
Cet adhyāya prend la forme d’un dialogue entre Vyāsa et Yudhiṣṭhira. Vyāsa y expose la puissance salvatrice du bain à Indrasara et du darśana/pūjā de Śiva sous le nom d’Indreśvara, affirmant que les péchés amassés de longue date sont effacés. Yudhiṣṭhira demande le récit des origines; Vyāsa raconte alors l’austérité (tapas) rigoureuse d’Indra au nord d’un établissement, accomplie pour apaiser la faute née du meurtre de Vṛtra, décrite comme une affliction comparable à la brahmahatyā. Śiva apparaît dans une forme redoutable et majestueuse, et assure Indra qu’au sein de Dharmāraṇya de telles souillures ne subsistent pas, lui ordonnant d’y entrer et de s’y baigner. Indra prie que Śiva soit établi sous son nom; Śiva révèle alors un liṅga destructeur de péchés—manifesté par la puissance yogique et associé à un motif de tortue—et demeure à Dharmāraṇya comme Indreśvara pour le bien des êtres. Le chapitre énumère ensuite les mérites rituels: culte régulier avec offrandes; observances particulières aux jours aṣṭamī et caturdaśī du mois de Māgha; nīlotsarga accompli devant la divinité; rudra-japa à caturdaśī; dāna spécifiques, tels qu’offrir aux dvija une image d’«œil» en or et gemmes; pitṛ-tarpaṇa après le bain; et la promesse de soulagement des maladies et malheurs. Le récit se clôt sur la dévotion de Jayanta, le culte périodique d’Indra, et une phalaśruti promettant purification et accomplissement des souhaits à l’auditeur attentif.
Verse 1
। । व्यास उवाच । इन्द्रसरे नरः स्नात्वा दृष्ट्वा चेंद्रेश्वरं शिवम् । सप्तजन्मकृतात्पापान्मुच्यते नात्र संशयः
Vyāsa dit : Après s’être baigné dans Indrasara et avoir contemplé Indreśvara Śiva, l’homme est délivré des péchés amassés durant sept naissances ; là-dessus, point de doute.
Verse 2
युधिष्ठिर उवाच । केन चादौ निर्मितं तत्तीर्थं सर्वोत्तमोत्तमम् । यथावद्वर्णय त्वं मे भगवन्द्विजसत्तम
Yudhiṣṭhira dit : Par qui fut d’abord établi ce tīrtha, le plus excellent des plus excellents ? Ô vénérable, meilleur des deux-fois-nés, décris-le-moi comme il se doit, pleinement.
Verse 3
व्यास उवाच । इन्द्रेणैव महाराज तपस्तप्तं सुदुष्करम् । ग्रामादुत्तरदिग्भागे शतवर्षाणि तत्र वै
Vyāsa dit : Ô grand roi, Indra lui-même y accomplit une austérité des plus difficiles pendant cent ans, dans la direction du nord, au-delà du village.
Verse 4
शिवोद्देशं महाघोरमेकांगुष्ठेन भारत । उर्द्ध्वबाहुर्महातेजाः सूर्यस्याभिमुखोऽभवत्
Ô Bhārata, ayant fixé son esprit sur un but terrifiant—Śiva seul—il demeura, les bras levés, d’une grande splendeur, face au Soleil, en équilibre sur un seul orteil.
Verse 5
वृत्रस्य वधतो ज्ञातं यत्पापं तस्य नुत्तये । एकाग्रः प्रयतो भूत्वा शिवस्याराधने रतः
Reconnaissant le péché contracté par la mise à mort de Vṛtra et cherchant à l’expier, il devint recueilli et maîtrisé, purifié dans sa conduite, voué à l’adoration de Śiva.
Verse 6
तपसा च तदा शंभुस्तोषितः शशिशे खरः । तत्राजगाम जटिलो भस्मांगो वृषभध्वजः
Alors, par cette austérité, Śambhu fut satisfait. Et là vint le Seigneur farouche, au croissant de lune : aux cheveux emmêlés, enduit de cendre, portant le taureau pour emblème.
