम्

Satisfait, il dit : «Ma parole ne sera jamais mensongère, en aucun temps. Mais pour reconnaître le roi Indradyumna, tu apporteras ton aide.»

Verse 56

यदा यास्यसि शापस्य तदा मुक्तिमवाप्स्यसि

«Quand tu auras subi la malédiction, alors tu obtiendras la délivrance.»

Verse 57

इत्युक्त्वा स मुनिः प्रायाद्गृहीत्वा निजकन्यकाम् । अखण्डशीलां स्वावासमहं गृध्रोऽभवं तदा

Après ces paroles, le sage s’en alla, emmenant sa propre fille —dont la chasteté demeurait sans tache— vers sa demeure. Et à cet instant même, je devins un vautour.

Verse 58

एवं तदा दमनकोत्सव ईश्वरस्य आंदोलनेन नृपवेश्मनि मेऽवतारः । शम्भोर्गणत्वमभवच्च तथाग्निवेश्यशापेन गृध्र इह भद्र तवेदमुक्तम्

Ainsi, en ce temps-là—lors de la fête de Damanaka du Seigneur et du rite de la balançoire (āndolana) d’Īśvara—eut lieu ma descente dans le palais du roi. J’obtins aussi le rang de gaṇa de Śambhu ; et ici, ô homme de bien, par la malédiction d’Agniveśya je devins un vautour. Voilà ce qui t’a été dit.