Verse 7
खट्वांगी पंचवक्त्रश्च दशबाहुस्त्रिलोचनः । गंगाधरो वृषारूढो भूतप्रेतादिवेष्टितः
Il portait un bâton surmonté d’un crâne ; il était à cinq visages, dix bras et trois yeux ; il portait Gaṅgā, chevauchait le taureau et était entouré de troupes de bhūtas et de pretas.
Verse 8
सुप्रसन्नः सुरश्रेष्ठः कृपालुर्वरदायकः । तदा हृष्टमना देवो देवेन्द्रमिदमूचिवान्
Alors le Dieu—pleinement apaisé, le meilleur des immortels, compatissant et dispensateur de grâces—fut comblé de joie. Le cœur ravi, il adressa ces paroles à Devendra (Indra).
Verse 9
हर उवाच । यत्त्वं याचयसे देव तदहं प्रद दामि ते
Hara (Śiva) dit : «Ô deva, tout ce que tu demandes, je te l’accorde».
Verse 10
इन्द्र उवाच । यदि तुष्टोसि देवेश कृपासिंधो महेश्वर । ब्रह्महत्या हि मां देव उद्वेजयति नित्यशः
Indra dit : «Si tu es satisfait de moi, ô Seigneur des dieux, ô Maheśvara—océan de compassion—, sache, ô Dieu, que le péché de Brahmahatyā (meurtre d’un brahmane) me tourmente sans cesse».
Verse 11
वृत्रासुरस्य हनने जातं पापं सुरोत्तम । तत्पापं नाशय विभो मम दुःखप्रदं सदा
«Ô le meilleur des dieux ! Du meurtre de Vṛtrāsura est né le péché. Ô Seigneur tout-puissant, détruis ce péché qui sans cesse m’apporte la souffrance».
Verse 12
हर उवाच । धर्मारण्ये सुरपते ब्रह्महत्या न पीडयेत् । हत्या गवां द्विजातीनां बालस्य योषितामपि
Hara dit : «Ô seigneur des dieux, dans Dharmāraṇya l’affliction de Brahmahatyā n’opprime point. Même le péché né du meurtre des vaches, des dvija (deux-fois-nés), d’un enfant ou d’une femme n’y demeure pas».
Verse 13
वचनान्मम देवेंद्र ब्रह्मणः केशवस्य च । यमस्य वचनाज्जिष्णो हत्या नैवात्र तिष्ठति । प्रविश्य त्वं महाराज अतोत्र स्नानमाचर
«Ô Devendra, par mon ordre—et par la parole de Brahmā, de Keśava, et par le décret de Yama, ô Jiṣṇu—nul péché de meurtre ne demeure ici. C’est pourquoi, ô grand roi, entre en ce lieu et accomplis ici le bain sacré.»
Verse 14
इन्द्र उवाच । यदि त्वं मम तुष्टोऽसि कृपासिंधो महेश्वर । मन्नाम्ना च महादेव स्थापितो भव शंकर
Indra dit : «Si tu es satisfait de moi, ô Maheśvara, océan de compassion, alors, ô Mahādeva, ô Śaṅkara, établis-toi ici en portant mon nom.»
Verse 15
तथेत्युक्त्वा महादेवः सुप्रसन्नो हरस्तदा । दर्शयामास तत्रैव लिंगं पापप्रणाशनम्
Disant «Qu’il en soit ainsi», Mahādeva—Hara, pleinement satisfait—fit apparaître là même un liṅga qui anéantit le péché.
Verse 16
कूर्मपृष्ठात्समुत्पाद्य आत्मयोगेन शंभुना । स्थितस्तत्रैव श्रीकण्ठः कालत्रयविदो विदुः
Par sa propre puissance yogique, Śambhu le fit surgir du dos d’une tortue ; et là même demeura Śrīkaṇṭha. Ceux qui connaissent les trois temps le savent.
Verse 17
वृत्रहत्यासमुत्त्रस्तदेवराजस्य सन्निधौ । इन्द्रेश्वरस्तदा तत्र धर्मा रण्ये स्थितो नृप
Ô roi, là, dans Dharmāraṇya, en la présence même du seigneur des dieux—Indra, effrayé par le meurtre de Vṛtra—Indreśvara fut alors établi.
Verse 18
सर्वपापविशुद्ध्यर्थं लोकानां हितकाम्यया । इन्द्रेश्वरं तु राजेंद्र पुष्पधूपादिकैः सदा
Ô roi des rois, pour le bien des peuples et afin d’être purifié de tous les péchés, qu’on adore sans cesse Indreśvara avec des offrandes de fleurs, d’encens et autres présents.
Verse 19
पूजयेच्च नरो भक्त्या सर्वपापैः प्रमुच्यते । अष्टम्यां च चतुर्दश्यां माघमासे विशेषतः
Celui qui adore avec dévotion est délivré de tous les péchés, surtout lorsque le culte est accompli au huitième et au quatorzième jour lunaire, et plus encore durant le mois de Māgha.
Verse 20
सर्वपापविशुद्ध्यर्थं शिवलोके महीयते । नीलोत्सर्गं तु यो मर्त्यः करोति च तदग्रतः
Pour la purification de tous les péchés, il est honoré dans le monde de Śiva. Et le mortel qui, en cette présence sacrée, accomplit l’offrande appelée nīlotsarga, obtient ce mérite.
Verse 21
उद्धरेत्सप्त गोत्राणि कुलमेकोत्तरं शतम् । सांगरुद्रजपं यस्तु चतुर्द्दश्यां करोति वै
Il relève sept lignées et cent une familles : celui qui, en vérité, accomplit le japa de Sāṅga-Rudra au quatorzième jour lunaire.
Verse 22
सर्वपाविशुद्धात्मा लभते परमं पदम्
L’âme purifiée de tous les péchés, on atteint l’état suprême.
Verse 23
सौवर्णनयनं कृत्वा मध्ये रत्नसमन्वितम् । यो ददाति द्विजातिभ्य इन्द्रतीर्थे तथोत्तमे
Celui qui façonne un œil d’or, orné d’un joyau en son centre, et l’offre aux dvija au très excellent Indratīrtha, obtient le fruit loué qui sera dit ensuite.
Verse 24
अन्धता न भवे त्तस्य जन्मानि षष्टिसंख्यया । निर्मलत्वं सदा तेषां नयनेषु प्रजायते । महारोगास्तथा चान्ये स्नात्वा यांति तदग्रतः
Pour lui, la cécité ne survient pas durant soixante naissances, et la pure clarté naît toujours dans ses yeux. De même, ceux que tourmentent de grandes maladies et d’autres maux, après le bain, s’éloignent de cette présence sacrée, délivrés de leurs souffrances.
Verse 25
पूजिते चैकचित्ते न सर्वरोगात्प्रमुच्यते । स्नात्वा कुण्डे नरो यस्तु संतर्पयति यः पितॄन्
Lorsque (la divinité) est honorée d’un esprit à l’unisson, on est délivré de toute maladie. Et l’homme qui, après s’être baigné dans l’étang sacré, apporte satisfaction aux Pitṛ (ancêtres)…
Verse 26
तस्य तृप्ताः सदा भूप पितरश्च पितामहाः । ये वै ग्रस्ता महारोगैः कुष्ठाद्यैश्चैव देहिनः
Ô roi, ses pères et ses aïeux sont toujours comblés; et même les êtres incarnés, saisis par de grandes maladies telles que la lèpre et autres…
Verse 27
स्नानमात्रेण संशुद्धा दिव्यदेहा भवंति ते । ज्वरादिकष्टमापन्ना नराः स्वात्महिताय वै
Par le seul bain, ils sont purifiés et obtiennent des corps divins. Les hommes accablés par des peines telles que la fièvre et d’autres maux le font, en vérité, pour leur plus grand bien.
Verse 28
स्नान मात्रेण संशुद्धा दिव्यदेहा भवंति ते । स्नात्वा च पूजयेद्देवं मुच्यते ज्वरबन्धनात्
Par le seul bain en ce lieu sacré, ils sont purifiés et accèdent à un état divin, lumineux. Et, après s’être baignés, s’ils vénèrent le Seigneur, ils sont délivrés des liens de la fièvre.
Verse 29
एकाहिकं द्व्याहिकं च चातुर्थं वा तृतीयकम् । विषमज्वरपीडा च मासपक्षादिकं ज्वरम्
Qu’il s’agisse d’une fièvre d’un jour, de deux jours, d’une quarte ou d’une tierce; qu’il s’agisse du tourment d’une fièvre irrégulière, ou d’une fièvre revenant par mois, par quinzaine et ainsi de suite—(toutes sont visées ici).
Verse 30
इन्द्रेश्वरप्रसादाच्च नश्यते नात्र संशयः । विज्वरो जायते नूनं सत्यंसत्यं च भूपते
Par la grâce d’Indreśvara, cela est anéanti; il n’y a ici aucun doute. Assurément on devient exempt de fièvre; c’est vrai, vrai en vérité, ô roi.
Verse 31
वन्ध्या च दुर्भगा नारी काकवन्ध्या मृतप्रजा । मृतवत्सा महादुष्टा स्नात्वा कुण्डे शिवाग्रतः । पूजयेदेकचित्तेन स्नानमात्रेण शुद्ध्यति
Même une femme stérile, une infortunée, celle qu’on nomme «kāka-vandhyā», celle dont les enfants sont morts, celle dont le nourrisson est mort, même la très pécheresse—après s’être baignée dans le kuṇḍa devant Śiva, qu’elle vénère d’un esprit unifié; par le seul bain elle est purifiée.
Verse 32
एवंविधाश्च बहुशो वरान्दत्त्वा पिनाकधृक् । गतोऽसौ स्वपुरं पार्थ सेव्यमानः सुरासुरैः
Ayant ainsi accordé, maintes et maintes fois, de nombreux bienfaits de ce genre, le Porteur du Pināka (Śiva) se rendit dans sa propre cité, ô fils de Pṛthā, honoré et servi par les dieux et les asuras.
Verse 33
ततः शक्रो महातेजा गतो वै स्वपुरं प्रति । जयंतेनापि तत्रैव स्थापितं लिंगमुत्तमम्
Alors Śakra (Indra), d’un grand éclat, retourna vraiment vers sa propre cité. Et là même, par Jayaṃta, fut établi un liṅga suprême.
Verse 34
जयंतस्य हरस्तुष्टस्तस्मिल्लिंगे स्तुतः सदा । त्रिकालं पुत्रसंयुक्तः पूजनार्थं सुरेश्वरः
Hara (Śiva), satisfait de Jayaṃta, est sans cesse loué auprès de ce liṅga. Le Seigneur des dieux (Indra), uni à son fils, vient aux trois moments du jour pour l’adoration.
Verse 35
आयाति च महाबाहो त्यक्त्वा स्थानं स्वकं हि वै । एतत्सर्वं समाख्यातं सर्वसौख्यप्रदायकम्
Et il vient, ô toi aux bras puissants, quittant vraiment son propre séjour. Tout cela a été expliqué, dispensateur de toute félicité.
Verse 36
इन्द्रेश्वरं तु यत्पुण्यं जयंतेशस्य पूज नात् । तदेवाप्नोति राजेन्द्र सत्यंसत्यं न संशयः
Quel que soit le mérite qui revient à Indreśvara par le culte de Jayaṃteśa, ce même mérite on l’obtient, ô roi ; vrai, vrai, sans aucun doute.
Verse 37
स्नात्वा कुण्डे महाराज संपूज्यैकाग्रमानसः । सर्वपापविशुद्धात्मा इन्द्रलोके महीयते
Après s’être baigné dans le kuṇḍa, ô grand roi, et avoir adoré l’esprit recueilli, celui dont l’âme est purifiée de tout péché est honoré dans le monde d’Indra.
Verse 38
यः शृणोति नरो भक्त्या सर्वपापैः प्रमुच्यते । सर्वान्कामानवाप्नोति जयंतेशप्रमादतः
Quiconque écoute avec dévotion est délivré de tous les péchés ; et, par la grâce de Jayaṃteśa, il obtient tous les buts désirés.